Elèves du lycée français de New-York / Flora Moir 1° prix du concoursMarie-Denise Villers Mademoiselle d'OrgnesConcours "Des mots pour voir"17/09/01 |
Elle était dans la pièce quand je suis rentrée. Elle n'était pas toute seule dans cette salle, il y en avait d'autres, eux aussi occupant leur propre espace sur les murs et chacun, occupé, était seul dans son univers peint et encadré. Je ne savais pas qu'elle était là et je l'avais interrompue dans son travail. Elle leva la tête et me regarda. Tout autour de moi disparut et la scène dont j'étais spectateur devint immobile et prit un air paisible et serein. Le peintre avait mélangé ces deux couleurs et y avait ajouté des touches de mélancolie autour de cette femme, créant un équilibre et un calme qui semblait flotter et pénétrer le spectateur. Ses petits yeux bleus et ronds étaient la source de cette tristesse; ils me regardaient avec intensité, m'accrochaient et ne me laissaient pas partir sans la justification de mon intrusion. Je vis, là, une femme dans toute sa féminité, entourée par les ondulations de la vie féminine, parsemées dans les vaguelettes de ses cheveux, torturées par le pinceau, dans les courbes de sa robe et piquées par la baguette dans son chignon. Le fond sombre de la pièce, de son esprit met en avant la pureté et même la magie de cette créature. Resplendissante et fine, elle est dans sa robe blanche. Elle dessinait les souvenirs entrés dans le présent par la fenêtre du passé: deux amants, ensembles, au-dessus de tout le monde. Je les retrouvais qui l'envahissaient dans la blancheur de son habit et dans le bleu de la chaise, étouffé par ce drap rouge, rouge de l'amour, du sang, de la douleur. Mais il ne me suffit que d'un indice pour démasquer la cause de la mélancolie de cette scène encadrée. Le petit ruban rose qui resserrait cette robe déjà torturée, délicat, mais honnête, me révéla tout. Sa robe prenait ainsi la forme de son corps, accentuait ses courbes fines et décelait la rondeur de son ventre. Partout je voyais cette rondeur, et la sérénité et tranquillité de la douleur, dans la régularité et perfection des traits du pinceau, ces courbes tortueuses mais paisible toujours. Ses cheveux ondulés retombaient sur son petit visage rond et la courbe de son dos poursuivit par celle de ses jambes et enfermées dans le tissu contorsionné de cette si simple robe. La cassure dans la vitre pourtant, où je voyais le souvenir des amants, était elle-même une courbe mais celle-ci brutalement interrompue. Mon oeil se glisse vers un tout petit point illuminé sur le mur de cette pièce sombre et triste. C'est le bout de la baguette à peine visible qui poignarde le chignon, dissimulée dans l'ombre, simple et innocente en apparence mais cachée dans le noir, elle est meurtrière.