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Concours "des mots pour voir" session 2004

Textes en français langue maternelle catégorie A (de 14 à 16 ans et demi)  TROISIEME SERIE

 De 211 à 306 Textes reçus avant le 19/ 3 /00h 30

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211.        Photographies de Constance Griffon Du Bellay  constance (8)

 

Constance aimait partir seule découvrir la campagne. Elle marchait pendant des heures à travers les prairies et les champs. Un jour elle alla où elle n’était jamais allée.Le paysage était magnifique, face à elle un arbre qui semblait jaillir du sol. Son pied était comme emprisonné par la roche mais il avait réussi a grandir pour finalement dominer l‘endroit. Constance tomba en quelque sorte amoureuse de cet arbre. Chaque jour elle y revint et passa des journées entières, sous les branches , à lire et à écrire des poèmes. Elle voulait ne jamais l’oublier, elle voulait immortaliser ces moments et pour cela elle fit des photos. Elle chercha le meilleur cadrage pour faire apparaître la force , le coté dominant de l’arbre. Elle apprécia beaucoup ce travail et compris alors que sa vocation était née. Elle serait photographe.
Depuis, pour ne pas oublier d’où elle vient , elle emporte toujours la photo de son arbre avec elle.

 

212.       Miniatures persanes des manuscrits de la BNF  Chardonneret et branche de narcisse bnf-pers10


Le tableau est composé d’un narcisse, d’un chardonneret, et de trois insectes. Le  narcisse occupe la majeure partie de la peinture. Il constitue l’élément principal de l’œuvre. Les feuilles de la fleur se situent principalement dans le quart inférieur droit de la peinture. Elles se dressent majestueusement vers le haut. Sa tige est  courbée vers la gauche. En fait, la fleur suit la diagonale du cadre. Sa courbure est sans doute due au poids des fleurs. Car, à l’extrémité de la tige apparaissent  les magnifiques fleurs du narcisse qui occupent essentiellement la partie supérieure gauche du tableau. L’ensemble de  la tige, des feuilles et la terre sont peints avec un dégradé de vert.  Le narcisse est composé de trois jolies fleurs en plein épanouissement et de trois fleurs en bouton. Les fleurs ouvertes se composent chacune de six pétales blancs et d’un cœur jaune orangé. Elles s’offrent avec grâce et générosité aux regards des spectateurs.
Sur la tige de la fleur est posé en équilibre, un magnifique chardonneret. Il est peint sur la partie supérieure droite du tableau. Son plumage est coloré d’un brun aux nuances subtiles. Le haut de sa tête est rouge et ses joues sont noires. Il a de belles ailes roses et blanches, parsemées de noir. Leur extrémité est noire et blanche, tout comme sa queue.
Quelques insectes apparaissent sur la partie supérieure gauche de la peinture. Ils virevoltent autour de la fleur. Il s’agit de deux abeilles brunes, et d’un papillon peint d’un dégradé de brun et de traits noirs.
Juste au dessus de  la tête de l’oiseau, se distinguent deux lignes d’écriture arabe. Le fond du tableau est de couleur beige, ce qui fait ressortir l’ensemble des éléments qui composent la peinture.

Cette oeuvre m’attire beaucoup par son côté harmonieux, naïf et gai. Tous les composants du tableau semblent être en parfait accord. Il règne une ambiance calme et sereine où il fait bon rêver. Rêver d’un monde idéal, plein de naïveté et d’innocence, où le vice n’existe pas. Chaque motif  de cette peinture dégage une innocence  naturelle et communicative. On pourrait dire qu’ils sont tous inconscients de leur propre beauté, tant au niveau de leur couleur que de leur forme. Il règne également un vent de  gaieté et de bonheur. L’oiseau, la fleur et les insectes respirent la joie de vivre, comme dans un paradis. Ce tableau représente pour moi un havre de paix. Il évoque toute la beauté de la nature. La fleur attire les insectes pour butiner, et les insectes attirent l’oiseau en quête de nourriture. Cette scène représente la réalité de la nature, où chacun y a sa place et où chacun vaque naturellement à ses occupations de survie.
Cette peinture constitue à mes yeux un « arrêt sur image » de la nature en plein action. Un temps de recul et de recueillement parmi un monde parfois bien agité !

Tout comme le peintre de cette  œuvre, j’aime contempler la splendeur de la nature et je me dis au fond de moi-même que c’est un véritable spectacle grandeur nature. Le spectacle de la vie ! J’apprécie le charme de toutes les saisons. Mais j’ai tout de même une préférence pour le printemps. C’est d’ailleurs la saison évoquée dans la peinture. Le printemps est pour moi un éternel renouvellement, comme une nouvelle naissance où tout ne demande qu’à reprendre vie. Les prés reverdissent, les fleurs refleurissent, les oiseaux se font à nouveau entendre, les arbres rebourgeonnent, et tout cela, à une vitesse fulgurante. Dès que la neige fond, les perces neige, les jonquilles et les narcisses  amorcent le printemps  d’une façon spectaculaire. On dirait un magicien à l’œuvre qui, d’un coup de baguette magique fait apparaître le printemps  devant nos yeux, comme pour nous éblouir . Et en seulement quelques jours, le printemps est confortablement installé dans notre paysage. J’adore m
 e promener en cette période féerique de l’année, à la recherche de ce magicien qui se cache derrière chaque fleurs !

Ce qui me paraît important, dans cette inlassable contemplation, c’est l’aspect éphémère de cette magnificence. Tout  ornement de la nature connaît sa fin. Tout cycle de vie est déterminé avec exactitude et fatalité (fatalisme).  Le narcisse naît, le bouton apparaît,  la fleur s’ouvre, connaît un épanouissement merveilleux pour ensuite progressivement faner et disparaître petit à petit, jusqu’à l’année prochaine. L’oisillon sort de l’œuf, devient adulte, connaît de beaux jours puis part pour un autre monde. Les insectes éclosent, vivent quelques jours puis leur vie prend fin aussi vite qu’elle a vu le jour. L’insecte pourrait envier l’oiseau qui vit plus longtemps. Au lieu de perdre du temps à des tracas bien futiles,  l’insecte profite pleinement de ses quelques jours à vivre. Chacun semble épanoui et heureux de sa propre vie. La nature nous rappelle qu’il faut savoir profiter de l’instant présent car tout prend fin un jour !  C’est la loi de la nature ! C’est la règle du j
 eu. Le jeu grandeur nature !!
Ce qui m’ébloui le plus et me laisse perplexe dans le monde de la nature, c’est sa minutieuse organisation. Les insectes ont besoin des fleurs, l’oiseau a besoin des insectes, la fleur a besoin de la terre…..Chaque composante de la nature a son utilité, a un rôle à jouer et accepte ce rôle sans la moindre objection. Le narcisse pourrait refuser de s’ouvrir afin de prolonger sa vie. De même, les abeilles pourraient se méfier de l’oiseau et se cacher pour échapper au bec de celui-ci. Eh bien pas du tout, car dans le monde de la nature chacun accepte sa destinée avec joie et naïveté. Chacun semble indifférent à la différence ! Chacun est considérée comme il se doit, nul n’est délaissé et mis à l’écart sous prétexte qu’il n’est pas utile.  Tous entrent dans la composition de la Nature. C’est ainsi que je constate toujours avec émerveillement que la nature est bien faite. Qu’elle est un model d’harmonie pour les être humains. Qu’il faut la préserver. Qu’elle est une source intaris
 sable d’inspiration pour l’homme. L’homme a besoin de la nature, elle est son équilibre. Il se doit de vivre en harmonie avec elle car elle est son oxygène !...    

 

213.          Edgar Degas Dans un café ou L'Absinthe 1876 ORSAY 14

 

Il était onze heures, j’étais descendu de mon appartement miteux de Montmartre pour boire un thé, au café de la Nouvelle-Athènes. Comme c’était le rendez-vous de la plupart des nouveaux peintres impressionnistes de Paris, je m’étais vite intégré dans ce cercle d’artistes et l’on se rejoignait très souvent dans ce petit café accueillant. J’aimais particulièrement observer. Lorsque j’allais dans n’importe quel endroit, j’observais toujours l’attitude des gens et les scènes de vie que je croisais. Il était onze heures et demie et j’attendais encore mon ami Manet qui avait selon lui « une œuvre importante à me montrer ». Pourtant il n’était toujours pas arrivé. Assis à la table du fond en face de la vitrine et sur la gauche du comptoir d’Antoine, le patron du café, je regardais fixement la rue. Elle n’était pas encore bondée à cette heure-ci mais déjà assez agitée. Des hommes en haut-de-forme marchaient d’un pas rigide et rapide en serrant dans leurs mai
 ns soignées le pommeau de leurs cannes. Quant aux femmes, elles étaient toutes très élégantes. Des soies virevoltaient sur les épaules des jeunes femmes, comme secoué par la légère brise printanière. Elles se promenaient avec leurs amies en riant et se dirigeaient sûrement vers les nouveaux magasins construits par le baron Haussmann. C’est gens semblaient réellement ignorer la véritable vie, la véritable beauté. Pourtant pour nous autres bohèmes vivant à Montmartre, la vie est spontanée et ne se règle pas aux aiguilles d’une montre. Par exemple, juste sur la gauche c’est Alfredo qui joue de l’accordéon et nous chante les chansons traditionnelles de sa région natale d’Italie : la Campanie. Et un peu plus loin si on regarde où l’on marche on verra peut-être un pastel de mon ami Pissaro. Et des filles, Montmartre de nos jours en compte de très jolies, parfois j’entends celles du dessus lorsque je reste tard au café. Elles rient, elles chantent et répètent parfois leurs spectacl
 es puisqu’elles sont pour la plupart danseuses du Moulin Rouge. Il m’est arrivé d’en croiser certaines au coin de cette table, leurs cheveux ondulant sur leurs épaules dénudées laissaient souvent échapper une légère senteur d’opium…
Bien sûr Montmartre comporte tous ces enfants de bohème et ce sont eux qui font Montmartre. Pourtant les personnes qui s’y baladent les ignorent ; ce ne sont que des ombres.
Perdu dans mes pensées, tout à coup je vis un couple à ma gauche. Intrigué par ces inconnus, je tournais un peu la tête de façon à mieux distinguer leurs silhouettes. Je m’arrêt ais, surpris. La femme se tenant à environ un mètre de moi. Assise sur la banquette de cuir, l’air pensif, elle ne remarquait pas mes regards. Je l’examinai attentivement, tout en cherchant rapidement un crayon dans mes poches trouées. Elle était mince, et habillée simplement d’un corsage écru et d’une jupe bordeau. Ses bras reposaient sur ses cuisses. Les épaules basses et le dos courbé, elle perdait son regard dans le vert abîme de son verre d’absinthe. Un chapeau simple était posé sur ses cheveux châtain. Dos à son reflet, cette femme d’allure si banale semblait porter la tristesse humaine sur ses épaules. Sur la table, je vis ce qu’avait apporté Antoine à cette jeune femme. Ce verre d’absinthe se tenait devant elle, prêt à être bu.
A son côté, un homme se tenait accoudé à la table, un verre de mazagran au niveau du coude Peut-être était-ce son mari ? Je n’apercevais pas son alliance. Peut-être était-ce dû à d’autres raisons…Il avait le teint pâle et paraissait plus âgé qu’elle. Une barbe brune et un chapeau melon un peu biscornu aplatissaient sa tignasse. Tout en dessinant, je vis sur mes croquis que leurs yeux se trouvaient à la même hauteur et pourtant leurs regards étaient tout à fait divergents. Lui était plongé dans le jeu d’un jeune homme qui jouait au tarot avec un ami. Cette scène se déroulait dans le coin droit du café, entre le comptoir d’Antoine et la porte. Antoine avait aménagé cet endroit pour les artistes éperdus de cette passion tenace. L’homme dégagea un rapide petit nuage de fumée  de sa bouche avant de ramener sa pipe brune auprès de ses fines lèvres bordées par sa moustache. Je remarquai sur mes croquis comme le contraste entre ces deux personnages était flagrant. L’un le dos droit e
 t le regard fixe, l’autre affaissé, donnant une impression d’impuissance et toujours ce verre d’absinthe qui trônait sur sa table. Ce verre qui bloquait sa vague pensée. Elle n’en avait pas bu une goutte, de cet alcool fort que l’on appelle entre nous « la fée verte ». Elle vient toujours lorsque la mélancolie nous ronge. C’est ce sentiment précis qui se dégageait alors de cette femme à cet instant. Les couleurs de la pièce, ocres et celles de ses vêtement et de la banquette : terreuses accentuaient cette sensation qui me troublait. Cette femme paraissait si douce et fragile. Sa tristesse se lisait tant sur son visage et dans son attitude que dans le sucre en feu de son absinthe…J’en tombais presque sous le charme.
C’est ainsi que mon esprit vagabonda pendant une dizaine de minutes encore, à imaginer les raisons de cette mélancolie féminine. Machinalement mon crayon imprimait cette scène à jamais. Puis mon ami fit son entrée dans le café. Il salua Antoine et lui demanda un thé à la menthe. Il s’assit en face de moi et posa, euphorique, sa pochette de croquis. Il parlait continuellement et vit soudain mes dessins sur les dessous de table en papier. Il comprit donc ma rêverie et se retourna pour apercevoir mes modèles.
Je vis son visage rayonner de plus en plus. Il sourit :
_C’est ce que je voulais te montrer Edgar, dit-il simplement en sortant une toile de sa pochette…
Je fus alors saisi par cette femme que je croyais inconnue ! Et qui tout à coup était apparue sur cette toile de mon ami. C’était bien elle, elle que je fixais depuis vingt minutes et qui était représentée  à présent sous les coups de pinceau de Manet, sur un canapé, les cheveux détachés et peints d’un rouge orangé de ses plus belles aquarelles ; contrastant délicatement avec son teint pâle.
_Ellen ! Appela-t-il en se retournant.
Elle leva doucement le regard sur mon ami et apparut alors dans ses yeux une sorte de petite étincelle remplaçant pour une seconde la mélancolie de son être. L’homme quant à lui ne bougea en rien, ou presque. Il nous fixa un moment tout en aspirant une bouffée de tabac, indifférent.
_C’est Ellen Andrée, une actrice que j’ai rencontrée par hasard au café Guerbois, prés de la place Clichy alors que je discutais avec Cézanne et Monet d’une exposition à venir. Me dit Manet, depuis elle vient quelque fois poser pour moi… et je te présente donc ma première œuvre !

 

214.        Georges Lemmen, La plage d’Heist, lemmen_plage

 

Le soleil se couche sur cette plage d’Heist au sable d’or. Un nuage blanc part dans l’obscurité de la nuit. La couleur du ciel est telle qu’elle nous montre à quel point la vie est belle et vaut d’être vécue. Dans ce coin de paradis, on se laisse facilement porter par le doux et intense bruit des vagues qui nous transporte dans un univers magique.
   J’espère de tout mon cœur que les futures générations apprécieront ce spectacle de la vie quotidienne que la Terre a créé. Je me souviens que quand j’étais encore enfant, un pêcheur avait le rêve de parcourir le monde avec sa barque. Il aimait la liberté. Malheureusement, il est mort avant d’accomplir son rêve. Maintenant, sa barque repose enfouie dans le sable, sûrement avec l’âme de son bâtisseur.
   Le ciel s’assombrit de plus en plus comme s’il annonçait que la terre était menacée.
   Je me retire alors avec un peu de nostalgie.
   Il faudra que je pense à peindre des baigneuses un de ses jours.

 

215.       Jean Fouquet les grandes chroniques de France © BNF Charlemagne à la bataille foug-bnf 4

 

J’étais là, parmi tous ces grands chevaliers. Si jeune, si frêle. Je me demandais ce que je faisais à la guerre. Quelle était l’utilité de la guerre si ce n’était de tuer ?
Je n’étais d’aucune autre utilité que celle de faire la cuisine entre les combats.
Que pourrais-je donc faire lors de la bataille ?
Mon ami, au moins, devait peindre les chevaliers. Mais moi je n’étais qu’un fils de cuisinier.
J’étais effrayé, je m’assis à côté de mon ami dit « Jean Le Peintre ». 
Il peignait un grand tableau. Ce tableau représentait Charlemagne et son armée en guerre contre les Italiens. Au fond du tableau, on voyait le château que l’on devait conquérir.
Je restais pensif en regardant ce magnifique tableau.
Puis, je le vis, si grand, si beau et si fort. C’était mon roi, celui que je servais, Charlemagne, fils de Pépin Le Bref.
Il mit sa main sur mon épaule, me leva et m’étreignit comme un frère. Je m’abaissai et lui baisai la main. Alors là, il me releva, soutint son regard sur moi quelques instants et il me dit :
« -Je sens la peur sur votre visage Gamvich, fils d’Hamfast. Vous vous demandez quelle est l’utilité de la guerre ? Sachez qu’il n’y en a aucune.
La guerre est un art. Allons mon ami, votre père et votre grand-père ont servi mes ascendants comme cuisiniers et vous, vous me servirez à partir de maintenant comme soldat. Au moins,  vous ne serez plus cuisinier. Vous me ferez des chroniques sur les guerres auxquelles vous participerez.
Soyez prêt demain à l’aube, et alors vous verrez monter Charlemagne sur Gripoil, seigneur de tous les chevaux. N’ayez point de crainte ! »
Il partit sans se retourner. Je n’en revenais pas ! Charlemagne, mon seigneur, m’avait parlé comme à un égal ! Lui qui, à mes yeux, avait toujours été un grand guerrier, un homme supérieur, m’avait parlé. Mais était-il toujours quelqu'un d’admirable ? Non, il faisait partie de ces grands guerriers assoiffés de sang, qui ne vivent que pour la mort des autres. Quel plaisir y avait-il à tuer ? Peut-être que c’était cela la renommée, la gloire.Celle dont mes parents m’avaient toujours parlé. Mais si la gloire était de tuer le plus de gens possible , alors je préférais rester un jeune cuisinier.

Le lendemain, je me retrouvais sur un cheval derrière Gris Poil, cheval du roi de la race des Edoras.
Je vis l’armée adverse qui fonçait sur nous, lances tendues. Si j’avais pu, je me serais enfui ; mais j’étais au cœur de la bataille et il n’y avait aucune possibilité de sortie. Je fermai les yeux puis je sentis le fer s’enfoncer dans ma jambe droite. Tout ce rouge autour de moi et la douleur que j’éprouvais firent monter mon adrénaline. Je levai mon épée et je me ruai sur les chevaliers adverses.

Nous remportâmes la bataille contre les Italiens et nous envahîmes le beau château que Jean Le Peintre avait reproduit sur sa toile. J’étais blessé mais vivant. Il y avait eu trop de sang par ma faute. Je haïssais ma propre personne. Nous revînmes avec Charlemagne sur le champ de bataille. Un jeune homme était étendu. Il avait les cheveux d’un noir de jais ; ils étaient tout ébouriffés. Je me posais des questions à son sujet. Etait-il vraiment mauvais ?
N’aurait-il pas mieux fait de rester chez lui plutôt que de se faire tuer par des barbares Français dont je faisais partie ?
Je repartis chez moi quelques jours plus tard, me promettant de ne plus jamais jouer avec  l’acier. Je devins chroniqueur des grandes batailles grâce au roi. Mais entre les combats, je continuais à faire des mets délicieux à base de pommes de terre.

  Extrait de la chronique de Gamvich sur les guerres contre les Lombards.

 

216.         Série les demandeurs d’asile © Véronique Vercheval  V 10

 

En Palestine, par un beau jour de printemps, me promenant dans un parc pour m’y reposer, mon visage s’est fixé sur cette femme et cet enfant. Non loin de là, cette jeune fille de couleur, aux yeux noirs, aux cheveux frisés, sa robe était d’une blancheur pareille à celle d’ une colombe. Rien ne nous laissait voir le malheur, la tristesse de cette petite fille dans une chaise appareillée des deux jambes. Qu’avait-il pu lui arriver ?
Cette image fût tellement grande que mon cœur pris d’émotion, mes larmes ne cessèrent de couler. La femme vêtue d’une longue robe noire à pois blancs agenouillée à côté d’elle était à son écoute et lui attachait beaucoup d’importance. Toutes deux semblaient heureuses. Mais au fond, la tristesse, la douleur profonde, étaient ancrées dans leur mémoire. Il me semblait déceler un léger malaise dans le regard et les gestes de la jeune fille. Ses deux mains entrelacées signifiaient une grande timidité et un complexe vis-à-vis du regard des gens,  qui la dévisageaient tout en ayant un avis critique. Sur cet instant de complicité, je profitai de prendre un cliché. Je m’approchai délicatement vers elles sans les brusquer, je lui souris, la saluas et me présentas. Elle fut très heureuse d’avoir une photographe devant elle, qui témoignerait de sa détresse, de son espoir et participerait ainsi à sa reconnaissance. Tout en conversant, j’appris qu’elle avait été victime d’un attentat et qu
 ’elle n’avait pour famille qu’une mère adoptive, sa confidente, gentille, aimante, ce qui l’avait beaucoup aidée dans des circonstances très difficiles, des moments de solitude et de souffrance.
Je crois avoir ramené, avec mes images, un peu de leur vie.  

 

217.       Fernand Khnopff, La bruyère rose Khnopff_bruyere

 

 Je ne vis jamais ce paysage. Un jour, devant une toile vide, en quête d’inspiration, j’imaginai un paysage gai, de campagne, qui contrasterait avec le château et les villes belges où je passais mon enfance. Je commençais par tracer la ligne de l’horizon, puis un chemin de terre que je décidai de faire orangé. Le monde dans lequel je vis est trop gris, je voulais ce décor plus coloré, et vif. Je voulais un monde personnel, dans lequel j’aurai envie de me promener. En quelque sorte un monde qui me changerait de celui dans lequel je vis. J’ai fait les herbes, jaunes et rouges, pour les distinguer des herbes normales : celles-ci doivent refléter le bonheur, sortir de l’ordinaire. C’est un panorama dans lequel je veux me promener en songe, il n’a rien à voir avec la banale réalité du quotidien.
Je dessinai ensuite le ciel, que je fis clair volontairement. Les nuages furent peints en un brun jauni par le soleil caché derrière ceux-ci, j’en dessinai plusieurs, entre blancs et bruns. Je décidai de montrer un coin de ciel bleu, presque imperceptible. Le paysage se prolongeait loin, et quelques collines furent dessinées.
Lorsque je fus satisfait de cette œuvre, je la signai et espérai qu’elle me rapporterait un autre prix, même si je l’ai fait surtout pour exprimer ma volonté de quitter ce monde, à l’instar de quelques tableaux dont j’étais fier, mais celui-ci se différenciait des autres par son côté à la fois beau, et trouble, comme tous les rêves…

218.       « La plage de Heyst » par Félicien Rops Rops_plage


Mon rêve…est-il rêve ou réalité ? Il me semble si vivant ! Les objets, les émotions, les effluves de la mer, tout…tout me parvient. La chaleur du sable traverse mes pieds nus. Je perçois les moindres détails du paysage, les expressions sur les visages des paisibles passants. Tout est si profond ! Mes sens restent sans cesse en éveil. Je suis là, serein et extasié dans un monde où tout paraît à la fois palpable et infini. Ce monde dont mes souvenirs sont encore intacts a été le mien, ne serait-ce que pour cette nuit…de rêve.
En effet, ce matin, je me réveille comme tous les matins depuis maintenant deux mois, dans un lit d’hôpital du Sud de la France. Mon nom est BONNOT, Jean BONNOT et je m’apprête à passer le pas après une longue vie sans intérêt où plus rien ne me retient. Pour infirmiers et médecins, je ne suis qu’un cas de tuberculose incurable et pour la lointaine famille, un vieillard inconnu qu’elle a rayé de sa vie. Il y a sept ans déjà, une bête et ridicule dispute à propos de l’éducation de leurs enfants, me sépara injustement des miens. Dès lors, ceux-ci m’ont délaissé et maintenant que mon heure est venue, je ne peux plus leur dire à quel point je les aime. J’ai pensé leur faire partager mon rêve, ma passion, mais il semble que nos liens soient définitivement brisés.
Un cadeau…mon rêve comme dernier cadeau ! Mais qui pourrait bien être le passeur ? C’est alors que je fais appel à un artiste peintre encore peu connu de l’époque, Félicien ROPS. Disparaissant peu à peu dans l’abîme, son talent trop peu reconnu, ce peintre est oublié de tous. Dès son arrivée, je lui explique les raisons de sa venue et c’est pour lui une révélation. Une fois mon projet entièrement exposé, je vois son visage s’illuminer. Son esprit retrouve sa lumière, sa vivacité. Avec son doigté et l’acuité de son regard de peintre, Félicien ROPS entreprend ce nouveau projet. Doué d’une imagination riche et inépuisable, c’est son propre rêve qui se réalise.
Ne pouvant travailler dans son atelier, il revient dès le lendemain matin chargé de son chevalet, de toiles, de palettes, de pinceaux et de ses couleurs. Afin de nourrir davantage une inspiration naissante, il transforme ma sombre chambre d’hôpital en un atelier resplendissant de la lumière de nos idées. Il y règne maintenant des trésors de peinture entourés d’une quantité incroyable d’objets insolites.
Tout est maintenant établi pour réaliser « le tableau de mes rêves ». Félicien ROPS n’a pas de modèle posé devant lui, mais à mesure de nos échanges, mon rêve prend forme sur sa toile. La palette légère, notre artiste peintre s’exprime avec ses cinq sens sur une toile encore blanche. Il attache beaucoup d’importance à l’atmosphère car une atmosphère subtile, joyeuse, mais également très calme fait toute la légèreté d’un tableau.
Félicien ROPS ne peut se permettre de peindre de manière catégorique un rêve. Il décide donc de réaliser le tableau par petites touches. On se souviendra plus tard de celui-ci comme le premier d’une collection se rapprochant du mouvement impressionniste.
Allongé sur le dos, calme et presque assoupi, je lui raconte ma vision ou plutôt mon rêve, sans ne rien omettre. Avec quel bien-être, mon esprit quitte mon corps malade, pour fouler le sable de cette toile. La chaleur du sable embrase les pieds nus des passants, une brise légère bat les robes des plus belles femmes et je sens sa caresse sur ma barbe. L’écume des vagues lointaines vient mourir sur la longue plage humide. Seule, une barque de bois trône sur le sable. Une ravissante jeune femme passe à mes côtés se protégeant des rayons du soleil par une ombrelle. De petits cabanons se dressent le long des dunes, le soleil dore la peau délicate de quelques personnes jouant sur la plage, tandis que certains imprudents sont rattrapés par de grands rouleaux d’eau de mer. L’ombre de chaque être se découpe parfaitement sur le sable blanc, la végétation rase tente péniblement de dépasser des dunes malgré le vent et pour finir j’entends le chant moqueur des mouettes de la côte s’élever
  dans un ciel bleu immaculé…
Tous mes sens sont en alerte et avec le peintre, nous nous laissons gagner par le bonheur, le calme, la fraîcheur, la volupté et la douceur de l’atmosphère.
Cette création se prolongera très tard dans la nuit, mais en connaîtrai-je la fin ? Baigné par mon rêve, je m’éloigne ainsi serein, confiant à l’imagination de Félicien ROPS le soin d’achever comme il se doit notre œuvre… « La plage de Heyst ».
Celle-ci fut en effet terminée en 1886 et se trouve actuellement au «Musée Provincial Félicien ROPS», à Namur, en Belgique.

 

219.       Félicien Rops, L’Attrapade, Rops_attrapade

 

C’ était en 1877, je séjournai à Paris .Plus je déambulais dans cette ville et plus je l’aimais . Un jour, en me promenant sur les Champs Elysées, prés de ses sublimes maisons, je vis une jeune femme sortir de l’une d’elle .Elle sortait d’un bal ( je la vis car la porte était grande ouverte). .Elle avait la tête en arrière et regardait ceux qu’elle quittait, ses amis. Cette demoiselle avait une robe longue qui était d’un rose merveilleusement clair comme un pétale de rose qui flottait sur un lac d’un bleu magnifique. Elle ne m’avait pas encore vu. Moi, petit peintre, j’étais émerveillé par sa beauté. Elle avait l’air douce, aimable, gentille et intelligente . Je décidai de m’installer pour faire un croquis de cette sublime scène à laquelle j’avais assisté. Cette jeune fille descendait les marches des escaliers en marbre avec un tapis d’un rouge vif, tout comme la rampe de ce même escalier. Ce rouge faisait ressortir la couleur de sa robe. J’avais sur
 nommé cette jeune femme Rose. Elle avait un éventail qui était d’un rose un peu plus foncé que sa robe. En la dessinant, je me rendis compte que j’étais tombé amoureux de celle ci. «  le coup de foudre » comme pensait mon ami François Taelemans quand je lui eus raconté cette rencontre. Je décidai d’aller la rencontrer pour lui dire que j’étais un peintre belge et que je voulais faire son portrait. Elle accepta et je me mis donc au travail. Je fis le second plan comme je l’avais  vu et tel que je le pensais et elle, je la fis au premier plan, telle Cendrillon s’enfuyant devant son prince. Elle vint à la maison que je partageais avec les sœurs Duluc  avec qui je m’étais installé en arrivant de Namur, ma ville natale pour que je puisse affiner ses traits sur mon tableau. J’avais eu des relations amoureuses avec les deux sœurs mais tout était bien fini et je décidai de séduire Rose qui, ce qui était fort surprenant, s’appelait ainsi et, qui, je pensais, était la femme de ma vie.
  Je l’invitai au restaurant pour fêter l’achèvement du tableau mais le problème, c’est que je ne lui avais pas encore trouvé de titre. Pendant cette soirée où elle avait remis le robe de notre rencontre,  nous nous embrassâmes et j’eus une vision du titre de ce tableau. Il s’appellerait « l’Attrapade » car elle m‘avait attrapée dans les filets de l’amour. Quelque mois plus tard, je lui demandais si cela la gênait si je vendais l’Attrapade car je voulais m’installer avec elle et que je n’avais pas assez d’argent. Elle accepta immédiatement mais je me résolus à ne pas le vendre car je voulais garder une trace de cette sublime rencontre. Quelques semaines plus tard, je rencontrai ses amis que j’avais peints sur notre tableau au second plan. Il y avait deux hommes en costume noir  avec une chemise d’une blancheur à vous éblouir qui étaient en fait Pierre et Mathieu. Puis quatre jeunes femmes, il y avait Jessica qui portait une robe longue à bretelles  vert pâle avec de petites b
 andes roses  et des gants verts puis Dominique qui, elle, portait une robe bleue à frous-frous et à courtes manches. Ces deux filles étaient ses petites sœurs. Ensuite c’était Catherine qui sur le tableau se baissait pour ramasser sa rose qui était rouge au niveau de la jupe et des manches courtes et noires au corselet et pour finir Sophie qui avait un tailleur jupe vert foncé à longues manches avec un chapeau : ces deux demoiselles étaient ces meilleures amies. Dans le coin, j’avais représenté un barman qui apportait les coupes de champagne. J’avais beaucoup d’offres pour ce tableau mais je les refusai toutes. Rose et moi vivions une vraie passion amoureuse. Je faisais beaucoup plus de tableaux  pour pouvoir nous installer et cela marchait car douze mois après, nous nous étions installés dans notre demeure. Cette maison nous plaisait énormément. J’avais installé le tableau au dessus de notre grand lit car je voulais qu’on se souvienne tous deux de ce moment magnifique. Je p
 ensais que notre futur était tracé mais cela, seul l’avenir nous le dira et j’attends cette réponse avec impatience.

 

220.       Camille Pissarro Gelée blanche 1873 ORSAY11


Tous les matins, Camille Pissarro voyait un paysan marcher dans le champ à côté de sa maison. Un jour, il eut donc l’idée de le peindre. Mais il voulait le peindre sans qu’il ne s’en aperçoive ce qui n’était pas facile puisqu’il marchait tout le temps a vive allure. Il devait donc être la pour le voir quand il passait. Camille commença  à peindre le champ. On était alors en automne. Il peignit d’abord  le sentier, puis la végétation qui se trouvait autour. Ce champ était sculpté par des diagonales presque perpendiculaires au sentier. Il y avait aussi quelques arbres, quelques buissons et quelques meules par ci par là. Qu’il fasse beau ou qu’il pleuve, le ciel était toujours le même. Ces même nuages qui ne bougeaient presque jamais, ces lignes qui faisaient reflet sur le champ. C’est pour cela qu’il décida de na pas mettre de couleurs foncées sur sa peinture. Il se dit aussi qu’il valait mieux brouiller les couleurs sans pour autant que cela ne cache les détails. Enfin il ava
 it fini le paysage. C’était maintenant au tour du paysan de  se faire peindre. Le matin, à son réveil, Camille Pissarro alla a sa fenêtre pour voir l’homme qui allait devenir le sujet principal de son tableau. Comme chaque matin il fit le même chemin. Il était habillé avec du bleu pour le haut et du marron pour le bas. Camille remarqua aussi que ce paysan ne se séparait jamais de son bâton. Il lui fallut trois jours pour finir de peindre son personnage. Quand il eut fini son tableau, il se sentit soulagé et il partit chercher dans la nature d’autres sujets pour ses prochains tableaux.

221.       Série Palestine © Véronique Vercheval V14

 

Une lueur d’espoir
Lors de mon voyage en Palestine, en quête de photographies inédites, j’errais au fil
des rues, sans qu’aucune situation ne m’inspirât suffisamment. J’étais désespérée ;
alors que je recherchais un sourire, un rire, un éclat de joie qui puisse irradier une de mes photographies, illuminer un instant éphémère, je ne lisais que tristesse sur les visages que je croisais. Aucune lueur ne brillait dans aucun des regards de ces passants anonymes.
Mon voyage, programmé depuis déjà de longs mois, m’amena dans un pays bouleversé par
un tremblement de terre ayant fait de nombreuses victimes et d’importants dégâts. Ce qui expliquait, tour à tour, l’effarement, la lassitude ou encore le chagrin qui se lisaient sur les visages.
Alors que je me laissais gagner par cette mélancolie commune, je surpris tout à coup, au coin d’une rue, deux femmes enlacées qui pleuraient dans les bras l’une de l’autre, mais ces pleurs semblaient être des larmes de joie. La surprise passée, je compris que j’étais le témoin de retrouvailles,… parent disparu au milieu des décombres ?… Scène inespérée !… Oui, cela ressemblait fort à une scène dramatique où l’incroyable, l’inespéré arrive.
Rapidement et discrètement, je sortis mon appareil photo et effectuai les réglages nécessaires.
Le cadre était sombre et miséreux ; contraste idéal à cette scène de bonheur intense. Je me reculai dans un coin obscur pour, surtout, ne pas perturber cet instant présent qui en même temps semblait vouloir durer des heures, des jours… Se retrouver, au-delà de la réalité, s’enlacer très fort, se regarder éberluées, puis rire… rire au milieu des sanglots, se toucher pour enfin rendre toute réalité à ces retrouvailles et rire encore… ne plus se lâcher de peur de se perdre, à nouveau…
Rien n’aurait pu perturber ces deux femmes ; elles se trouvaient dans un monde irréel ; l’instant tant attendu après des jours de recherche désespérée, le découragement, l’instant auquel tout à coup on n’ose plus croire et pourtant… l’amour, ce sentiment qui sait si bien nous porter au-delà de nos limites, l’amour qui seul maintient une lueur d’espoir parmi les victimes, l’amour qui ouvre tout grand les yeux et le cœur pour les guider vers le bonheur.
Un clic, faible, discret, figea à tout jamais ce tableau qui, au milieu des ruines, au bout du monde, loin de ma galerie d’exposition, suscitera encore et encore, d’autres sourires de joie ; joie de celui qui passe là par hasard et surprend ce rayon de bonheur au milieu d’un cliché qui semblait refléter la misère.

222.       La Méridienne  Van Gogh  ORSAY23


Il est huit heures, il faut que j’aille donner son petit déjeuner à monsieur Vincent ainsi qu’aux autres pensionnaires. J’aime bien ce qu’il fait, sa manière de peindre, de tenir son pinceau ; on dirait un violoniste tenant son archet. J’ai beaucoup d’estime pour lui. J’arrive devant sa cellule :
" Bonjour, aujourd’hui il y a des tartines et du café.
- Merci Paul.
- Bon appétit.
- Merci à vous aussi.
- J’ai déjà mangé pour ma part… "
Vincent me donne gentiment des cours de peinture le jeudi après-midi. En effet, malgré ses crises hallucinogènes, on le laisse peindre, ce qu’il fait pour moi magnifiquement bien. Je termine ma tournée des malades et je vais le rejoindre, car il veut me parler de quelque chose. Je suis impatient de savoir ce qu’il veut, ce sera sûrement pour me montrer une peinture, ce ne sera pas la première fois. Il me demande souvent mon avis sur ses peintures avant de les envoyer, la plupart du temps à son frère.
" Me voilà monsieur Vincent, que vouliez- vous me montrer ?
- Oh rien de spécial, en fait j’ai un service à vous demander.
- Allez-y, je vous écoute.
- Très bien, à cause de mon internement, je ne vois plus de gens ordinaires depuis longtemps.
- Vous me demandez une permission de sortie?
- Non, vous n’y êtes pas du tout, j’aimerais que vous me procuriez quelques toiles représentant des paysans, des ouvriers ou des chiffonniers, de modestes personnes, si c’est possible bien entendu.
- Aucun problème, mais pourquoi cela, êtes-vous en manque d’inspiration ?
- Cela fait déjà six mois que je ne vois que des infirmiers et des malades, j’en ai oublié l’allure d’une personne normale… "
Quelques jours plus tard, je lui apporte fièrement deux toiles, une gravure de Lavielle et une peinture : Les Quatre Heures de la journée de Millet. Il en est très content et me demande de ne pas venir le voir la semaine suivante. Il veut être seul pour peindre sa toile, pour se concentrer. Ce sera son premier personnage depuis longtemps. Une fois la semaine écoulée, je lui rends visite et il me montre ce qu’il a fait. Il y a juste un croquis qui n’est pas achevé. Je lui demande pourquoi il en a fait si peu en une semaine… Il me répond :
" - En apparence, rien de plus simple que de peindre des paysans, des chiffonniers et d’autres ouvriers, mais rien, aucun sujet dans l’art de peindre, n’est aussi difficile que ces personnages ordinaires. Alors imaginez quand on n’en a pas vu depuis six longs mois et que l’on a pour modèle, en tout et pour tout qu’une gravure et une peinture ! "
Depuis qu’il est ici, c’est la première fois que je le vois peiner sur une œuvre. Est-ce à cause des personnages ? Je n’en sais rien, c’est le premier peintre que je côtoies. Je lui suis cependant d’une grande aide. Je décide de ne pas venir le voir pendant quelques jours afin qu’il se consacre uniquement à sa peinture sans être dérangé. Mais il me fait de nouveau demander, car il est en manque d’inspiration même s’il a en tête des choix bien précis :
" - Je veux représenter une scène de la vie quotidienne mais pas de la bourgeoisie, je veux de la modestie dans la toile avec peu de couleurs, avec un équilibre entre couleurs chaudes et couleurs froides, si possible. "
Songeant à mon frère, qui possède un champ et à l’été qui approche à grands pas, une idée me vient à l’esprit :
" - Pourquoi ne peindriez-vous pas les moissons ?
- Exactement ! dit-il. Je pourrais peindre un homme en train de faucher la paille et une femme en train d’en faire des fagots ou encore un couple se reposant à l’ombre d’une meule de foin. Oui, c’est ça, une sieste ! "
Je le laisse alors vaquer à ses occupations. Chaque jour il me montre ses avancées, la peinture progresse, elle prend enfin forme. Quand je vois que la toile touche à sa fin, je demande à ce qu’il ne soit plus dérangé. Je patiente deux jours qui comptent parmi les plus longs de ma vie, le laissant tout à son inspiration. L’attente n’a pas été vaine. Le résultat est surprenant : un couple allongé à l’ombre sur une meule de foin avec au fond du paysage, un homme en train de faucher la paille.
" - J’ai enfin terminé, le début d’une longue série ! Je l’appellerai La Méridienne en souvenir de cette Provence, car maintenant je vais mieux et je retourne à Paris. "

223.       L’Absinthe d’ Edgar Degas ORSAY14


C’était par une journée de printemps, peu après que le soleil eut atteint son zénith. De coutume, je me réunissais avec mes semblables, artistes impressionnistes, au café Guerbois mais malheureusement, celui-ci avait connu un grand succès qui nous avait poussé à quitter ce dernier, car il était devenu trop bruyant.
Nous avions donc trouvé un autre endroit se nommant la " Nouvelle Athènes " situé Place Pigalle. C’est dans ce cadre que me vint l’idée de créer une nouvelle toile. Ce jour-là, j’étais accompagné par deux de mes très bons amis : Ellen Andrée, une actrice de talent et le graveur Marcellin Desboutin.
Je voulais que cette peinture ne ressemblât à aucune de mes œuvres précédentes. Le lieu était propice à cette toile, car ma maladie me faisait craindre la lumière et m’obligeait donc à me retrancher dans des endroits plus confinés. Je désirais que cette toile représentât les mœurs de la vie parisienne et évoquât aussi les problèmes de l’alcoolisme. Il me vint alors l’idée de peindre mes deux compagnons dans un café, assis sur une banquette avec un verre d’absinthe, redoutable liqueur à 72° extraite à partir de la plante neurotoxique du même nom et aromatisée avec de la menthe et de l’anis.
Après avoir planté le décor, il fallait que mes personnages aient un sens dans ce tableau. C’est pourquoi je devais les peindre avec un air morne, les vêtements usés ainsi que le regard triste. L’homme devait détourner son regard de la femme et la femme devait être ravagée par son verre d’alcool. Ainsi se dégagerait-il une solitude extrême des deux personnages pouvant être accentuée par un effet de perspective fuyante.
Après avoir peint cette toile d’intérieur, il me fallait lui trouver un nom qui serait sans doute : " Dans un café "

 

224.       Gustave Courbet  L'Atelier du peintreORSAY4

 

Pour la première fois dans toute sa vie, Gustave Courbet était en manque d’inspiration. Il faisait toile blanche. Que pouvait-il peindre ? Il ne le savait pas. C’est alors que son petit-fils vint chez lui pour le saluer. Apercevant la toile vierge de son grand-père, Victor lui proposa son aide. Après réflexion Gustave se dit que ce soutien serait le bienvenu. Alors, Victor lui demanda pourquoi il ne se représenterait pas en train de peindre un paysage. Gustave en conclut que c’était une excellente idée.
Il  se mit donc à réaliser une esquisse le montrant en train de peindre un décor naturel et lorsque cela fut fait, il décida de rajouter Victor pour le remercier.
Mais Gustave n’était pas encore satisfait. Il manquait encore quelque chose pour que ce tableau soit complet. Il eut l’idée d’une toile grandiose. A cet instant sa femme entra et lui dit sèchement qu’il devrait venir la rejoindre au lieu de peindre encore des femmes nues, ce qui n’était actuellement pas le cas, mais cette idée lui plut et c’est alors qu’il commença à représenter sa femme nue sur le tableau. Mais la toile n’était pas encore achevée, il manquait un fond. Gustave regarda autour de lui mais ne trouva aucun indice lui permettant de peindre le fond de ce tableau. Et puis Victor dit à son grand-père que puisqu’il s’était représenté en train de peindre pourquoi ne pas se placer au centre de son atelier vu que c’était dans cette salle qu’il passait la majorité de son temps. Il pourrait aussi montrer ses amis, faire partager sa vision de l’art. Gustave fut étonné par la simplicité de cette idée mais aussi par le fait que c’était exactement ce qu’il fallait pour le tab leau.
Mais la toile manquait encore de vie pour Gustave et il s’interrogea sur ce qu’il pourrait faire pour y remédier. Gustave se souvint d’un fait divers lu dans le journal qui parlait de bourgeois qui avaient été maltraités par des pauvres. Et c’est ainsi que Gustave termina L’atelier du peintre en représentant les pauvres d’un côté et les bourgeois de l’autre.

225.       Canaletto L’Entrée du Grand canal et l’église de la Salute Italie (7)

 

A la vue de ce tableau, L'entrée du grand canal et l'église de la Salute , de ce paysage si pittoresque de Venise , je me sens littéralement emportée , comme si j'effectuais un voyage dans le temps et que je me retrouvais au XVIIIème siècle , à Venise , à l'époque de Canaletto . Je me promène sur le quai et mon  regard se tourne vers cette masse immense, l'église de la Salute . Avec une foule qui s'est approchée d'elle , on dirait qu'elle apporte paix et sérénité . En admirant ce somptueux paysage, j'entends ici et là des bribes de conversations de ces gens qui ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont de pouvoir , chaque matin , admirer cette vue . Je me disais que le vie ici devait ressembler à ce qu'il y a de plus beau sur cette terre . L'atmosphère est légère, familière . Les gens se connaissent tous , ils se parlent de mamière conviviale . Même les gondoliers semblent sympathiser avec leurs passagers. A me promener ainsi , il me semb
 le que  cette ville est paisible , que rien ne peut perturber sa tranquillité . En plus , ce paysage est coupé en deux parties bien distinctes , la mer et la terre . D'un côté , les gondoliers , et de l'autre , nous , les passants qui flânons où bon nous semble . Je suis heureuse de pouvoir admirer de tels paysages, même si je sais que cette vision ne sera que de courte durée .

 

226.       Edgar Degas  La famille Bellelli  ORSAY17


Napoléon III règne sur la France depuis peu de temps. Cela se passe sous le Second Empire, l'empereur gouverne seul. L'administration impériale est autoritaire.
A cette époque, il y a un bouleversement de la peinture. On voit apparaître les "impressionnistes", c'est un style nouveau qui restitue l'atmosphère d'un lieu.
En 1856, Edgar Degas part en Italie. Là-bas, il visite des musées et des palais. Ceux-ci vont beaucoup l'inspirer dans son travail. Il aime surtout les peintures "impressionnistes". Il en gardera le style par la suite.
Fin 1858, il apprend la mort du père de sa tante et décide de rendre visite à celle-ci. Il se rend donc à Florence, où elle réside. La tante Laura y vit avec son mari, le baron Bellelli et leurs deux filles.
Pendant son séjour chez sa tante, Degas découvre un climat de famille tendu, entre une femme en deuil n'éprouvant plus d'amour pour son mari et un homme toujours occupé par son travail. Chaque semaine, les Bellelli se réunissent dans le bureau du père pour discuter. Degas est surpris par l'autorité de ce dernier, il s'assied toujours dans le fauteuil devant la cheminée, à la place la plus confortable.
Seules ses cousines le persuadent de rester, tant elles se sentent abandonnées par leurs parents. Elles lui font tellement de peine qu'il restera neuf mois.
C'est la mère qui est la plus proche de Giovanna et Giulia, elle les protège beaucoup, mais avec sa tristesse, elle a du mal à les rendre heureuses. D'ailleurs, elles sont beaucoup touchées par la mort de leur grand-père. En revanche, le père ne s'occupe jamais d'elles, c'est presque un inconnu pour ses filles.
Un malheur surgit dans la famille lorsque la tante annonce tristement la venue au monde d'un enfant. Mais elle n'a pour réponse que les reproches et critiques d'un mari regrettant d'avoir fondé une famille. Degas est malheureux de voir le regard désespéré de Giovanna. Quelques mois plus tard, il apprendra le départ du baron Bellelli ne laissant aucune nouvelle à ses filles et à sa femme.
Degas réalise de nombreux croquis, esquisses sur toile pendant ces neuf mois. Ce n'est qu'à son retour à Paris qu'il réfléchit sur ce qu'il va reproduire sur son tableau. Il veut représenter un évènement qui l'a marqué et qu'il gardera toujours en mémoire. Il dessine donc cette scène, car c'était la dernière fois qu'il voyait cette famille réunie au complet dans une même pièce. C'est à partir de là qu'il rassemble dans son atelier de la rue Madame les informations et se consacre à sa composition. Il réalise cette peinture en 1860.

 

227.       Corot, La Danse des Nymphes ORSAY6


Tout a commencé  alors que je me promenais dans un bois une matinée d’été. Une chaleur étouffante régnait sur toute l’agglomération, je m’asseyais donc sous un grand chêne pour me reposer après une longue marche et  m’assoupissais…
A mon réveil , adossé à un arbre, les jambes étendues sur de la mousse, la tête légèrement penchée sur le coté, je me retrouvais dans un paysage féerique probablement une forêt , ou plus précisément une clairière à demi ombragée. Le ciel était d’un bleu azur .Une légère brise passait de temps en temps pour rafraîchir mon visage de l’air chaud qui stagnait ici. Pourquoi étais-je là ? Est-ce que je rêvais?
Pourtant tout semblait si réel. Je n’arrivais plus a distinguer la réalité de mes rêves. Entouré d’arbres immenses aussi verts et fleuris les uns que les autres, je cherchais un chemin pour rentrer chez moi. Trop fatigué pour marcher je me mis à l’ombre d’un buisson sur l’herbe fraîche qui me servit de matelas.
Des rires me réveillèrent. Effrayé, je me cachai derrière le buisson. Des femmes vêtues de longues robes tombant jusqu’à leurs si belles chevilles apparurent, elles riaient tout à leur bonheur, couraient partout, dansaient, chantaient, jouaient…
D’où venaient ces femmes au teint pâle, aux cheveux de la blondeur d’un rayon de soleil ? Sûrement jeunes, d’une vingtaine d’années, elles semblaient pures , intouchables…
Elles restèrent un moment ensemble puis se mirent à discuter et s’en allèrent chacune de leur coté.
M’assurant qu’elles étaient bien parties , je sortis de derrière mon buisson. L’air était parfumé d’une odeur fruitée, d’une odeur de femme. Que c’était insoutenable pour moi, pauvre homme perdu dans ses pensées !
Les rires tintèrent de nouveau dans le lointain, alors je retournai derrière le buisson. Elles réapparurent sous mes yeux d’homme ébahi.
Soudain un coup violent me fut porté au niveau de l’épaule, je sursautai. C’était  un randonneur qui s’inquiétait de me voir inerte .Me levant , je rentrai chez moi rapidement et me mis à peindre un tableau que j’allais intituler : " La danse des nymphes "

228.       Degas, Le Tub ORSAY7


Quand la jeune fille apprit qu’elle allait être modèle pour ce peintre, elle n’y crut pas. Elle s’appelait Marianne. Ce n’était pas la première fois qu’elle posait mais jamais pour Edgar Degas.
Lorsqu’elle sut la nouvelle, elle l’annonça aussitôt à son frère qui faisait partie des relations de Degas. Marianne était si fière que son frère n’osa pas lui dire que Degas ne voulait pas montrer le visage de sa sœur mais juste son corps nu. Le tableau s’appellerait Le Tub.
Il est vrai qu’avec ce nouveau mouvement les œuvres des artistes de l’époque n’étaient plus les mêmes. Les peintres modernes s’étaient mis en tête de révolutionner la technique du nu.
Marianne avait dû voir Edgar au travail deux ou trois fois seulement mais elle entretenait une relation avec lui qui fut toujours tenue secrète. De plus, elle l’admirait pour son talent et sa variété de création. Elle devait poser quelques jours plus tard. Quand le grand jour arriva, elle fut étonnée de poser nue, car personne ne l’avait prévenue. Mais elle accepta quand même par amour pour Degas et parce qu’elle était très fière de son corps.
Il régnait autour de Edgar un charme et une ambiance incroyables. La jeune fille, qui n’avait qu’une vingtaine d’années, savait qu’elle n’aurait que peu de chance de rester avec cet homme de cinquante-deux ans qui disait toujours : " l’amour et le travail ne peuvent pas se partager un même cœur ! "
" L’intimité de la femme ! " se dit elle. Edgar allait la peindre dans son bain chez elle dans la maison de sa famille bourgeoise. En posant, elle ressentit la sensualité que devait dégager la scène. Degas était si sérieux que, quand elle sentait son regard posé sur elle, elle avait peur de trembler.
Une fois le croquis fini, Marianne put se détendre un peu mais elle savait que la séance allait reprendre très vite pour les ajustements et les couleurs.
Tout à coup, on entendit un coup de feu retentir dans la pièce à côté. Marianne alla voir ce qui ce passait et elle vit son frère allongé et ensanglanté. Elle courut vers lui et il eut juste le temps de lui dire qu’il avait beaucoup de dettes qu’il ne pouvait pas rembourser et qu’il l’aimait. Il expira.
Le tableau achevé, Marianne préféra partir à la campagne plutôt que d’affronter Degas qui lui avait avoué que les dettes que son frère avait, c’était à lui qu’il les devait.

 

229.       La danse des nymphes de Camille Corot ORSAY6


Ce dimanche là, je me levai tard et bus un café pour me remettre de ma soirée de la veille. Avec des amis, nous étions en effet allés voir un magnifique ballet et nous étions rentrés tard. Toute la nuit, j'avais repensé à ces danseuses, les mouvements de leurs corps, la manière dont elles se déplaçaient. J'éprouvai subitement le besoin de traduire sur le papier mes souvenirs. Je pris une feuille blanche et un fusain, et commençai une esquisse. Au final, j'avais un magnifique dessin que je me décidai à mettre sur toile.
Mais l'inspiration ne me venait plus. Je regardai autour de moi. L'appartement était vide, je me trouvai seul, quand un objet que j'avais ramené de mes nombreux voyages à Rome attira mon regard : c'était un splendide papillon, que j'avais attrapé lors d'une promenade dans la campagne romaine. J'examinai avec attention ses couleurs, la forme de ses ailes, et les images remontèrent à ma mémoire, ses magnifiques danseuses, la façon dont elles bougeaient et s'élevaient, la forme de leurs jupons qui donnait l'impression qu'elles volaient.
Je pris ma palette, et me mis à peindre. Les couleurs me venaient à l'esprit avec évidence. Je faisais revivre le ballet au travers de mon tableau. La beauté des danseuses que je peignais m'évoquait peu à peu celle des déesses de l'Antiquité. Les différentes teintes venaient naturellement à moi, autant le vert des arbres que la couleur de la peau des Nymphes qui virevoltaient sur ma toile.
Je regardai près de moi et constatai qu'il était déjà tard; cela faisait trois heures que je peignais sans éprouver la moindre lassitude. Je détournai mon regard de la toile, et décidai de m'interrompre quelques instants. Quand je revins m'asseoir près de mon oeuvre, ma frénésie créative reprit.
Ce repos physique n'avait en aucun cas altéré le cheminement de ma pensée. Je décidai alors d'affiner mon travail. Je déplaçai donc mon tableau dans la pièce afin de l'observer sous différentes raies de lumière. Je voulais apprivoiser chaque rayon ; chacun de leurs déplacements faisait bouger les personnages comme les danseuses qui m'étaient apparues sur la scène la veille.
La nuit approchait et je savais qu'elle suffirait à peine pour me permettre d'envelopper par le pinceau tous ces jeux de lumière qui donnaient vie à ma danse des Nymphes…

230.       Louis de Jouffroy-d’Abbans, dernier quart du XIXe sièclePhotographie extraite de l’album : Mission en Océanie,jouffroydabbans


Je suis le marquis de Jouffroy d’Abbans, je suis ingénieur. Après un grave délit, je fus jugé puis condamné à la prison en Océanie. Pendant le voyage vers ce lieu froid, ces bâtiments hostiles, cette chambre de torture, l’idée me vient de remplacer ces traditionnels, ces anciens bateaux à rames par de beaux, de superbes, de magnifiques bateaux à moteur.
Je n’étais en rien concerné par la photographie jusqu’au jour où j’ai rencontré les frères NIEPCE Claude et Nicéphore. Ce sont deux de mes plus grands amis, collaborateurs peut-être même admirateurs. Cependant les frères NIEPCE avaient découvert un principe moteur autre que la vapeur : celui du moteur à explosion ou Pyréolophore qui consistait en un récipient de cuivre bien clos, au centre duquel on portait subitement la flamme très vive émanant des spores du lycopode. On trouvait la poudre du lycopode dans le commerce ; elle était utilisée en dermatologie comme le talc et aussi au théâtre pour simuler les éclairs. Ce principe, les frères NIEPCE cherchèrent à me le faire adopter pour la conception de mes bateaux.
 La photographie que j’ai prise dans le dernier quart du XIXème  siècle, a la teinte rosée de la nouveauté telle la peau rosée du nourrisson. Cette teinte, Nicéphore me l’apprit quelques temps plus tard s’appelait sépia. Il m’expliqua ensuite d’où venait cette couleur. En fait, la sépia est une matière colorante brune émanant du liquide secrété par la seiche.
La clairière du dernier plan est cachée par du brouillard, non pas une couche épaisse, juste de quoi gêner la qualité de la photographie. Le flou, comme l’appelle Nicéphore, rend la photo intéressante, mystérieuse presque mystique.
Le point d’eau est quasiment asséché ; la végétation commence à empiéter sur son territoire. Le bateau blanc, immobile, ne tremble pas.
La ligne inclinée de la colline permet de rompre la monotonie des lignes horizontales qui constituent cette œuvre.
Il y a un terrible contraste entre un de mes bateaux à vapeur  et cette pauvre barque isolée, terne, sa peinture s’écaille énormément.
Qu’elle soit entraînée par les eaux et sorte du cadre, comme elle disparaît de ma mémoire pour laisser une place entière à mon œuvre, mon bateau…
Cette photographie est l’illustration de ma vie, l’accomplissement de mon but, l’œuvre qui me valut d’avoir une rue à mon nom dans la ville de Châlon. La barque de droite, le passé, mon bateau à moteur, le présent mais quel sera mon successeur, qui construira le futur ? Quelle sera son œuvre ? Salira-t-il mon actuelle réputation ?

 

231.       Vincent Van Gogh, La Méridienne ou la sieste ORSAY23


 Quelle journée merveilleuse ! Immobile devant la fenêtre entrouverte de ma chambre, mon regard vagabonde dangereusement entre les cyprès, rencontrant de temps à autre, sur les flancs de la montagne, quelques crevasses. Puis lentement, très lentement, je redescends dans la vallée en empruntant les petits chemins sinueux et étroits. Quelquefois mes yeux croisent un berger qui descend ses moutons sous le soleil brûlant de midi, se retournant à chaque courbe du chemin pour s’assurer que ses bêtes suivent et ne profitent pas qu’il ait le dos tourné pour brouter les herbes grasses et les fleurs abondantes. Arrivé dans la vallée, je continue à voguer entre forêts et champs, m’arrêtant lorsque je rencontre, isolée de toute vie, une petite maisonnette dont les murs crème se détachent de la couleur ocre des champs. Bientôt mon regard bute contre un petit muret élevé autour d’un petit champ où un paysan est en train de lier des gerbes de blé. Son front ruisselle de fatigue, après une lo
 ngue matinée de travail. Derrière lui, une douzaine de mottes s’élèvent et forment une petite barricade. Il pose cette dernière gerbe au sol et se dirige, essoufflé, vers un pommier où il s’allonge à l’ombre pour faire la sieste ou autrement dit la méridienne.
Cette scène me fait étrangement penser à une magnifique peinture de Jean-François Millet sur laquelle il a somptueusement représenté trois paysans travaillant la terre. Grâce à cette œuvre, il a réussi à me faire partager les labeurs mais aussi les joies que rencontrent ces gens simples tout au long de leur journée de travail. Oh, que j’aimerais vivre une telle vie, insouciant du lendemain ! Mais non ! Je suis enfermé ici à me préoccuper plus de la vie des autres que de la mienne ! Oh, que j’aimerais être sous le soleil, vêtu d’une simple chemise pleine de sueur et d’un vieux pantalon s’arrêtant au-dessus de ma cheville ! Que je serais heureux !
L’inspiration me vient enfin et je me dirige vers mon armoire en bois massif pour sortir mon chevalet, mes toiles, mes tubes de peinture, excité à l’idée de réaliser un nouveau chef-d’œuvre. Je m’installe près de la fenêtre et commence à ouvrir les bouchons des tubes et à en répandre le contenu sur ma palette beige. Il me faut quelques minutes de réflexion avant de pouvoir démarrer. Puis je prends un crayon et trace les contours et les formes. Ma main ne tremble pas, est sure du chemin qu’elle trace, ne s’arrêtant que lorsqu’elle est prise d’un doute. Je dois, à ce moment-là, intervenir pour lui indiquer la direction à prendre. Peu de temps après, elle repart gaiement à l’aventure, prête à rencontrer de nouveaux obstacles sur cette toile vierge et sauvage. Elle et moi donnons peu à peu vie à des formes imprécises. L’esquisse terminée, il faut maintenant choisir les couleurs. Du jaune. Je veux du jaune sur ma toile. Le jaune c’est la vie, la chaleur, la lumière. Chaque vie heu
 reuse doit être parsemée de jaune. J’aime le jaune. Comme deuxième couleur, je prendrai le violet. J’aurai de cette manière deux couleurs complémentaires.
Je trempe mon pinceau dans la flaque jaune et nous commençons à mouiller de chaleur les gerbes de blé fraîchement liées. Mon cœur se remplit de joie face à ces longues coulées de soleil. Je fais pleuvoir de cette couleur un peu partout sur la toile puis je passe au violet. En utilisant cette teinte pour peindre mes deux paysans fatigués, cela me permettra de les détacher du paysage et de percer leur intimité. Avoir enfin la possibilité de découvrir la vie quotidienne de ces gens simples. Envier cette vie merveilleuse.
Quant au ciel, il ne faut pas qu’il refroidisse cette superbe journée d’été. C’est pourquoi nous collons un à un des petits bâtonnets de peinture. Il faut qu’ils se réchauffent entre eux. J’ai froid. Je regarde par dessus ma toile et remarque que la nuit est tombée. Je quitte mon tabouret et me dirige vers la fenêtre encore entrouverte. Dehors tout est sombre. La montagne est drapée de noir et les champs tachés d’encre. Quelques étoiles brillent dans le ciel. Le petit paysan de l’après-midi n’est plus là. Le soleil a, lui aussi, disparu.

232.       Courbet  L'Atelier du peintre ORSAY4


Au grand Palais il n'était question n'était question que de cela. L'exposition aurait lieu dans deux jours . L'arrière petit-fils de Courbet présentera les œuvres les plus connues de son aïeul :  Un Enterrement à Ornans , La Rencontre ou encore L'Atelier du peintre.
Le jour tant attendu arriva. L'exposition était pour l'instant très réussie, beaucoup de personnes s'étaient  déplacées. L'arrière petit fils du peintre, nommé David de Montagne, parlait à ses amis venus le soutenir. Quelques journalistes voulaient discuter de son arrière-grand-père dans les journaux de l'art. Cependant il restait très discret concernant les explications des peintures. Tout le monde le questionnait mais il leur répondait le plus vaguement possible, car on savait tous qu'avec Courbet, il ne fallait pas regarder ses idées de trop près .L'exposition avait lieu dans la vaste salle du Grand Palais. Les plus grands tableaux étaient exposés au centre de la pièce. Mme Baudin et Mme Harkovie, deux amies de David , rencontrées lors d'une grande soirée à  Paris étaient là. Ils se connaissaient maintenant depuis huit ans. Les deux dames passaient allègrement à travers la salle, quand elles s'arrêtèrent devant  L'Atelier du peintre :
" Regarde donc Henriette, s’exclama Mme Harkovie, ce tableau m'intrigue.
- Que crois-tu qu'il représente ?
-Ah , ça il faut le demander à notre cher ami. "
Les deux femmes se mirent à la recherche de David . Elles l'aperçurent enfin, entouré de la foule qui le questionnait sans fin. Agacé par toutes ces questions, il cherchait un moyen pour s'échapper. En apercevant Mme Baudin et Mme Harkovie, il s'excusa et les rejoignit comme si elles l'avaient appelé  David leur annonça qu'elles lui avaient sauvé la mise.
" Dans ce cas, répliqua Mme Harkovie, raconte-nous l'histoire de ce tableau .
-Ah ! ce tableau, c'est une longue histoire! "
Alors il se lança dans son analyse. Il expliqua la présence de son arrière-grand-père au centre , puis, à gauche, il insista en parlant de l'autre monde, ce qui ne surprit pas les deux femmes qui connaissait l'antisémitisme de Courbet. L' enfant admiratif évoquait, l'enfant qu'il était, naïf, innocent, mais malgré tout, il se voyait dans un monde à part peut-être…Venait ensuite le monde des riches peint à droite, le monde des amis, n'ayant aucune attache avec le monde des pauvres ou des hommes honnis par Courbet. La femme représentée à ses côtés était l'image de nombreuses conquêtes , pour lui indispensable, à cause de soutiens admiratifs. Mme Baudin et Mme Harkovie étaient très amusées, oui, bien sûr les explications étaient très justifiées , vraies et sensées !
Après avoir scruté le tableau une question vint à Henriette : pourquoi se présentait-il au milieu peignant un paysage ? David expliqua le manque de liberté dans ces deux mondes opposés, où il ne trouvait pas sa place .Il préférait se placer au milieu dans son monde à lui, celui de la peinture. David émit une supposition à se sujet. Courbet peignait un paysage, sans doute pour marquer son envie d'évasion . Les deux femmes regardèrent le tableau avec une nouvelle vision.
Les malheurs, les douleurs, les joies de cet homme, son passé, son présent et son futur envisagé y étaient représentés. Finalement un peintre peut raconter une histoire tel un écrivain, mais en utilisant des images à la place des mots . La vie de Courbet est décrite dans L'Atelier du peintre . C'est pourquoi, David avait voulu exposer les œuvres de Courbet , pour révéler à tous ce qu’il se passe derrière les tableaux du maître.

 

233.       Degas, Le Tub ORSAY7


Un jour,  me promenant tranquillement près de la place Clichy, en sortant du café Guerbois où je venais de prendre un verre avec Manet, une idée me vint à l’esprit. Nous avions eu une discussion animée, et nous comptions bien la reprendre jeudi, jour de réunion de notre groupe qui comportait des noms comme Renoir, Cézanne ou Sisley, afin de les prendre comme arbitres. Nous nous étions accrochés sur le sujet des toiles historiques sur lesquelles je travaillais. Manet désapprouvait totalement ces scènes historiques, car il avait en horreur la routine de l’Ecole et les directives de l’Académie qui s’en tenaient exclusivement à ces thèmes. Il devait pourtant me concéder que mon tableau " Jeunes spartiates s’exerçant à la lutte " de 1860 ne représentait pas des éphèbes grecs, mais bel et bien des gars du " milieu parisien ", des gamins de Montmartre ou de la banlieue, maigres, osseux, mal peignés, si bien que la grandeur du sujet était largement atténuée par l’observation pointue
 du tableau.
Je ruminais ces pensées  quand en voyant passer sur le chemin un groupe de prostituées, je connus en un éclair le thème de ma prochaine toile. Je me disais que se serait une superbe idée. Personne dans toute sa vie de peintre ne l’avait fait. Le seul problème était de savoir qui voudrait de ce tableau, et qui accepterait de poser pour cela. Ce petit peintre que peu de gens connaissaient n’attirait pas beaucoup l’attention. J’avais déjà dessiné des portraits lors de mon voyage à Florence et Manet d’ailleurs appréciait mon " Grand portrait de famille " avec les poses inhabituelles de mes oncle, tante et cousines  auxquels j’avais tenté de donner mouvement et intensité de vie dans l’intimité aristocratique et soignée de leur demeure, mais jamais encore, je n’avais exploré une réelle intimité en peinture. Je me décidai alors à revenir le soir même pour demander à une personne qui serait là si elle accepterait de poser pour moi.
A la nuit tombée, je descendis de chez moi et demandai à la première personne rencontrée, une assez jeune femme qui arpentait depuis un moment le trottoir parisien :
" Excusez-moi ! Je voudrais savoir si cela vous dérangerait si…
- Non pas du tout, répondit cette charmante dame, cela ne me dérange pas du tout."
Je ne savais pas si elle avait compris mais ce fut un soulagement pour moi que cette demande quelle qu’elle soit ne pose pas de problème. Mais afin d’être certain qu’il n’y avait pas de confusion, je lui reposai la question :
" Vous êtes sûre que si je vous…
- Non, non pas du tout, au contraire ça me plaît "
Je trouvai que cette femme était fort sympathique d’accepter ma proposition même si je ne n’avais pas pu finir ma phrase, car elle m’avait chaque fois coupé la parole. Dans ma grande prétention d’artiste, je crus qu’elle avait compris que je n’attendais pas d’elle le service qu’elle proposait habituellement et qu’elle était ravie de poser pour moi.
Je lui demandai quand il serait possible de se voir. Elle me répondit sans hésiter :
" Maintenant. "
J’étais surpris que cette femme me dise qu’elle voulait que la séance ait lieu à ce moment précis pour pouvoir la peindre, commencer des esquisses. Je souris tout seul, mais la jeune demoiselle ne le remarqua pas. Je lui demandai où elle voulait aller, et elle me répondit que nous pouvions nous rendre dans un hôtel ou chez moi. Je lui répliquai tout de suite :
"Vous ne préfèreriez pas être à votre aise ? On pourrait aller chez vous pour cela ! "
Elle ne répondit pas, me prit la main et m’emmena chez elle. Entre temps nous fîmes connaissance et j’appris que cette charmante jeune femme en ma compagnie se prénommait Geneviève. Puis elle me demanda mon nom et je lui murmurai : "  Edgar ".
Elle me regarda avec des yeux d’une intensité rare, verts d’eau, brillants comme l’émeraude, ses cheveux étaient roux et d’une longueur incroyable. Mais cette femme n’était pas comme toutes les autres, elle était grande et jolie, d’une beauté peu commune. Puis nous nous arrêtâmes devant un immeuble, elle se tourna vers moi et dit :
" Voilà, on est arrivé, c’est chez moi ici.
- Très joli immeuble, Geneviève. "
Elle me lança un regard comme si elle croyait que je m’étais moqué d’elle. Elle ouvrit la porte et monta les escaliers, elle habitait au dernier étage. Elle mit la clé dans la serrure, et m’invita à entrer. Dans l’entrée se trouvait une petite table où était posé un vase plein de fleurs. Quand elle me dit d’aller dans le salon je vis encore une petite table, des chaises, un canapé et un miroir accroché au mur. Puis d’un coup elle me demanda :
" Où voulez-vous qu’on le fasse ? Dans la chambre ou sur le canapé ?
- Je voudrais le faire dans le cabinet de toilette.
- Mais elle est trop petite, on ne rentre pas à deux et surtout pas pour faire l’amour. "
Je me rendis alors compte que la jeune femme n’avait pas compris ma requête. Elle ne m’avait pas identifié comme un peintre en quête de modèle et il me fallait maintenant dénouer cette situation. Je souhaitais plus que tout la peindre, car elle répondait à mes attentes au delà de toute espérance et je me sentais submergé par une inspiration créatrice. J’allais pouvoir continuer mon travail sur la peinture réaliste telle que je la concevais, celle qui donne à voir la beauté vraie et non celle imposée par l’Ecole, celle de la rue et du quotidien.
" Je crois que nous nous sommes mal compris, dis-je alors.
- Ah bon ! Vous êtes bien là pour cela ?
- Non pas du tout ! Je suis là pour faire des esquisses de vous, sans vêtement, en tous cas c’était mon intention et j’étais heureux comme un fou quand vous avez dit oui. Mais nous nous sommes vraiment mal compris. "
Elle parut surprise mais elle répliqua tout de suite qu’elle était d’accord pour poser nue pour les esquisses, mais qu’il faudrait que j’attende le lendemain matin, car elle avait besoin de repos. J’étais son dernier client. Il me faudrait aussi la payer au tarif habituel et elle me proposa de rester dormir. Je fus heureux à un point ! Vous ne pouvez  savoir ! Qu’elle ait accepté de se déshabiller pour moi et devant moi dans cet intérieur typique du milieu parisien, près de la place Clichy.
Je me réveillai tôt, mais elle était déjà debout. Plus précisément elle était dans la salle de bain en train de se laver. Je ne pouvais attendre qu’elle sorte pour pouvoir la dessiner, alors je pris mon crayon et mes feuilles de papier. Je ne voulais pas qu’elle sache que je la dessinais, donc je regardai à travers le trou de la serrure. Elle était accroupie dans une bassine avec une éponge dans la main, en train de faire couler de l’eau le long de son dos. La cruche était posée sur la table. Puis j’aperçus qu’elle s’était coupée les cheveux, car une partie gisait sur la table, et quand je détournai mon regard vers sa tête, j’observai qu’elle n’avait plus ces beaux cheveux longs, mais une masse rousse et courte. Une autre carafe se trouvait sur la table et une brosse à cheveux qu’elle avait dû utiliser avant de les couper. Quand j’eus fini mes esquisses, je fus le plus heureux homme du monde. Peu de temps après, elle sortit de la  salle de bain, et je lui dis :
" Bonjour, vous avez passé une bonne nuit ?
- Oui, excellente, et vous ?
- De même. Je suis désolé mais il faut que je m’en aille. Je suis très pressé.
- Mais vous ne m’avez pas dessinée !
- Je le sais mais ne m’en voulez pas,  je suis vraiment très en retard. Ce sera pour une autre fois. "
J’ouvris la porte et m’en allai. Arrivé chez moi, je me mis tout de suite au travail A la fin de la matinée, j’avais dessiné un quart du tableau. Je mis plusieurs semaines peut-être même un mois, je ne sais plus, avant de l’avoir terminé. Mais j’en fus très satisfait, il me sembla avoir réussi à rendre l’intimité que j’avais surprise et toute la beauté de cette femme commune dans ses gestes de tous les jours.
Très vite, ma décision fut prise et je sus que ce tableau ne serait que le début d’une longue série me permettant de découvrir dans la peinture une " ligne humaine, vivante et intime ", dévoilant les menus incidents de la vie du quartier, des maisons et de leur intimité, et quoi de plus intime que la toilette d’une femme…
Je réalisai donc par la suite toute une série de toiles que j’exposai en 1886, à la huitième et dernière exposition des impressionnistes sous le titre " Suite de nus de femmes se baignant, se lavant, se séchant, s’essuyant, se peignant ou se faisant peigner ".
Voilà je vous ai raconté comment est née cette toile. Et vous pouvez trouver que cette histoire est bizarre mais elle est vraie.

 

234.       La Méridienne  Van Gogh  ORSAY23

 

Théo mon frère,
J’espère que tu vas bien, moi oui. Je suis en pleine forme, je peins toile sur toile sans m’arrêter, oui car je ne manque aucunement d’inspiration. J’en ai même trop, ce pays est tellement magnifique que je ne sais plus par où commencer, ici c’est le paradis de tout artiste !
Je te suis entièrement reconnaissant de m’avoir procuré les gravures et reproductions de Jean-François Millet, car grâce à toi j’ai enfin pu lui faire honneur. J’ai créé un tableau en m’inspirant de sa Méridienne. Je dis bien en m’inspirant, car je ne vois pas du tout l’intérêt de peindre une copie conforme d'un tableau existant déjà. J’ai gardé le sujet de la toile mais je l’ai repeint à ma façon. Je pense l’avoir bien réussi, j’en suis même très fier. Il faudra que tu me donnes ton avis. Pour que tu puisses te faire une petite idée, je vais te le présenter brièvement. Au premier plan, se trouvent les deux paysans que j’ai bien sûr conservés, il sont tout de bleu vêtus et dorment sur un tas de blé jaune ombré. Derrière s'étale un champ de blé avec un autre tas de foin, puis au troisième plan, le ciel azur sans nuage, de la même couleur que les habits des paysans.
Tout ce qu’il me manque maintenant c’est un titre. Je ne sais pas quoi lui donner comme nom, l’inspiration me manque juste sur ce point là. Peut être sauras-tu m’aider, peut être devrais-je tout simplement reprendre le nom du tableau de Millet ? Sinon, j’ai pensé à d’autres titres, que dis-tu de La sieste ou d’ Un jour d’été sous le soleil, un peu trop long et plat peut être? La sieste me plait bien, c’est court, simple, sobre et cela annonce tout de suite le sujet, ou alors on coupe le premier et cela nous fait Un jour d’été tout simplement.
Tout cela pour te dire que tout va bien, et de ne plus t’inquiéter pour moi. Maintenant, si tu le veux bien, réponds moi vite et dis-moi si tu as déjà une petite idée au sujet du titre.

A bientôt, ton frère Vincent

235.       Les Travailleurs de la mer : "Figures que font les paysans quand ils voient les sarregousets"  HUGO1

 

Ce tableau de Victor Hugo représente une tête de paysan. On ne peut regarder cette œuvre sans ressentir l’effroi et la peur qui s’en dégagent. Les couleurs utilisées pour peindre ce tableau (encre brune et lavis) contribuent à renforcer cette impression.
Le regard du paysan me fascine car il fixe ce qui lui fait peur. Ce sont d’ailleurs ses yeux qui renforcent l’effroi qui se dégage de ce tableau. Ils sont blancs et écarquillés, c’est la seule partie du visage qui est totalement blanche. La bouche, elle aussi complètement ouverte, exprime l’étonnement et l’incapacité du paysan à se ressaisir face aux sarregousets.
La détresse du paysan est tellement importante qu’on ne regarde pas l’horizon. L’épaisseur du trait noir du contour du visage captive le regard du spectateur qui est obnubilé par la tête du paysan.
On remarque également que le paysan est ridé. Ses yeux sont cernés, son front dégarni, et sa peau semble marquée par le temps. Tous ces détails nous poussent à croire que ce paysan est âgé, fatigué, usé par son travail.

236.       ThéodoreVan Rysselberghe, L’homme de barre


Le levant, vent de la pluie et des tempêtes soufflait depuis plusieurs jours. J’étais sorti en mer depuis plus de trois mois, affrontant tous les dangers et les mystères de la mer. Je portais comme à mon habitude, un gilet fermé par des hanets, un pantalon de bure rayé blanc et bleu, maintenu par une taillole de drap rouge et des sabots de bois ; la tenue typique des pêcheurs de l’Estaque en 1880.
J’étais parti de Paris afin de trouver du travail et gagner ma vie avant d’être assez riche pour me payer la formation dont je rêvais depuis toujours, à l’Académie des Beaux Arts à Paris, pour devenir un jour un peintre renommé et m’installer prés de chez moi.
Le jour de mon arrivée, j’étais allé m’adresser à Auguste Gatti, patron pêcheur de l’Estaque renommé, qui me proposa de me prêter un bateau de pêche.
Le jour du levant, j’eus du mal à maintenir mon cap, mais avec force et acharnement, j’y parvins. Quelques instants plus tard, j’apercevais au loin un Trois Mâts, me semblant à la dérive. Ce bâtiment Italien qui devait transporter des marchandises, me donnait des frissons par son aspect froid, vide et silencieux. Tout à coup, provenant du trois mâts, des bruits de canons se firent entendre et de la fumée s’éleva dans le ciel. Ce dernier coula sous mes yeux, sans que je puisse faire quoi que ce soit. Je n’ai jamais su ce qui s’était passé, ni comment un aussi gros bateau avait pu sombrer si vite ; mais une chose était sûre, j’abandonné mon travail de pêcheur pour me consacrai à ma seconde passion : la peinture.
Je mis du temps à me remettre de cet évènement. Ne sachant pas comment oublier ces souvenirs, j’eus l’idée de peindre la scène. J’ utilisais de nouvelles techniques de peinture, et me tournais vers le pointillisme. Je représentais mon bateau, mais mon moi du tableau ressemblait plus à un vieil homme qu’à un jeune, peut-être que la situation que j’avais vécu m’avait fait grandir plus que je ne penser. Bizarrement, l’image du trois mâts avait peu à peu disparu de ma mémoire, m’obligeant à représenter un aspect assez flou du bateau. J’étais fier de mon oeuvre ; elle m’avait permis de me libérer. Mes autres oeuvres furent elles aussi sur le thème de la mer, peut-être que la scène à laquelle j’avais assisté, n’avait pas totalement disparu de mon esprit, et me servait d’inspiration.
C’était comme une muse issue d’un cauchemar, mais me permettant de gagner ma vie.

 

237.       « Les Sabines » de Jacques Louis David louvre (18)

 

J’étais au musée du Louvre puis, dans une grande salle, j’aperçus une gigantesque toile. Je m’approchai et fut impressionné par la splendeur de celle ci, d’après mes connaissances, je pus reconnaître « Les Sabines » de Jacques Louis David. La scène représentait le moment où les Sabines s’interposent entre les deux armées romaines et sabines : Romulus était sur le point de lancer son javelot sur Tatius.
Je fus tout d’abord marqué par la femme qui s’interposait, Hersilie vêtue d’une toge blanche symbole de pureté, Hersilie positionnée les bras en croix comme un martyr, Hersilie qui tend les mains afin de réconcilier, on peut dire, son père et son mari. Mon regard remarqua ensuite toutes les femmes derrière Hersilie qui, au péril de leur vie, tentent de séparer les deux armées. J’aperçus une autre femme sur une pierre portant un nouveau né, l’enfant symbole de l’union entre deux personnes, l’enfant symbole d’innocence et de pureté.
En approfondissant cette scène, je fus frappé par les deux hommes nus, les seuls, les hommes les plus importants de la scène, je pensai alors que cette nudité était un signe de distinction, le signe des héros, de commandeurs guidant leurs armées.
Je fronçai mon regard et plus loin, je perçus une tour, une tour symbole de grandeur, de magnificence, c’est comme si le peintre avait voulu montrer un contraste, comme s’il avait voulu opposer cette œuvre faite de mains d’hommes et plus bas la guerre (le plus grand de tous les maux) ; de plus, la tour est un tremplin pour la vie mais aussi pour la mort car de sa hauteur, on peut apercevoir des personnes tomber.
En m’intéressant aux lignes de force, j’ai pu ressentir que plusieurs convergeaient vers le ciel, symbole de salut. Certaines, horizontales, en particulier le javelot de Romulus, les bras tendus d’Hersilie et la femme se cachant du ciel convergeaient vers Hersilie, cette femme emblème de l’amour et de la félicité mais aussi allégorie du pardon.

 

238.       Claude Gellée, dit Le Lorrain Port de mer, effet de brume louvre54


 La mer, étendue hostile et mystérieuse, à influencé le Lorrain a peindre ce tableau.
En effet, il représente le départ d’Ulysse, héros légendaire de la Grèce Antique, ce préparant à embarquer pour un long périple d’une vingtaine d’année qui l’éloignera d’Ithaque, son île natale, de sa femme Pénélope et de son fils Télémaque, à la fin de la guerre de Troie.
Ce tableau fut exécuté à Rome. On peut remarquer que la bâtisse à la droite du tableau ressemble au Forum romain et Le lorrain s’est probablement inspiré du port d’Ostie non loin de Rome pour s’inspirer de l’atmosphère qui se dégage de ce lieu.
Les personnages du tableau sont eux aussi intéressant car on observe que ceux-ci ne sont pas habillés comme des personnages de la Grèce Antique mais plutôt comme des personnes contemporaines à Le Lorrain, qu’il a peint lors de ses sorties, les bateaux ressemblent eux aussi plus à des bateaux contemporains à Le Lorrain qu’a des bateaux antiques tirant plus des barques que des caravelles, probablement pour donner de l’originalité a son tableau.
Le bateau au centre du tableau doit être le bateau qu’Ulysse va emprunter car il attire plus l’attention que les autres, moins exposés.
Les couleurs de ce tableau sont douces et contrastent avec la terrible épreuve qu’Ulysse se prépare à affronter.
La mer non plus n’est pas représentative de la dureté de l’événement qui se prépare.

239.       Germain Eblé,sans titre, septembre 1932 Papier au gélatino bromure d’argent Eble


Toute la famille est réunie : les parents, Paul et Joséphine et leurs six enfants. Antoinette et Marie, les deux grandes, sont derrière ; Charles et Louise sur les côtés ; Eugénie est assise sur les genoux de son père et le petit dernier, Isidore, est dans les bras de sa mère.

Ils ont tous là, réunis pour immortaliser cette journée du baptême d’Isidore. Cette photographie est prévue depuis la naissance d’Isidore, comme à chaque naissance et comme à chaque baptême. Le souvenir de ce moment heureux est à chaque fois gravé sur papier. A son annonce, les enfants se demandaient comment ils allaient être habillés et s’ils allaient avoir de nouveaux souliers. En effet, cette famille n’est pas riche mais les enfants sont toujours proprement vêtus. Pour l’occasion, Antoinette et Marie ont mis des rubans dans leurs cheveux bouclés. Elles sont habillées de robes confectionnées par leur mère et portées pour la première fois, ce jour. Le père a coupé les cheveux à Charles. Louise porte des vêtements venant de ses sœurs mais en parfait état. Seule Eugénie porte des souliers neufs. Son gilet est tricoté par sa grand-mère maternelle. Isidore est bien entendu en habit de baptême porté par plusieurs générations. Les parents portent leurs habits du dimanche et Paul e
 st même passé chez le barbier, ce qui lui vaut une magnifique moustache.

A présent, ils sont tous en place dans l’église. «Ne bougeons plus ! » Ils prennent la pause et n’attendent plus qu’une chose : le flash de l’appareil qui marquera pour toujours cette famille en ce jour de septembre 1932. Mais malheureusement l’histoire et les sentiments de personnes s’effaceront avec eux…     

 

240.       Germain Eblé,sans titre, septembre 1932 Papier au gélatino bromure d’argent Eble

 

  J’étais dans mon atelier et je finissais d ‘installer mon matériel lorsque la porte s’ouvrit et que toute la famille Gilberto  que je devais photographier entra. Le temps que toute la famille s’installe et j’avais terminé. Pierre et André étaient tous les deux de chaque côté, c’était les deux seuls garçons de la famille, de cette famille qui comptait six enfants. Ils étaient tous les deux habillés d’un pull que leur mère avait dû tricoter pour l’occasion. Pierre avait les cheveux frisés, contrairement à André. Les deux garçons se tenaient appuyés sur leurs deux parents.
   Denise et Simone,les aînées, étaient derrière, elles avaient toutes les deux mis un bel habit. Denise portait une petite robe rayée et avait les cheveux tirés afin que l’on puisse distinguer son visage lors de la photographie. Simone, elle, portait une robe plus simple d’une couleur unie. Elle n’avait tiré que d’un côté ses cheveux et avait mis de l’autre côté une petite fleur qui maintenait ses cheveux afin qu’ils ne lui tombent pas sur le visage. Elles regardaient, toutes deux, les gens avec dédain et haine. Leurs visages n’inspiraient pas la gaieté comme l’on pouvait voir sur le visage de Séraphino, leur père, mais plutôt la méchanceté et l’intolérance de leur mère, Yvonne.
  Séraphino portait une veste, un boléro et une chemise :il avait sorti les habits qu’il ne sortait qu’une fois par semaine pour aller à la messe. Il avait été chez le barbier, sa moustache était bien taillée et remontait sur son visage ce qui lui donnait un air d’aristocrate. L’une des cadettes était assise sur lui. Elle portait une petite robe toute fine, c’est pourquoi elle avait mis un gilet qui n’était pas à elle (cela se voyait car il était trop large au niveau des manches). Elle était très intimidée par tout le matériel que j’avais mis en place autour d’elle.
   A côté de Séraphino, Yvonne était assise. Elle avait tiré ses cheveux  pour en faire un haut chignon. Elle était habillée d’une longue robe mais elle ne portait aucun bijou, même pas une paire de boucle d’oreilles qu’elle aurait pu mettre pour l’occasion. Cela montrait de quel rang social elle venait. Elle portait une petite fille sur elle, d’environ 5 mois je crois,Marguerite, qui portait une robe et un chapeau de dentelle blanche qui faisait penser à une robe de baptême. Mais je ne connais pas vraiment les enfants et encore moins leurs habits, c’est pourquoi je ne demandai pas si c’était vraiment cela.  
  Et moi, je ne faisais qu’observer cette scène afin de pouvoir l’immortaliser et l’offrir à ces gens qui n’étaient pour moi que des visages inconnus.

 

241.       Camille Corot Petite fille dans un paysageplume, mine de plomb louvre (47)

Je sortais de récréation, le ventre vide. Ce jour-là, je me sentais délaissée. J’étais remplie d’une tristesse inouïe, bien que passagère. La professeur de français nous avait donné rendez-vous au centre de documentation et d’information du lycée afin que nous pussions trouver une image pour le concours. Beaucoup d’images m’éblouissaient mais aucune ne me parlait vraiment. Quand je vis ce dessin, une « petite fille dans un paysage », je me suis sentie un peu réconfortée. Réconfortée, non pas par un sourire ou un mot gentil puisque j’étais abandonnée de tous, mais réconfortée en voyant que même si ce n’étais qu’une image, elle représentait une personne qui me ressemblais. Je la regardais longuement et m’aperçut qu’elle paraissait encore plus triste que moi. Chaque enfant, débordant d’imagination possède un compagnon imaginaire pour le mener dans ses fous rires comme dans ses gros chagrins. Face à cette petite fille, j’eus la même réaction. J’avais l’impression de retomber en e
 nfance avec un compagnon imaginaire mais réconfortant dans mon jardin  secret. Je restai sans voix devant cette image comme par respect pour elle. Laissez-moi vous en faire une description.

Tout d’abord on peut deviner que le peintre cherche à faire fixer le regard du spectateur sur la petite fille. C’est elle l’unique personnage de cette image. Elle se tient au premier plan, au centre de l’image. Elle est mise en valeur grâce aux contours de son corps, un peu plus noircis que le reste du dessin, et les moindres petits détails sont présents sur sa personne. Cet unique personnage est d’ailleurs le titre du tableau. La jeune fille est recroquevillée. La courbe de son dos (le peintre a peut-être hésité à lui faire des formes arrondis), ses mains jointes autour de ses genoux et sa tête sur le côté me permet déjà de conclure qu’elle est contrariée.
De plus, dans sa position, on voit qu’elle est de profil. Peut-être a-t-elle honte de se montrer de face comme tous les enfants tristes ou peut-être que le peintre veut nous faire compatir à sa peine et renforcer le côté pathétique de l’image. Aussi, elle est assise non pas sur une chaise mais par terre.
 En outre, la jeune enfant est nue. Ce manque de pudeur peut s’expliquer par le manque de soutien de son entourage,  une éducation absente et une solitude parfaite. Elle est découverte, toutefois, elle masque sa classe sociale. Ses mains sont jointes de façon élégante et raffinée. Sa chevelure est ordonnée et répartie sur les deux extrémités de son visage fin à part une mèche qui vient tomber sur son front. La petite dame a le regard vide fixé sur le bas à sa droite. Son visage incliné n’exprime rien. De l’ombre demeure sur quelques parties de son corps et sur le parterre. Cette ombre est d’une couleur bleu outre-mer très pâle et grisée. Cette couleur évoque la tristesse et l’obscurité de son humeur. La lumière claire représente la solitude de la jeune fille.
A l’arrière plan,  il n’y a aucun jeu de lumière ni de couleur. La lumière terne et la couleur gris-clair symbolisent la monotonie du paysage. Celui-ci est confus, pratiquement inexistant. C’est l’élément le moins important donc il est mal dessiné. Les arbres de l’arrière plan, bien qu’ils soient peu importants,  cherchent à voiler la solitude de la petite fille. Si le paysage était complètement vide, la petite fille serait perdue dans le néant.

Ce qui m’a frappé en premier lieu, c’est la tristesse de la petite fille. J’eus d’abord une sensation de réconfort puis de compassion. Je me suis alors identifier peu à peu à la jeune enfant pour découvrir la personnalité caché en moi.
En dernier lieu, je fus fascinée par son regard vide. Cela m’a amené à la réflexion. J’ai pu poser plusieurs hypothèses tels que : à quoi pense la petite fille? Est-elle réellement triste? Son passé a-t-il un rapport avec son humeur? Le contexte historique de la création du tableau joue-t-il un rôle important dans la signification de son regard ? De tous cela, peut on conclure qu’elle est traumatisée ? 

Autour de ce tableau, demeure un nuage de mélancolie et de tristesse. On assiste à une scène présentant une enfant triste et abattue accompagnée d’un paysage mort et presque effacé. Pourtant, derrière un personnage qui est loin de respirer la joie de vivre, se cache un mystère, un secret qui est la clé de ce dessin. Je pense d’ailleurs que les choses les plus subtiles sont les meilleures.

 

242.       Edgar Degas Dans un café ou L'Absinthe ORSAY14

 

Je me trouvais là, assis devant ma table, buvant un verre de vin dans ce café si silencieux. Celui-ci était petit, mais les tables serrées les unes contre les autres offraient un grand nombre de places. La spécialité de ce café était l’absinthe, cet alcool si réputé avec lequel, paraît-il, certains poètes s’enivrent. Mo,i je ne l’aimais pas car il rendait les gens qui le buvaient complètement incontrôlables. Puis, deux personnes sont entrées, elles s’assirent trois tables devant moi, commandant un verre d’absinthe chacune. Elles avaient toutes les deux le regard vide, elles semblaient désespérées. Elles avaient l’air issues d’une famille bourgeoise mais ce n’était sans doute qu’une apparence.

Puis je vis entrer un homme qui avait une très belle sacoche en cuir, sûrement un bourgeois. A ma plus grande stupeur, je le vis s’asseoir et commander un verre d’absinthe. Normalement, les bourgeois ne boivent pas de cet alcool.
Il remarqua ces deux personnes qui ne se regardaient même pas et qui n’avaient aucune attention l’un envers l’autre, il fut stupéfait. L’homme sortit un carnet de croquis où il était écrit : Edgar Degas.

Je demandai au serveur s’il avait déjà vu cet homme ou s’il connaissait Edgar Degas. Il me répondit que c’était la première fois qu’il le voyait dans son café mais que le nom d’Edgar Degas lui évoquait quelque chose. Il en avait entendu parler une fois dans un journal, dans un article parlant de Lamothe dont Edgar était l’élève. En apprenant cela, j’avais tout de suite compris qu’ Edgar Degas était un peintre.

 Pendant que je discutais avec le serveur, le peintre continuait son croquis. Le serveur le regarda puis me dit : « et dire qu’il a failli devenir avocat, il aurait été dommage qu’il passe à coté de sa vocation ». Les deux personnes ne savaient même pas qu’elles étaient peintes, c’est pour dire à quel point elles étaient désespérées. J’étais stupéfait de la facilité avec laquelle il traçait leurs visages.

Je restais là pendant un long moment, je pensais. Je vis qu’Edgar avait fini et qu’il s’apprêtait à ranger son matériel pour s’en aller discrètement. Quand aux deux personnes, elles n’avaient pas bougé pendant au bas mot deux heures. Leurs regards étaient toujours aussi vides. Soudain, elles se levèrent dans un vacarme qui avait transpercé ce silence total et elles sortirent du café en direction d’une rue sombre et lugubre.

243.       Eric Hector Architectures photo-numériques PHN(16)

 

de la pièce. Le ciel était resplendissant, d’un bleu éclatant, sans aucun nuage. Ce morceau d’univers se découpait sur le plafond blanc. Les néons fixés juste à côté de cette ouverture m’éblouissaient.
Cette grande luminosité me donnait l’impression de rêver, ou d’être arrivé au paradis.
J’avais très mal à la tête, tout me paraissait flou, je ne me souvenais de rien. Mais comment étais-je arrivé là ?
Soudain, j’eus un flash! C’était comme une sorte de retour en arrière.
Subitement, je me vis entouré de tous mes amis, l’ambiance était de fête. La salle dans laquelle je me trouvais scintillait de tous les côtés. Mes amis m’avaient organisé une fête surprise à l’occasion  de mes dix-huit ans.
Le retour s’effectua en voiture, nous chantions à tue-tête, en effet nous avions beaucoup bu, on ne fête qu’une seule fois ses dix-huit ans dans sa vie.
Nous roulions depuis une demi-heure sur une route mal éclairée lorsque la voiture percuta un camion de plein fouet.
Depuis cet instant, c’était le trou noir, le vide.
Quelqu’un frappa à la porte et une infirmière entra, c’est à cet instant que je compris que j’étais à l’hôpital, ce qui expliquait la perfusion que j’avais dans, le bras et le bandage autour de ma tête.
Je demandai à l’infirmière où se trouvaient mes amis qui étaient dans la voiture  avec moi.
Elle me répondit :
«Vous étiez le seul passager à avoir mis votre ceinture, ils sont tous morts ! »
Je compris alors que je ne rêvais pas ; je faisais un cauchemar éveillé.
Cette ouverture n’était pas une fenêtre du paradis mais plutôt la porte de l’enfer.
  

244.       Thierry-Loïc Boussard  BO-F3

 

Je me trouvais devant mon chevalet face à ce champ de tulipes, c’était magnifique.
Le ciel était noir, il y avait beaucoup de nuages et je pensais qu’il allait pleuvoir. Le vent  soufflait très fort alors je me dépêchais de sortir mon matériel, mes différents tubes de peinture et mes pinceaux.
     J’ai commencé à peindre un fond blanc en y ajoutant du gris, le temps se dégradait de plus en plus. Ensuite, j’ai peint l’herbe qui se trouvait au pied des tulipes, celle-ci, en bougeant avec le vent, reflétait de nombreux contrastes de vert mais comme il allait bientôt pleuvoir, je me dépêchais de mélanger du jaune et du bleu en ajoutant plus de jaune au bleu ou plus de bleu au jaune, ce qui rendait des verts plus ou moins foncés.
    Après, j’ai peint la tête des tulipes, elles aussi en bougeant avec le vent donnaient l’impression d’avoir une multitude de couleurs mais je les voyais rouges alors j’ai rincé mon pinceau où se trouvait le vert et j’ai sorti mon tube rouge. Les tulipes étaient parfaites en haut de leur tête se trouvait de petites antennes, je crois que les fleuristes appellent cela les pistils.
Mais j’ai senti une goutte tomber du ciel donc je ne pris pas le temps de dessiner parfaitement les contours des tulipes et ajoutai en noir quelques points en haut des fleurs pour représenter ces antennes qui tournoyaient avec le vent.
    Ensuite j’ai terminé par les tiges en ne faisant pas attention à faire des nuances de vert, la pluie arrivait. J’ai bien courbé les tiges pour montrer qu’il y avait beaucoup de vent ce jour-ci et j’y ai ajouté des feuilles d’un vert différent, plus clair que celui des tiges.
    Puis, pour terminer j’ai peint tout en haut de mon tableau un bout de ciel, d’un noir très intense.
    Je voulais montrer à travers ce tableau que même s’il pleuvait et que peu de gens sortaient, le paysage était toujours aussi beau, si ce n’est plus. Après avoir fini mon tableau et l’avoir mis à l’abri, je suis resté sous la pluie à regarder les tulipes se balancer dans ce champ et je trouvais ce spectacle très apaisant, il n’y avait aucun bruit, juste celui de la pluie qui tombait sur le sol.
                                                              

245.       série all stage © Véronique Vercheval    V6

 

Je ne reconnus pas tout de suite cette femme, son visage crispé, sa voix meurtrie, ses larmes craintives. Mais c'était bien elle qui hier encore enseignait à mes enfants l'art d'écrire et de parler . Mais pourquoi était elle- là aujourd’hui ?
 Dans une telle situation ?
 Elle si sage , si douce , si pure. Jouait- elle un rôle ?
Tant de questions sans réponses . Mais je me rappelle maintenant son visage, son expression, ce n'étaient pas les mêmes hier .
Peut être savait-elle !
Savait-elle que ses jours étaient comptés ?
Que ce serait son dernier coucher de soleil ?
Ou c'est peut être simplement moi qui m'invente des histoires ?
 Mais aujourd'hui cette femme est bien là, à pleurer, à demander pardon, à dire qu'elle ne savait pas, qu'elle s'excuse. Je ne comprends pas tout ce qu'elle dit et même moi,  j'ai du mal à comprendre cette scène qui se joue autour de moi. Alors mon réflexe est de prendre cette photo. La photo des dernières secondes d'une femme .

 

246.       Ropps_attrapade


Nous sommes en décembre 1905. Depuis deux semaines, les caniveaux ne dégèlent pas. Un soir d'hiver sinistre à Paris. Les fiacres se hâtent dans une sorte de brouillard étrangement mêlé de fumée. Les pavés sont luisants rue des Saints-Pères.

Deux vieilles femmes qui parviennent à rester debout avec difficulté en raison du gel, marchent en se tenant aux devantures des boutiques faiblement éclairées par les becs de gaz. Toutes deux, pauvrement vêtues, frissonnent dans l'air glacé.

Lucie, la plus âgée, est arrêtée depuis plusieurs minutes devant la vitrine d'une librairie et reste là, debout, le regard fixé sur la couverture d'un livre exposé. Son amie Amélie s'est déjà éloignée. Comme elle n'entend plus les pas de Lucie derrière elle, Amélie se retourne et aperçoit Lucie immobile. Elle l'appelle à plusieurs reprises, sans succès. Aussi, intriguée, elle revient sur ses pas et en arrivant à sa hauteur, elle découvre les larmes qui coulent silencieusement sur les joues rougies de Lucie. C'est alors qu'Amélie remarque la couverture du livre que fixe fiévreusement Lucie. Elle représente une belle jeune femme brune vêtue d'une magnifique robe de soirée qui descend un large escalier d'un air nonchalant.

"Mais enfin, Lucie, qu'y-a-t-il ?" demande Amélie. "Pourquoi restes-tu là avec ce froid ? Il faut rentrer tout de suite, sinon nous attraperons la mort!" Mais Lucie ne peut détacher son regard de la reproduction. Amélie lui prend donc le bras et l'entraîne de force à sa suite, vers leur petit appartement sous les toits qui offrent un meilleur abri que cette rue glacée.
En marchant, Lucie ne cesse de murmurer : "mais c'est moi sur l'image, c'est moi !"

Une fois rentrée et réchauffée, Amélie regarde attentivement sa vieille amie et lui demande : "Maintenant, tu vas enfin me dire pourquoi l'image de la librairie t'a fait cet effet !". Lucie encore sous le choc se met toutefois à raconter en détail pourquoi elle avait été aussi émue par cette femme. "Vois-tu, Amélie, cette femme-là, c'était bien moi ! C'était il y a très longtemps, il y a environ trente ans. J'étais jeune et belle alors ! Tu te souviens de cet atelier de modiste dans lequel nous travaillions à l'époque. Et bien, j'avais décidé de me fabriquer une robe de soirée comme celles des dames chics qui venaient toujours nous passer des commandes de nouvelles toilettes. Moi aussi, je voulais profiter un peu de la vie et aller à l'Opéra que je rêvais de visiter. Je voulais que l'on m'admire lorsque je descendrais les marches du grand escalier.

Tout en préparant ma robe, et pendant mes quelques heures de repos, je sortais beaucoup dans les endroits à la mode où les messieurs du beau monde venaient le soir pour rencontrer des jeunes filles un peu plus libres que leurs femmes si "bien élevées". Et c'est dans un de ces endroits que j'ai rencontré Rops. Il était beau avec ses grandes moustaches, robuste avec ça, et puis si gentil avec moi. Il m'avait promis de m'emmener à l'Opéra lorsque ma robe serait prête. Et il l'a fait. J'avoue que j'étais amoureuse de lui, mais je savais bien qu'il ne serait jamais libre. Quand il m'a dit qu'il était peintre et qu'il voulait faire mon portrait, je n'ai pas hésité une seconde. C'est mon portrait que l'on vient de voir dans cette vitrine ! Il faut que je sache où se trouve ce tableau. Il évoque tant de beaux souvenirs pour moi !". Le lendemain, Lucie et Amélie se rendent dans cette librairie et obtiennent ce qu'elles cherchent. Le tableau peint par l'ami de Lucie se trouvait en Belg
 ique, à Bruxelles, aux Musées royaux des Beaux-Arts.

Avec les faibles économies de Lucie, toutes deux partent en train pour Bruxelles et se rendent directement au musée à la recherche de ce fameux tableau. Lucie, en découvrant l'original de cette peinture la représentant si belle et heureuse, dans cette robe magnifique qu'elle avait cousue avec tant de soins, ne peut retenir à nouveau ses larmes. Des larmes de nostalgie face à sa jeunesse et son insouciance perdues à jamais. Lucie revient se contempler tous les jours pendant plusieurs semaines. Elle ne parvient pas à rentrer à Paris et à s'éloigner de cette image d'elle qui n'existe plus.

Un après-midi, Lucie voit une femme de belle apparence et encore jeune s'approcher d'elle. Elle s'arrête près de Lucie et fixe longuement la peinture, puis dit d'un air ému :  "L'attrapade". "C'est le nom de ce tableau. Il est très beau, n'est-ce-pas ?" Lucie est bien d'accord avec cette dame et ne peut s'empêcher de répondre doucement : "Savez-vous que c'est moi qui suis représentée sur cette peinture ?". La jeune dame la regarde avec stupéfaction et doit s'assoir pour faire face à l'émotion qui la submerge. Visiblement, elle la croit. "Vous êtes Lucie, c'est çà ? Vous êtes bien Lucie ?". "Oui, c'est moi" répond Lucie. "Mon nom est Claire Rops" reprend la belle dame. "C'est mon père Félicien Rops qui a peint ce tableau. Il est mort il y a quelques années, mais je dois vous dire qu'à l'époque où il a peint cette toile il avait de gros problèmes financiers et que s'il n'avait pas vendu rapidement ce tableau, nous n'aurions pas mangé à notre faim tous les jours, et ce, pendant
 quelques années ! Je vois bien que vous semblez avoir des difficultés et je suis prête à vous aider en souvenir de mon père. Même si ce tableau prouve qu'il n'était pas toujours très fidèle à ma mère et à ma tante, je suis très fière de cette oeuvre et je vous remercie d'avoir su l'inspirer".

Lucie ne savait que faire ni que dire devant une telle générosité, mais elle comprit qu'enfin, par-delà la mort de Rops, elle allait enfin pouvoir vivre plus décemment grâce à Claire, la fille de l'homme qu'elle avait aimé dans sa jeunesse.

 

247.       Jean Fouquet les grandes chroniques de France  Bataille de Roncevaux en 778 fouq-bnf5


Ce tableau, qui lui a probablement été commandé par Louis XI, a été peint par Jean FOUQUET. On voit sur le tableau, à l’arrière plan, une bataille qui se déroule. Au premier  plan à droite, on voit un tas de cadavres entassés les un sur les autres et tout devant, ce que l’on voit le plus, ce sont deux soldats, l’un mort et l’autre qui prie pour le mort.

Il s’agit en fait de la bataille de Roncevaux, qui s’est déroulés en 778 et le soldat mort n’est autre que Roland. Roland est un personnage important du cycle légendaire de Charlemagne. Conte de la marche de Bretagne, neveu de Charlemagne, il oppose une héroïque résistance aux Sarrasins attaquant , comme on le voit sur ce tableau , l’arrière garde de l’armée , à Roncevaux dans les Pyrénées. Le conte Paratin refuse alors de sonner l’olifant pour avertir l’empereur et rappeler le gros de l’armée . Il affronte l’ennemi armé de sa fidèle épée Durendal . Mortellement blessé, il donne le signal . Sa mort , très pieuse , parachève son personnage de guerrier luttant pour sa foi . On voit aussi auprès de lui son frère qui se lamente avant de prendre l’olifant et l’épée Durandal de Roland pour les porter à l’empereur . Charlemagne le venge ensuite en écrasant les Sarrasins .

 

248.         Pierre Petit, Vue de Saint Cloud Papier albuminé Petitstcloud

 

 « Nous étions en pleine guerre. Déserteurs ou résistants, nous n’avions plus de noms. Trois malheureux soldats qui vivaient du soutien des paysans, leur manière à eux de lutter contre l’envahisseur. Nous remontions jusqu’à Paris. Dans nos bagages, plus rien de militaire sauf peut-être un appareil photo.

Mes compagnons et moi, nous venions de quitter le petit village de Comprelle depuis trois jours lorsque nous sommes arrivés dans un bourg nommé Oradour-sur-Glane. Un coin de la France oublié, bombardé et massacré jusqu’au dernier. Tous encore alignés par terre, une odeur pestilentielle flottait autour. Les corps en décomposition indiquaient que les SS avaient quelques jours d’avance. A leurs heures vacantes, la police nazie trouvait toujours de quoi se divertir... La ville  en ruine n’aura jamais l’occasion d’être reconstruite par ces habitants…

Nous avons continué à progresser. Toutes les maisons démolies, un vrai carnage ! Nous nous assîmes devant une grande demeure ayant du appartenir à une riche famille, peut-être alignée avec les autres... Au bout d’une demie-heure, Richard posa son sac et en sortit le vestige de notre dévouement à la République française, l’appareil photo. Il l’installa délicatement parmi les graviers et immortalisa notre guerre… »

- Où avez-vous trouvé ce journal ?
- Dans les vêtements d’un prisonnier exécuté, mon Oberstgruppenführer ! 

 

249.       Eugène Delacroix Jeune orpheline au cimetière 1824 huile sur toile louvre(4)

 

Tania venait d'avoir vingt ans quand les Turcs envahirent la Grèce. Ce peuple de barbares l'horrifiait. Elle l'exécrait. Elle craignait que son pays, son village, sa terre natale, soient livrés aux envahisseurs. Ceux-ci n'hésiteraient pas à tuer les hommes, à violer les femmes, et à vendre les enfants comme esclaves.
Ses pensées négatives s'évaporèrent lorsqu'elle vit le visage de sa mère si pur, si sensible…
Que deviendra-t-elle ? La voix de son jeune frère l'interrompit :
- Dis, Tania. A quoi penses-tu ?
Ses yeux étaient si profonds qu'elle pouvait y apercevoir le destin de son peuple.
Elle ne put rien dire à son frère de sa vision.
Elle lui répondit simplement qu'elle rêvait d'un monde parfait.
La journée s'écoula paisiblement.
Tania se souvint alors de cette merveilleuse fête organisée pour ses vingt ans : les cadeaux, les friandises, les visages illuminés de ses proches, les rires des enfants… Tout était magnifique…
Comment pouvait-elle, à présent, avoir une telle vision ?
Le lendemain, des paysans avertirent le village qu'un peuple venu d'un territoire contigu envahissait peu à peu le pays en mettant à feu et à sang les hameaux. Des cris surgirent de la foule. Les femmes prirent dans leurs bras leurs enfants et se mirent à pleurer et à se lamenter sur leur triste sort. Tania était épouvantée.
Sa vision était-elle donc la réalité sur le destin de son peuple ?
Des hennissements de chevaux pétrifièrent ces pauvres gens. Des hommes aux visages basanés et aux tuniques cramoisies montaient des purs sang. Tous possédaient des sabres aiguisés. Les femmes lorgnaient ces cavaliers. Seule Tania avait le courage de les affronter de son regard perçant.
Tania était une charmante jeune fille. Je l'avais rencontrée lors de mon voyage en Grèce. Elle avait des cheveux splendides : châtains clairs, bouclés… Elle les relevait souvent en chignon. Elle n'était pas très grande mais elle avait une taille de guêpe. Ses corsages blancs, ses jupes longues, ternes et fanées lui donnaient une allure de bohémienne.
Tout à coup, un cri de guerre déchira le silence de l'aurore. Les hommes se précipitèrent dans leurs habitations pour y prendre leurs armes mais ils n'en eurent pas le temps : les barbares incendiaient leurs maisons…
Les femmes coururent tant qu'elles purent, mais la cavalerie les rattrapait. Leur sort était tombé : elles furent violées puis égorgées. Les enfants furent capturés. Les seuls survivants furent quelques paysans, Tania, et moi. Nous courûmes, courûmes jusqu'à perdre haleine… Le village fut rasé par ces cavaliers venus de l'Asie Occidentale.
Nous réussîmes à nous cacher dans un petit bois. Tout en reprenant mon souffle, je contemplai le visage de Tania : sa carnation était rosée, ses lèvres violâtres, et sa poitrine se gonflait et se rétractait dans un rythme soutenu.
Elle était si jeune, si belle…
Comment pouvait-elle mourir à vingt ans, sans avoir connu ce qu'était la vraie vie ?
Cette question me hantait.
Des bruits de sabots nous firent trembler de peur. Seule notre respiration troublait ce silence mortuaire. Nous décidâmes de partir chacun de notre côté pour tromper l'ennemi. Les paysans partirent vers l'Est avec l'espoir de s'en sortir vivants.
Je décidai de rester avec la femme dont j'étais tombé amoureux.
Nous passâmes la nuit dans la forêt essayant d'échapper tant bien que mal aux animaux féroces et aux Turcs. Une lueur d'espoir illumina nos yeux lorsque nous entendîmes la cavalerie faire demi-tour au crépuscule.
Nous sortîmes donc de notre cachette et nous dirigeâmes vers le cimetière, inconscients du danger. Ce fut la dernière fois que je la vis sourire : ses dents étaient d'un blanc éclatant et ses lèvres tirées faisaient ressortir ses pommettes rosées.
Le galop des chevaux nous fit sursauter : les barbares nous avaient leurrés. Nous courûmes le plus vite possible entre les tombes. A bout de force, Tania tomba. J'essayai de la relever, mais l'épuisement prit le dessus. Apeurée, elle regarda une dernière fois sa terre natale, puis ses yeux se plongèrent dans ceux de son assassin.
C'est ainsi que je la représentai en 1824 : touchante, dévisageant avec ses grands yeux remplis de crainte le visage de son meurtrier.

250.       photographies de Constance Griffon Du Bellay  constance(8)

 

J'étais avec papa et comme tous les matins,nous allions courir dans notre forêt à tous les deux. Comme j'aimais me lever tôt pour courir à ses côtés! Comme j'aimais décompresser le soir en courant avec lui! Cela fait maintenant plus de six mois que papa ne court plus avec moi. Il est 18 heures 45, à cette heure là on enfilait nos baskets et papa me disait: "Tu es prête ma fille? Le dernier arrivé à l'arbre aura un gage". papa et moi nous trouvons cet arbre magnifique avec son tronc sortant de nulle part et cette position dansante, moi ce qui me fascine le plus c'est son feuillage d'or au doux parfum de printemps... Bref, j'enfilais mes baskets , j'embrassais maman et ... que le meilleur gagne! Dans nos premiers footings, papa était toujours gagnant, maintenant ç'a bien changé, papa est dans son lit et moi, je me hâte pour retrouver l'arbre où je prie Dieu pour qu'il me laisse papa. Un soir assise sur une branche, j'admirais l'arbre,je trouvais qu
 'il avait l'air fatigué, mais je voyais que, comme papa, il ne voulait pas quitter cette terre. Lui aussi ne faisait pas voir qu'il était triste, en donnant à ses feuilles des couleurs plus belles les unes que les autres. Puis papa est venu me rejoindre, appuyé sur ses cannes ; il ne courait plus et il n'allait bientôt plus pouvoir marcher non plus. Il me prit dans ses bras, et il me dit : "Tiffany, j'ai vraiment été fier d'avoir été ton papa ; surtout, ma fille, profite bien de ta vie car le tempss'écoule vite", et il me serra fort dans ses bras. Ce soir là, nous sommes rentrés à la maison avec une allure différente toutes celles que l'on avait pû connaître. A notre arrivée, je l'ai confié à maman et je suis retourné vers notre arbre.  Cette fois, j'ai prié Dieu pour qu'il rende papa heureux, et pour qu'il ne souffre plus. Je suis rentrée en pleurant avec une feuille de l'arbre qui était tombée délicatement sur mon épaule. Je pensais à tout le bonheur que ma famille et moi
 avions connu. Aujourd'hui, nous sommes le 1er mars 2004, il est 11 heures 30, papa nous a quittés. D'une certaine façon, je suis heureuse pour lui. Il ne souffre plus, et ne souffrira plus jamais. Je pense... non, je suis sûre qu'à cette heure ci, il doit être au paradis blanc en train de parler de nous trois à mamie.
A présent, je passe toutes mes matinées, et même mes soirées, assise sous notre arbre, et je discute avec papa. Mais maman ne le sait pas, car papa et moi, c'est papa et moi.

 

251.       Le Grand Canal : Antonio Canal dit   Canaletto Italie (7)


Canaletto (1697-1768) considérée comme un des princes du « vedute » qui est surtout un mouvement artistique italien qui magnifie la vue urbaine. En effet ce peintre italien a passé sa vie à peindre sa ville natale de Venise mais aussi un peu de temps à Londres. Cette toile peinte avec de la peinture à l’huile favorise donc une plus grande variété d’effets que les techniques à base de cire et elle permet de nous offrir ainsi des images très nettes et encore plus éblouissantes.
Cette toile est disposée en deux plans. Au premier plan, on peut observer des canaux avec les gondoliers qui viennent embarquer les habitants de la ville de Venise ou des voyageurs . A droite de ces gondoliers on peut observer des passants guillerets qui se promènent devant l’église Santa Maria della Salute, construite sous l’ère baroque. Dans le deuxième plan, on peut voir au loin le paysage urbain avec des bâtiments et au-dessus on peut aussi apercevoir le très beau ciel de Venise.
Ce qui donne en effet à cette œuvre mais aussi aux autres peintures de Canaletto un genre unique est la transfiguration poétique de la ville de Venise. Elle nous donne aussi une apparence objective de cette vue du « Gand Canal ». Canaletto capte les moindres vibrations de la lumière, ici on le contemple à partir des éclaircissements des bâtiments de cette ville et aussi du ciel, mais encore de la transparence de l’atmosphère , on a l’impression de regarder  un miroir. Les passages délicats sont teints avec une telle précision, une telle sensibilité que l’on peut admirer cette œuvre d’art sans jamais se lasser. Tous ses aspects ont pour conséquence de nous donner un aspect classique de ce paysage , nous pouvons le remarquer à partir de la recherche de la perfection de la ville de Venise, des traits réguliers géométriques, des canaux mis en parallèles, nous avons la sensation que le tableau a été peint dans un ordre précis. Cette toile chargée d’émotions, dépouillée de formali
 sme qui s’intéresse avant tout à la structure, à la forme et la beauté architecturale sans s’intéresser aux émotions qu’elle doit en dégager, nous présente une très belle vue de Venise. On a l’impression d’admirer une ville paradisiaque dépourvue de toute haine et méchanceté.

 

252.       Le Bain Turc, Jean Auguste Ingres Louvre 39,

 

Monsieur Ingres, aimait-il vraiment les femmes ? On ne le saura jamais. Mais ce qui est certain, c’est que de son œuvre se dégage une énergie dispersée : ces femmes là s’ennuient ! Comme nous sommes dans un harem, toutes ces jeunes femmes attendent d’être choisies par leur « maître » ! Mais est-ce vraiment ce qui se passe dans un harem ? Ou, serait-ce plutôt un des fantasmes du peintre ? Ce tableau évoque vraiment la solitude car ces femmes n’ont personne pour les aimer réellement, à leur juste valeur. Peu nombreuses sont les femmes qui se divertissent. L’une d’elle danse, debout, face aux spectateurs et dévoile ses formes. Une seule de ces beautés incomparables nous tourne le dos : c’est celle qui joue d’un instrument, une cithare probablement. Etant donné que nous sommes en plein réalisme, on a l’impression que le peintre met à nu leur vie ou alors, il cherche à montrer la beauté d’une femme, d’une femme nue. Un air de mélancolies ressort de ces no
 mbreux visages. La forme circulaire du tableau évoque des rondeurs, la plénitude de ces femmes. Mais, le peintre pourrait passer pour un voyeur. Comme s’il aurait regardé et dessiné ces dames à Travers un trou de serrure. Cependant, la sensualité reste très présente. L’homme sera toujours sensible à la beauté simple, et sans ornement qu’elles dégagent. La vue de ces femmes est sans doute plus troublante que celle d’une « Adriana Karembeu » qui pourrait nous troubler tout autant. Le plus désolant c’est qu’elles n’ont aucune occupation : ce tableau est surchargé de femmes qui s’ennuient !
Au premier abord, ce tableau m’a attiré pour sa sensualité mais, plus je le regarde, plus je me plonge dans l’ennui de ces femmes, je me mets à leur place, j’en deviendrais même presque féministe.   

 

253.       CANALETTO Le pont du Rialto Italie 8


C’était, bercée par les vaguelettes qui faisaient danser les gondoles, l’une des plus belles place de Venise. Ce fut aussi pour cette raison que Dom Canal, le maître en l’art du Vedute, avait décidé de l’immortaliser.
 Moi sa jeune femme de chambre pouvait avoir le loisir de voir, petit à petit, cette toile tendue, se dessiner ce merveilleux paysage. Il y avait quelques jours que Joseph Smith, consul d’Angleterre était venu s’entretenir avec Dom Canal afin que celui-ci lui confectionne deux toiles exaltant la beauté de Venise comme il en avait l’habitude. Depuis, mon maître avait décidé chaque matin de faire une promenade dans la ville avec un carnet comme s’il cherchait à dénicher les moindres détails qui donnerait à ses œuvres le réalisme tout souhaité.
 Un matin, alors que j’entrais dans ses quartiers afin d’y mettre de l’ordre, je le vis regardant par sa fenêtre qui donnait tout droit sur le pont de Rialto. Il me demanda ce que je pensais de cette vue et j’avouais que la vision de Venise s’éveillant m’avait émue. En voyant ma réaction il me dit qu’il allait peindre cette vue car elle était baignée dans une lumière divine.
 Grâce aux informations prises dans son carnet il fit tout d’abord une esquisse qu’il perfectionna jusqu’aux limites du réel. Puis il commença à faire le croquis de la deuxième toile où je crus reconnaître  le grand canal de Venise et l’Eglise de « Santa Maria della Salute ».
  Après les avoir terminés, il s’arrêta car comme il l’avait dit, il voulait représenter ses œuvres dans cette lueur magique. Peu importait le temps que cela prendrait.
 Je fis surprise un matin de voir quelques couleurs sur le tableau. J’en déduisis que ce matin là, pendant laps de temps, la lumière fut celle que Dom Canal attendait et il en avait profité pour commencer à mettre quelques nuances sur son œuvre. Je fus déçue par le fait que toute l’œuvre n’était pas encore peinte et ma curiosité en fut aiguisée. Dès lors, chaque matin  j’étais impatiente de découvrir à quel niveau la pose des couleurs en était. J’étais littéralement torturée par mon désir de voir le tableau peint dans son intégralité mais Dom Canal, lui, ne laissait rien transparaître. J’étais comme un homme qui lors du mariage dévoilait au fur et à mesure le visage de l’être avec qui il allait partager sa vie.
Ce doux supplice dura une éternité, et le voile s’élevait peu à peu.
Un matin en entrant dans la chambre de Dom Canal, je vis devant moi un ciel d’un bleu si étincelant que je crus y déceler des anges. En dessous, je vis ce pont dont l’architecture et les dimensions faisaient l’un des fleurons de Venise. Il me fallut quelques minutes pour réaliser que cette vision n’était qu’une illusion représentant le pont du Rialto  dans toute sa splendeur. 

 

254.       David Marat assassiné Louvre(17)


Samedi dernier, dans la soirée, nous sommes allés dîner chez un ami de mon père, M.Richter. On nous installa dans un très beau salon puis on nous apporta des amuse-gueule pendant que M.Richter et mon père conversaient. Quelques minutes plus tard, M.Richter nous proposa de passer à table ; bonne fille élevée que je suis, je demandai à ce que l’on me conduise aux toilettes afin de me laver les mains. Et c’est en me dirigeant vers ce couloir que je suis tombée en extase devant la reproduction d’un tableau assez particulier portant le titre de : « Marat assassiné » de Jean-Louis David, exposé au musée du Louvre.
En effet au lycée, notre professeur d’histoire nous avait évoqué le personnage de Marat dans l’histoire de la révolution française. Après m’être aperçu qu’il s’agissait  de la peinture  de « Marat assassiné », en regardant la petite indication au bas du tableau, mon attention a été tout de suite captivée. Ainsi, je me mis à le découvrir petit à petit de façon détaillé, c’est à dire élément par élément.
Le titre du tableau « Marat assassiné » ne semble pas cadrer avec la réalité qui s’y trouve présentée. En effet, l’homme n’est pas peint comme si on voulait restituer le théâtre du crime, mais disposé comme doit-être celui devant qui il convient de s’incliner. Les indices de l’assassinat, tels que le couteau au manche rougi, la blessure fatale au thorax, l’eau dans le bain …, sont plongés dans l’obscurité ; la lumière met en évidence la tête inclinée de Marat et ses bras, puis son matériel de travail. Aucun indice ne permet de déceler un quelconque signe de violence, rien dans les accessoires n’indique un effort de résistance aux coups portés : pas d’eau renversée, en outre tout est en ordre. De plus, le visage de Marat sur lequel se dessinent ses yeux mis-clos et sa bouche entrouverte, n’exprime aucune douleur.
En un mot, Marat n’est pas affalé dans quelque sanglant désordre destiné à susciter colère ou pitié, mais semble se reposer.
L’image de Marat présente un corps sain, musclé et en bon état. Il paraît presque immaculé, cependant avec pour seul marque la cicatrice provoquée par le coup de poignard porté sur la clavicule. L’ œuvre est brossé de telle manière que le personnage lisse et fortement modelé par l’éclairage, s’enlève sur un fond obscurci pour qu’éclate toute la blancheur du turban. Ainsi nimbé de ce linge ajoutant aux sentiments du visage, il rappelle une mise au tombeau. Et le drap le long duquel pend le bras se transforme en suaire.
Erigée de la sorte, la scène se dispose à rester gravée dans ma mémoire. Mais pourquoi ce souci ?
Le décor pourtant réduit au minimum, est fermement établi avec une baignoire et une caisse ; on constate même que la plupart des lignes sont horizontales. Cependant, ces accessoires conservent au tableau une fonction de propagande, de « publiciste ». D’une part, la plume à encre située prés de l’encrier, est à la verticale de l’autre plume que Marat tient au main. D’autre part, au niveau de la main droite, l’opposition entre la plume ( arme intellectuelle) et le couteau ( arme blanche) énonce la vérité : Marat était un martyr de la révolution. Il est mort pour une cause souvent juste pour ses droits. De plus, c’est quelqu’un qui pour avoir donné sa vie, gagne du public un certain respect et une certaine reconnaissance.
La position de Marat, la tête inclinée et les bras pendants s’apparentent à la mort du Christ. La plaie sous la clavicule est un élément qui fait penser à la scène du Christ après la crucifixion. Marat et le Christ sont deux martyrs dont la mort constitue un sacrifice nécessaire pour le salut de l’humanité.
L’image ne suscite en moi ni pitié ni révolte mais plutôt une considération envers le personnage mais surtout envers le peintre Jacques-Louis David : au lieu de réaliser une peinture qui met l’accent sur le caractère ignoble du crime, il a réalisé une peinture qui donne une « une grande dimension » à Marat.  

255.       Jacques-Louis David, « Les sabines »,   louvre  (18)

 

J’étais en cours avec mes condisciples de classe, lorsque notre professeur de français nous annonça que nous devions participer à un concours. Alors nous étions au Centre de Documentation et d’Information, devant nos moniteurs et nous voyagions sur le site du concours :  www.imageimaginaire.com. Quand je vis le tableau de Jacques-Louis David, « Les sabines »,  mon cours de latin, en classe de cinquième me revint à l’esprit. Fascinée par l’histoire de ces femmes, je n’eus aucune hésitation sur le choix du tableau. En effet, nous avons l’habitude de considérer les femmes comme inférieures au hommes, mais ce tableau reflète l’importance de ces dernières car elles ont permis l’unité de deux peuples (Romains et Sabins) en interrompant une guerre qui aurait pu être plus sanglante sans leur intervention.

Ici, nous remarquons que Jacques-Louis David emploie l’obliquité pour créer une scène dynamique et agressive. Les diagonales dénotent l’action et le mouvement (lances en l’air, armes…) alors que les horizontales peuvent créer une idée de repos (intervention des femmes et de leurs enfants). Une verticale forte peut dénoter la stabilité de la force (force romaine équivalente à la force sabine). Les corps angulaires peuvent démontrer l’agression, la rudesse, l’énergie. A l’intersection des diagonales, nous rencontrons une femme ayant les mains au front ; ceci montre la peur qui règne au cœur du tableau comme elle gouverne celui des femmes et des enfants.
En arrière plan, nous observons des remparts. La bataille se fait donc au pied des remparts. Au premier plan, nous observons les deux chefs : Romulus, avec son bouclier sur lequel sont gravés la Louve et les deux enfants (Romulus et Remus) , s’apprête à lancer son javelot sur Tatius, épée en main. Entre les deux, apparaît un groupe de femmes sabines devenues romaines par le mariage. Elles s’opposent avec leurs enfants pour leur montrer qu’ils appartiennent aux deux peuples. Nous remarquons qu’une femme tient la jambe gauche de Tatius, l’air suppliant. Sur ce tableau,  nous observons la nudité des hommes comme Tatius et Romulus ; par contre les soldats du second plan sont vêtus ; cela me rappelle le style grec dans lequel les dieux et les héros sont représentés nus. Ces derniers marquent le décalage entre les chefs et les soldats. Au second plan, vêtus, ne sont que des pions brandissant leurs armes sans s’affronter. Ils ont l’air d’attendre le lancement du javelot par Romulus
 auquel Tatius répondra. Le peintre a voulu valoriser les femmes et les enfants faisant figurer à nus ou poitrine dénudée : ne sont-ils pas les véritables héros de cet épisode.
Revenons au personnage se trouvant à l’intersection des diagonales. La peur n’est pas seulement représentée par les mains au front mais aussi par la couleur rouge de sa robe évoquant le sang ; elle a peur que cette bataille soit très sanglante et que l’espoir de paix des deux peuples s’éteigne. Pour moi, la vieille femme ridée, agenouillée face à Romulus symbolise la disparition de la vie, et le fait de porter une robe verte en s’offrant au sacrifice signifie que l’espoir touche à sa fin. Près de Tatius , nous observons une belle femme vêtue d’une robe jaune, couleur du soleil, astre d’une nouvelle ère de vie . Montant sur une pierre, elle tient en main la justification de ce renouveau. Ce geste me fait penser à l’étoile baignant dans le ciel bleu-nuit, au-dessus de l’auberge, où l’enfant Jésus-Christ, sauveur du monde, venait de naître. S’efforçant de séparer son époux Romulus et son père Tatius, Hersilie habillée en blanc, couleur de l’innocence, désigne la femme porteuse d
 e paix. En effet, sa position occupe une grande partie au centre du tableau ; c’est comme si l’union des deux peuples ne dépendait que d’elle.

  Cette toile suscite en moi de la révolte envers les Romains car selon l’histoire, ils ont profité de l’amitié des Sabins  pour voler leurs femmes. Elle réveille en moi de l’enthousiasme à l’égard des Sabins puisqu’ils viennent  récupérer ce qui leur appartient . Mais ce tableau avant-tout fait naître en moi de l’admiration pour les Sabines car  elles ont pris leur courage à deux mains pour venir affronter des hommes, des guerriers ,des héros afin que l’union soit faite. Enfin cette toile reflète pour moi, l’importance des femmes au sein d’une société car sans elles les Romains n’auraient pas pu fondé leur puissant empire.

 

256.       Série Palestine © Véronique Vercheval V14

 

Iman, directrice du théâtre Ashtar à Ramallah s'est vue séparée de toute sa famille lors d'une confrontation entre un groupe d'Israéliens et quelques Palestiniens.
L'oppression permanente a fait d'elle, comme de toutes ses victimes un terroriste potentiel. En effet, pourquoi lorsque tout nous est retiré, famille, liberté,..., ne pas consacrer sa vie à la retirer à l'oppresseur??? La question est réelle et omniprésente dans l'esprit de la jeune femme. Chaque jour, des gens ceinturés d'explosifs explosent dans des lieux bondés alors même qu'un frère, un ami, un parent, pourrait y périr. La mort, trop présente, devient banale et des corps inertes, mutilés, gisent sans que l'on n'y prête plus la moindre attention. Seul l'éternel et primitif sentiment de vengeance anime le cœur des victimes et suffit à alimenter la haine.
Pour Iman, l'unique espoir d'un lendemain aux côtés de ses proches évite le passage à l'acte. Toujours le même objectif pour cette femme perdue, retrouver les siens sains et saufs. Plusieurs amis avaient déjà trouvé la mort depuis le début du conflit et la lueur qui éclairait son cœur semblait s’éteindre progressivement.
Alors, pour la ranimer, Iman organise des représentations de théâtre, elle entretient un rapport culturel avec les jeune gens de la ville afin d’oublier, l’espace d’une heure ou deux, l’horreur de la guerre, les cris, les pleurs ainsi que les tirs incessants,… Dans ce climat d’extrême tension, petits et grands, de moins en moins nombreux pour différentes causes, se retrouvent et, devant une modeste scène, pour oublier, ou du moins essayer.
Lorsqu’elle ne cherche pas sa famille, Iman, est là, au théâtre, elle rempli alors son corps d’une énergie nouvelle,…puis elle repart,…
Malgré les difficultés grandissantes de circuler à travers le pays, elle prend son courage à deux mains, et, face aux différents contrôles, vide et revide son sac, sort et ressort ses papiers, toujours calmement, d’un calme blasé,, d’un calme déconcertant,…
Mais aujourd’hui, quelque chose lui dit que c’est la bonne, qu’elle va retrouver sa famille, qu’elle va enfin reprendre la vie, cette vie qui s’était arrêtée  il y a avait trop longtemps déjà.
Elle a entendu dire qu’un grand nombre de familles palestiniennes s’étaient réfugiées dans un vieux théâtre en ruine non loin de Bethléem, à Beit Jala.
Son cœur bat fort, encore un échec peut-être, mais l’espoir, peut-être,…
Plusieurs heures, des siècles pour Iman. Mais ça y est, elle est là, devant ce bâtiment ou plutôt devant les restes de ce bâtiment. Tremblante, un sourire incontrôlé sur le coin des lèvres, elle va retrouver sa file et tous les autres, elle le veut…Elle fait le tour de l’amas de pierres blanchâtres à la recherche d’une possible entrée, mais derrière, les murs d’une maison détruite barrent son chemin.
Là, de l’autre côté, mais oui, c’est bien elle, une femme, la femme, celle de son frère…Elle crie, impossible de se contenir, elle sent son cœur exploser, ses sentiments se brouillent. Et ces pierres qui lui bloque le chemin, elle pleure, elle rit, elle ne sait même plus si elle est heureuse, elle a peur…
De l’autre côté, la femme s’est retourné, elle a compris. Aussitôt, elle se mettent a courir chacune d’un coté, pour se retrouver, enfin,…
Soudain, un rayon de lumière semble se forme a la fusion de ses deux corps, un sourire, absent depuis trop longtemps, rayonne sur le visages des deux femmes. Elles se serrent, fort, trop fort, mais pas assez non plus…
Elles voudraient rester la, pour toujours, sans penser a demain. De longs mois de détresse, de terreur, et les voilà réunies,…elles en oublient les autres, comment vont ils ? ou sont ils ?Les deux femmes savourent inlassablement ce moment intense tant attendu.
Devant un décor déstabilisant, deux femmes, deux êtres humains, semblent rendre toute sa lumière a ce lieu jadis rayonnant…

257.       CANALETTO Le pont du Rialto Italie 8

 

L’Émerveillement de la vie.
Ah ! Le soleil se lève enfin, Venise va s’animer, les gens vont aller travailler, les enfants aller apprendre la joie de vivre. J’ai eu une belle vie tout compte fait …voir de nouvelles histoires commencer, voir des gosses grandir .. pourtant mes pierres sont trop lourdes, le poids des gens qui passent sur moi tous les jours me donne l’impression de m’enfoncer, je ne  pourrai jamais m’envoler. Mais, pour rien au monde je ne quitterais  ma Venise , ces canaux ,ces gondoles qui , le soir passent avec de jeunes amoureux  ,enlacés semblant ne se soucier de plus rien au monde. Comme cette jeune fille là-bas, qui n’ose vaincre sa timidité pour aller voir ce jeune peintre. Je l’aime bien ce petit gars ! Il est parti en Angleterre mais est vite revenu six mois plus tard en se faisant promesse de me peindre une fois revenu. Chose promise chose due, il me peint !Il peint le pont du « Rialto », c’est comme ça que l’on me nommer. Les humains disent souvent que les « murs ont des oreilles
  »  , mais moi qu’ai-je ? Je connais tout le monde ici , je sais tout ce qui se passe, combien n’en ai-je pas vus sauter de ce pont pour mourir  ? Mais d’autres s’appuient sur mon bord, rêvent et parlent de leur amour ! Comme cette fille, Julia Brimacchia, qui ne se lasse pas de regarder, de le regarder, ce peintre aux 1000détails, son infinie palette de couleurs…. C’est à peine si il l’a vue…pourtant avec ses couches de poudre sur son visage, il ne devrait pas la manquer ! Mais peut-être préfère –t-il regarder ses peinture à l’huile, ses rêves enfuis dans ses tableaux. Ah !voilà,elle bouge ,elle s’en approche, elle lui parle et lui demande si il ne pourrait pas lui donner des leçons de peinture…. ! Il accepte avec joie !!! Mais ,mais , mais oui !C’est bien lui, celui qui chaque soir depuis vingt ans, est passé en dessous de moi, avec chaque jour des amoureux. Il était parti voici cinq ans, le voilà revenu avec une jolie demoiselle, un beau petit « bambino ». Que le temps pa
 sse vite, j’ai été construit il y a trois cent ans et je ne cesse de m’émerveiller devant les jolies surprise de la vie… Il est revenu montrer à son bambino la joie de vivre à Venise, la joie d’être gondolier. Avec ce petit divertissement , je n’ai point vu que le jeune peintre surnommé ,Canaletto et Julia étaient partis … .La Tourre  sonne déjà seize heures. Le bambino s’appelle Roméo, Guido (son père) lui montre la façon de monter sur une gondole. Le petit n’ose pas monter il  pleure, sa mère le console. Après vingt minutes de pleures, Roméo monte sur la gondole, souriant, il est fier sur la gondole de son père ! Il passe et me dit comme son père : « Buongiorno Rialto ». Roméo apprendra sûrement le métier de gondolier comme l’a fait son père auprès de son père et ainsi depuis de nombreuses années .Tout compte fait, je ne quitterais ma place pour rien au monde, je préfère être ici qu’à la place d’un ami,  le pont des soupirs. Les hommes l’ont appelé comme ça car il conduit
 les prisonniers à leur cellule, ils ne reverront jamais Venise et sa belle lumière. Comme moi aujourd’hui, car la journée est finie, le soleil se couche , tout le monde rentre chez soi, sauf les gondoliers qui, berceront la nuit et Venise par leur chants. Ah  quelle joie cette ville, quelle joie d’être ici, quelle joie de voir le bonheur des autres. C’est alors qu’une gondole passe celle de Guido ,elle chante l’amour, il chante les amoureux que je reconnais, il s’agit de Julia et de son peintre Canaletto….

258.         Chardonneret et branche de narcisse bnf - pers 10

 

Le Narcisse du désert.
Nous marchions dans ce désert depuis déjà plusieurs jours. Je n’avais jamais vu d’endroit aussi peu accueillant. Mais le Roi d’Iran habitait de l’autre côté de ces dunes et je devais négocier avec lui une affaire des plus importantes :
 « Qu’on m’apporte un miroir ! » ordonnais-je.
 J’étais toujours aussi beau ce matin mais la chaleur me fatiguait la peau et faisait apparaître de vilaines gouttes de sueur :
« Ventilez avec plus d’entrain ! », ordonnais-je à nouveau.
Le serviteur n’eut même pas le temps de chasser l’air d’un coup de feuille qu’une gigantesque rafale fit tomber certains de mes hommes. De plus puissantes suivirent et les gardes prirent panique. Je trébuchai de mon chameau et m’évanouis aussitôt.
Lorsque je repris mes esprits il ne restait plus que des hommes à terre qui criaient de douleur. J’avais très soif et ne voulais pas mourir ici comme ces méprisables serviteurs. Je pris une grande inspiration et me levai pour entreprendre la recherche d’eau. A ce moment un homme m’agrippa la jambe me suppliant comme une larve. Je soupirais, je ne devais pas le prendre en pitié. Je brisai alors son étreinte et repris ma route.
Au bout d’une centaine de mètres je tombais de fatigue, j’étais à bout de forces.
Mon seul espoir était de gravir cette unique dune qui semblait interminable. Mes efforts ne furent pas vains.
Je crus rêver : une magnifique plante, qui me paraissait gigantesque vue de si près du sol, se dressait devant moi. Elle disposait de longues et fines feuilles et certaines de ses fleurs étaient encore sous la forme de petits bourgeons blanchâtres, graines de vie. D’autres pourtant s’étaient ouvertes pour laisser place à de splendides fleurs aux pétales du blanc de leur bourgeon et au centre jaune, tel l’or de mon palais. Grâce à mes connaissances en botanique je pus identifier cette fleur comme étant un narcisse. C’était une plante droite et fière qui représentait l’amour du soi. Si petits à côté de la fleur il y avait là trois petits insectes volants dont un papillon aux ailes rougeâtres et parsemées de taches noires, comme s’il on avait voulu lui jeter de l’encre de Chine. Il était minuscule mais d’un raffinement si particulier.
Je me retournais à nouveau vers le narcisse pour effleurer ses feuilles du bout des doigts lorsque celles-ci m’échappèrent. Je dus lever les yeux pour comprendre. La fleur s’était penchée au-dessus du papillon pour laisser se poser sur sa tige un oiseau d’une beauté frôlant l’irréel. Rien n’avait jamais été aussi proche de ma splendeur. Il était doté d’un plumage brun qui mettait en valeur la petite tache rougeoyante qu’il avait sur le front. Son petit bec noir lui donnait un air joyeux, rêveur. Son aile, la seule que je pouvais voir, se parait de couleurs chatoyantes telles que le rose et le blanc et enfin un mélange de bleu et de noir qui ornait sa queue et son aile inférieure.
Pendant quelques minutes j’avais contemplé la nature d’en dessous , comme étant inférieur. J’avais vu la vie, oublié tout le reste, oublié ma soif.
Je repris conscience de ma situation et me dirigeai vers l’étendue d’eau en contrebas. Lorsque j’arrivai face à l’eau je pris le temps de regarder mon visage qui avait perdu son éclat. Je réfléchis un instant et posai à nouveau mon regard sur la fleur. Lorsque je réalisai que le mythe de Narcisse était très semblable à ma situation, je pris peur. Je m’éloignai de l’eau, sortis mon miroir de ma poche, me regardai une dernière fois puis le brisai sur le sol :
«Je ne suis pas Narcisse ! » pensais-je.
Je bus quelque gorgées et partis aider mes fidèles serviteurs. Je jurai par la même occasion de ne plus aimer mon image sans penser au monde qui m’entoure.

 

259.       Jean Fouquet les grandes chroniques de France © BNF Partage du royaume de Clotaire Ier entre ses quatre fils  fouq_bnf2

 

Mon père était peintre.Je me rapelle notammentune des miniatures qu'il a faites pour illustrer les Grandes Chroniques de France.Elle décrit la rencontre diplomatique entre Clotaire Ier et ses fils en 561 concernant le partage du royaume français.
Mon pére était fasciné par l'histoire,celle de nos ancètres,ce qui explique ses nombreuses oeuvres historiques.Et cette réunion entre Clotaire Ier,qui est représenté sous la première tente avec sa couronne,et ses fils sur l'avenir de son royaume correspond à une période très importante pour mon père.
Il a donc profité de son talent de peintre pour illustrer ce passage décisif que beaucoup de personnes,hélas,ignoraient et qui ,en plus de lire l'explication sur cette réunion,pouvaient désormais se représenter.
Mon père a aussi utilisé cette miniature pour exprimer son adoration envers le royaume français.Pour lui,c'était une sorte d'hommage.Cela explique d'ailleurs le nombre impressionnant des drapeaux bleus à fleurs de lys du royaume ainsi que les flèches gothiques du chateau de l'architecture française du VIème siècles,et la présence des cygnes blancs,animaux majestueux du royaume français.
Cette miniature est importante pour moi à cause des détails que mon père a mis aussi que l'on ne voit pas forcément au premier coup d'oeil comme les sujets du roi regardant du chateau  ce qui se passe sous les toiles de tente.Pour la petite anecdote d'ailleurs,mon père a ici représenté son plus gros défaut à travers ces pesonnages.Et donc,il a mis un peu de lui dans cette miniature ce qui la rend unique pour moi.

260.       David Marat assassiné Louvre(17)

 

A mon arrivée, je ne pus que le remarquer. Il était plongé si profondément dans ses écrits que je ne pus me résoudre à le déranger. Je me contentai donc de le regarder. Il avait le visage rempli de tristesse et la tête surmontée d’un turban d’une blancheur tellement pure. Il avait l’air très concentré dans son écriture, puis la porte s’ouvrit. Il ne leva même pas les yeux. Je vis entrer une jeune femme. Je ne la reconnus pas tout de suite, mais son visage m’était familier. Où l’avais-je vue ? Puis je la reconnus, avec son air si froid. C’était Charlotte Corday, dite « l’ennemie du peuple ». Je la vis s’avancer à pas de loup vers l’homme qui ne lui prêta toujours aucune attention. Puis s’approchant de lui, elle le poignarda, droit au cœur. Je vis le rouge couler et tacher de sang ce drap si blanc. En un instant, plus personne. Je me retrouvai seul dans cette pièce si sombre, éclairée par de simples bougies, en compagnie de Marat, assassiné. Ce
 que je venais de vivre me remplit le cœur de douleur. Marat était un homme qui avait tout fait pour libérer le peuple d’une dictature si imposante qu’il en avait même donné sa vie. Je voulus donc l’immortaliser en le peignant. Il ne me fallut pas plus de quatre heures pour le terminer entièrement. Le tableau était divisé en deux pages hétérogènes, et brossé de telle manière que Marat inspirait la tristesse. Il était représenté sur un fond étrangement informel, avec une pointe de luminosité où s’affirmait le travail du pinceau. Le fond était très obscurci, pour qu’éclate la blancheur de son drap et de son turban. A la fin du tableau, puis après avoir compris les raisons de son assassinat, je ne pus m’empêcher d’écrire ces mots sur la caisse se trouvant à ses côtés : « N’ayant pu me corrompre, ils m’ont assassiné. »   

 

261.       Fernand Khnopff, La bruyère rose, ca  khnopff_bruyère

 

 Mon Paradis Rose
A neuf ans je suis morte. J’habite dans une petite ville appelée Crive, dans l’allée des Roseries. Ma maison est petite mais elle nous suffit. Nous ne sommes que trois : mon père, ma mère et moi. Mon père est bûcheron et ma mère s’occupe de moi, mais quand à l’école on me demandait ce que faisait ma mère je répondais peintre et cela impressionnait toujours mes camarades. J’aimais beaucoup l’école, mais elle était loin de chez nous et je devais emprunter toujours et toujours ce même chemin dont je ne voyais pas le bout. Ce chemin était tout blanc en hiver et alors je pouvais aller à l’école en m’amusant, je laissais mes empreintes dans la neige et le soir en revenant, je regardais si elles étaient toujours là. Au printemps, aller à l’école était plus qu’un plaisir, la bruyère était magnifique, les arbres étaient forts et les feuilles qui les ornaient étaient de toutes les couleurs possibles. Le soir quand je rentrais à la maison j’avais encore une telle énergie que papa en av
 ait la migraine, il se demandait où je la trouvais. Quant à Maman, mon énergie débordante la faisait sourire. Elle me demandait toujours ce que j’avais fait à l’école. Je lui faisais un court récit de ma journée et je lui parlais du chemin et de ce que j’y avais vu et fait jusqu’à ce que ce soit l’heure d’aller me coucher ou alors quand papa n’en pouvait vraiment plus de m’entendre. Le soir dans mon lit je pensais à la bruyère : comment sera-t-elle demain ? La fièvre, me prit ce soir-là. Maman appela le médecin dès le lendemain. Papa était très inquiet, il se demandait où était passée mon énergie indestructible. J’étais malheureuse de ne pas pouvoir aller voir mon merveilleux chemin coloré alors maman eut l’idée de le peindre pour que j’aille mieux et aussi pour que mon esprit sorte de la fièvre qui le gardait emprisonné de plus en plus. Cette peinture était encore plus jolie que le chemin que je traversais pour aller à l’école. Il y avait plus de couleur, c’était la bruyère
  comme elle était au printemps et bien sûr le chemin, ce chemin dont on ne voit pas le bout. Maman m’a dit que si je voulais, je pouvais imaginer qu’il y avait quelque chose au bout de ce chemin, alors elle le dessinerait. J’ai seulement voulu qu’elle ajoute du rose et un peu de jaune. Oui juste de la lumière avec du jaune et du rose pour le rêve. Voilà, la peinture de maman faisait partie de mes rêves qui essayaient de se frayer un chemin entre mes cauchemars et ma maladie. C’était de pire en pire, de jour en jour, ma maladie prenait le dessus sur mon énergie. Je me souviens qu’un jour j’ai demandé à maman comment c’était le paradis, elle m’a dit que chacun avait le sien et que chacun s’inventait le sien. A ce moment là, je sus que quand je mourrais, je serais sur le chemin avec autour la bruyère de printemps. Dans ma chambre, maman avait laissé devant moi le tableau auquel nous avions donné le titre de Bruyère Rose. Un soir, maman s’est assise à côté de moi et je me suis endormie, pour toujours. Je suis morte à neuf ans et j’ai rejoint mon paradis rose, ma bruyère rose.     

 

262.       Série Palestine © Véronique Vercheval V14

 

Pour l’amour de ma famille

Depuis le début de cette guerre, des millions de personnes ont été tuées et séparées en palestine. Je faisais partie de ces personnes. J’avais perdu ma famille, ma femme et mes enfants, et cela depuis environ cinq jours. J’ai fui pour ne causer aucun risque à mon entourage. Les ennemis me voulaient moi, je ne savais pourquoi. Alors je suis parti.
Le couvre-feu était levé pour quatre heures, quatre heures de paix dans ce monde de violence. Heures, pendant lesquelles j’aurais aimé retrouver ma femme et mes enfants. Je ne savais pas où les trouver. J’étais perdu. Seule mon envie de les retrouver me donnait la force d’avancer. Ils me donnaient ce courage, indispensable à ma survie. Je pensais à la joie que j’éprouverai en les retrouvant. Mais étaient-ils encore vivants ? Je ne le savais pas. Malgré ma peur, cette ignorance n’avait pas d’importance, mon seul espoir me suffisait.
En voyant ces deux femmes, juste devant moi, je compris que tout n’était pas fini, que comme elles je pourrai enlacer mes bien aimés. Je
n’avais pas vu de vies humaines depuis près de trois jours, car j’avais  du me cacher pour éviter d’être enlevé par les soldats.
Ces deux femmes me rappelèrent que ma seule raison de vivre était l’amour, l’amour que je donnais dans mon entourage. J’étais figé en regardant ces femmes et leur bonheur. Jusqu'à ce qu’elles m’aperçoivent. Je compris dans leurs regards qu’elles avaient pitié de moi, de ma solitude. Les quelques mots échangés me réconfortaient. Elles m’indiquèrent une petite route pour retrouver mon village, sans être vu par les soldats. Je ne voulais pas perdre de temps alors je partis à leur recherche. Je marchai depuis plus de trois heures. Le couvre feu serai bientôt terminé et je risquait d’être emprisonné. Mais je devais prendre ces risques. J’entendais des coups de feu au loin. Deux heures plus tard, j’aperçu un village. Il était tellement en ruine que j’étais incapable de reconnaître  lequel était-ce. Une fois près,  je reconnus le village … Mon village ! Il paraissait désert. Quelques rues plus loin, je vis ma maison. Rien n’était récupérable. Tout était en ruine. Quand je passai le
 seuil de ma porte, j’eu cette sensation inconnue auparavant, je ne savais pas ce que je trouverai à l’intérieur.
Beaucoup de murs étaient tombés. J’appelai. Je criai le nom de ma femme. Jusqu'à se que j’entende le doux son de sa voix. Alors je couru la retrouver. Ils étaient tous là, effrayés. Une fois dans leurs bras, je me rappelai des ces deux femmes. Je revis cette scène. Elle restera gravée dans ma mémoire à tout jamais.

 

263.       Fernand Khnopff, Étude de femme,  Khnopff_etude

 

 Je me présente: Marguerite Khnopff, c’est moi que vous pouvez voir sur le tableau en face de vous : « Étude de Femme ». Je vais vous raconter son histoire.
C’était en 1887, mon frère Fernand qui était peintre, pastelliste sculpteur, poète et photographe, me demanda de poser pour lui. Je fus surprise, il n’avait encore jamais peint de femme, seulement des paysages. J’acceptai avec plaisir mais pour quelle raison m’avait-il choisie? Moi, sa sœur admirée? J’étais une femme seule, sans mari, âgée de vingt-huit ans. De plus, ,j’étais rouquine, des petites lèvres,  un grand nez, des yeux marrons, et un front tellement large et grand que je laissais tomber quelque mèches de cheveux pour cacher cette horreur. J’étais assez maigre, à cette époque. J’avais la peau très blanche et je pense que c’est pour ça que Fernand a voulu faire ce tableau dans un camaïeu d’orange. C’était sa couleur préférée. Un joli dégradé d’orange... Le jour où je devais poser pour lui fut merveilleux. Je partis tôt de chez moi ,et j’allai rue Saint Bernard où il vivait: au premier étage d’une demeure néorenaissance. Je montai, j’ouvris la porte, l’atelier était di
 scret, parsemé de cercles, de masques et de voiles.
J’étais vêtu d’un petit vêtement à bretelles, il me demanda de l’enlever pour qu’il puisse peindre mes épaules. Il me montra la position dans laquelle il voulait me voir, debout dos à lui et la tête tournée à gauche. Lorsqu’il eut terminé de me peindre, il voulut que je m’habille, de plus il ne voulut pas que je reprenne  la même position, mais que je me mette face à lui, debout, la tête légèrement inclinée en arrière et les yeux fermés. J’obéis. Je n’osais pas bouger, j’avais hâte qu’il finisse pour voir ce tableau étrange, deux portraits de la même femme dans des positions différentes; à peu près deux heures plus tard, je pus bouger et aller voir cette oeuvre. Elle était fascinante et tellement belle à regarder.         

 

264.       Khnopff_memories


    Je me promenais dans le parc et décidai de m’asseoir sur un banc.
    En observant le paysage, j’aperçus ces sept femmes. Je les rencontre fréquemment lors de leur petite ballade hebdomadaire. Michelle et Anna sont bien souvent en tête du petit groupe. C’est vrai que depuis la mort de son mari, Michelle a beaucoup changé, elle se met souvent à part et sort de moins en moins, elle ne se vêt que de noir et parle très peu, il n’y a qu’avec Anna qu’elle réussit encore à discuter.
  Anna vient d’ailleurs de rencontrer un homme qui a l’air de lui convenir. Elle qui rêve depuis si longtemps de fonder une famille, espérons que cela va se réaliser !
  Christine, Valérie et Géraldine, quant à elles, ferment généralement la marche. Christine est tout le contraire de Michelle : elle aime se faire remarquer, aime parler, aime s’habiller de blanc, elle est soucieuse de l’image qu’elle donne. Elle vit avec sa sœur aînée Stéphanie. Cette dernière est beaucoup moins extravertie que sa sœur. Rien qu’à la voir on peut s’en rendre compte : aujourd’hui elle porte un chapeau et une robe verte avec une petite veste brune au dessus. Même si elles se disputent souvent, toutes deux sont quand même très liées.
  Valérie et Géraldine sont les deux amies intimes de Christine. Elles ne parlent pas énormément au reste du groupe mais sont cependant aimables et respectueuses.
  Et Sarah, la cadette du groupe, la gentillesse même, toujours prête à aider son prochain, est celle qui apaise les disputes lorsqu’il y en a au sein de ce petit groupe.
    Brusquement je me réveille. Je regarde tout autour de moi : le parc semble désert; le parc est toujours désert. Il n’y a que moi ou presque. La nostalgie est là elle aussi, elle hante mes pensées, ma vie, mes rêves… Et je me rappelle… je sais que j’ai vécu ce rêve, il est si loin, mais pourtant si proche, si présent, si éternel, là, dans ma mémoire.

 

265.       Edouard Manet 1832-1885 Olympia ORSAY9

 

Au cours des dix dernières années , j’effectuai deux séjours en Italie. Lors de mes visites dans les différents musées et notamment à la Galerie des offices à Florence ,un tableau magnifique me fascina,il s’agissait de la « Vénus d’Urbino » peint par le Titien. Je me promis de garder en mémoire toute l’émotion qu’avait su traduire le peintre.

Un soir,alors que ma femme et moi nous nous apprétions à sortir,j’attendais patiemment qu’elle termine de s’habiller.Je gribouillais sur mon chevalet des esquisses du chat qui s’amusait sur notre divan.Lorsque je vis passer ma femme Olympia,simplement vêtue d’un long châle et chaussée de ses mules,une vision me traversa l’esprit :  « La Vénus » du Titien m’apparut telle que je l’avais vue.Aussitôt,il me fallut retranscrire cette vision sur une toile.Entre temps,notre servante noire avait préparé un bouquet destiné aux amis chez lesquels nous étions invités.Elle apparut les bras chargés de fleurs avec tant de grâce qu’une idée me vint à l’esprit.Je lui demandai alors de rester,le bouquet à la main,j’appelai ma femme et demandai à elles deux,de bien vouloir poser quelques instants pour moi.

J’avais le tableau dans les yeux et essayais d’organiser les différents éléments de cette œuvre(couleurs,contrastes).Un peu à contre-cœur,ma femme accepta de s’allonger sur le divan et prit la pose,sa servante à ses côtés.Je demandais à la servante de se pencher en lui présentant le bouquet enveloppé de papier blanc comme les draps.Je voulais faire ressortir la beauté d’Olympia en jouant uniquement sur le contraste de sa peau laiteuse en opposition aux murs sombres et à la couleur de peau de notre servante.

Comfortablement installée,Olympia semblait contempler le monde en lui offrant ses charmes ce qui fit scandale à l’époque.Peu de temps après cette soirée,je me remis à l’ouvrage et pus terminer ainsi cet hymne à la beauté en hommage à la « Vénus » qui m’avait inspiré,et décidai alors de lui donner le nom d’ « Olympia ».

Cette huile sur toile n’eut malheureusement pas le succès escompté, bien au contraire, elle fit  scandale losqu’elle fut présentée au Salon en 1865.Néanmoins, ce tableau fut pour moi une réussite dans la série des œuvres évoquant la femme ; je parcourus de nombreux pays toujours à la recherche d’une beauté parfaite, cette quête peut paraître illusoire, mais la femme restera toujours la muse des peintres et des artistes.

266.       Courbet, L'Atelier du Peintre ORSAY4


Au cours d'une visite au Musée d'Orsay, je me suis arrêtée devant deux grands tableaux de Gustave Courbet, L'Enterrement à Ornans et L'Atelier du peintre. Le second a retenu mon attention pour sa composition: quel est le sens de cette composition et pourquoi Courbet s'est-il mis en valeur au centre de la toile? Quelle vision de l'art défend il à travers ce tableau?
"Les trois tableaux en un", L'Atelier du peintre, définit comme l'œuvre de sa vie, représente l'image qu'il se fait de son entourage.
Je me prends à imaginer animer la femme que Gustave Courbet a prise pour modèle.
Je ne suis là, me semble-t-il, que pour mettre en valeur le peintre. Je ne suis là que pour établir un contraste avec les différentes parties du tableau... Ce n'est pas pour ma beauté qu'il m'a peinte, c'est pour montrer son talent, pour prouver aux critiques qu'il est capable de représenter un nu. J’attire le regard au centre du tableau. Les personnages des deux autres parties de l'œuvre retiennent moins l'attention.
La femme se tourne elle-même, vers d'autres personnages et interroge le juif, à gauche du tableau.
"Que fais tu là?"
Il lui répond : "Pourquoi crois-tu que je sois là? Et les personnages qui m'entourent ? Nous sommes du mauvais côté, le gauche! Nous faisons partie des gens que Courbet refuse à cause de notre religion ou de nos activités. Ce ne sont pas des professions qu'il approuve, prêtre ou croque-mort, il n'aime pas le régime politique de l'époque, observe le chasseur...Son antisémitisme fait qu'il me déteste, moi et mon argent."
Le modèle s'adresse ensuite à Baudelaire, qui lit tranquillement dans la partie droite du tableau. Je suis du bon côté du tableau, je n'ai donc pas de questions à me poser sur la position que m'a attribuée mon ami, Gustave."
Le modèle nu, après cette réplique, conclut:
"Courbet se prend-il donc tellement au sérieux pour juger ainsi les autres? Il se place au centre de la toile sous l'œil admiratif d'un enfant ! je l'ai entendu être traité de mégalomane et la manière dont il a construit le tableau le montre bien. Cette partie où il se trouve constituerait à elle seule un tableau, les autres personnages peuvent même paraître accessoires."
  La femme tourne alors les yeux vers l'artiste lui-même. Elle a envie de demander à Courbet quelles étaient ses intentions en peignant une telle œuvre.
"N'oublie pas, répond-il, je suis un peintre réaliste. Comme le dit mon ami Théodore de Banville, faire vrai ce n'est rien pour être réaliste, c'est faire laid qu'il faut. D’après ces théories, je me suis représenté dans ce que j'appelle l'œuvre de ma vie, moi et mon entourage. Deux mondes sont peints, un que je déteste et un que j'aime. Je suis à même de traduire les idées, l'aspect de mon époque, selon mon appréciation. Etre non seulement un peintre, mais un homme avec divers sentiments en un mot: faire ma vie à travers l'art vivant, tel est mon but."
Et moi ou le modèle, je ne sais plus très bien, oserais-je vous proposer pour terminer mon jugement de Courbet sur lui même: "Je peins comme un dieu"?

 

267.       Pierre Puvis de Chavannes) Jeunes filles au bord de la mer ORSAY22


Le 26 août 1878,
Mon cher Pierre,
           Comment va tu, mon cher ami, depuis notre dernière rencontre ? Moi, ma foi, je me porte bien. Hier, nous avons fêté les vingt-deux ans de mon aînée qui grandit si vite. Il y a à peine un mois je voyais ma petite Océane atteindre ses dix-neuf ans. Pour toi je suppose que tout va bien. On parle beaucoup de toi par ici, tout le monde reste sans voix devant tes œuvres. C’est à ce propos que j’ai un service à te demander.
           Tu te souviens à quel point je suis passionné par la mer et ses magnifiques créatures telles que les sirènes ! Eh bien je désire que tu peignes ma femme et mes filles au bord de la mer comme des sirènes. Comme Charlotte n’a pas beaucoup de différence d’âge avec ses filles ce sera parfait, elle a mis au monde Marine alors qu’elle n’avait que seize ans. Qu’est-ce qu’elle pouvait être belle, elle est toujours ravissante, mais elle a perdu son innocence. Ce tableau pourrait être sublime. Je l’imagine déjà : Charlotte serait debout, de dos, en train de se coiffer. Ah ! Leurs magnifiques cheveux … je les ai toujours empêchées de les couper car comme ça elles ont des cheveux aussi beaux et aussi longs que ceux des sirènes. Marine sera aussi de dos mais elle, elle sera allongée sur le sol avec ses cheveux tressés. Elle serait u peu plus en avant que sa mère et tout devant, il y aurais Océane, de fasse, adossée à un énorme rocher sur lequel ses cheveux s’étaleraient. Elles
 seraient toutes les trois torse nu avec un drap sur les hanches qui descendrait jusqu’à leurs pieds pour représenter la queue de la sirène. Derrière elles, on apercevrait la mer qui donnera une petite pointe de douceur et d’harmonie au tableau. Une mer calme, sereine, bleue, avec de légères vagues. Tu ne trouves pas ça merveilleux, une si vaste étendue d’eau qui peux paraître si paisible et qui peut aussi tuer quand elle se déchaîne. L’humeur de l’océan Restera toujours hors de contrôle de l’homme. Sur le tableau on pourrait rajouter des fleurs qui symboliseront la fragilité de la femme. Le ciel serait bleu et rosâtre car ce serait un coucher de soleil. Je te remercie vieil ami si tu pouvais répondre positivement à ma demande et ensuite on se fixera un rendez-vous.
Cordialement, Henri

 

268.       lemmen_ plage


MANUSCRIT
Jeune lycéen de quinze ans, étudiant dans un établissement situé près de la ville d’Orléans et dont le français n’est pas la matière favorite, je fus cependant agréablement surpris en découvrant le sujet de notre future rédaction.
Le professeur nous avait proposé de chercher une image sur un site Internet et d’écrire ce qu’elle nous inspirait.
L’image que je décidais de choisir me sauta aux yeux dès que mon regard fut posé sur elle. Elle représentait un paysage multicolore magnifique, un paysage estival de bord de mer au crépuscule. Les teintes qu’arborait son ciel, virant du jaune pâle au violet foncé, me firent ressentir une impression de chaleur inexplicable. L’incroyable clarté d’un ton vert clair de ses eaux et les différents motifs dessinés dans le sable, sans doute par des enfants, me remplissait d’un sentiment de gaîté. Je vis ensuite ce qui me parut une voile, oui, une voile solitaire symbole sans doute d’un navire échoué au bord de cette magnifique plage, comme s’il avait été attiré par ses beautés mais par la suite, retenu en otage comme l’étaient, selon la légende, les victimes des sirènes.
Puis ce fut cette forme indescriptible qui semblait voler dans le ciel sous les traits d’un oiseau gigantesque.

Le fait de décrire mentalement cette image parut ne durer que quelques secondes, mais son envoûtement dura toute la journée.

269.       Degas, Le tub ORSAY7


Je me nomme Edgar Degas. Je suis peintre, sculpteur, impressionniste. Je suis fier d’une série de toiles que j’ai exposée en 1886. Cette série représente des femmes à la toilette. Le thème du bain m’a permis de mettre en avant le corps féminin. Dans cette série, une des toiles me plait particulièrement. Je l’ai appelée Le Tub . Aujourd’hui j’ai décidé de vous expliquer comment j’ai créé cette œuvre.
Je cherchais à peindre sur le vif, comme si quelqu’un regardait par le trou de la serrure, des femmes pendant leurs toilettes, dans des attitudes familières. Je cherchais des modèles mais aucune femme n’acceptait de poser nue pour moi. Bien décidé à peindre cette série, je décidai donc de demander à une prostituée de poser pour moi. Elle accepta. Je l’emmenai dans mon atelier que j’avais déjà préparé pour le tableau. J’avais entreposé une bassine et des objets sur une étagère à droite. Je lui fis prendre plusieurs positions mais aucune ne me parut naturelle. Alors je lui ai demandé de prendre sa toilette devant moi, comme à son habitude. Quand la jeune femme se mit accroupie et se pressa une éponge sur le dos, je sus que c’était la position que j’allais peindre. Je la priai de rester dans cette position et je me mis à faire des esquisses à la japonaise. Je ne tentais pas d’embellir mes modèles et pourtant plus j’avançais dans cette toile taxée par la suite d’impudeur et de ré
 alisme outrancier plus je trouvais qu’elle traduisait à la fois l’émotion, la sensualité et une pointe d’érotisme. De plus, je pensais que l’effet japonisant dans la nature morte des objets de toilette, avec leur perspective faussée sur le côté droit, donnait à la toile un côté encore plus réaliste, presque remarquable.
Dans ce tableau, j’avais exprimé le maximum de vie en choisissant des aspects du réel jamais observés auparavant. C’est ainsi que fut créé le premier des dix tableaux de cette série dont je suis très fier.

270.       Degas, Le tub ORSAY 7


Je me promenais par cette fin d’après-midi d’été 1887, arpentant Paris,  fidèle à mon habitude. Je prenais plaisir à regarder ces femmes précieuses sortir des grands magasins, à observer la foule se bousculer. J’aimais cet univers animé. Pourtant ce jour-là, je me sentais las ; je décidai de trouver  un endroit paisible pour me reposer mais avant je me dirigeai vers l’Ecole  de Danse que j’avais peinte si souvent. J’arrivai dans le parc où je pus me  détendre un moment. Tout ce tumulte me fatiguait. Là, pas un bruit, une ambiance chaude, une lumière tamisée, cette atmosphère assoupie, sensuelle, où la lenteur des mouvements me fit oublier que je pouvais peindre les gens qui, assis sur un banc, discutaient, riaient.
Tout ce qui rappelle notre vie à tous, je le dessinais furtivement sur des petites feuilles de papier. J’arrêtai tout à coup mon esquisse, car je la vis. Oui, je la vis, elle, cette femme vêtue simplement d’une petite robe à la mode qui recouvrait sa silhouette gracieuse. Ses cheveux châtains noués lui libéraient le visage. Elle m’intriguait. Ses traits fins lui donnaient un air candide mais son regard me laissait sans voix, un mélange de mystère et de mélancolie. Elle s’assit sur le banc en face de moi et débuta sa lecture. Vous vous demandez si je la peignis? Non, je ne sais quelle raison me retint, je n’osai pas.
Dix-sept heures sonnaient. Il fallut que je me rendît aux galeries d’art à Montmartre où l’on m’attendait. Le soir, je ne cessai de penser à cette femme que j’avais trouvée si belle.  Elle m’attirait par son charisme mais aussi par son apparence triste…
Le lendemain, je décidai de retourner au parc à la même heure. Comme je l’avais espéré, elle revint. J’attendis quelques instants et j’allai m’asseoir près d’elle. Je commençai par lui demander son prénom puis d’où elle venait, si elle travaillait. Elle me répondit chaque fois discrètement. Je lui dis que j’étais Edgar Degas, peintre impressionniste, et que je vivais  près de Montmartre. Elle fut très étonnée. Elle parla avec joie de sa passion pour la peinture. Elle s’excusa de ne pas m’avoir reconnu alors  qu’elle allait souvent flâner dans les galeries. Je lui proposai de faire plus ample connaissance en nous promenant un peu dans le parc. Elle me parla seulement de sa vie de danseuse. J’appris qu’elle venait là tous les jours afin d’oublier ses durs efforts de la journée. Ce fut l’heure de nous quitter mais nous nous promîmes de nous revoir chaque jour. J’étais heureux de la connaître un peu plus chaque jour.
Un jour où nous bavardions tranquillement de mes tableaux représentant le naturel, les scènes de la rue et de la vie quotidienne, elle se mit à  sangloter. Je la pris dans mes bras et j’écoutai ce qu’elle me confia, des  mots que je n’oublierais jamais.
" La nuit tombe sur ma vie, le noir recouvre mon esprit depuis plusieurs  mois déjà. Mon seul réconfort est de vous voir. Même lorsque je danse, je n’ai plus la même ferveur, la même gaieté. Mon malheur me détruit comme une fureur divine." Elle me conta en détail le viol qu’elle avait subi. Elle ne se calmait pas.  J’étais ému et ne savais quoi dire. Je comprenais à présent sa discrétion et sa tristesse. Elle me dit que c’était la première fois qu’elle en parlait. Elle partit sans rien ajouter. Le soir, une sensation étrange m’envahit; il fallait que je la délivre de sa souffrance, de sa blessure.
Le lendemain, je lui soumis l’envie que j’avais de la peindre. Elle repoussa d'abord mon projet. Je lui expliquai que c’était ma seule façon de  l’aider. Je voulais la peindre nue afin de lui redonner l’envie de retrouver  sa sensualité, de se dénuder devant un homme. Elle accepta enfin. Je l’invitai donc à venir chez moi où j’installai mon matériel de peintre. Je me pliai à son désir, à cette envie de se purifier. Nous imaginâmes donc la scène de la toilette. Elle se déshabilla derrière mon paravent; elle prit soudain conscience que ce n’était pas seulement son corps qu’elle allait mettre à nu. Par ce tableau, elle allait dévoiler ce qu’elle ressentait vraiment lors de ces moments douloureux pour elle. D’elle-même, elle s’accroupit dans la grande bassine en cuivre. Elle désirait être peinte de dos pour ne pas montrer son visage. Le reflet de l’eau lui fit redécouvrir toutes les parties de son corps qu’elle réapprenait à caresser avec douceur. Au fur et à mesure, la honte qu’  elle éprouvait devant moi disparaissait. J’entrai peu à peu dans toute son intimité ; je notai rapidement, avec précision tout ce que  je ressentais. Pour cela, je demandai à la lumière de renforcer ce geste, ce  geste de se laver, doux et sensuel qu’elle avait oublié. Je voulus que le blanc de la lumière exprimât la pureté de cette femme. Mes gestes sur la toile étaient lestes et délicats ; on pouvait même constater que mon pinceau  effleurait le tableau comme pour ne pas le briser. La pose étant prise, elle  n’en changerait pas pendant une semaine.
Durant tout ce temps, elle eut du mal à se dévêtir  mais je la rassurais, l’admirant pour son courage. Cette  posture lui valut bien des courbatures mais elle se moquait de cela. Elle me confia souvent que la confiance la regagnait. Elle se sentait à présent plus  libre et plus belle même si la douleur de cet acte répugnant  resterait ancrée dans sa mémoire.
Si vous regardez mon oeuvre, vous pourrez voir à droite une nature morte aux objets de toilette que je peignis avec  soin. C’est elle qui l’avait souhaitée pour retrouver l’ambiance de sa propre  salle d’eau.
Lorsque le tableau fut achevé, elle se releva ; des larmes coulaient sur  son visage mais ses larmes furent son moyen d’exprimer son émotion et son bien-être. Elle put le contempler. Elle eut l’impression que je connaissais dorénavant tout d’elle, que je la connaissais mieux que personne. Elle  s’était livrée toute entière à moi. Elle me remercia : un doux baiser vint  se poser sur mes lèvres.
Mon pastel fut présenté à la huitième exposition impressionniste de 1887 ; il appartint à une série de sept que j’exécutai sur le thème de la femme à sa toilette. Mais celui-ci représenta pour moi la perfection, car j’étais le seul à en détenir tous les secrets.

 

271.       Orpheline au cimetière  LOUVRE 4


Depuis mon enfance je suis frappée par des malheurs plus douloureux les uns que les autres et à chaque fois je les surmonte, mais à quel prix? Je vais vous le confier, celui de perdre goût à la vie un peu plus chaque jour, de se dire que l’on ne connaîtra plus jamais le bonheur passé. Car perdre un être qui nous est cher nous inflige une telle douleur que l’on ne peut plus penser, si ce n’est à tous ces moments bons ou mauvais que l’on a partagés avec cette personne. Alors on se plonge dans un monde que nul être ne peut pénétrer et où l’on a pour seule amie la mort qui se fait attendre.
Pourquoi, oui pourquoi Seigneur me laisses tu connaître le bonheur, le goûter? Et pourquoi soudain sans crier garde me l’ôtes tu sans que j’aie eu le temps de le savourer. Mon Dieu, je sais que tu n’a pas a te justifier auprès de la simple mortelle que je suis. Pourtant lorsque je prie en te demandant de nous faire connaître de meilleurs jours, tu justifies mon mal en me disant que sa raison d’être n’est autre que ta volonté.  Qu’ai-je donc fait pour que tu me punisses ainsi?
Étant enfant tu m’as privée d’un père qui m’aurait choyée et aimée sûrement autant qu’il l’a fait avec mon frère. J’ai grandi et recouvré l’espoir grâce à mes proches qui m’ont toujours soutenue. Mais devenue adolescente tu m’as affligée d’une nouvelle peine en me prenant mon frère à la guerre alors qu’il était parti pour protéger sa famille comme l’aurait fait mon père s’il avait encore été vivant. Quel mal avons-nous bien pu faire pour que ton courroux s’abatte sur nous? T’avons nous offensé en quelque manière que ce soit? Si oui je m’en excuse! Mais je ne vois pas quelle offense a pu mérite tel châtiment.
Malgré tous ces malheurs ma mère, mon frère et moi avons essayé de continuer à vivre en nous protégeant les uns les autres. Mais tu ne devais pas souhaiter notre bonheur car tu nous donnas le coup de grâce en frappant ma mère puis mon frère d’une maladie incurable et effroyable. Les médecins tentèrent d’apaiser leurs souffrances mais en vain. J’ai dû prendre soin d’eux jusqu’à se qu’ils succombent entre mes bras. Vous ne pouvez même pas vous imaginer se que l’on ressent lorsque les seules personnes qui comptent encore pour vous dans ce monde meurent devant vos yeux en sachant bien qu’il vous était impossible de faire quoi que ce soit pour les sauver de la mort.
Un pâle soleil se lève ce matin, les nuages interceptent ses rayons, je suis lasse de vivre dans ce monde où je n’ai connu que la souffrance ou dû lutter contre celle-ci. A présent vous devriez savoir pourquoi je me trouve dans ce cimetière, je pleure sur des tombes et j’attends, j’attends que la mort vienne me prendre pour rejoindre les personnes que j’aime car je n’ai plus la force de me battre, ni même la volonté. Seigneur dis moi “que faire sur la terre quand ceux qui nous y rattachent  s’en vont?”.  Alors j’attends, j’attends que tu veuilles bien apaiser mes souffrances et me laisser rejoindre les miens en me délivrant de la vie.

 

 

272.       La bruyère rose khnopff_bruyère


Tous les étés Fernand, un vieux peintre, reçoit ses petits enfants dans sa maison de campagne en Belgique. Il y a deux ans, un jour de canicule Fernand leur avait interdit de sortir pour qu’ils n’attrapent pas une insolation .Alors ils étaient allés explorer son immense grenier .Il n’était pas bien rangé et il y avait de la poussière sur les meubles. Les enfants fouillèrent un peu partout, s’amusèrent avec des vieux jouets et trouvèrent un tableau enveloppé de vieux chiffons .Après l’avoir déballé ils se rendirent compte qu’ils ne l’avaient jamais vu .Intrigués ils demandèrent à leur grand père si c’était bien lui qu’il avait peint. «  Ah  les enfants ! Cela fait bien cinquante ans que je n’ai pas vu ce tableau. Vous savez c’est le premier tableau que j’ai peint, c ‘est grâce à lui que j ‘ai trouvé ma vocation …Je devais avoir environ votre âge ou peut-être un peu plus quand je l’ai peint . Tenez ça me rappelle une bien longue histoire … Mais allez plutôt vous amuser dehors,
 je ne vais pas continuer à vous embêter plus longtemps, d’ailleurs maintenant il fait doux »Les enfants qui préféraient écouter l’histoire de leur grand père insistèrent longtemps avant que celui ci ne cède:
 « Cela faisait bien un an que mon père n’avait pas eu de permission et je craignais qu’il ne lui soit arrivé un malheur au front. Alors tous les jours dès l’aube je restais planté ici sur ce chemin, celui qu’il avait pris pour me quitter, en espérant son retour... ». Le peintre se perdit dans ses souvenirs et oublia ses petits enfants « - Et alors ?…
- Euh oui donc cet été là je passai mes journées ainsi et à force je commençai à m’ennuyer. Vers le début de l’automne je décidai de peindre ce paysage. Comme je m’imaginais que mon père pouvait arriver d’un instant à l’autre je pensais à l’endroit ou je l’insérerais dans mon tableau .J’avais songé à le mettre là au fond sur le parterre de bruyère rose pour qu’il soit devant le soleil levant . Ainsi je commençai à peindre le premier plan. L’herbe était jaunie par le soleil mais je n’avais plus de jaune donc je pris de l’orange à la place. De plus le chemin n’était pas réellement en zigzag mais plutôt tortueux.  Je préférais enjoliver le tableau car je voulais que mon travail soit parfait pour le retour de mon père .Au bout de quatre semaines j’avais terminé le premier plan et mon père n’était toujours pas arrivé. J’avais peint le ciel très fidèlement à la réalité et toujours pas de nouvelles ! Pendant des mois je réfléchis au titre de ce tableau inachevé. Je ne voulais pas de
  titre explicite qui rappelle la guerre mais un titre joyeux qui fasse penser aux moments agréables que nous avions passé ensemble. Mais après de longs mois d’attente et de désespoir je me fis une raison :mon père était mort et je donnai à mon tableau le titre « adieu » car c’était sur ce chemin que j’avais vu mon père pour la dernière fois.
 Enfin je finis mon tableau par le soleil levant, un dernier coup de pinceau, je signai et il était terminé .Quand je relevai la tête pour comparer mon tableau au paysage il était là au milieu de la bruyère rose ! »
« -Mais papy, comment tu l’as appelé finalement ? 
   -…la bruyère rose… » comme Fernand replongeait dans ses pensées, ses petits enfants allèrent jouer sur le parterre de bruyère rose…

 

273.       Pierre Puvis de Chavannes (1823-1898) Jeunes filles au bord de la mer ORSAY 22

 

Quel est l’homme qui n’a jamais rêvé d’avoir la femme parfaite ? Celle que tous les hommes voudraient avoir pour épouse et que vous êtes le seul à posséder. Cette femme qui aurait la grâce du monde, la beauté de la nature éternelle et une intelligence éclatante. Mais est-ce que cette femme existe encore ?
La seule et l’unique qui n’ait jamais vécu, se trouve ici, dans ma chambre. Elle me sourit, sa peau blanche comme la neige éternelle, ses cheveux d’or descendent en cascade jusqu’à ses hanches et cachent sa nudité. Ses yeux couleur océan n’expriment que bonté et tendresse. Sa bouche est fine et délicate tout en étant sensuelle. Je n’ose la toucher de peur que mes mains ne la brisent comme la tige d’une fleur que l’on casse pour offrir. Je suis amoureux de cette créature fantastique, mais pour mon plus grand malheur ; c’est mon arrière-grand-père, que l’on surnomme Botticelli,  qui l’a trouvée et l’a immortalisée dans ce tableau. Depuis que je suis tout petit, je dépose une fleur tous les jours car c’est le bien le plus précieux de notre famille depuis que mon ancêtre a rendu l'âme. C’est la dernière fois que je la vois car demain je pars à la recherche de ma femme et de ma muse. Je sais que je ne trouverai pas facilement cette perle rare. De nos jours les femmes sont vulgaire
 s, grossières et sales.
Voilà deux ans que je chevauche. Je ne m’arrête que pour faire boire et brouter mon cheval. J’ai l’impression que je ne vis plus que pour cette quête que j’ai commencée. Mon corps est exténué mais mon esprit ne pense qu’à cette femme qui m’obsède, qui me torture, qui me fait rêver et surtout qui me fait vivre.
J’arrive près de la mer des Anglais. Je laisse mon compagnon de voyage se reposer dans les dunes. J’entends le bruit des vagues, ces remous, me font penser à moi ! Ils veulent aller le plus loin possible sur la plage mais ils reviennent toujours au point de départ. Moi, j’ai vu des femmes, elles m’ont toutes déçu ; Alors j’ai rebroussé chemin. Je remarque au loin trois jeunes hommes qui marchent sur la grève vers moi.
Je vais à leur rencontre mais je m’arrête après avoir contourné une dune. Elles sont là réunies devant moi ; l’une la grâce, l’autre l’intelligence et enfin la dernière la beauté. J’admire ce spectacle, le soleil s’est levé et illumine ma trouvaille. J’entends les anges chantaient leurs louanges depuis le paradis. Le temps ne s’écoule plus que par leurs gestes, la mer ose envoyer ses vagues à leurs pieds fragiles et délicats mais celle ci ne les ensevelir de peur de les brisés par sa fraîcheur. Le vent caresse leurs peaux nues en suivant leurs courbes généreuses et leurs tailles fines.
« Aurélie, Adrienne, Sylvie ! Où êtes vous ? »
Alors le désespoir m’envahit, mon corps fatigué ne me porte plus,  mon cœur s’arrête et mes yeux me voient plus que le noir de l’éternité. La mort fut la deuxième femme que je connus.

274.       Lubin Baugin Nature morte à l'échiquier vers 1640 huile sur panneau  Louvre (8)

 

Tout en parcourant les multiples galeries du Louvre, j’observais tous ces chefs d’œuvre avec un œil plus ou moins attentif, quand tout à coup, je suis tombé « nez à nez »  avec un tableau qui captiva mon regard et mon attention. Il me semblait plus étrange que les autres. Poussé par la curiosité, je me suis donc approché de ce tableau pour pouvoir mieux l’examiner et pour savoir qui en était l’auteur. Il s’intitulait « Nature morte à l’échiquier » de Lubin Baugin. Ce peintre m’était inconnu, je ne connaissais aucune de ses peintures. Pourtant, s’il est exposé au Louvre, c’est qu’on lui reconnaît des qualités,  il me semble. Mais, qui était  ce peintre ? Je ne le savais point. Pourquoi a – t – il peint un tel tableau ? En effet, je suis intrigué et frappé par sa singularité, par le jeu des couleurs et pour ce qu’il représentait. A première vue, cette peinture était d’une simplicité manifeste composée uniquement d’objets. Quelles couleurs a – t – il utilisées ? Elles sont peu nombreuses, ça c’est sûr. Je remarque un jeu des couleurs, avec le jaune, le rose et le rouge qui ressortent sur le fond noir. Cela ne reflète point la gaieté, ce tableau est sombre, obscure. De plus, quel est le lien entre tous ces objets ? Que veulent – ils transmettre? Le pain et le vin ont une connotation religieuse évoquant la Cène dans la Bible, de même que les trois œillets symboliseraient la Trinité : le Père, le Fils et le Saint Esprit. Et, le luth et la partition font référence à la musique profane ou religieuse, mais aussi aux divertissements, aux spectacles, à une certaine joie de vivre. Ces deux objets vont de pair avec le jeu de cartes et l’échiquier qui représenteraient aussi le divertissement et le plaisir. Mais, que symboliseraient la bourse et les perles ? le thème de l’argent, du luxe et de la richesse. Eh oui, il faut  bien des moyens financiers pour se divertir, quel malin il a vraiment pensé à tout. Et le miroir et l’échiquier ?  Le miroir octogonal, en principe devrait refléter la lumière et donner une image des objets, or, ici, ce n’est pas le cas, il ne renvoie rien, sauf la mort, la peur, l’angoisse. Et, pour finir, le seul objet qui m’intrigue le plus est l’échiquier qui est fermé, et ne disposant d’aucune pièce. Quelle place a – t - il  parmi les autres objets ?  En effet, je suis surpris de voir l’échiquier sur la table, aucune partie n’est commencée ce qui renforce mon étonnement. Il a une signification précise, ça je n’en doute point, mais laquelle ? Je réfléchis, j’observe minutieusement ce tableau sous tous ses angles, il y a certainement un détail qui m’a échappé. Oui, j’ai trouvé, en fait, il organise le tableau, il le structure, c’est vraiment une pièce maîtresse. D’ailleurs, d’après mon observation, la bourse, le pain et les cartes sont correctement alignés le long de l’échiquier, de même que le verre, le pain et le vase prolongent une des lignes horizontales de l’échiquier. Ce peintr e est vraiment ingénieux, tous les objets du tableau ont un lien précis. Je suis très étonné…Mais une seule question reste sans réponse : pourquoi cette peinture s’appelle « Nature morte à l’échiquier » ? Je n’ai pas d’explication. Est - ce une image ? Une métaphore ? Que sais – je  encore ? Lubin Baugin a voulu attirer l’attention des spectateurs en donnant un tel titre mystérieux. Cette peinture reflète son état d’esprit quand il l’a peint, , cela expliquerait les connotations religieuses, la mort et un certain pessimisme. Face à ce tableau, je reste ébahi comme une carpe, je suis sous le charme. Toutefois, je ne trouve pas tous les mots pour exprimer ce que ressentait Lubin quand il l’a peint.

275.        jean fouquet les grands chroniques de France  fouq-bnf4


CHARLEMAGNE A LA BATAILLE

C’était un jour tranquille et paisible sur les terres du roi Charlemagne. Le ciel bleu d’un bleu clair illuminait le château adverse qui était en train de se faire envahir par les troupes de Charlemagne. Cela se passait sur des plaines herbeuses dont j’ai essayé de rendre la couleur en utilisant de l’argile verte. Les plaines sont séparées par des collines vert pâle provenant du vert de gris. Je me souviens avoir joué beaucoup sur les couleurs : plus foncées au premiers plan et plus clairs dans le lointain. Dans ce tableau je voulais montrer que Charlemagne allait gagner car Charles VII qui avait commandé ce tableau accordait une grande importance à cet évènement. C’est pourquoi j’avais disposé l’armée de droite qui est l’armée du roi en position dominante par rapport à l’armée ennemie de gauche. Sur tous les tableaux de Charlemagne que j’ai peint, je voulais montrer qu’il était puissant et qu’il gagnait la plupart de ses batailles, comme dans les enluminures des « Grandes C
 hroniques de France ».
Dans cette bataille, Charlemagne est au premier plan, il la domine. Il est identifiable par sa couronne et son armure en or. L’or, dans ce tableau est très présent du fait de la technique de l’enluminure employée. Charlemagne est aussi repérable par son écu armorié et par la housse d’azur fleurdelisée de son cheval, ce qui montre, encore la suprématie du roi, car les chevaux adverses sont nus. Après avoir tué les soldats ennemis d’un coup d’épée, Charlemagne continue la bataille. Son cheval piétine les hommes à terre pendant que lui désarçonne un adversaire en lui transperçant la gorge avec sa lance.
Le fait que l’armée de Charlemagne occupe les deux tiers du tableau donne l’impression une fois de plus qu’il va gagner la bataille car son armée parait plus nombreuse, offensive et dynamique.
Toute la cavalerie est alignée à côté de Charlemagne, la lance vers l’avant. Derrière eux il y à les fantassins qui portent une cuirasse, un bouclier et une épée. Certains sont aussi chargés d’une bannière aux couleurs du roi. Les adversaires sont en mauvaise posture. Charlemagne et son armée ont gagné ce combat et envahie leurs nouvelles terres. Charlemagne a réussi ce coup de force et a agrandi son territoire. On peut être fier de lui car il a consolidé un grand royaume

 

276.       Images de Claude Lévêque extraites de "Appartement occupé LEV5

 

C’était un jour de Noël ordinaire. Ce matin-là, j’allais, comme tous les ans, acheter une bûche glacée chez le pâtissier : meringue enrobée de glace vanille. Je descendis donc l’avenue Bavière puis traversai l’allée Gauffrette, en passant par le boulevard Éléonore la Belle. J’arrivai sur la place St Romain où se trouvait mon pâtissier habituel. J’entrai dans la boutique, pris ma bûche et payai mon dû. Lorsque je sortis du magasin, je vis quelque chose briller dans une ruelle voisine. Intrigué, je décidai de m’engouffrer dans cette venelle portant le nom de « Ruelle du Malheur ». Je ne compris pas tout de suite pourquoi on lui avait donné un tel nom. Je ne mis pas longtemps à comprendre ; la chose qui brillait et m’avait attiré ici, n’était autre qu’un cadenas argenté luisant grâce aux rayons du soleil. Mais ce cadenas, pourtant anodin, permettait de retenir prisonnier en cage un pauvre petit animal sans défense : un chien. N’étant pas très calé en race d’animaux, je serais incapable de vous dire quelle était la sienne. Mais ce tableau m’attrista tellement que je décidai de libérer ce chien. Je courus donc du plus vite que je pus jusque chez moi, posai ma bûche glacée, pris mon appareil photo en vitesse ainsi qu’une cisaille. Je retournai dans la « Ruelle du Malheur » et pris en photo ce petit chien pour pouvoir dénoncer ses maîtres à la police et leur prouver qu’il était urgent de libérer ce petit être qui était dans un état misérable. Mais je pris également cette photo pour dénoncer la négligence de certaines personnes envers leurs compagnons à quatre pattes. Puis je pris ma cisaille et coupai les fils barbelés. J’ai ensuite ramené le chien chez moi et l’ai bichonné : je l’ai soigné, nettoyé, nourri et surtout câliné ! Ce Noël resta et restera pour moi le Noël le plus extraordinaire de ma vie car j’avais trouvé un ami, qui repose en paix de nos jours, et avait vécu une aventure hors du commun.

 

277.       La sieste(Van Gogh) ORSAY  23


Je remercie monsieur Van Gogh d’avoir immortalisé le crime dont ces paysans ont été les auteurs. Mes amies et moi fûmes victimes d’un génocide ; un couple de paysans nous a fauchés, par derrière et par surprise, alors que nous étions en train de dorer au soleil, rafraîchies par le vent frais qui balayait le champ. Le tableau, remémorons-nous le, reflète nos cadavres empilés en un tas vulgaire, appelé meule de foin par l’espèce humaine. De surcroît ces paysans l’utilisent tel un oreiller pour se reposer de leur meurtre.
Je remercie donc le hasard qui vous a placé sur ce chemin de campagne bordant ce champ, où a eu lieu l’assassinat de ma famille, de mes amies, et autre brindille de blé qui ne demandait rien à personne.
De plus, le talent que vous avez employé pour rendre les détails les plus infimes de cette scène les plus réalistes qu’il soit, tout cela afin de montrer à votre public l’horreur dont nous avons été victimes, m’émeus encore plus car ce crime méritait d’être immortalisé.
Ceci n’est peut-être rien pour un artiste de votre renommée, mais afin de soulager notre douleur, il fallait que quelqu’un rende accessible au grand public un témoignage de ce génocide. Nous vous excusons également d’avoir utiliser notre image pour accroître votre notoriété. De même nous sommes ravies de l’hommage que vous rendait ainsi à Jean-François Millet. Cet homme est un grand peintre, non pas par son  talent mais par son cœur, car il immortalisa quant à lui le crime envers l’espèce des orges, espèce inférieur à la notre.
Je remercie encore mille fois le peintre exceptionnel que vous êtes. Et même si vous pensez avoir gâché de la peinture, rassurez-vous, elle a été rentabilisée.
En vous souhaitant bonne chance pour le prix de la meilleure peinture de l’année.
         La présidente du syndicat des brindilles de blé martyrisées.    

 

278.       CHARDIN AUTOPORTRAIT Louvre (13)

 

Il reste là, devant son miroir, le pinceau levé face à la toile.
Il observe son reflet sans bouger. Une longue pause se fait sentir.
Longtemps il a peint ce qu’il aimait, il s’était passionné pour les natures mortes, souvent avec des impacts négatifs car on lui reprochait l’absence de grands sujets de peinture.

Cette fois, le peintre a décidé de se peindre lui-même, sentant la fin venir, il éprouve le besoin de laisser une image de lui.
Cela faisait longtemps qu’il n’avait terminé de tableaux, lassitude ou relâchement du peintre ?
Certains disent que quelques problèmes de vue l’auraient découragé...
Lorsqu’il soulevait son pinceau, son regard lui rappelait toutes ces années si vites passées.
Qu’est il devenu ? Un vieillard.
Il refuse de se peindre ainsi, lui qui durant toutes ces années s’est battu pour peindre la vie.
Alors que faire ?
Après de nombreux doutes et hésitations, il se dit que se peindre autrement que dans sa vieillesse ne serait que trop facile.
Il était fier de sa vie, et pour lui, il n’avait jamais perdu son esprit gaillard, qui ne refusait jamais une raillerie.
Et là, il eut l’idée de se peindre tout en illustrant son esprit.
L’excentricité de se déguiser avec des vêtements négligés dévoila la personnalité de ce vieil original, cet air de folie dans ses yeux, mais à la fois si clairvoyant.

279.       lemmen_plage

 

Je rouvris les yeux péniblement. Où étais-je ?Je ne me souvenais de rien,ou presque. J’avais seulement l’image trouble du soleil rougeoyant de l’Aube dans la tête. Mais pourquoi étais-je allongé sur cette plage d’apparence paradisiaque ?Le voyage me paraissait bien loin maintenant. Ce voyage…mais oui !Tout me revenait !Cette terrible vague géante qui avait déferlé sur notre trois-mâts,et l’avait réduit en morceaux !J’avais maintenant le sentiment d’être le seul survivant de cette expédition avortée.
« A l’aide ! »hurlai-je. Mon cri retentit dans l’épaisse forêt gorgée de fruits colorés,mais n’alerta qu’une famille de toucans multicolores,qui s’envolèrent vers l’horizon sans fin de l’étendue turquoise. Toutes ces couleurs générèrent en moi une envie,une soif d’en savoir plus sur cette terre probablement inconnue des miens. Je partis donc en exploration  après avoir retiré ce qui restait de ma chemise. Je ramassai sur le sable chaud une machette,que le raz-de-marée avait préservée intacte. J’entrepris donc de me frayer un chemin entre les arbres imposants,dont je cueillais selon ma faim les mangues,les litchis ou encore les grenades. Soudain,je me heurtai à un arbre qui s’était avéré impossible à entailler :ses branches,solides comme le roc,bouchaient le passage. Je passai deux jours bloqué entre les lianes,qui semblaient se refermer sur moi à mesure que le temps passait. J’avais faim. Etais-je en train de devenir fou ?Peut-être. Alors en dernier recours,je décidai de m’en
  remettre aux cieux. C’est quand je joignis mes mains que je sus que j’y étais déjà :les branches s’étaient écartées,laissant entrevoir une  magnifique montagne très massive. Celle-ci était blanche,et bordée d’un lac,sur lequel des cygnes majestueux flottaient paisiblement. De nombreux anges m’accueillirent à cet endroit appelé Paradis,où le Seigneur en personne m’attendait,sur son trône,au sommet de la montagne. J’étais donc mort,et devenu un ange !Je venais de passer deux jours éprouvants,et pourtant je n’eus aucun mal à monter les vingt-neuf mille neuf cent quatre-vingt dix-neuf premières marche. Mais arrivé à la dernière… Je rouvris les yeux péniblement…

280.       OLIVE DUPONT  Vitfait

 

Le peintre a peint le tableau en jaune vite fait.
Ensuite, il a peint par dessus avec une couleur rouge vite fait.
Il a gratté « vite fait » sur le rouge
Il a peint un style de double cadre dans le tableau.
On peut imaginer une allumette dans le tableau comprise a gauche dans les deux diagonales. La tache noir se situe en haut au milieu du tableau. On peut voir un personnage dont a tête serait le point d’or. Le titre « Vite fait » se situe dans la partie de droite qui ainsi l’habite car ce rouge n’est pas vide comme on pourrait le croire au premier coup d’œil. La tête du personnage est noire comme si elle était brûlée. Ce tableau peut représenter l’autoportrait abstrait du peintre. Le peintre a peut-être une attirance  ou une peur envers le feu. Ce tableau a donc peut-être un lien avec le feu ou pas. « Vite fait » est écrit en s’évasant vers la droite, on peut penser qu’il l’a écrit vite fait.

281.       COROT la danse des Nymphes ORSAY6

 

Ce tableau se nomme la danse des Nymphes
Il est composé d’ombre et de lumière. Il y a la nature car les Nymphes sont à son origine.
Elles sont aussi gardiennes de la source miraculeuse ( la source de la vie qui rend immortel. Elles sont toujours accompagnées par leur guide qui les fait danser. Leur danse représente la vie, la joie et la beauté de la nature.

     Sur le tableau, on voit aussi un diablotin qui attend minuit pour pouvoir se déplacer, car les diablotins se déplacent dans des endroits intermédiaires (l’ombre, les portes les fenêtres et partout à minuit) . Les Nymphes fuient les diablotins : dans l’ombre, elles deviennent invisibles et réapparaissent dans la lumière. Sur le tableau, c’est une fin d’après midi, c’est pour cela que les Nymphes ne sont pas très visibles, elles commencent à disparaître.

      Sur sa composition, la tête du diablotin est située sur un point d’or. Il y a deux Nymphes à droite juste après le guide, leurs mains se situent sur un second point d’or. Centralement il y a la main de la Nymphe qui est entourée d’un cercle de lumière du au coucher soleil en suivant les branches des arbres. L’horizon est situé sur une ligne de force pour mettre en valeur le couchant. Une ligne de force est située sur le tronc de l’arbre fin, passant par les mains des Nymphes, sur un point d’or.

Le ton des couleurs tourne autour du vert qui est un point fort de la nature et le jaune pâle du coucher du soleil. Le noir situé autour des Nymphes étant qualifié de mal, mais la luminosité le domine. Ces couleurs sont significatives à celles du  printemps.

 

282.       Khnopff, Fernand Etude de femme khnopff_etude


Je me levais ce matin là, très préoccupée. La conversation de la veille  m’avait mise dans tous mes états. Je m’étais résolue à lui parler mais comment allais-je m’y prendre ? Je commençais à m’habituer à sa présence. Mais il le fallait, je devais me séparer d’elle. Il n’était pas question qu’elle me suive jour et nuit partout où j’allais. " On n'a que soi" me disait mon frère, Fernand ; je le respectais beaucoup, il avait beaucoup de talent. Il m’avait prévenu qu’il me fallait être prudente et y mettre les formes j’avais ma petite idée.

Je m’interdisais de passer devant tout miroir, vitre, partout où je pouvais la voir. J’avais peur de lui parler. Je me demandais si j’allais le faire. Je pouvais bien attendre encore un peu, elle m’offrait ainsi un peu de compagnie. C’est vrai qu’elle avait de très mauvais côtés : lorsque je me rendais chez des gens par exemple, il arrivait qu’elle puisse me parler et profitait parfois pour clamer, haut et fort,  quelques énormités, ce qui avait pour conséquence immédiate, de me faire prendre pour quelqu’un de très bizarre, voire instable. Rien ne pouvait me permettre de m’innocenter. Cela me mettait dans des situations peu confortables, tout comme lorsque je me promenais dans la rue, le long des vitrines au cœur de la ville. Hormis cela je la trouvais plutôt sympathique.

Le lendemain, je me réveillais le visage creusé et blafard, je n’avais pas dormi de la nuit mais je m’étais résolue à lui parler et je savais comment m’y prendre. Je devais agir comme si je me parlais à moi même. Je devais donc être prudente car je savais qu’elle risquait de se mettre en colère. Il me fallait être directive et incisive si je voulais parvenir à mes fins. Je me dirigeais vers le plus grand miroir de la maison, pris une grande inspiration, et me mis face à elle ou plutôt face à moi. C’était ma copie conforme. En fait, j’avais en face de moi mon reflet… animé et autonome.

 «- Aaaaah je te vois enfin cela fait quelque temps que tu ne te regardes plus dans le miroir. Je commençais à m’ennuyer. Bon alors, que dois tu dire à qui ?J’ai bien réfléchis et je crois que tu as un amant… » elle nous avait entendu parler avec mon frère à son sujet « J’en étais sure, tu aurais pu me le dire… Réponds, qu’as tu à me regarder ainsi ?
- Je dois te dire quelque chose…
- Toi, tu ne vas pas très bien, tu as mauvaise mine, je t’écoute.
- Eh bien cela te concerne directement…
- Moi ? Qu’ai je donc fait?
- Eh bien… Comment se fait-il que mon reflet soit animé ? Comment es tu arrivée ici ?
- Je vois tu as besoin de réponses, je te comprends tout à fait. Mais je ne te répondre.
- Mais pourquoi donc ?
- J’ai promis
- A qui ?
- Celui qui m’a mise ici
- Bien…Puisque c’est ainsi. Eh bien tu vas devoir t’en aller.
- Oh non ne me fait pas cela, c’est impossible
- Tu le dois
- Tu ne veux plus de moi ? Tu es ingrate, égoïste. Pourquoi ne penses-tu qu’à toi ? tu n’as pas le droit de me faire ça. Moi aussi j’ai le droit de vivre. Ce n’est pas juste. Tu…
Et elle continua ses lamentations jusqu’à ce que je lui dise sur un ton catégorique de partir ce qui eu pour effet de la faire fondre en larmes. Sur ce je décidais de partir chez mon frère.
Alors que j’enfilais mon manteau, je l’entendis me crier :
- « Je ne le pourrai que dans trois jours. J’avais un délai pour me faire accepter. Je croyais que j’aurais pu rester jusqu’à maintenant... Il reviendra dans trois jours, me reprendra avec lui. Je partirai à jamais. Tu pourras te regarder dans le miroir quand bon te semblera »
et je claqua la porte.

Lorsque que j’arrivai, il était encore plongé dans l’une de ses rêveries.
Je lui annonçais que j’avais suivi ses conseils et l’informais du délai de trois jours mais il resta perplexe sur le façon dont je m’en étais sorti mais ne me posa aucune question. Puis il m’annonça qu’il aurait souhaité me peindre.
- Je me disais que se serait une bonne idée de te coucher sur la toile, toi et ton reflet.
- Mais tu ne peux la voir, comment vas tu faire ?
- J’ai mon idée… comme elle est exactement pareille à toi…
- Mais comment vas tu faire ?
- Ne t’inquiètes donc pas, c’est moi le peintre…Je commencerai demain, reviens à la même heure, maintenant laisse moi je dois réfléchir
- Mais…
Sur ce, il se leva, m’embrassa sur le front comme à son habitude et m’ouvrit la porte pour que je parte. Je ne fus pas surprise, cela lui ressemblait bien, mais je n’avais pas eu le droit de donner mon avis…De facto, j’étais forcément d’accord !

Le lendemain, lorsque j’arrivai chez lui, il avait déjà tout préparé, mais ce que je ne vis pas tout de suite c‘était le miroir. Je ne l’avais pas revu depuis la dernière fois. Il m’expliqua que c’était nécessaire à la réalisation de son tableau. Je devais me placer d’une certaine manière de sorte qu’il puisse nous voir, mon reflet et moi. Lorsque je m’approchais du miroir je la vis assise. Durant la séance, elle ne dit pas un mot, cela dura une heure. Cela se renouvela deux fois puis je ne pus lui dire au revoir car je ne la revis plus jamais, le délai de trois jours était dépassé.

Ensuite il ne me demanda plus de me remettre face au miroir, « il avait posé les bases ». Lorsque je venais chez lui, il étudiait mon visage. Cela durait des heures. Chaque jour, je venais chez lui.

Au bout de trois mois, il avait terminé. Je n’avais encore jamais vu le tableau, je ne savais pas du tout à quoi il ressemblait, il ne voulait pas que je regarde. Lorsqu’il fut fini, j’eus enfin la permission de l’observer. Quand je m’approchai du tableau un sentiment confus m’envahit. Sur la toile, j’apparaissais repliée sur moi-même, songeuse, laissant aller mon regard vers un objet inaccessible.
L'ensemble de la composition exprimait la complaisance dans la solitude.
Je vis aussi une autre femme, c’était mon reflet. Elle semblait s’évanouir.
Lorsque je demandai à mon frère de m’expliquer la signification du tableau il me dit :
"I lock my door upon myself"…

 

283.         Canaletto L’Entrée du Grand canal et l’église de la Salute Italie(7)

 

C’était un matin de printemps comme les autres. J’aimais à me promener dans les rues de Venise, mon chevalet sous un bras, ma peinture et mes pinceaux dans l’autre main. Je me plaisais à peindre les multiples paysage de ma ville natale. Ce matin-là, je décida de peindre l’église de la Salute, qui domine de ses yeux protecteurs l’entrée du Grand  canal. Jamais encore je n’avais osé dessiner cette grande dame qui m’inspirait presque de l’intimidation; pourtant ce jour-ci je me sentais obligé de la peindre, sans doute dans le but de lui rendre hommage.
Je dessina donc le Grand canal, qui était calme et paisible à la fois comme à son habitude, portant sur son dos ses multiples gondoles. Puis, je dessina la place sur laquelle se dresse l’église, où se promenaient de nombreux couples qui marchaient à pas lent comme si, pour eux, le temps n’avait plus d’importance. Enfin, je commençai à peindre l’église de la Salute aux formes généreuses, aux décors multiples, aux formes généreuses, aux décors multiples, aux lignes droites et austères.
Ce matin-là, le ciel était d’un bleu très clair recouvert de quelques nuages ressemblants fort à des fils de coton épais et léger.
Une fois ma peinture terminée, je resta assis à la comparer avec son modèle presque parfait et en rêvant de communiquer mon amour pour Venise et pour cette église à chacune des personnes qui regarderait cette toile. Puis, je remis mon chevalet sous mon bras, je rangea mes peintures et pinceaux et je me remis en marche, espérant avoir été à la hauteur de ce que mérite un tel paysage, c’est-à-dire une peinture inoubliable tout comme son modèle.      

 

284.       La Méridienne de Van Gogh orsay 23

 

Ce tableau intitulé La Méridienne ou La Sieste a été peint par le célèbre peintre hollandais Vincent Van Gogh entre décembre 1889 et janvier 1890 . Cet artiste a vécu une vie partagée entre le bonheur et la folie qui va l’entrainer à se suicider  en juillet 1890 , à l’age de trente sept ans.
     Cette peinture représente un champ . Elle est séparée en deux parties . Au second plan , le jaune utilisé par Van Gogh est plus clair que celui utilisé au premier plan . Dans ce tableau , au second plan on peut observer des animaux prêts d’une botte de foin . Au premier plan , nous voyons un homme et une femme prenant du repos contre une botte de foin . Près d’eux , on voit leurs sabots et leurs fossiles.
     Cette œuvre est autobiographique car elle représente la vie de Van Gogh . En effet , le second plan est plutôt clair , il pourrait donc représenter son passé heureux tandis que le premier plan représenterait quand à lui sa vie présente et future car elle sera assez malheureuse . La femme allongée doit représenter ses expériences amoureuses et sa venue assez fréquente dans les « maisons closes ».
     Ce tableau de Van Gogh est un chef d’œuvre . Par ces couleurs , il ressemble aux Tournesols peint par le même peintre . J’ai découvert ce tableau à l’occasion de ce concours

285.       Ernest BeneckeFemmes Barabra. Nubie.  ORIENT3


      J’ai voyagé en Orient il y a un mois. Je suis allée dans un petit marché de rue où j’ai vu  tous les petits  commerces et toutes les choses inimaginables, des choses bizarres mais très intéressantes. Soudain j´ai vu un homme qui vendait des photos anciennes. Cela m’a beaucoup intéressée donc je me suis approchée de son petit commerce et j´ai pu constater les milliers de photos qu´il avait. Quand il s´est aperçu de mon intérêt pour ses images il m’a invitée à regarder ses photos. Une fois plongée dans ce monde, deux heures plus tard, je continuais à les regarder. Soudain, un petit coin d’une photo qui sortait d’une boite en carton plein de photos a attiré mon attention. Je ne comprenais pas vraiment ce que c’était mais je devais la voir, je l’ai prise. Quand l’homme s’est rendu compte que j’avais de l’intérêt pour cette photo il a couru la prendre et l’a gardée. Je ne comprenais pas sa réaction, donc je me suis approchée de lui et lui ai demandé si je ne pouvais pas la v
 oir. Lentement il l’a sortie de sa poche et me l’a montrée, c’était deux femmes, une portant son panier et l’autre avec un enfant dans ses bras, elles étaient toutes recouvertes de poussière et on pouvait voir que la photo était de couleur marron. Elles étaient pieds nus et se tenaient collées contre un mur, je ne savais pas pourquoi cette photo m’avais tant intéressé, c’était simplement deux femmes en Orient, mais je savais que quelque chose se cachait derrière. Le monsieur m’observait, et puis il m’a demandé pourquoi j’étais si intéressée par cette photo mais je n’ai pas su lui répondre. Simplement je ne savais pas. Son regard a changé, soudain il m’a  pris par la main et m’a emmenée dans une petite pièce à l’arrière du magasin. D’abord j’étais un peu effrayée mais après j’ai compris que je n’avais pas à m’inquiéter.
Il a fermé sa petite échoppe et s’est assis avec moi la photo en main. Il m’a regardée dans les yeux d’un air sérieux et puis a regardé la photo et a commencé à murmurer quelque mots que je n’ai pas pu comprendre.  Elevant la voix, il m’a raconté l’histoire de cette femme de la photo qui porte une sorte de vase posée sur sa tête : elle vivait dans une petite région de l’Afrique appelée Nubie ; c’était une femme mystérieuse, on ne savait pas vraiment qui c’était mais il y avait des rumeurs qui circulaient qu’elle avait fui son car elle haïssait son mari qui la maltraitait. Elle croyait à l’amour et au respect de la personne. Ayant compris que ses filles, en plus de la violence de leur père, auraient à subir les mêmes mutilations sexuelles qu’elles avaient endurées enfant, elle et sa mère ont fui leur région. Là, en Nubie, elle espérait refaire sa vie et donner à ses enfants un avenir meilleur. Elle a même eu la chance de rencontrer un homme qui l’a tout de suite aimée et lui a
  fait oublier sa vie passée faite de misère et de souffrance.
J’étais vraiment étonnée de ce qui m’était arrivée, j’étais venue ici pour voir la région et je suis partie avec une merveilleuse histoire. Jamais au cours de mes voyages quelque chose de pareil ne m’était arrivée, qu’un inconnu prenne le temps de me raconter une histoire aussi touchante. Maintenant je voyais la vie différemment, c’était comme s’il m’avait mis un coup de magie et je m’étais totalement transformée, je m’intéressais plus aux histoires, je voulais en savoir plus, je voulais découvrir d’autres mystères dans la vie. Maintenant quand je vois cette photo elle m’encourage à survivre et à continuer à lutter pour accomplis mes rêves …       

286.       Impression d’une salle de danse,   Jules, SCHMALZIGAUG


C’était un jour comme tous les autres, j’avais envie de peindre quelque chose, mais je n’avais pas d’inspiration. Quelque chose de nouveau d’irréel, une idée que personne n’aurait jamais eu. Mais malheureusement je n’avais aucune inspiration encore. Donc je me résignai à écouter de la musique, assis sur mon fauteuil, je pensais et pensais lorsque tout à coup, une pièce de musique avec un très bon rythme me donna envie de vouloir danser. En pensant toujours à la peinture, je me mis à suivre le rythme, très amusant, avec la tête puis les mains, les pieds jusqu’au moment où on pouvait dire que je dansais au tempo de ce morceau. Je ne pouvais pas arrêter de penser à mon œuvre. Après quand la musique prit fin, une idée a la fois bizarre et belle me vis : peindre de la musique, mais plus spécifiquement une salle de danse avec de la musique partout dans l’ambiant.
Je mis toutes les peintures, les pinceaux  et la toile vide, mais sans oublier mon inspiration, cette admirable pièce de musique qui m’a même fait danser.
Je pris le pinceau et de la peinture, je fis des traits avec du jaune qui représentaient, en quelque sorte, la salle de danse, ensuite je fis des formes, le rythme. C’était une sorte de danse avec les pinceaux, les peintures et le tableau qui se remplissait peu a peu. Mes mains se laissaient emporter par le rythme de cette formidable pièce de musique.
L’ambiance, le mouvement se peignaient peu a peu mais en donnant comme résultat une œuvre splendide, dans laquelle, véritablement, la salle de danse, avec ses caractéristiques, sonores et mouvantes se dessinait.
A la fin de mon exténuant travail, j’arrivais à faire se que je avais voulut tout le long de ma vie peindre quelque chose de nouveau, d’impossible: peindre une salle de danse. J’ais réussi à peindre de la musique, mais surtout, je réussi à unir trois des arts les plus importantes : la musique, la peinture et la danse.

 

 

 

287.       « LA FAMILLE BELLELLI »d’Edgar Degas ORSAY17


Je décidai de peindre cette peinture un jour que je rencontrai le baron Gernarro Bellelli dans une boulangerie à Florence.
Je connaissais cet homme depuis qu’il était marié avec ma tante Laura. Gernarro m’invita ce soir là  dîner chez eux. Apres le repas, ma tante voulut parler avec moi donc nous nous assîmes dans le petit salon. Elle m’informa qu’elle voulait que je réalise un tableau de sa famille. Il y avait quelque temps j’avais fait des nombreux croquis, esquisses sur toile, pastels mais maintenant elle voulait un vrai tableau qui les représentait. J’acceptai immédiatement ; je voulais faire ce tableau dans mon atelier  à Paris. Un mois plus tard, la famille arriva  pour que je puisse enfin créer ce tableau Je voulais utiliser ce que j’avais étudié à Naples, Florence et Rome. Je n’avais pas une idée spécifique  de la famille. Enfin, je décidai de les laisser choisir leur place dans la pièce. Le baron ne voulait pas qu’on puisse voir tout son visage et il disait qu’il aimait son profil. Ma cousine Gidia voulait être assise car elle disait que cela allait être fatiguant, elle n’aimait pas sa r
 obe et elle aimait l’idée de son père ; elle voulait montrer son profil. Au contraire ma cousine Laura aimait trop sa robe et voulait qu’on puisse la voir très clairement.
Enfin, ma tante Laura ne voulait rien en particulier, seulement être proche de ses deux filles selon ce que voulait chacun, je me disposai à tracer les premiers traits de ce tableau. J’allais utiliser de la toile. Je dessinai en premier les quatre personnages pour que quand ils voulaient partir je pourrais rester tout seul et faire chaque détail. Apres avoir dessiné le visage de chacun el vêtements, ma tante très contente de mon travail qui n’était pas fini, décida de partir avec son époux et ses deux filles car le lendemain ils devaient repartir en Florence ; elle voulait que quand je fini j’aille leur apporter son tableau. Je restai enfin tout seul, je me disposai a utiliser mes idées et connaissances pour que ce tableau puisse être le meilleur. J’eus l’idée de disposer les personnages selon la moitié et les quarts du tableau et de mettre un miroir qui signifiait que ce tableau reflétait la famille. Le miroir divisait la largueur au 5/8 et la hauteur aux 3/8. Puis j’ai plac
 é chaque personnage selon ce qu’ils voulaient et je commençai à le peindre.
J’utilisai un contraste de couleurs, je voulais faire une opposition entre le noir et le blanc des habits et le bleu du mur et les valeurs géométriques dues au nombre d’or. Pour finir ce tableau je dus suivre beaucoup de conseils et commencer plusieurs fois les visages pour pouvoir le donner à la famille bourgeoise qu’ils représentaient.
Ce tableau fut très important pour moi. Il fut mon premier tableau véritablement personnel et dont l’inspiration réaliste est essentielle.

288.       Jacques-Louis David  la mort de Marat louvre (17)


     Journal de Jacques-Louis David
Juin 07
Après plusieurs mois à l’étranger, je suis revenu, après avoir été appelé pour peindre la mort d’un patriote français, assassiné pour ses idéaux révolutionnaires et humanistes. Je suis très touché d’avoir vu la scène de l’assassinat.
Quand je pense à la vie de Marat et à l’avenir de ma chère république, je me rends compte qu on se souviendra  de lui comme d’une légende, il va être admiré comme un martyr.
Je commencerai dès demain et je n’arrêterai pas jusqu’à ce qu elle soit parfaite, je vais faire de cette œuvre la plus brillante de mes étoiles, la plus parfaite de tous mes travaux sur toile.  
Décembre 10
Il y a plus ou moins cinq mois que j’ai commencé à travailler sur le tableau,  et je n’arrive pas à l’effet voulu ; j’ai utilisé plusieurs techniques mais je n’arrive pas à donner l’effet voulu, j’ai joué avec la lumière et aussi plusieurs tonalites mais je n’arrive pas à donner cet effet légendaire, mythique, que je veux utiliser pour l’assassinat.
J’essayerai les fois nécessaires, je passerai par toutes les techniques, par toutes les couleurs afin de faire la meilleure peinture jamais vue sur la Terre.
Juillet …
J’ai enfin fini ma peinture après l’avoir reprise mille fois. J’ai du arriver à perfectionner ma technique d’illumination. J’ai fait une illumination qui vient presque verticalement sur lui pour donner un effet d’illumination divine, pour que les personnes qui regardent ma peinture pensent immédiatement que les portes du ciel sont ouvertes pour laisser rentrer l’âme qui a laissé ce corps inerte, blessé physiquement mais intact dans sa conscience, dans son esprit. Je lui ai fait un visage tranquille, endormi, pour mettre en évidence la tranquillité morale qui possède. Néanmoins il a une position qui montre la violence qu’il a subie. J’ai dessiné aussi le couteau utilisé pour son assassinat pour montrer tous les éléments du meurtre de Marat quand il était dans la baignoire. J’ai fini par écrire une petite note sur le côté d’une table près de la baignoire où se trouve le corps de Marat.

 

289.           La Neige, de Guillaume Vogels vogels_neige


Il était très tôt ce matin là lorsque, comme j’en avais l’habitude, je m’installai près de la fenêtre de ma chambre où se trouvait mon chevalet de bois vernis, éclairé par la lumière de l’aube, qui faisait briller la vitre envahie par le givre en projetant sur les murs une multitude de petites taches illuminées. Il m’arrivait souvent de rester là, assis bien droit, le regard fixé au loin en quête d’inspiration. Mais, sans que je sache pourquoi, aucune idée ne germait dans mon cerveau encore ensommeillé. J’étais comme hypnotisé par le sifflement continu des courants d’airs qui s’infiltraient par l’interstice sous la massive porte de chêne richement décorée, incrustée de pierres précieuses de toutes sortes et habilement façonnée. Sur toute sa hauteur, une magnifique et étonnante figure d’ange, pointant son arc vers un soleil aux mille rayons, tels autant de flèches enflammées.
C’est alors que, dans ma profonde contemplation, à travers les rafales de vent chargées de neige qui tournoyaient, infatigables, je distinguai une silhouette floue, comme si un myope la regardait sans lunettes. C’était la seule trace de vie apparente dans ce désert de glace où régnait la mort, et où pesait sur l’homme la sombre menace des vents implacables, ce souffle terrible qui semblait provenir des poumons mêmes de l’Enfer.
Je m’imaginai donc cet homme de façon très nette qui, avec une résolution inégalable et des nerfs d’aciers, affrontait courageusement la tempête qui s’acharnait sur lui. La tête baissée, il avançait péniblement vers la lisière de la forêt qui n’était plus qu’à quelques mètres à présent.
Quoi qu’ignorant les détails de la situation dans laquelle il se trouvait, les premiers coups de peinture s’attaquèrent à la toile que j’avais toujours devant moi. Je décidai de le représenter de face, et beaucoup plus près, afin que l’on puisse distinguer le plus d’éléments possible. Quasiment au même instant, dame nature apaisa quelques peu sa fureur, ce qui me permit de mieux observer mon sujet. Je le peignit en noir, comme le suggérait mon regard que je m’efforçais de porter encore plus loin, ses pieds s’enfonçant considérablement dans l’épaisse couche de neige qui recouvrait le sol. Il n’occupait pas un espace très important dans ce paysage où tout se confondait en un mélange pourtant bien mesuré de fines taches, qui rehaussaient l’impression d’une atmosphère considérablement lourde  et chargée d’une multitude de particules d’eau gelée. Ensuite vinrent les arbres presque entièrement nus et aux fines branches, qui délimitaient l’étendue boisée. Mais ce qui me demanda le p
 lus de minutie fut sans aucun doute de reproduire fidèlement ce ciel ennuagé qui avait pris des teintes orangeâtres, très caractéristique de ces matins d’hiver.
Depuis ce jour, je n’ai cessé de penser à cet homme, qui suivait son chemin vers un but qui m’était totalement inconnu, mais qui m’avait pourtant toujours intrigué. Je m’efforçais d’imaginer ce matin où, de nouveau face à cette fenêtre, ce même homme réapparaîtrait tel un loup solitaire, qui sans le savoir, revient sur ses traces et  s’émerveille à la vue d’un spectacle qui était resté inchangé.

 

290.       Camille Corot Petite fille dans un paysage plume, mine de plomb louvre (47)

 

Loin, loin de Paris et de sa bohème, loin de ce lieu de putains et de bourgeois...Loin, loin de ce que je suis...Loin, je partis à sa rencontre en toute inconscience, guidé par chacuns de mes sens.
Elle s'appelait Noä, fruit de toutes mes envies, fruit de toutes mes passions.
Fruit de toutes mes blessures, fruit de l'abime dans laquelle ma vie a sombré en cette année 1825.
Toi, Lolita de tous les désirs, Lolita de tous les vices.
Toi si ternie aujourd'hui...je te sens si archaïque et glacée de ta vie d'antant.
Tu vendais ton corps pour des bouts de métal et moi je repeignais Rome de la douceur d'été d'un crayon parfumé.
Moi, peintre de paysages, moi, jouant de la lumière crépusculaire, aujourd'hui ; dans ce paysage dégarni, c'est en noir et blanc que je grave notre histoire sur du papier jauni.
Je me souviens de ce jour où je peignais mille couleurs, assis sur un banc dégarni de soleil...
Tu es arrivée telle un rayon de soleil troublant l'obscurité de mes nuits avec tes yeux émeuraude et tes cheveux tissés sur une nappe de roses.
Toi, si fraiche, les lèvres si gourmandes d'une vie qui s'ouvre en toi, tel un argile au creux de tes mains et...moi, si faible devant ton charisme...
Tu as remarqué mon désir, tu as aimé mes souvenirs d'un passé animé, d'une ville larguée.
Chaque jour nous rappelait un peu plus cette destinée qui était notre.
Notre amour se fit or et s'enfuit tel une brise au-delà des montagnes.
Et la jalousie rongea mon coeur, mon corps et mon âme de savoir d'autres mains posées sur tes hanches, d'autres peaux aimantées de la tienne, d'autres lèvres caressant tes lèvres, d'autres doigts effleurant ton visage.
Et la fraicheur de ton image se dissimula peu à peu, tel un encens qui brule.
Tu devins terne, presque sans vie et...je devins le plus avide des hommes.
Le temps tel un ouragan emporta  ton image dans les couloirs du vent.
A la vie, à la mort.
Et je maudis ce jour où, ma tendre Lolita, petite fille perdue dans l'immensité de mon paysage, je reçus ton dernier message.
Une seule phrase: "Rendez-vous dans notre paysage".
C'est comme cela que l'on appelait ce petit port gris de solitude que l'on venait emplir de notre amour...
Déroutée par la violence de tes amants, vidée de l'âme et du coeur, entravée de l'intérieur, tu te tenta au jeu de la mort, si mystérieuse et pleine de sens à tes yeux.
A l'heure où les miens se poser sur l'encre de ta vie, ce bout de papier qui te demeure immortelle, tu avais déjà bu la fiole d'Arsenic et n'avais d'autre souhait que de mourir de mes mains.
Tu arrivas agonisante, t'avanças vers moi, le regard lourd d'amour et de souffrance.
Tu ôta tes vêtements et murmura faiblement cet unique et dernier mot, tel une absolution:
"Nue"
Tu laissas ton corps mort se poser instinctivement sur le sol sale de la vie.
Alors je sortis ma boite de crayons...
Ce dernier soir passé dans le monde réel, je te mis à "nue" sur papier.
Alors, tu tournas le dos à ce passé trop lourd pour tes épaules affaiblies.
Tu attendis, lasse, le crépuscule de tes jours, l'absolution de ton aura...
J'avais presque fini le dessin...
Tu te recroquevillas, tel un foetus raccroché à l'amour maternel et les étoiles te ramenèrent enfin vers la nuit des temps, l'immensité du ciel, toute la beauté du monde.
Depuis, mon coeur erre toujours dans ce paysage que tu fis tien, dans la nécropole de ton adonis...
Unis jusqu'à la fin des temps par ce dessin de mine d'argent.

 

291.       « Homme libre, toujours tu chériras la mer » lemmen_plage


L’immensité de la mer s’étendait devant moi. Ce voile de mousseline semblait cajoler les mains de l’infini, étendu à mes pieds, il éveillait en moi des désirs inconnus, des désirs d’un ailleurs : rêves de pays exotiques, de beautés orientales et de sensations que je ne pouvais m’imaginer. La mer était calme, elle flottait paisiblement devant moi. L’infini s’étendait à mes pieds, je me sentais maître de tout. Les couleurs du ciel étaient une explosion d’aquarelles, il semblait peint d’une main artiste. Le soleil nous donnait son dernier soupir en un feu d’artifices de couleurs. Il nous cédait son dernier souffle majestueux avant de sombrer dans la nuit. Les ultimes soupirs de son agonie se jetaient sur la plage. Pareil à des fils d’or ils formaient des formes fantastiques sur l’eau caressant la plage. Les couleurs de l’arc en ciel éclairaient maintenant le ciel. Je me trouvais debout devant ma toile. Une multitude d’étincelles faisaient de ce coucher de soleil une cérémonie u
 nique.  Le soleil se rendait, résigné, il expirait douloureusement et projetait ses dernières larmes d’or. La nuit avait gagné, elle arrivait, rapide, comme autrefois Selênê, englobant tout dans sa robe de velours. Au loin on aurait pu croire s’envoler les crinières des chevaux d’Hélios. Celui-ci laissait sa place à sa compagne de la nuit pour s’en aller chercher d’autres aventures.
Nous étions deux sur cette plage. Rien ne nous liait, une douce solitude voluptueuse nous enveloppait. Le petit bateau, abandonné depuis longtemps, faisait face à la mer. Moi aussi, abandonné par tout être humain, je faisais face à la mer. Seuls mon pinceau et ma toile me tenaient compagnie. Ils m’aidaient à me reposer, à laisser entrer le bonheur dans mon âme. Le pinceau dansait sur la toile, il reconstituait la beauté de cette soirée d’été.  La petite barque semblait m’inviter à explorer l’infinité du monde. Elle semblait m’attirer vers elle pour me permettre l’évasion, loin de mon petit monde si sûr à mes yeux. Elle avait une force magique, détournant mon attention du ciel majestueux, perdue dans la contemplation d’un frêle esquif imparfait. Cette paix, ce calme, c’était un luxe rare que seul un petit nombre de personne savent apprécier. Moi, j’étais un homme libre. Je cherchais la liberté et la trouvais dans la beauté de mes tableaux. Je chérissais la mer, elle m’offrait
 la possibilité de savourer une liberté que je ne trouvais ailleurs. Elle était partout... Autour de moi, dans ma main, dans mes poumons, dans le doux parfum salé de la mer.  Elle était inscrite dans le sable, à jamais marquée dans les vagues qui clapotaient légèrement sur la plage. Elle était omniprésente mais se cachait telle une petite fille timide et se montrait sans jamais se dévoiler entièrement. Ainsi qu’un trésor, elle était rare et ne se trouvait que dans ce spectacle unique mais quotidien. C’était elle qui chaque soir me souhaitait une bonne nuit. Ma liberté et la mer  me donnaient ce don me permettant d’inscrire à jamais mes désirs sur une toile…        
        « Sur les images dorées »
          Sur ton image adorée
           Je dessine ton nom
             Ma liberté

292.       Henri Béchard, écrivain public, fin XIXe sièclePapier albuminé, 19x24,5cm  Béchard

 

Nous voyons quatre personnes, des hommes, ils sont tous les quatre assis, un sur le tronc d'arbre posé par terre, un autre sur le sol et les deux derniers sur un banc de pierre.
                D'après leur couleur de peau, nous pouvons penser que ces personnes sont musulmanes ou hindoues ainsi que de leur tenue vestimentaire; effectivement ils sont vêtus d'amples habits et portent des coiffes. Une des personnes qui est assise sur le banc est en train d'écrire. Celui-ci est placé au centre de l'image.
                 Nous en déduisons que le photographe l'a fait exprès pour mettre l'homme en valeur, pour lui donner de l'importance.
                  En effet, nous ressentons de la compassion pour ces hindous, car ils ont l'air assez démuni : ils sont pieds-nus et vivent dans la rue.
                  Nous pouvons constater que les deux personnes assises par terre sont prises de profil, alors que la personne centrale est prise de face et la personne assise à sa gauche de trois quarts.
                   Les lignes horizontales présentes sur l'arrière plan nous expriment le calme et l'immobilité, ainsi que les lignes verticales qui expriment l'obstacle; tout cela fait ressortir une impression d'emprisonnement car en effet on ne trouve aucun point de fuite, de liberté.
                   Les personnages forment des courbes qui donnent un effet de féminité, de douceur : il y a donc un contraste entre ces courbes et ces obstacles. Cela met un peu de poésie dans ce monde si hostile.
                    Il y a également un contraste entre les couleurs, le noir et le blanc : le noir évoque la mort, le mal; tandis que le blanc évoque l'immortalité, l'innocence.
                    Nous pouvons donc en conclure que le photographe a eu du mal à exprimer son message à travers les différents contrastes établis, ou tout simplement il nous laisse choisir quel parti adopter.
   Haiku:
Quatre hommes sur un banc
Le regard vide
Attendant en vain

Dans cette sinistre rue,
Esseulés de leur monde,
Les hommes écoutent

Un vieil homme
Attire l'attention profonde
Enseignant sa sagesse

Une attente indéfinie
Bloque ces hommes
Dans un but imprécis                

 

293.       La Méridienne de Van Gogh orsay 23

 

La naissance d’un  tableau

Je travaillais déjà depuis quinze ans en tant que psychologue dans l’hôpital d’Arles lorsqu’un dénommé Vincent fut interné. Je m’attachai rapidement à lui et le suivai de l’hôpital à l’asile. Toutes ces journées passées avec lui me permirent de remarquer qu’il peignait beaucoup. Il passait même son temps à cela comme s’il voulait remédier à ses crises grâce à la peinture.
Un an après sa rencontre, je tombai par hasard sur un croquis en me rendant à l’hôpital. Ce dessin me rappela un tableau intitulé " la sieste " qu’avait peint Jean-François Millet. Je le lui donnai donc, à cette époque, la plupart des artistes aimait peindre des tableaux très familiers, très quotidiens. Ce tableau montrait une partie de la journée des paysans. Je pensais qu’il lui plairait mais l’attachement de Vincent fut encore plus grand que ce que j’avais imaginé. En voyant le dessin, il me demanda une toile, je lui en apportai mais il en voulait toujours de plus grandes. Nous finîmes par en assembler plusieurs, ce qui lui fit une toile d’environ quatre-vingts centimètres sur un mètre. Dès que la toile fut en sa possession, il commença à refaire le croquis.
Cet homme devait être surveillé toute la journée, je postulai donc pour cela et fus accepté. Ceci me permit de voir comment il réalisait son oeuvre. Cela dura deux mois. Après avoir fait son croquis, il reposa sa toile et n’y toucha plus durant deux semaines. Il semblait tout de même y penser et passait plus d’une heure par jour à la regarder sans qu’aucun sentiment ne traverse son visage. Puis, d’un coup, il la prit et sortit alors qu¹il faisait moins de deux degrés et qu¹il menaçait de pleuvoir. Il peignit le fond, le ciel d’un bleu très chaleureux, et les champs d’un jaune très clair, ce qui renforçait l’idée de chaleur en montrant des plantes brûlées. Ensuite, Il reposa le tableau dans sa chambre en attendant qu’il sèche. À chaque fois que je le regardai, j’avais chaud. C’étaient les couleurs. Plus tard, il peignit les bottes de foin au premier plan, je le voyais mettre toute sa rage en peignant, mais celle-ci était organisée. J’aimais beaucoup son style. Il ne voulait pa
 s que son tableau soit lisse, on voyait les traits et cela donnait un autre aspect.
Lorsqu’il reprit sa toile, il peignit les personnages. Il les déplaça un petit peu par rapport au croquis de Millet. Il les mit en dessous de la botte de foin qu’il avait peinte comme cela ils étaient à l’ombre, il leur ajouta même une casquette baissée pour les protéger. Il me dit : " je fais comme Millet, pour peindre le labeur quotidien, je le représente par l’inverse, les personnages en train de faire une sieste bien méritée. Je remarquai les traits de l’homme et de la femme, très appuyés, qui détachaient chaque membre. Pour le contraste, ils étaient habillés avec des tenues bleues mais d’un bleu différent, plus reposant, plus frais. Il m’avait fallu beaucoup de temps, après qu’il m’ait montré tout cela, pour le comprendre, mais je sais que lui, l’avait anticipé en faisant son tableau et en le regardant pendant qu’il séchait dans sa chambre. D’ailleurs, il avait cherché ce merveilleux bleu pendant très longtemps alors que j’avais bien du mal à en différencier les nuances.
C’était fini, il avait représenté tout ce que Millet avait mis sur son croquis. Alors il repartit, calme, comme si ce qu’il venait de faire n’était rien, que c’était naturel et il reposa la toile dans sa chambre. À mon grand étonnement, il continua à l¹analyser, mais cette fois, il attendit plus de trois semaines avant de la reprendre. Il retourna dans le jardin avec son dessin et il peignit des détails montrant le travail des paysans. Je me demandai pourquoi il peignait toujours à l’extérieur. D’abord, il peignit, au loin, une femme et un homme en train de ramener le foin dans une charrette tirée par un boeuf. Il avait peint la charrette de la même couleur que le ciel, ainsi il accentuait l’impression de chaleur qui se dégageait du tableau. Cependant les formes restaient vagues. Vincent Van Gogh était très avare de mots surtout lorsqu’il peignait : son état devenait critique car il sombrait peu à peu dans sa folie lorsqu’il dessinait, mais il me dit tout de même une chose :
 " Les couleurs retranscrivent bien mieux que les formes, ce que je veux faire passer dans mon tableau. "  Après avoir dit cela il reprit son pinceau et ajouta des faucilles à côté des deux paysans se reposant. Ces instruments prouvaient qu¹ils venaient de cesser de faucher le blé. Il s¹arrêta. Il regarda son tableau. Puis il ajouta des traits noirs sur le blé, on en voyait des brins mais vague. C’était cela qui le caractérisait.
Alors qu¹il peignait, un médecin passa et essaya de l¹empêcher de continuer car il était dans une crise de folie mais il se débattait et je le défendis. Ces traits furent les dernières choses qu’il put ajouter à ce tableau, car une heure plus tard, il fut transféré dans un autre service avec interdiction de continuer cette oeuvre ; j’étais sûr qu¹il aurait trouvé autre chose à dessiner ; il disait toujours : " une oeuvre d’art n¹est jamais terminée ".
N¹était-ce pas là, la raison même de sa folie ?

 

294.       Edgar Degas Dans un café ou L'Absinthe 1876 ORSAY14


C’est un bel après-midi de printemps, place Pigalle, dans le 18ème arrondissement de Paris. Le peintre Edgar Degas, de son vrai nom Hilaire Germain Edgar de Gas, s’apprête à pénétrer dans le café «La nouvelle Athènes » .Ce café est le haut lieu de rendez-vous de nombreux jeunes artistes qui, comme lui, évoluent dans cette nouvelle mouvance que l’on appellera plus tard l’Impressionnisme. Il avait hésité avec un autre lieu de rencontres artistiques réunissant sculpteurs, auteurs, peintres et poètes, le café Guerbois, qu’il fréquente en compagnie d’amis tels que Monet, Renoir et Manet .Il jette un regard circulaire sur la place, redécouvrant à chacune de ses promenades la population particulière qui s’y trouve et faisant toujours des rencontres surprenantes et agréables, comme aujourd’hui un ami sculpteur, de retour à Paris après un long séjour en Italie. Il connaît bien l’Italie et aime ce pays, où vit son grand-père paternel. Il y a d’ailleurs séjourné plusieurs fois dans le
 passé, dans de nombreuses villes telles que Naples, Florence, Rome… Il remarque également la beauté du soleil illuminant les feuilles des arbres, lui qui aime tant les jeux de lumières sur les paysages… Quittant la douceur de la légère brise, il entre dans le café, à l’atmosphère lourde et embrumée qui contraste fortement avec celle du dehors, puis, se ravisant, fait demi-tour, ressort et s’attable à la terrasse de celui-ci, semblant attendre quelqu’un. En effet, quelques minutes plus tard arrivent deux personnes, qui se dirigent sans la moindre hésitation vers l’artiste. Il s’agit de deux de ses amis, Marcellin Desboutin et Ellen André, qui ont accepté de poser pour lui afin qu’il  puisse réaliser un tableau. Cet après-midi est donc organisée pour permettre à Degas de poursuivre son œuvre .Celui-ci, les ayant aperçu, se lève alors pour les saluer et après une brève discussion, leur cède sa place, dos à la façade du café, le regard orienté  vers la rue. Il se dirige ensuite
 vers une autre table, qui lui est réservée ces temps ci et sort son chevalet. Il y installe une toile d’une grandeur imposante qui attire le regard des passants inaccoutumés, qui comme d’habitude, s’attardent quelques instants pour observer le peintre et son œuvre. Pour les autres, les habitués de cette place, la scène est familière et ils n’y prêtent plus autant d’attention qu’à son commencement, hormis pour constater la progression du tableau ,avec émerveillement pour les admirateurs ,mépris (plus ou moins dissimulé ) pour ceux qui ne comprennent pas cette forme d’art ou tout simplement indifférence ,nuancée par une légère pointe de curiosité tout de même .Le peintre commence donc son travail , il finit un objet, retrace le contour  d’un pied, redéfinit la teinte des rideaux, puis demandant aux poseurs de modifier légèrement leur position, se replonge dans son tableau, concentré et imperturbable, faisant abstraction des bruits et événements extérieurs, jusqu’aux cris des e
 nfants courant joyeusement ,en passant par les discutions animées de plusieurs habitués du café et les aboiements des chiens .
Depuis environ trois semaines maintenant, Degas esquisse des croquis successifs et tout porte à croire que, la réalisation sur toile ayant enfin commencé, l’œuvre est presque terminée. En effet, le trio d’amis se retrouve régulièrement à cette terrasse, l’après-midi, selon les disponibilités de chacun, et en tenant compte des caprices météorologiques, si importants dans une scène d’extérieure, pour une séance de pose, en général trois fois par semaine. Préalablement, Degas avait pris de rapides esquisses d’autres personnes présentes dans ce même café, afin de reproduire une réalité toujours plus vraisemblable et parfaite, but qu’il recherche inlassablement au fil de ses tableaux. Il donne le sentiment de traduire une réalité immédiate, l’instantané, par une recherche exigeante et un art construit. Il dit d’ailleurs lui même qu’aucun art n’est aussi peu spontané que le sien ,que ce qu’il fait est le résultat de la réflexion et de l’étude des grands maîtres ,que de l’inspiratio n, de la spontanéité ,du tempérament , il ne sait rien…
L’artiste veut également représenter à travers une scène banale pour l’époque, les méfaits de la « Fée verte », l’absinthe, une liqueur dont les ravages furent tels que l’Etat finit par l’interdire .En effet, cette boisson venue de Suisse est très populaire, certains cafés ne servent plus qu’elle et « l’heure verte » est devenue un rituel quotidien .Il veut donc sûrement donner un côté moralisateur à cette œuvre, mais ne se doute pas qu’elle deviendra par la suite une de ses plus célèbres pièces, du fait justement de cet aspect très rare dans ces tableaux .Il veut créer une surprise, diversifier les thèmes de ses tableaux et surtout changer, arrêter de peindre ses sempiternelles danseuses, du moins pour le moment… (Bien que ce sujet le passionne et lui tienne particulièrement à cœur)
Le fait de poser pour un tableau de Degas ,traitant un sujet pareil plonge alors les poseurs dans une sorte de nostalgie .En observant le verre ,la femme se rappelle combien elle aime cette boisson et comment elle lui fait oublier tous ces soucis .Le peintre capte alors ces pensées pour les retranscrire sur sa toile , jusqu’au moindre petit détail qui traduit la situation morale de cette femme .De son côté ,l’homme regarde la rue ,il est plongé dans les mêmes réflexions mélancoliques que son amie et se laisse aller à rêver du temps passé .Le peintre n’a rien perdu de ce moment véridique de mise à nu complète des pensées profondes de ses amis, il a tout observé et peint fidèlement ,et il se rend alors compte que même en étant parfaitement planifiée et organisée ,cette scène est totalement réelle et que ses deux amis sont en proie aux mêmes sentiments que les buveurs d’absinthe ,comme si ils venaient d’en boire ,sans pour autant en avoir bu .Il prend alors conscience que ses po
 seurs ont oublié qu’ils posaient ,ce qui donne un réalisme complet à la scène ,comme si ,au lieu de peindre deux amis pour tenter de reconstituer une scène ,il peignait des inconnus venu boire un verre de « fée verte » ,par un bel après-midi de printemps ,place Pigalle ,à la terrasse du café « la nouvelle Athènes» …

295.       Caspar-David FriedrichL’Arbre aux corbeaux  Louvre (24)

 

Un souffle rauque et des respirations accélérées, un halètement anxieux, je vois l’herbe, les brins empêtrés dans une boue ocre et  pâteuse,  des branches sèches ou rongées par le temps, un tronc abîmé, vert et mousseux, je vois s’avancer un pied maculé de boue, et l’autre, s’enfonçant dans la fange avec un bruit sourd… Puis je m’arrête, essayant de me retrouver dans un lieu si familier qui me semble pourtant étranger à présent, comme transformé par un  dieu de l’Hadès. Je clos mes yeux, j’entends le sifflement strident du vent, accompagné de croassements d’oiseaux diaboliques volant autour de l’arbre.  Je  parviens tout de même a me souvenir de mes escalades sur un arbre au tronc fort et aux branches touffues,  aux innombrables feuilles d’un vert  éclatant, en harmonie avec l’herbe fraîche parsemée de rosée matinale, le vent  caressant ma joue… Protégé par ma mère  de l’autre coté de la berge,  admirant la mer du haut de mon perchoir favori, je cont
 emplais les vagues tout en étant réchauffé par le soleil.  Je rouvre les yeux, l’innocence et la naïveté se noient dans le fracas des vagues,  je cherche néanmoins réconfort auprès de cet arbre. Ses branches se tordent vers le ciel,  une main se tendant vers moi, la bague étincelant dans mes yeux, un regard plein  d’effroi  et un cri  emporté par les hurlements du vent,  la couleur pourpre s’abattant sur moi, je souhaite fuir, mais un visage lacéré d’où coule une sève noire me fixe avec béatitude, les corbeaux m’observent de leurs yeux maléfiques,  me criant coupable, me félicitant, m’acclamant avec violence.  Le vent me rabat vers l’enfer, son tourbillon  enivre mes péchés, se mêlant à la boue, je me sens faible,  mon corps  s’englue dans le sol mou… Serai-je coupable ?  Quels crimes ai-je commis ? Non, cet arbre me montre de son doigt  veineux et osseux, ces corbeaux me prennent pour complice, ces corps féminins gisant sur ma conscience,  baignés de pourpre et  victimes d’
 un Diable. Des courbes brisées par une lame aiguisée, des rondeurs massacrées par des mains en boutoir. Non. Non… Ou bien ,si ? Je me relève, mes jambes tremblent et vacillent, je ne sais que penser, ou je ne pense plus, je ne sais pas, je ne veux pas savoir… Un dernier coup d’œil à  cet arbre,  sous un soleil vermeil et cramoisi, disparaissant derrière l’océan tumultueux, dernier brin de lueur avant la nuit. Avant ma nuit.

 

296.       Paul Gauguin La belle Angèle  ORSAY15

 

On m avait présenté à lui, au commencement de l’été, lors d’une fête de notre petite ville de Pont-Aven. Son visage fin et anguleux, où brillaient deux yeux émeraude avait frappé mon esprit, de par le sentiment de mystère qu ils exprimaient.
   Nous nous revîmes plusieurs fois, au hasard des rencontres qui sont bien inévitables dans un bourg de la taille de cette ville ; Il était toujours d une extrême délicatesse dans ses paroles et si différends de ses bourgeois de campagne si rustre que je tombais dans une profonde amitié avec lui. Il me demanda enfin un jour si j’acceptais de poser pour lui, dans mon costume traditionnel. Il me parla si galamment qu’en le quittant, je brûlais déjà d accepter sa requête, cependant, je m’étais promise d’attendre la bénédiction de mes parents avant de consentir publiquement à être son model. Si Mon père ne fit  point trop d’histoire, étant donnée qu’il ne s’était jamais trop occupé de ma vie, ma mère, au contraire avait eu vent de nombreuses histoires sur ceux qu’elle qualifiait de « prétendus peintres qui ne savent pas plus dessiner que moi ». Des âmes bien pensantes l'avaient entretenu que ces peintres qui se rassemblaient depuis quelques mois à Pont-Aven était en effet des im
 portuns sans aucune morale, qui auraient été poussés à fuir Paris pour des raisons matérielles et qui de plus n’avait aucun autre talent que de peindre des sujets déformés, en usant de grosses couches de peintures. Non vraiment, ma mère ne voulait pas que mon enthousiasme juvénile soit manipulé par un de ces hommes. Cependant je défendais si bien mon cas qu’elle finit par céder après de nombreux compromis dont celui de réduire le plus possible mes contacts.
   Nous commençâmes les séances durant le mois d’août. Gauguin me fit poser devant un papier bleu outremer à large fleur, tous les jours à la même heure. Il me déclarait être en admiration devant la fraîcheur de mon teint et je dois dire que malgré les conseils de ma mère, je me trouvais à ces instants en très bonnes amitiés avec lui. Je m’étais pourtant demandée pourquoi il n'utilisait presque pas le pinceau pour me peindre, sinon un couteau de peinture qui me semblait inappropriée pour retranscrire mes traits, que je savais fin de par le fait que l’on m’en avait à plusieurs reprises fait le compliment. Sa peinture semblait le préoccuper car quand je lui en fit la remarque il ne daigna pas lever les yeux ni me répondre. Il se contenta de proférer ces paroles « Ne bougez pas ! ».
   Cependant je serais malhonnête en le décrivant comme un rustre, en dehors de quelques phases d’exaltation qui le prenait quelquefois en peignant, il se conduisait envers moi avec une réelle politesse et ne me courtisa en aucun instant. Enfin après une semaine de pose, il déclara enfin que désormais il n avait plus un réel besoin de moi mais qu il lui restait quelques éléments à peindre et qu’il viendrait me présenter l’œuvre une fois son travail terminé. J’attendais anxieusement durant quelques jours. Quand il eut fini, il le montra d’abord a d’autres peintres qui s en sont bien moqués et je l ai su ; Puis le résultat vint, précédé comme toutes les choses importantes de messagers. Mais ce ne furent pas des hirondelles, qui annonçant les joies du printemps me prévinrent. Ce fut ma mère qui habillé d’une robe de corbeaux me prévint : « il paraît que des peintres se sont battus hier soir a propos de votre portrait »si bien que quant Gauguin vint me présenter l’œuvre, j étais
 déjà mal disposée.
   Il arriva dans ma chambre dans un de ces soirs d’août dont le soleil déclinant marque la fin de l’été. Je lui racontais que le bruit d'un scandale était parvenu à mes oreilles. Il me répondit que ce tableau avait en effets était l’objet de divergence d‘opinion parmi ses amis les peintres et que beaucoup n’avait pas saisi la beauté de la fraîcheur qui se dégageait du tableau. Puis il défit lentement les cordons qui soutenaient le papier de soie vert amande, qui protégeaient l oeuvre. Puis lorsque le tableau fut tout à fait déballé, il me le tendit silencieusement.
   Je pus contempler ce tableau et à la vue de ce que j’avais tant désiré contempler, je ne pus que difficilement contenir la colère qui s’empara de moi. Comment avait-il pu oser ? Je considérais ceci comme un outrage à ma beauté. Il me répondit qu’au contraire cette peinture était un hommage à la grâce sauvage de la Bretagne.
   Je lui demandais ensuite de ne pas montrer cette injure à la société de Pont-Aven, ce à quoi il consentit et me rassura en m’expliquant que le tableau partirait dans quelques jours chez le frère d’un de ses amis, marchand de tableau. Etant sur de sa discrétion, je me permis de regarder plus attentivement le tableau. Gauguin m’avait disposé dans un demi-cercle sur le coté du tableau. On ne me reconnaissait difficilement, si ce n est que la coiffe du costume traditionnelle était arrangée selon la tradition familiale. Mais le reste des traits du personnage m était totalement étranger. Je paraissais une fille de ferme ; sans aucune finesse ; une rustaude.
   En plus du fond bleu, Gauguin avait ajouté à cote de moi, ce que je pris pour une table, où siégeait une étrange statuette, qui avait une ressemblance avec ces poteries de sauvages qui viennent des Amériques. Le titre, La belle Angèle, était disposé en dessous. Je lui fit part de mes impressions et le congédiait en lui recommandant de ne plus apparaître à ma vue et d’envoyer le tableau loin de Pont-Aven le plus vite possible. Le temps qu’il resta ensuite je ne saurais le dire car je mis un soin particulier à éviter tout contact avec lui. Je n’eut plus de nouvelles de sa part jusqu a ce qu un de ses amis me disent que peu après, il avait quitté la France et était partit s’installer aux Antilles et que , ironie du sort, ce fut la vente de mon portrait qui lui permit de partir.
Malgré que ce peintre n eut que peu de talent, jamais je n’oublierais qu’il fut l’un des seuls à avoir su traiter une jeune fille de campagne avec délicatesse et quand la mer gronde durant les jours d’orages, je vois dans sa couleur, les yeux du peintres, qui de sa retraite des îles me nargue d un bonheur que jamais je ne pourrais atteindre.

 

297.       GhirlandajoPortrait d'un vieillard et d'un jeune garçon italie(24)

Cher Domenico
                   Suite à ma demande, je voudrais sinérement vous remerciez d'avoir réalisé ce magnifique tableau qui me tient tant à coeur. Il est tout simplement parfait, comme je m'y attendais. Il n'y a pas de mots pour exprimer mon bonheur. J'ai voulu disposer ce tableau tel quel car je veux que mon petit fils garde un souvenir de moi et de mes terres. Ainsi il pourra prouver à toute la population de Florence qu'il entretient aussi bien ses terres que ne le faisait son grand-père. J'ai pensé qu'une ouverture donnerait plus de profondeur au tableau. De plus il laissera un témoignage du passé. J'ai voulu ressortir mes plus beaux habits pour l'occasion, ils symbolisent ma réussite. Sachez monsieur que mon petit fils est tout ce que j'ai de plus précieux. Hélas mes jours sont comptés : en effet je suis malheureusement atteint d'une térrible maladie qui me ronge de jour en jour. Il n'y a qu' a voir mon visage pour le constater.

                  Je vous demande par ailleurs, avec grande amitié de vous occuper de mon petit fils après ma mort car il ne possède plus de parents. Pourriez-vous lui rendre quelques visites afin de veiller à son éducation artistique? Ma démarche peut vous sembler curieuse mais je sais que mes jours sont comptés, et je souhaite régler le plus de chose de mon vivant.
Je pense pouvoir compter sur votre soutien et d'avance vous en remercie.

                                                                                                                             Francesco B.             

298.       Claude Gellée, dit Le Lorrain Port de mer, effet de brume  Louvre 54

 

  Extrait du journal intime de Claude Gelée du 11/03/1646

Le soleil se lève sur le port d' Ithaak , je peux voir au loin un gros bateau                   qui me fait penser à des voyages lointains . Je décide d'éterniser cette image en faisant une peinture. Je commence  d'abord par dessiner les hommes sur la rive où il semble avoir des retrouvailles. Je peux voir la joie sur le visage d'un homme qui a sans doute retrouvé ses amis ou sa famille après un voyage lointain. Ensuite je peins un grand monument grec sur ma droite construit sur la mer dont la hauteur est impressionnante et ces lignes gracieuses. Ce monument détermine la prospérité de la Grèce dont la richesse n'a pas de limite. Il y des statues sur ce palais comme pour conclure un travail accompli. Après je dessine la mer et les bateaux qui me plongent dans un monde imaginaire où il y a des îles  très éloignées qui regorgent de richesses .
Ensuite je m’attaque à la citadelle qui semble protéger le port . Cette citadelle est très imposante pour dissuader les ennemis éventuels . Elle caractérise aussi l’importance du port . Je finis par l’immensité du ciel qui m’éblouit comme pour me faire remarquer sa présence . Je contemple mon travail et content de moi , je me suis dit que peut être un jour ce tableau sera célèbre .       

299.       Léonard de Vinci Tête de jeune femmeItalie(20)

 

20 Mars,1482 (neuvième jour de mon escale dans le petit village de vercelli)  :
Aujourd’hui fut une belle journée, j’ai put terminer de construire mon invention qui permet d’aller sous l’eau. C’est dans l’après-midi que j’ai essayer mon invention dans le petit bassin de la ville. Cette tentative a été un échec car une pièce défectueuse faisait rentrer l’eau. Après cette échec je ne voulait plus travailler donc pour me reposé j’ai passer mon temps a me promener dans ce petit village (que je ne connaissais pas très bien) et c’est la que j’ai aperçut la fermière. Aujourd’hui et comme tout les autres jours quand je l’ai vu, elle était vêtu d’une robe noir. Elle paraissait inquiète donc je suis accourut vers elle pour voir quel est la chose qui la met dans cet état. Je me suis assis près d’elle et la contemplait. Avec ses yeux tristes elle fixait une vache. Un moment plus tard j’ai essayé de lui parler mais elle ne m’a donné aucune réponse. Pendant un instant j’ai cru qu’elle était sourde et tout d’un coup elle tourne la tête vers moi et m’observe avec des ye
 ux perçants mais toujours triste. Elle m’observa comme ceci un long moment puis elle se mit à me parler. Elle avait donc un problème qui faisait chavirer sa santé. Elle avait perdu sa mère qui était gravement malade. Pour la consoler je lui ai dit que ce sont des choses qui arrivent et qu’il faut bien un jour qu’on meurt pour aller au paradis. Après ce que je lui ai dit elle est devenue raisonnable et nous avons passé tout le reste de l’après-midi à parler. Elle m’a dit qu’elle s’appelait Louise et qu’elle était fermière depuis une dizaine d’année… Un peu avant de nous quittés j’ai décider de la dessiner. Après nous nous sommes quittés.

 

300.       Série Palestine © Véronique Vercheval V14


    Au pied d’un des nombreux immeubles écroulé par les attentats et les bombardements réguliers en Palestine, deux femmes apparemment liées par une grande amitié se retrouvent.
L’arrière plan représente le cahot et la folie des êtres humains qui se haïssent au point de se faire la guerre et donc de se battre.
Une lueur d’espoir est malgré tout visible au deuxième plan de cette photographie de Véronique Vercheval, car même si des tonnes de gravats et de béton jonchent le sol, la structure de base de l’immeuble reste encore présente. Il en est de même pour les palestiniens qui malgré ces confrontations, on encore l’amour dans leur cœur et l’espoir de reconstruire une vie nouvelle. L’arrière est volontairement fondé sur des couleurs grisâtres pour rendre un effet pessimiste. La dominante de teinte de cette image est plutôt clair ce qui logiquement devrait représenter la paix e la pureté. Et portant cette image représente une destruction.
Au premier plan, nous pouvons apercevoir deux femmes vêtues de noir et gris foncé, qui sont censées représenter la peine et la tristesse. Véronique au contraire, préfère symboliser l’amour et l’espérance par des couleurs sombres.
Ces dernières sont enlacées et souriantes, elles s’appuient l’une sur l’autre et se réconfortent mutuellement, elles peuvent être assimilées de par leur position à une forme pyramidale, signe de solidité et d’indestructibilité, capable de traverser les années sans être altérées, comme l’amour qui les réunit. 
 Il y a donc des contrastes très nets entre le premier plan représentant le futur, l’amour et l’espoir ou ces deux femmes, comme deux blocs de pierre d’une pyramide, sont indissociables, et l’arrière plan où les éboulements jonchent sur le sol, et les nombreux murs sont détruits. Les immeubles montrent ce que peut faire l’être humain quand son amour se transforme en haine. Sur le poignet d’une de ces Palestiniennes, on remarque aisément que l’heure des réconciliations a maintenant sonné et qu’il faut malgré tout oublier le passé, penser au futur et reconstruire sur de nouvelles bases même si ces mères ont engendrées ou engendreront des hommes ne pensant qu’à la vengeance et qui à leur tour placeront peut-être des bombes chez l’ennemi juré ; Israël.
Cette image m’a fortement émue car le noir et le blanc évoquent des sentiments profonds et purs, pour gommer tout intérêt superficiel sur des détails colorés passant au second plan.
Les conflits Israélo-palestiniens restent très actuels et paraissent insurmontables.
Je crois que seule l’acceptation de l’autre et de ses différences religieuses pourront ou non, avec de nombreux efforts, éradiquer ces conflits actuels mais existants depuis plus de mille ans.

301.       Delacroix Eugène  jeune orpheline au cimetière louvre (4)


Cette jeune orpheline au cimetière montre la nostalgie de rendre visite à ses parents sur leur  tombe.
Elle me fait penser aux pauvres fillettes isolées dans les films des années cinquante.
Son visage est songeur, son regard, vide, on dirai qu’elle attend un signe ou un évènement qui changera le cours de sa vie se résumant sûrement à la logique des visites habituelles au cimetière.
On s’imagine en elle, seule, sans ses parents, apportant des fleurs pour eux l’ayant abandonné dans ce monde. Ses souvenirs, enterrés sous une tombe, surgissant à chaque visite au cimetière.
Il fait jour, le soleil se lève, le ciel est nuageux, elle s’est peignée rapidement, ses vêtements ont été enfilés en vitesse.
Les quelques rayons de soleil se reflètent sur sa peau mate. Le cimetière n’est pas coloré, il est gris représentant l’image effrayante et triste de ce lieu.
On retrouve le contraste entre le ciel  et le cimetière sur les vêtements portés par la jeune fille,
Une sorte de chemisier blanc aux reflets ocres, le reste de sa robe est noir, couleur du deuil.

302.       Loïc Boussard.  Série NY BO-NY2

 

Pour moi, tout a commencé vers 1950, voilà trois semaines que j’avais été conçu, et à ce jour aucun peintre n’était venu m’acheter. Ce jour là les heures me semblaient plus longues que jamais, soudain le carillon me retira de ma rêverie. Un homme a l’allure joviale rentre, je ne l’avais encore jamais vu, il discute avec le propriétaire de la boutique tout en contemplant les toiles, il me désigne du doigt, m’examine, me tâte et me prend. Enfin un peintre m’achète.                                                          
Ding Dong, le carillon de la porte sonne, je sors de la boutique, sous le bras de mon nouveau maître : Nous parcourons de nombreuses rues, pour finalement aboutir devant un hangar ce qui me semble être mon atelier. On pouvait voir de nombreux tableau répandu sur le plancher, tous plus beau les uns que les autres. A coté d’eux je me sentais un peu dévêtu Loïc Boussard entreprit alors de me monter, il me montait d’un coté avec de l’eau  et m’enduisis légèrement de blanc de céruse avec son couteau à palette. Je croyais que j’allais fondre, me désintégrer, mais rien de tout cela ne se passa. Une semaine plus tard alors que tous mes fils étaient sec, il me prit et, me déposa sur le chevalet. Sa grosse main rougit aux phalanges prit la palette et trempa le pinceau dans du bleu et l’appliqua sur moi. Une douceur exquise m’envahit, rien de semblable ne m’était jamais arrivé, j’avais l’impression que tous fils allaient céder sous l’effet de l’excitation, mais ses doigts
  couraient hâtivement sur moi, sans que rien ne se passa. Il plaquait ici et là de petites touches de couleurs.
Les semaines passaient, chaque jour je me trouvais  de plus en plus belle sans aucune vanité. Loïc Boussard  s’arrêtait peu, seulement pour manger et dormir quelques heures. Moi qui a l’arrivée avait honte de ma tenue, j’en étais maintenant très fière. Mon maître aussi devait être fier car chaque jour son excitation était croissante. Il semblait éprouver un immense plaisir à s’asseoir en face de moi et à me colorer avec de nombreuses couleurs.
Ce jour là était un jour particulier, Loïc était au comble de joie, il prit don pinceau, le trempa dans le noir et me signa. Enfin, il me donna un nom : « L’immeuble », à compter de ce jour je n’étais plus qu’un simple tableau, j’étais « L’immeuble ».

 

303.       Jakob Smits, La récolte des pommes de terre, smits_recolte

 

 C est un jour gris aujourd’hui. Le temps oscille entre la pluie et la neige. Un jour ou ces deux la se partagent la surface de la terre. Je ne sais plus depuis combien de temps   je suis la. Cela doit faire deux siècles. Le temps passe lentement ici bas. Mais j en ai assez. J en ai assez de voir s étendre la misère a mes racines, de voir ces pauvres gens se débattre dans le malheur, les retient, les enlise. Aujourd’hui, c est le temps de la récolte. Tient, voila le premier chariot. Je me rappelle de ce rituel  implacable qu avaient les hommes a stocker leur nourriture. C est un grand jour pour ces paysans. C est grâce a la qualité de cette récolte que ces personnes pourront ou non survivre durant le dur hiver qui s annonce. Toutes mes branches sont éprises alors d un sentiment de pitié mais aussi d admiration  pour cette vaine tentative de survie ; Mais a quoi bon ? ils savent qu a chaque année ce sera la même terreur qui senparera d eux. Le même dou
 te. Allons nous manger ? Mais c est toujours la même chose. Le même sentiment implacable et fort : l espoir. L espoir de voir des jours meilleurs. Mais l espoir est le premier pas sur la route du désenchantement. Pourquoi faut il qu il y ait tant d injustice ? Certaines de ces personnes valent dix fois mieux que d autres plus aisées. Mais elles ne le savent pas. Elles acceptent leur sort. Alors, toute cette communauté s’entraide. Elle se partage leur malheur. Ils sont arrives devant moi. Une femme s’approche pour abreuver ce bœuf, pendant que les hommes déchargent la charrette. Ils façonnent leur barrage face a la faim et la disette. Mais je leur en veux  aussi. Je leur en veux de s effacer comme ils le font face au destin. Ils sont heureux comme cela mais ils ne connaissent pas le bonheur. Vous me direz l argent ne fait pas le bonheur. Mais il l achète a ceux qui le font. Ils n ont jamais voyage, ils ne connaissent que le même endroit. Mais je suis dans le même cas qu eux.
 Regardez moi. Mon branchage est mort, mes feuilles ne sont plus, ma sève coule difficilement a l intérieur de moi. Je respire moi aussi la misère. Eux peuvent se mouvoir, bouger, respirer, courir a leur grés. Ils peuvent influencer leur destin. Moi je ne peux que les regarder et ... les envier. Peut être que leur vie est ephemere, peut être qu ils ont l existence la plus misérables que l on puisse imaginer mais ils font tellement de choses. Quitte a ne pas être humain, je peux les observer. En retour ceux-ci m admirent et me placent comme le symbole de la sagesse et de la longévité. Que fait cet homme en face de moi dans ce champ ? Que fait il assis a agiter ces pinceaux ? Ah... Alors c est cela un peintre. J ai entendu dire que ces personnes avaient la faculté de représenter les émotions de chacun. Ils arrivent a lire dans les gens. Voila, le deuxième chariot arrive. Peut être qu en fin de compte ces gens sont vraiment heureux. Je ne sais pas. Je ne sais même pas si ils ont
  une âme. Mais ce qui est sur c est qu ils régissent le monde. J espère que cette espèce sait ce qu elle fait. Mais leur pouvoir n est que temporaire. Je pense trop. Je vais faire comme ces êtres. Vivre au jour le jour sans me préoccuper des autres. Au toi le peintre, ne méprise pas ces gens, ne les rapetissit pas  sur ton tableau. Ils sont aussi grands que toi ou moi. Pourquoi te lèves tu ? Tu t approches de moi. Je sens alors la paume chaude de ta main contre mon écorce. Je ne vous comprendrais jamais. Vous êtes tellement imprévisible. Certains se croient supérieur, d autres ont des qualités propre. Vous êtes tous les mêmes mais tellement différents. Tu es allé te replacer. Je me sens las. Las de vous voir tous partir. De voir la misère avancée de plus en plus. Mais tant que la flamme de l espoir brillera dans votre cœur, vous serez la race la plus honorable. Finis ton tableau, grandis et meurs. Nous sommes tous de la même famille.

 

304.       Véronique Vercheval  série" la route à tous prix" V4

 

Cela va bientôt faire trois heures que les Rolling Stones s’égosillent sans discontinuer. Je chantonne pour moi-même les paroles apprises par cœur et articulées maintes et maintes fois. Il fait chaud. Des applaudissements et des cris hystériques retentissent alors que résonne encore le dernier accord de Paint it, black. La prochaine, c’est Ruby tuesday. Je sors mon briquet quand une lumière m’éblouit, comme un projecteur dirigé en plein sur mon visage. Je place un court instant ma main devant mes yeux tandis que mon pied cherche désespérément la pédale de frein. Bordel, il pourrait pas mettre ses codes celui-là ! Après un léger écart qui fait se balancer la peluche pendue au rétroviseur, ma caisse, non sans avoir rechigné un peu, reprend une vitesse normale. A mon cou, mon appareil photo bringuebale. La barbe, ce métier. Se taper deux cents bornes pour couvrir une conférence. Tu parles.
Sur la bande d’enregistrement du live, la voix de Mick Jagger s’est enrayée. Je file un grand coup sur la radio et la chanson repart aussi sec. Tapant une pulsation nerveuse du bout de l’index gauche sur le volant que je tiens à peine, je fouille dans ma poche de l’autre main et déniche un paquet de cigarettes. D’une chiquenaude, je l’ouvre et jette un coup d’œil à l’intérieur : vide, bien évidemment…  « Aire de détente, 2 km » annonce un panneau sur la bande d’arrêt d’urgence. Je me rabats illico sur la file de droite et mon briquet regagne la boîte à gants pour le moment.
A cette heure, il n’y a plus grand monde sur la A48. L’aire est pratiquement déserte. J’en profite pour faire le plein. Sans plomb. Quarante-deux euros. Punaise, ça fait combien en francs ? Je m’achète un nouveau paquet de Gitanes et je ressors rapidement : l’intérieur du bâtiment est une véritable étuve. Dehors, il fait un peu moins chaud, à moins que ce ne soit la bise qui, effleurant mes joues rouges, me donne cette impression. Je porte une cigarette à mes lèvres quand je m’aperçois que j’ai oublié mon briquet dans la voiture. Assise sur mon siège, je suis prise d’une curieuse impression et me retourne brusquement : le type de la station me fixe. Je déteste qu’on me regarde quand je fume. Je contourne à pied le bâtiment pour échapper au regard de l’impoli.
Dans les ténèbres étouffantes, l’extrémité incandescente de ma clope luit gravement. Les vrombissements de quelques rares voitures sur l’autoroute me parviennent assourdis, comme si je venais d’entrer dans une pièce aux murs rembourrés de coton. Le bruit de ma respiration seul trouble cette atmosphère ouatée. A la lueur incertaine d’un réverbère lointain, j’inspecte le paysage. Les arbres manquent d’eau. Les poubelles vomissent des détritus de tous horizons sur l’herbe sèche des plates-bandes. Une bouche d’égout au fond du caniveau voisin avale un mélange douteux et desséché. Mon regard glisse le long du goudron qui, par endroits, a fondu. Je redresse la tête et mon cœur bondit.
Tapis dans l’obscurité lourde d’une nuit d’Août, une armée toute entière me fait face. Soldats de tôle montés fièrement sur leurs pneus, ils me fixent avec insistance de leurs phares éteints qui sont autant d’orbites vides. A travers les volutes de fumée, je crois les voir bouger, leurs par-chocs se tordant dans ce que l’on ne saurait qualifier de sourire ou de grimace. Au coude de la route, le réverbère solitaire observe notre muet face-à-face. Mue par une force invisible et détachée de ma volonté propre, je lève mon appareil photo. Mon doigt, machinalement, trouve le déclencheur. Le flash éclaire brièvement les vaillants poids-lourds et fait soudain vivre dans un reflet leurs yeux de verre.
Cette fois, c’est sûr, ils me voient. Non seulement ils me voient, mais en plus ils me regardent. Et moi je déteste qu’on me regarde quand je fume.

 

 

305.       Léonard de Vinci Saint Jean-Baptiste ITALIE 19


Je m’en allais à Florence retrouver ma bien aimée qui était une femme très cultivée et appartenant à la haute bourgeoisie appelée Antonnieta Perruchi. C’était une grande amie de mon mécène Ludovic Sforza. Nous visitâmes  cette belle ville avec ses nombreux vestiges.
Elle me raconta quelques anecdotes à propos de Florence, un saint y était adoré : saint Jean Baptiste.Je voulus faire un tableau de ce grand saint et le donner à cette ville. Arrivé à Milan je tachais de chercher un modèle. J’en avais parlé à ma fiancée et à mon entourage.
Quelques jours plus tard, je reçus des nouvelles pour mon futur tableau. Antonnieta m’avait présenté à un jeune  florentin, le fils d’un homme très renommé à Florence. Après un long entretien, je refusai avec fermeté de prendre ce jeune homme. Malgré les remarques  de mon  entourage qui me reprochaient de ne pas l’avoir pris son père, en effet, m’aurait donné une jolie somme, je trouvais cet homme médiocre pour mon Jean Baptiste puisque Jean Baptiste devait avoir un modèle digne de son nom.
Une idée me vint à l’esprit, je voulus demander à Antonnieta si elle voulait poser pour Jean Baptiste. Au début elle trouva l’idée absurde car elle ne voulait pas que Ludovic lui reproche ce qu ‘elle faisait. Comme je la suppliais, elle accepta, convaincue par ma douceur. Elle était exactement le modèle que je recherchais, sérieuse, rieuse. Elle m’avait déjà servi de modèle pour Mona Lisa. Mon atelier était au centre de Milan dans une salle obscure, éclairée par des bougies. Je la vêtis d’ une peau de chameau que j’ avais achetée le matin même dans un marché. Je lui demandai de prendre une pose différente de celle qu’ elle avait prise pour la Joconde.Elle prit une croix qu’ elle tenait de sa main gauche. Je lui demandai de lever son  index vers la croix. Ceux qui verront ce tableau  comprendront sûrement ce que j’ai voulu exprimer par cette pose : Saint Jean Baptiste n’est pas le Messie mais le désigne. Je demandai à mon mécène ce qu’il pensait de mon tableau. Il reconnut tou
 t de suite ma fiancée et me dit que ce tableau serait un grand succès dans les années à venir. Je le montrai à l’archevêque de Florence et il accepta très volontiers mon cadeau. Il le mit dans sa cathédrale pour que tous les visiteurs puissent l’admirer. Les gens ayant entendu de nombreux compliments sur cette peinture allèrent, de plus en plus, à Florence admirer mon tableau. Je reçus de nombreuses lettres de compliments. Les gens me demandèrent si c’était la même personne qui avait posé pour lui et pour Mona Lisa car il y avait une certaine ressemblance. Je riais de bon cœur mais ne leur disaient jamais la vérité. Ils auraient pu voir aisément que c ‘était la même personne si l’on avait mis les deux tableaux côte à côte. Je fus assez satisfait de mon chef d œuvre et voulu que ce tableau soit une illustration de l’évangile.
                                                 
                                                    

306.       Série Palestine © Véronique Vercheval V14

 

Carnet de bord                                                 29-04-02 au 05-05-02

Le 29 avril je suis dans une maison de campagne , je me cache pour éviter de me faire tuer car en ville c’est la guerre .
Le 30 avril je décide de prendre mon courage à deux mains et je vais en ville , marchant tout doucement en regardant les effets de la guerre .Quand j’arrive à Béit Jala près de Bethléem , je vois des maisons détruites ,des rues défoncées, des murs éventrés et des impacts de balles .Ici à Béit Jala plus beaucoup de signes de survie .Je continue à avancer quand un garde m’arrête et me demande ce que je fais là ,moi paralysée par la terreur qui règne ici je n’ose rien dire par peur de mourir .Je me suis fait arrêter et mettre dans un camion militaire direction : un camps de résistants .Dans le camion , une seule personne parle la même langue que moi c’est à dire le français .Je lui raconte ma visite dans la ville et mon arrestation .Cette fille est d’origine maghrébine. Ses cheveux sont courts et noirs , son nez bien marqué et le français qu’elle utilise est teinté d’un petit accent arabe. Elle me raconte que sa mère s’est fait arrêter parce qu’elle a tué plusieurs gardes donc l
 a fille arabe a fait exprès de se faire arrêter pour retrouver sa mère. Arrivés au camps , personne n’était dehors sauf nous . Des gens criaient derrière les barreaux qui étaient au ras du sol. La fille nommée Yasmina distingue l’ombre de sa mère  Les gardes nous emmènent dans la prison que j’aie vue . Ils nous donnent une tranche de pain rassis et de la soupe. Yasmina pleure car elle s’est fait arrêter pour voir sa mère mais elle ne la retrouve pas.
 Le lendemain c’est à dire le 1er mai , la cellule est ouverte , avec les clés sur la grille, par contre Yasmina n’est plus là mais quelques mètres plus loin , je la vois à genoux au pied de la cellule de sa mère.
12h10 , les gardes nous attrapent fermement et nous dirigent vers un réfectoire où tous les prisonniers sont présents. Yasmina voit sa mère de loin mais ici les retrouvailles sont interdites donc elle reste assise , les larmes aux yeux .
13h30 :on doit travailler dans le camps et c’est ce moment que Yasmina attendait . La fille arabe regarde sa mère , sa mère la regarde et elles se font un signe . Les deux marchent vers l’arrière du camps . Je ne pouvais m’empêcher de les suivre et les retrouvailles sont tellement fortes que je prends une photo pour immortaliser ce moment . Ensuite c’était le moment pour moi de m’évader et de prendre l’avion pour la Belgique . Donc j’escalade le mur à moitié effondré à cause  des bombardements mais lorsque je m’enfuis j’entends un garde crier et deux coups de feu . Ensuite plus aucun bruit . Je n’ose pas me retourner , de peur de découvrir un trop triste spectacle .
Bruxelles , le 5 mai je descends de l’avion où toute ma famille m’attend et je leur raconte mon histoire