Elèves du lycée français de New-York / Catia VerbekeVan Gogh, Wheat Field with Cypresses Metropolitan Museum, New YorkConcours "Des mots pour voir"17/09/01 |

Selon une vieille légende galloise, seuls les chiens aux yeux argentés peuvent voir le vent… Mais, quand j'ai aperçu cette image au musée, il m'a semblé qu'à mon tour, j'avais reçu le don de ces magiques yeux argentés. J'ai toujours aimé les œuvres de Van Gogh, mais cette œuvre-là, que je n'avais jamais vue auparavant, m'a immédiatement attirée dans son aura. Il en émanait une telle impression de grâce qu'elle paraissait rehausser la beauté déjà éclatante de la nature même. Mais en même temps, ce n'était plus un tableau. Il prenait vie sous mes yeux, grâce aux touches maîtrisées de l'artiste, qui faisaient paraître le vent, dans le ciel, dans chaque brin d'herbe. Et ce vent, qui animait le tableau tout entier, m'entraînait, m'emportait dans le petit monde qu'était cette peinture… A présent, je pouvais même sentir le souffle du vent sur ma peau, et sa fraîcheur me faisait plisser les yeux. A travers mes cils, je pouvais voir, dans le ciel, Zéphyr et ses nymphes chevauchant ce vent, indomptable mais doux. Leurs robes y laissaient des traînées d'un bleu-vert écumeux, où flottaient des nuages illuminés d'une goutte de soleil. Et ils riaient en regardant le vent folâtrer dans les herbes sèches de fin d'été. Il traçait des sillons dans le beau blé d'or, produisant un bruissement de soie. Deux cyprès, sombres et dignes, dominent ce paysage. Entourés de leur cortège de buissons, l'un est grand et élancé, l'autre petit et trapu. Le grand cyprès semble tendre son bras vers le ciel, comme s'il cherchait à attraper un nuage pour l'offrir à sa belle… Mais les vagues sombres d'un ciel nocturne avançaient lentement derrière les cyprès. Ils léchaient les nuages blancs, pour les engloutir peu à peu, et faisaient fuir les esprits du ciel. Je fermai les yeux, en essayant d'enregistrer ce beau paysage dans ma mémoire, comme on fait quand on voit un arc-en-ciel que l'on ne veut jamais oublier. Mais pendant ce bref instant où je ne regardais plus ce qui était autour de moi, je sentis ce paysage magique s'évaporer. Je me sentis retomber de ce monde féerique dans la réalité; quand je rouvris les yeux, je n'étais plus plongée dans le paysage, mais il était devant moi, accroché au mur du musée. Je pense que jamais je ne pourrai revivre l'expérience que j'ai vécue en regardant le tableau pour la première fois, pendant ce laps de temps qui m'a transportée dans un autre monde. Il me semble que c'était un de ces sentiments uniques que je ne pourrais reproduire, même si je restais devant ce tableau indéfiniment en essayant de le revivre. Il ne me reste plus qu'à vous conter ce que j'ai ressenti, en espérant que vous pourrez me comprendre, que vous pourrez m'aider à conserver ce souvenir chéri.