Elèves du lycée français de New-York / Christine Hassan

Mary Cassat, Children playing on the beach Metropolitan Museum of Art, New York.

Concours "Des mots pour voir"
17/09/01

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La pelle dans mes mains, le bruit des vagues derrière moi, l'odeur salée qui pénétrait l'air… Quelques détails de ce jour restent gravés à jamais dans ma mémoire. Ma mère m'avait réveillée de bonne heure ce matin-là, on avait une heure de marche vers la plage. Elle m'enfila ma robe, et un tablier par dessus. Pour le troisième jour d'affilé, je ne mangerais pas de petit déjeuner.

En chemin, on passa plusieurs fois devant des hommes habillés en militaires. Je ne comprenais aucun mot de ce qu'ils disaient, à mon avis ils ne devaient pas être du pays. Ils m'impressionnaient, mais en même temps me faisaient ressentir une peur qui m'empêchait de respirer. Maman pensa que c'étaient des crises d'asthme et m'enfonça la pompe dans ma bouche. Ensuite elle me dit que l'air oxydé me ferait du bien. Puis papa me prit dans ses bras et me posa sur ses épaules. Je l'aimais tant. Il n'était pas comme ma mère, naïve, froide, sans amour. Il m'adorait. Chaque nuits il me mettait au lit, me chantait "Sur le Pont d'Avignon", me disant que l'on irai dans le Gard un jour et danserait sur l'aqueduc.

On s'approcha de la plage, je le savais car maintenant je voyais la mer et l'horizon. Marchant un peu plus, on se retrouva sur la digue de la plage et maintenant je voyais un voilier flottant à la surface de l'eau. Là il y avait un pauvre homme qui vendait ses affaires personnelles afin de se nourrir. Papa, étant un homme généreux, acheta ses deux seaux, une pelle, et un chapeau avec un ruban rouge, puis nous les offrit. Nous atteignîmes la plage et un grand sourire apparut sur mon visage lorsque mes pieds sentirent le contact du sable.

Nous avançâmes vers l'eau mais nous ne pûmes nous installer au bord car la marée avançait. Maman était dans les bras de papa puis moi et Emilie jouâmes avec le sable. Je jetai un coups d'oeil sur mes parents et vis des larmes qui coulaient des yeux de maman.

Les heures passèrent, papa jouait avec nous, et nous construisîmes un château de sable. Nous restâmes à la plage jusqu'au coucher du soleil.

Au retour nous mangeâmes une soupe de légumes pour le souper. Ensuite maman m'envoya au lit avec Emilie. Quelques minutes plus tard, papa était dans ma chambre en train de chanter. Mais ce soir-là il avait changé de chanson, c'était un air que je ne connaissais pas. Je le questionnai à ce propos, il me dit qu'il devait partir le lendemain matin, mais que l'on se reverrait très bientôt. Ensuite il me demanda d'être sage et d'aider maman pendant son absence, mais je ne l'écoutais plus. Je ne pouvais plus penser correctement Je ne pouvais pas imaginer ma vie sans lui. Je n'y arriverais pas.

Il m'embrasa sur le front puis sortit.

J'entendis à travers la porte entre-ouverte maman dire:
-Je viens d'entendre à la radio que les américains vont venir à notre secours, que tout va bien se passer maintenant.
-La victoire n'est jamais assurée avec Hitler au pouvoir, répondit Papa.

Papa ne revint jamais, il fut tué en essayant de faire parvenir des provisions à une famille juive en cachette.