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Des écrivains évoquent l'histoire d'une image : Michel Butor et Vermeer Jai
utilisé mes ateliers comme vos photographes qui ont poussé
si loin les recherches que nous avions commencées avec nos chambres
noires et nos boîtes à perspectives. Jy faisais passer
les modèles que javais sous la main, donc les gens de ma
famille et de ma maison, et il sagissait de trouver le moment où
leur dire: «ne bougeons plus!». Je ne faisais pas leurs portraits,
sauf occasionnellement, pour mes parents par exemple. Je ne leur donnais
pas des poses de portraits, où il faut être assis dans un
bon fauteuil pour pouvoir rester immobile assez longtemps. Je les prenais
à lintérieur dun mouvement allant vers une immobilité
provisoire: quelques instants de pause où le quotidien devenait
icône, et quil me fallait ensuite reconstituer laborieusement,
patiemment. Comment dire le temps que me prenait chaque touche? Michel Butor extrait de LA COQUILLE DOU NAIT LA PERLE |
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| Un
jour, de lautre côté du canal, en face des portes, il
y a eu un coup de soleil entre les nuages, et tel petit pan de mur est devenu
dor lumineux. Cétait comme si ma fière petite
ville que je nai pour ainsi dire jamais quittée malgré
les envies qui pouvaient me prendre, était devenue lEldorado
tant cherché par nos navigateurs, ou la Jérusalem céleste.
Cétait comme si lange de lApocalypse avait soulevé
un voile devant moi: «et la ville est dor fin comme du verre
bien pur. Les assises de son rempart sont rehaussées de pierreries
de toutes sortes: la première assise est de jaspe, la deuxième
de saphir... chaque porte est formée dune seule perle, et la
place de la ville est de lor pur, transparent comme un verre.»
Comment certains dentre vous ont-ils pu imaginer que javais peint cette vue «daprès nature», «sur le motif»? Elle serait toute autre. Jai pris quelques notes bien sûr, puis cest dans latelier laboratoire que jai distillé, cristallisé cet émail philosophal. Michel Butor extrait de LA COQUILLE DOU NAIT LA PERLE |
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