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Ce
texte évoque le ragard que porte le peintre Etienne Lantier et
Son ami Sandoz sur la toile que l'artiste est en train de réaliser
Un long silence se fit, tous deux regardaient, immobiles.
Cétait une toile de cinq mètres sur trois, entièrement
couverte, mais dont quelques morceaux à peine se dégageaient
de lébauche. Cette ébauche, jetée dun
coup, avait une violence superbe, une ardente vie de couleurs.
Dans un trou de forêt, aux murs épais de verdure, tombait
une ondée de soleil; seule, à gauche, une allée sombre
senfonçait, avec une tache de lumière, très
loin. Là, sur lherbe, au milieu des végétations
de juin, une femme nue était couchée, un bras sous la tête,
enflant la gorge; et elle souriait, sans regard, les paupières
closes, dans la pluie dor qui la baignait. Au fond, deux autres
petites femmes, une brune, une blonde, également nues, luttaient
en riant, détachaient, parmi les verts des feuilles, deux adorables
notes de chair. Et, comme au premier plan, le peintre avait eu besoin
dune opposition noire, il sétait bonnement satisfait,
en y asseyant un monsieur, vêtu dun simple veston de velours.
Ce monsieur tournait le dos, on ne voyait de lui que sa main gauche, sur
laquelle il sappuyait, dans lherbe. Très belle
dindication, la femme ! reprit enfin Sandoz. Mais, sapristi! tu
auras joliment du travail, dans tout ça! Claude, les yeux
allumés sur son oeuvre, eut un geste de confiance.
Bah! jai le temps dici au Salon. En six mois, on en
abat, de la besogne! Cette fois, peut-être, je finirai par me prouver
que je ne suis pas une brute.
Emile
Zola L'Oeuvre 1885
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Edouard
Manet Le Déjeuner sur l'herbe Musée D'orsay Paris
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