Elèves du lycée français de New-York / Jonathan WeinsteinEugène Delacroix, Cavalier arabe attaqué par un lion Metropolitan Museum, New YorkConcours "Des mots pour voir"17/09/01 |

C'était le septième jour du Ramadan dans le village. Petits et grands se trouvaient assis autour du feu pour écouter le vieux Sidi. - "Ce soir, mes amis, je vais vous conter une histoire qui, je l'espère, vous aidera à mieux comprendre l'importance de notre fête. Conte donc, et nous en jugerons, vieil homme. Comme chacun sait, pendant les trente jours de Ramadan, nous devons jeûner tant que le soleil se trouve haut dans le ciel. Un lion errait dans le désert à la recherche de nourriture, sous le soleil brûlant de midi. Non loin de là, un jeune et beau soldat se rendait chez lui, dans son village qu'il avait quitté depuis longtemps déjà. Il était fier d'allure et impatient de montrer son uniforme à sa famille et ses amis. Il était aussi très orgueilleux de sa nouvelle monture, un splendide cheval blanc qui lui avait été offert par le roi de Perse lui-même. Le soldat apercevait les premières maisons de son village quand le lion attaqua le cheval qui se cabra et jeta son cavalier à terre. Le lion terrassa le cheval et se mit à le dévorer. Sa faim était si grande qu'il ne vit pas le soldat se diriger vers lui, son sabre à la main. Il ne sentit pas non plus la lame lui pénétrer le corps, et continuait à déchirer la chair sanguinolente du cheval. Le soldat pensa qu'il était injuste de s'être fait attaquer par le lion alors qu'il revenait de la guerre. Etait-ce une punition divine ? Et pourquoi ? Pour les autres soldats qu'il avait massacrés ? C'était des ennemis, ils étaient en guerre, il fallait qu'il y ait des gens qui tuent et des gens qui meurent, et les chefs religieux disent que celui qui lutte pour sa religion, dans une guerre sainte, est pardonné de ses péchés. Il ne pouvait donc pas s'agir de vengeance divine. Alors pourquoi ? Alors qu'il était perdu dans ses réflexions, le pauvre cheval agonisa. Dans le même temps, le lion poussa son dernier soupir après avoir terminé ce qui allait être son dernier repas. - Dis-nous, Sidi, qu'est-il arrivé ensuite au soldat ? - Il rentra chez lui. Il n'était plus joyeux, ni fier de son uniforme et de son allure. C'était maintenant un jeune homme fatigué qui n'aspirait qu'à revoir ceux qu'il aimait et se retrouver dans la maison où il avait grandi. La nuit n'était pas encore tombée. Le soleil était encore haut dans le ciel, et son estomac lui faisait mal à force d'être vide. Le soldat ne mangea cependant rien du tout, jusqu'à ce que le prieur se fit entendre et que les odeurs de nourriture se mettent à emplir l'atmosphère. Il était près de dix heures du soir. - Et en quoi cette histoire nous apprend sur l'importance de notre fête? - Ah Ahmed! Ahmed! Tu demanderas à ton frère de te raconter la raconter une deuxième fois. C'est l'heure que j'aille me reposer, demain est encore une longue journée. - Comment sais-tu qu'il n'avait rien mangé en arrivant chez lui, s'il avait si faim ? - Je le sais. Je n'ai pas oublié la tristesse qui avait empli mon cœur à la vue de mon cheval mort. J'ai raconté cette histoire à un français, un jour. Il me dit qu'il était peintre, et qu'un jour, il peindrait la scène. Il s'appelait Eugène."