Concours"Des mots pour voir" / /Photographie de Claude Lévêque extraite d'Appartement occupé
© Claude Lévêque

Participations en français langue maternelle
Quatrième prix ex æquo :Stéphanie Jacobieski; lycée Jean Renoir Bondy France

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texte 53 Stéphanie Jacobieski
lycée Jean Renoir Bondy France

Camisole

Je ne sais pas depuis combien de temps je suis là, allongé, sur ce lit. Mes yeux sont clos. Mon corps ne bouge pas. Je suis peut-être mort. Non. Ma poitrine se rempli d'air et l'expire, doucement. Mais mon corps ne bouge pas. Je dois me lever. Je suis allongé depuis trop longtemps. Ma tête dit à ma jambe de bouger. Elle ne veux pas. Et si j'étais paralysé ? Il n'y a que mes poumons et mes pensées qui semblent vivants. Lève-toi ! ! Si mes poumons fonctionnent, mon cœur bat aussi. Donc les médecins doivent savoir que je suis vivant. Je suis sûrement dans un lit d'hôpital puisque je suis paralysé. J'en suis sûr désormais. Sinon, ma jambe aurait obéit. Il faut que j'essaye avec l'autre jambe. Mes muscles ! ! Pourquoi je ne sens plus mes muscles ? Ce n'est pas possible ! ! Qu'est-ce qui m'arrive ? Il faut que je reste calme. Il faut que je me souvienne. Il a dû arriver quelque chose. J'ai sûrement eu un accident. Oui, c'est cela ! ! Un accident de la route. Une voiture m'a percutée, et… Non. Ce n'est pas ça . Qu'est-ce que je raconte ? Je ne conduis pas. Je n'ai jamais conduis. J'ai trop peur, justement d'avoir un accident. Mais alors, que s'est-il passé ? Réfléchissons. Peut-être que c'est en descendant les escaliers. Je suis tombé, et voilà. C'est sûrement la voisine qui a trouvé le corps et l'a ramené chez elle. En fait, je suis chez elle. Je dois me concentrer pour écouter. Je connais sa voix. Je dois fermer les yeux et écouter. Mon cerveau fonctionne puisque mes pensées fonctionnent. Je dois me concentrer. Ça y est ! J'entends quelque chose… on dirait… c'est quelque chose de rythmé… c'est peut-être la musique du jeune du dessus. Non. Je l'entends tout près. C'est comme dans le film que j'ai vu hier soir. Le héros se retrouvait à l'hôpital, et les machines à côté de lui faisaient ce bruit. Donc, je suis à l'hôpital. Ah ! ! je sens… Ah ! ! On me pique ! ! Ah ! ! Je sens, je sens… une piqûre. Qu'est-ce qu'ils me font ? Lâchez-moi ! ! Mais voilà. Ils m'ont attaché au lit. C'est pour ça que je ne peux pas bouger. Mais qu'est-ce qu'ils m'ont fait ? Ils veulent m'euthanasier ! ! Au secours ! ! Je suis vivant ! ! Je veux vivre ! ! Il faut que je me calme. Je dois rester calme. Je… Je… Où suis-je ? Quel silence tout à coup. Oh, il est tellement épais, ce silence, qu'il m'écrase. Bon sang, il est si lourd. Oh mon dieu ! Oh mon dieu ! Ce n'est pas le silence qui m'écrase. C'est le linceul et le couvercle du cercueil qui m'entoure. Oh mon dieu ! Je suis mort. Ils m'ont tué ! ! Assassins ! ! Lâchez-moi ! ! Lâchez-moi ! ! Mais qu'est-ce qui m'arrive ? L'air ! L'air ! Je… J'étouffe ! ! Je ne peux plus respirer ! Je ne respire plus. Je suis mort ! je suis mort ! ! Non ! Je ne peux pas être mort puisque je pense. Je suis vivant ! Je suis vivant ! Regardez ! Regardez ! Regardez ? C'est ça ! Il faut que j'ouvre mes yeux. Comme ça, ils verront que je ne suis pas mort. Après, je ramasserai les fleurs de ma tombe et je les mettrai dans mon jardin. Ça fera un joli souvenir. Dans mon jardin. Ohé ! ! Vous entendez ? ! ! Regardez ! je vais ouvrir mes yeux ! Je.. je.. mes yeux ! ! J'arrive à bouger mes yeux ! ! Oh ! Comme il fait sombre ! Tout est noir. Tout est vide. Où sont mes fleurs ? Je veux des fleurs. Dans mon jardin. Ils sont tous partis. Il fait nuit. Et puis je ne respire toujours pas. Déjà, mes yeux sont ouverts. Mes yeux ! Mes yeux ! ! Ils ne sont pas ouverts ! Mes yeux ! Je n'ai plus d'yeux ! ! Ils m'ont arraché les yeux ! Mais quels monstres ! Mais… L'air… Mes poumons ! il n'y a plus de poumons ! Il n'y a plus de peau. Mais.. Mais… Qu'est-ce qu'ils m'ont fait ? Pourquoi ont-ils fait ça ? Je… Mes os ! Mes os s'en vont ! Ils… Ils… Ah ! Des vers ! Ah ! Mais qu'est-ce qu'ils m'ont fait ? Ah ! Va-t-en ! Va-t-en sale ver immonde ! ! Et ce silence qui m'étouffe. Bon sang ! Il vient jusque dans ma bouche ! Jusqu'entre mes côtes. Qu'est-ce que…. Je n'ai plus de corps. Je flotte. C'est la fin. Ils m'ont tout pris. Et je ne sais même pas comment je suis arrivé là. J'étais tranquillement, dans mon lit, et….