| Dolorès Marat L'entrée du parking
|  | 1993
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| | « des mots pour voir » édition 2004/2005
Français langue étrangère niveau 1
1° Prix Valentina Alexandrova
Ecole secondaire gymnase 26 Yakoutsk Fédération de Russie
| | | En pierre et en béton, la jungle de la ville cache beaucoup de lieux à première vue ordinaires, mais très surprenants pour ceux qui les regardent attentivement. En voilà un. Mon ?entrée du parking?. Mille neuf cent quatre-vingt-treize. L´appareil-photo à la main, je me promène dans un quartier qui se trouve assez loin du centre d´une grande ville. C´est l´été. Le vent chaud souffle. La lumière du soleil matinal m´aveugle un peu. La ville se réveille. Tout à coup j´ai un sentiment étrange, je m´arrête et j´essaye de comprendre d´où vient cette froideur tombale. Je regarde à gauche, à droite. C´est l´haleine humide et froide de ce parking-là qui ressemble à un tunnel n´ayant qu´une entrée, dont les murs sales sont couverts de graffitis. D´abord, il n´y a rien de particulier. Mais son entrée, qui mène à l´obscurité, attire mon regard. Mon appareil-photo est toujours prêt. L´obscurité au fond du parking semble guetter sa proie. Elle est vivante. Comme une lionne qui s´approche à pas feutrés, elle va vers la lumière. Elle a déjà devoré la plupart du parking, et elle attend le moment où elle pourra en sortir et s´étendre en avalant tout sur son chemin. Encadré par les murs bleus et blancs, le vide ressemble au fameux carré noir de Malevich. Les murs sont ?décorés? par les jeunes, ces enfants de la jungle urbaine. Ce ne sont pas ceux qui font leurs études dans des écoles prestigieuses ou qui passent leur temps libre en lisant les oeuvres de Sartre. Ce sont les jeunes qui vivent dans les banlieues, qui ne s´intéressent à rien. Arrachés à leurs racines, à la culture de leurs aïeux, implantés dans l´organisme hostile de l´urbanisme, ils sont les véritables victimes du progrès. Leur vie n´est-elle pas pareille à ce parking sans sortie ? ne voient-ils pas la même obscurité en pensant à ce qui les attend ? n´essayent-ils pas de mettre un peu plus de couleur dans leur propre existence en dessinant sur les murs ?... Ce parking est pareil à une grotte préhistorique. Une caverne où habitaient les fauves et dont les parois étaient couvertes par les écritures des gens d´autrefois. Une caverne qui menait peut-être dans les dents d´un animal féroce... Le monde d´autrefois et le monde d´aujourd´hui diffèrent et se ressemblent. Dans les caves des villes se cachent les animaux en fer, les jeunes homo sapiens dessinent leurs images sur les murs, on habite dans la jungle en béton. Le cercle se referme. Il n´y a pas de sortie. Le tunnel de l´histoire mène dans le vide. Ce lieu est plus qu´une simple entrée de parking. Il est symbolique. Mais c´est au spectateur de déchiffrer son sens caché. L´entrée du parking. Tel sera le nom de ma photographie. CLIC. Je déclenche l´appareil. | |
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| Dolorès Marat La mauvaise adresse
|  | 2001
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| | « des mots pour voir » édition 2004/2005
Français langue étrangère niveau 1 2° prix Tatiana YOUDINA
Lycée Grand-Air Arcachon France métropolitaine
| | | La mauvaise adresse.
Photo troublante, dure, insupportablement attirante et familière à mes yeux. Tout vêtu de noir, les pieds nus, noirs eux aussi, salis par les rues de Paris, froids et malades. Un jeune garçon complètement défait, avachi là, en tailleur, voûté, la tête lourde qui replit son corps maigre à ses genoux. Au centre de l´image de cette pièce vide, soutenu par un mur gris et sale, sur un sol couvert de gros carreaux répugnants. A côté de lui, sa bouteille de vin rouge - du gros rouge qui tache. L´espace est structuré par les murs, ce coin de pièce. Le cadre flottant, une espèce de halo flou et confus enveloppe la photo. Le plan est renversé, comme basculé, la pièce semble onduler tout doucement. Comme dans un rêve, un flash, un déjà-vu ou plutôt comme un vieux souvenir nostalgique remonté à la surface, cette photo nous offre un moment surpris de la vie de ce garçon. Il doit bien aimer la guimauve et le jus de fruit. J´entends déjà résonner dans sa tête saturée les disques canons de Led Zeppelin, David Bowie, Ten Years Ago, Deep Purple ou l´album du féstival de Woodstock. Vous voyez... ? Il s´y met dès son réveil, besoin d´être tout le temps un peu parti, un peu dans les vapes, besoin d´échapper à toutes ces conneries. Il respire le calme, un calme extraordinaire. Mais qu´est-ce qu´il doit penser de ceux qui s´immiscent dans ses pensées ? C´est encore eux, avec leurs masques horribles, ces salauds. Il les voit mieux, il se rend mieux compte à quel point ils ont l´air dégueulasses. Ils doivent rentrer de leur saleté de travail et tomber par hasard sur la mauvaise adresse. Mais il s´en moque tellement. Après, ils vont regarder la télé, aller au pieu, et remettre ça : métro-boulot-dodo. Lui, il plane. Dans ses pensées, ses rêves et ses peurs, il n´est plus là. Il n´existe plus, ne sent plus son propre corps. Les membres mélangés, insensibles aux agressions extérieurs. Solitude vide, énigmatique et même magique. Sa famille, ses amis, c´est elle... Il y trouve l´amitié, la tendresse, l´amour. Cette saloperie de monde extérieur n´existe plus. Pourtant, il est heureux, en apnée, sous cette atmosphère pesante, cet air poussièreux, sale, irréspirable, il nage en plein bonheur. Complètement vidé, dans le brouillard qui envahit la pièce. Finalement, peut-être que la mauvaise adresse s´est révélée être celle que l´on cherchait... | |
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| Dolorès Marat Le balayeur du métro
|  | 1990
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| | « des mots pour voir » édition 2004/2005
Français langue étrangère niveau 2 3° prix Gaetan Beuscart
Jules Verne Guatemala Guatemala
| | | Le balayeur du métro
Je courais à en perdre haleine dans les couloirs aux murs jaunâtres du métro pour attraper la dernière rame de la ligne C du RER. Mon appareil-photo tressautait sur ma poitrine à chaque enjambée et la bandoulière de mon sac glissait régulièrement de mon épaule sur mon bras. Je regardai ma montre. Je n´avais que trois minutes. Je pris mes jambes à mon cou. Le métro était presque désert, à l´exception de trois autres personnes qui, comme moi, voulaient attraper ce dernier trajet nocturne. Elles étaient toutes complètement différentes : La première, une jeune et très belle femme blonde, portait sous un manteau d´hermine entrouvert des cuissardes en plastique blanc brillant, une mini jupe en cuir, et un boléro de même couleur. De plus, les parties découvertes de son corps et de son visage laissaient apparaître de nombreux piercings et tatouages. L´ensemble lui donnait à la fois un aspect sexy et vulgaire, qui ne me laissa pas indifférente. La lourdeur du maquillage n´empêchait pas de lire une extrême fatigue sur ses traits. Malgré cet accoutrement, elle courait désespérément derrière moi.
La deuxième personne était assez mystérieuse. En effet, elle portait une écharpe bariolée de couleurs vives, qui flottait derrière son dos couvert d´un énorme manteau gris. Mais ce qui me frappa le plus chez cet homme, c´était ses lunettes de soleil en pleine nuit. Quel regard cachait-il derrière elles ?
Quant à la dernière personne, elle semblait sortir d´un cabaret des années trente, ou d´un bal masqué. En effet, cet homme était vêtu d´une grande cape noire, qui semblait lui donner des ailes. Il portait sur sa tête un chapeau claque et tenait à la main une canne noire au pommeau d´ivoire blanc.
Malgré cette course effrénée, nous arrivâmes tous les quatre juste à temps pour voir la rame quitter le quai, s´engouffrant déjà dans le tunnel suivant. Nous avions raté le dernier métro.
Déçue, les jambes coupées, je me laissai tomber sur l´un des sièges en plastique qui longeaient le mur. Je repris doucement ma respiration. Le reste du groupe qui m´avait accompagné était resté debout, immobile au milieu du quai. Tous portaient sur leur visage la déception d´avoir raté la dernière rame et la préoccupation de devoir trouver un autre moyen de transport à cette heure tardive.
Soudain, j´aperçus au bout du quai un balayeur vêtu d´un bel uniforme jaune de la RATP qui venait lentement vers nous. Arquebouté sur le manche de son énorme balai, il ramassait tous les mégots et saletés jetés par les voyageurs. Il avançait tel un automate, le regard fixé sur son balai, le visage dénué de toute expression. Il semblait totalement indifférent au monde qui l´entourait et loin des préoccupations des voyageurs qui se trouvaient devant lui. Mais en même temps se dégageait de son visage une force tranquille et une sérénité qui contrastait fortement avec la tension palpable chez nous autres.
Voulant m´emparer de cette vision, je sortis mon appareil-photo et fixai définitivement l´aura de cet homme. L´éclair du flash lui fit lever la tête et il me foudroya du regard comme si je l´avais forcé à sortir de son univers. Je me sentis si honteuse que je me levai et m´éloignai à grands pas vers la sortie du métro. | |
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| Dolorès Marat Le retard du train
|  | 2002
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| | « des mots pour voir » édition 2004/2005
Français langue maternelle niveau 1
1° Prix et Prix de la Région Centre Simon Rouillé
Lycée Pothier Orléans France métropolitaine
| | | Il y a ce bleu, qui me happe le regard, ou bien le kidnappe. A priori, tout est froid. La lumière, le carrelage. C´est de la solitude, c´est du vertige, un semblant de modernité dans la couleur, le désir irrépressible d´atteindre cette zone béante. J´y plongerai comme dans un bassin d´eaux troubles, à m´y noyer pourquoi pas, si le corps d´Ophélie s´y trouve, si je n´y suis pas déjà. Des néons flottent à la surface, mais me rappellent à peine au monde : il n´y a que ce bleu devant moi, il n´y a que ça. Et, immergé, ce jeune homme qui urine. Debout, jambes écartées, face au mur, il guide son sexe à deux mains, se vide. Jet bruyant, contre les parois du ready-made de Duchamp. L´odeur envahissante de la pisse sied à l´espace : trop vide pour n´être pas sale, trop artificiel pour n´être pas glauque. Le crâne du garçon est rasé, le cuir épouse ses épaules, le jean ses fesses. Il se tient comme clandestin dans ce recoin, loin de la foule empressée et dans l´attente suggestive d´une ombre intéressée. La mienne. Son visage a légèrement pivoté, il a senti ma présence dans son dos, s´apprête à m´interroger du regard. Au cinéma, l´adresse directe du filmé au spectateur est prohibé. Pourtant, si le comédien me regarde, c´est mon statut de voyeur qui se trouve évalué. Je pense à "Sans soleil", de Chris Marker, à cette séquence où, sur le marché de Praia, les yeux de la jeune femme croisent furtivement l´objectif du cinéaste, tentent de l´esquiver, puis renoncent. Entre leurs iris, circule le désir, dans un dialogue muet semblable à celui que le jeune homme et moi engageons. Mon ami, qui m´attend dehors, m´avertira si je n´entends pas l´arrivée du train. Avec un tel retard, inutile à présent de décompter le temps. Liverpool, un soir de grand froid, peine et rage à force d´attendre ces wagons qui ne nous cueilleront décidément pas. Il faut que je prenne ce garçon. Il faut que lui m´attrape. D´un seul coup d´oeil, d´un mouvement qui me parle, il saurait malgré lui m´intimer l´ordre d´appuyer, enfoncer, déclencher. Et fixer l´image comme fragment du temps. Je me souviendrai alors des préliminaires : comment ce bleu me séduisit, comment ce garçon m´obséda, comment je l´approchai, comment je m´en emparai. Le voilà prisonnier. Qu´exprime son profil ? Est-ce celui de Narcisse par l´artiste contemplé, est-ce celui de Dorian Gray ? Est-il surpris ? Attend-il au contraire que je pointe mon appareil, que je vise, que je tire, que je fasse de notre échange impur et voilé un semblant de beau, une transfiguration du laid : clouer le souvenir au mur, exhiber ma mémoire ? Dans le champ, je remarque ces verticales qui vacillent, décide de ne pas les ajuster. Inscrite dans le bleu, la silhouette raide et dressée du garçon justifie le cliché. J´oublie la contrainte du cadre, les règles de l´art, rien n´est plus esthétique que cette couleur angoissante et ces formes sévères : dépendant du décor, le corps érigé, enraciné, à demi retourné. Ce pourrait être la réalité vive, or il pose. Trop tard pour lui intimer l´ordre de demeurer naturel, une telle posture ne se commande pas. Trop tard pour compter sur le train, je passerai la nuit ici. Nous avons le temps, jeune homme, de nous exercer. Revenir à zéro, recommencer autant de fois que nécessaire, te prendre jusqu´à l´épuisement. Saisir l´instant exact où pour la dernière fois tu sembles ne connaître de moi que la présence, pas encore le visage. Nous ne sommes alors qu´anonymes, inconnus, irréalité physique. Et nous nous aimons. | |
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| Dolorès Marat La robe noire sur le lit
|  | 1989
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| | « des mots pour voir » édition 2004/2005
Français langue maternelle niveau 1 2° prix Mathias CHAILLOT
IUT Journalisme du pont volant TOURS France métropolitaine
| | | Qu´est-ce que je vais bien pouvoir mettre ? Mais qu´est-ce que je vais bien pouvoir mettre ! De toute façon, ce genre de tuiles, ça n´arrive qu´à moi. « Elle va t´aller à ravir, on dirait qu´elle a été faite pour toi ! Fais-moi confiance, Dolorès, je suis ton amie quand même ! » J´avais pris cette fâcheuse habitude de ne jamais faire confiance à quiconque, même à mes amis. Surtout à mes amis. Et pour une fois que j´ai enfreint ma règle numéro 3, ça me retombe dessus. Je fouille au fond de mon sac et, après avoir éjecté un carnet d´adresses et une serviette hygiénique, je trouve entre deux paquets de Marlboro light ? light parce que j´ai arrêté de fumer depuis six mois - mon carnet noir. Derrière la règle numéro 3 « Ne jamais faire confiance à personne », je griffonne un « 3 bis » : « Surtout pas à Anna ». Et maintenant. Et maintenant je me retrouve à une heure du bal du prix Albert Londres avec une robe de Barbie sur les bras. De toute façon, elle m´a toujours énervé, Anna, avec sa taille de guêpe et ses fringues achetées au rayon ado. Je n´aurais jamais dû lui emprunter cette robe. « Tu passes la prendre en allant à la gare, de toute façon tu n´as rien d´autre à te mettre ! ». Et dans une heure, je serai la risée de tout ce que compte New York en artistes et mécènes, avec mon Levi´s délavé et mon top rose recouvert de mayonnaise. Règle numéro 7 « Dans toutes les circonstances, rester digne. » Rester digne, facile à dire, c´est quand même moi qui vais ressembler à un énorme sandwich poulet-mayo ce soir ! Impossible de ne pas y aller en plus, il y a quand même une partie de l´expo qui est composée de mes photos. Tout le gratin sera là... Et à cette heure, tout est fermé. Si j´insiste ? Si j´insiste, la fermeture éclair pète, c´est sûr. « Tu m´enverras une petite carte de là-bas, hein ? Une photo de toi dans ma robe noire ! ». Tu parles, tu vas l´avoir ta photo, et tout de suite. Du fond de ma valise, je sors mon polaroïd. Ca fait quelques années que je ne l´ai pas utilisé celui là, je le garde, au cas où comme on dit. Je ne prends même pas le temps de cadrer, pas d´artifice ni de mise en scène. Clic, c´est tout. Si la profession me voyait. L´appareil gronde. Pourvu qu´il ne me lâche pas maintenant. Lentement, un papier vierge et brillant en sort. Je le secoue avec vigueur, la tension commence à monter. L´image commence à apparaître. En deux minutes, la robe noire comme du charbon se dessine sur le drap immaculé. Avec un feutre noir, je griffonne quelques mots dans la marge blanche autour de la photo. « Ta robe est vraiment magnifique. Dommage que je ne rentre pas dedans. Aujourd´hui, je te déteste vraiment. Dolorès ». Je glisse la photo au creux de mon carnet noir. Je ne suis pas plus avancée. Qu´est-ce que je vais bien pouvoir mettre ? Peut-être qu´en rentrant le ventre... | |
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| Dolorès Marat Les anges
|  | 1994
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| | « des mots pour voir » édition 2004/2005
Français langue maternelle niveau 1 3° prix Leslie Mahler
Lycée Grand'Air Arcachon France métropolitaine
| | | "Les Anges"
Deux êtres que le monde enlace. Erigés à la cime d´une extatique folie, esseulés de tout, abandonnés du reste. Placés au centre. L´aplomb est vertical, stable, équilibré. Il traduit un rien d´effronterie : peut-être l´aboutissement d´un audacieux défi. D´une extravertie félicité Sorte de spontanéité fusante, arrogante. S´agirait-il d´une revendication divine ? Impétueuse. Les bras sont en croix, s´agrègent au souffle céleste. Il y a la manifestation d´un désir inassouvi : celui de « faire corps avec ».
Les corps, Leurs pieds foulent le sol abrupt et séculaire du lieu. L´Espace dans sa forme originelle, magnifiée. Je vois ce charme ambigu, volcanique Souffle endiablé, il semble, ténébreux, signe d´une inexorabilité humaine. Une ambivalence règne et se dégage de l´image : souffle mystique, ou murmure diabolique ? Mais un parfum d´authentique se libère aussitôt. C´est la douce folie de la liberté. Sous sa forme la plus pure. Evocatrice d´une sensualité fusionnelle. Avec la nature. Mais à quel niveau cependant ?
Soudain. La voilà, cette allusion qui transparaît. Cette nature à l´état sauvage, théâtre gris de l´existence. Elle nous révèle le secret de nos intériorités. Lève-toi et marche. Ouvre les yeux, et vois. Alors, poussé au coeur par une indicible force, ainsi qu´un trapéziste évoluant sur un fil d´or, je me jetterai à corps perdu dans la vie, et démontrerai ma grandeur. - en oublies-tu la raison ? - la raison ? quelle raison ? je ne connais pas de raison, je me fous de la raison. A cet instant j´ai peur, mon existence est inquiète. Mais je perçois et flaire, je sais et connais, perçois et vois ! Mes mains domptent le vent et caressent les nuées. Et la vie en ce moment me semble si fragile, mais qu´est-ce que cela ? C´est ma respiration qui s´accélère, c´est mon coeur qui s´affole, c´est ma tête et mon sang. Oui, C´est le souffle de vie ! | |
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| Dolorès Marat Le baiser dans le métro
|  | 1986
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| | « des mots pour voir » édition 2004/2005
Français langue maternelle niveau 2
1° Prix MARINE BOISSON
MARGUERITE DE NAVARRE BOURGES France métropolitaine
| | | Deux êtres s´enlacent sur un fond de vie flou qui tourbillonne. La photo de Dolorès Marat est un instant volé. Prise sur le vif, elle met en valeur le baiser charnel, le mouvement sensuel des lèvres enflammées par le désir. Quelque chose lie ces amoureux, les retient, tandis que le monde passe et trépasse autour d´eux. C´est un soupir sur la portée de l´existence que la photographe a su immortaliser dans son objectif.
Deux corps longilignes, en contraste avec les estompes de citadins pressés accentuent l´unité de ce couple. Seul face aux dangers, ils créent leur bulle, leur cocon... Invisibles aux yeux des autres, dans ce monde sans regards, ils explorent leur intimité. Ils s´entremêlent et c´est alors que naît une force de leurs silhouettes frêles. Ils sont là, présents. De nombreuses oppositions les soulignent. Les lignes horizontales de la photo, celles du quai et de la rampe, mettent en valeur le hiératisme des deux corps. Un dégradé de bruns rappelle dans cet univers urbain l´invisible présence d´une nature originelle. Dans ce flou chaque détail importe et joue un rôle précis. L´homme, des cheveux bouclés, des joues fraîches encore mal rasées, a des allures de divinité chtonienne. Il confère à la scène un aspect romanesque. La femme, mains croisées dans le dos, vulnérable et soumise, semble se donner entièrement à lui tout en conservant une certaine pudeur et candeur. Une aura de lumière dessine le contour de leurs corps. Ils émergent de ce sombre décor... une féerie jaillit. Une silhouette blanche, mal définie, s´échappe de l´image. Elle se tourne vers eux, peut-être étonnée par l´intérêt que l´on porte à ce jeune couple, ou bien arrêtée là, tel l´ange de ces deux enfants. Cette dimension religieuse de la photo accentue l´impression surnaturelle.
Ils sont jeunes, pleins de rêves et d´espoirs, et ne sont pas préparés à la déception. Chaque minute est vécue intensément, aucune seconde ne sera gaspillée. Au milieu d´un métro bondé, dans quelques instants, ils devront se séparer. Leur symbiose nous invite à nous arrêter, à nous poser, à persister dans notre envie d´admirer ce bonheur furtif. Cette photo soulage du poids d´une journée de travail. Elle installe un sourire au coin des lèvres, une lueur d´espoir. Elle fait resurgir en nous mille souvenirs, une nostalgie profonde, celle qu´on ne dévoile jamais... nostalgie des coeurs. Nos histoires d´amour, brûlantes de passion, remontent ainsi à la surface d´un océan de larmes dont les vagues rythment notre souffrance. Nos regards, envahis de regrets, semblent être son écume. Nous savons tous, au fond de nous, la fin de l´histoire de ce couple parisien. Mais peu importe, elle nous donne envie d´y croire, d´idolâtrer la romance de ces êtres. Tirée d´un conte de fées cette photo nous fait rêver. Je redeviens petite fille et j´écarquille mes yeux à sa vue. « Maman, ils s´aiment ces gens là ? », si j´ai pu prononcer cette phrase en mon jeune âge, devant pareille image il me serait encore possible de la bégayer...
Maintenant il est temps pour nous de nous éclipser, étreints par l´émotion. Nous laissons ces deux personnes poursuivre leur histoire, puisque l´annonce du métro a dû déjà retentir... leurs visages se sont humidifiés. Dans la peur et le tourment, la séparation a eu lieu, la douleur a laissé son empreinte et s´est gravée dans les chairs. Encore sous l´effet captivant de la photo nous retournons à nos vies paisibles, mais, au fond, envieux du bonheur éphémère des deux personnages. Seul le message subliminal flotte en nos esprits. Ils nous font comprendre que le bonheur, si rare et si précieux, requiert du courage. Marginal, il étonne de nos jours, il dérange, n´est pas habituel, et n´est pas de notre décor... Il contraste avec le quotidien. C´est un risque à prendre, un héroïsme devant la douleur. Et c´est peut-être cela, qui, tout simplement, transforme ce simple baiser en un instant unique, rêvé et désiré... | |
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| Dolorès Marat La foule dans le métro
|  | 1985
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| | « des mots pour voir » édition 2004/2005
Français langue maternelle niveau 2 2° prix Louise MAIRE
RODIN Paris France métropolitaine
| | | Un matin, comme tous les matins, je prends le métro, je me trouve prise dans le courant des couloirs du métro parisien. Et je me rends compte que la photo que je vais prendre, avec toutes ces personnes de dos, qui se mélangent les unes aux autres, reflète ma vie matinale quotidienne, la vie dans le métro tout simplement, c´est une atmosphère étrange. Je vois seulement ces têtes, ces cheveux illuminés par les éclairages intenses du métro. Une lumière qui éblouit mes yeux, ces murs gris dont la couleur est accentuée par ces lumières, ces lumières qui nous "fusillent", ce ton brun posé sur la foule. Je décide alors que je ne prendrai en photo rien que ce qui sera juste devant moi, personne ne me regarde, j´en profite pour prendre mon temps, j´adore ça... Je trouve que l´on dirait des morts-vivants, j´en fais bien-sûr partie, c´est plutôt drôle, je ris seule, personne ne comprends ni même ne cherche à comprendre, aucun individu ne se retourne, je n´entends que les bruits de pas, d´escalators. Il n´y a aucune couleur vive, c´est le reflet, je trouve, de l´ambiance du métro, à part quelques musiciens étrangers ou encore quelques regards échangés, il n´y a pas de vie. Je veux prendre la photo, je vais la prendre mais les gens me marchent sur les pieds, je marche et n´arrive pas à prendre cette photo. Je regarde l´objectif, je n´arrive pas à voir si la foule descend ou monte, c´est encore raté, ils se suivent tous, tous emportés par la "vague". Je fais de cette image un film, une histoire, chaque personnage a un rôle, sa propre vie, stoppée lors du moment passé dans le métro. Ici se trouve beaucoup de monde, je viens seulement de le remarquer. Mais où vont tous ces gens ? Que font-ils ? Qui sont-ils ? Des questions que j´aurais tendance à me poser fréquemment. Je suppose que tout le monde se pose les mêmes. Un homme à ma droite, avec un long imperméable beige, impose un morceau de son épaule dans mon cadrage... tant pis ! J´appuie enfin sur le flash, cette photo me plaît, je continue mon chemin, ma vie... | |
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| Dolorès Marat La foule dans le métro
|  | 1985
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| | « des mots pour voir » édition 2004/2005
Français langue maternelle niveau 2 3° prix Sonia FOURTI
RODIN PARIS France métropolitaine
| | | J´ai été attirée par cette photographie dès que je l´ai vue car je n´ai tout de suite remarquée qu´une seule chose : la quantité de personnes. Ce qui m´a aussi fascinée c´est que pour moi cette photographie est sans vie. La photographie a été prise en hiver ou du moins durant une période froide de l´année puisque toutes les personnes photographiées portent des manteaux, un homme porte même un chapeau. C´est une photographie qui a été prise dans une partie du métro : les escaliers ou l´escalator. Elle a probablement été prise le soir, à la sortie du travail étant donné qu´on y voit uniquement des grandes personnes. Ce qui est représenté par cette photographie c´est-à-dire ce qu´elle reflète est la monotonie d´un monde triste : les couleurs sont foncées, tout le monde est semblable, toute cette foule est orientée vers la même direction. Cette photographie témoigne de la vie sombre que mène un grand nombre de personnes et pourtant il y a de la lumière qui donne l´espoir que le monde peut changer. Tout le monde avance vers cette chose mais on ne sait quoi, on dirait qu´ils sont guidés par cette lueur, la seule chose qui fait vivre la photo ; mais on peut penser aussi qu´ils sont hypnotisés. Les couleurs sont toutes dans le même ton : gris, noir, etc. : elles sont sombres. Au premier plan, il n´y a que des gens et au deuxième aussi, cela est fait pour insister sur leur importance. Ce sont des personnes de même catégorie d´âge : il n´y a ni bébés, ni enfants, ni adolescents : ce ne sont que des adultes. Ces personnes ont une posture sérieuse, la plupart sont habillées pareil, elles rentrent sûrement du travail et doivent donc être épuisées. Toute la foule regarde par terre : elle est vaincue par la vie. L´auteur souligne l'importance de la quantité de personnes pour nous montrer que la routine s´est installée dans beaucoup de vies. Dolorès a pris ces personnes de dos, en plongée. Dans ce monde souterrain, tous, écrasés par leurs soucis avancent tête baissée. Je pense que Dolorès Marat a voulu par cette photographie montrer comment est réellement le monde : « mort », c´est-à-dire le monde des adultes. Dans cette partie du métro il y a peu de place : tout le monde est serré ; les murs sont gris, cela nous indique que ces personnes sont peut-être renfermées sur elles-mêmes. Mais les gens se dirigent peut-être vers l´espoir, ce qui explique la présence de la petite lumière. L´homme est esclave mais esclave de lui-même. | |
| | | | | © ImageImaginaire 2009 |
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| Dolorès Marat Le retard du train
|  | 2002
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| | « des mots pour voir » édition 2004/2005
Français langue maternelle niveau 1
Prix de la Région Centre Simon Rouillé
Lycée Pothier Orléans France métropolitaine
| | | Il y a ce bleu, qui me happe le regard, ou bien le kidnappe. A priori, tout est froid. La lumière, le carrelage. C´est de la solitude, c´est du vertige, un semblant de modernité dans la couleur, le désir irrépressible d´atteindre cette zone béante. J´y plongerai comme dans un bassin d´eaux troubles, à m´y noyer pourquoi pas, si le corps d´Ophélie s´y trouve, si je n´y suis pas déjà. Des néons flottent à la surface, mais me rappellent à peine au monde : il n´y a que ce bleu devant moi, il n´y a que ça. Et, immergé, ce jeune homme qui urine. Debout, jambes écartées, face au mur, il guide son sexe à deux mains, se vide. Jet bruyant, contre les parois du ready-made de Duchamp. L´odeur envahissante de la pisse sied à l´espace : trop vide pour n´être pas sale, trop artificiel pour n´être pas glauque. Le crâne du garçon est rasé, le cuir épouse ses épaules, le jean ses fesses. Il se tient comme clandestin dans ce recoin, loin de la foule empressée et dans l´attente suggestive d´une ombre intéressée. La mienne. Son visage a légèrement pivoté, il a senti ma présence dans son dos, s´apprête à m´interroger du regard. Au cinéma, l´adresse directe du filmé au spectateur est prohibé. Pourtant, si le comédien me regarde, c´est mon statut de voyeur qui se trouve évalué. Je pense à "Sans soleil", de Chris Marker, à cette séquence où, sur le marché de Praia, les yeux de la jeune femme croisent furtivement l´objectif du cinéaste, tentent de l´esquiver, puis renoncent. Entre leurs iris, circule le désir, dans un dialogue muet semblable à celui que le jeune homme et moi engageons. Mon ami, qui m´attend dehors, m´avertira si je n´entends pas l´arrivée du train. Avec un tel retard, inutile à présent de décompter le temps. Liverpool, un soir de grand froid, peine et rage à force d´attendre ces wagons qui ne nous cueilleront décidément pas. Il faut que je prenne ce garçon. Il faut que lui m´attrape. D´un seul coup d´oeil, d´un mouvement qui me parle, il saurait malgré lui m´intimer l´ordre d´appuyer, enfoncer, déclencher. Et fixer l´image comme fragment du temps. Je me souviendrai alors des préliminaires : comment ce bleu me séduisit, comment ce garçon m´obséda, comment je l´approchai, comment je m´en emparai. Le voilà prisonnier. Qu´exprime son profil ? Est-ce celui de Narcisse par l´artiste contemplé, est-ce celui de Dorian Gray ? Est-il surpris ? Attend-il au contraire que je pointe mon appareil, que je vise, que je tire, que je fasse de notre échange impur et voilé un semblant de beau, une transfiguration du laid : clouer le souvenir au mur, exhiber ma mémoire ? Dans le champ, je remarque ces verticales qui vacillent, décide de ne pas les ajuster. Inscrite dans le bleu, la silhouette raide et dressée du garçon justifie le cliché. J´oublie la contrainte du cadre, les règles de l´art, rien n´est plus esthétique que cette couleur angoissante et ces formes sévères : dépendant du décor, le corps érigé, enraciné, à demi retourné. Ce pourrait être la réalité vive, or il pose. Trop tard pour lui intimer l´ordre de demeurer naturel, une telle posture ne se commande pas. Trop tard pour compter sur le train, je passerai la nuit ici. Nous avons le temps, jeune homme, de nous exercer. Revenir à zéro, recommencer autant de fois que nécessaire, te prendre jusqu´à l´épuisement. Saisir l´instant exact où pour la dernière fois tu sembles ne connaître de moi que la présence, pas encore le visage. Nous ne sommes alors qu´anonymes, inconnus, irréalité physique. Et nous nous aimons. | |
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| | « des mots pour voir » édition 2004/2005
Français langue maternelle niveau 1
Prix de la Région Centre Caroline Varas
LYCEE MARGUERITE DE NAVARRE BOURGES France métropolitaine
| | | Je
coupe... je sers, puis je la regarde manger sa part. J´attends avec
impatience le moment où, sentant dans sa bouche quelque chose de plus
dur, elle sourira. Elle est si tendre à regarder et si triste à la
fois. On mange en silence, dans le petit appartement où ma mère vit
seule depuis déjà trop longtemps. Ce même appartement où je fis mes
premier pas, mes premières « boums », où j´eus mes premiers émois... Ma
mère se souvient-elle de tout ça ? De mon enfance, de ma vie... de moi
? Peu m´importe, je suis là. Je pense pour elle comme elle a vécu
pour moi.
Rien ne se passe, pas de grimace ni de sourire, pas de
« je l´ai ! ». Pas de joie. Et soudain c´est la déception, l´angoisse
de lui dire « c´est moi qui l´ai ! ». La peur de voir sur son visage la
désillusion, la « trahison » de sa propre fille qui obtient un des plus
petits plaisirs de la vie. Celui-là même qui aurait illuminé la journée
- ou devrais-je dire l´existence - de ma mère. Alors je ne dis rien,
j´attends. J´attends qu´elle oublie, comme elle le fait tout le temps.
Et puis une idée me vient. Se proclamer reine c´est bien, se faire
élire c´est encore mieux. Ce serait comme la reconnaissance d´un peuple
à sa souveraine, une preuve d´amour d´une fille à sa mère. Je prend la
fève, sa main, et dépose au creux de celle-ci la petite figurine de
porcelaine. Puis, saisissant la couronne de papier doré, j´en orne sa
chevelure argentée : « maman, je te choisis comme reine ! ».
Voilà
ce que j´attendais : un sourire, un vrai. Celui qui en un instant lui
fait comprendre combien je l´aime. Un minuscule plaisir peut en faire
naître un plus grand dans l´esprit d´une femme qui n´en à plus
beaucoup. Mais c´est éphémère, trop court et trop fugace. Dans quelques
instants, quelques secondes la reine sourira-t-elle encore ? Si oui, se
souviendra-t-elle pourquoi ?
Alors, dans un moment de pur
égoïsme je prends mon appareil-photo. Je veux pour moi seule le bonheur
immortel de ma mère, pour qu´il puisse malgré tout exister quelque
part. Et puis ce bonheur, n´est-il pas un peu le mien ? Si elle est
heureuse je le suis aussi, comme elle l´était avant moi. C´est à mon
tour de vivre pour elle... bien qu´elle ne puisse plus penser pour moi. | |
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