Concours"Des mots pour voir" / Portrait de femme, Pompéi, Ier siècle avant J .C.Participations en français langue maternelle |

texte
66 Bruno
Casagrande
première L lycée Marguerite
de navarre; Bourges
J'ai vu ce portrait lorsque je suis allé à Pompéi et j'en ai acheté une reproduction pour l'accrocher dans ma chambre. Cette image est une peinture à fresque qui représente une jeune femme certainement riche, dont la légende veut qu'elle soit la poétesse Sapho de Lesbos. Ce portrait date du Ier siècle avant Jésus Christ. Il décorait à cette époque une riche maison de Pompéi. La cité a connu un destin tragique : ville florissante établie près du Vésuve, elle a été anéantie en quelques heures le 24 août de l'an 79 sous une pluie de lapilli, figeant ses habitants dans la nuée ardente, gardant leur expression dans les roches volcaniques pour l'éternité. Grâce à cet horrible événement, nous gardons de l'Antiquité des témoignages très vivants, tel ce sublime portrait de femme.
En effet, je pense que ce portrait féminin est l'un des plus magnifiques,
empli à la fois de calme, de douceur et de sensualité.
C'est un tondo ; sa forme, le cercle est symbole de perfection, elle crée
dans un tableau harmonie et douceur. Ainsi, la forme seule de ce portrait évoque
déjà la douceur du personnage. En outre, c'est cette forme qui
est reprise plusieurs fois dans le portrait : les boucles d'oreilles, la coiffe
et les boucles dessinées par les cheveux.
En plus de cette douceur des formes, il faut ajouter celle des couleurs : la
tonalité pastelle règne dans ce portrait. Cependant, même
s'il est possible que les couleurs aient été altérées
par le temps, cette douceur de ton est caractéristique de la peinture
à fresque
Les couleurs paraissent assez ternes, mais le vert de
la tunique et le doré des bijoux contrastent et créent ici aussi,
l'harmonie.
Le jeu des contrastes met en valeur le visage de Sapho dont le charme tient
aussi à la douceur du teint
En effet, la poétesse est ici
peinte comme une très belle femme : les traits du visage sont fins et
à peine marqués, le ton de la peau claire est rosé, l'attitude
gracieuse et le regard à la fois mélancolique, froid et langoureux.
En effet, il se dégage aussi de cette fresque une certaine sensualité
: les lèvres sont maquillées et ainsi mises en valeur, les cheveux
bouclés coiffés avec délicatesse, la résille d'or
fait écho aux anneaux des oreilles. Les atours de cette femme déjà
si belle renforce son charme, ce sont des outils de séduction qui donnent
à ce portrait une tonalité sensuelle.
Ainsi,
il s'agit d'un magnifique portrait, à la fois harmonieux et sensuel
d'une très belle femme. Cette femme, on dit qu'elle est Sapho de Lesbos,
la grande poétesse grecque. Peut-être est-ce vrai, mais personne
n'en est vraiment sûr. Toujours est-il qu'il n'a sans doute pas été
peint d'après elle. On peut penser que cette légende est due
au stylet et à la tablette que tient la jeune femme. Néanmoins,
nous n'avons aujourd'hui aucune image de Sapho, mais grâce à cette
peinture le spectateur moderne garde de la poétesse l'image d'une femme
sensuelle et belle. Grâce à ce tableau, la poétesse et
l'antiquité nous apparaissent plus proches et plus vivantes.
En effet, d'autres détails font de ce tableau un témoignage de
l'Antiquité et font revivre à nos yeux cette période.
La simplicité du geste de la jeune femme, par exemple, est pour moi
très démonstratrice de cela : qui n'a pas, cherchant " l'inspiration
" porté son stylo (ou ici son stylet) à sa bouche ? Ce geste
rapproche nos attitudes de celles des romains.
De plus, la jeune femme, est apparemment prête à s'adonner à
une activité d'écriture. Lettre, poème, peut importe,
elle écrit, comme nous aujourd'hui (bien qu'elle n'utilise pas les mêmes
instruments, et qu'à l'époque romaine tout le monde n'était
pas instruit). Ce tableau me rapproche de l'antiquité plus que les livres
d'histoire, je me sens proche de cette jeune femme d'une période éloignée,
qu'elle soit la grande poétesse Sapho ou non.
En outre, la forme ronde de ce portrait paraît représenter une
fenêtre ouverte sur le passé, permettant d'acquérir un
témoignage direct de l'antiquité, plus vivant, répétons-le
qu'un livre d'histoire. De plus, la facture de cette peinture est assez simple
: les traits sont suggérés et peu marqués. Même
si cela est sans doute dû à la technique utilisée et à
la période de la réalisation, je ne peux m'empêcher en
observant les traces de pinceau altérées par le temps de penser
aux impressionnistes du XXème siècle. Cela renforce pour moi,
l'aspect moderne de ce tableau.
Enfin, le regard, rendu avec tant d'habileté, scrute le spectateur.
" l'il est la fenêtre de l'âme " a dit Léonard
de Vinci. Mais de quelle âme s'agit-il ici? Celle du modèle, du
peintre ou du spectateur ? Il s'agit pour moi, des trois à la fois :
le peintre a peint les yeux de son modèle en y mettant son âme,
et dans ces yeux qui me scrutent je semble me voir comme dans un miroir : ce
regard m'interroge sur ma propre âme.
De plus, ce portrait évoque les icônes byzantines ou les portraits
funéraires du Fayoum. Le pouvoir des premières est d'exalter
la vie éternelle à travers l'immensité du regard, celui
des seconds est de transcender la mort pour accéder à la vie
éternelle. On retrouve, il me semble, ces deux éléments
dans ce tableau. L'immensité du regard de la jeune femme transcende
les époques après l'ensevelissement par une nuée ardente
de la cité pompéienne et nous parvient aujourd'hui comme un témoignage
vivant de l'Antiquité.
Ce regard qui a traversé les âges provoque en moi de profondes
émotions. La beauté calme et sensuelle de cette femme me charme,
mais cette image possède aussi le pouvoir presque magique de faire revivre
le passé de façon très émouvante : le regard de
cette jeune femme me scrute pour que je n'oublie pas la tragédie de
la cité pompéienne, pour que je pense aux hommes de l'Antiquité,
à la littérature que déjà ils créaient.
Ce portrait est comme une illustration des vers de Sapho : " Je dis que
l'avenir se souviendra de nous
Je désire et je brûle
"