Concours"Des mots pour voir" / Constantin Meunier, Cabaret du Borinage (1904) Musée de TournaiParticipations en français langue maternelle24/02/01 |
texte
51 Vyvey Morgan
Athénée
Royal; La Louvière; Belgique
professeur : Françoise Chatelain
Ce jour-là,
lorsque les rayons du soleil levant vinrent me caresser le visage, je sentis
tout de suite que la vie dans mon quartier n'était pas comme d'habitude
: je n'entendais pas les ordres criés aux " noirs ", le glouglou
des bateaux, les crissements des châssis.
Je me levai et me dirigeai vers la fenêtre, je tirai le rideau et la mine
m'apparut sans vie, presque déserte. Seuls quelques mineurs ivres, à
peine remis de la beuverie de la veille titubaient. Ils rentraient sans doute
à leur " carré " ou continuaient leur " périple
".
Comme je n'étais pas d'humeur à peindre, je décidai de
déjeuner dans un café minuscule qui se trouvait au coin de la
rue Saint-Antoine et de la rue Saint-Alphonse. Je m'habillai et descendis l'escalier.
Cinq minutes de marche séparaient mon appartement du cabaret. Durant
ce laps de temps, je ne rencontrai âme qui vive. L'air était lourd,
chargé des odeurs lourdes du charbon. Dans ce climat de deuil, le bistrot
me parut plus lumineux que d'habitude.
Il n'était pas bien grand, ni très riche mais il me permettait
de me détendre lorsque je ne trouvais pas l'inspiration. Peu de monde
fréquentait l'établissement et, de ce fait, j'y étais souvent
seul. Mais ce jour-là, lorsque j'ouvris la porte, je remarquai que ce
n'était pas le cas. Quatre hommes, des mineurs, étaient attablés
à une table qui se trouvait près de la fenêtre et de la
porte en deux parties. Je m'assis non loin d'eux et les observai. Assis là,
encore souillés de suie et, pour les deux hommes qui se tenaient à
ma droite, un bol de soupe à la main, ils firent ressurgir en moi, brusquement,
la dure réalité. Cette réalité est la mort qu'ils
côtoient et contre laquelle ils doivent lutter sans cesse. Je me mis à
me demander ce que ces hommes deviendraient sans cet îlot perdu au milieu
de l'Enfer.
Mais ce qui me frappa, c'était cette lumière si présente,
si dense que j'aurais pu la toucher. J'avais en permanence, sur moi, mon bloc
à dessin. Je m'assis non loin de là et me mis à les croquer.
Lorsque je rentrai chez moi, je couchai le dessin sur la toile, j'y mis toute
ma hargne. Les couleurs venaient d'elles-mêmes sans que j'aie à
y penser. Je terminai le tableau en deux jours. J'étais complètement
épuisé, mais je trouvai encore la force de retourner au café
dans l'espoir d'y retrouver mes modèles. Malheureusement, je ne les ai
jamais revus