Elèves du lycée français de New-York / Emilien FLORET

Van Gogh, La ronde des prisonniers ( d'après Doré ) Saint-Rémy, février 1890 - Huile sur toile, 80-64 cm Moscou, Musée Pouchkine

Concours "Des mots pour voir"
17/09/01

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La ronde, chaque jour, quinze minutes soi-disant pour nous distraire. Quinze petites minutes par jour contre dix ans d'ombre. Pourtant, ce jour-la, cette routine me divertissait réellement, le souffle du vent sur mon visage me rappelait mon ancienne liberté, et me rappelait surtout ma sortie officielle de cet enfer dans une semaine. Les autres prisonniers avaient appris ma sortie presque en même temps que moi, il n'y a pas de secrets entre ces quatre murs. A l'instant où vous appreniez quelque chose, vous pouviez être sur que toute la prison le savait. Coup de sifflet, fin de la ronde, j'étais traîné à l'intérieur, la solitude revenait. J'étais mis à l'écart dans une cellule individuelle qui était réservée aux " bientôt libérés ", il n'y avait pas de fenêtre, comme pour nous enlever tout ce qui nous restait. C'était horrible, j'étais trop tendu, je n'avais pas l'habitude d'être tout seul dans une cellule. Depuis dix ans je vivais dans cet enfer, tourmenté par les gardes, à la merci de n'importe qui, j'allais sortir de tout ça dans une petite semaine. Une semaine de plus à vivre enfermé, cela ne paraît rien après dix ans, pourtant cette semaine allait être ma dernière semaine et aussi ma plus difficile. Tous les prisonniers avaient entendu parler de ma sortie et je commençais à ressentir une vague de haine s'écrouler sur mon dos, J'ETAIS SEUL CONTRE TOUS. Jour après jour, la tension augmentait, je commençais à me faire insulter au réfectoire, pendant la ronde les prisonniers derrière moi me faisaient tomber, j'étais menacé, tous ces visages me hantaient de jour comme de nuit où je n'arrivais plus à dormir de peur d'être exécute durant mon sommeil. Cinq jours passèrent, je sortais demain, un jour encore à tenir, à ce rythme je ne savais pas si j'en aurais la force. Il n'y avait pas eu trop de problèmes lors de la ronde mais à l'heure du déjeuner, un homme s'est jeté sur moi et m'a frappé au visage et aux côtes, les gardes ne sont arrivés qu'après avec un grand sourire, comme s'ils avaient arrangé cet bagarre. Après être passé à l'infirmerie je refusai de sortir pour le dîner et restai enfermé jusqu'au jour le plus merveilleux de ma vie : Ma Sortie. Heure de ma sortie, je devais traverser la cour dont j'ai souillé le sol durant dix longues années, chaque jour, à la même heure. Je me sentais comme un nouveau-né, je ne pouvais plus marcher, plus parler, j'étais tellement ému de sortir que je ne pouvais plus rien faire, tout était comme dans le plus magnifique de tous les rêves jamais rêvés. J'avançais vers les lourdes portes de fer, le bruit normalement abominable me berçait, je ne pouvais plus me retenir, j'avais envie de courir, de sauter, de danser … Les portes étaient maintenant ouvertes, mon premier pas fut hésitant, malgré mon envie de sortir quelque chose me retenait, mon deuxième pas fut beaucoup plus rassurant, je me sentais revivre, lors du troisième pas, ma tête commença à tourner, je ne pouvais plus respirer… après avoir senti un choc dans mon dos, tout disparut devant mes yeux, le soleil, la route menant à la liberté… mon plus beau rêve s'écroulait devant moi. Je ne voyais plus rien. J'étais libre, je ne pouvais juste plus en profiter.