| Snyders Chiens se disputant un os
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« des mots pour voir » édition 2001/2002
1° Prix WILLOCQ Audrey Athénée Royal de La Louvière (Belgique)
| | | Jacobus
ne put s'empêcher de contempler une dernière fois la toile. Elle était superbe.
Le maître avait une nouvelle fois donné la mesure de son talent. Le tableau
avait reçu le nom de " Chiens se disputant un os " . Mais ce titre ne signifiait
rien pour Jacobus. Lui, il ne voyait que son chien, Pintje. Il tendit la
main vers l'animal magnifiquement représenté… il suspendit son geste et
les souvenirs revinrent… Dans l'atelier du maître Rubens, les apprentis
étaient nombreux. Jacobus avait été amené là quelques mois auparavant. Depuis
toujours, il aimait le dessin, la peinture. Son père, négociant en vin,
était un ami de Paul de Vos, un grand peintre animalier , celui-ci avait
proposé de le faire entrer dans l'atelier de Pierre-Paul Rubens. Tout de
suite, le père de Jacobus accepta : quel honneur en effet dans cette belle
ville d'Anvers que d'avoir un fils apprenti chez le maître Rubens. Donc,
un jour, le père et le fils se rendirent à l'atelier. Rubens était absent.
Ils furent reçus par Maître De Vos qui leur présenta son beau-frère Frans
Snyders, un peintre qui travaillait en permanence dans l'atelier de Rubens.
Il leur raconta qu'il avait été l'élève de Brueghel II dit d'Enfer et qu'il
avait fait le " voyage d'Italie " comme tout peintre de l'époque. Mais il
était revenu s'installer dans sa chère ville d'Anvers depuis 1609. Il s'était
spécialisé depuis quelques années dans la réalisation de natures mortes
et de peintures animalières. Maître Snyders plut tout de suite à Jacobus,
il était calme et patient. Il montra au garçon quelques-uns de ses croquis
suspendus au mur de l'atelier. Des scènes de chasse, du gibier déposé dans
une cuisine, des oiseaux perchés dans des arbres… Jacobus était ébahi, il
adorait les animaux, les chiens surtout… et le peintre en avait représenté
par dizaines. Aussi, lorsque maître Snyders lui proposa d'être son apprenti,
le garçon accepta avec joie. Et les jours et les nuits défilèrent. Jacobus
devint rapidement indispensable au Maître. Il était toujours là dormant
à l'atelier, travaillant très tôt le matin et très tard le soir. Il s'occupait
du matériel, le nettoyait, allait chercher ce qui manquait… il préparait
la toile, il regroupait les croquis. Et surtout, il accompagnait le maître
dans ses différents voyages dans le pays environnant. Maître Snyders appréciait
sa présence discrète mais efficace. L'artiste effectuait des croquis puis
il les donnait à l'apprenti qui les rangeait dans différentes chemises de
carton. Jacobus adorait regarder les esquisses. Pour lui, le maître était
le plus grand ! Il savait reproduire dans les moindres détails les différents
animaux qu'il observait. Il saisissait la vie même. Sa renommée était telle
que de plus en plus de nobles anversois ou étrangers lui passaient des commandes.
Tous étaient fiers d'orner leurs demeures des toiles de l'artiste. Celui-ci
ne ménageait pas ses efforts. Il peignait sans relâche. Il effectuait sans
cesse des dessins, des ébauches qui servaient de base à ses toiles magnifiques.
Beaucoup étaient effectuées sur commande, certaines dépendaient de l'inspiration
du moment… Jacobus toucha doucement la toile et fit courir ses doigts sur
la tête de Pintje. Il revivait le moment où l'idée de peindre ce tableau
avait jailli dans la tête de Maître Snyders… Dans l'atelier, ce jour-là,
il régnait un grand calme. Jacobus nettoyait des pinceaux. Frans Snyders
était debout au milieu de la pièce, il regardait pensivement une toile qu'il
venait de terminer, une nature morte destinée à un riche marchand gantois.
Soudain, un terrible vacarme se fit entendre, il provenait des cuisines,
normalement vides à cette heure. Des aboiements et des grognements retentissaient…Des
meubles étaient bousculés, de la vaisselle était brisée… Jacobus et le Maître
se précipitèrent vers les cuisines. Là, ils se trouvèrent face au spectacle
suivant : trois chiens étaient là grognant, jappant, se disputant des restes
de nourriture. La bataille était rude ! Avec stupéfaction, Jacobus reconnut
parmi les combattants son chien Pintje. Celui-ci avait l'habitude de venir
retrouver l'apprenti à l'atelier de Maître Rubens mais jamais il ne s'était
fait remarquer ainsi. Le garçon se rua vers l'animal : " Pintje ! " hurla-t-il.
Aussitôt, les trois chiens filèrent chacun avec leur butin. Tout à coup,
un grand rire retentit, Maître Snyders avait l'air de trouver la situation
très amusante. Mais il cessa de rire aussitôt, tourna les talons et fila
en direction de l'atelier. Après un moment, Jacobus se dirigea dans la même
direction. Le Maître avait déjà déposé sur son chevalet ses feuilles à dessin.
Il avait un fusain entre les doigts et il avait déjà commencé un croquis.
Il se tourna vers Jacobus : " Voilà ma prochaine œuvre, des chiens qui se
disputent un os ! Tu me ramèneras Pintje afin qu'il me serve de modèle !
" Et les jours suivants, Pintje était revenu. Maître Snyders faisait des
croquis de l'animal. Il effectua aussi de nouveaux croquis de deux autres
chiens afin de compléter le tableau. Lentement, au fil des semaines et des
mois suivants, l'œuvre prit forme. Elle représentait trois chiens : deux
noir et blanc au museau effilé et un bâtard brun clair, Pintje. Tous les
trois avançaient d'un même mouvement vers un plat posé sur la table. Un
des chiens, celui qui occupait le centre du tableau, tenait dans sa gueule
un os, une patte plus exactement. Un autre regardait le plat avec avidité.
Le troisième, Pintje, était juché sur une chaise et montrait les babines.
Il était bien plus petit que les deux autres ! Mais le Maître lui avait
donné un air assez féroce. Tout le tableau dégageait une impression de vie,
de dynamisme. Jacobus avait toujours le sentiment que les différents personnages
allaient bouger d'un instant à l'autre… C'est sans doute toutes ces qualités
qu'avait remarquées le noble anversois qui avait finalement acquis le tableau
que Jacobus était en train d'emballer soigneusement dans une toile de lin.
Ainsi le portrait de Pintje, chien bâtard, allait orner la résidence d'un
des plus puissants personnages de la région. La vie est parfois bien surprenante
!
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| Claude Monet Portrait de camille sur son lit de mort
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« des mots pour voir » édition 2001/2002
2° prix Marie-Hélène LAVOIE Québec, Campus Notre-Dame-de-Foy
| | | Lorsque
ce n'est pas la mort qui assassine " Je suis saisi par la gradation de couleur
que la mort produit sur ton visage immobile, Camille.1 L'incarnat de tes
joues et de tes lèvres a laissé place à une lividité cadavérique qui recouvre
tout ton corps transi par ton sang qui s'est cristallisé. Et ce bleu qui
recouvre ta bouche, peut-on trouver pareil éclat ailleurs ? " Il est fini
le temps des souffrances, Mme Monet. Vous allez cesser de vous apitoyer
sur votre abominable sort. Il n'y en aura plus de plaintes muettes. Je suis
heureux que vous ayez rendu l'âme ; mon concubinage cessera désormais d'apparaître
comme l'esquisse de la répulsion sur votre visage. Et Dieu sait que même
les mots cruels ou les coups de poings sont moins durs que de surprendre
la déception sur le visage d'une femme… " Elles sont terminées les promenades,
seule au jardin, une ombrelle à la main. C'est la dernière fois que je vous
peins. Elle est morte cette femme que j'ai aimée, cette femme à la robe
verte que j'ai aimée peindre. Avec elle, elle a emporté toutes ses méditations,
toutes ses préoccupations, toute sa splendeur. " Ce que j'illustre aujourd'hui,
c'est la grisaille de la culpabilité qui m'accable. Et je le fais au pied
de votre cercueil pour garder, à tout jamais, en ma mémoire, le souvenir
de votre visage défiguré, non pas par la faucheuse de la mort, mais bien
par les rides que mon manque de loyauté a labourées dans votre sourire.
" Oh ! Regarde ce que tu as encore fait ! J'ai mouillé ma toile à cause
de toi, Camille. Regarde comme tu sais toujours atteindre ma faiblesse !
Vas-y ! Souris paisiblement dans ta tombe pendant que je me morfonds à peindre,
les yeux embrouillés par la dépression. On dira que j'ai inventé l'impressionnisme,
moi, je sais que ce n'est que badigeonner de la couleur, la larme à l'œil.
" On vous portera en terre Camille mais, à tout jamais, votre cadavre sera
exposé sur ma toile et les gens qui l'examineront penseront : " Comme la
mort produit une gradation de couleur saisissante sur un visage immobile
! "1 Et ils continueront à marcher, ne s'attardant pas à ce qu'ils voient,
à ce que ce portrait leur rappelle, aux meurtres qu'ils ont commis. Pourtant,
moi, je saurai que ce n'est pas la maladie, ni même la mort qui vous a assassinée…
1 Inspiré d'une citation de Claude Monet lui-même, tiré du livre de Frank
Milner, aux Éditons PML, 1993
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| Rembrandt
Le philosophe en méditation
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« des mots pour voir » édition 2001/2002
3° prix RANDOUR Mickaël Athénée Royal de La Louvière (Belgique)
| | | Cette étincelle divine qu'est l'inspiration vient à nouveau de frapper mon
esprit. Ma prochaine œuvre sera un hommage à cet homme aux idées nouvelles,
à ce chevalier de l'esprit, à ce défenseur de la vérité, à Montaigne. Je
relisais avec un plaisir toujours égal ses Essais, lorsque ce projet effleura
mon cœur : pourquoi ne pas tenter de représenter, sur ma toile, la vie de
cet homme, son esprit libre et son plaisir d'apprendre. Je me plonge donc
encore plus profondément dans la lecture de ses travaux et me mets en quête
de renseignements sur cet étrange personnage. Mon tableau n'est pas encore
commencé et je me vois déjà face à un problème inextricable : comment représenter
par mes traits, aussi fins soient-ils, les errements de son esprit ? Comment
réduire à un simple dessin toute l'étendue de son génie ? Après mûre réflexion,
je pense avoir trouvé une issue : Montaigne ne peut être peint que dans
la simplicité dont il a toujours fait preuve. Je vais donc esquisser la
vie de contemplation et de réflexion de cet homme dans le décor qui accueillit
un acte de l'existence de ce philosophe : la tour du château de Montaigne.
Je trace mes croquis et un autre problème pointe à l'horizon : comment faire
ressentir aux gens l'utilité de cette vie " passive " ? Comment ne pas les
laisser croire en la vanité de la pensée face à eux qui passent leur vie
à travailler mais aussi à souffrir, pour finalement mourir d'une mort ingrate
? Je ne le sais point encore mais j'y travaille. Les jours passent et ne
se ressemblent que par l'ardeur qu'inlassablement j'investis dans mon ouvrage.
Mon tableau se compose lentement. Il y a un autre aspect que j'aimerais
incorporer dans mon œuvre : la lumière de la connaissance venant éclairer
l'âme en quête de savoir. J'ai bien fait de choisir la tour de Montaigne
comme décor car il y est tel qu'il toujours été : solitaire, sans grand
intérêt pour les futiles affaires humaines. Encore quelques jours et ma
toile sera achevée. Thalassa ! Thalassa ! Je suis finalement parvenu à terminer
mon œuvre. Comme prévu, à l'arrière-plan, se situent les escaliers de la
tour, en perspective. Une fenêtre diffuse la lumière qui éclaire Montaigne.
Celui-ci est assis au centre du tableau et semble contempler le monde à
travers l'éclat du soleil. Dans la partie droite de la peinture, j'ai croqué
une femme qui s'occupe du feu de cheminée luisant faiblement. C'est un peu
le symbole de la futilité d'une vie de travail et de douleur par rapport
à la réflexion du philosophe ou du savant. Ce tableau est réducteur par
les faits qu'il dépeint, puisque Montaigne eut une vie bien plus intéressante
qu'une simple retraite dans un château mais, en même temps, il résume bien
la vie de Montaigne quant à ses idées car c'est une sorte d'allégorie de
la quête du savoir. Peut-être cette toile ne sera-t-elle pas une de mes
plus belles mais, au moins, elle aura le mérite de rendre hommage à cet
homme admirable, ne fût-ce que par ses pensées. | |
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| Emziren (Celle qui allaite) huile sur toile, 70x80, 1998
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« des mots pour voir » édition 2001/2002
3° prix ex-aequo DEMIRHISAR Deniz Günce Lycée Sainte Pulchérie Istanbul Turquie
| | | Ibrahim
Balaban, peintre turc né en 1921. L'obscurité est percée par une berceuse,
j'essaye d'y voir un brin de lumière et une femme se dessine, assise sur
la pierre, se renfermant sur son petit, comment fait-elle pour renfermer
tant de sérénité, cette statue de souffrance? Elle m'inquiète avec ses yeux
mi-clos, avec ses grandes mains meurtries par le blé, avec ses pieds, couleur
de terre, et immenses. Son visage m'inquiète. Son visage orangé où le soleil
avait pénétré pendant ces longues journées aux champs, est parsemé de rides,
cicactrices d'une vie consacrée à faire jaillir le pain des profondeurs
de la terre...Traitée toujours avec rudesse de la même façon qu'elle traite
la terre, féconde comme la Terre pourtant, la fatigue s'empare d'elle au
fur et à mesure que la nuit tombe. Mais la nuit ne tombe jamais dans ses
traits, le soleil coule encore et toujours dans ses veines, le soleil brille
au bout de son sein nu que l'enfant affamé attrape avec ardeur. Enfant nourri
par le soleil qui arrose notre Terre, notre mère à tous. Sa rondeur inerte
m'inquiète, non pas celle de la Terre puisqu'elle nous berce tout en tournant
et tout le temps, mais celle de la femme inerte, en dépit de la Vie qui
bouillonne en elle, en dépit de cette petite vie qu'elle a dans ses mains.
Ronde et inerte, substantielle et protectrice, telle un oeuf qui finit un
beau jour par éclater... L'enfant déploie alors ses yeux pour tout dévorer,
les champs dorés, et les hommes fatigués, torturés ou amoureux, la terre
cramoisie, la boue sur les chemins des villages perdus d'Anatolie. L'enfant
déploie ses mains pour saisir le crayon, fait ainsi d'elles ses ailes. Il
survole les terres de son imaginaire, il recrée le monde avec passion, recrache
sur le papier tout ce qu'il dévore de ses yeux, les passant au crible de
son coeur, y laissant l'empreinte de la lumière qu'il hérite de sa mère.
Il grandit au milieu des champs, les paysans qui retournent la terre, la
nature qui s'épanouit au printemps, les femmes à la saison des moissons
et les boeufs de labour écrasés par la fatigue posent pour le jeune peintre
qui sait à peine lire et écrire, qui n'a que son crayon dans un monde ébranlé
par mille couleurs. Ses ailes ne lui paraissent pas chétives, il n'a jamais
vu d'albatros. ...Jusqu'au jour où il tombe en prison et il rencontre le
Poète, planeur d'au-dessus des grands océans et de grands rêves, magicien
des mots, qui ne voyait le ciel qu'à travers les barreaux. Ceux qui se bornent
à un monde tissé de misères et d'injustices, qui ne supportent même pas
qu'il fût recrée par des sons, des couleurs, des idées, avaient non seulement
construit les prisons mais les avaient rempli d'écrivains, de peintres,
d'artistes qui portaient l'espoir d'un monde meilleur. On ne pouvait pas
bâillonner une telle lumière; voilà ce qu'ils avaient oublié, les enfants
nourris de soleil secoueraient toujours ces murs sombres et nauséabonds.
La rencontre entre le Poète et le jeune peintre est fulgurante, beaucoup
plus fulgurante que la rencontre du jeune peintre avec son premier crayon,
car c'est à l'ombre de ces murs et de ces barreaux que le Poète donne au
jeune peintre son premier pinceau. C'est là qu'il découvre la puissance
que recèle cet outil si simple. En survolant un univers infini, au fil des
sensations, brandir le pinceau de façon à menacer le néant blanc de la toile,
lui donner une figure, une parole, une profondeur, combler la toile tantôt
de couleurs tantôt du vide, de chagrin ou de passion, l'arroser de soleil…
Brandir le pinceau enfin, de façon à menacer toutes les ténèbres… La fièvre
intermittante que le pinceau en feu avait inspiré au peintre se calme peu
à peu, il ouvre ses yeux mais ne voit plus le Poète. Qui était-il?.. En
partant, il avait soufflé son nom: Nazim Hikmet. L'écho de ce nom dans la
cellule envahie désormais par la solitude, avive le souvenir d'une question
incongrue qui le hante depuis son enfance. Instinctivement, il s'empare
de son pinceau, et se met devant le miroir ébréché. Il essaye de se retrouver
au bout de son pinceau, à travers son reflet, suivant, corrigeant, effaçant
ou simplement contemplant ses contours, cherchant ses propres confins...
Quoi de plus étrange, pénétrant et paradoxal qu'un peintre devant l'ébauche
de son autoportrait, déchiré entre le désir d'aller au-delà de soi-même,
de dépasser cet univers donné, de se transcender et le désir de se connaître,
de se réfugier au plus profond de soi-même? Mais le peintre est insatisfait
de reproduire plus ou moins ce visage qui lui est d'ailleurs si familier,
il se cherche, il creuse dans sa mémoire pour aller au-delà de ce que les
yeux peuvent déjà voir, il cherche sa propre image parmi la foule d'images
poussiéreuses de son passé. Epuisé, presqu'au bord de la folie, submergé
de couleurs, de figures et de désespoir, il sursaute avec le résonnement
lointain d'une berceuse. Alors une larme luit au creux de son visage, et
il brandit son pinceau: une femme se dessine assise sur la pierre, se renfermant
sur son petit... cette statue de souffrance... ses yeux mi-clos, ses mains
meurtries par le blé... son visage orangé où le soleil avait pénétré...
son visage parsemé de rides... le soleil coule encore et toujours dans ses
veines... le soleil brille au bout de son sein... "Cet enfant nourri par
le soleil, se dit le peintre, c'est moi…" Et au coin de sa toile, les mains
toutes tremblantes et hésitantes, il marque doucement, du bout de son pinceau,
son nom: Balaban... | |
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| Edouard Manet Chez Père Lathuille
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« des mots pour voir » édition 2001/2002
5° prix Eléna PARJANOVA Lycée
bilingue St. Clément d'Ochrid Blagoevgrad, BULGARIE
| | | Encore un jour chaud et abondant de soleil. Juillet, plein juillet! Dehors,
tous dehors! Vite, je dois me dépêcher avant que mes pieds me fassent crier
de peine. Calme, sois calme! Il faut que j'aille à Belle vue, on dit que
là on a assez de bonnes conditions pour vaincre la peine. Allons voir le
jour à Paris, le jour dans un restaurant de Paris. J'ai faim. Les rues sont
si poussiéreuses par ce temps de l'année. Pas de banc alentour. Stop, j'y
suis arrivé. Chez Père Lathuille. "Garçon, la carte, s'il vous plaît." Oh,
il ne se perd pas le temps, ce jeune homme-là, à la mèche désobéissante
à côté de cette fille toute jeune qui fait des essais de se montrer sérieuse.
Oh, il a les yeux si audacieux et se porte à la mode - une moustache mince,
des cheveux plutôt courts, une cravate négligente - un vrai gentleman de
nos jours. Il faut retenir cette scène. Ou plutôt la peindre. Pas de plaisanterie.
Il le faut. Une aventure sur un tableau. Vite, où est-il, le crayon? Un
jeune homme dont le regard cache des pensées d'un coureur et une fille coquette,
soupçonneuse, mais dont l'attention est attirée. Un peu de soleil sur leurs
cheveux et beaucoup sur la nappe de la table. Une main tendue sur le dossier
de la chaise et la figure du jeune homme un peu inclinée en avant. Je dois
finir le tableau avant de partir, avant de quitter Paris. Il faut que la
cure attende un peu, peut-être qu'en septembre j'y serai. Encore un peu,
fais des efforts... Attrape le soleil... Toi, mon vieux, tu seras comblé
d'honneur au Salon... | |
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