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Concours "des mots pour voir" session 2004

 

Textes en français langue maternelle catégorie A (de 14 à 16 ans et demi)  PREMIERE SERIE

  1 à 113 Textes reçus avant le 5/3 /2004

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1.       Georges de La Tour La Madeleine à la veilleuse -louvre (27)  

                   
LA VIE

La tristesse que reflète cette image provient du regard de cette jeune femme.
Enfouie dans ses pensées, isolée, elle songe.
Quel est le problème qui la tourmente et quelles solutions cherche-t-elle ?
Tant de questions doivent s’enchaîner dans sa tête ! Tant de questions qu’on se pose à soi-même.
Cette jeune femme a l’air d’être enceinte, son ventre est rond, et sa main posée sur un crâne humain nous indique bien l’éternelle question de la mort et de la vie, dont nous craignons tant la réponse.
Doit-elle abandonner son enfant ? est-elle trop jeune ? son entourage la condamne-t-elle ? son compagnon la renie-t-il ? La vie ou la mort, tant de questions obscurcissent son esprit.
C’est comme si « La Madeleine à la veilleuse » a la mort dans l’âme. Quelle lourdeur dans son regard ! Comme si son âme était épuisée.
Elle est source de vie, pourtant la mort la guette. Les deux opposés sont présents. C’est de là que naît cette sorte de neutralité où mort et vie s’enlacent sans se combattre. C’est pourquoi la jeune femme ne sombre pas et c’est pourquoi elle est là et ne peut rien faire d’autre que de veiller.
Elle qui pourtant devrait respirer la jeunesse, la beauté, l’envie de vivre, n’est malheureusement rien de cela. Tout au contraire, elle est symbole de la femme muette, celle qui ressent tout, mais retient ses sentiments en son cœur, se montre toujours sereine, car,elle le sait bien, la Mort est là qui commande.
La gamme de couleurs est très restreinte : blanc, blanc cassé, brun, brun foncé et clair, beige et rouge.
« Le blanc est comme le symbole d’un monde où toutes les couleurs se sont évanouies, le blanc sur notre âme agit comme le silence absolu, la totale neutralité », comme la paix que Madeleine voudrait qu’on lui accorde.
Le rouge est une couleur essentiellement chaude qui agit intérieurement comme une couleur débordante d’une vie ardente et agitée sans tout ce qu’elle voudrait ressentir.
Le brun foncé qui vire au noir, la tristesse, la haine, le noir est la couleur du deuil, de l’affliction, le symbole de la mort, tout ce qui l’entoure, qui la fait sombrer, mais il y a là au fond une lueur d’espoir qui la fait tenir.
Le titre : « La Madeleine à la veilleuse » nous révèle encore une fois la tristesse, celle qui tous les soirs s’isole pour pleurer, qui veille à ce que tous les soirs se reproduise cette même tristesse.
Pourquoi le peintre avait-il tant de mélancolie en lui ? Peut-être qu’il venait encore une fois de perdre un enfant, et qu’il lui dédiait ce tableau ? Cela, personne ne peut le savoir, pas même les grands spécialistes, car jamais nous ne pourrons savoir ce qui se passe dans le cœur ou dans la pensée d’un être humain, même si à la base nous sommes tous pareils.
J’ai choisi cette magnifique œuvre, car elle donne énormément, et décrit un moment de la vie de chacun. Chaque personne, qu’elle soit riche ou pauvre, malade ou en bonne santé, populaire ou non, a son moment de joie, de bonheur, de colère.
J’ai choisi cette image, parce que je trouve qu’elle me décrit. Quand je l’observe, j’ai l’impression de me voir. Les soirs où je me retrouve dans ma chambre en ces moments où j’ai le temps de réfléchir, de m’isoler, je suis plutôt triste, triste de ma journée, triste pour les enfants malades qui n’ont pas encore connu le bonheur, triste pour ces grandes stars qui sont obligés d’être ce qu’ils ne sont pas pour plaire aux publics, triste pour ces riches personnes qui ont toujours tout eu car jamais ils ne connaîtront la fatigue d’une longue journée de travail et la joie de retrouver sa femme et ses enfants.
C’est donc ces soirs-là que je me sens concernée par les problèmes des autres personnes sans pouvoir les aider car, comme « La Madeleine à la veilleuse », la neutralité doit régner.
Comme si toutes les deux, nous étions dans un énorme tunnel tout sombre avec   des lumières aux extrémités nous permettant de tenir le coup, mais, toujours, sans pouvoir avancer.

 

2.       Edgar Degas Le défilé, dit aussi Chevaux de courses devant les tribunes -  Orsay 10



Lorsque je regarde cette peinture, je ressens d’abord l’adrénaline monter petit à petit dans mon esprit ; je sens l’excitation de ma monture sous la selle de cuir brillant. Des murmures dans le public se font entendre plus le départ est proche. Mais, étonnamment, il règne aussi beaucoup de sérénité dans cette scène, comme si le calme et le silence en faisaient partie.
En effet, les chevaux sont représentés presque au repos. Les montures, exceptée celle située au centre du tableau qui, elle, s’emballe, ne nous laissent percevoir qu’un léger dandinement, subtilement suggéré par l’artiste.  Celui-ci accentue les ombres sur le haut des postérieurs alors que les jambes paraissent statiques, c’est ce contraste qui donne à la fois cette impression de mouvement et d’immobilité. À ce propos, le titre du tableau, « Chevaux de course», peut surprendre. En effet, des chevaux de course devraient être représentés en pleine action. Or, Edgar Degas s’est montré très original en peignant ses montures au pas. Aussi le titre «  Le défilé » convient-il beaucoup mieux à l’allure des chevaux et aux impressions suggérées.
Il est peu commun que les principaux éléments d’un tableau soient représentés de dos. L’artiste veut ainsi nous faire entrer dans sa peinture et participer à l’action. En effet le spectateur, placé en contre-plongée, est attiré par la perspective ascendante de la scène et souhaite s’y intégrer. Il s’imagine alors participer au défilé en tant que prochain cavalier. La piste s’ouvre devant lui dans une longue perspective rectiligne, son œil est conduit en direction du seul cheval en réel mouvement. Cette figure centrale ne peut que l’attirer, le reste de l’image représentant des figures statiques.
Le tableau est réalisé majoritairement dans les tons beiges ; le ciel est constitué de tendances grises et bleuâtres, les ombres des chevaux  accentuent le caractère voilé, plutôt sombre de l’atmosphère générale. Les seules taches de couleur apparaissent dans le public et sur les tuniques des jockeys. Après l’excitation du premier moment, le spectateur  ressent alors une certaine mélancolie. Celle-ci est due à l’opposition de deux températures de couleurs : chaudes et froides. Cet effet de contrastes suscite chez le spectateur des sentiments contraires, mêlant  mélancolie et enthousiasme et favorisant un long moment de rêverie devant l’oeuvre.

3.       Félicien Rops, Plage de Heyst, 1886 -  Rops_plage

Mon image

Un jour de plein hiver, je décidai d'aller à Namur contempler le musée d'art de Félicien Rops pour ramener des idées fraîches et claires de cette saison glaciale. Au début de cette visite, j'étais presque déçue de toutes ces peintures étranges et froides…
Puis, soudain, au fond du couloir, je vis une peinture qui attira mon regard :

C'est un paysage de la plage de Heyst qui semble s'étendre à l'infini. Le long des cabanons, le regard file jusqu'au loin. Le point de vue est un angle naturel, mais légèrement en contre plongée puisque l'horizon se profile vers le haut. Au centre de l'image, se trouve une femme dont le visage n'est pas visible. Vêtue de noir et d'un vêtement de drap bleu, elle porte une ombrelle. Protège-t-elle ses yeux des picotements du sable? Fait-il froid dans ce petit vent de fin d'après-midi au déclin de l'été qui fait s’envoler sa robe? Est-ce cette même brise qui efface les traces de pas ou bien la marée descendante? Le ciel touché de jaune, s'emplit-il de grains de sable éparpillés par le vent?
Cette femme a l'air fatiguée d'avoir marché tout le long de cette plage interminable. Elle capte mon regard et me donne envie de rentrer dans le tableau, d'observer de l'intérieur le paysage qui m'entoure. A ma droite, se trouve une rangée de petites cabanes de couleur brune, bleue, et rouge. Plus loin, à gauche de la femme, il y a une barque qui semble vaciller. Son vieux bois est couvert d'une peinture bleue qui paraît s'effriter sous le grattement du vent granuleux. Plus loin, d'autres personnes, minuscules silhouettes, s'amusent, se promènent ou, peut-être, pêchent à marée basse. Une toute petite colline d'herbe dévale derrière les maisonnettes pour disparaître dans la mer et l'horizon infini.

Le bleu céleste se pose sur le miroir de l’eau et, comme par ricochets, rejoint la barque, la femme, les cabanons pour s’étendre en soupirs plus profonds, dans les ombres qui se couchent, bercées par la lumière de l'air. Et voilà qu'il se marie au jaune du sable, au rouge et brun des maisonnettes, au monde terrestre.

Je ressens un bien-être paisible et chaleureux. L'atmosphère est légère et douce. J'ai l'impression d'être poussée par ce petit vent qui m'entraîne et m'invite à voyager dans le monde entier. J'ai réellement été touchée, au cœur de ce paysage qui a éclairci mes idées et m'a donné l'envie de prendre de longues vacances!


4.       Série Palestine photographie de  Véronique Vercheval  V15

Je suis journaliste et plus exactement photo-journaliste belge. Je ne cherche ni le « scoop », ni « l’image extraordinaire ». Je ne suis qu’un témoin qui montre à sa façon la vie de ceux qui sont différents, rejetés ou même oubliés. On dit que je suis renommée, mais faut-il montrer la vérité pour être regardée ou pour être reconnue ?
Ainsi dans mon carnet de route, la photographie la plus marquante que j’aie pu faire en Palestine est, pour moi, celle de ces petites filles, à peine âgées de 10 ans, de l’école du camp de réfugiés d’Al-Amary. Cette école a été mise en place par l’UNWRA (organisation s’occupant des réfugiés) et compte mille étudiantes. Elles sont réparties en deux groupes et ces dernières ont cours soit le matin, soit l’après-midi.
J’arrivais sur cette cour d’école terreuse et rougeâtre, la chaleur pesante me faisait transpirait à grosses gouttes. J’eus juste le temps de placer mon matériel pour prendre une image imprenable avec mon objectif braqué sur les portes de l’établissement.
La cloche sonna et elles sortirent toutes en courant au milieu de la cour.  Lorsqu’elles s’aperçurent de ma présence, elles accoururent toutes vers moi. Avec leurs mains levées vers le ciel montrant le signe de la victoire. Elles ressemblaient toutes à des petites filles modèles avec leur uniforme et leur col Claudine. Des petits anges tombés du ciel, purs et joyeux.
Mais ce signe m’a choquée à tout jamais. C’était comme si, à la place de ce « V », elles tenaient des armes à feu, comme on le voit si souvent par ici. On se rend compte qu’elles sont en fait conditionnées par cette soit disant école …Les adultes qui mènent leur guerre les font participer en leur faisant croire à leurs idées. Pendant un instant, j’hésitais de prendre la photo car ce fut un vrai traumatisme pour moi. Mais je voulais montrer ce qu’il y avait sur le terrain et surtout la vie d’une population qui essaie de vivre avec tous ces malheurs. 
Entre six et dix ans est-on déjà apte à dire si le fait d’entreprendre ces nombreuses guerres est pour la Palestine une sorte de victoire commune ? je ne le pense pas. Ces filles sont persuadées d’être invincibles ! Ou devrais-je dire qu’on les en a persuadé

… 

5.       GhirlandajoPortrait d'un vieillard et d'un jeune garçon  Italie24


 Voilà maintenant soixante ans que grand-père Francesco est parti me laissant pour seul souvenir ce tableau peint par son grand ami Domenico, le 24 mai 1490.

Je m’en souviens comme si c’était hier. Grand-père comme chaque mercredi m’emmenait au parc près de la place Saint-Pierre à Rome, il me laissait jouer, il me souriait, une immense joie brillait dans  ses yeux. Son regard posé sur moi lui procurait un grand bonheur.
Soudain le ciel bleu de la capitale s’assombrit et à cet instant il me prit par la main et me glissa a l’oreille :
« Suis moi Théo, je voudrais te faire partager mon rêve. ».
Quel était ce rêve qui lui apportait tant de liesse ? Pourquoi voulait-il me le faire partager ?

Grand-père arrêta une calèche et ordonna au cocher de se rendre à Florence, la ville voisine.
Après avoir traverser la ville a  pied, nous nous arrêtâmes devant une maison de couleur blanche. Un homme d’une soixantaine d’années ouvrit la porte, nous invita à entrer. Je n’avais jamais rencontré cette personne auparavant mais apparemment Grand-père, lui, la connaissait depuis des années.

C’st alors qu’a l’aube du crépuscule, Grand-père me sourit avec plein de bonté et me dit :
« Ecoute Théo, comme tu le sais, je n’ai plus longtemps à vivre avec cette maladie le rhinophyma, mais avant de passer de l’autre côté je désire que Domenico peigne nos portraits ».

Tout s’enchaîna, Grand-père revêtit sa tenue de patricien florentin et sous les conseils de son ami, nous nous plaçâmes devant la grande fenêtre du salon. Nos regards exprimaient le tendresse, l’amour que nous avions l’un pour l’autre, dans les bras de Grand-père je me sentais confiant, en sécurité, malgré ce nez déformé mais si beau si on le regarde avec attention.
Le portrait terminé, Domenico nous appela  pour nous montrer le résultat. Ce tableau était magnifique, l’ami de Grand-père avait su refléter nos sentiments, nos émotions l’un envers l’autre, c’était formidable.

Aujourd’hui je contemple encore ce tableau sur mon lit de mort, je n’ai qu’une seule envie, que cette peinture montre à tout jamais la grandeur de l’âme de mon grand-père qui restera dans mon cœur comme l’être le plus merveilleux du monde.

6.       Parmesan Portrait de jeune homme italie 12


Il  y a bien longtemps que cette histoire s’est déroulée, tellement longtemps que, je l’avais presque oubliée. Il a suffi d’un parfum d’orange pour me rappeler l’odeur du marché où cette histoire commence.
Mais laissez- moi me présenter , je suis Francesco Parmesand, à cette époque, en 1524, je me rendais chez un ami et devais pour cela traverser le marché de Piazzo .Et c’est là que nos chemins se sont croisés, pour la première et la dernière fois. J ‘ai rencontré Luiggi , alors qu’il était en, comment dire, très mauvaise posture. En effet, il était sur le point de se faire lapider pour un vol. Luiggi était un voleur , un enfant des rues qui pour vivre avait besoin de voler. Mais cette fois , l’acrobate avait été attrapé , la main sur un étal, une pomme dans la main. Petit vol me direz- vous, mais pas pour lui . Pas pour eux non plus. Mais avant que la situation ne se détériore je suggère une solution. Je propose au marchand de lui racheter sa marchandise en échange de quoi il laissait repartir le petit.
De près, c’était un enfant d’une beauté certaine mais cachée, comme ces tableaux que la misère ou le temps cache mais qu’un œil pur n’aura aucun mal à déceler. Et c’est précisément pour cela que j’ai décidé de le peindre , en écolier, comme n’importe quel petit garçon. Pour que plus tard le monde le voit comme il était vraiment et non comme la société l’avait transformé.   

 

7.       Fernand Khnopff, Étude de femme,  khnopff_etude

De l'autre côté du miroir
Gracieuse, splendide, harmonieuse ,sensible ,indéchiffrable, ésotérique et occulte. C’était ces quelques mots qui définissaient m sœur Malicia  KHNOPFF ; Je l’admirais beaucoup, elle était loin de ressembler à ces personnes à l’esprit torturé. Son comportement laissait entrevoir à quel point elle conjuguait  le verbe vivre. Mais seules ses pensées m’échappaient et j’aurais  donné  tout  pour les connaître . Son regard semblait attiré par un objet inaccessible. Elle donnait l’impression à tout le monde de vivre sur terre mais au fond d’elle même, elle accordait plus d’importance à la suprématie de la pensée et de l’imagination.
           Je n’étais qu’au début de mes surprises. Un soir en rentrant d’une réunion je l’aperçus devant son miroir comme d’habitude. Je serais bien parti dans ma chambre comme j’avais coutume mais cette fois-ci, je sentis quelque chose d’anormal, bien des changements s’étaient opérés.
           Le miroir ne semblait plus être un outil lui servant à se contempler mais une barrière à franchir pour se rendre vers l’au-delà.
Le regard de Malicia semblait s’y rendre parce qu’elle était dans un état second. Je découvris une autre facette de ma sœur.
           Pour la première fois de ma vie, le doute m’envahit, la connaissais-je vraiment ? Mes soupçons sur ses pensées seraient-ils fondés ? Qui regardait-elle dans ce miroir ..?

           Je ne pus m’empêcher d’immortaliser ce moment-là. Je pris mon matériel de dessin, mes fusains et je fixai ce moment. Je la représentai et j’imaginai à qui était lancés ses regards amoureux . Je dessinai un reflet de son image mais avec quelques modifications : il avait les yeux fermés, je voulus montrer qu’elle était morte de l’intérieur, cela était relié à mes hypothèses : celle où  elle exprimait sa tristesse et son amertume  à travers le miroir. Je rajoutai à son reflet une mâchoire lourde pour lui donner une ambiguïté androgyne.
Puis, je me rendis compte que j’étais jaloux, de qui ? de quoi ? jaloux d’un personnage imaginaire, en fait j’aimais trop ma sœur, c’était plus que  de l’amour, Cela semblait de la passion et cette trop grande passion me conduisit à la folie, mais l’inceste était quelque chose de banni dans ma pensée, je l’aimais un point c’est tout.

 

8.       Canaletto L’Entrée du Grand canal et l’église de la Salute Italie(7)

Ana Cottle, richissime anglaise de son époque, bâti sa fortune grâce aux nombreuses relations sentimentales qu’elle avait eu avec d’illustres personnages de la haute bourgeoisie. Cependant, elle n’éprouvait que de sophistiques sentiments avec eux et de ce fait, la solitude regagnait chaque homme après qu’elle les eut délaissé.
Elle s’adonnait volontiers aux voyages et parcourait le Vieux Continents dans ses moindre faubourgs. Bien qu’elle connaissait la plupart des pays, elle ignorait encore la célèbre Vénétie.
Elle arriva à Venise, et déjà, elle déambulait dans la ville. Elle était émerveillée en apercevant les sublimes monuments.
Elle parvenait sur la place de l’Eglise Santa Maria della Salute, admirait la Piazzetta…Quand elles se retourna, elle découvrit l’Entrée du Grand Canal, et à proximité de celui-ci, un peintre, pinceau dans une main et tablette dans l’autre. Comme elle appréciait les beaux arts, elle n’hésita pas à aborder l’homme ; et elle se présenta :
« Good-morning, Sir, what are you painting ? »
L’artiste, subjugué par ses salutations angéliques, lui répondit en s’étonnant qu’elle ne le connaissait pas, lui, l’unique initiateur de la Vedute, célèbre pour ses vues de Venise, ville qu’il aimait tant et dont il était natif…C’était Canaletto.
Canaletto, appréciant la femme, lui proposa de lui peindre un tableau. Elle accepta et il effectua son œuvre. Il peignait magnifiquement bien, sa brosse glissant sur la toile telle la plume d’un poète entre les vers. Une nouvelle scène de Venise paraissait alors ; on apercevait les gondoliers sur la lagune qui entourait la ville ; on entendait les cloches de l’Eglise de la Salute sonner et on devinait soudain l’amour naissant entre l’Anglaise et le Vénitien.
On pensait que l’amour durerait éternellement, mais  en vain…Elle quitta l’artiste comme elle avait délaissé les autres.

 

9.       Photographie Jean-Michel Fauquet  fauq (3)

Au jour consumé.

    Elle se réveilla en sursaut, des gouttes de sueur ruisselaient sur son corps, elle quitta la douce chaleur de son lit et se dirigea vers la salle de bains, où elle s’aspergea le visage, puis elle revint s’allonger. Elle avait encore fait ce rêve étrange : elle apercevait, dans un décor sombre, une gare et deux grands arbres lui faisant face, cette vision était à la fois inquiétante et apaisante. Ce n’était pas la première fois qu’elle faisait ce genre de rêves et tout s’était révélé prémonitoire, mais cela avait commencé le jour où elle avait rencontré un jeune homme, qui se disait photographe ; il lui plaisait énormément. Il fallait qu’elle lui raconte son songe, peut-être l’aiderait-il à l’éclaircir ?
Et elle s’endormit sur cette décision.
Le lendemain, il était prévu qu’ils se retrouvent au Café de Flore, dans le VI°, aux environs de neuf heures, il avait une surprise pour elle. Ils arrivèrent en même temps au rendez-vous, le jeune homme l’entraîna jusqu’à son appartement. Lorsqu’elle y pénétra, elle s’étonna de l’extrême propreté de la pièce, elle remarqua ensuite, au fond de la salle, un tout petit atelier, insolite. D’étranges matériaux jonchaient le sol. Lorsqu’elle s’en approcha, elle fut étonnée de constater qu’une maquette miniature avait matérialisé son rêve, elle remarqua aussi que des dizaines de photos la représentaient.
Soudain, elle eut une vision et se vit en robe blanche, tenant un bouquet de chrysanthèmes, elle se trouvait devant la gare et il lui semblait que son corps était diaphane, un triste sourire ornait son visage… Une peur indescriptible s’empara d’elle et elle regarda avec effroi cet homme qui lui fit l’effet d’un inconnu. Qui était-il ?  Que lui voulait-il ?  Pourquoi ces rêves étranges ?  Ses pensées devinrent de plus en plus noires… Une atmosphère obscure envahit la pièce…

 

10.    Xavier Mellery, Chute des dernières feuilles d’automne,  mellery_automne

Les lumières des réverbères disparaissaient peu à peu . La ville de Bruxelles se réveillait lentement. L’incendie du matin se levait à l’horizon, éclairant la capitale belge de son or .
C’était un spectacle qui généralement m’éblouissait, me fascinait .
Mais depuis bien des jours, cela m’était totalement indifférent .Mon cœur était aussi triste qu’un ciel d’orage, un cœur aussi froid que la brise du matin .
Ma seule raison de vivre à présent, était d’achever ce tableau, qui représentait toute mon histoire, aussi étrange qu’elle soit.
C’était au début du mois d’automne, je me rendais comme à mon habitude, à mon travail .
Mais qui aurait pu se douter que j’allais rencontrer, ce matin-là, cette mystérieuse jeune femme?.
Je pensais que c’était un don du ciel, ou encore, qu’elle était la réincarnation même de la déesse Aphrodite, des cheveux plus noirs que l’ébène et des yeux aussi profonds qu’un abysse. Ses pupilles brillaient comme des étoiles, elle avait un nez aquilin et un cou de cygne.
Elle s’appelait Émilie . Nous nous sommes revus plus d’une fois ensuite. C’était une femme qui m’envoûtait, j’était fou d’elle, je l’aimais à en mourir, elle représentait tout mes désirs, comme toutes mes craintes, elle était ma lumière et ma drogue, mes jours comme mes nuits.
Et voilà!, le mois d’automne bientôt achevé, la relation entre Émilie et moi était a son apogée.
Mais, j’appris par pur hasard qu’elle fréquentait déjà un autre homme et qui plus est, était un de mes amis.
On disait d’Émilie que c’était une femme à homme. Ce fut comme un couteau en plein cœur. Elle m’avait trahis, c’était une félonne, une briseuse de cœur .
Je me rendis à sa demeure, un lieu qu’elle n’avait jamais voulu me montrer, ni à personne d’ailleurs.
Sa maison était cachée par un grand arbre, avec de fines branches, tels des doigts prêts à attraper leur proie.
C’est à la vue de ce bras géant que je devins amnésique.
Mon seul souvenir est ma captivité dans ce grand arbre tendu d’une toile gigantesque . Émilie quant à elle, telle une araignée géante, était suspendue dans les airs. Moi, j’était sa proie. C’était mon ami qui vint à mon secours. Et pourtant, j’essayais de me suspendre à la toile comme si mon seul souhait était de rester enfermé.
Je me demande toujours si cette scène était réelle ou si elle était le seul fruit de mon imagination.
Émilie était une croqueuse d’homme, prisonnière de l’envie de séduire, moi même libéré, j’en était toujours prisonnier; mes pensées je les enfermais à mon tour, elles mêmes retenaient prisonniers mes souvenirs.
Une impression de vide me saisissait, une chute interminable, une chute sans personne pour me rattraper.
A! Automne, tu symbolises la fin, tu symbolises la mort.
Il ne me reste alors que la chute de tes dernières feuilles, sur une toile maudite. 

11.    Fernand Khnopff, Étude de femme, 1887 khnopff_etude

Comment as tu fait ? Dis moi, dis moi… depuis tout ce temps… depuis tout ce temps j’avais réussi, enfin, à t’enfermer, à cacher ton cadavre, ton fantôme, dans un coffre dont moi seule possédait la clef… depuis tout ce temps, j’avais réussi, enfin, à ne te faire revivre que dans des songes de nuit, mais je sens et je sais qu’à présent… le passé redevient présent et moi j’aimerais tant le dépasser… alors dis moi… comment… pourquoi… je te vois à présent sur ce tableau ?
Je ne sais plus, je ne sais plus rien, je suis dans un tel trouble tu ne peux pas t’imaginer… « Etude de femme », cela s’appelle, « Etude de femme », cela devrait plutôt s’appeler « Tue cette femme », oui je voudrais la tuer cette femme, cette fille, ce double, cette sœur, je voudrais la poignarder, lui fracasser la tête au sol, la lancer au dessus d’un pont, comment, pourquoi, dans quel but, de quel droit te permet tu de réapparaître à la surface, d’immerger du lac dans lequel je t’avais soigneusement, méthodiquement fait couler ?


Puisque tu es là… regarde, regarde plus attentivement… tu vois cet orange, ce flou, on dirait… un labyrinthe, le labyrinthe dans lequel nous nous sommes perdues un jour de lune pleine, c’était, cela avait été, et ce sera toujours… nébuleux ; je ne saurais dire laquelle tu es, laquelle je suis, regarde sur le tableau cet œil, fixe, qui regarde ailleurs, regarde ce sourcil bien dessiné, légèrement froncé, cette mâchoire, ce menton, cette bouche androgyne, puisque les anges n’ont pas de sexe, puisque la légende dit qu’un androgyne c’est l’un, et son double ; quant à l’autre, le reflet, il semble s’épuiser, tomber, mourir, s’user d’amour… on dirait un miroir, une forme évanescente, qui n’aspire qu’à la beauté, à la pureté, quitte à s’enfermer, quitte à devenir… un rien qui aspire au tout, une simple ombre façonnée, un simple reflet désabusé, car le corps de l’un a été offert à la postérité de l’autre, pour ne former qu’une seule et même personne… à moins que… je ne sais plus… à !
 moins qu’elles aient toujours été une seule et même personne ;

Peut-être… peut-être que nous avons tour à tour, joué le rôle de la femme et du double, ce double trouble qui souffre, qui souffre de la voir regarder ailleurs, vers le monde, au delà des formes incertaines, obscures, et célestes qui les entourent, elle ose… elle se permet, sans retenue, sans culpabilité, sans la moindre culpabilité, de regarder au delà, au delà d’elles, au delà d’elle-même, de son monde intérieur, de sa planète lunaire, mais dis moi… pourquoi ce tableau m’émeut-il, m’effraye-t-il tant ? C’est peut-être tout simplement, comme les choses peuvent parfois s’éclaircir, peut-être tout simplement une femme qui face au miroir, détourne la tête, lassée ou apeurée d’elle même, ou indifférente, tout simplement, tout simplement…  Mais je sens bien la fausseté de ce sentiment, et retrouver mon gouffre passé de sombres pensées m’insupporte !

Ce tableau…à force de trop regarder vers l’extérieur…sans pourtant l’expliquer –les fous n’ont pas à s’expliquer- tu t’es déchirée, je me suis séparée, tu as souffert, et j’ai pleuré, pleuré d’avoir osé découdre, taillader, éventrer, celle qui était plus moi que moi même, à moins que ce fusse toi, qui m’a poignardée, qui m’a fracassé la tête contre le sol, qui m’a jeté du haut d’un pont, soudainement, sans même que je crie, que j’ai le temps de crier, oui, c’est sang doute toi, puisque je n’avais pas… je n’avais pas su voir au delà du miroir étonnement angélique… que tu étais le mâle incarné ;

Et si je n’ose pas tendre ma main vers ce miroir limpide… translucide , c’est que j’ai si peur, à présent, sans trembler cependant, car seuls les faibles tremblent, mais je ne veux plus jouer les rôles chaotiques de l’une et de l’autre, de la première et la seconde, de l’une et de l’une, de l’une, tout simplement, et ce miroir d’opale me gêne, me plaît, me trouble, comme s’il était le chatoiement où je verrais impuissante ma vie s’effondrer, ma mort s’écouler, tout cela au nom d’un être, d’un être sans corps, puisque le corps, le cadavre, je le porte dans mes bras, après avoir scellé mon tombeau, alors je t’en prie, je t’en prie dis moi ce qu’il y’a de mieux à faire, maintenant que tu es revenue.. que tu es revenue ? Je dis n’importe quoi. Tu as toujours été là, puisque tu es moi, à moins que je ne sois toi, à jamais, et ce tableau… cette femme dans le miroir, ce tableau, ce peintre… sont la révélation de cette ineffable et horrible vérité…

Ainsi adieu,
tue toi et je mourrais ;

 

12.    Peinture de  Thierry-Loïc Boussard BO-F7


 Je respirais ton corps comme j’humais l’odeur des fleurs au cimetière où celui que tu avais tant aimé se reposait et je savais que rien ne pourrait plus nous rapprocher désormais. En quittant notre monde, il avait brisé le dernier lien qui te retenait à moi ; tandis que j’obtenais ce dont j’avais tant rêvé depuis mes plus jeunes années, une vie qui n’appartiendrait qu’à nous, je me rendais compte que lui seul avait stimulé mon amour, qu’en disparaissant il avait découvert l’unique moyen de m’arracher à toi. Sans doute se moquait-t-il bien de nous ; à passer tant de temps mort, il fanait les fleurs sur sa tombe. Il avait voulu des ballons à son enterrement, ce que j’avais toujours pris pour une marque de son indifférence vis à vis de la vie, le rêve arrogant de lui être plus fort. Je me trompais. De nouveau, tu lui appartenais pleinement, tes pleurs lui étaient destinés comme lorsque tu l’aimais, il y a si longtemps ; tu devais réapprendre à vivre et!
  son absence si lourde n’était rien d’autre qu’une accumulation de déchirures, la neige sur la verdure, le prétexte à toutes nos faiblesses, à notre amour depuis si longtemps parti sans même que nous nous étions aperçus. Un peu d’intimité, souhaitions-nous. Trop, c’était trop.

J’allais te quitter, j’allais le quitter, tout oublier. Tu avais été ma vie, tu allais être ma mort car je considérais encore l’amour comme un don de soi à part entière, un libre esclavage ; je m’étais abandonné à toi, je t’avais permis de régir mes humeurs, il fallait aller jusqu’au bout, jusqu’au bout des choses, plus loin que l’amour quand l’amour n’était plus là. Et je me rappelle toutes ces heures passées les doigts tapant sur le clavier, les yeux mi-clos devant l’écran et la feuille blanche virtuelle que rien ne savait noircir, juste le café déversé dans un dernier appel au secours lancé gauchement par mon esprit, par l’espoir inébranlable de pouvoir recommencer à zéro notre histoire. Sans lui. Aurions-nous duré, sans lui ? Si tu avais eu la force de m’attendre… Des mots, des mots, des mots qui en vain essayaient de te crier mon cœur comme pour écrire un nouveau Roméo et Juliette et, soudain, une main, la mienne, dérapait sur la touche delete que j’en venais à haïr ; p!
 as de droit à la lassitude par souci du devoir à accomplir, juste la lutte contre la fatigue, le dernier combat d’un extrémiste de l’âme.

Je vous connaissais par cœur, lui aussi bien que moi ; et tes yeux qui me suppliaient chaque nuit de t’enlever afin que je te donne l’excuse qui te garderait à jamais près de moi, ces mêmes yeux  implorants que tu posais sur lui pour qu’il nous sépare, qu’il te réprimande et t’assassine sous une perverse culpabilité. Tu étais si faible ! Je t’en voulais de te morfondre ainsi, de nous tirailler à travers ton incapacité à te décider, à choisir entre ma délivrance et sa pénitence, la peur de me perdre et la peur de te désaccoutumer, cruel dilemme qui nous priva de vie. Je te martyrisais au lieu de t’accepter telle que tu étais, au lieu de te croire quand tu disais que tu m’avais toujours aimé car je me bornais à ma propre souffrance quand bien même là-bas, je te savais assise sur le carrelage froid à verser des larmes impuissantes devant le feu passionné qui les attisait. Alors je n’avais pas encore compris, piètre romantique que j’étais.

C’était au printemps 2004, lorsque les bourgeons naissaient sur les arbres comme pour se moquer de la neige qui baignait obstinément à leurs pieds, comme pour mettre en évidence la bêtise de l’immuabilité de ton deuil qui n’en finissait plus. Tu avais absolument voulu lui souhaiter son anniversaire de mort et, une fois de plus, je t’avais suivie, aussi lâche que toi, finalement, à partir. J’avais froid ; tes bras ne me réchauffaient pas puisque je sentais toujours sa présence entre nous, et la quiétude du cimetière me donnaient ces frissons que seules les grandes choses, le silence, peuvent apporter tout en donnant envie de fuir, de se cacher à la lumière du soleil là où aucune pensée obscure ne peut survivre. Aussi les fleurs, quelquefois naturelles et jolies, me rassuraient et t’empêchaient de lire mon malaise, quand bien même il me privait une énième fois de toi dans ce moment de solitude binomiale. Je… Je n’ai pas à m’expliquer sur la pulsion qui m’a alors poussé à faire!
  ce que j’ai fait, ce manque de respect, cette souillure, ce viol pour reprendre tes paroles, mais saches que jamais je n’ai voulu commettre un quelconque crime, encore moins profaner sa mort. Tout est relatif, tu me répétais sans cesse, tout.

Maintenant, la fleur jaune est devant moi, prête à faner dans son vase ténébreux, au milieu de celles en plastique que tu m’avais offertes en symbole synonyme de notre amour, soi-disant éternel. Tu sais, c’est bien elle la plus belle, elle que je n’avais pas arrachée, seulement cueillie ; c’est elle qui, là, m’inspire et m’aide à aligner les lettres aisément, elle encore dont la vénusté mériterait d’être immortalisée dans le plus illustre des musées. Pour elle, j’ai décidé une dernière fois de croire en l’amour, de suivre mes principes sans doute obsolètes ; ensuite jamais plus, tu entends, jamais plus je ne t’embêterais, jamais plus je ne dérangerais sa mort, enfin vous vivrez tous deux tranquillement car plus une goutte d’eau ne fera déborder le vase où l’excès d’artifice a pendant trop de temps dérangé la véritable beauté. Alors, quand j’aurai peint la fleur jaune sur le fond rouge de notre passion souillée par l’impureté, quand j’aurai jeté les autres pour qu’elles te br!
 isent le crâne comme une seule aura brisé mon cœur, quand il ne restera de nous que le noir de ses étamines, le sang sur ses pétales, tu pourras le rejoindre, et je m’en irai, libéré.


13.    Photographie de Jean-Michel Fauquet fauq (7)


Destinée

 Dès le premier regard, pas même toute la force de ma volonté ne peut m'empêcher de river mon regard vers ce centre flashant, ce blanc qui illumine cette photo, pourtant toute obscurcie par cette terrifiante ombre, due à l'heure tardive, le réglage de l'appareil ou le révelateur utilisé. Le contraste, tout est là. C'est lui l'objet de la photo. C'est lui qui fait la photo. J'oserais même que c'est la photo, le motif n'est rien. Tout est blanc ou noir. Il n'y a pas de nuance. Pas de juste mileu, c'est le Bien et le Mal. La Pureté et la Haine. Tous les extrêmes réunis en deux couleurs parfaitement contraires et qui pourtant forment l'essence de la nature. Ces deux couleurs sont la réalité, les autres ne sont que des artifices destinées à masquer la vérité. Tout est proposé dans cette oeuvre, tout est séparé en deux paroxysmes. Un centre blanc. Une auréole noire. Deux côtés éblouis par la blancheur, un plafond et un sol sombres. C'est l'égalité, l'équilibre suprême, l'harmonie.!
  Même les dalles n'échappent pas à ce sort. Les unes auront droit au lait, les autres au chocolat.

Pourquoi pas de consensus ? Pourquoi m'impose-t-on deux choses aussi éloignées l'une de l'autre que le Pôle nord et le Pôle sud ? Et pourquoi ces deux escaliers qui partent chacun d'un côté ? Je ne peux pas aller tout droit, il y a un mur. Je dois donc choisir une voie, des marches, qui me mèneront à un lieu ou un temps, une fonction ou un état incertains. Au delà de références politiques finalement pas si distinctes l'une de l'autre, je vois là un véritable choix, une destinée, un avenir, un pas vers le futur, sur lequel on ne peut revenir en arrière. Je vois une étape, une porte, un tremplin, un moyen de locomotion, une catapulte ou un tuyau aspirant. Tout ce qui me manque est un lampadère, pour faire un peu de lumière sur tout ça.

Que pourrait signifier cette mise en scène ? Ce lieu est inhabituel. Mediéval, obscur, indistinct, flou, dégageant une aura de mystère. Personne ne déciderait de se rendre dans un pareil lieu, à moins que ce soit pour effectuer quelque rituel bizarre. Ce qui n'est pas mon cas. Je préfère savoir où je vais. Et je me retrouve là, devant un mur, avec pour seul échappatoire deux escaliers qui ne me disent rien qui vaillent. Dois-je prendre une décision ?A l'aube de mes seize ans, j'ai déjà du mal à me repérer dans un monde pourtant éclairé par les médias, les livres, les journaux. Eclairage manipulé, certes, mais qui donne au moins une réponse, aussi fausse soit-elle. Quel choix ais-je à faire. Mon avenir ? Je le croyais déjà tracé, je pensais qu'il s'écrivait tout seul, sans aide. Un personnage de Sartre, Lucien Fleurier, disait qu'il faut se chercher dans le regard des autres, non pas en soi-même. J'ai suivi son conseil, j'ai cherché la direction dans laquelle les autres me v!
 oyaient aller. Mais me voilà piégé. Seul face à mon subconscient, me voilà forcé de décider moi même, je ne peux plus me laisser porter par le hasard ou la chance. C'est mon ego face à mon moi. Et ces couleurs muette qui pourtant veulent en dire beaucoup, je suppose. Dans la vie, tout est blanc ou noir, c'est ça ? Qu'est-ce que cela pourrait vouloir dire ? Le blanc pourrait être synonyme de pureté, de bonté, peut-être même de bonheur. Pourtant je pensais que la meilleure façon de se priver de son bonheur était de se torturer à force de questions. La seule façon d'être calme, c'est de ne pas savoir pourquoi on est là. Il suffit de cultiver son jardin, comme dirait Voltaire. Et le noir, que vient-il faire là, lui ? C'est lui le malheur, la guerre, le crime, les morts, l'oppreseur, tout ces maux de la Terre ? Je l'imaginais plus terrifiant. Comme quoi il peut revêtir n'importe quelle forme. "La violence la plus pernicieuse est celle qui est cachée" écrivait Jean-Marie Domenach!
 .
Ca y est, j'ai fait mon choix. Je vais fuir ce lieu. Je vais me retrouver à l'air libre, là où ma volonté a tout les pouvoirs. Je vais prendre sur moi mes choix, je vais les assumer, mais jamais je ne permettrais qu'on les pose devant moi. Je rêverais de mon avenir, sans qu'on me force à le choisir. Et mes actes décideront de ce que j'ai voulu.

 

14.    Photographie de Jean-Michel Fauquet  fauq (11)

 

 A première vue, on pourrait penser que c’est le vent. Détrompez-vous, il n’en est rien.
Ces silhouettes d’ébène, qui se détachent sur cette ligne d’horizon si trouble…
Cette étendue de sable, si vaste, dont moi seul sait que chaque grain, chaque particule de sable correspond à toutes les vies, toutes les âmes qu’elles ont emporté.
Qui sont-elles ? Azraël décliné au plus beau des sexes, responsables du trépas, leur venue déclenche malheurs et torrents de larmes.
Amies fidèles des Trois Parques, elles permettent à  Clothos et Lachésis de filer et tourner le fuseau de nos vies, puis s’allient à Atropos afin que leur appartiennent les fils coupés.
De ces fils, de ces âmes, elles sont ensuite maîtresses, et, à leur gré, torturent ces esprits, ne leur laissant une seule minute de répit…
Ces âmes, ont-elles méritées cette souffrance éternelle ?
On pourrait penser que oui, pour justifier un tant soit peu ces actes de cruauté, mais je sais que non, je le sais, tout comme je sais également que je suis une des seules personnes à connaître leur existence, une des seules personnes qui ne connaîtra jamais la quiétude, aussi bien sur Terre qu’entre leurs mains…
Affligées de tourments éternels, ces spectres se vengent de coups immatériels et hurlent de leurs voix aphones…
On pourrait penser que c’est le vent. Détrompez-vous, il n’en est rien.

15.    E.Detaille, Le rêve ORSAY 18


Ce tableau est très symbolique. À première vue, je ne l’ai pas compris, c’est pourquoi il m’a énormément intriguée.
J’ai observé l’œuvre plus en détails et j’ai réalisé que les personnages, des soldats allongés sur le sol, semblent dormir. Dans le ciel, parmi les nuages, on entrevoit des silhouettes formant une sorte d’armée et brandissant des drapeaux. Cette scène évoque le rêve des soldats : une bataille victorieuse. Les images dans les nuages représentent l’espoir d’une victoire qui n’a pas lieu sur terre, celle dont rêvent ces soldats blessés par de nombreuses défaites. Les fusils, impeccablement rangés en faisceaux sont la preuve que, malgré tout, ils sont prêts pour la bataille,… la revanche ?
Tandis que les couleurs sombres et les tons froids semblent dominer, à l’horizon le soleil se lève et diffuse de légers rayons très pâles qui, dans le calme de la nuit, s’opposent à la violence du rêve guerrier et annoncent, peut-être, un jour plus heureux.
Oui, cette peinture est surprenante car, bien qu’elle représente la guerre, elle est bizarrement baignée de sérénité.

 

16.    Jacques-Louis David Les Sabines Louvre (18)

 Comme tout âme errante qui se respecte, j'errais. Depuis maintenant quelques temps j'avais pris la lugubre habitude de traîner dans des endroits plus sombres les uns que les autres. C'était un doux soir de juillet 1794 lorsque je me décida a entrer dans les cachots du palais du Luxembourg par la petite porte. Croyez moi j'en ai entendu des lamentations ... mais il y a lamentations et Lamentations. Et en l'occurrence c'est la deuxième qui m'interpella. L'homme ne disait rien ou plutôt ne parlait pas. Car il ne fallait pas être dupe pour voir que cet homme pleurait. Il pleurait ces larmes qui ne coulent qu'à l'intérieur de nous-même. Emprisonné et délaissé de son aimante pour ses idées.Bon il est vrai qu'il n'y allait pas de main morte sur les idées qui consistaient en une seule et même chose : la mort du roi. Mais il n'empêche que cet homme avait des raisons de souffrir.
Et c'est la que moi, Romulus , j'interviens.
Un courant d'air, une idée s'envole puis se repose sur l'épaule de ce pauvre bougre. Aucune réaction. C'est alors que l'improbable se produit , son amante ayant appris sa condamnation vint lui rendre une visite pour lui faire part de ses sentiments toujours aussi fort envers lui , malgré sa fâcheuse habitude de se mettre dans des situations impossibles. Sitôt après son départ, devinez quoi , je réitère ma tentative , et les yeux brillants de l'homme se mettent à scintiller.
" Mais bon sang mais c'est bien sur ! " s'écria t'il en se tapant la paume sur le front comme si c'était l'évidence même.
Ah je vois que vous vous impatientez de mon idée. C'est simple, ayant derrière moi des siecles d'experiences , j'ai appris que le pardon étaient la meilleure solution a tout problème. Et quoi de plus normal pour un peintre que de faire un tableau ? Donc nous disons du pardon et un tableau.
Voila comment naquit le projet que je n'esperais plus. Mais je crois qu'un petit rappel historique ne vous ferait pas de mal. De mon vivant j'ai fondé Rome (entres autres) et j'ai enlevé les jeunes filles d'une ville voisine pour que florissent la mienne. C'est alors que , incomprehensiblement , les hommes de la ville avorté se revoltent et viennent chercher leurs "filles". Nos deux armées commençaient déjà a s'empoigner lorsque nos femmes ou leurs "filles" s'interposèrent entre elles, formant ainsi une frontière infranchissable. Ce geste est depuis resté un symbole dans l'histoire de la paix.
De longues nuits a tanner Jacques louis David aboutirent finalement a ce thème apaisant et symbolique de la concorde et du pardon entre frères ennemis qui sera la note majeur de notre oeuvre futur. Si mes souvenirs sont bons , l'harcèlement sur les mortels n'etait pas encore passible d'un passage au tribunal mené de main de maître par l'archange St Gabriel et ses confrères. Alors jene me privai pas.
Le reste fut un jeu d'enfant. A sa sortie de prison, quelques années plus tard, sous le directoire , je n'avais plus qu'a le forcer a peaufiner mes petites fesses et le tour était joué. Il est vrai qu'avec le recul, le talent de ce petit ex-mortel ne laisse pas indifférent. Voyez ma pose, ce levé de javelot , cette tenue du bouclier , ce port du casque ( qui devint obligatoire par la suite ) ... Et ma femme n'est elle pas magnifique ? traversant le champ de bataille comme elle traverse le temps ! Un modèle pour la femme d'aujourd'hui, de demain et d'après demain même.
Enfin content de mon oeuvre , à mon gout un peu trop passé sous silence au profit de Jacques louis , j'abandonnais ce dernier a son petit bonhomme de chemin.
Quelques années mortels plus tard ( tout est relatif , voyez vous ) ce tableau fit un grand plouf dans la mare artistique , jusqu' alors figé. Jacques louis fut qualifié de messie et je commencai le recueil de mes mémoires. Ca me fait penser qu'il faudra que je tire mon chapeau a mon ancien interprète mortel si jamais je le croise un jour entre ciel et terre. Mes fesses lui doivent bien ça.
                                                                                                         Memoires de Romulus ,
                                                                                                         Livre VI , Arcane 2

 

17.    photographie de Constance Griffon Du Bellay constance(5)

Un dernier regard vers la porte de fer forgé, et les chrysanthèmes derrière les hauts murs, les yeux me piquent, je L'ai abandonnée...
 Je Lui avais pourtant promis de L'emmener voir les rives de la Volga. Elles sont aussi belles que celles de la Seine. C'est ce que je Lui avais dit, en descendant de l'avion à Orly.
  Tiens, la Seine, te voilà. Tu fuis, empressée de retrouver la mer, liée à elle. C'est Elle qui a raison, il est si fort, ce lien! Qu'est ce qui peut l'altérer ? Rien... Si peut-être, il y a une chose qui peut me la faire perdre, me rendre orpheline.
  56, 57, rue Mademoiselle... Où suis-je? Je ne peux pas être déjà là! Je viens à peine de la quitter, Elle est restée la-bas, je referme la porte que j'avais ouverte, machinalement, inconsciemment, quelques secondes plus tôt, l'appareil cogne contre la clenche.
   Un rapide demi tour, je cours à perdre haleine, de grosses larmes coulent de mes yeux. Je regrette, je veux Lui dire adieu, je veux Lui dire que je L'aime, que la Seine est plus belle que la Volga parce qu'Elle est là, parce qu'Elle était là, et que pour moi, je La verrai toujours lumineuse dans les reflets de l'eau, sur le miroir accidenté que présente la surface trouble du fleuve...
 Un éclair de lumière jaillit, j'entends le déclic qui informe que la pellicule s'enroule : la photo est prise. Des petites vagues nées du passage de la péniche, Maman, blanche, lumineuse, dans les reflets ,figées sur le chlorure d'argent.
 Je reprends ma course, l'enterrement va bientôt se terminer...


18.    Caspar-David Friedrich L’Arbre aux corbeaux Louvre (24)

 

J’y suis encore. Comme toujours. Ce même arbre, cette même branche. Je suis né dessus, j’y mourrai probablement.
Cet arbre est comme mon arbre généalogique, à chaque branche, un membre de ma famille.
Mon frère y est aussi, sur le rameau voisin.
Nous sommes des corbeaux sur un arbre, cela a toujours été et sera toujours ainsi.
Nous l’aimons notre arbre avec ses longs doigts frêles, il donne l’impression d’essayer vainement de s’accrocher au peu de vie qui lui reste.
Une aube orangée caresse l’horizon en commençant à répandre une douce chaleur estivale.
C’est alors que je le vis : un point noir à l’horizon s’avançant vers nous.
Je ne voulais pas le voir venir, s’approcher et déplier son chevalet, venant aussi troubler notre solitude.
Mais c’est peut-être ce qu’il cherche, la solitude.
Pourtant, il ne peint pas, il regarde, il observe, il analyse.
Cette présence humaine, venue pour ne rien faire, trouble la plupart d’entre nous.
D’ailleurs ils ne sont plus là, ils ont déjà pris leur envol vers un autre arbre plus reculé, plus tranquille.
Je me sens triste, car je sais qu’ils ne reviendront pas.
Voilà que je me mets à détester Caspar David Friedrich, ce peintre qui ne peint pas et qui nous chasse sans le savoir.
Mais pourtant je ne m’en vais pas, je reste sur ma branche et je le regarde.
Je veux voir ce qu’il va faire.
D’autres sont restés, le scrutant de leurs yeux noirs. Enfin, il prend un pinceau, de la couleur et il peint, et moi, je le regarde. Le bruit du pinceau qui glisse sur la toile me donne des frissons.
Il peint, il peint. Je hais cette attente interminable, je n’en puis plus. Je bats des ailes, je veux voir et je vois.
Je vois ma colère, ma tristesse et mon attente, je vois cela sur le tableau, sur la toile, sur l’œuvre. Quand je vois un tel talent, une telle beauté je m’envole loin, loin. Je veux oublier que j’ai détesté cet homme, cet artiste.
Oui je regrette…

 

19.     Vincent Van Gogh 1853-1890 La Méridienne ou La Sieste (d'après Millet) ORSAY23

Un jour nouveau se lève sur Saint-Rémy, encore plus beau que les précédents.
J’ai eu des difficultés à trouver le sommeil cette nuit car beaucoup d’idées m’ont traversé l’esprit.
Hier, j’ai été fasciné par la qualité de la lumière et l’ardente beauté des paysages que j’ai découverts en me promenant dans la campagne environnante.
Assis sur mon lit, je contemple sur ce mur une des toiles de Jean-François Millet.  J’aime le naturalisme de ce tableau.  Millet est un de mes modèles.  J’aimerais beaucoup peindre comme lui et plus les jours avancent, plus je me sens inspiré et la joie m’envahit!
C’est moi qui ai désiré venir dans cet hôpital, et je me sens bien ici.
C’est cet endroit que je recherchais depuis toujours. Le personnel et les religieuses sont très agréables.
 Mon inspiration renaît depuis mon arrivée, je trouve une ambiance sereine, tout ce qu’il me fallait !!!
Aujourd’hui est une magnifique journée.
 Il faut que je sorte… Que mes yeux captent la lumière de ce soleil si rayonnant, que mon corps s’imprègne de cette vie paisible des gens de la campagne. Je prend mon chevalet, mes couleurs et je pars me promener.
Cette admiration pour ce décor baigné de soleil et de chaleur ne fait qu’augmenter, cette journée promet d’être longue.
Heureusement, j’ai emporté mon chapeau de paille car le soleil sera d’autant plus présent.
J’ai enfin trouvé mon endroit.
Je me suis installé non loin d’un champ, à l’ombre, et j’ai vu ce qu’avait si bien dessiné Millet, je trouve la même inspiration que lui.
Pas un seul nuage dans ce ciel si bleu, un homme et une femme dorment côte à côte, adossés à une meule de foin, profitant de ce beau temps pour faire une pause et abandonner leurs faucilles.
L’homme a le visage couvert de son chapeau pour se protéger de la luminosité; quant à la femme, elle porte un foulard.  Tous deux portent des vêtements de toile bleu-violet. La chaleur est toujours aussi accablante.  Au loin, une charrette attend d’être chargée.  Un bœuf au pelage clair broute dans le champ.
Le travail est loin d’être terminé, l’autre partie du champ doit être fauchée.  A la vue de cet endroit magnifique, je comprends la quiétude qui règne ici et je sais que j’aurai bien d’autres moments de ma vie à figer sur des toiles.  Je n’ai plus de temps à perdre, j’ai donc décidé de reproduire cette scène en exprimant par des couleurs fortes le bleu du ciel avec le jaune âcre des meules de foin…  Le résultat est époustouflant et donne naissance à une de mes nouvelles œuvres, La méridienne.

 

20.    Edouard Manet Olympia ORSAY9


En 1863, Manet exposa son célèbre Déjeuner sur l’herbe au salon des refusés, nouveau lieu  d’exploitation inauguré par Napoléon III et accueillant, à la demande des artistes, les œuvres rejetées au salon officiel. La toile de Manet, qui représente une jeune femme nue assise entourée de deux hommes en costume dans un décor champêtre, attira immédiatement l’attention du public. Mais elle fut  violemment attaquée par les critiques.
Lui, le dandy sensible, raffiné, fut traité de révolté et de peintre des immondices.
Il ne comprend pas et désespère. C’ est alors qu’il s’inspire de la Vénus d’Urbino de Tiken  pour peindre L’Olympia. Il me choisit, moi,  comme modèle.
Me voila à nouveau dans l’atelier de mon peintre. Je vais pouvoir encore laisser libre cours à mes pensées. C’est fou ce que l’immobilité que Manet m’impose est propice à laisser vagabonder mon esprit. C’est flatteur d’être choisie par un peintre qui suscite autant l’intérêt du public.
Qu’on aime ou que l’on déteste, la peinture de Manet ne laisse pas indifférent. Les critiques vont s’emballer… et l’on parlera aussi de moi.
Je me demande ce chat noir, qui symbolise l’infidélité, est-ce une bonne idée ? Est-ce que cela n’accentue pas plus le côté immoral du sujet ? Et le sujet, c’est moi ! Que vont penser les gens de moi ? Bien sûr, ils vont me reconnaître. Vont-ils alors m’assimiler au personnage du tableau ? Ma réputation n’est-elle pas en danger ? D’un autre côté, un jour mon peintre sera célèbre, reconnu, adulé peut-être, copié sûrement…et ce sera sans doute grâce à ce tableau, grâce à moi…On dira « c’est sa muse », sans elle, il n’aurait pas été célèbre, il n’aurait pas pu peindre de telles merveilles ! C’est vrai que j’adore ce qu’il fait, mon peintre ! Regardez cette lumière, cette grâce ! Ses tableaux vibrent, sont vivants, pleins de sensualité. Il  a une façon tellement personnelle de voir les choses, tellement sensible. Moi, je peux l’observer durant son travail. Il a une façon très particulière de me regarder. Que voit-il ? Voit-il un corps nu, désirable peut-être ou simplement un ense
 mble de lignes et de volumes ? Suis-je une femme nue ? Suis-je simplement un objet, un prétexte pour jouer avec des formes ? Voit-il la douceur, la sensualité de ma peau ou suis-je un exercice subtil, une palette de couleurs ? Je devrais lui poser la question…Un jour sans doute, le ferai-je.
La lumière change, les ombres s’allongent, mes membres s’engourdissent et j’ai froid. C’est vrai qu’il ne fait pas chaud ici. Il est temps d’arrêter de poser.
Demain, je reviendrai et je confierai à nouveau mon corps et mon visage au regard du maître, à la virtuosité de ses mains et à la douceur de ses pinceaux.
Une fois la peinture finie, je figure une femme nue, au ventre jaune, allongée avec indifférence dans le luxe et dans la fraîcheur, contrastant avec le chat noir et la servante noire qui m’apporte le bouquet de fleurs d’un de mes admirateurs. L’ œuvre sera acceptée au salon en 1865 mais il faudra assurer en permanence une surveillance pour préserver la toile de l’agressivité du public, choqué par ma nudité. Je savais que cette toile allait être critiquée…
L’ académisme ne représente pas un idéal pour Manet mais il essaie de concilier construction plastique et sensation visuelle. Pour lui, un tableau n’est pas une reproduction fidèle et réaliste d’une scène mais l’expression d’une sensation visuelle directe, vivante. C’est cette sensation que les gens ne comprennent pas, ils sont choqués par la manière dont peint Manet. Moi, je le comprends, je ressens cette sensation tout à fait nouvelle dans l’art de peindre… 


21.    DAVID La mort de Marat louvre (17)


Bonjour je m’appelle Jean-Loup David. Eh oui ! Je suis l’arrière-arrière-arrière-petit-fils du grand peintre Jacques-Louis David, porté à la gloire par la révolution et Napoléon qui en a fait un de ses peintres officiels.
Je suis metteur en scène pour le cinéma et la télévision. Aujourd’hui, nous tournons la scène de la mort de Marat, grand révolutionnaire devant l’Eternel et ci-devant journaliste pamphlétaire à  l’Ami du peuple.
Malgré tout le respect que je lui dois, Marat avait beaucoup de sang sur les mains, même si c’était, dit-on, pour la bonne cause ! Néanmoins, son assassinat dans sa baignoire par cette exaltée de Charlotte Corday l’a consacré héros martyr de la révolution.
Mon aïeul a mis en œuvre toute sa technique et son génie de peintre pour nous amener à cette vision des choses. Le réalisme de son œuvre, mais aussi sa mise en scène parfaite étaient à vrai dire des choses nouvelles pour l’époque : un fait divers est ainsi transformé par la grâce du tableau et le génie de son créateur en un instrument de propagande et de gloire posthume.
Je vais donc m’efforcer de marcher sur les pas de mon aïeul et de vous restituer la scène dans l’ambiance qu’il a lui-même voulue.
Jean Paul Mara, mon comédien, se place dans la baignoire sabot. Il tient à la main droite une plume d’oie, une autre de rechange est posée à côté de l’encrier juché sur une simple caisse de bois. Une planche recouverte d’un drap vert permet à ce bourreau de travail d’écrire ses articles enflammés appelant à la révolution et à la terreur. Je demande que l’éclairage soit disposé de telle façon que le visage et le buste du comédien soient éclairés au maximum, faisant ressortir la pâleur de sa peau. Sa tête est entourée d’un bandeau blanc, accentuant plus encore la lividité et le pathétique de son visage.
Le décor de fond est  assombri  pour augmenter les contrastes. La maquilleuse a bien fait son travail : une tache de sang écarlate envahit le haut du torse de Jean-Paul et le drap blanc qui recouvre la tête de la baignoire, préfiguration du linceul, est éclaboussé de rouge.
L’accessoiriste pose l’instrument du crime : un long couteau maculé de sang à l’aplomb du corps.
Jean-Paul incline son torse ensanglanté en dehors de la baignoire, laisse pendre son bras droit avec la plume à écrire, prolongeant miraculeusement l’index. La main gauche de cet ami du peuple tient toujours son dernier écrit qui, gloire et revanche ultime, passera à tout jamais à la postérité.
« Jean-Paul, c’est très bien. Ne bouge pas ». -  Action –


22.    Eugène Delacroix Jeune orpheline au cimetière 1824 louvre (4)

 

Chaque nuit, je me réveillais en criant « Maman , Papa »  mais personne ne venait. Ils sont morts. Ils ont péri dans un incendie dont on ignore la cause. Notre maison avait également brûlé. Il ne restait plus rien, que moi et les légumes que mon père m’avait chargé d’aller chercher chez le marchand.
Ça s’était passé deux ans auparavant. J’ai été recueillie par des nobles, très généreux, que j’aime, mais ils ne remplaceront jamais mes parents.
Mes parents étaient bourgeois. Ils aimaient tout le monde et étaient aimés en retour. Mon père était grand, blond aux yeux bleus. Il rendait des services à tout le monde, c’était un pasteur. Ma mère était assez petite, mince et avait des cheveux bruns comme ses yeux. Je lui ressemblais beaucoup. Elle s’occupait toujours de moi avec soin, de jour comme de nuit. C’était la meilleure mère du monde. Tout le monde les connaissait, les aimait mais les avait vite oubliés. J’étais leur priorité, leur fille qu’ils aimaient tant et qui les aimait en retour, pas comme de « vulgaires parents » mais comme des êtres extraordinaires dont je ne pouvais me passer.
Malheureusement, voici deux ans aujourd’hui qu’ils sont morts.
Comme chaque semaine, je vais aller sur leur tombe leur porter des fleurs. En entrant au cimetière, je regardais les tombes, les nouvelles tombes, les nouveaux morts. Et je sais que je ne suis pas seule à avoir été abandonnée.
Voilà, je suis sur la tombe de mes parents, une petite tombe modeste comme toutes les autres. Aucune fleur n’y est déposée; ça me fend le cœur. J’ai placé les miennes et leur ai donné à boire. J’aime voir des fleurs posées sur leur tombe. Ça prouve qu’ils sont toujours aimés, regrettés. Je me suis mise sur un genou et j’ai prié pour qu’ils reviennent car toute ma vie me semble inutile sans eux. J’ai 18 ans et je suis orpheline, ne suis plus aimée et je me sens terriblement seule. Puis, j’ai à nouveau prié pour les récupérer ou pour retourner en arrière pour les sauver, empêcher cet incendie meurtrier.
Quelques instants plus tard, une femme est entrée dans le cimetière et le temps s’est assombri. Elle portait une longue robe noire et un chapeau noir ainsi qu’un voile qui couvrait son visage. Elle venait dans ma direction, à petits pas. J’ai essayé de l’ignorer mais elle m’intriguait. Elle se rapprochait ; j’avais peur. Elle s’arrêta à côté de moi. Je la regardai avec angoisse enlever son chapeau. Elle releva la tête et elle dit : « Maman est là ». Etait-ce bien elle, ma mère qui est morte ? C’est impossible ; pourtant, c’est elle J’étais paralysée. Ce moment restera immortalisé à jamais.
« Maman chérie, pourquoi m’as-tu abandonnée ? ».
A ce moment précis, je sentais que nous n’étions pas seules, ma mère et moi, que quelqu’un nous observait depuis le début et pourtant je ne voyais personne. Mais je ne m’en préoccupais pas trop car j’étais si heure de retrouver ma mère et de la serrer contre moi.
Nous sommes allées chez moi pour rattraper les deux ans que nous avions perdus. Je lui ai demandé pourquoi elle m’avait abandonnée ? Mais elle ne répondait pas. Cela n’a pas été facile pour elle non plus !
Un an est passé et ma mère et moi ne nous somme plus jamais quittées. Aujourd’hui, nous sommes allées passer notre après-midi au salon de 1824 à Paris pour admirer des œuvres d’art, surtout La bataille de Scio  d’un nouvel artiste peintre, Eugène Delacroix. A notre arrivée, nous nous sommes précipitées devant cette peinture. Elle était magnifique. On pouvait observer chaque détail. Puis ma mère m’a interpellée pour me montrer une autre œuvre de Delacroix.
Ma mère ne bougeait plus. Je suis donc allée voir. Je lus le titre   Jeune orpheline au cimetière , puis relevai la tête. La fille sur la peinture, c’était moi :je suis une œuvre d’art !


23.    Caspar-David Friedrich L’arbre aux corbeaux  louvre (24)

 

Cela faisait maintenant 37 ans, oui, 37 ans que j’avais perdu les trois personnes qui comptaient le plus pour moi, alors que je n’avais que 11 ans. Elisabeth, Christoffer, Maria, j’espérai vous rejoindre vite car la souffrance de ne plus vous voir m’accablait.

Cela faisait déjà plusieurs jours que j’admirais cet arbre. A chaque fois que je revenais, un corbeau de plus s’y trouvait. Cet étrange arbre semblait incroyablement attiré vers le sud, malgré le vent tiède qui le poussait irrémédiablement dans l’autre direction. Ce qui me semblait un peu « surnaturel ». C’était le ciel, il était tellement sombre qu’on n’y voyait presque pas la différence entre le jour et la nuit.

Je fus déçu ne pouvoir retourner pendant quelques jours voir cet arbre par la faute d’un vilain rhume, alors que plus ou moins 16 corbeaux s’y trouvaient. Lorsque j’y retournai, il y avait 17 corbeaux, comme s’ils avaient attendu mon retour. Trois jours plus tard, alors que je me décidais à immortaliser ce paysage, le soleil m’éblouit presque, avec de magnifiques couleurs rouge et orange, comme si le ciel voulait être à jamais inscrit sur ma toile sous son plus beau jour.

Après que je l’eusse peint, il redevint sombre, sans étoiles, laissant debout cet arbre.

Le lendemain, le ciel était toujours aussi sombre et je peignis cet arbre noir sur le ciel rouge, comme s’il cachait sous ses branches un secret qui ne devait jamais être découvert.

Le jour suivant, alors que j’avais commencé à peindre quelques-uns des corbeaux qui se trouvaient sur les branches, ils s’envolèrent tous vers le soleil couchant et j’eus juste le temps d’en copier l’un ou l’autre, avant qu’ils n’aient disparu derrière la ligne d’horizon.

Alors que j’avais laissé reposer plusieurs jours la toile chez moi, sans parvenir à lui trouver un nom, je finis par lui donner le titre le plus évident : « L’arbre aux corbeaux

 

24.    Claude Gellée, dit Le Lorrain Port de mer, effet de brume louvre54

Ca y est, c’est l’aube, un navire arrive, accoste et décharge ses marchandises. Depuis la nuit, nous attendions l’arrivée de celui-ci. Déjà des embarcations abordaient le navire. Sur le quai, je montai  dans une de celles-ci.
Il fallait se dépêcher, fuir cette ville.

Tout commença lorsqu’ un soir, le gardien qui s’occupait de la nourriture dans la prison eut un malaise. Profitant de l’aubaine, un détenu, en quête de liberté, s’empara du trousseau de clés. Ayant le sens de la fraternité, il commença à ouvrir toutes les cellules.
C’était une véritable chance pour moi qui normalement devais rester toute ma vie dans ce cachot.De nombreux détenus couraient comme moi vers la sortie.

A ce moment de la journée, peu de gardiens étaient de service, ce qui facilita la fuite.
Nous atteignions la sortie quand l’alerte fut donnée. Déjà certains fuyards furent remis à leur place.Quant à moi, je sortais de cette prison.
La seule issue pour nous, c’était de quitter la ville et le meilleur moyen, c’était par la mer.
C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés sur les quais. Les circonstances ont fait qu’il n’y avait pas de navire.Je me suis donc caché avec d’autres détenus.
Déjà, certains gardiens s’étaient résignés. Cependant, aucun n’avait pensé chercher du côté du port.La nuit tombait. Malgré la fatigue, je luttais pour rester éveillé. Cette nuit fut interminable et finalement je me suis endormi.
A l’aube, je fus réveillé par des cris.

C’est là que commence mon histoire. Avec quelques détenus rescapés, je courus vers de petites embarcations.
Dans la ville, on n’entendait plus rien. Tous les gardiens avaient arrêté les recherches.
Nous ramions vers le bateau.

Bientôt, nous arrivâmes aux abords du navire qui s’apprêtait à reprendre la mer.
A son bord, les marins nous accueillirent chaleureusement. Déjà les derniers détenus embarquaient à bord et le bateau s’éloigna.

Personne ne s’était rendu compte de rien. Il n’y avait aucune âme pour décrire la scène... 
du moins je le croyais.
Quelques années plus tard, alors que je me rendais chez un ami, je vis sur un trottoir un peintre vendant ses œuvres.
Je fus attiré par l’une d’entre elles. Elle ressemblait étrangement à ma fuite sur le bateau qui m’avait conduit vers la liberté.
Tout y était : les barques, le navire, je pus même m’y reconnaître.
Le peintre,  un dénommé Le Larrain me dit qu’il l’avait appelé Port de Mer Effet de Brume car, ce jour-là, s’étant levé de bonne heure pour immortaliser le lever de soleil avec sa palette de couleurs, le port était recouvert d’un fin et fragile manteau de brume.
 

25.    Série les demandeurs d’asile Photographie de  Véronique Vercheval V10

 

Sur cette photographie nous pouvons voir deux personnes : le personnage de droite est une petite fille noire qui se trouve dans un fauteuil roulant. Elle est handicapée, et pourtant elle est plutôt souriante. Le personnage de gauche est une femme qui doit avoir une quarantaine d'années et qui se tient à côté de la petite fille. Cette femme s'est agenouillée pour être au niveau de la petite fille, elle est souriante elle aussi. Elles se trouvent toutes les deux dans la nature, certainement dans un jardin ou dans un parc, car on peut apercevoir de la verdure et des arbres à l'arrière-plan.
On peut constater qu'il y a un contraste de couleurs de peau, car la femme est blanche et la petite fille est noire. On peut penser que la petite fille vient d'Afrique et qu'elle est venue en Europe pour se faire soigner, car ce continent a plus de moyens médicaux que celui d'où elle vient. Le photographe a sûrement voulu dire qu'il faut venir en aide aux plus démunis qui ont dans leurs pays des moyens médicaux et économiques faibles. C'est exactement ce qu'a dû faire cette femme pour la petite fille.
Nous pensons que le photographe qui a pris cette photographie ressentait de la pitié envers cette petite fille qui ne peut malheureusement plus marcher. Mais pourtant cette petite fille garde le sourire et elle semble, malgré son handicap, heureuse. La femme à ses côtés ressent peut-être, au plus profond d'elle, une déchirure et se demande : pourquoi cette petite fille ? Même si cette femme semble le cacher par son sourire.
- On peut voir que la femme est positionnée de trois quarts tandis que la petite fille est de face.
- Il s'agit d'un plan américain.
- Le premier plan est clair, tandis que l'arrière-plan est plutôt flou.
- Le point le plus fort est le contraste entre la couleur de la peau des deux personnages ( blanche et noire).
- Les lignes de forces sont courbes ce qui évoque la douceur, le calme et l'harmonie.
- Le point de fuite est à l'intérieur du cadre, il est au niveau de la petite fille, qui attire le regard en premier grâce surtout à la couleur blanche de sa robe.  

26.    Image de Claude Lévêque extraite de "Appartement occupé LEV10


 Sur cette photo, nous pouvons voir un jeune garçon, seul dans la rue faisant un geste de défiance. Ce garçon se situe au premier plan et donc attire notre regard. Cet enfant est vêtu d'un t-shirt blanc dans une rue très sombre.
Il en résulte un contraste frappant. Il y a une autre antithèse, entre le sourire de l'enfant et son geste, ainsi que l'inscription pas très visible sur son t-shirt que nous pouvons deviner ("WAR"= guerre).
Nous ne pouvons pas qualifier ce geste comme un geste de violence mais un geste pour faire le "grand" devant l'objectif.
Nous pouvons aussi dire que cet enfant en faisant cette ânerie n'est pas un "gosse" timide, mais plutôt ouvert, nous voulons dire par là, qu'il est prêt à tout.
Nous pensons que pour l'occasion le photographe lui a demandé de faire ce geste, car généralement aucun jeune de son âge ne réagit comme ça devant un appareil photo et, par hasard, il avait ce t-shirt sur lui au moment de la prise.
L'artiste pour réaliser cette photo a utilisé un angle de face pour montrer que le personnage s'adresse directement au spectateur, celui-ci peut se sentir agressé. Il utilise aussi un plan rapproché qui accentue l'attitude du personnage. La netteté de cette image est floue, ce qui diminue l'agression du récepteur.

En nous mettant à la place du personnage, nous avons déduit une parole qui aurait pu être dite par l'enfant:
 "On dit que je suis méchant et que je fais des gestes de défiance, mais au fond je ne le pense pas vraiment, pour moi ce geste ne veut rien dire et ce n'est pas un doigt qui va déclarer une bagarre, une guerre, la fin du monde ! Vous avez vu mon beau t-shirt? je l'ai mis exprès pour la photo!"


27.    Photographie de  Véronique Vercheval V15

 Dans un premier temps, ce qui attire notre attention c'est le sourire de la fille.
La gaieté de ces jeunes palestiniennes est communicative. Leurs visages reflètent la joie. Les petites filles sont attirées par quelque chose ou plutôt quelqu'un: le photographe.
Dans un deuxième temps, leurs habits ressemblent à des uniformes, nous pouvons donc déduire qu'elles sont écolières. Les rayures de leurs vêtements font penser à des barreaux de prison. Elles semblent condamnées, elles ne peuvent pas fuir leur situation. Leur joie, leurs sourires nous laissent penser que le photographe est leur image de la liberté.
Nous pouvons donc en déduire qu'elles sont enfermées dans leur quotidien belliqueux. Le monde ne leur est donc pas ouvert.
La photo est prise en contre plongée. C'est un gros plan. Il y a beaucoup de courbes, synonymes de l'enfance et de l'insouciance. Le point de fuite est le spectateur lui-même. La main est le point fort, en effet elle occupe une bonne partie de la photographie.
HISTOIRE:
A notre sortie des classes, un étranger était là, immobile, vêtu d'une façon étrange.
Il portait à son cou un objet bizarre. Pensant qu'il s'agissait d'une arme à feu, nous nous tenions à l'écart. Nous l'observions attentivement n'esquissant aucun mouvement. Puis, lentement, il leva un appareil étrange au niveau de son œil. Une lumière soudaine nous aveugla. Rassurées, persuadées que nous ne courrions aucun danger, nous courûmes intriguées vers l'homme. Arrivées à sa hauteur, nous voulûmes toutes prendre cet appareil extraordinaire.

 

28.    Photographie de  Véronique Vercheval V15


On voit au premier plan une main, au second plan le visage d'une petite fille.
En arrière plan, une petite fille court en riant et d'autres mains font le geste de la paix.

"La scène" se passe en Palestine. On sait qu'il y a la guerre en Palestine, si les filles font le geste de la paix, c'est donc pour monter qu'elles la souhaitent. De plus, elles ont toutes la même tenue et sont toutes des filles, donc on peut en déduire qu'elles portent l'uniforme de l'école.
Bien que les petites sourient, on ressent la tristesse du photographe.

Le photographe a utilisé l'angle de vue de face pour nous montrer que les filles s'adressent directement à nous. Il a aussi utilisé le plan rapproché. Le photographe a placé son objectif en contre-plongée, car le regard de la petite fille est vers le haut, on a l'impression quelle veulent "s'échapper" vers l'objectif et nous montrer leurs gestes.
Le point de fuite est devant nous au niveau des petite filles. On ne peut pas "sortir" de l'image, on ne peut pas partir on ne voit que les petites filles.

En voyant cette personne avec un appareil photo je me précipite vers lui avec mes amies, pour lui montrer le signe de la paix, à laquelle je tiens tant. Mais aussi pour lui montrer notre joie pour la fin de la guerre, tout en criant : "Vive la paix!".

 

29.    Image de Claude Lévêque extraite de "Appartement occupé LEV10

Cette image représente un garçon assez jeune qui fait un geste obscène. Il y a une rue sombre derrière lui, avec des trottoirs et une route. Le garçon porte un tee-shirt  blanc avec un dessin dessus.
Il doit faire ce geste obscène car il  voulait sûrement faire son intéressant devant le photographe. Il a un rire moqueur. Le contraste de couleur entre la rue sombre (noir) et le tee-shirt du garçon (blanc) est frappant, ce tee-shirt met en valeur le personnage.
Le photographe a pris cette photo pour nous montrer l’insolence de ce garçon. On peut observer que ce garçon est  tout seul dans cette rue et qu’il n’a rien à faire là. Nous pensons que ce garçon est très insolent car il se croit peut être supérieur au photographe (en faisant ce geste). Il ne respecte pas le photographe.
C’est un plan rapproché : accent sur le portrait du garçon, sur son habillement.
Il est pris de face : le garçon s’adresse directement aux spectateurs (photographe).
Le premier plan est très net (le garçon), l’arrière plan est en profondeur (la rue).
Il est composé d’un point fort, le contraste de couleurs entre le personnage et la rue. Le garçon a un tee-shirt blanc et la rue est sombre. La ligne d’horizon est haute, d’horizon est ainsi bouché, étouffant, donc le personnage est mis encore en valeur.
Le photographe a pris le garçon en hauteur  pour montrer sa faiblesse,  donc le photographe est supérieur à l ‘enfant.

L’histoire :
Samedi, je me promenais dans la rue à côté de chez moi, pour aller voir mes copains. Il n’y avait personne, à part un mec bizarre, mal habillé, avec un appareil photo. Je ne voulais pas qu'il prenne ma photo, alors je lui ai dit d’aller voir ailleurs. Mais il insistait, alors je lui ai fait un doigt d’honneur et un beau sourire ! Je déteste les photos ! !

30.    Photographie de  Véronique Vercheval V15

 

- Nous apercevons des enfants qui portent un uniforme : les enfants font le signe de la victoire (le V), le visage souriant.
- Nous en déduisons que, puisqu'ils portent l'uniforme, ils doivent être dans une cour d'école en récréation. Et si ces enfants font le signe de la victoire, nous pouvons supposer que le pays est en difficulté (guerre, conflits…)
- Grâce à leur sourire, nous ressentons un sentiment de joie, de liberté : le photographe a sans doute voulu faire passer un message : malgré la peine qui règne autour d'eux, les enfants gardent le sourire et s'amusent, se sentant protégés par les murs de l'école.
- L'angle de vue est de trois quarts pour rendre l'image neutre, ce qui invite juste à regarder le bonheur qui se lit sur leurs visages.
- L'échelle des plans est rapprochée, ce qui accentue l'attitude de ces personnes. Donc ce plan met en valeur la course des enfants s'approchant du photographe.
- La profondeur du champ nous donne une vision floue : c'est donc la petite fille, nette sur l'image, au premier plan, qui est mise en évidence alors que l'arrière plan est flou.
- Les points forts sont le visage de la petite fille au premier plan et les mains s'approchant de l'objectif.
- Le mur situé au fond de la cour, en arrière plan sur l'image est la ligne de force de cette photo.
            On est mercredi, moi, je m'appelle Mona, j'ai sept ans. Hier, la maîtresse nous a annoncé une surprise : c'est pourquoi aujourd'hui, à la récréation, je m'agitais dans tout les sens, me demandant ce que cette surprise pouvait-elle être : qu'allait-il arriver ? Je savais déjà que ça allait être super ! Ça me ferait tellement du bien de rire un peu, surtout en sachant qu'en rentrant à la maison, tout serait encore triste. Mais, qu'est ce que je vois là-bas ? ! Tout le monde s'attroupe ! Vite, vite ! Dépêchons-nous… Oh ! Ce sont des journalistes français…

 

31.    Photographie de  Véronique Vercheval V14

 

Cette photo de la Palestine nous montre au 1er plan deux femmes heureuses, à l'arrière plan il y a des bâtiments détruits. Nous pouvons déduire que ces bâtiments ont du être détruits par la guerre et que ces deux femmes se retrouvent  auprès de leurs maisons.
Il y a une antithèse entre l'amour que dégagent ces femmes et les bâtiments détruits par la guerre. Nous trouvons que cette photo dégage de l'émotion, elle est émouvante, car nous sommes heureux de voir autant d'amour se dégager entre ces deux femmes, malgré sûrement ce qu'elles ont enduré, par rapport à la guerre et ses bombardements.
La photo à été prise en plongée, le photographe a essayé de s'éloigner des deux Palestiniennes pour les laisser tranquilles en cet instant de retrouvailles tout en les photographiant. Le point de fuite se retrouve juste au dessus de leur tête, ce qui donne plus d'importance aux deux femmes .

 

32.    Photographie de  Véronique Vercheval V15

Nous voyons la main d’une petite fille dans une rue palestinienne pleine d’autres enfants. On pense qu’elles brandissent le « V » de la victoire à cause des deux doigts levés. Ce geste nous permet d’en déduire qu’il s’agit d’un cessez-le-feu entre la Palestine et Israël. C’est une allégorie qui nous représente la victoire. En voyant cette image, nous ressentons des sentiments de joie, de paix et d’amour. En prenant cette photo, le photographe a du être séduit par le regard pétillant de cette petite mais surtout par son sourire radieux..
L’artiste a pris cette photo de façon à ce que l’on remarque en premier plan la main. L’angle de vue est en légère plongée et la main est en gros plan. Le premier plan nous apparaît très net , alors que le second est un peu flou. Ainsi, le photographe réussit à capter notre regard sur cette main et sur le visage de cette jeune fille qui sont s’ailleurs de couleur plus foncées que le fond. Ainsi, on fait moins attention au fond. Le point fort est devant nous, à l’intersection des deux doigts que l’artiste souhaite qu’on s’attarde. Les lignes horizontales des murs et des costumes des fillettes contrastent avec les doigts. Ces lignes de force, nous suggèrent l’immobilité, le calme, la profondeur pour les horizontales tandis que les verticales des doigts bloquent notre regard sur ce geste.
"Enfin, la paix qu’on attendait tous, la voilà ! Je suis tellement heureuse que je descends dans la rue et là, je retrouve tous les autres. On a envie de crier, de courir, de montrer au monde entier qu’ont est libérés. Maintenant, on va pouvoir jouer tranquillement dans la rue sans risquer de se prendre une balle perdue. Et quand on voit les photographes, on n’hésite pas, on fonce ! Je sais qu’ils sauront exprimer toute notre joie par une simple photo."


33.    Canaletto L’Entrée du Grand canal et l’église de la Salute Italie(7)

Venise 1740.

« Encore une petite touche de blanc ici,  et ce sera parfait ».
Quand je peins un nuage, ça me rappelle toujours mon père. Il était peintre de décors de théâtre dans la tradition baroque. La veille d’une grande représentation dans un théâtre réputé de Venise. Il amena sa toile pour la montrer au metteur en scène. C’était une peinture de ciel ensoleillé. J’avais dix ans et je me souviens que le metteur en scène n’avait pas apprécié la peinture et avait obligé mon père à la recommencer. Il trouvait les nuages trop clairs. Ce soir-là, j’étais en train de somnoler dans ma chambre et j’entendais mon père en bas dans l’atelier en train de pester contre le metteur en scène car il ne voyait pas comment faire pour colorer un nuage autrement. Un peu d’ombre par-ci, un peu de jaune par-là. L’heure tournait et la toile devait être peinte et sèche pour la veille. C’étaient de grandes toiles de cinq mètres sur trois. Pour pouvoir peindre à ces grandeurs, mon père avait fait construire un petit échafaudage. Je me le rappelle très bien puisque c’est sur
 cet échafaudage que j’ai joué toute mon enfance. Mon père y avait aménagé une balançoire. Cela lui permettait de peindre tout en gardant un œil attentif sur moi. Ma mère est morte à ma naissance ; mon père était seul avec mon frère et moi. Revenons au problème du nuage.  Mon père a toujours été un inquiet, il resta dans l’atelier toute la nuit.  Je le retrouvai le lendemain matin endormi près de sa toile, un pinceau à la main.  Ce fut un soulagement, sa toile était terminée et tout rentra dans l’ordre. C’est dans cette atmosphère et dans les odeurs de peinture que j’ai vécu toute mon enfance, ce qui m’a initié à la peinture.
« Je vais ajouter une femme vêtue de rouge en l’honneur de Maria , ma bien-aimée ».
C’est sur ces marches que je l’ai rencontrée lors de la fête de la Salute. C’est une fête célébrée chaque année depuis le jour de la présentation de la Vierge dans cette église. Ce jour-là , tous les Vénitiens affluent autour de l’église pour remercier la Vierge d’avoir mis fin à l’abominable épidémie de peste qui avait fait rage dans nos régions. J’ai eu de la chance, je suis né après ! La fête commence par une messe extérieure sur les marches de l’église. Ce n’est pas le moment que je préfère; écouter sans rien faire n’a jamais été mon fort. Après la messe, un marché est organisé. On y vend toutes sortes de choses, des statuettes de la Vierge, des images pieuses, des jouets, des gâteaux,... J’aime bien me balader dans le marché. Je n’achète rien, je ne fais que passer d’étalage en étalage en regardant les produits. Le meilleur moment de la fête arrive seulement dans la soirée. Un bal y est organisé. On danse, on parle, on chante, on boit,... Cette fois-là,  je n’étais pas t
 rès heureux. J’ai toujours été timide avec les femmes et je n’avais pas de cavalière pour danser. Je buvais en regardant les autres s’amuser... Soudain, quelqu’un tapota mon épaule. Je me retournai : à ma grande stupéfaction, une femme superbe m’invitait à danser. Elle s’appelait Maria et elle était comme moi passionnée par la peinture. Je ne dansais pas bien mais elle dit qu’elle non plus. Nous nous comprenions et nous passâmes toute la soirée ensemble. C’était comme un rêve. Après la fête, je la raccompagnai jusque chez elle car aussi tard le soir, les rues de Venise sont très dangereuses. Dans les sombres ruelles, je me rendis compte qu’un homme nous suivait. Je me retournai, il avait un pistolet : il tira trois coups. Une balle transperça mon bras droit. Alertées par les coups de feu, plusieurs personnes dont les fenêtres donnaient sur la rue les ouvrirent pour voir ce qui se passait. L’homme s’enfuit, je me retournai et je vis Maria couchée par terre, sa robe blanche ro
 uge de sang. Elle était morte et cette image est restée gravée dans ma mémoire: sa robe blanche,  rouge de sang.

« Où est passée la couleur verte ? »
Quand je peins les canaux de Venise, je peins l’eau « bleu verdâtre »,brillante et transparente, ce qu’elle n’est pas en réalité. Tous les égouts de la ville y atterrissent. Cette eau, si on peut encore appeler ça de l’eau, est verte et opaque ; une écume jaunâtre y flotte constamment et une odeur insoutenable en émane. L’afflux de détritus en fait un nid à rats. D’ailleurs je pense qu’il y a plus de rats que d’hommes dans cette ville et que si les rats n’étaient pas si petits, ils en prendraient le contrôle en nous dévorant. Je hais les rats. L’un d’eux m’a mordu quand j’étais jeune et on a cru qu’il m’avait transmis des maladies . On m’a donc prescrit une mixture infecte à prendre après chaque repas. Heureusement je n’avais rien. Sale rat!

Et voilà, ma peinture est presque terminée.
Je peins des paysages de Venise, ma ville natale pour des aristocrates anglais. Grâce à mes peintures, ils se souviennent de leurs voyages à Venise.
Mais moi, ça me fend toujours le cœur de vendre mes peintures parce que j’y mets toute ma vie.

Canaletto.  

34.    Eugène Delacroix Jeune orpheline au cimetière louvre (4)

 

Au moment où j’écris ces quelques lignes, je suis vieux et mourant. Et sur mon lit de mort, je tente de tuer le temps en  regardant la bougie de suif posée sur ma table basse se consumer en libérant un peu de fumée grisâtre et odorante. Celle-ci s’en va dans la pièce puis disparaît de mon  regard.  Cette fumée me rappelle la vie, d’abord intense  puis les années passant  imperceptiblement,  diminuant jusqu’à disparaître. Ce  n’est qu’une fois à ce stade que l’on regrette de ne pas avoir passé plus de temps  avec les gens qui nous sont chers. 

Oh, comme je me sens seul en ce moment, ta présence  me manque, Charles Henry.  Depuis ton décès, je n’ai plus personne à qui me confier.  Et moi comme un égoïste, lors de ta maladie, je t’ai laissé seul, trop occupé par mon travail.  Je me suis à peine préoccupé de toi. Et  pourtant tu me demandais : « -Reste avec moi, j’ai besoin de toi » et je te répondais « -je n’ai pas le temps, je dois finir mes tableaux pour honorer mes commandes ». C’est seulement maintenant que je peux comprendre ce que tu ressentais, mon cher frère !
 Je rumine ces obscures pensées, quand soudain, la porte de ma chambre s’ouvre.  Nicolas Le Floch, mon fidèle compagnon, entre dans la pièce suivi d’un grand homme vêtu de noir que je suppose être le médecin.  Nicolas me fait un sourire, il est ma seule lumière dans mon monde désormais obscur.  Il se penche chaleureusement sur moi et me glisse à l’oreille d’une voix douce : « - Eugène, voici le médecin qui va te faire une saignée, je vous laisse. »                   
Quand Nicolas réapparaît à nouveau dans ma chambre, je le remercie de toute l’attention qu’il me porte… 

J’ai fait la connaissance de Nicolas il y a  vingt ans.
Tout a commencé lors de mes débuts à Paris.  Ce jour- là, je négociais avec un marchand le prix de la peinture à l’huile nécessaire à mes œuvres,  mais que je ne pouvais acheter, car à cette époque, j’avais du mal à joindre les deux bouts.  Le ton de la discussion montait lorsqu’il entra dans la petite échoppe et me demanda de voir l’un de mes tableaux.
Il m’expliqua qu’il était le fils d’un riche marchand et qu’il aimait beaucoup l’art.  Puis, il me posa quelques questions et s’intéressa à mes problèmes d’argent.  Très vite un lien amical nous relia et je lui proposai de venir chez moi pour lui montrer quelques- unes  de mes plus belles pièces.  Il fut tout de suite attiré par un tableau plus modeste qui était suspendu au dessus de mon lit. Au bout de quelques minutes d’entretien, il me proposa de devenir mon mécène.  J’acceptai de suite.  J’étais si content d’avoir enfin trouvé un ami et l’argent nécessaire pour pouvoir continuer à créer, que lorsqu’il me demanda de voir de plus près le tableau de la Jeune  femme regardant vers la gauche, je le lui offris de bon cœur.

Puis je remarque qu’il tient dans sa main gauche une nouvelle bougie pour remplacer celle usagée. Et je repense immédiatement  à ma solitude et je le supplie de bien vouloir me consacrer un peu de son temps pour discuter.  Il me dit : 
- « Ca tombe bien  car j’ai depuis bien longtemps des questions sur un sujet qui me préoccupe. Te souviens-tu du tableau que tu m’as donné le jour de notre rencontre ?
- Oui, pose moi tes questions et j’essaierai d’y répondre.
- Qui est cette jeune femme et que regarde- t-elle ?
- Pour répondre à ta question, je vais te conter l’histoire du tableau qui est très liée à la mienne. »
- Comme tu le sais déjà, mon père est mort quand j’avais sept ans et ma mère est décédée l’année de mes seize ans. Ce que tu ne sais pas, c’est qu’une fois orphelin, j’ai séjourné à Valmont, à une vingtaine de kilomètres de Fécamp, où mes cousins Bataille possèdent une ancienne abbaye bénédictine et une petite église où se trouvaient des tombeaux, et de grandes fenêtres gothiques à obscurs vitraux.  J'aimais beaucoup m’y promener seul, en rêvant parmi les ruines de cette église silencieuse. Celle-ci m’a beaucoup inspiré  dans mes œuvres.  Mais un matin, en me promenant aux alentours de l’église avec mon carnet et mon fusain à la recherche de scènes à croquer, je vis Gabriella , la femme secrète de mon cœur qui était là, accroupie sur une tombe entrain de regarder le ciel.  Je pris mon carnet et esquissai un croquis car elle me fascinait beaucoup.  Elle resta ainsi pendant plus d’une heure puis, elle se releva et commença à hurler comme une démente.  Deux jours plus tard, des
 hommes sont venus la chercher pour l’interner dans un asile. Je ne l’ai plus jamais revue.

 Ce n’est que bien plus tard que j’ai appris, en discutant avec le médecin, qu’elle avait perdu définitivement la raison après la disparition de ses parents dans des conditions bien étranges. Et voilà, tu connais toute l’histoire.

- Je comprends mieux maintenant, merci Eugène pour tes informations.  Je vais te laisser car tu dois te reposer.
-  Au revoir Nicolas et encore merci pour tout ».
Une fois qu’il fut parti, j’ai soufflé la bougie et je me suis endormi.

 

35.     photographie de Jean-michel Fauquet fauq (8)

 

Comme une  ouverture dans le néant,l’ombre avance entre  ces batiments lugubres et rugueux.
Sur la batisse du devant,une ouverture, comme une porte,aux enfers, menant.
Me promenant dans  la bise fraiche du matin,elle a su enjouer mon être et me captiver.
De celui-ci,elle extirpe la joie qui,si profondement, s’était  enfouie en moi.
Un être  sortira de ce gouffre bouillonant, de cette ombre menacante. Quant à la belle s’ejournant dans cette tour, se  penchera sur son  amant, son seul vrai amour.
La porte la renfermant dans sa prison de pierres blanches s’ouvrira-t-elle ?
Que de questions se poser devant cette œuvre à  la finition si rafinée.
Cette  photographie donnant  libre court à l’imagination croissante.
Que d’histoires inventer dans cette ténébrosité.
Si paisible,elle m’insoufle la mort,comme un  long sommeil éternel, au méme instant
un enfant,en la voyant,se crispe, tous ces sens s’ herissent, la peur soudain la envahit, alors que  moi elle m’a endormie.

 

36.    Camille Corot Le Colisée, vu à travers les arcades de la basilique de Constantin  louvre (48)


 TRISTE FIN POUR UNE BRIQUE CENTENAIRE.

Je fus posée et façonnée par la main d’un homme en 75 ap J-C. A ce moment-là, je n’aurais jamais pu deviner que le Colisée (ainsi nommé depuis le Moyen –Âge) allait devenir l’un des plus grands mouments de notre temps. Je suis une colonne soutenant avec l’aide de mes congénères plus de 25 000 personnes ! Je suis située près du Vomitorium, l’entrée et la sortie de l’Amphithéâtre, au 1er étage. De là, j’avais une très bonne vue sur l’arène. La lutte entre  les gladiateurs et les bêtes étaient bien visibles.  A maintes reprises, je fus aspergée du sang d’hommes ou de bêtes et de sable lors des courses de chars. Des foules venaient applaudir ces combats et les courses dont les chars flamboyaient sous les rayons solaires.  Les gens devant moi criaient à en déchirer leurs cordes vocales (j’en suis presque devenue sourde!) ou jetaient des légumes pour montrer leur mécontentement.  Les luttes entre les bêtes et les hommes étaient sauvages, chacun d’entre eux étant couvert de sang et
 de lambeaux de peau. Les belles armures et boucliers des gladiateurs les protégeaient peu de ces bêtes féroces. Combien de fois les lions ont-ils dévoré ces braves hommes ?
L’Amphithéâtre a fonctionné pendant près de 450 ans, donc pendant près de 500 ans je fus bousculée, salie. Le calme est revenu vers 520 après le dernier spectacle de chasse.
J’ai vécu de multiples tremblements de terre provoquant l’effondrement des parties hautes de l’édifice. Je tenais de toutes mes forces mais je suis quand même tombée en morceau expédiés de part et d’autre de l’édifice. Je fus éjectée à l’extérieur.
Ainsi, je pouvais voir les pillages et ravages causés par le vol de mes anciennes pierres voisines sans être vue.  Les autres morceaux se trouvaient dans les fondations plongés dans le noir le plus complet.
D’année en année,de siècle en siècle, je constatais l’évolution des époques, de la technologie, de la mode... Je voyais des tonnes et des tonnes de peintres défiler mais un seul d’entre eux m’interpella.
Il vint en 1825 avec son chevalet, sa palette et ses tubes de peinture, sûrement de la peinture à l’huile, comme les autres. Il avait une vingtaine voire une trentaine d’années, brun de cheveux et habillé pas vraiment chaudement malgré que l’on soit en hiver! Il était accompagné d’un ami peintre lui aussi et se prénommait Camille à ce que je pus entendre de la bouche de son ami. Je n’avais d’yeux que pour lui, Camille! Quel joli et léger prénom ne trouvez-vous pas? Dès la seconde où j’ai posé mon « regard » sur cet artiste, celui-ci ne pouvait plus s’en détacher !  Enfin,j’entendis sa douce et belle voix qui disait à son ami: « Je crois bien que seule l’Italie peut compléter la formation d’un peintre de paysage ». C’était donc un peintre paysagiste français.
Il était ébloui par cet édifice, c’est donc pour cela que je crois que c’est la première fois qu’il vient à Rome et peut-être même en Italie car généralement on a, « la première fois » , chez la plupart des gens,des yeux ébahis devant ce célèbre monument. Que pourrait-on faire d’autre à part être émerveillé et époustouflé par la grandeur et magnificence de ce monument? Rien, rien du tout!  Il commença donc sa peinture très sereinement mais aussitôt arracha la toile et la jeta, émerveillé par ce monument mais insatisfait de cet emplacement et c’est donc ainsi qu’il s’éloigna et vint jusqu’aux arcades de la Basilique Constantin laissant son ami seul.
Je ne le voyais que très mal en m’efforçant de ne pas le perdre de vue et son ami aussi commença à peindre. Oui, j’avoue qu’il avait le coup de pinceau. J’étais jalouse de son ami qui pouvait parler à Camille, le toucher... Moi que pouvais-je faire, à part espérer qu’il s’approche ?  Quelques heures s’écoulèrent lorsque revint mon amour près de son ami peintre.
Les deux œuvres étaient magnifiques mais celle de Camille resplendissait. Sa peinture un peu mystique agit sur moi comme la musique sur le dilettante ; par un moyen direct et inexpliquable, il transposait avec une telle justesse les tonalités que perçoit son regard que l’on croit entendre dans ses tableaux le frémissement sourd des êtres et des choses.
Ils contemplèrent encore tous les deux le Colisée et repartirent.
Les jours se succèdèrent où je ne dormais plus de peur de le manquer; à chaque fois que je l’apercevais, je voulais lui sauter dans les bras, l’embrasser. Et cela arriva tous les jours jusqu’en mai 1826.
Chaque jour, je scrutais l’horizon à sa recherche et je le revis en octobre à mon grand soulagement.  Il n’avait pas changé, toujours aussi beau et puis plus rien en novembre.
Il revint en 1827, au début de l’année jusque avril.  Je ne peux vous décrire mon sentiment pour lui, je crois bien que j’en suis tombée follement amoureuse, le coup de foudre!  Cupidon m’a envoyé 50 flèches ensorcelées mais aucune à Camille!  Quelle injustice!  Mais je ne me vois pas nous marier et avoir bébés avec un corps de pierre, deux bras, deux jambes et une tête!  J’aurais tout donné pour être une femme atttirante et être avec lui.
Il revint le 14 novembre jusqu’en décembre et donc pendant tout l’hiver 1827!  Il toussait un peu et était enrhumé.  Je désirais tant le serrer dans mes bras (mais je n’en ai pas!) pour le réchauffer !
Il revint encore au printemps 1828, toujours avec ces yeux éblouis par le Colisée. Il me surprendra toujours !  Je le voyais vieillir et puis plus jamais de nouvelles !  En février 1875, son ami revint mais sans lui : il était vieux, fatigué et triste. Je pus entendre ce qu’il murmurait: «Pour toi mon ami qui adorait l’Italie, grand peintre, repose en paix !  Une larme lui coula lentement sur les joues.»

Là, à cet instant, je compris pourquoi je ne le voyais plus !  Il était... non je déteste ce mot mais je vais devoir accepter ce fait. Mon amour, mon bien-aimé était mort. Pourquoi devrais-je vivre si je ne puis te voir ? L’immortalité est cruelle, je ne saurais mourir que si on me fracasse ! Je ne peux plus dormir, plus apprécier la lueur du soleil se levant, le rire des enfants qui se courent après... Une vie sans toi, ce n’est pas une vie pour moi. Vivre pour aimer, aimer pour souffrir, alors pourquoi vivre ???  Quelle fatalité ! Pourquoi Dieu a-t-il inventé l’amour si c’est pour qu’on en souffre ?  J’aimerais tellement pouvoir pleurer; l’amour est normalement synonyme de joie, de chaleur, de dépendance, de besoin de l’autre et non de tristesse.  Le verbe aimer est le plus difficile à conjuguer, son passé n’est jamais simple, son présent n’est qu’un indicatif et son futur est toujours conditionnel.  J’ai tout sauf toi mais rien puisque tu es tout. Le bonheur de t’avoir con
 nu ne me fera jamais oublier le malheur de t’avoir perdu. Adieu mon amour, je t’aime.

Je fus finalement fracassée dans mon désespoir par un enfant, je ne sais plus quand, je n’ai plus la notion du temps.                                                    Triste fin pour une brique centenaire !

 

37.    Olive Dupont TACHE

Quand mon regard a croisé cette peinture pour la première fois, je n’ai d’abord vu qu’une tache sans intérêt,presque ridicule, rien de très expressif, me suis-je dit. J’ai même ajouté que j’en faisais autant; mais après plus longue observation, mon regard s’est posé sur cette forme ridicule avec plus d'attention et j’ai reconnu dans cette tache, de nombreuses formes familières qui m'ont fait penser à des  images de tous les jours. Cette vision s’est diversifiée car je ne me suis pas contentée  de regarder cette peinture dans le sens donné.
En la regardant telle qu’elle est proposée, j’ai vu un grand-père dans un rocking-chair, ou un pépé dans un pousse-pousse, ou une jolie coquette qui allonge sa gambette pour nous montrer sa basket ; à moins que ce ne soit  la radiographie d’un crâne avec l’encéphale et la moelle épinière.
Un quart de tour à droite: voici un moustachu sur une sorte de hamac; mais non c'est sans doute  une guitare électrique.
En repartant de l’image donnée, un quart de tour à gauche et voici un aspirateur.
En la retournant complètement, j’ai eu la surprise de reconnaître une tortue avec sa carapace, son cou, sa tête et ses yeux. Mais mon imagination s'est finalement amusée à intituler cette tache : Le suicide d’un martien car il y a une sorte de liquide bleu qui arrive dans la scène et je trouve amusant d’imaginer qu’un martien s’est suicidé et que cette tâche est son sang.
J'avoue que j'ai un peu peiné ... à la tâche.

 

38.      Jacques-Louis David Marat assassiné louvre (17)

 

Jean-Paul Marat, fervent défenseur de la révolution française, était lié en secret à une charmante jeune femme, Charlotte Corday. Leur amour officiel était impossible car Charlotte était à l’opposé des idéaux du parti de son amant. Pourtant, leur amour était immortel. Mais par une chaude journée d’été, il fut brisé…

Alors que Marat se prélassait dans son bain, une lame glacée lui transperça la poitrine.
Dans son élan vers la mort, il eut encore le temps de distinguer la silhouette de son bourreau : c’était une femme, la servante, qui lui était si intime depuis l’enfance.
Elle avait lâchement cédé à l’appât du gain, oubliant les siens et son honneur…
C’était la fin, il s’enfonça dans l’eau. Elle le releva. Elle lui glissa dans la main, comme la dernière preuve de sa trahison, une lettre qui désignera comme assassin, l’autre femme de la vie de son maître, la belle Charlotte.
Sur le bout de papier, soutenu par les doigts froids et durs de Marat, on pouvait lire un message signé Brissot, encourageant Charlotte à venger enfin les Girondins !
Bientôt, dans la salle de bain, la porte s’ouvrit. Charlotte entra, pensant trouver son amant lui souriant comme chaque après-midi où ils se donnaient ce genre de rendez-vous. Elle n’y trouva qu’un cadavre. Un cri glacial s’échappa de sa bouche, qui ameuta bientôt la grande villa.
La bonne arriva la première en feignant de s’affoler. Avec machiavélisme, elle désigna du doigt Mlle Corday au moment où tous entrèrent dans la salle de bain.
Les femmes pleuraient, les hommes criaient à la pendaison. Tous étaient profondément touchés de n’avoir pu sauver leur maître, cet homme qui avait tant apporté à la France en ces temps de révolution. La maréchaussée calma cette vague d’agitation et fit sortir tout le monde. Ils agrippèrent la malheureuse Charlotte. « Qu’on la pende, qu’on la pende !... Non ! Tranchons-lui la tête puisqu’elle aime tant la lame… » Les cris venant de la foule à l’intérieur, s’élevèrent également dehors où le « tout Paris » apprenait la nouvelle à la vitesse d’un éclair.
Le peintre David arriva. Il avait de l’estime pour Marat. On le pria de reproduire sur toile la scène macabre qu’offrait la salle de bain. A son tour, il fit sortir hommes et femmes et même la police. Il voulait être seul. C’est dans un silence total qu’il coucha les traits de Marat sur le tableau : les yeux clos, la tête penchée, posée délicatement sur le rebord de la baignoire, la plume entre les doigts, l’encrier, le papier à lettre sur lequel il avait dû avoir l’intention d’écrire « on-ne-sait-quoi », son testament sans doute.
Tout ça, David le reproduisit avec la plus grande fidélité, croyant comme tous à la culpabilité de Charlotte Corday et imaginant comment la lettre de Brissot était parvenue à Marat. Mais ça n’avait plus d’importance. Il y avait une coupable. Le peuple l’avait désignée, et sa tête serait tranchée dans quelques jours tout au plus. Pourtant, Charlotte, enfermée à l’abbaye, après avoir tant pleuré, n’avait plus froid au cœur.
Alors que le peuple était persuadé de rendre au diable un assassin, et David de rendre au peuple un symbole populaire, elle, et elle seule savait que la mort lui ferait retrouver l’homme qu’elle aimait, son amant, son amour…

 

39.    Dessin de Victor  HUGO illustration pour les travailleurs de la mer HUGO 1

 

LES TRAVAILLEURS DE LA MER                                                                                          
Raconter l'histoire de l'image

Lorsque j'ai vu cette peinture et que j'ai lu son titre pour la première fois,je voyais ce paysan seul ce soir-là,qui venait de terminer sa longue journée,qui avait planté ses dernières graines. Dans la nuit,au loin,il voit ces monstres voler dans le tremblement de l'air,ce sont les sarregousets. On voit alors le visage du paysan,rongé par le travaille qui a peur,qui fait la même tête que si l'on voyait,nous,aujourd'hui,une bête sortir de l'enfer.
Puis,il y a une contradiction. Alors que je crois que la personne sur la peinture est le paysan,cette personne se trouve être en fait une sorcière dans les Travailleurs de la Mer. Cette femme qui connaît les sarregousets et qui par une nuit sombre a dit à un charretier qui ne trouvait pas son chemin: « Demandez leur votre chemin;c'est des gens bien faisants,c'est des gens bien civils à diviser le monde. ». Il n'y avait pas à douter que cette femme était bien une sorcière!
Puis,tout en continuant mes recherches,j'observe bien la peinture et je vois un visage froid de désespoir mais aussi un visage en colère,le visage de Victor Hugo. Quand j'imagine le visage de l'homme lorsqu0il apprend que Léopoldine Hugo et son mari se sont noyés dans la Seine,je vois ce même visage,froissé de douleur et de désespoir.
Je vois toujours le visage de l'homme cette fois-ci en colère face à Louis-Napoléon . Le décret qu'il a signé et qui a envoyé Hugo en exil sur l'île de Guernesey. Cette île sauvage et petite ou Victor ne pouvait exprimer sa colère qu'en écrivant.
Voilà comment à partir d'une peinture et mon imagination,j'ai vu des histoires.

 

40.    Constantin Meunier: Mineur Borain  meunier-mineur


Un jour, alors que le froid se faisait sentir, Constantin Meunier se rendit au Borinage, une grande mine de Belgique au XIXème siècle. Après cette surprenante journée, de retour chez lui, Constantin était fier de représenter sur ses oeuvres la mine qui avait rendu son pays la deuxième puissance mondiale. Pourtant il n'était pas satisfait, il trouvait que son travail ne faisait pas tout à fait honneur au du combat des mineurs pour la gloire de la Belgique. Soudain, il vit au loin un pauvre mineur descendre de la mine qui portait sur ses épaules un poids: une journée de travail.
Cet homme semblait si préoccupé, en effet avec son misérable salaire, il était inquiet pour sa femme et ses cinq enfants qui allaient à nouveau devoir se contenter d'un minuscule bout de pain.C'est ainsi que Constantin interpella le pauvre mineur:
-Excusez-moi monsieur, j'ai une proposition à vous faire que vous ne pourrez pas refuser!
-Je vous écoute mais fates vite, dit le pauvre homme.
-Je voudrais rendre hommage au courage dont vous faites preuve afin de rendre notre vie plus confortable et, pour cela, je vous propose de vous faire un portrait vous montrant en train de quitter la mine pour rejoindre votre domicile.
-Je vous remercie, mais le temps que je passe avec vous, je pourrais le passer à la mine et, de cette manière, je ramènerais à ma famille un plus gros bout de pain.
-En effet, je sais que le temps c'est de l'argent, et qu'il est plus indispensable pour vous que pour moi. C'est pourquoi si vous acceptez ma proposition je vour paierais!
-Alors j'accepte et, au nom de tous les mineurs,je vous remercie pour votre générosité.
-Je n'ai face à vous aucun mérite, je ne pourrais pas faire la moitié de ce que vous faites et je vous respecte pour cela .

Pour cet homme dont le salaire dépendait d'un travail très dur et dangereux, se faire payer sans travailler n'était absolument pas refusable, et c'est ainsi que Constantin finit son travail très satisfait de lui.


41.    L’arbre aux corbeaux Gaspar David FRIEDRICH Louvre 21

L’Arbre

« Une fois, par un minuit lugubre, tandis que je m’appesantissais, faible et fatigué, sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié – tandis que je dodelinais la tête, somnolant presque : soudain se fit un heurt, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre. »
(Edgar Allan Poe, « Le corbeau »)
-Gaspar !
L’homme ouvrit un oeil. Il lui sembla durant quelques instants que l’appel venait de son rêve, pas pour le moins étrange, d’ailleurs. Il se redressa sur son lit. La chambre était basse. Soutenant le plafond lambrissé, trois gigantesques poutres traversaient la pièce de part en part. En face du lit, une armoire monumentale en pin contenait toutes les affaires dont il avait besoin.
-Gaspar David ! Descends immédiatement !
Il se leva, ouvrit la porte.
La « mère Heidensh » était arrivée le jour précédent. Malgré sa maladie, elle avait entrepris de ranger toute la maison. Il faut dire que Gaspar était célibataire et très solitaire. Il ne s’en plaignait pas. Mais lorsqu’il avait appris que sa mère adoptive était atteinte de la tuberculose, il lui avait proposé de venir. Et bien sur elle était venue.
Il descendit l’escalier en colimaçon et traversa la cuisine. Comme il s’y attendait, il trouva sa mère dans le hall.
-Combien de fois devrais-je te dire de ne pas laisser tes chaussures dans l’entrée ?
Elle se redressa et le regarda d’un air de reproche. Gaspar lui sourit, l’embrassa sur le front et enfila ses chaussures. Tandis qu’il ouvrait la porte, il entendit, derrière lui, un soupir.
Il devait se rendre à l’académie. Il avait promis à Philipp de passer le voir. Mais il n’était pas pressé par le temps. Il marchait, suivant ses pas, à travers les rues de Dresde.
Gaspar pensait, ou plutôt se souvenait de son enfance. Le Nord lui manquait. Il se rappelait la mer, immense étendue d’eau qui paraissait infinie, dont il avait tant foulé les plages. Il se rappelait ce paysage enneigé auquel la mer, en hiver, tentait de s’agripper, cherchant un creux ou une bosse pour s’y sceller. Lorsque l’hiver tiédissait le temps d’une journée, on entendait cette mer hurler et on voyait au loin s’éloigner une excroissance de glace, emportée malgré elle par les courants vers le lointain océan. Les gens appelaient ça un iceberg. Mais aux yeux de Gaspar, il s’agissait d’un enfant, arraché à ses parents, tout comme lui avait perdu les siens très jeune. Il avait survécu, grâce à la mère Heidensh qui l’avait recueilli et élevé comme un fils.
Gaspar était parvenu à l’orée de la ville. Dans le pré où il s’engagea, il y avait l’Arbre. Cet Arbre qui avait frappé son regard la première fois qu’il l’avait vu. Il était au milieu d’un bosquet de buissons, ses branches tortueuses et nervées s’entrecroisaient, et au milieu de ce fatras labyrinthique, de petits oiseaux prêtaient leurs voix mélodieuses qui donnaient à l’arbre un air d’enchantement.
Gaspar s’arrêta quelques instants pour l’admirer, puis obéissant à un ordre inconscient de son cerveau, fit demi-tour et repartit vers la ville.

Lorsqu’il ressortit de l’académie, le soleil commençait sa vertigineuse descente vers le fond de l’horizon. Gaspar se dirigea vers la maison, un peu à l’écart, et y pénétra. Comme à son habitude, il abandonna ses chaussures dans l’entrée et pénétra dans la cuisine. Personne. Il grimpa à l’étage et se rendit dans la chambre de sa mère adoptive. Elle était couchée et semblait dormir, mais au moment où Gaspar allait refermer la porte, une quinte de toux fit tressauter le corps de la vieille femme et un filet se sang s’échappa de sa bouche. Elle l’essuya précipitamment et, comme prise en faute, baissa les yeux. Gaspar s’approcha, s’assit évitant le crachat ensanglanté. Elle lui sourit, mais son sourire était faux. Elle ferma les yeux et se rendormit.
Gaspar la veilla toute la nuit. Au petit matin, avant même que le jour ne se lève, un autre accès de toux la réveilla. Elle ouvrit les yeux et attrapa la main de son fils qui la serra. Il la regarda, mais ses yeux s’étaient déjà refermés. Gaspar lâcha la main inerte de sa mère et la posa délicatement le long de son corps.
Une larme pointa au coin de l’œil du fils, Gaspar la retint. Il éteignit la bougie posée sur la table de nuit et sortit de la chambre. Il descendit l’escalier en colimaçon, enfila ses chaussures toujours dans l’entrée et sortit. Il passa dans la remise et prit ses affaires de peinture.
L’Arbre l’attendait. Au-dessus de lui, dans le ciel encore éteint, Gaspar aperçut la constellation du corbeau, portant son message mortuaire. Il posa son chevalet, installa sa toile. Un vol de corbeaux vint chasser les oiseaux colorés et rieurs, changeant ainsi la voix de l’Arbre en un chant funèbre habillé de noir. Gaspar n’avait encore jamais vu ces oiseaux à proximité de l’Arbre. L’Être végétal semblait avoir changé : il voulait partager la douleur du fils en deuil.
La nuit s’estompa autour de l’Arbre messager, et derrière lui, derrière l’Arbre aux corbeaux, l’aube se leva. Majestueuse. De ces aubes que le ciel montre lors des grand jours, une de ces aubes aux milles couleurs qui semble s’étendre au-delà de tout, au-delà des terres enneigées, au-delà de la mer gelée, au-delà de l’océan, au–delà du monde…
Et derrière son chevalet, dans l’air pur du matin, Gaspar dessinait cet espace, irréel et magique, sans fin.
« La seule et véritable source pour l’art est notre cœur… »
(Gaspar David Friedrich)
Compléments :
Constellation du corbeau:
Superposition avec le tableau : la forme de l’arbre correspond à la constellation vue de l’hémisphère nord.

 

42.    Vincent Van Gogh 1853-1890 La Méridienne ou La Sieste (d'après Millet) Orsay.23


Raconter l'histoire d'une image
Un jour , Vincent Van Gogh se rend en Provence à St-Remy plus précisement . Alors qu'il est            interné dans un asile , et c'est à ce moment làqu'il peint (la meridienne ou la sieste) .
Comme à chaque fois qu'il voit son frère Théo , ils parlent tous les deux de leurs propres  points de vue sur des oeuvres , sur la façon dont la peinture peut influençer et étant donné que Vincent se sert de la couleur plus arbitrairement pour s'exprimer facilement qu'au lieu de chercher à rendre exactement ce qu'il a devant les yeux , chaque tableau est une sorte de nouvelle découverte , d'aventure pour son frère et ils partagent tous deux une relation très complice , renforçée par leur amour de l'art . Vincent est à une période où il imprime à sa touche un mouvement tourbillonnant , donnant une puissance expressive , aux sujets qu'il peint . La vision de Vincent , celle qui rayonne dans ses oeuvres est la vision d'un monde coloré , chaleureux , ensoleillé : il est celui qui fait rêver , qui secoue et qui encourage , trois critères qui caractèrisent la grand maître qu'il est pour nous .
Pour Théo , Vincent représente énormement et chaque rencontre entre eux est comme une fête  , ils parlent de leur vie , de comment il voit le monde , et plus interessant encore , de sa façon de représenter la peinture . Au bout d'un moment de palabres et de discussions , Théo lui demande si il n'a pas quelque chose a lui montrer , un paysage , un portrait ou bien , tout simplement , un croquis qu'il aurait réalisé par une soudaine inspiration . Vincent luiexplique qu'effectivement il a avec lui un tableau qui lui tient tout particulièrement à coeur et qu'il aimerait bien que son frère lui dise ce qu'il en pense . Comme d'habitude , Théo après un bref coup d'oeil au tableau , doit indiquer à son frère ce qu'il voit objectivement sans s'investir vraiment dans la signification du tableau . Théo lui fait remarquer tout en regardant la toile qu'il voit que c'est l'été , qu'il y fait chaud et qu'il n'y a pas un seul nuage , deux personnes dorment dans le foin comme si c'était un li
 t. Au loin , une femme et un homme , ils ont sûrement beaucoup travailler , car ils viennent de faucher le foin avec des faucilles . Les personnages couchés ont le visage couvert pour se protéger de la luminosité . Vincent remercie son frère , puis lui demande ce qu'il aime bien dans ce tableau . Théo lui explique qu'il aime bien les couleurs de ce tableau , que le jaune représente bien la chaleur de la bell saison , et que les personnages sont très bien faits . Théo aime beaucoup la façon de peindre de son frère , par petites touches pour rendre le tableau plus réaliste , comme pour le détailler davantage . Il  y a du mouvement dans ce tableau dit-il , même si c'est l'heure de la sieste .
Puis Vincent prend la parole et met l'oeuvre entre lui et son frère et s'apprête à expliquer la signification de son tableau . Il lui raconte tout d'abord que la composition est reprise d'un dessin de Millet pour les +Quatre heures de la journée+ . Il justifie sa démarche en affirmant qu'il a plutôt essayé de traduire dans une autre langue , celle des couleurs les impressions de clair-obscur en blanc et noir . Ensuite , il lui avoue qu'il a copié à de nombreuses reprises des oeuvres de Millet qu'il considérait comme un peintre plus moderne que Monet . En étant fidèle à la composition originale jusque dans les détails de la nature morte de premier plan . Pourtant il explique  qu'il afait complètement sienne cette scène de repos qui symbolise chez Millet la France rurale des années 1860. Il lui dit tout en affirmant que cette retranscription personnelle se fait essntiellement par une construction chromatique ondée sur le contraste des couleurs complémentaires bleu-violet et ja
 une-orange . Malgré le caractère apaisant du sujet, Théo lui dit avec le sourire qu'il y retrouve bien l'intensité unique de l'art de comme il dit +son génie+ de frère . Vincent est très ému de l'hommage de Théo et se rend compte qu'il doit malhureusement s'en aller , Théo lui demande s'il peut conserver ce chef-d'oeuvre .
Alors Vincent penche la tête de côté, lui explique qu'il est désolé mais qu'il veut garder sa toile qu'il considère comme une des plus abouties de ces nombreux tableaux et une de celles qui représente le plus pour lui également . Théo comprend t accepte la décison , prend son frère chaleureusement dans ses bras et le laisse filer encore tout retourné par ce qu'il vient de voir...


43.     Peinture d'Olive Dupont chapeau

CLIN D'OEIL A L'ARTISTE

 Monsieur Dupont,
Suite à mon séjour au festival du film policier qui se déroulait à Cognac, votre peinture, reproduite sur l'affiche "chapeau", m'a interpellée. C'est pourquoi, je me permets de vous écrire afin de vous faire part de mes impressions et de mes sentiments. Bien sûr, j'admire tous vos tableaux, que ce soit "dupon vitfait", "oliveparaplui" ou "jardin", néanmoins, j'avoue ma préférence pour le "chapeau". En effet, à mes yeux, il fait preuve d'une plus grande qualité artistique. Il m'a particulièrement touché par son intensité et sa finesse. Par ailleurs, il confronte l'observateur aux diférents personnages d'une intrigue: le détéctive, la victime, l'accusé. De plus, il rallie tous les facteurs d'une enquête: les symboles, les indices et le mystère. Mon imagination m'a transportée dans la réalité d'une enquête policière. Les différents éléments de votre toile m'ont inspiré les idées suivantes: tout d'abord, le chapeau représentant le détéctive qui mène sa réflexion sur l'énigme, pui
 s, les croix repéres par les inspecteurs comme facteurs importants, preuves potentielles. Je me suis également interrogée sur la signification du cigare qui sert de lettre "l" à l'inscription "révolte", située en bas de votre peinture. Ce cigare représente peut-être un indice trouvé sur les lieux du crime, ou bien une caractéristique du meurtrier, ou tout simplement une ancienne habitude du détective chargé de l'enquête. J'ai même pu percevoir les couleurs chaudes qui occupent toute l'affiche, mêlant ainsi action, suspense, et angoisse. Le flou situé en bas de votre peinture amène l'observateur à se positionner au coeur d'une situation dramatique, voire même tragique. En observant les différents éléments du tableau , j'ai recherché les liens en vue d'interpréter le sens de cette illustration. De plus, un jeu subtil et complexe se trame avec les inscriptions. En effet, écrites à l'envers, elles perdent de leur lisibilité et gagnent ainsi en art. Par ailleurs, la typographie p
 récise des caractères du mot "molle" en haut de votre toile accentue la gestualité du mot manuscrit "révolte" au bas de votre tableau. En examinant les moindres détails de votre toile, j'ai également pu distinguer certains jeux plastiques mêlant image et illusion. J'ai en effet pu deviner l'expression "chut !" inscrite elle aussi à l'envers, entremêlée dans le mot "révolte" et la tache rouge-sang. Votre peinture reste pour moi un chef d'oeuvre de l'art moderne. Le mélange des symboles qui réunit présence et disparition, affirmation et démenti, matérialité et illusion fait de votre tableau une page de poésie visuelle.En vous remerciant pour le plaisir et les surprises que m'ont offerts votre tableau, je vous prie de recevoir, Monsieur Dupont, mes sincères salutations.

 

44.    L’Angelus de Millet ORSAY13


Le peintre s’assit à son bureau. Il réfléchit de longues heures, pensant à son passé. Pendant qu’il rêvait, il dessinait au crayon des schémas sur une feuille vierge, les barrait, en recommençait sans cesse. Puis l’idée lui vint en se souvenant de son enfance, de ses travaux dans les champs, de sa grand-mère. Il se rappela de l’Angélus, antique prière que cette dernière lui faisait réciter trois fois par jour, alors que le clocher du village résonnait dans les champs à des kilomètres à la ronde. L’artiste était touché, il éprouvait de la pitié en revoyant dans son esprit l’image de son aïeule, tête baissée, priant pour les pauvres morts, triste, même quand les récoltes étaient pourtant fructueuses. Alors le peintre, revenu à la réalité, fit une esquisse. Son crayon glissait à toute vitesse sur la feuille. Il dessina très grossièrement deux personnages debout, une fourche et une brouette à terre, puis la ligne d’horizon aux deux tiers de la feuille. Le peintre était satisfait
 de son dessin, simple certes, mais qu’il désirait remplir de sentiments profonds.
Se levant, l’artiste semblait déterminé, concentré dans sa tâche. Il prit une toile d’un petit format, comme il en avait l’habitude, la posa inclinée sur son chevalet en bois et s’assit. Avec son crayon, il recopiait l’esquisse dessinée sur la feuille d’un trait plus net, plus précis, plus délicat, plus appliqué. Il détaillait au maximum les personnages, les outils, les champs. Il passa la nuit devant son tableau, travaillant sans relâche. Il ne se leva que pour aller déjeuner le lendemain, une fois son travail de dessin terminé.
Après cette courte pause, il se rassit à son chevalet, un pinceau à la place de son crayon. Au moment où le pinceau toucha la toile, le peintre sembla ressentir l’émotion qu’il transmettait au tableau. Il paraissait triste et troublé lorsqu’il donnait aux champs une couleur terne, rassuré quand il peignait le ciel d’un jaune plus lumineux, puis inspirait de la pitié lorsqu’il créait les paysans. Fatigué par son travail très rigoureux, il s’accordait de temps à autre quelques siestes, quand il n’arrivait plus à peindre.
Une fois les finitions de l’œuvre achevées, l’artiste la regarda attentivement avant de pouvoir apposer sa signature. Il observait aussi bien l’ambiance générale de l’œuvre que les petits détails. Venu à la conclusion qu’un élément manquait au tableau, le créateur lui ajouta sa touche finale, un détail d’une grande importance qui lui donne tout son sens et qui lui rajoute même une dimension sonore : le clocher d’une église placée au loin, sur l’horizon. Millet put ensuite signer sa création.

 

45.    Edgar Degas, L'Absinthe ORSAY14



C’était une sombre après-midi de décembre. Je m’étais éloigné quelques jours de la capitale. J’étais en train de réfléchir devant une toile, quand j’entendis frapper à la porte. C’étaient mes amis qui voulaient que je les accompagne au bar " Le Tube ". J’étais pourtant très occupé mais je décidai d’y aller tout de même, car je me disais que sortir un peu ne pouvait pas me faire de mal, cela pouvait même m’aider à réfléchir.
Nous allâmes tous ensemble Anne, Pierre, Charles, Louis et moi au " Tube ". Cela faisait une heure que nous y étions, nous parlions, nous riions ensemble. Mais notre joie retomba très vite quand nous vîmes qu’Anne et Pierre étaient en train de boire leur deuxième verre d’absinthe. Ils étaient tout endormis et ils ne réagissaient pas lorsque nous leur parlions. Nous décidâmes alors de partir, il était environ dix huit heures.
Nous prîmes la route du bord de mer pour les raccompagner. Nous espérions que l’air frais du large les remettrait sur pied, car depuis que nous étions sortis du bar, nous devions supporter Anne et Pierre. L’air du large n’eut aucun effet bénéfique, ce fut presque pire. Anne fut en effet bousculée par une énorme vague qui la fit trébucher nous entraînant avec elle. Malheureusement sa tête heurta une pierre et elle s’évanouit.
Nous dûmes alors l’emmener se faire soigner, car le choc était plus violent que nous le pensions. C’est à ce moment-là, alors qu’Anne recevait les soins appropriés, que j’eus l’idée de ma prochaine toile : L’Absinthe.
Elle dénoncerait les méfaits de cet alcool. Je peindrais Anne et Pierre dans un décor semblable au bar où nous nous trouvions en cette fin de journée, à la même table et en train de boire de l’absinthe. Ils seraient habillés de la même façon qu’aujourd’hui, Anne aurait une grande robe entre le blanc et le rose, Pierre, lui, serait en habit de toile, vert et assez léger. Dans cette scène, Anne aurait les yeux perdus, le regard vide afin de montrer tous les dégâts que provoque l’absinthe. Pierre aurait la barbe qu’il portait quand il était un habitué des bars et un très gros buveur. J’avais raison, sortir m’avait inspiré. Je rentrais chez moi tout seul en laissant Louis qui voulait rester auprès d’Anne. Charles lui raccompagna Pierre chez lui. La nuit était déjà bien avancée quand nous partîmes.
Anne se remit rapidement de sa blessure, et mon tableau eut le résultat escompté : Anne et Pierre ont arrêté de boire de l’absinthe.

46.    Camille Corot, Une matinée ORSAY 6

Après plusieurs heures de marche sans avoir trouvé le moindre papillon, je m’écroulai de fatigue sur l’herbe fraîche. L’été arrivait et je m’endormis à l’ombre d’un chêne majestueux bercé par la douceur de l’air. Lorsque le soleil se mit à décliner dans le ciel, je reçus un rayon lumineux dans les yeux qui me fit sursauter. Je clignai un œil puis l’autre sans me décider à quitter ma place. A force de fermer et de rouvrir mes paupières, mes yeux enregistrèrent des cercles de feux, et en même temps j’aperçus des formes au milieu de la clairière. La tête me brûlait un peu et je me décidai à retrouver l’ombre et à dormir encore.
Cette fois ce ne furent pas les rayons du soleil qui me réveillèrent mais une musique légère, peut-être une flûte ou un hautbois… Je ne me lassais pas de l’entendre et je n’étais pas pressé de partir. La nuit était encore loin. J’ouvris simplement un œil avec précaution et ce que je vis me coupa la respiration. D’abord j’aperçus ces formes souples que j’avais entrevues tout à l’heure mais je distinguais plus précisément les contours maintenant. La clairière venant de se remplir, la nature m’offrait un ballet, pour moi seul. Je m’installai sur un coude pour mieux voir le spectacle. Je m’amusai à choisir la plus jolie, la plus gracieuse ou la plus audacieuses des danseuses, mais j’y renonçai, car je n’avais pas plutôt quitté une de ces rondes, qu’une autre apparut avec des formes encore plus belles aux seins nus.
Pendant un temps, je crus apercevoir un homme assis au milieu de ces grâces et j’éprouvai sincèrement de la jalousie. J’eus même un doute sur l’innocence de cette scène. Est-ce que par hasard je n’avais pas affaire à une bacchanale ? Un dieu m’avait peut-être manipulé pour faire cette sieste? Je n’osais plus du tout bouger de ma place. Même les arbres avaient l’air d’entrer dans la danse. Le soleil finit par disparaître, des frissons me parcoururent. J’avais peut-être rêvé et j’allais repartir seul, avec juste cette petite musique en tête. C’est alors que je sentis une main qui m’invitait à entrer dans la ronde.
Il était déjà tard lorsque je me décidai à prendre le chemin du retour. Arrivé dans mon atelier, je me reposai pour essayer de me souvenir du magnifique auquel j’avais assisté la journée. Mais les femmes, le décor… rien ne me revenait. J’étais comme désemparé, la fatigue me gagna et je me rendormis.
Ce fut seulement quelques semaines après ma halte en forêt, que lors d’une sieste, le paysage me revint à l’esprit. Je saisis alors une toile et un pinceau et je me mis, sans attendre, à peindre cette splendeur.
L’amour pour les ballets me fit créer "Une matinée ; la danse des Nymphes".

 

47.    L’Angélus, de J.-F. Millet ORSAY 13



Tout en rentrant de Perthes-en-Gâtinais où il avait passé un après-midi entier à débattre de la politique sociale du gouvernement, Jean-François ne pouvait s’empêcher de penser à sa défunte grand-mère paternelle, qui les faisaient arrêter de travailler lui et ses frères alors qu’ils étaient dans les champs, pareils à ceux qu’il voyait défiler au long du trajet, et qu’ils entendaient au loin sonner l’Angélus.
“_ Dites-moi Grand-Mère, pour qui prions-nous ?
_ Pour les pauvres morts et Gabriel ! Allez, retire ton chapeau et priez mes enfants. ”
Puis, arrivant à Barbizon après cette petite heure de route, Jean-François descendit devant chez lui et croisa Théodore, son voisin et ami peintre. Ils s’échangèrent quelques paroles succinctes sur le temps brumeux de cet automne 1856 puis Millet rentra enfin et après ce trajet nostalgique, il remit son cœur à l’ouvrage auquel il travaillait depuis déjà un an.
Jean-François rythmait souvent ses journées par des visites à ses amis artistes ou parfois retournait à l’ancienne propriété familiale du Cotentin, celle où chaque été il voyait arriver tous les commis pour les récoltes puis les regardait repartir, impuissant face à leur malheur, lorsque l’automne et ensuite l’hiver arrivaient, réduisant à un néant relatif les charges de travail des champs. Il invitait aussi quelquefois à quelques repas ou collations l’évêque ou le prêtre du diocèse pour parler de morale mais aussi bien entendu des nouvelles qualités esthétiques naissantes.
L’œuvre en cours était déjà assez avancée et seul l’arrière plan, après la ligne d’horizon d’un flou délicat n’était pas seulement esquissé.
L’influence de Millet à Barbizon commençait à grandir. Souvent il se trouvait à devoir juger quelques œuvres d’autres artistes du village même.
Mais ce soir, Jean-François voulait se consacrer à sa peinture. “ Il manque quelque chose, s’exclama-t-il, il manque une dimension à ce tableau… ”
Dix-huit heures sonnèrent. L’artiste n’avait guère avancé depuis qu’il était revenu. Il regardait fixement son œuvre, s’en emplissait.
Dix-neuf heures sonnèrent. C’était ça ! Il la lui fallait, cette vibration, cette incitation à la prière, le son des cloches résonnant, sonnant l’Angélus de son enfance pour ce couple figé.
Millet se mit alors à chercher un moyen d’introduire cette sonorité dans sa toile…
Ding, rrdong, ding ; vingt-trois heures. Ça y était, le peintre venait de trouver ! Edifier le clocher dans le prolongement de la nuque de la femme et du haut de la tête du brave paysan ! Il fallait leur donner une allure monumentale dans ce recueillement pieux. Nous devions reconsidérer ceux qui travaillaient chaque jour cette terre. C’était décidé, demain il terminait ce clocher. Et il laissa son tas de croquis qu’il venait d’effectuer, glisser aux côtés de ceux représentant les figures et postures de paysans.
Six mois plus tard Millet donnait sa dernière touche au tableau puis signait.
Douze mois plus tard, le commanditaire versatile de la toile n’étant venu le chercher, l’Angélus sonnait pour trente milles francs chez un collectionneur belge…

48.    Ludovico Wolfgang Hart Café arabe du Caire (no 19) ORIENT5

 

Cette photographie a été prise par Ludovico Wolfang Hart entre 1863 et 1864 avec pour titre "Café arabe du Caire". Au premier plan, nous apercevons quatre personnes, des égyptiens sans doute, fumant leur narghilé. Ils sont habillés avec un turban et une tunique traditionnelle, et, comme bon nombre de personnes au Proche-Orient, ils ont de la barbe. C'est une image de la vie traditionnelle en Egypte, qui souligne la pauvreté.
   Les lignes verticales du pilier soutenant le toit, ainsi que celles des briques, n'expriment pas un obstacle, mais plutôt les limites de ce refuge. Les personnages sont amassés autour du poteau comme s'il s'agissait du principal soutien du café: ils veulent sans doute protéger le café qui semble être un de leurs seuls lieux de convivialité. Les pierres carrées sur lesquelles sont assis les protagonistes forment un ensemble de stabilité et d'équilibre, comme si cela était la base du bâtiment, le plus solide.
   Le toit paraît fébrile. Les lignes obliques des branches qui se croisent et forment le toit ne semblent pas protéger des phénomènes météorologiques, mais plutôt du soleil, car c'est un pays chaud et sec. Ce toit de fortune paraît former une frontière entre le ciel et le café. Le bout des branches qui forment le toit se finissent en pointe, montrant l'aspect agressif et protecteur de ce toit.
   Le photographe a pris la photo de face. Cela nous montre que les personnages peuvent s'adresser à nous, et à tous ceux qui regardent cette photo, ainsi que le photographe. Elle nous permet d'entrer un peu dans l'action et dans le décor. C'est un plan large soulignant le lieu de l'action, qui est café, mais aussi les quatre personnages qui sont pris des pieds à la tête ( plan moyen et décor).
   A l'arrière-plan, nous pouvons observer le fond du café. Il montre que le café est un lieu fermé et protecteur. Les formes rondes des turbans montrent la douceur et la paix des clients de ce café. Ils n'ont pas une attitude agressive mais plus une attitude pacifique envers les éventuels visiteurs, mais aussi envers celui ou celle qui regarde la photo.
   C'est aussi la couleur des turbans, qui sont clairs sur un fond très sombre. Ce sont les points forts, les turbans contrastant avec le teint mat des personnages ainsi qu'avec la barbe de celui du milieu. Il y a un autre contraste de couleurs entre la façade du café, formée de briques claires ( comme le poteau qui est, lui aussi, clair), et le fond du café, à l'intérieur. Le soleil que l'on imagine dehors, projette beaucoup d'ombre dans le coin du café. Peut-être y a-t-il une certaine méfiance de ce noir, c'est pourquoi les personnages sont à la lumière.
   A travers cette lecture d'image, nous pouvons voir la beauté présente dans chaque œuvre photographique, même les plus anodines.

HAÏKUS
Quatre égyptiens au café
Accompagnés de leur narghilé
Leur permet de s'évader

Sur un mur
Loin des villes et de ordures
La vie paraît obscure    

 

49.    Photographies publiées dans la collection "Achives de Wallonie" Les hommes en usine Véronique Vercheval V1



En observant cette photo en noir et blanc, nous pouvons voir des hommes portant des casques et des lampes souriant dans une cage sombre. Ils sont vêtus de vêtements de travail mal lavés et chiffonnés. Les hommes ont un air mexicain, on peut  le voir à la façon dont est coupée leur moustache.
A la façon dont ils sont vêtus et à leur environnement sombre nous pouvons en déduire que ces hommes sont des mineurs, étant dans un monte-charge, les menant dans un monde sombre: la mine. Il y a donc ici une antithèse entre le sombre monde de la mine et la lumière émise par les lampes: cela trouble l'obscurité. On notera également une seconde antithèse entre le sourire des mineur et les barreaux du monte charge des ténèbres.
En regardant cette photographie, cela nous remplit de bonheur et nous en sourions. En effet, les hommes allant travailler dans des conditions si difficiles et si déplorables, ce qui nous fait penser à des soldats montant au front remplis d'espoir.
L'artiste a pris cette photo en plan rapproché et met donc l'accent sur l'attitude et le costume des mineurs. Il nous donne une impression de contact direct avec les mineurs grâce à l'angle de vue de sa photo.
Les barres et les chaînes donnent l'impression de bloquer les mineurs dans la cage d'ascenseur. Sortiront-ils vivant de la mine?

Dans leur prison noire
Des petits hommes impatients
Attendent
Dans le noir
Les hommes sont attrapés
Sans se rebeller


Dans le sombre noir
Un sourire éclair:
Une lumière…

Dans les profondeurs
Les cliquetis de chaînes
Se font entendre

Par les abysses
Les hommes sont attirés
Et plongent

 

50.    constance (5)


 Le cahier, la photo, le noir et le blanc

Le cahier est grand et noir. Le papier est épais et blanc. Les photos brillantes, grandes, épaisses, noires et blanches. Je tourne les pages, lentement, comme pour prendre le temps d’admirer. Mais je n’admire pas, je ne regarde même pas, je vois. Je vois du noir, je vois du blanc et rêve silencieusement. Noir. Blanc. Noir. Blanc. Puis mes yeux s’arrêtent, net. Pupilles écarquillées, corps paralysé, j’admire. Comme avant, c’est noir, c’est blanc, mais là c’est éblouissant. Le soleil, pâle, se reflète dans l’eau, froide. Et mon regard ne veut pas s’en détacher. Pétrifié par tant de beauté, je ne peux qu’admirer. Tout est si calme. Eau. Soleil. Noir. Blanc. C’est reposant. Reposant mais pas mort. Si les photos figent, je suis photophobe ; mais cette photo vit, j’en suis photophile. Je ferme les yeux. Je vois le noir, je vois le blanc, je vois le simple, je vois le beau. Je vois la photo. Je sais, maintenant, que jamais je ne l’oublierai. Face à un film sans couleur, un piano, un
  jeu d’échecs ou un tableau noir, j’y repenserai. Je la reverrai alors. Plus vivante qu’un vieux film, plus chantante qu’un piano, plus intelligente qu’un jeu d’échecs et moins sévere qu’un tableau d’école. Je la reverrai. Je l’admirerai. J’ouvre les yeux, ferme l’album et le lui rends. Sans un mot. Elle le prend, silencieusement. C’est son album, ce sont ses photos. Je dois lui rendre. Je devrais aussi la féliciter, n’est-elle pas la cause de tant de beauté ? N’est-elle pas la créatrice de ce calme ? N’est-elle pas la photographe de cette sérénité ? Mais je ne la félicite pas, je lui rends son cahier et m’en vais. Admiratif et muet. Aujourd’hui, les mots ne veulent pas coopérer. Demain, peut-être, je lui dirai : « C’est beau, Constance. C’est beau, c’est noir et c’est blanc. »

 

51.    Image de Claude Lévêque extraite de "Appartement occupé LEV10

Nous voyons sur cette image un jeune garçon dans la rue. Il y a, à sa gauche, un trottoir et un grillage, et à sa droite la route. Le garçon est habillé en T-Shirt blanc imprimé, ce qui fait un contraste évident entre le blanc et le noir. Ce garçon semble joyeux, il sourit mais lève son majeur gauche dans un signe injurieux et provocateur. Nous voyons donc qu'il y a un contraste dans l'attitude du garçon : le sourire et le geste injurieux sont contradictoires. Il n' y a donc pas de sentiments hostiles de sa part, car vu son jeune âge (environ 10 ans), il ne doit pas connaître la vraie signification de l'injure. De plus, nous ressentons un sentiment d'agressivité dans cette photo car le garçon est photographié de face. Le garçon est pris en plongée : le photographe voulait donc le mettre en infériorité par rapport à lui. Il est au premier plan, et c'est donc le garçon que l'on voit en premier. Le point de fuite est sur le cadre de l'image juste derriè
 re le garçon. On a donc envie de savoir ce qu'il y a derrière lui, comme la guerre par exemple.
Ce garçon n'a donc pas vraiment envie ni de provoquer ni d'insulter, mais fait plutôt ce geste pour s'amuser.

 

52.    Photographie de  Véronique Vercheval V14

 

Sur cette photo nous voyons deux femmes qui s'enlacent. Nous pouvons supposer qu'elles sont très proches; elles se ressemblent, on peut penser qu'elles sont sœurs. Elles ont le sourire aux lèvres : elles sont heureuses. A l'arrière plan nous observons des bâtiments en ruines. Cette photo a probablement été prise après la guerre en Palestine. Ces femmes ne semblent pas blessées par l'événement : l'une d'elles porte une montre et une belle veste, elles ne sortent donc pas d'un bombardement.
On peut en déduire que ces femmes ont été séparées par la guerre et, sur cette photo, on assiste aux retrouvailles. Il y a un contraste entre l'amour et la haine : les deux femmes s'aiment très fort; elles sont très proches, tandis que les ruines témoignent de combats violents. Il y a aussi une antithèse entre la guerre et la paix ou plutôt entre le bonheur de ces femmes et le malheur des blessés durant la guerre.
L'auteur veut nous montrer que même que s'il y a eu la guerre, ces femmes sont très heureuses de se retrouver. On ressent une grande émotion ( joie et amour ). Lorsque l'on regarde cette photo, ce n'est pas tout de suite le désastre qu'a produit la guerre que l'on voit, mais d'abord le bonheur des retrouvailles.
Les personnages sont pris en plan américain, de profil, et l'angle de vue est de face. On remarque les femmes au premier plan grâce à leurs habits plus colorés que les bâtiments. Les lignes verticales qui représentent les bâtiments sont des obstacles à la liberté des rescapés tandis que les courbes qui représentent les formes féminines sont la douceur et la tendresse. Cela nous montre vraiment le bonheur qu'éprouvent ces femmes malgré la guerre. Le point de fuite est à l'extérieur de la photo, les personnages sont libres, ce qui nous montre bien que c'est la fin de la guerre.

 

53.    Germain Eblé, sans titre, septembre 1932  EBLE


Pour être  honnête, J’avouerai que mon idée de départ pour cette écriture d’invention était de choisir au hasard une image et d’inventer les pseudo-sentiments que m’aurait transmis sa vision. Je trouvais par ailleurs cette idée rassurante car j’aurais préférée mentir plutôt que d’exposer ce qui me touchait réellement.
En effet quoi de plus simple que de se dire émue par une peinture qui ne vous fait aucun effet plutôt que d’admettre son émotion face à une photographie ?
       Je sus que je serais contrainte d’appliquer cette deuxième solution que je voulais tant éviter lorsque je dénichais ce portrait de famille pris septembre 1932 par Germain Elbé.
C’est sa simplicité qui m’attira.
Cette image paisible de cette famille composée de deux adultes et de six enfants, dont un en bas age ayant l’air de porter sa robe de baptême, bien qu’étant celle que je rêvais d’avoir  dans mon avenir, me laissait une trace de mélancolie.
Peut être étais-ce du au simple fait que j’estimais ne jamais pouvoir atteindre cet idéal, ou bien, plutôt,
a cause de tous ces regards rempli d’émotion. Car cette dernière impression, sûrement dus à mon imagination, me donnait la sensation que quand mes yeux se posaient sur cette photographie, l’esprit de cette famille était toujours vivant.
Que cette petite fille sur les genoux de son père me regardait d’un air intrigué, que celui-ci été stupéfait par ma présence, que tous me dévisageaient.
      Cette famille me faisait aussi penser a des fantômes. Cet effet, sûrement occasionné par le brumeux décor avait aussi une valeur symbolique, celle du bonheur passé.
Je ne pouvais m’empêcher en admirant cette photo, et c’est sûrement une des causes de la mélancolie qui me prit en m’arrêtant sur celle-ci, de me dire que cet instant figé dans le temps ne se reproduirait jamais.
Le bébé a grandi, le fils est probablement marié, les autres enfants aussi et les parents sont sûrement  morts. En y réfléchissant, les parents ne sont hélas pas les seul a être morts, car si le bébé avait un an a l’époque, il aurait aujourd’hui 71 ans.
C’est ce paradoxe qui me rendrait triste. Comment? Cette angélique petite fille n’existe plus que sur cette photo?                   
Cette simple pensée ne devrait pourtant pas me laisser amère, après tout, je ne las connaissait pas...
                                                                     
    Mais voila le problème, si en réalité cette photo m’attire c’est que c’est une de celles que l’on peut trouver dans chaque album de photographies. Une de ces photos qu’un jour on regardera avec joie en se remémorant cet instant de bonheur et qu’un autre jour on regardera avec tristesse, la gorge nouée, en voyant ce père qui  vous tenait sur ces genoux et qui ne le refera plus, en voyant tous ces êtres que vous chérissez qui sont parti et que, malgré tous les moyens possibles et  inimaginables que vous pourrez déployer, ne reverrez jamais. Le seul moyen de transport qui peut vous ramener jusqu’a eux est ce morceau de passé et cette photographie en est l’exemple.
Cette photographie, bien qu’anonyme, rappelle que cette famille a existé et c’est pour cela que je lui en suis reconnaissante, car, grâce a elle, ce bonheur passé ne sera jamais oublié.       

   

54.    Série Palestine photographie de  Véronique Vercheval  V13

 C’était le 29 avril 2002 et  je revenais à l’hôtel où j’étais restée pendant une semaine pour faire un documentaire sur l’Israël. Pour arriver à l’hôtel j’ai dû passer à côté du point de contrôle de Ramallah, 300 yards de déchets pour passer de la ville de Ramallah à la ville de Ram.
Je pouvais sentir cette chaleur intense et particulière de la mi-journée.
Je me suis arrêtée pour observer quelque chose de très curieux. Un des soldats qui gardait le point de contrôle était très jeune ; il était nerveux et tremblait, il avait peur de tous les passants.
Devant le soldat, marchait une femme qui, avec son regard, montrait son hostilité envers lui. Elle marchait d’un pas lent, fatiguée par la chaleur qu’elle sentait avec ses vêtements (elle portait un long manteau et un foulard qui couvrait sa tête).
En même temps, les autres personnes qui passaient à côté d’elle se dépêchaient pour traverser le point de contrôle.
J’ai trouvé tout cela bien ironique : bien qu’il faisait chaud cette dame n’enlevait pas son manteau, le soldat ne bougeait pas un muscle et tous les passants marchaient silencieusement.
C’est pour cela que j’ai décidé de prendre cette photo. Pour moi cela était très étrange et en même temps profondément triste : comment imaginer vivre sans le minimum de liberté de mouvement ?

 

55.     Caspar-David Friedrich L’arbre aux corbeaux   louvre(24)


L’arbre aux corbeaux est un tableau peint vers 1822, huile sur toile, 59cm x 16cm.
Dans ce tableau, on peut voir au premier plan un arbre mort, sans feuilles, entouré de vieux troncs d’arbres sur lequel plusieurs corbeaux noirs donnent l’impression de mort, de peur.
A l’arrière plan, un monticule de terre recouvert d’herbe sombre, et beaucoup de corbeaux volant vers l’arbre du premier plan et donc vers le spectateur.
Le ciel est d’une couleur jaunâtre car c’est la tombée du jour.
Toute la peinture donne un sentiment de peur, d’angoisse pour l’avenir, de tristesse, de désespoir comme dans un film de terreur.
La présence des corbeaux donne l’impression que des mauvais esprits comme le diable ou les démons sont présents dans le paysage.
Cette peinture me fait frissonner car j’imagine que le destin est inévitable, que la fatalité peut arriver à n’importe quel moment comme un corbeau qui vole au fur et à mesure du vent qui l’emporte. C’est pour cela que je crois qu’il faut vivre pleinement le temps qui nous est imparti par le destin car tout peut cesser d’un instant à l’autre.
En plus on dirait que l’arbre le plus grand et en train de protéger les autres car il ne veut pas laisser un être vivant les atteindre.

 

56.    Georges de La Tour La Madeleine à la veilleuse LOUVRE(27)

 

Aucune image n’attirait vraiment mon attention jusqu'à ce que je vis de plus près La Madeleine à la Veilleuse de Georges de la Tour. Sur ce tableau était peinte une femme, de profil, au visage penché et au regard  fixe (mais à la fois absent) sur la flamme que jette une veilleuse qui est sur une table près d’elle. Cette mystérieuse femme aux cheveux longs porte une chemise blanche qui a glissée du côté gauche laissant son épaule nue et une longue jupe rouge. Sur la table on peut aussi voir deux gros livres, et, à côté un fouet qui repose sur un grand crucifix. Le fond est sombre. Mais rien ne me frappa plus que le crâne, posé sur les jambes de la Madeleine, elle le caresse avec sa main droite.
C’est alors que je m’intéressai à l’image, je découvris que c’était une prostituée qui s’était convertie après sa rencontre avec le Christ. La lumière qui l’éclaire peut alors représenter l’espoir parce qu’on voit qu’elle tombe surtout lumière est surtout sur son visage, le reste de la salle est sombre. C’elle est une figure religieuse. Le fait qu’elle était avant une prostituée peut expliquer la façon de s’habiller, des habits vieux et la chemise qui découvre presque la poitrine. Elle a un gros ventre rond mais ses bras et ses mains sont fins on peut donc penser qu’elle est enceinte et je pense qu’ici le crâne sert a faire le contraste entre la vie et la mort. C’était sûrement le crâne de quelqu’un qu’elle aimait pour qu’elle le tien sur ses jambes, qu’elle le caresse, c’est quelqu’un qui lui manque beaucoup.  Le crucifix représente alors sa foie et son amour pour Dieux. On sait qu’avant sa crucifixion Jésus a été battu avec un fouet et on retrouve dans le tableau ce  même f
 ouet sur un crucifix.
Face à tout ça la Madeleine semble pensive, elle est dans un état du quel dont elle ne peut pas sortir. Ce tableau m’impressionne, elle semble si calme en tenant un crâne sur ses jambes, dans le noir…

57.    Série Palestine photographie de  Véronique Vercheval  V14


Il y a quelques mois j’ai voyagé à Ramallah, une ville où la situation politique est devenue insupportable. Tous les habitants ont peur de sortir de chez eux, les rires des enfants joyeux jouant dans la rue ont disparu. Les routes sont devenues complètement désertes, on ne voit plus une âme. Tous les jours les coups de canon, plusieurs familles  séparées à cause du conflit Israélo-palestinien que vivent les gens à Ramallah, c’est une situation dramatique d’où ils ne peuvent échapper.  Les soldats israéliens ne font pas attention aux cris de désespoir que poussent les gens chaque fois qu’ils voient qu’un membre de leur famille leur est arraché. Ils ne savent pas comment l’éviter, c’est leur destin de mourir à cause de cette guerre. La seule chose qu’ils peuvent faire c’est de ne pas penser qu’il est déjà mort mais de prier pour qu’un jour elle leur revienne.
Je suis photographe et depuis quelques années, je cherche à prendre la meilleure photo qui n’ait jamais été prise. Cette fois-ci, j’ai parcouru tout Ramallah avec l’espoir de la trouver parmi la souffrance de tous ces gens. J’ai pris plusieurs photos qui montrent la ville dévastée par une guerre qui n’a pas de fin. Le dernier jour de ma visite j’ai cherché partout, une scène qui montrerait une lueur d’espoir dans ce monde de destruction. Et voila que j’ai trouvé dans toute cette ombre, une lumière dans la vie, deux sœurs qui se sont retrouvées après  beaucoup de lutte pour se revoir, pouvoir s’embrasser  et ne plus se séparer. Les soldats casqués, les maisons détruites, une ville qui a été réduite en poussière, la haine des deux peuples, on les a oubliés pendant quelque minutes grâce à cette rencontre où l’on voyait l’immense sourire des deux jeunes au moment de se voir et avec cela on peut apprend que l’espoir est le dernier sentiment à mourir après notre mort.

 

58.    Xavier Mellery, Chute des dernières feuilles d’automne,  mellery_automne

 

 Une nuit assis à mon bureau, en attendant l’inspiration, je m’endormis. Dans la confusion de mon rêve j’entendis l’étrange voix d’une femme me dire :
 « Mon bon père, le temps nous a finalement atteint, aujourd’hui nous  avons vieilli, nos corps ne sont plus les mêmes, nous n’avons plus la force ni cette nuance de vie que nous avions auparavant. C’est pour nous enfin le temps. On attend le moment de partir. Certains t’ont déjà laissé, elles n’ont rien dit, tout simplement  quand le soleil se montra, elles avaient disparu.
C’est la nuit qui nous fait vieillir je le sens elle porte avec elle ce vent froid qui veut nous séparer de toi, il nous tire il veut nous arracher la vie.
Je ne sais pas où je serai emmené. Cette fois quand la nuit viendra je ne pourrai plus le supporter.
Le soleil se cache ; je pense ne pas attendre la nuit,  ne pas attendre le vent qui semble vouloir m’emmener loin d’ici, il vaut mieux me laisser tomber pour rester près de toi.
Vivrai-je après m’être séparé de toi ? Est ce que la vie nous laissera ?
Le temps arrive… »
Dans mon rêve je me sentais comme faisant partie de cette histoire, je connaissais ces femmes mon amour pour elles était immense…Je ne voulais pas les laisser partir mais dans mon rêve elles partirent cette nuit et je fus malheureux…

Le lendemain je m’éveillai avec le souvenir de mon étrange rêve mais aussi avec une  grande tristesse comme si quelqu’un était mort sauf qu’il n’y avait personne. C’était à cause de mon rêve ; j’aimais trop ces femmes ! Je les voyais encore lorsque je fermais mes yeux mais pourtant je ne les connaissais pas. Je pensai donc que  l’inspiration finalement  ne m’avait trouvé qu’endormi. C’est comme ça que  je décidai faire une peinture de mon rêve.
 Je voulais faire quelque chose de fantastique, d’imaginaire donc j’essayai de me rappeler de chaque détail de mon rêve. L’étrange femme m’avait appelé « père », elles avaient vieilli pourtant j’étais encore vivant puis c’était le vent qui les tirait et qui voulait les séparer de moi. Lorsque je pensais à cela j’eus l’idée de peindre  quelque chose de fantastique : un arbre, je serais leur père, les belles femmes seraient les dernières feuilles qui tombent vers la fin de l’automne. Moitié feuilles mortes et sèches, moitié femmes belles et innocentes, ces femmes seraient le centre de ma peinture. J’étais content de pouvoir créer a nouveau une peinture en quelque sorte surréaliste. Sauf que dans mon rêve je fus malheureux donc j’ajoutai un denier détail, une toile d’araignée qui les tenait dans l’air pour ne pas les laisser partir enfin elles auraient parties mais je les aurais près de moi pour toujours…
Finalement je fus heureux pas dans mon rêve mais dans la peinture de mon rêve !

 

59.    Mellery, les heures mellery_heures

L´éternité et la mort
(Les heures)
Mes heures arrivèrent
Pendant que les tiennes passèrent
J’entendais tout autour de mon corps
Les angoissants soupirs de la mort……

C’était en 1921, une nuit lourde, sombre
Et séduisante recouvrait Laeken, ma ville natale,
Là, ou l’ange sans ombre
Me chasse en galopant sur son cheval.

Mes heures, mes minutes, mes secondes,
Marquées par cette douce brise
Qui, vers les champs de l’éternité m’emporte,
Là où l’ange noir pleure sans heures fixes.

C’était la brise de l’immémoriale mort
Qui avec son invincible faux,
Arracha m’on âme à la vitesse d’un éclaire
Et quoi ? J’avais déjà gagné le prix de Rome.

Le rouge envahit le ciel
Et je laissai mon maître PORTELS
Le sol s’ouvrit comme un coffre
Et j’abandonnai mon élève KNOPFF,

En dessous de moi, de grands escaliers en colimaçon
Que je descendis très lentement
Car la seule chose que je savais….
C’est, que j’avais toute l’éternité.

Enfin, je donnai le dernier pas
Puis, je trouvai du papier, des peintures et un compas
Alors je me  mis à dessiner
Ce que mon destin m’indiquait :

C’était ce vieil ange,
Entouré par ses heures,
Qui, comme un rêveur,
 Cherchait á échapper á ce jeu étrange

Elle pleurait, la mort, de fatigue
Elle pleurait des larmes de sang
Que les heures prirent avec intrigue
Pour pouvoir danser en rigolant.

Malgré ses grands ailes noires déployées vers le haut
De même que sa faux,
N’empêchait pas qu’elle serait destinée
À vivre entouré par l’éternité.

 

60.    Caspar-David Friedrich L’Arbre aux corbeaux Louvre (24)

 

Vous pensez certainement que ceci est juste un paysage. Vous pouvez même penser que ce n’est pas le paysage le plus beau pour être peint. Mais vous vous trompez, ceci n’est pas seulement un paysage.  Vous avez sous vos yeux l’endroit même où quelque chose d’horrible s’est produit. Oubliez l’ordinaire, la nature, elle aussi commet des crimes.  N’avez-vous pas l’impression que le paysage vous regarde? Ce n‘est pas un hasard, il vous regarde bien. Il connaît, lui. Il sait. De quoi je parle? Vous allez voir…
C’était un samedi matin.  Je venais d’avoir une dispute avec ma belle Caroline et je décidai donc de sortir marcher un peu. Si j’ai vraiment appris quelque chose pendant mes années à Copenhague, c’est de ne jamais sortir sans une feuille et un crayon. Très rapidement, j’arrivai à un endroit complètement isolé, me demandant comment j’étais arrivé jusque là. C’était un très joli paysage. Au premier plan, un arbre, plein de feuilles vertes qui exprimaient la joie avec ses formes et ses couleurs, et derrière, une vallée couverte d’herbe si verte que je ne l’aurais pas cru si je ne l’avais pas vu. Le ciel était d’un bleu très clair avec quelques petits nuages de part en part. Je décidai de m’asseoir et faire un brouillon de la scène que je peindrais correctement plus tard.
Tout à coup, j’aperçus un paysan qui marchait le long de la vallée et je pensai qu’il avait quelque chose d’étrange dans sa façon de se comporter : il semblait avoir peur, peur de l’endroit, peur de l´herbe sur laquelle il marchait, comme si quelque chose l’effrayait mais que je ne pouvais pas distinguer. Trois secondes plus tard, le paysan commença à hurler : « Je suis ici ! Prends-moi si tu veux ! Fais-moi ton roi et apporte-moi loin d’ici ! Je n’ai plus envie d’être ! Prends-moi, te dis-je, vallée infernale ! ». Puis, bien que ceci puisse vous paraître impossible ou ridicule, la vallée commença à aspirer le paysan pendant qu’il poussait les hurlements les plus forts que je n’ai jamais entendu. Il avait l’air effrayé, mort de peur. Mais il ne pouvait plus rien faire, c’était trop tard. Quelques secondes plus tard, il fut entièrement absorbé par cette vallée où se trouvait maintenant une petite montagne.
À la suite de cet incident, les feuilles de l’arbre qui était là tombèrent et il ne resta plus que les branches. Le ciel devint obscur, comme si le soleil était en train de tomber, alors qu’il n’était même pas midi et une vingtaine de corbeaux se précipitèrent vers la petite montagne qui venait de naître.
Je restai paralysé pendant un moment, rempli de peur, incrédule, mais ma curiosité fut plus grande. J’essayai donc de me rapprocher un peu mais dès que j’arrivai près de l’arbre, plein de troncs et plusieurs arbres décharnés sortirent de terre et formèrent une espèce de muraille autour de la montagne, comme pour protéger le corps du paysan, comme si ça appartenait à la vallée. Elle savait que quelqu’un se rapprochait, et elle ne voulait pas qu’on la dérange…
Arrivé chez moi, j’étais encore impressionné et envahi par la terreur que m’avait causée ce que je venais de vivre. Je décidai donc que la seule façon d’oublier cet incident était de peindre le paysage pour le sortir de mon esprit…

 

61.    Edouard Detaille (1848-1912) Le Rêve orsay 18

La nuit s’est terminée, le soleil timide se lève dans l’horizon très lointain. Je peux à peine voir ses rayons éclairant le ciel mêlé de nuages, c’est un des plus bel aurore que je n’ai jamais vu dans ma vie.
Le froid intense gèle mes pieds en me réveillant dans une scène qui m’envahit d’un sentiment d’espoir et de victoire lorsque tous mes amis soldats dorment encore lourdement dans leur sommeil passif, je vois dans le ciel, mêlée aux nuages, une image pas très claire, je pense que c’est seulement un produit de mon imagination. Je ne cesse pas de la regarder fixement pour me convaincre de ma vision imaginaire, mais l’image dans sa grandeur montre une envolée de figures, de silhouettes nostalgiques et de drapeaux triomphants, C’est une bataille victorieuse rose et bleue comme l’aurore en un jour de printemps.
C’est quand j’ai vu tous ses soldats, joyeux dans leur victoire, rentrant chez eux à cheval, que je me suis rendu compte que cette image représente notre rêve, leur rêve, qui n’est autre que celui d’une nation blessée par la « débâcle ». Nous sommes déjà très fatigués nous n’avons pas encore la victoire dans cette bataille contre les Prussiens. Nous voulons déjà rentrer chez nous, notre désir est évident de retourner triomphants.
Les Prussiens nous ont déjà blessés, notre corps n’a plus d’énergie pour pouvoir les combattre, nos efforts sont déjà absurdes, l’espoir vif encore dans nos cœurs comme la flamme qui est capable de vaincre tout obstacle, mais la fatigue et le sommeil nous envahissent. Pourtant au ciel notre désir se déploie comme les nuages évanescents.
Lorsque je regarde le ciel beaucoup de sentiments occupent mon cœur qui palpite très fortement.
C’est alors qu’avec mes peintures, je peins ces nuages pleins d’espoir sur une toile que je porte dans mes affaires depuis que je suis petit. Peu à peu apparaissent des nuages qui reflètent l’espoir de ma patrie, de la France.
Puis en dessous de cet espoir se dessinent mes compagnons de guerre, ceux qui se battent pour la France et leur désir de liberté.

62.    DAVID La mort de Marat louvre (17)

 

           Assis à mon bureau, plume à la main, je contemplais ma toile, accrochée au mur de ma chambre. Devant moi, mon cahier bordeaux, gravé de trois lettres dorées sur la couverture: J.L.D.
J'ouvris mon journal. Ma plume glissa alors sur le papier froissé.

"Jean-Paul Marat est un héros qui a donné sa vie à la cause du peuple. C'est une des raisons pour lesquelles j'ai voulu perpétuer sa mémoire par la peinture. Il est mort en martyre et j'ai peint son cadavre, gisant dans sa baignoire. J'ai symbolisé la souffrance de Marat par son sang encore rouge sur la toile. J'ai représenté ses instruments d'écriture, ses mains tenant encore plume et feuille de papier, pour témoigner de son activité de brillant journaliste, fondateur du journal "l'ami du peuple". J'ai placé la lumière au centre du tableau afin de metre en valeur le visage de Marat , et de focaliser l'attention du spectateur sur l'essentiel. J'ai choisi une couleur sombre pour le fond du tableau, sans doute pour accentuer la dramatisation de la scène. Ma mise en scène présente Marat seul face au spectateur. J'ai choisi de déposer l'arme du crime juste au pied de la baignoire-sabot; pour que d'une certaine manière, le spectateur se place dans la position de l'assassin. Celle
 qui l'a tué, cette royaliste, je la hais, comme tous ceux de son espèce."
Plus tard dans la nuit, je m'étais assoupi à la lueur de la bougie.
"La Charlotte Corday, royaliste au caractère hautain, qui attendait son jugement à la conciergerie ces derniers jours, comparait aujourd'hui au Tribunal Révolutionnaire, accusée d'avoir assassiné Jean-Paul Marat  le 13 juillet 1793. M. Gustave Doulat n'étant pas présent ce jour, je demanderai à Chauveau-Lagarde de prendre la défense de l'accusée"
Fouquier-Tinville paraissait hautain et désagréable. Il donna la parole à l'avocat.
"Charlotte Corday s'est toujours interessée  à la politique" commença Chauveau-Lagarde.
"N'oublions pas que c'est une lointaine descendante de ce grand poète Corneille! Indignée des outrances de Marat, elle lui reprochait surtout de pousser à la guerre civile pour devenir dictateur. Elle a rendu visite aux députés girondins proscrits, et s'est enthousiasmée pour l'ardeur des Caenhais qi s'enrholent pour aller délivrer Paris des anarchistes. Les déclarations de Marat telles que"Je ne croirais à la république que lorsque la tete de Louis XVI ne sera plus sur ses épaules" exaspéraient Charlotte. Elle apprend quelque temps plus tard le supplice de l'abbé Grombault qui avait donné l'extrème-onction à Madame Corday D'armont, sa mère. Marat était un fou sanguinaire! Et..."
"Non!" s'exlama quelqu'un dans la salle, d'une voix rauque et sèche. Une vieille femme s'étais alors levée soudainement et son regard était rempli de haine. Elle s'écria:
"Marat était un homme bon! Toute sa vie il a mené son combat politique contre le Roi, puis contre les girondins! Lui, l'ami du peuple, un fou sanguinaire? Pourquoi l'accuser d'un meurtre dont il est la victime!? C'est moi qui l'ai trouvé, assassiné dans sa baignoire, son corps nu ensanglanté m'est resté gravé, j'en rève, j'en pleure la nuit! Je lui avais préparé un bain comme à l'habitude, pour soigner son eczéma. Alors qu'il est dans la salle de bain, une femme frappe à sa porte. je lui ouvre et préviens Marat de son arrivée. Il accepte alors de la recevoir et me dit de la faire entrer dans la salle de bain. Alors je le fais... et.. et ils discutent.. pendant dix bonnes minutes et..."
Des larmes coulaient de long des joues de la vieille femme et lui empèchaient de poursuivre son récit.
"Ne voyez-vous pas que cette pauvre femme veut vous apitoyer sur le sort de son protégé! Mais Marat était dangereux!" s'exlama Chauveau-Lagarde.
Fouquier-Tinville ignora cette déclaration et posa de nombreuses questions à l'accusée elle-mème.
Charlotte y répondit de façon exacte, sans jamais chercher à minimiser les faits. Elle va mème jusqu'à confirmer les déclarations des témoins à charge , et notamment celles de la vieille femme:
"Nous avons en effet discuté Marat et moi le soir du 13 juillet dans sa salle de bain. Je lui ai donné des nouvelles du Calvados, ainsi que les noms des députés présents à Caen. Il m'a alors dit qu'ils seraient tous guillotinés et je suis alors entrée dans une colère terrible..."
Fouquier-Tinville coupa la parole à l'accusée:
"J'en déduis que c'est vous qui avez assassiné Jean-Paul Marat en lui plongeant un couteau dans la gorge."
Il fit une pause puis reprit:
"A l'issue des débats, je demande la tete de Charlotte Corday."

La lueur du jour éblouissait mes yeux. J'avais du dormir trois ou quatre heures car je sentais une grande fatigue envahissant tout mon corps. Mes yeux  qui s'ouvraient doucement aperçurent alors le tableau accroché au mur. Mais ce n'est pas Marat que je vis: une femme me regardait, encerclée de barreaux de fer.
Je compris alors que ce tableau représentait Charlotte Corday emprisonnée à la conciergerie. Je ne pus m'empecher alors d'entrer dans une colère folle. Je décrochais le tableau du mur et mes mains tremblantes lachèrent la toile sur le sol poussiéreux. Charlotte Corday gisait sur le sol en mille morceaux. J'espérais l'avoir anéantie à jamais.

 

63.    L’Angelus de Millet ORSAY13

 

Je suis dans mon atelier,  je l’observe, je m’ennuie. Des toiles partout. Beaucoup représentent la vie et le travail des paysans. Il est vrai que ce sujet m’est cher. Une toile me revient en mémoire. Oui, il faut que je la retrouve. La voici, oui je crois que c’est celle-ci, cette toile roulée et enserrée par un ruban. Cela fait déjà deux ans qu’elle est abandonnée dans un coin de mon atelier. Je l’avais pourtant terminée durant 1857 et ma toile avait été commandée par un riche Américain… Comment s’appelait-il déjà ? Ah oui !  il se nommait Thomas G. Appleton et malgré mes nombreuses lettres, il ne vint jamais chercher le tableau. Je l’ai donc laissé de côté jusqu’à aujourd’hui. Nous approchons de la fin de l’année 1859 et mon tableau est toujours là. Pourtant, il n’est pas si mauvais. Ce couple de paysans qui se retrouve dans l’immobilité qui accompagne l’Angélus, cette prière qui rythme la pauvre vie rurale trois fois par jour, rend cette image sol
 ennelle, éternelle, immuable. Ils ont abandonné leurs outils, l’homme a ôté son béret, la femme est voûtée , ils prient. J’ai essayé d’ajouter une note romantique à cette œuvre en y peignant un immense paysage crépusculaire et un grand ciel mélancolique. Je note d’ailleurs que l’habituelle ligne d’horizon est dans toutes mes toiles placée au premier tiers supérieur du tableau. Les scènes champêtres que j’ai peintes sont toutes empreintes de la douceur de ces fins d’après-midi propres aux plaines de la Brie. Je rend hommage aux vertus du travail des champs. J’ai décidé de ne pas laisser ce tableau dans l’oubli. Je vais d’ailleurs changer son titre initial : «  Prière pour la récolte des pommes de terre » et le renommer «  L ‘Angélus » en ajoutant à ma toile un clocher qui, en sonnant l’Angélus du soir sacralisera le temps et l’espace. Je vais peindre à l’arrière-plan le clocher de Gréville, mon village natal. Ce clocher est un souvenir de mon enfance. Je vais emporter cette t
 oile à Paris, chez mon ami Diaz, elle a bien besoin d’un cadre. J’essayerai ensuite de la vendre ; avec un peu de chance cette image de « l’éternel paysan » restera dans les mémoires…

 

64.    Camille Corot (1796-1875) Une matinée. La danse des nymphes ORSAY 6

 

 Dans le pré fleurissant, un homme se promenait à pas lents, le nez en l’air, les mains dans le dos. Les yeux dans le vague, c’est à peine s’il regardait où il marchait. Ce chemin, il le connaissait : il le parcourait chaque matin avec ce même air songeur. Comme ébahi, il posa ses yeux sur la clairière près du sentier : c’était son endroit préféré… Il la voyait encore danser là…
Sa femme était danseuse, il l’avait rencontrée au théâtre, près de son appartement à Paris. La première fois qu’il la vit, c’était lors d’un ballet, il adorait les ballets… Dès la première représentation, il l’avait remarquée, et n’avait déjà d’yeux que pour elle, si rose qu’elle se confondait à son costume de ballerine, si fine que sa grâce en était d’autant plus exquise… Il était revenu chaque soir, pour chaque représentation. L’avait-elle remarqué elle aussi ? Il n’aurait su le dire, et cette question le rongeait, l’obsédait tant il l’aimait déjà. Après chaque représentation, il faisait déposer dans sa loge par le gardien, moyennant finance, une simple rose rouge accompagnée d’un billet doux signé « un admirateur inconnu ».
Et c’est alors qu’un soir, il se décida enfin à agir : après le spectacle, il avait réussi à se faufiler jusqu’à sa loge et à entrer. Là, il l’avait regardée dans le miroir devant lequel elle se maquillait ; elle aussi l’avait vu, mais n’avait pas bougé. Elle le regardait intensivement, à la fois farouche, et curieuse. Alors il s’était avancé et avait sorti la même rose rouge, que cette fois il offrit de main propre, révélant ainsi son visage.
Le coup de foudre, ça n’arrive qu’une fois dans une vie ! Elle l’avait choisi cette danseuse étoile, parmi tous ceux qui l’admiraient, voire l’adulaient, c’était lui qu’elle avait aimé pendant des années. Ils avaient connu le bonheur tous les deux… Ils s’étaient aimés. Une belle maison aux volets lavande au milieu d’un grand terrain sauvage, c’était tout ce dont elle rêvait. Et il le lui avait donné. Chaque jour, elle venait danser dans cette clairière entourée d’arbres et de broussailles, très tôt le matin, à l’aube, pour ne pas être vue. Mais ce qu’elle ne savait pas, c’est qu’il la suivait toujours à pas feutrés, pour la contempler, caché dans les hautes herbes : sa nymphe, l’appelait-il en secret.
Puis, la maladie vint… Une terrible maladie…et elle mourut, le laissant derrière elle. Depuis ce jour il revenait chaque matin, à l’aube devant cette clairière, se rappelant le temps où elle y dansait encore.
Ce jour-là, il s’assit sur le gros rocher qui borde le sentier, et resta plus longtemps que d’ordinaire, se rappelant les plus belles années de sa vies, celles qu’il avait passées avec elle. Et il soupirait, cette époque lui paraissait si lointaine, inaccessible, révolue…
Soudain, il eut une idée : les danseuses-étoiles ! Elles redonnaient un spectacle au théâtre ce soir. S’il allait les voir, après la représentation ? Il irait leur demander de danser dans la clairière pour lui, pour lui rappeler sa femme. Les danseuses le connaissaient bien : après leur mariage, sa femme les avait souvent invitées à la maison pour répéter. Il leur apportait toujours à boire après chaque répétition, si elles se souvenaient de lui, elles ne lui refuseraient pas cette faveur.
Le soir même, cela était fait, elles avaient accepté, et s’étaient même remémoré quelques anecdotes du temps où elles étaient encore toutes réunies. Et le lendemain, même lieu, même heure, elles dansaient dans leurs habits fins et leurs ballerines sur l’herbe fraîche des eaux de la rosée. Lui, installé avec son chevalet dans les mêmes hautes herbes qu’il y a quelques années, saisit son fusain et commença son œuvre. Ce tableau, il savait comment il l’appellerait :

Hommage à ma tendre épouse,
« Un matin, la danse des nymphes. »

 

65.    Fernand Khnopff, Portrait de marguerite Khnopff khnopff_marguerite

 

Je suis dans mon atelier. Assis, immobile dans le grand cercle doré tracé dans la mosaïque blanche au centre de la pièce. Isolé du monde extérieur pour puiser dans mon fort intérieur l’inspiration qui me manque.
Je n’ai que moi…
    Une seule image me vient à l’esprit, celle de ma douce sœur, Marguerite, ma moitié, ma vie, mon modèle favori…
    Je regarde une des nombreuses photographies que j’ai prises d’elle et je m’extasie, je laisse mon esprit guider mes mains, je peins.
    Elle se tient debout, sanglée dans une robe à haut col blanc, dans une pièce du château de Grembergen-lez-Termonde, berceau de notre enfance.
    Son beau visage grave, ses yeux clairs autrefois si intrépides me rappellent les joies inoubliables d’une enfance prospère et heureuse.
    Ma toile prend forme peu à peu et je me réjouis de le voir ainsi évoluer gracieusement, j’en suis fier, Klimt en serait impressionné.
    Soudain, bien au-delà de mon enfance, cette toile évoque grâce aux nuances dont je fais usage pour peindre le robe de ma jeune sœur, ma rencontre avec Gustave Moreau dans un café parisien en 1877, il avait coutume de mettre un nuage de lait dans son thé. Et la teinte de ce nuage de lait fait revivre moi, à cet instant, le tournant que fut cette rencontre. Moreau eut une grande influence sur ma personne et mon œuvre, je l’admire.
    La salle est silencieuse, j’écoute la douce mélodie du silence dont je m’imprègne. Après une semaine de quarentaine dans mon temple, je me lève enfin. Je suis ravi, fier, heureux…néanmoins sujet à cette anxiété qui envahit l’artiste devant son œuvre.
    Je n’ai que moi… 

 

66.    Photographie de Jean michel FAUQUET,  fauq 3


« Vite ! Vite ! Il faut que je les sème ! Oh mon Dieu, ils me rattrapent ! ». 
« FLASH »
Je prends une photographie de ma gare (j’avais pris l’habitude d’en prendre dans différentes situations comme souvenirs…)
 « Ouf, sauvé ! Je les ai dépassés ! ». Je pose l’appareil photo par terre et m’assoie.

Mes parents, mon frère et moi avions immigré en France alors que j’avais 14 ans. Puis ils m’avaient lâchement abandonné, ne gardant avec eux que mon petit frère faute d’argent pour payer le billet vers la Yougoslavie. Cette rupture avait commencé à me détruire. Depuis ce jour, je m’abritais dans une gare, ma gare, où parfois venaient se réfugier des SDF. Cette gare demeurait désaffectée, seule une pancarte vétuste, souillée et rouillée était encore debout avec gravé « DESTIN ».
Même les rails avaient été enlevés et les arbres déracinés, sauf un qui donnait un peu de vie à l’endroit mort. Heureusement, quelques personnes vivaient près de mon refuge, mais elles restaient totalement indifférentes à ma vue. Qu’est-ce qu’un vulgaire adolescent de dix-sept ans comme moi, mal vêtu et obscène pouvait bien leur apporter ? Je dois avouer que j’avais sombré dans la prostitution, mon appareil photo polaroïd (que je gardais toujours sur moi) était le fruit de mon travail. Cette activité méprisable ainsi que le vol constituaient mon gagne-pain.
Un soir, affamé, je me rendis chez le boulanger, je cassai sa porte vitrée et m’emparai de deux pains et d’une petite confiserie toute rouge. Déjà à plusieurs reprises, l’homme avait dû payer les réparations des dégâts que j’avais causés.
Je le vis s’élancer en compagnie du charcutier à une heure pourtant tardive, sûrement alarmé par le bruit des éclats de verre. Les deux hommes devaient être tous deux exténués par mes « visites » dévastatrices.  On aurait dit qu’ils avaient prévu mon passage. Ils me pourchassèrent jusqu’à ma gare. C’est dans ces conditions que je pris cette fameuse photo qui immortalisait « le début de la fin ». Je croyais être sauvé, mais en levant la tête je me retrouvai nez à nez avec eux. Ils me soulevèrent, me rouèrent de coups et me lièrent à l’aide d’ une corde à la pancarte « DESTIN » et se volatilisèrent. Je me trouvais assis, sur un parterre plein de pierres et dans un froid glacial. Ma peau saignait, je grelottais… Je pensais à mes parents, à ma vie ; vie que j’aurais aimé échanger avec celle d’un des jeunes de mon âge qui ont tout ce qu’ils désirent, qui vivent dans une maison bien au chaud avec leur famille… Le ciel était gris et couvert de nuages, la campagne, déserte, pas un ho
 mme, pas un chat… Je pleurais, « Mon Dieu, aidez-moi, pitié ».
 Je viens de passer quatre jours sans manger. Je me sens partir peu à peu, doucement, mes yeux se ferment.

J’espère que quelqu’un trouvera un jour cet écrit ainsi que la photo qui l’illustre et comprendra mon histoire. L’histoire de l’abandon, de la solitude et du destin. Je ne sais encore dans quel monde je m’évade, n’ayez ne serait-ce qu’une pensée, une seule, pour ma triste vie et ma solitude...

67.     Photographie de Constance Griffon Du Bellay constance(1)

 

 Ingrid, jeune pêcheuse scandinave, se levait maintenant depuis plusieurs années en été aux aurores, pour s’ adonner à sa grande passion : la pêche.

  Elle adorait la sensation que lui procurait la pêche, la brise légère sur son visage et sa peau au contact de l’ eau. Cela faisait déjà deux heures qu’ elle pêchait et toujours rien quand tout à coup, elle entendit des cris de bébé qui provenaient d’ un petit voilier. Sa curiosité fut piquée au vif, elle décida d’ aller jeter un coup d’ œil et découvrit dans l’ embarcation une femme allongée à côté d’ un bébé emmitouflé dans de grandes couvertures.
 Cette femme avait une peau halée, certainement elle et son enfant avaient quitté le Mexique ou un de ces pays sud-américains pour tenter d’ atteindre les fjords scandinaves, et pendant le voyage ils avaient sûrement rencontré une tempête, la mère s’ était servie de son corps pour protéger son enfant mais en était morte.
  Ingrid était touchée par la frimousse de ce petit être, par sa peau douce et son joli sourire. Elle décida de le recueillir car elle ne voulait pas qu’ il connaisse une enfance d’ orphelin comme elle l’ avait connue. En y regardant de plus près elle vit que c’ était une fille, elle décida à ce moment-là de l’ élever avec beaucoup d’ amour et de lui enseigner tout ce qu’ elle savait sur son véritable passé et la baptisa Jamela.

  18 ans ont déjà passé et à présent c’ est Jamela qui pêche à la place d’ Ingrid. Une histoire aussi triste émut énormément Constance GRIFFON du BELLAY qui décida d’immortaliser en la photographiant.
  La position de Jamela n’est pas sans importance, au contraire, elle a énormément de symbolisme. En effet Jamela tend les bras vers la haute mer comme si elle voulait s’évader pour retourner à ses origines, sa famille, sa vraie famille.

 

68.     Jacques-Louis David « Marat assassiné »1793 louvre (17)

   Nous sommes le treize juillet mille sept cent quatre vingt treize, et comme chaque matin, je travaille dans mon atelier. Mais aujourd’hui c’est un jour particulier car je dois faire l’inventaire de mes peintures.
  Je m’appelle Jacques Louis David, je suis un peintre reconnu et j’aime peindre ma grande amie, le modèle : Marguerite Corday. C’est une magnifique femme que j’apprécie beaucoup et qui travaille comme couturière dans une boutique fréquentée par la noblesse et la bourgeoisie.
  Les nouvelles du jour sont toujours les mêmes : l’insurrection fédéraliste est toujours présente, et les républicains sont toujours divisés. C’est ce qui crée des conflits entre les révolutionnaires et les contre-révolutionnaires. Parmi les contre-révolutionnaires, il y a la sœur de Marguerite, Charlotte Corday qui je l’avoue est une femme que je n’apprécie guère. Mais malgré cela c’est une belle jeune fille blonde venue du Calvados. Elle emmène souvent mon amie dans des salons où la politique est le sujet de conversation principal.
  Ce soir-là, Marguerite me rends visite, en pleurs. Elle m’annonçe qu’elle s’est disputée avec sa sœur. Charlotte avait dit à Marguerite qu’elle considérait le révolutionnaire Marat comme l’ennemi du genre humain, et à la suite de ses propos une grande dispute éclata. J’avais l’habitude de voir ces deux sœurs se disputer, mais là j’avais un mauvais pressentiment.
  Le lendemain en allant vers mon atelier, Marguerite et moi apprenons par la presse, l’assassinat de Marat dans sa baignoire par… par CHARLOTTE CORDAY. Quand Marguerite apprit la nouvelle, elle éclata en sanglots ne sachant plus que dire, ne sachant plus que faire, avec la peur de perdre sa sœur cadette. Etant choqué moi aussi, nous rentrâmes à la maison pour analyser cette soudaine révélation. En rentrant, je fus convoqué par la Convention sans aucune raison. Quand je me rendis sur place, les dirigeants de la Convention me commandèrent un tableau : la scène du crime.
  J’eus donc l’idée de représenter une figure symbolique : Marat en christ. Cela consistait à évoquer le martyr sans le représenter. Pour modèle, je pris le tableau «La Mise au tombeau » peint par Raphaël. L’isolement de la victime et l’exclusion de Charlotte Corday, serait la meilleure méthode pour réussir ce tableau. Tout cela n’enchantait pas mon amie qui était effondrée. C’est pour cela que j’exclus Charlotte du tableau, par respect pour Marguerite.
  C’est ainsi que le tableau « Marat assassiné » est né en mille sept cent quatre vingt treize, peint par moi-même.

 

69.    « L’arbre aux corbeaux » de Caspar David Friedrich (1822) LOUVRE 24


« Le peintre ne doit pas peindre seulement ce qu’il voit en face de lui, mais aussi ce qu’il voit en lui. » Telle était la devise de Caspar David Friedrich, peintre et grand Romantique du siècle. Nous étions en 1822 et il s’était établi à Dresde.
Il recevait souvent la visite de personnalités telles Goethe, Schtege, Fieckle ou Novalis, qui à chaque séjour, lui faisaient part de leurs découvertes, voyages et pensées philosophiques. Il y avait sept ans de cela, Goethe lui avait conté l’histoire de la Bataille de Waterloo et de la défaite de Napoléon Bonaparte, et depuis ce jour, il avait peint des œuvres patriotiques, obsédé par ce thème. Friedrich était à la recherche d’un modèle de paysage qui pourrait représenter le 18 juin 1815 : jour de la défaite de la France et de son Empereur. Il déambulait  aux alentours de la ville depuis des heures et n’avait toujours rien trouvé qui aurait fait l’affaire. Tandis qu’il errait, le temps passait et la nuit se faisait proche. Le peintre commençait à perdre espoir. Il finit par s’arrêter et remarqua qu’il était rendu plus loin qu’il ne l’aurait cru. Le soleil à présent se couchait. Il se posa au sommet du plateau qui surmontait la vallée et d’où on apercevait la ville et ses alen
 tours.
Les rayons du soleil venaient terminer leur course folle sur son visage, l’éblouissant et teintant  le ciel orangé de nuances mauves. Il scrutait au loin le paysage quand son regard se posa sur un arbre, un seul arbre. Il était le seul survivant. En effet, tout autour de lui gisaient des troncs coupés, déracinés et des branches cassées. Cet arbre nu portait, en guise de feuilles, des corbeaux qui croassaient, volaient tout en le dévisageant. Il était l’intrus.
Décidément ce paysage n’était pas rassurant. L’ambiance était glauque, sinistre, effrayante. Pourtant ce ne fut pas ainsi qu’il le ressentit. Les couleurs du ciel telles des traces de haches et de coups évoquaient le souvenir d’un massacre, celui des arbres, d’une forêt, celui d’une guerre : évocation de sang et de mort.
Mais il y avait cet arbre, seul survivant, seul espoir, attaqué de toute part mais qui se dressait majestueux. Il symbolisait la grandeur, le pouvoir et le renouveau : il était à l’image de la France qui n’était pas totalement vaincue, elle avait perdu cette bataille … pas la guerre.

70.    Caspar-David Friedrich L’arbre aux corbeaux   louvre(24)

 

Le jour agonise. Les douces couleurs du jour s’atténuent, vite remplacées par les funèbres carnations de la nuit. Là, face à la radieuse île de Rügen, face aux flots meurtriers de la mer Baltique qui a englouti mon frère, mon passé me rattrape soudain. Un arbre, véritable barrière, m’empêche de rejoindre la vie éternelle et lumineuse, me laissant dans l’adversité. Les corbeaux, tels les compagnons de Wotan, témoins et messagers de tout ce qui se passe sur Terre, psychopompes, semblent conduire l’âme du jour vers le large, comme Hermès conduisant les âmes des trépassés jusqu’au Styx, fleuve des enfers.
La brise marine emporte les dernières feuilles, corps séchés inertes, en les faisant virevolter comme dans une ultime danse macabre.
J’ai froid. Ce chêne, dénudé, devient subitement plus menaçant que jamais. Ses branches, tourmentées, ainsi que son tronc puissant, courbé et vertical ressemblent au corps d’un mourant torturé par d’atroces douleurs, crispé, convulsé, suppliant le ciel de lui venir en aide tout en sachant qu’il n’y a plus d’espoir. La cime de cette yeuse, chenue depuis longtemps, semble atteindre le firmament et les racines imposantes, ancrées profondément dans les entrailles de la Terre définitivement enterrées comme les corps des hommes attirés par la Grande Faucheuse, exprime la bataille entre les deux extrêmes du Cosmos. C’est beau, au loin les chaudes couleurs de la mort du jour m’interpellent, j’arriverai à oublier mes démons.
Maintenant, je me noie dans les méandres de cette scène, magnifique, calme, sombre…

 

71.    Eugène Delacroix Jeune orpheline au cimetière 1824 louvre (4)

 


Nous sommes vendredi seize Février 1824 et moi, Ferdinand-Victor-Eugène Delacroix, je me retrouve là, au beau milieu de la nuit en train de cogiter sur mon tableau représentant les scènes de ce massacre de Scio que j’avais peintes en 1822. Il y avait quelque chose qui m’intriguait, me tracassait. Mais quoi ?
Alors je me laissai emporter par mes souvenirs et partis dans mes pensées… Je revis toute la scène défiler comme si c’était hier. Il y avait ces grecs qui tentaient de se défendre, de se débattre contre les Turcs qui ravageaient l’île de Chios. Ce massacre dont on parle maintenant avait été perpétré par eux. C’était un combat terrible, tandis que les adultes tentaient de se révolter, on voyait des enfants qui couraient, criaient, pleuraient. Mais tout cela les mènerai où ?à la mort ? Qui sait ? Moi, j’étais un simple observateur, et je me rappelle d’un moment précis.
Sur le chemin du retour, tout en passant prés du cimetière, j’étais tombé en admiration devant cette jeune fille. Elle se trouvait là, accroupie, à bout de force. Si mes souvenirs sont bons elle était brune, coiffée d’une sorte de chignon dont les mèches folles couraient le long de sa nuque. Son regard vers l’infini était noir et profond, elle avait la bouche entrouverte.  Elle me semblait pleine de douleur mais cette douleur la rendait encore plus belle et faisait ressortir ses traits. Le ciel était obscurci par de nombreux nuages et des nuances jaune orange éclairaient l’horizon.
J’éprouvais de la peine pour cette jeune fille qui regardait avec attention sa ville ainsi que son passé brûler. Probablement sa famille avait-elle disparu ? Avait-elle pris la décision de s’enfuir ?
 Je me sens aujourd’hui proche d’elle et c’est un hommage que je souhaitais lui rendre en peignant cette toile la représentant telle que je l’avais observée. Je pense que les pires victimes des guerres sont les survivants et je trouve injuste de massacrer des parents innocents car nombreux sont ceux qui laissent derrière eux des enfants comme cette jeune orpheline désormais. Ce que j’ai donc trouvé de mieux à faire était de la peindre sur cette toile si sombre qui aura le nom de « jeune orpheline au cimetière. »

 

 

72.    Jean Auguste Dominique Ingres Œdipe explique l'énigme du Sphinx  louvre (25)

L’œuvre que j’ai choisie est « Œdipe explique l’énigme du Sphinx » de Jean Auguste Dominique Ingres, exposée au musée du Louvre.
La chose qui m’a marquée en premier lieu dans ce tableau est le mystère qui y règne. Je crois que c’est dû au fait que couleurs sont assez ternes, l’œuvre plutôt sombre : on dit que les ténèbres favorisent l’imagination…
La lumière qui plane au-dessus de la ville, en arrière-plan, semble brouiller le paysage, comme si une ombre menaçait. Les couleurs, d’ailleurs, – le vert et le jaune – me font penser à une vapeur malsaine, un peu comme une malédiction. Ça doit être une représentation de la peste qui ravagea jadis la ville.
Le Sphinx, en hauteur par rapport à l’homme, est un animal mythique et favorise d’autant plus cette impression poignante de curiosité. C’est un symbole de sagesse, de force et de beauté, mais avant un symbole funéraire. Il reste dans l’ombre, énigmatique. Selon la légende, il serait un fléau envoyé par un dieu – lequel ? les opinions divergent –, monstre féminin posté sur un rocher, il hurle d’une voix formidable des paroles incompréhensibles et dévore, après l’avoir possédé sexuellement, tout être vivant qui passe près de lui et qui ignore la réponse à la question qui lui pose. Le cadavre à ses pieds a donc subi ce sort… Sur la peinture, le monstre est étrangement petit, alors que c’est censé être une bête énorme.
Oedipe, lui, est nu. Il porte des lances, symboles du feu et de l’esprit, et une cape rouge. En donnant la réponse à la question posée, il vaincra le Sphinx et sera responsable de son suicide. Le pied gauche du héros est surélevé, posé sur une pierre où est gravée ce qui pourrait être une énigme. Sans doute, ce pied est-il en hauteur pour donner une impression d’importance, de puissance face à la créature, et montrer ainsi qu’Œdipe est sûr de lui.
Les lieux sont, eux aussi, impressionnants grâce à leur taille et au fait que les rochers se rejoignent au sommet, créant ainsi une ombre pour le moins saisissante sur l’objet de la peinture : le Sphinx, ce qui accentue encore le mystère. Il est impossible de pouvoir le détailler complètement ; on éprouve ainsi le sentiment qu’on ne sait pas tout sur l’œuvre, comme si elle avait encore bien des choses à nous révéler.
L’homme qui accourt derrière, l’air effrayé, augmente encore cette sensation d’étrangeté. Pourquoi vient-il ? Doit-il prévenir Œdipe d’un quelconque danger qu’il aurait appris en ville ? Il est vêtu des mêmes habits que lui, mais il a une barbe. Est-ce un signe ? Son père peut-être ? Père qu’il a d’ailleurs tué, d’après la légende. Ou est-ce une vision de lui dans le futur, quand il s’enfuit de la ville après avoir compris son crime ? Ou tout simplement au autre homme…
Le Sphinx et ses dernières victimes inspirent un sentiment de malaise, comme si on ne savait pas vraiment pourquoi on est attiré vers cette peinture, et qu’on n’arrivait pas à en saisir totalement le sens. C’est comme si la peinture essayait de nous parler, sans qu’on puisse en saisir la signification ni le langage. Comme si, au-delà de cette scène, on ne peut plus connue de la mythologie grecque, se cachait autre chose de beaucoup plus profond et subtil que le sens premier. Comme si l’œuvre voulait nous cacher quelque chose, en nous laissant toutefois une porte d’ouverture vers son sens réel.
Je n’en saisis pas la signification ni la raison… je ne sais rien de ce qui a poussé l’artiste à peindre cette œuvre. Peut-être le sentiment que l’histoire était incomplète, un désir d’y ajouter sa propre réalité, sa propre façon de voir les choses. Une envie poignante de montrer autre chose. Pourtant, rien d’original au premier abord. Non, rien au premier, ça vient ensuite, si on s’attarde. L’histoire elle-même se base sur le mystère mais on y a ajouté ici un ingrédient. Un sentiment d’insuffisance ou une envie de s’exprimer a-t-il guidé le pinceau du peintre au moment où il traçait ses premières esquisses ? Certainement…

 

73.     Photographie de  Véronique Vercheval  V5

 

Véronique, photographe professionnelle, passait par Malaga lors de son voyage en Espagne.
Les gens autour d’elle ne cessaient de parler de cette danseuse de flamenco qui irradiait le public de douleur. Il semblait que la beauté de la danse se mêlait à sa peine, due à la mort de Luis, son fiancé et ancien musicien de la troupe ; et depuis, elle endeuillait son amour, chaque jour plus profond malgré son absence.
Ainsi Véronique, qui nourrissait une passion particulière pour la danse, promit de se rendre à une représentation de cette fabuleuse malheureuse danseuse, le soir même.
Une douche de lumière blanche s’alluma sur la scène, des accords de guitares andalouses résonnèrent : Ana apparut. Elle dansait tel un aigle, les bras déployés comme des ailes, lentement elle tournoyait, on percevait des sons semblables à des battements d’ailes : l’oiseau s’était posé sur son cœur. Ana, le visage plein de tristesse voulait s’envoler. S’envoler pour rejoindre l’amour de sa vie pour qui elle ne pouvait arrêter cette frénétique danse. Où luis était-il parti ? Pourquoi ne pouvait-elle pas le rejoindre ? Sa robe noire virevoltait, elle enchaînait des retirés et des ports de bras légers, comme portée par le vent, un vent glacé.
Véronique gardait toujours son appareil photo auprès d’elle, et les larmes aux yeux, décida d’immortaliser cet oiseau exécutant la danse de la mort, la mort de celui qu’elle aimait et ne pouvait oublier, la mort de Luis.
Elle, cette faiseuse de pluie, de merveille, quitta la scène et laissant quatre plumes de couleur de la nuit et une larme aux spectateurs, elle les laissa seuls, seules avec le chagrin qu’elle venait de transmettre.

 

74.     Photographie de Constance Griffon Du Bellay Constance (5)

 

  C’était un dimanche après-midi, j’étais plongée dans un livre de photos anciennes que mes grands-parents gardaient précieusement. Elles étaient toutes en noir et blanc et prises pas des photographes tels Doisneau, Eugène Atget et Constance Griffon Du Bellay.
L’une des photos attira particulièrement mon attention. Elle représentait de l’eau, éclairée par une douce lumière. De petites vagues scintillaient. Rien de plus simple que de l’eau et un rayon de soleil captés par un objectif. Et pourtant, je fus subjuguée par tant de beauté. Dans ma tête tout se bousculait, et des bribes de souvenirs jaillissaient.

En fermant les yeux je fus propulsée dans le passé. La chaise sur laquelle j’étais assise, se transforma en rocher. Le soleil chauffait délicatement ma peau. Le paysage de la photographie avait pris place sous mes yeux. L’odeur salée de la mer chatouillait mes narines, le doux clapotis des vagues s’étalant sur le sable chaud puis se retirant, parvenait à mes oreilles. Le chant des mouettes et des goélands se confondait avec les cris joyeux des enfants.
Je me trouvais au bord de l’eau, en Bretagne, dans le lieu de mes rêves, celui où je passais toutes mes vacances depuis mes dix ans. Je venais de quitter ce lieu, il y a à peine quinze jours pour aller en cours.
Ma fascination pour les spectacles fabuleux que m’offrait la nature, ne cessait de me surprendre. Il n’existait rien de plus majestueux qu’un endroit comme celui-ci, parmi l’eau, la végétation et les animaux, pour me rendre heureuse. La mer pouvait à la fois m’envoûter, et me procurer la sérénité.
Une brise légère effleura mon visage. On était en été et pourtant  le vent se levait vite. Une voile blanche apparaissait au loin. Qu’il était bon de pouvoir contempler cette étendue infinie. Je sentais mon esprit s’apaiser. Je fermais les yeux, profitant de ce moment magique.


Quelques minutes après, les rouvrant, je découvris un autre paysage. J’étais dans un lagon, des montagnes vêtues d’arbres, s’élevaient de part et d’autres du lac. Cette fois-ci je m’imprégnais de l’odeur des pins. Je remarquais que devant moi, se trouvait une barque de pêcheurs, en bois. Un homme relevait ses filets. Une fois de plus, l’eau était calme. Le soleil était déjà haut dans le ciel. Une lumière rosée éclairait le lac. C’était magnifique.
Après une longue réflexion, je me souvins enfin de l’endroit où je me trouvais. Ces montagnes, ce lac, ce pêcheur, toutes ces images faisaient partie des îles de l’Indonésie, pays que je découvris lors d’un voyage. Je devais avoir huit ans à cette époque et le souvenir de cet après-midi ensoleillé restait gravé dans ma mémoire.
Le ciel devint rouge-orangé et le pêcheur de plus en plus flou. Au fil de mes pensées, de lointains souvenirs faisaient surface dans mon esprit. Le paysage et l’atmosphère reposants qui régnaient, s’estompèrent progressivement sous mes yeux pour être remplacés par un lieu venteux et inondé du soleil couchant.
Je reconnus directement l’endroit. Il y avait un champ où broutaient paisiblement des brebis, une immenses falaise et le bruit fracassant des vagues se jetant contre les rochers, formant une écume aussi blanche que les nuages dans le ciel.
J’étais à Port-Coton, à Belle-île en mer. Je fus tellement émue de revoir l’île où j’avais passé mes neufs premières années, qu’une larme suivie de plusieurs coulèrent sur mes joues avant de rouler sur le sol. La mer, dans toute sa splendeur, s’offrait à mes yeux. Celle que j’avais connue bébé, et celle qui a vu mes premières joies comme mes premiers pleurs. Tout était comme avant. Les mêmes brebis, le même phare, la même vue qui m’a toujours séduite. Il m’était impossible de décrire ce que je ressentais. Après tant d’années, retrouver la mer qui a bercé par le doux clapotis de ses vagues, mes rêves d’enfants, me réchauffait le cœur d’un rayon de bonheur.
Le soleil se couchait lentement. Les gouttes projetées dans les airs par la force des vagues fracassant les rochers, brillaient de tous leurs éclats. C’était magique, fantastique, incroyable de me trouver là. En me retournant j’espérais voir mes arrière-grands-parents, eux qui m’ont donné avec cette île et la mer, tant d’amour. Malheureusement ils n’étaient pas là. La mort ne ramène pas ses détenus. Qui aurait jamais pu croire que mes pensées pouvaient me ramener si loin dans mon passé.


Soudain quelqu’un m’appela. Je sursautai et vis ma mère. Tout était revenu à sa place. Je tenais le livre dans mes mains. C’est ainsi que, grâce à cette photo de Constance Griffon Du Bellay, je pus faire un bond dans le passé. J’étais heureuse et à la fois mélancolique. Je caressais du bout des doigts la photo avant de refermer le volume. Je tournais une page dans mon histoire en comprenant qu’il fallait aller de l’avant car le passé est le passé. On ne peut revenir sur ses pas.

 

75.    Fernand Khnopff, Portrait de marguerite Khnopff, Khnopff-marguerite


Béatrice et Marguerite


Depuis quinze ans Béatrice travaillait en tant qu’organisatrice d’expositions d’oeuvres d’art. C’était un métier qu’elle adorait car l’art représentait tout pour elle. Mais malheureusement, cela n’avait pas toujours été ainsi.
Enfant, elle habitait avec sa famille très nombreuse dans la banlieue bruxelloise. Ses parents étaient très stricts et jugeaient très mal les oeuvres d’art. Ils prétendaient que visiter un musée était une grande perte de temps, et traitaient de fous les peintres.
Jamais Béatrice, suite au comportement de ses parents, ne se serait doutée qu’un musée n’était pas du tout ennuyant, au contraire.
Mais elle dut attendre ses quinze ans pour le comprendre. Lors d’un cours de français, le professeur lui demanda quel était son tableau préféré. Elle lui repondit que jamais elle n’avait vraiment regardé un tableau.
Son professeur en resta bouche-bée. Il était très surpris que jusqu’à ce jour Béatrice n’aie jamais mis les pieds dans un musée. Il réfléchit longuement au comment pouvoir briser cette ignorance. Un jour il vit qu’une exposition d’un peintre belge, Fernand Khnopff, avait lieu au musée des Beaux-Arts de Bruxelles. Il decida donc d’y emmener toute la classe.
Le professeur dut convaincre les parents de Béatrice pendant toute une semaine afin qu’ils la laissent aller visiter l’exposition.
Le jour de l’excursion, Béatrice ne tenait plus en place. Lorsqu’elle franchit les portes du musée, des larmes de joie coulèrent sur ses joues. Elle en voulait à ses parents de ne l’avoir jamais emmenée visiter un si bel endroit.
Elle aimait beaucoup l’odeur de bois et de peinture, l’ambiance silencieuse qui y régnait et le résonnement de ses pas sur le magnifique sol du musée.
L’exposition comptait énormement d’oeuvres, répartis en trois salles. Béatrice trouvait que tous étaient de très jolis tableaux, mais un la captiva.
C’était le portrait de Marguerite Khnoppf.
Béatrice était hypnotisée par la beauté mystérieuse de cette Marguerite. C’était son expression mélancolique qui la rendait si belle. Et ces couleurs ! Des couleurs si pures et à la fois si tristes. Béatrice trouvait que ces couleurs mélancoliques étaient en harmonie avec l’expression de Marguerite. Comme elle aurait voulu voir plus de détails ! Car Marguerite semblait être bien loin d’elle. Mais, elle devait se contenter de la voir comme elle était : ni trop grande, ni trop petite.
C’était à elle, Béatrice, de s’approcher de l’image de la jeune femme.
Grâce à son sens de l’observation, elle put remarquer que le peintre avait tout disposé de manière très précise et verticale. Elle en déduit qu’il devait avoir un certain sens de la géométrie, branche qui, elle, ne la passionnait pas vraiment…
Il n’avait fallu que quelques minutes pour qu’elle tombe «amoureuse» de ce tableau.
Elle se reconnaissait entièrement en Marguerite ; mélancolique, sérieuse, généreuse et réservée. Béatrice était sûre que Marguerite avait été une jeune fille avec un grand coeur qui aimait aider son prochain.
Depuis cette fabuleuse « rencontre » Béatrice avait trouvé sa nouvelle passion ; flâner de musée en musée. Elle continua régulièrement à aller observer son tableau préféré et son amour pour lui ne cessait de croître. Son entourage la croyait folle jusqu’au jour où elle fit la « une » des journaux spécialisés en art. Elle avait gagné un prestigieux concours qui se déroulait à Florence. Le concours consistait à dessiner son tableau préféré. Bien sûr, il fallait connaître le tableau par coeur car les participants n’avaient pas le droit à un repère.
Bien qu’elle ait un grand talent pour le dessin, elle n’envisageait pas de faire carrière en tant que peintre. Ce qu’elle désirait c’était de pouvoir travailler dans un musée, ou organiser des expositions.
Rêve qu’elle réalisa puisqu’elle fut engagée par la mairie en tant qu’organisatrice d’expositions culturelles.
C’était en quelque sorte grâce à Marguerite que Béatrice en était là et ça elle ne pouvait pas l’oublier, c’est pourquoi elle se rendait tous les jours au musée pour « rendre visite » à son amie

 

 

 

 

76.    Jean-Baptiste Siméon Chardin L'Enfant au toton  louvre(22)

A la recherche d’un tableau


Il y a plusieurs années en arrière, je me suis rendue à une vente organisée par l’école de ma cousine. Je cherchais un joli tableau ni trop petit, ni trop grand, pas très cher pour pouvoir le mettre dans mon salon, car il y a un mur qui fait un peu vide par rapport aux trois autres. Arrivée sur place, je me mis à chercher furtivement un tableau assez ancien, pas trop lumineux, pour qu’il puisse correspondre à l’atmosphère de la pièce et à mes meubles. J’étais en train de contempler de la porcelaine que vendait une femme assez âgée, tous ces pots, ces tasses qu’elle avait faits elle-même de ses propres mains, quand, tout à coup, mon regard croisa un tableau, je me précipitai afin de l’inspecter de plus près. C’était exactement ce que je cherchais! Il était assez sombre, parfait pour mon salon. Il représentait un garçonnet aux allures de petit prince contemplant un livre, avec sa plume et du papier, le tout posé sur un bureau à l’ancienne. Le regard de cet enfant m’intriguait e
 t m’attirait énormément, il avait l’air à la fois serein, calme et attentif, face à l’envie qu’il éprouvait d’écrire. Je trouvais ce tableau magnifique, il dégageait à mes yeux, une sensation que je n’avais encore jamais connue en regardant un tableau. C’était pour moi quelque chose d’inhabituel. Je demandais au vendeur combien il en voulait. Sa réponse me heurta de plein fouet, non pas parce qu’il était cher, mais parce qu’il coûtait seulement 45 francs ! A vrai dire j’étais assez surprise parce que ce tableau avait été peint par Jean-Baptiste Siméon Chardin, en 1738. Un CHARDIN ! ! ! ! ! C’était un immense peintre français, auteur de natures mortes et de scènes de genre (le Bénédicité, la Pourvoyeuse). J’appréciais beaucoup ses œuvres ! Cet homme devait sûrement être inconscient, parce que cette œuvre valait une fortune. Bien entendu, je me suis gardée de tout commentaire. Au moment où j’allais payer, surgit une femme, qui devait avoir dans la trentaine ; avec des allures
 de grande dame, elle proposa au vendeur de lui offrir 100 francs pour l’œuvre qu’il tenait encore dans ses mains. Évidemment, l’homme était fort intéressé par cette proposition. Je  décidai de ne pas me laisser faire par cette bonne femme, et proposai 150 francs. Le marchandage continua jusqu’à 300 francs. Mais ce fut moi qui gardai le tableau, car ma pauvre « rivale », n’avait pas plus de 250 francs dans son porte-monnaie ! Elle voulut courir vers son mari pour lui demander un peu d’argent, mais le vendeur en avait assez : il refusa. Ainsi, il me laissa le Chardin pour 300 francs tout rond. J’étais très contente de moi !
Mon tableau sous le bras, je retournai à la voiture. J’étais pressée de rentrer à la maison afin de pouvoir accrocher mon acquisition au mur. Arrivée à la maison, j’installai l’œuvre et la contemplai attentivement de tous les côtés. J’avais déjà un tableau de Chardin dans ma chambre. Il s’appelait « Le Bénédicité », il représentait une femme et ses deux filles, autour d’une table, s’apprêtant à dire le bénédicité. Je ne l’avais pas acheté car cela valait très cher. Il avait appartenu à mon arrière-grand-mère.
 En revenant à ma trouvaille, j’essayai de reconnaître quelques détails. Je pris une feuille et un stylo dans mon bureau et un stylo et essayai de dresser une fiche descriptive :  peint par Jean-Baptiste Siméon Chardin en 1738, ce tableau a pour titre « L’Enfant au toton », c’est une huile sur de la toile mesurant 67x76 cm.
Puis j’observai attentivement l’œuvre en essayant d’écrire mon regard  dirigé par la couleur blanche, passant du parchemin, aux mains, à la chemise, au visage, puis aux cheveux de l’enfant, comme sur un chemin éclairé par des lueurs d’espoir. Tout est d’un grand calme, le regard et le corps du petit garçon structure l’image, répondant à la courbe du parchemin, de la plume et du livre.
Depuis, je le contemple chaque jour et ne cesse de me répéter que je peux être fière d’avoir trouvé un tableau aussi magnifique malgré ses couleurs sombres ! Car, en général, je préfère les tableaux lumineux. Mais, ici, c’est le visage du petit garçon qui est illuminé, cela d’autant plus qu’il contraste avec l’arrière-plan sombre et la veste foncée. Les couleurs sont chaudes et profondes. Tout baigne dans une atmosphère calme, silencieuse, intime, éveillant un sentiment de détente. 
La coiffure du jeune garçon ressemble à celle  de Louis XVI. Ses gestes sont délicats. Ses mains, fragiles et sensibles, sont gracieusement posées sur le bureau. Quand on le regarde, on sait déjà ce qu’il va faire, ce qu’il éprouve, ce qu’il veut. Entre ce tableau et moi, il y a quelque chose d’inexplicable que je suis la seule à comprendre…….

77.    Claude Gellée « PORT DE MER, EFFET DE BRUME » louvre(54)


Ce tableau a été peint par Claude Gellée en 1646. Claude Gellée a passé presque toute son existence à Rome, pendant la période du classicisme. Il peint des ports imaginaires, mais, dans ses tableaux, les éléments architecturaux sont réels. Il innove la représentation des ports de mer : étendue d’eau se prolongeant jusqu’à l’horizon situé au centre du tableau, bâtiments imposants de chaque côté, bateaux et foules au premier plan. Il met en valeur l’importance du paysage et donne une vision idéale de la nature. Il possède une très grande maîtrise de la perspective.
Ce tableau représente un port de mer brumeux, apparemment celui de Troie, avec un lever de soleil peu éblouissant. Sur les tableaux de ce peintre, le soleil représenté à gauche signifie qu’il s’agit du matin.
Les paysages ne sont pas forcément clairs à la lecture de l’œuvre, mais le titre précise de quel événement il s’agit.
Ce peintre peignait généralement sur commande, mais l’identité du destinataire de ce tableau peint « pour Paris » n’est pas précisée dans le « Liber Veritatis » (Livre de vérité) que Claude Gellée tenait à jour.

Le tableau est à contre-jour (effet de lumière, soleil représenté de face). Sur le navire où se portent les regards, l’on procède à l’embarquement. Ce navire est au mouillage, il a les voiles rangées, Il est protégé des tumultes de la mer par la digue de l’entrée du port. Des barques se pressent autour de lui pour charger sa cargaison et ses passagers, afin qu’il puisse partir.
La composition s’enfonce en diagonale et toutes les lignes de force se dirigent sur ce bateau. Les personnages du centre, au premier plan, habillés noblement, sont les plus importants. Il semble s’agir d’Ulysse ou d’Enée, Iule et Achate, qui est le deuxième titre du tableau. Enée s’enfuit de Troie après sa destruction avec son père Anchise, son fils Iule, aussi appelé Ascagne, et des compagnons dont Achate ; ils partent vers les Hespérides. Ils sont le sujet principal du tableau. Aucune ligne de force ne les met en valeur, mais la lumière du soleil les éclaire plus que les autres détails du tableau. Le ciel est dégagé, mais laisse apparaître quelques nuages et des montagnes à gauche. Les formes sont en trois dimensions, crées par la lumière (ex : colonnes). On sait qu’il y a du vent par les drapeaux flottants. 
Le bâtiment de droite laisse penser à une architecture gréco-romaine, par ses colonnes ioniques et ses statues dansantes sur le toit. La ville, se trouvant à gauche, est entourée de grands remparts qui plongent directement dans l’eau, la rendant quasiment imprenable par voie maritime. Surplombant celle-ci, le phare est éteint ; d’après la clarté qu’annonce la journée et le peu de brume présente, les navires en approche n’auront nullement besoin de signaux lumineux pour les guider.
Un grand navire est amarré à quai, mais on ne peut pas distinguer s’il va partir ou s’il est à peine arrivé. Le petit voilier de gauche touche le fond, car nous voyons son pont penché. Nous comprenons donc que les gros bateaux restent à l’entrée du port où l’eau est plus profonde.
L’ambiance à terre est tranquille. Une famille se repose, des pêcheurs rentrent, d’autres personnes, assises, attendent. Nous entendrions presque le bruit des mouettes qui volent haut dans le ciel.

 

 

78.    Les heures : l’éternité et la mort, de Xavier Mellery (Mellery-heures)



En analysant le titre, la mort est représentée par l’homme avec des ailes noires et une faux dans la main. L’éternité, elle, est représentée par les femmes tout autour. Elles forment un cercle et je remarque qu’elles ont toutes un contact entre elles. Comme le cercle est un symbole d’éternité, le peintre les a placées ainsi pour que l’on puisse le reconnaître. Dans le titre, nous retrouvons le mot « mort », « éternité » mais aussi « heures ». Ces dernières sont aussi représentées par les femmes. En effet, si on regarde bien, il y a trois femmes sur chacun des deux côtés, trois devant et on peut supposer qu’il y en a trois derrière, cela fait douze, les douze heures d’une journée. Si les femmes représentent deux « sujets » c’est parce que l’éternité et les heures ont un lien entre elles. En effet, le temps est éternel, le temps ne s’arrête jamais, et c’est d’ailleurs pour cette raison que les montres (ou les horloges) sont en cercle et non en ligne. Ce tableau est en fait une
 grande horloge.

 Je pense que si la mort se trouve au milieu du cercle, c’est parce que l’éternité est plus puissante que la mort. C’est pour cette raison que la « mort » a l’air si abattue, voir même désespérée.
 Par contre, les heures elles, ne peuvent rien contre la mort car, le seul obstacle qu’elles  rencontrent, c’est justement celle-ci. Et encore, la mort fait obstacle aux heures d’une personne, d’une personnalité (d’où l’expression « c’est ta dernière heure »). La mort (en temps que personnage) de chacun « coupe » le cercle des heures avec sa faux, afin d’arrêter sa longue marche et arrêter ainsi la vie. La mort est en fait un des plus grand mystères de la vie. Que signifie la mort ? Que signifie la vie, le temps ? Toutes ces questions abordées par cette peinture.
Les femmes ont toutes un contact entre elles car, comme elles personnalisent les heures et que les heures ne sont jamais séparées les unes des autres, il fallait les représenter ainsi. Les heures n’ont jamais de séparation entre elles, car entre elles il y a les minutes et entre les minutes, il y a les secondes, etc.
Si on regarde bien, on remarque que les femmes sont en mouvement. Leurs jambes, on le voit bien, se meuvent et plissent les tissues des habits. En fait, les femmes tournent avec le temps.
                                                                                                                         
Les couleurs qui ont été utilisées pour cette peinture sont l’orange et le noir. Ces couleurs mises ensembles devraient donner un ensemble chaleureux, car ces deux couleurs sont dites chaudes. Pourtant, lorsqu’on regarde cette peinture, on y ressent tout le contraire. En effet, le peu de nuances de ces couleurs donnent un effet plutôt sobre. L’orange y est très foncé sur les côtés du tableau et s’éclaircit légèrement vers le centre. C’est cet éclaircissement qui fait bien ressortir les ailes noires de la mort qu’on aperçoit tout de suite. Ce peu de lumière donne un effet grave à l’œuvre, on s’attendrait presque à des formes pénibles, à la déchéance. Pourtant, les personnages représentés ont plutôt l’air en bonne santé d’ailleurs, les femmes sont assez rondes et on voit des corps plutôt robustes. Les quelques nuances de couleurs provoquent aussi un effet de silence, d’une longue attente.

Le regard de toutes les femmes est dirigé vers « la mort ». Ces regards ajoutés aux dégradé d’orange incitent notre oeil à se diriger vers le centre du tableau, c’est-à-dire, vers la « mort ».
Par contre, une chose m’intrigue . en regardant bien, on aperçoit qu’une seule femme n’a pas le regard dirigé vers le centre, son regard va plus loin que la limite du tableau. Où, vers qui se dirige-t-il donc ?.

Toutes ces femmes se ressemblent comme deux gouttes d’eau : elles ont la même robe, la même coiffure. Les heures, elles, sont portant toutes différentes. Quand on vit ces heures, on ne les vit jamais de la même manière, tout les instants que nous passons à vivre sont différents, alors qu’ici, les heures sont représentées toutes identiques. En fait, c’est « l’aspect physique » des heures qui est pareil : chaque heure contient soixante minutes, chaque minute contient soixante secondes.. . Et c’est « l’aspect intérieur » des heures qui change : c’est la manière dont on vit ces moment qui est différente. Et c’est qu’aucune fem pourquoi aucune femme représentée n’a la même position ou ne tient de la même manière celles qui sont à ses côtés. Toutes se ressemblent, aucune n’a le même comportement.

 

79.    Van Gogh La Méridienne ou La Sieste


C’est une chaude journée d’été, le ciel bleu, sans nuages contraste avec la paille jaune-orangé fraîchement coupée.
Un homme et une femme, épuisés par la canicule et le labeur font la sieste, devant nous, se cachant du soleil près d’un tas de paille.
Les yeux dissimulés sous un chapeau, l’homme a posé ses sabots à côté de leurs deux faucilles.
Celles-ci reposent bien alignées, presque rangées sur le sol, tout comme eux, couchés côte à côte, montrant l’harmonie de leur vie.
Leurs vêtements, bleus comme le ciel, rafraîchissent l’atmosphère étouffante de la scène.
La paille piquante semble s’onduler et s’adoucir pour accueillir les moissonneurs et leur offrir un endroit douillet et confortable, parfait pour le repos après un long et dur travail sous le soleil brûlant de midi.
Plus loin, les bêtes dételées cherchent à se rafraîchir près de la charrette couleur ciel, à l’ombre d’une meule de paille.
Bientôt, il faudra se remettre au travail, mais pour l’instant tout est paisible, calme, presque immobile. Seule la respiration lente et sereine des personnages à la peau mate, brûlée par le soleil, et le bétail sont en mouvement. On peut entendre le bruissement  de la paille agitée par les mulots.
Même le vent est endormi et laisse la campagne sous la chaleur de l’été.
Van Gogh peignait des tableau, comme celui ci, d’après Millet. Il écrit dans une lettre à son frère Théo qu’il cherche en faisant cela quelque chose pour se consoler et pour se réjouir. N’est-ce pas aussi pour nous un réconfort de chaleur et de gaieté dans le monde qui est parfois gris?
En contemplant cette image, on vient s’allonger nous aussi dans la chaleur et le calme de la scène pour, un instant, ne penser plus à rien.

 

80.    Georges de La Tour Saint Joseph charpentier louvre(28)


Nous sommes un jeudi, le ciel est noir, avec de gros nuages qui étouffent l’atmosphère, les gens sont pressés, cela fait un moment que je l’ai remarqué, plus personne ne prend le temps de vivre, moi j’ai congé, et je décide de me faire plaisir. Je parcours le musée du Louvre, à petits pas, observant autour de moi, les œuvres exposées. Cherchant du regard celle qui m’apporterait de l’émotion. Mes yeux voyagent, se posant tantôt à gauche, tantôt  à droite. Tout à coup, ils se posent sur un tableau, le cadre est rectangulaire, de taille moyenne. En lisant la notice descriptive, j’apprends qu’il se nomme « Saint Joseph Charpentier » et qu’il a été réalisé par un certain Georges de La Tour. C’est une huile sur toile qui date d’environ 1640, donc du 17ème siècle rattaché au style caravagesque.
Puis, je regarde l’image de plus près. Il s’agit de Joseph, père adoptif de Jésus exécutant son dur labeur. Et il y a un enfant à ses côtés, serait-ce Jésus ? C’est donc bien un sujet religieux, à cause du titre de la toile. Mais si on regardait ce tableau sans en connaître le titre, on pourrait penser à un sujet profane, une scène de la vie de tous les jours, car il n’y a ni auréole, ni tout autre objet nous faisant penser à un thème religieux. La bougie que tient l’enfant lui illuminant le visage, est le point d’impact, tout se joue autour de cet objet. Toutes les ombres, les jeux de lumière sont créés avec cette unique bougie. Notre regard se pose immédiatement sur le visage de l’enfant, à cause de la lumière qui provient de la bougie. C’est aussi le seul endroit entièrement éclairé de la scène.
Ce tableau m’intrigue pour une raison inconnue, je veux tout observer, le point de vue, le cadrage, je note sur un papier tous ces renseignements. L’angle est naturel, le plan est moyen, car l’on voit les personnages en entier. Il y a un seul plan avec l’enfant et Joseph. Je ne distingue pas de hors-champ. Les couleurs sont principalement le rouge, le brun, le noir, l’ocre, l’orangé. Ce sont des couleurs chaudes et pâles, reflétant sûrement l’atmosphère, la chaleur de la bougie, le labeur. La lumière provient de la bougie, elle est donc naturelle, elle éclaire le visage de l’enfant et l’objet avec lequel travaille Joseph. Le jeu avec la bougie est tellement réaliste que l’on voit même la lumière « traverser » la main de l’enfant.
Cela fait bientôt une heure et demie que je regarde le tableau, mais ma soif de tout savoir sur cette œuvre m’empêche de laisser tomber mon crayon.
Je m’attaque à l’espace. L’œuvre est représentée dans un espace tridimensionnel. L’impression de profondeur est crées par la lumière et les couleurs. L’artiste a beaucoup joué avec cette bougie, elle est vraiment l’objet-clé du tableau. Je voudrais bien toucher le tableau pour tout savoir de sa texture. Mais les barrières protégeant les œuvres m’en empêche, je me fie donc à mon instinct. La texture paraît lisse et régulière, on ne voit pas de traces d’outils, ni du geste de l’artiste, on croirait même à une photographie. Cette œuvre est emplie d’un sentiment de croyance à la fois intime, simple et profond ; c’est vrai qu’il s’agit d’un sujet religieux.
J’ai déjà rempli presque trois pages d’analyse, je veux finir avec mon impression personnelle.
Je trouve cette œuvre magnifique, le jeu avec la lumière de la bougie est fantastique, malgré tout, toute l’image est très sobre. Elle représente une scène de la vie de tous les jours, même si elle est religieuse. J’admire aussi les personnages qui sont on ne peut plus réalistes.
 J’ai maintenant une crampe à la main à force d’écrire, mais je trouve mon travail satisfaisant. Le musée doit fermer ses portes et un garde me guide jusqu’à la sortie. De retour dans mon appartement, je sais qu’il me manque quelque chose, pour compléter mon travail. J’allume donc mon ordinateur,  je « surfe » sur le web et trouve de la documentation sur Georges de La Tour, que j’agrafe en annexe à mon petit dossier. Maintenant, je suis entièrement satisfait, je m’endors donc en relisant mes notes et me dis que je pourrais bien présenter ce travail pour un concours…

 

81.    Antoine Wiertz, L’inhumation précipitée  wiertz_inhumation

 

L’INHUMATION PRECIPITEE

On m’avait demandé de rencontrer un peintre : celui qui me faisait ressentir beaucoup d’émotions ou de compassions ou même encore du dégoût.
Un jour, je vis un article de 1824 dans mes affaires personnelles (il était très ancien mais mes parents gardaient tous les quotidiens, sachant que je voulais devenir journaliste). Il parlait d’un certain Antoine Wiertz, il avait peint « Tête de mort » et ceci fit scandale car comme le titre l’indique, son tableau représentait une tête de mort posée sur quelques livres et elle se trouvait à côté d’une bouteille de vin. Je constatai alors l’imagination de cet artiste, il ne manquait pas d’audace pour peindre des chefs d’œuvre aussi explicites que ses pensées… Alors, je décidai de le choisir.

C’était un soir d’hiver 1854, il était à peine 17 heures et il faisait déjà nuit. J’avais décidé de me rendre chez Antoine Wiertz, pour lui demander de m’expliquer sa technique pour imaginer de pareilles choses. Malheureusement, il refusa de me rencontrer, mais je ne perdis pas espoir. J’attendis devant sa maison en espérant qu’il sortirait, ce qui fut le cas.
 Sa demeure se trouvait près de la Grand-Place. Je le suivis de loin à pied. Certaines de mes sources m’avaient dit qu’il recherchait justement à créer un tableau, ce qui m’arrangeait !
 Il n’arrêtait pas de tourner en rond, je ne savais pas ce qu’il cherchait, j’avais l’impression qu’il espérait trouver quelqu’un. Finalement il rentra dans un magasin de peinture et en ressortit avec plusieurs choses telles qu’une toile, des pinceaux, des colorants sûrement pour faire ses propres couleurs... Il retourna chez lui, indubitablement pour la soirée mais je le vis ressortir peu de temps après. J’étais étonné de voir un homme d’une soixantaine d’années sortir vers 19 heures. Cependant, je continuais encore à le suivre, espérant trouver une piste pour savoir quel serait le sujet de son prochain tableau. Puis, après une longue surveillance qui ne me servit pas, je rentrai chez moi, sans avoir avancé. J’en étais toujours au même stade…

Le lendemain matin, vexé de n’avoir rien trouvé, je me rendis une seconde fois chez lui, avec l’intention qu’il me reçoive.
 Je me trouvais devant sa maison, son portail était ouvert, comme s’il allait recevoir quelqu’un. J’en profitai pour aller toquer à sa porte. Une femme me reçut et me dit : « Il vous attend à son bureau », elle me montra où il se situait, j’y allais apeuré mais d’un pas déterminé
« Je savais que vous alliez revenir, on ne vous a pas appris la discrétion, mon cher, dit Antoine Wiertz.
 — Excusez moi, je ne voulais en aucun cas vous offusquer, c’est qu’hier vous n’avez pas voulu me recevoir. Savez-vous qui je suis ?
 — Ne vous inquiétez pas, vous êtes un jeune journaliste, qui débute une carrière et qui veut commencer avec moi ! Je vous permets de me suivre dans mes recherches et d’être mon modèle, mais en aucun cas de me dire ce que vous en pensez avant la fin de ma création. Cela vous arrange et moi aussi. Soyez devant chez moi à 17 heures précises, sinon je partirai sans vous, à ce soir, cher ami ! »

Ce fut clair et net, mais j’étais content de participer avec lui à une telle aventure, fier d’avoir été choisi comme modèle. Je supposais que je poserais, qu’il ferait une esquisse et mettrait le visage de quelqu’un d’autre. J’arrivais à 16 heures 50, il me vit, descendit et me dit « Ponctuel, c’est déjà un bon point venant d’un jeune homme ».
 Comme nous allions très certainement marcher toute la soirée, je lui demandai ce qu’il recherchait la veille. Il m’expliqua qu’il s’efforçait d’apercevoir quelqu’un pour participer à son œuvre mais qu’exceptionnellement, il n’y avait pas de sans abris. Une personne seule pour l’aider à créer son tableau. Il lui aurait offert un dîner et un lit pour le remercier.

 Une fois ce sujet clos, je regardai la direction que nous prenions, il me fit comprendre avant même que je pose ma question, que l’endroit où nous nous rendions, était un lieu rempli de souvenirs émouvants, quand nous avons perdu quelqu’un de proche : un cimetière.

Je commençais à comprendre ce qu’il voulait que je fasse mais j’eus un sentiment de répugnance. Je lui expliquai que je ne voulais pas profaner une sépulture en m’allongeant dessus. Il fut surprit que je pense cela de lui. Finalement, il m’amena dans un caveau qui recueillait des cercueils vides, ils avaient une particularité, sur le couvercle, une grande croix avait été sculptée.

Enfin je compris ce qu’il espérait de moi, s’il avait choisi une personne sans défense, cette dernière serait partie une fois qu’elle aurait compris ce qu’il voulait.
Cet individu n’a que  sa vie mais cela est suffisant pour ne pas vouloir poser dans de telles conditions sans savoir ce qui va se passer.
Quand il me révéla le titre de son futur tableau, je compris la position qu’il fallait adopter…

82.    Caspar Friedrich, L’arbre aux corbeaux louvre(24)

 

 C’était l’automne, lors d’un voyage scolaire, nous visitions le musée du Louvre à Paris. Ce lieu magnifique où sont rassemblées les plus grandes œuvres de tous les temps et de toutes les tendances confondues.
Mon regard se dirigeait dans tous les sens et ne savait pas où s’arrêter… quand, soudain, mes yeux se figèrent sur un tableau du peintre allemand, Caspar Friedrich, L’arbre aux corbeaux. Ce peintre, génie du romantisme, dont les œuvres ont été découvertes au XXe siècle, a développé un art très personnel du paysage, marqué par la précision et le sens de l’observation. Chacun de ses tableaux possède de nombreuses significations symboliques qui, dans un monde semblant irréel, donnent l’impression d’immensité et de solitude.
Cette œuvre nous montre un paysage sombre, une végétation morte, un arbre solitaire. Au loin, nous pouvons apercevoir une colline, un ciel de couleur ambrée, où volent quelques corbeaux.
En me laissant emporter par ce tableau, un étrange sentiment m’envahit, celui d’être prisonnière d’une nature hostile et négative, d’un espace infini et pauvre. Tout y paraît si froid, si triste, … mort ! Seul signe de vie : des corbeaux qui volent à proximité de l’arbre. Certains d’entre eux s’y arrêtent un court instant, sur les branches, le temps de faire une pause, mais ils repartent aussi vite.
L’impression étrange de me trouver dans un endroit qui a l’air si insécurisant me donnait la chair de poule. Toujours sous l’emprise du chef-d’œuvre, mon imagination s’emballa et je frissonnai.
Soudainement, j’entendis des cris de plus en plus proches. Je tentai de répondre mais je me figeai ; j’étais incapable de répondre à cette voix qui m’appelait par mon nom et me semblait familière. Une dizaine de secondes plus tard, je sentis une main m’attraper l’épaule ; je sursautai, me retournai. Là je reconnus ma camarade de classe qui me prévenait du départ.

 

83.    Félix Nadar 1820-1910 Charles Baudelaire au fauteuil 1855  ORSAY1

 


J’arrivai à l‘heure convenue au rendez-vous .C’était un après-midi pluvieux et la pièce était très sombre. Près du mur, au fond de la pièce, trônait un grand fauteuil qui semblait porter les stigmates d’un lourd passé chargé d’histoire . Il avait appartenu, d’après Félix, à une vieille famille issue de la noblesse espagnole. Celui-ci me demanda de prendre place dans ce fauteuil et pendant qu’il s’affairait auprès d’un étrange appareil, mon regard s’arrêta sur une photographie accrochée au mur en face de moi.
C’était une photo aérienne, prise à bord d’un ballon dirigeable, et qui représentait un paquebot quittant le port pour s’en aller vers une destination inconnue. Quand je vis cette photo une multitude d’images envahirent mon esprit. Je revis mon embarquement sur le Paquebot-des-mers-du-sud, et je songeais avec mélancolie aux paysages, aux odeurs et aux couleurs que je découvris durant mon séjour dans l’île Bourbon . Puis, le visage de Jeanne, éclairé d’un léger sourire sensuel s’imposa à mon esprit, et je revis sa longue chevelure noire agrémentée d’une fleur d’hibiscus d’un rouge profond .
Soudain, un violent éclair, accompagné d’un bruit semblable à un coup de feu me ramena brutalement à la réalité et la raison de ma présence ici me revint aussitôt .
Tout à commencé lors d’une exposition d’œuvres d’art à laquelle j’avais été convié afin d’en faire la critique. De nombreux tableaux avaient été exposés ainsi que plusieurs statues auxquelles je ne portai qu’un petit coup d’œil dans le but de la critique. Je commençai à parler à des petits groupes de personnes pour entendre leurs avis sur les objets exposés , mais ceux-ci ne parlaient que d’une chose : la photographie .
Je levai la tête pour apercevoir les images en question et je vis une petite foule qui formait un demi-cercle devant un mur. Je me frayai  un chemin parmi celle-ci et j’entrevis alors l’objet qui attirait tant l’attention : une photo. Elle  était accrochée au mur, puis je me rendis compte qu’il y en avait plusieurs, toutes du même auteur, dont le nom était  inscrit en lettres italiques sous chaque photo : Nadar. Etonné par  l’affront qu’osait faire cet homme en exposant ainsi ce qu’il pensait être des œuvres ,furieux contre son audace de vouloir remplacer la peinture par quelque chose qui  lui avait  prit  moins d’une heure , alors qu’un peintre passait un trimestre, voire un semestre à faire son tableau, je partis à sa recherche dans cette salle bondée . Je le trouvai assez facilement entouré d’un petit groupe de personnes qui semblaient tout à fait en accord avec lui :
« -La photo ,disait une jeune femme , quelle révolution ! quels détails ! ». Une fois le petit groupe parti, je décidai à m’intéresser à l’auteur de cette photo. Il m’apprit  alors qu’il  n’était pas comme je l’imaginais . C’était un touche à tout qui, en plus d’être photographe, étais aussi aéronaute , dessinateur et écrivain . Son vrai nom était Félix Tournachon mais il préférait emprunter un pseudonyme pour signer ses photos .Il me proposa alors de me faire mon  portrait .
« C’est moderne, me dit-il, tous les grands hommes veulent que je les prenne en photo ! Et un écrivain comme vous ne pourrait refuser cette offre ! ». C’est ainsi que j’acceptai de venir, à contre cœur mais curieux de voir mon portrait réalisé par un appareil auquel je ne portais pas la moindre affection .

 

84.    DAVID Marat Assassiné Louvre (17)



Guirault m´avait fait appeler par un de ses messagers dès qu’il avait reçu la terrible nouvelle. Il me disait d´accourir le plus vite possible chez Marat avec mon nécessaire pour peindre, car une chose terrible s’y était passée. Obéissant au doigt et à l’œil, je montai dans une calèche et me rendit aussitôt chez mon cher ami et compatriote.
Lorsque je descendis devant la maison de Jean-Paul, j’aperçus immédiatement Guirault. Il était dans un état lamentable : les cheveux en broussaille, les joues rouges, il criait à tort et à travers sur toutes les personnes qui passaient à sa portée. Je m’approchai lentement de lui puis lui demandai :
« Que s’est-il passé ? »
Il était tout rouge, avec les cheveux en bataille et l´air très fatigué.
« Viens avec moi, dit-il subitement, une chose terrible est arrivée… ».
Il entra dans la maison et me demanda de le suivre. Il se dirigea vers la chambre de Marat, ouvrit la porte et me demanda lentement d´entrer. Marat était là, dans son bain, mort, poignardé au côté droit.
« Tu as transmis à la postérité l’image de Lepelletier, mourant pour la Patrie, il te reste un tableau à faire ! me dit Guirault d’un ton grave ».
Il fit apporter mon nécessaire à peinture, s’en alla et ferma la porte derrière lui. Pendant quelque minutes, je restai là sans bouger, je n’arrivais pas à y croire : Marat était mort, quelqu’un l’avait tué !!! Quand le choc fut passé et quand j’eus retrouvé mes esprits, je me mis au travail.
Le bain était encore chaud. Je pouvais voir des traînées de vapeur s’élever lentement de la baignoire. Je n’arrivais pas à y croire… Mon ami était là, mort… Quelqu’un l’avait assassiné sans scrupules, alors qu’il était là, sans défense, en train de prendre un bain pour soigner son eczéma. On l’avait tué comme un loup tue un agneau…
Son sang coulait toujours, petit à petit, et la tache de sang qui se formait sur le linge ne cessait de s’agrandir. Au fur et à mesure que je peignais la funeste scène, une haine envers les Girondins naissait en moi et devenait de plus en plus forte. C’était l’un d’eux qui l’avait tué, j’en étais sûr… Marat les avait combattus pendant des années. Ils l’avaient accusé trois mois auparavant et il avait été emprisonné mais il avait été acquitté par le tribunal.
La nuit commençait à tomber lorsque je me mis à peindre les détails. Son bain était froid maintenant et son sang avait coagulé. Je peignis la plume et le morceau de papier qu’il avait encore à la main, l’encrier posé sur un cube de bois qui lui servait de table, les linges posés sur les rebords de la baignoire et le couteau, le maudit couteau qui avait arraché la vie à cet homme si dévoué à la République, si bon envers le peuple français... Il avait une sorte de grimace aux lèvres : une sorte de sourire et de souffrance se mêlaient à ce visage auparavant si paisible. Je pensai alors à sa maladie, l’eczéma, qui l’avait tellement tourmenté pendant ces derniers mois. Je pensai alors que cette mort pouvait, en quelque sorte, l’avoir «soulagé» de cette souffrance… Des larmes coulaient sur mes joues : ils avaient tué mon ami alors qu’il était sans défense, alors qu’il prenait un bain. Ils avaient tué Marat, « l’ami du peuple »…
Avant de m’en aller, je peignis une dernière chose, une condamnation envers les Girondins de la part de Marat, mon cher ami :
« N’ayant pu me corrompre, ils m’ont assassiné »…
Puis je rangeai mon nécessaire, me levai et me dirigeai vers la porte de la chambre. Avant de refermer la porte derrière moi, je jetai un dernier regard à mon ami et compatriote : « l’ami du peuple ».

 

85.    Claude Gellée, dit Le Lorrain. Port de mer,effet de brumelouvre54

 

Un jour, en cherchant par hasard dans un coffre, j'ai retrouvé une lettre écrite par un ami du peintre Claude Gellée, dit Le Lorrain. Cette lettre a été écrite au moment de la réalisation du magnifique tableau intitulé Port de mer,effet de brume, peint en 1646.

                             16 juin 1646,

 "J'ai été invité par Claude, mon ami, lorsqu'il a décidé de peindre ce chef d'oeuvre, aux couleurs resplendissantes. Claude est un très grand artiste qui a une maîtrise incroyable des jeux de lumière et des ombres. Ce tableau, commandé par un riche peintre italien (comme tant d'autres), ornera les murs d'un somptueux palais à Rome. Il représente un port de mer. Les ports de mer, les palais, l'eau, l'antiquité inspirent énormément Claude. De plus, on devine toujours la présence de Rome et de ses environs, dans ses tableaux. Cette fois-ci, Rome est présente à travers le palais, situé à droite de la toile. Le port et la mer occupent une place majeure dans ce tableau.

  je suis toujours admiratif, quand il peint, c'est un dessinateur exceptionnel. Il a sens inné des proportions, de l'utilisation des couleurs, pour mettre en valeur ses toiles.
Les couchers de soleil, sur ses tableaux, leur donnent un côté poétique. L'opposition des couleurs chaudes (terre, bâtiments) et des couleurs froides (mer, ciel) donne un aspect chaleureux à la scène. J'éprouve toujours un grand bonheur en regardant ses toiles, elles sont toutes plus belles les une que les autres. Mais "Port de mer, effet de brume" est sans aucun doute celle que je préfère, parmi tous ses tableaux déjà réalisés. C'est une toile très réaliste, très proche d'une scène quotidienne sur un port.

  Quand je regarde ce tableau, j'ai l'impression de m'évader, de fuir le monde dans lequel je vis. J'éprouve un sentiment de liberté, de paix, d'intense bonheur. Je m'échappe quelques instants du quotidien, quelques fois ennuyeux, des rituels habituels, des histoires qui finissent mal. Je rêve d'un monde meilleur, paisible comme dans ce tableau, d'un monde sans guerres, sans misère où tout le monde vit dans la quiétude et la fraternité."

                              Agostino TASSI

 

86.    Titien La jeune fille aux miroirs. louvre(35)

 

 Tôt ce matin là, je dus quitter la demeure de mon mari, qui est l'un des fils du grand peintre Titien. Je dus passer devant chacune des boutiques de Venise. J'eus le plaisir de rencontrer de jeunes marquises coiffées d'un chignon, d'un chapeau voilant leurs yeux, vêtues d'une robe aux couleurs éclatantes et de petits talons amincissants les traits de leurs corps. Je courus le long de la rivière sous un soleil éclatant.

   Ce jour-là, je devais aller voir Titien, pour que nous puissions contempler l'oeuvre pour laquelle j'ai posé durant au moins cinq mois et qui devrait s'intituler "La jeune fille aux miroirs".

   Lorsque je suis arrivée sur le pas de la maison, trois jeunes filles jouaient avec un ballon nleu. Elles vinrent toutes trois me dire bonjour et Titien arriva et je le suivis.

   Nous nous saluâmes, il déposa un léger baiser sur ma main et me demanda de le suivre dans son atelier, où le tableau était recouvert d'un drap blanc. Tout dans la pièce avait était rangé dans chacun de ses coins. Seul, au milieu de tout, se tenait le chevalet retenant la toile.

   Nous entrâmes dans l'atelier. Titien referma la porte derrière moi et marcha d'un pas lent vers la toile qu'il dévêtit de son drap. Je découvris alors la splendeur de son oeuvre.

   La jeune fille de la toile avait été cadrée assez bas dans le milieu de l'oeuvre. Le thème représenté aurait pu être celui de la vanité ou celui de la "bella". On pouvait aussi comprendre qu'il s'agissait du thème pétrarquiste, car le poème de Pétrarque intitulé "mon ennemi" place le miroir en rival de l'amant. Il raconte plus particuliérement, la complainte d'un homme jaloux d'un miroir. Ici, il était exclu du champs de vision de la belle. Celle-ci était uniquement occupée à se contempler dans deux miroirs qui l'encadraient. Dans la toile, on pouvait remarquer que la composition comporte une série d'ovales ( miroirs, tempe, flacon ). Les couleurs froides étaient associées à la jeune fille tandis que les couleurs chaudes à l'amant, avec de plus, l'éclairage de l'ombre par les couleurs chaudes. Je fus très satisfaite que l'interprétation du tableau fût aussi réussie.

   Lorsque mon mari arriva, nous prîmes le tableau que Titien nous avait offert pour notre union au sein de leur famille.

   Lorsque nous rentrâmes, ce soir-là, les rues étaient déserte et le murmure de la rivière chantonnait.

   Nous arrivâmes à la maison, où nous enlevâmes le drap qui protégeait cette oeuvre merveilleuse et nous la plaçâmes dans une des pièces, la plus importante de notre demeure. Nous la regardâmes quelques instants et je me rappelle encore que c'est devant cette toile, cette nuit-là, cette soirée de pleine lune, remplie de scintillements d'étoiles que nous conçûmes notre premier enfant que neuf mois plus tard nous appelâmes Marccio.

 

87.    Photographie de Veronique Vercheval V15

Ce matin je vais à l’école, comme tous les matins. C’est l’école du camp des réfugiés Al-Amary, elle compte mille étudiantes.
Ici, c’est la guerre, tout est détruit autour de moi, même les champs d’oliviers ou d’orangers ont été arrachés. Tous les jours, c’est la même angoisse qui règne sur la Palestine.
Mais moi, j’ai confiance en l’avenir, même si je sais que souvent, ce ne sera pas facile et que les femmes ont  un univers très limité ici, je me battrai pour avoir une vie meilleure que celle que mène ma mère aujourd’hui.
En route pour l’école je vois des tanks, des militaires avec des armes. Mais je vois aussi les marchés, les cafés et des autres enfants qui me rejoignent en jouant à la balle. Quand j’arrive à l’école, je me dis que j’ai beaucoup de chance de pouvoir y aller et de pouvoir m’amuser avec mes amies car tous les enfants de Palestine n’ont pas cette opportunité. En plus, dans cette école je me sens en sécurité. La maîtresse nous accueille et nous dit qu’aujourd’hui nous allons faire du théâtre. Bien sûr, moi et mes amies nous sautons de joie, tellement heureuses... Elle nous dit aussi que des vrais comédiens sont venus pour nous aider à nous exprimer, ils vont aussi jouer une petite pièce de théâtre rien que pour nous! Je monte la première sur scène, c’est en fait quelques planches de bois posées les unes sur les autres mais qu’importe.., pour moi c’est quand même une scène comme au théâtre... Je raconte ce jour où j’ai eu la plus grande peur de ma vie: Je marchais dans la rue, je
  rentrais à la maison lorsque, tout à coup j’ai vu un tank surgir d’une autre rue en face de moi, un homme en est sorti et m’a emmené très brutalement dans son tank. Il m’a dit que je n’avais rien à faire ici, et que s’il me voyait encore une fois, il me tuerait. J’étais terrorisée et je n’ai pas dit un mot. Il m’a posé à terre un peu plus loin et je crois que je suis restée là quelques heures en me demandant si je n’avais pas rêvé...
Après avoir fini mon récit, un comédien me dit d’aller me rasseoir. Je vois passer l’une après l’autre chacune de mes amies, racontant leurs histoires avec cette même tristesse dans les yeux.
Un peu après, la maîtresse nous dit que c’est la pause, que nous pouvons aller nous amuser devant l’école, dans la cour. Nous décidons de jouer à nous attraper et c’est moi qui me fait prendre la première. Au fond de la cour, je vois une femme avec un appareil photo dans les mains. Je vais vers elle et elle m’explique qu’elle est ici pour photographier la vie des Palestiniens. Ensuite, des autres filles me rejoignent et nous sommes toutes intriguées par cette femme. Elle nous demande si elle peut jouer avec nous et je suis très contente qu’elle soit là. Elle nous propose d’essayer de l’attraper.
A cet instant, nous nous précipitons toutes sur elle en riant. Elle immortalise pour toujours  ce moment en prenant une photographie. Elle nous dit qu’elle reviendra nous voir bientôt avec une photo pour chacune de nous. En racontant cette histoire je voulais vous montrer que même si tout est triste autour de nous, nous pouvons quand même avoir des moments d’intense bonheur, c’est pourquoi j’ai confiance en l’avenir...


88.      Chardin L’enfant au toton louvre(22)

 

 

«L’enfant au toton» représente Auguste Gabriel, garçon de treize ans issus de la haute bourgeoisie parisienne. A l’époque, on habillait les jeunes garçons de robes jusque leur dixième année ;  Ils étaient ensuite vêtus exactement comme des adultes.  Cet enfant est le fils d’un riche banquier, ses vêtements sont pourtant d’une grande simplicité pour l’époque :  ni dentelles, ni broderies, ni couleurs vives.  La vie de cet enfant ne devait pas être extraordinaire, même triste et monotone.  Son père était souvent absent par son travail, donc l’enfant se sentait souvent seul.  Il pourrait avoir tout ce donc il désire avec la richesse de ses parents, mais cela ne l’intéresse pas.  Il est rejeté par les autres enfants de son âge qui le trouve trop bourgeois.  Un jour, sur le chemin du retour, il va remarquer un enfant à l’apparence très pauvre, mais avec un sourire sans pareil, cet enfant joue au toton, il a l’air tellement heureux qu’Auguste Gabriel aimerait partager son bonheur.  Il s’approche alors de lui, tout timide, car il a peur de se faire à nouveau rejeter.  Mais l’enfant, au contraire, l’invite à jouer avec lui, Auguste est comblé, il a enfin un amis et il a découvert un jeu passionnant.  Le lendemain, il est déjà tout content à l’idée de revoir son nouvel ami.  A sa grande surprise, il n’est plus là, mais cependant, il aperçoit le toton.  Il s’approche, regarde autour de lui, et prend le jouet.  Il revient chez lui en pensant qu’il gardera le souvenir de son ami avec le toton.  Il n’a plus le cœur à travailler, plus rien ne semble l’intéresser, à part son toton ; tous les soirs, au lieu d’étudier, il joue avec son précieux trésor, il est hypnotisé, il le regarde sous toutes les coutures, captivé par ses mouvements.  Lors d’une soirée, ses parents invitent Chardin, le peintre, pour un dîner d’affaire.  Auguste n’est pas intéressé par la conversation et monte alors dans sa chambre retrouver  son jouet.  Quelques in stants plus tard, Chardin, qui visitait la maison, ouvre la porte ou se trouvait l’enfant, il est subjugué : devant lui se dessine un tableau : tout est calme, rangé et immobile, même le garçon, seule la toupie semble bouger !  Cette vision lui rappelle la solitude qu’il a toujours connue dans le silence nécessaire dans l’épanouissement de son art inimitable.  Chardin va vouloir représenter cet épisode modeste de la vie courante d’un enfant de l’époque car celui-ci manifestait curiosité et application devant la réalité.  C’est grâce à ce moment que le peintre va donner naissance à cette œuvre d’art : « L’enfant au toton ».  Son œuvre d’art exprime la réalité de la vie des enfants de riches.  Il va mettre l’accent sur l’enfant et les objets ; pour cela, il utilisera un fond unis et éclairera les éléments importants.  Il aimait peindre les scènes de la vie quotidienne et il était en possession d’un force de vérité et de raffinement.  Ses œuvres, dont celle-ci, sont caractérisé
 s par des couleurs sobres et un éclairage doux, et s’employaient à célébrer la beauté des choses, créant une atmosphère tout à la fois d’humanité, d’intimité et de noblesse.  Le petit Auguste Gabriel se retrouve immortalisé par le talent du peintre qui émerge d’une rencontre magique. 

 

89.    Canaletto Le Pont du Rialto entre 1735 et 1740  Italie(8)

Vous qui êtes en train de regarder cette toile, vous trouvez peut être comme moi que  cette œuvre est magnifique.  Vous ne vous doutez sûrement pas de mon histoire car elle est unique.
Ne me cherchez pas, vous ne me verrez pas, mais c’est pourtant bien moi et Antonio qui avons fait ce tableau.
Antonio Canal dit Canaletto est né en 1697 à Venise dans une famille de décorateurs de théâtre où il commence à travailler avec son père.  Grâce à l’une de ses plus grandes passions, c’est-à-dire la peinture, Antonio et moi nous sommes rencontrés et ne nous sommes plus jamais quittés.
Grâce aux leçons du védutiste Luca Carlevaris, nous avons pu nous exercer à la mise en place harmonieuse des architectures en perspectives dont nous jouerons plus tard en virtuose.
L‘étape décisive de notre formation est en 1719 ; un premier séjour à Rome où nous avons débuté comme scénographes en réalisant notamment des décors pour les opéras de Scarlatti, où nous avons rencontré des peintres néerlandais qui nous ont communiqué le goût de la précision et de l’observation de la vie quotidienne.
C‘est aussi ainsi que nous avons connu l’œuvre de Pannini qui nous a orientés définitivement et exclusivement vers une carrière de védutiste.
De retour à Venise en 1720,  nous nous sommes consacrés à la description de Venise (ses canaux, fêtes et monuments) et très vite nous avons eu des amateurs assidus surtout parmi les étrangers.
Ensuite, nous avons été admis à la guilde des peintres de Venise où nous avons poursuivi notre formation auprès de Luca Carlevaris et de Marco Ricci : neveu du créateur de la peinture décorative, lumineuse et animée qui influencera toute l’Europe au début du XVIIIe s.
Nos premières vues ont été peintes sur le motif « méthode » que nous abandonnerons par la suite pour revenir à des peintures réalisées d’après des dessins détaillés.
Pendant longtemps, nous nous sommes amusés tous les deux avec nos peintures pour les faire ressembler de plus en plus à de vraies œuvres d’art.
Vers 1730, nous avons abandonné les effets de clair obscur et les vues idéalisées pour des représentations fidèles de Venise.
Notre touche devient alors curviligne, nos coloris éclatants et la couleur vibrante.
C’est aussi dans ces années-là que par un beau jour d’été en nous promenant dans cette si belle ville qu'est Venise, nous avons trouvé que le paysage était trop magnifique pour que nous ne puissions l’immortaliser sur une toile.  Nous nous sommes installés de manière à avoir devant nous le Grand Canal à la majestueuse sinuosité, qui divise Venise en deux ensembles distincts et le très célèbre Ponte Rialto datant de la fin du XVIe s.  A eux deux, ils formaient déjà un très beau tableau mais en ayant en plus quelques gondoliers qui passaient et les bâtiments qu’il y avait à proximité, c'était vraiment beau à voir.  Antonio et moi avons alors peint cette sublime huile sur toile qui, d'après moi, est l'une des plus belles que nous ayons faites.  En plus de cela, le temps était avec nous puisque le soleil rayonnait très fort, mais pourtant pas assez pour nous « aveugler » dans ce que nous faisions.
Entre 1746 et 1754, nous avons beaucoup voyagé ensemble en Angleterre ainsi nous avons peint de nombreuses vues de Londres et encore plein d'autres villes de ce beau pays.
En 1763, Antonio est reçu à l’académie de Venise où il exerce une influence considérable sur les peintres dans  l’art de traiter le paysage en aidant à instaurer la représentation de vues réelles par opposition aux paysages imaginaires.
Malheureusement en 1768, il y eut tout à coup un brusque vide : Antonio décéda.
Ce cher compagnon que j’ai connu tant d’années était parti pour toujours, cette personne avec qui j'avais tant voyagé pour rechercher des villes nouvelles à peindre…..
Peut être vous demandez-vous :  mais qui donc est cette personne qui connaissait si bien Canaletto?
Hé bien à vrai dire moi aussi, comme tout le monde, j’ai vieilli mais pas de la même façon car en réalité la personne avec qui Canaletto a tant voyagé, celui qui l’a accompagné partout n ' était pas une personne….mais bien un objet.
J’étais tout simplement son pinceau ; celui qu' Antonio avait reçu quand il était enfant et qu’il a trempé dans toutes ces jolies couleurs au fil des jours, des années.
J'étais peut-être un pinceau mas sans moi, toutes ces belles toiles n’auraient pas existé et jamais je ne vous aurais raconté tout cela ! !
Peut-être que lorsque vous visitez des musées ou voyez des tableaux de personnes connues ou non connues, vous les observez mais est-ce que vous vous imaginez une seconde quelle est leur histoire ?  Pourquoi le peintre a immortalisé cette œuvre ?
Hé bien moi je viens de vous raconter une de ces histoires, alors essayez à votre tour ! !
 

90.    Edgar Degas Dans un café ou L'Absinthe 1876 ORSAY14

 

Cette journée commençait comme bien d’autres, le temps était assez gris et un brouillard épais flottait sur le port. Un vieux couple venait d’arriver. Ils s’assirent sur moi de manière lymphatique. Cela devait être une mauvaise journée pour eux. Je le ressentis à leur voix lorsque le garçon vint prendre leur commande. Ils ne parlèrent guère durant le temps qu’ils passèrent à boire. Ils restèrent inertes tout au long de la journée. En face de ceux-ci, un peintre, dénommé Edgar Degas d’une bonne cinquantaine d’années. Il venait aussi assez régulièrement pour boire un café. Ce dernier était toujours à l’affût de la moindre petite inspiration pour peindre de nouvelles toiles aussi réalistes et émouvantes que les autres. Le soir venu, ils s’en retournèrent chez eux. Le lendemain, je fus surpris de les revoir toujours aussi maussades, ne faisant que boire leurs verres. Et ce fut la même chose tous les jours suivants. Ils ne faisaient que reproduire cette p erpétuelle habitude. Curieusement, je me plongeais dans une série de questions qui furent rapidement résolues. Ce fut un soir comme tant d’autres. Ce couple terminait sa boisson avant de s’en retourner chez eux. Je pensais que c’était la fin de cette douce journée lorsque deux vieilles femmes vinrent se déposer sur moi. A peine s’étaient-elles installées, qu’elles se mirent à bavarder des petits cancans qui circulaient dans notre doux village côtier. Je n’avais jamais entendu de pareilles pipelettes ! Je n’écoutais que d’une oreille jusqu’au moment où celles-ci se mirent à parler de ce couple abattu par la tristesse. L’une des femmes commença à en dire plus : « Leur mélancolie est apparue voici trois semaines. Leur fils était parti en Amérique depuis plus d’un mois. Ils s’étaient quittés ici même dans ce café. Au début, ses parents n’étaient pas inquiets de rester sans nouvelle puisque ce voyage durait assez longtemps. Mais un jour, ils eurent écho d’une catastrophe maritime
 . Au départ, personne n’y croyait. Quelle stupide rumeur, disait-on. Jusqu’au jour où une femme reçut une lettre, d’une couleur assez étrange, qui lui annonçait le décès de son mari. Quelle tristesse pour cette jeune femme qui venait de se marier ! Chaque jour durant deux semaines, les gens recevaient cette maudite lettre leur annonçant tel ou tel décès. Le vieux couple ne reçut pas la même lettre que tout le monde. La leur annonçait la disparition du corps de leur fils. Depuis ce jour, ils restèrent assis dans ce café espérant que leur fils reviendrait là où ils se sont quittés. » Et c’est sur ces derniers mots qu’elle termina cette histoire. Si j’avais été un être humain, j’en aurais eu les larmes aux yeux. Ce fut en silence que ces deux dames finirent leur verre et s’en allèrent me laissant en pleine réflexion sur cette histoire. Le jour se leva et déjà ce couple arriva, cela devint une habitude pour eux ainsi que pour ce peintre .Mais ce jour serait différent de tous les  autres, car, alors qu’il commandait son café, son attention fut captivée par ce couple attablé. Je le vis aussitôt sortir quelques feuilles et son crayon, probablement pour dessiner quelques croquis de ceux-ci. Les années passèrent et ce couple était toujours là, assis espérant inlassablement son retour. Et ce fut la même chose chaque jour pendant des années et des années…

 

91.    Charles Nègre (1820-1880) Le joueur d'orgue de barbarie et deux enfants qui l'écoutent ORSAY2

 

 Je m’appelle Holly, je suis né le 3 mars 1833 dans un vieil atelier tout délabré dans la rue Montmartre n°3. Mon père s’appelle Patrick, j’aime chanter pour lui et pour les gens qui passent dans la rue et s’arrêtent pour m’écouter. Je l’aide à gagner de l’argent car il devient de plus en plus pauvre. Mais je n’en gagne pas assez pour le sauver de la ruine ; alors le 14 mars 1834, il a dû me vendre aux enchères pour trop peu d’argent, mais j’espère que cet argent pourra le sortir de la ruine.
J’ai été vendu à Jeff David qui au début était heureux de m’avoir, il m’emmenait partout où il allait, puis il s’est lassé et m’a laissé périr pendant plus ou moins deux ans dans une très petite chambre de sa grande maison. Le jour de son déménagement, il m’a revu et a évoqué quelques souvenirs émouvants, puis un homme de forte carrure l’a aidé à me sortir de la maison et ils m’ont laissé dehors dans la rue. Je suis resté là pendant près d’un an puis un garçon de 10 ans, passant par-là, m’a vu et m’a emmené chez lui. Quand son père m’a aperçu, il ne m’a pas apprécié mais petit à petit il a appris à me connaître et à m’accepter : nous arpentions les rues ensemble en chantant et en réveillant les habitants de la ville pour nous amuser et gagner de l’argent.
Quand il est mort, j’étais triste mais j’ai trouvé du réconfort auprès de son fils, Oscar. Lui et moi avons fait des tas de choses ensemble, comme prendre le bateau jusqu’en Belgique et y vivre. Là-bas, il a cherché du travail durant une année entière. Pendant ce temps, nous avons dormi sous les ponts, dans le froid glacial et les averses de la nuit. Quand il a trouvé un travail, c’est en tant que garçon de café au « Café Des Délices ».
Un jour qu’il travaillait, une belle femme est entrée pour répondre à une offre d’emploi, mais comme le patron n’était pas là, elle a dû revenir à un autre moment. Dès que le patron la vit, il l’accepta en tant que serveuse. Alors Oscar et elle ont appris à se connaître. Deux an après leur rencontre, ils étaient mariés, trois ans après leur mariage, ils avaient un premier enfant prénommé Philippe.
Après la naissance de Philippe, leur couple allait de moins en moins bien, mais un heureux événement arriva cinq ans après : un deuxième enfant appelé Elisabeth est né.
Quatre ans plus tard, un jour de beau temps, Oscar, Philippe, Elisabeth et moi étions en train de nous promener lorsqu’un photographe, appelé Charles Nègre, nous a demandé de poser pour lui, Oscar accepta. Nous nous sommes arrêtés à l’intersection de deux rues sombres, près de deux tonneaux superposés, mon père s’est mis à chanter avec Elisabeth, Philippe et moi, puis Charles Nègre a pris la photo qui nous a rendus célèbre dans notre quartier car elle fut exposée à tous les coins de rue. Charles Nègre vient de New-York mais est de nationalité française, il a commencé dans la vie en tant que peintre et ensuite a été initié à la photographie par Gustave Le Gray.
Des années plus tard, Oscar mourut et je devins la propriété de la famille durant moins d’un siècle. Pendant ce temps je vécus plein d’autres événements, heureux et malheureux, avec cette famille qui jamais ne me laissa tomber. 
Dès que la guerre éclata, je fus touché en plein cœur et ce fut la fin de l’orgue de barbarie.

 

92.    Watteau  l' Indifférent... louvre (37)

 

 Beaucoup de gens s'interrogent sur ma peinture! Beaucoup m'ont demandé sa signification . Je ne répondais pas!
          Aujourd'hui, alors que je suis cloué au lit par la maladie et que je sens la mort approchée ; je vais vous parler de ce jeune homme:                  
 l' Indifférent... 
          Ce garçon , je l'ai rencontré bien avant la conception de la toile . Et pourtant au moment de le peindre , je me rappelais parfaitement de lui, son visage était gravé dans ma mémoire.
Je l'avais rencontré pour la première fois à l'opéra : alors que le spectacle avait déjà bien commencé , il entra bruyamment dans la salle, accompagné d'une jeune femme vulgaire accrochée à son cou. Tout le monde se tourna vers lui . Nullement gêné , il alla s'asseoir dans le fond de la salle . Les gens étaient choqués par ce jeune homme ! Moi-même je n'arrivais pas à être attentif aux chanteurs pourtant magnifiques qui étaient sur scène, mon regard se tournait toujours vers lui . Une question se formait dans ma tête: Qui était donc ce jeune homme perturbant la salle? Une fois le spectacle terminé , je n'arrivais toujours pas à détacher mes yeux de lui et je le suivis jusque dans la rue. Puis je le perdis de vue! Un mois plus tard , je parlai pour la première fois avec lui. C'était dans une soirée mondaine, il arriva encore en se faisant  remarquer , une nouvelle fille à son bras et une bouteille de champagne sous l'autre. Ma timidité m'empêchait d'aller à sa rencontre malgré
  mon envie de lui parler. Il me vit le regarder et à un moment ou j'étais seul , il s ' approcha de moi. Il ne parla pas pendant cinq minutes, peut- être réfléchissait-il à ce qu'il allait me dire , pensai-je. Mais j' appris vite qu ' il ne réfléchissait jamais à ce qu'il disait. Il commença ainsi :
   - « Pourquoi ne cessez-vous de me regarder? Je vous choque? »
 Je ne sus quoi répondre, moi qui avais toujours réponse à tout.
   - « Oui  ça doit être ça ,je vous choque. Vous vous dites que fais ce charmant gentleman parmi ces petits bourgeois » ? Il partit d'un rire bon enfant et je ne pus m'empêcher d'esquisser un sourire. Il redevint sérieux un moment pour me demander :
   - « vous êtes venu seul à cette soirée »?
   - « Non ,dis-je, je suis avec mon ami Crozat . En vérité, je loge chez lui ,il est un peu comme mon protecteur si vous voulez ». On parla ainsi de tout et de rien pendant des heures. Plus il parlait et plus il m'intriguait. Ce garçon était exceptionnel tant pour ses idées que pour son comportement. Je réalisai que je l'admirais pour ses idées modernes et libres,  pour sa joie de vivre mais surtout pour son indifférence. Son indifférence envers le regard de la société, il ne s'intéressait pas à ce que les gens pensaient de lui. Il était lui tout simplement.
          On se revit souvent après cette soirée, mais toujours dans des endroits discrets. On allait se promener dans les champs ,dans les bois,... Il était passionné par la nature , il pouvait se promener pendant des heures en parlant du temps ou des femmes. Un jour, il me confia qu'il était amoureux. Au début je ne le croyais pas vraiment amoureux, je croyais plutôt  à une petite amourette comme il lui arrivait une à deux fois par semaine. Mais non, la douceur avec laquelle il me parlait de cette femme je sus qu' il était réellement amoureux. Mais malgré toutes mes questions, il ne voulut jamais me dire qui elle était!
           Un soir, Crozat entra dans ma chambre un verre à la main. Il s'assit en face de moi et dit d'un air malheureux forcé:
- « Le jeune homme que nous avons vu plusieurs fois, ce garçon mal élevé avec qui vous aviez parlé à une soirée... »
- « Oui »,dis-je calmement.
- « Il est mort ». Je blêmis, mort ? Était ce possible , mon pauvre ami!
- « Comment cela s'est-il passé? » arrivai-je à articuler.
- « Il a été tué dans un duel » dit-il mais cette fois il éclata de rire amusé par ce nouveau potin.
- « Ce gamin convolait avec une femme mariée! Le mari a vite découvert le pot aux roses, il n'a pas supporté et l'a affronté en duel mais vous pensez bien ,ce gamin ne savait même pas tenir une arme, son sort était joué. Pensez à l'humiliation de cet homme; se faire voler sa femme par un gamin ». Il éclata d'un gros rire moqueur. Je ne tins plus et lui dit :
- « Pierre ,malgré le respect que je vous dois et malgré la gentillesse que vous m'avez témoigné par votre protection et votre gîte, je ne supporte pas la manière dont vous parlez de ce jeune homme! A vous entendre on ne dirait pas que vous parlez d'un mort mais plutôt d'un bouffon » Des larmes me brouillèrent la vue et je sortis de la maison et marchai dans la rue pour m'éclaircir les idées, pour laisser la peine envahir mon esprit. En marchant , je ne pensais plus à rien et je me rendis compte que mes pas me conduisaient vers l'orée du bois où nous avions l'habitude de parler. Je laissai éclater ma peine! Mon pauvre ami qui par sa mort et ses actes était la risée de tous, mais comme durant sa vie , il en aurait été indifférent  car la façon dont il me parlait de cette femme , je sus qu'il ne regrettait rien et que son caractère frivole, ses gestes déplacés vis-à-vis des femmes n'étaient qu'une couverture  cachant un cœur voulant aimer et voulant être aimé. Oui, il était ind
 ifférent à beaucoup de choses mais pas à cette femme mariée qui avait su apprivoiser son coeur!
                    Voici donc l'histoire de ma peinture , comment en le peignant j'ai voulu lui rendre hommage! Voici l'histoire du meilleur ami que j'aie jamais eu! Je pense encore souvent à lui et depuis que je suis malade et que je reste toute la journée au lit, j'ai bien le temps de penser. C'est pourquoi j' écris cette histoire.
            Je sens la mort s' approcher doucement. Tant mieux car je souffre physiquement et moralement! Enfin le repos... peut-être reverrai-je mon cher ami, cet homme si indifférent qui avait bouleversé ma vie et bousculé les convenances. Ça y est, je me meurs ! Et je finis mon histoire à temps! A toi sont mes dernières pensées et mon dernier souffle, cher indifférent!!!

                                                                                          A.Watteau.

 

93.     Jacques-Louis David Marat Assassiné  louvre (17)

 

La première fois que Charlotte Corday m’a pris dans ses mains, je m’en souviens encore comme si c’était hier. Elle avait les mains si douces et à la fois si fermes. Elle me murmura quelques mots qui seulement aujourd’hui prennent tout leur sens. Elle me dit d’une voix calme et précise que j’aurais un grand destin, un destin que tous les Girondins m’envieraient. Au début, je ne comprenais pas, je ne savais pas qui étaient les Girondins, ni ce qu’elle attendait de moi. Mais petit à petit, dès qu’elle était seule, elle me parlait d’eux. Ils avaient été les victimes de ce qu’on appelle aujourd’hui les massacres de septembre. L’instigateur de ces massacres était un homme, elle refusait de me dire son nom. A chaque discussion autour de cet homme et de ses actes, son visage était triste puis, quelques secondes plus tard, il s’illuminait de bonheur et généralement un petit rire un peu forcé sortait de sa bouche. Elle savait qu’elle allait mettre fin à sa vie
 . Charlotte était une femme pas vraiment jolie, je penserais même le contraire mais ses mains si douces et son caractère si particulier faisaient son charme. Elle me cachait dans une petite boite noire dont l’intérieur était fait de velours rouge et doux. Cette boite, elle la mettait dans un grand coffre brun tout en dessous de ses vêtements. Ce grand coffre était presque au milieu de sa chambre, au pied de son lit. Elle ne parlait jamais de moi à quiconque, c’était notre secret, la peur aussi que son plan n’échoue à cause d’un esprit mal intentionné. Un jour, elle arriva dans la chambre, me sortit doucement de ma boite et me répéta plusieurs fois que le lendemain ce serait le grand jour. Elle décida de m’expliquer ce qu’elle allait faire de moi et avec qui  elle et moi avions rendez-vous. Pour la première fois, elle avait pris un air soucieux, elle accepta enfin de me dire son nom. Il s’appelait Jean-Paul Marat. C’était un homme politique français né à Boudry dans le canton
  de Neuchâtel. Elle me donna quelques détails de son enfance, comme par exemple que son père ne voyait en lui qu’un scientifique et aussi que sa mère lui  avait inculqué sa sensibilité, l’amour des autres et de la nature. Que depuis qu’il était tout petit, il était ambitieux mais la mort de sa mère lui avait fait un choc énorme et c’était pour cela qu’il avait rompu toute attache avec sa famille. Il était parti dès ses quinze ans, convaincu de sa valeur. Il avait voyagé un peu partout, en France, en Angleterre où il avait entrepris des études de médecine. Charlotte me parla de la personnalité préférée de Marat qui n’était autre que Montesquieu, pour lui le plus grand homme qu’avait produit le siècle et un grand écrivain français. Mon destin se précisait de plus en plus, je savais que demain ce serait le dernier jour que nous nous verrions, la dernière fois qu’elle me prendrait dans ses mains si douces. Cette nuit-là, elle ne mit pas dans le coffre mais sous son oreiller. Cha
 rlotte eut du mal à s’endormir. Le lendemain matin, vers huit heures, elle était déjà levée, prête à effectuer ce pourquoi elle croyait être née. Corday avait rendez-vous pour quatorze heures avec Jean-Paul Marat. Elle prépara ses plus beaux habits. Une longue robe blanche avec son chapeau rose pour cette après-midi. Elle prit son petit sac noir dans lequel se trouvait un mouchoir en tissu blanc avec un bord rose qui m’entourait, au-dessus son portemonnaie. Elle nettoya ma lame trois ou quatre fois avec un petit chiffon. A midi, Charlotte s’habilla, prit son sac et partit. Les gardes nous laissèrent rentrer sans problème car on la connaissait déjà depuis plusieurs moi qu’elle était sa maîtresse. Jean-Paul Marat était dans son bain à cause d’une maladie qui lui rongeait la peau. Charlotte Corday lui dit quelques mots avant de me sortir avec ma lame aiguisée ; comme il était retourné, elle l’appela. Il se retourna et n’eut le temps de pousser qu’un petit cri d’horreur avant qu
 e je ne rentre dans sa chair. Un liquide rouge et chaud en sortit, venant troubler la clarté de l’eau. Elle me ressortit du corps de cet homme pour me faire rentrer encore une fois plus loin, d’un coup plus fort, pour l’empêcher de pousser ses cris de douleur et d’appel à l’aide. Maintenant son corps est inerte et l’eau claire du bain est  devenue une grosse baignoire remplie de ce liquide rouge. Un homme avec une arme en main arriva et attrapa Charlotte qui me lâcha. J’arrivai sur le sol avec un fracas que personne n’entendit, trop préoccupés à regarder cet homme qui se  vidait de son sang. Corday était fière d’avoir accompli sa destinée et moi, je restai à même le sol. Je remarquai un homme qui fixait le corps dans l’eau, il ne me vit pas. Il s’en alla comme il était venu, sans se faire remarquer. J’appris bien plus tard qu’il s’appelait J-L David. Il était peintre et ce tableau l’inspira. Mais comme il était resté près de la porte et qu’il ne me vit pas, il ne m’a pas mis
  sur la toile. Je suis donc resté inconnu de tous. Charlotte fut emprisonnée à la prison du Luxembourg. Plus jamais je ne revis les mains si douces de Charlotte. Voilà toute mon histoire, mon histoire à moi, le poignard qui tua l’homme le plus détesté des girondins... 

94.    Xavier Mellery, L’escalier   mellery_escalier

 

 Nous sommes vers l’an 1897, j ai été créé par Xavier, un jeune garçon belge très doué dans la peinture, puisqu’il m a fait ! Ce jour-là, je m’en souviens très bien.  C’était juste avant l’histoire que je vais vous raconter.  Je n’aurais jamais pensé qu’un jour, il y aurait eu un homme qui serait venu pour me peindre.  Il est arrivé avec tout son matériel, s’est installé en face de moi et commença à peindre dans le silence le plus complet.  Le silence est une des choses que je préfère ! Maintenant, je ne suis plus qu’un simple pot mais aussi une peinture très célèbre car j’ai été exposé au 6eme salon de la Rose Croix .  Et bien d’autres encore. Il adore faire ça…peindre des choses qui me ressemblent, elles sont soit plus moches ou plus belles, cela dépend des goûts, mais la plus importante à mes yeux, si je peux me permettre…c’est MOI ! Bon d’accord, je ne vais pas laisser tomber mes escaliers, je dis « mes » car on nous appelle « L’escalier au pot
 blanc… », c’est assez joli non ? Enfin soit. C’est pour en venir à dire que Xavier m’a placé à l’endroit le plus mystérieux que je connaisse (normal, j y ai vécu toute ma vie) mais je  dis mystérieux, parce que j’entendais des choses se passer en haut  de mes marches. Je me souviens, quand j’étais plus jeune, je voyais toujours une femme passer avec une sorte d’aube noire, un petit chignon et un objet indéfinissable. Quand elle montait, j’entendais des enfants pleurer, des portes claquer sans cesse et puis…d’un coup…plus rien…le silence ! Et là, la femme redescendait comme si de rien n’était. La chose la plus bizarre dans cette histoire, c’est que je n’avais jamais vu d’enfants monter. Et je ne savais pas résoudre cette énigme à ce moment-là.
Tous les mardis, la concierge venait nettoyer, je l’adorais car elle me chatouillait et me lavait. J’étais blanc comme la colombe qui venait souvent se mettre à la fenêtre d’en face; elle aussi avait peur des cris qu’elle entendait, mais la différence avec moi, c’est qu’elle pouvait prendre son envol et partir, moi jamais ! Quelques années plus tard, je n’en pouvais plus d’entendre ces bruits en haut et sans pouvoir rien faire ! Un matin la femme ne vint plus ! Je fus très étonné et me demandai ce qu’il s’était ou allait se passer…
Une fillette descendit alors tout doucement les marches qui la conduisaient vers la lumière qu’elle cherchait depuis toujours. Si je le sais, c’est parce que c’est elle qui me l’a dit, pourquoi ? je ne sais pas, peut-être n’avait-elle personne à qui parler ? Ou préférait elle se confier à un simple pot de mon genre ? Elle avait dans sa main cet objet inconnu, elle le jeta par la fenêtre et cria « maintenant que nous sommes tous là où tu voulais, ne reviens jamais ! » Puis elle disparut. D’un coup un tas de personnes montèrent en même temps, me bousculèrent et me cassèrent ! J’ai cru mourir. Mais ce fut le plus beau jour de ma vie, car la fillette vint me chercher pour me recoller. Et donc me fit monter !
J’ai vu…j’ai vu tous ces enfants morts mais bien vivants si vous voyez ce que je veux dire…C’était la vieille dame qui les avait tous tués. Mais quand elle fut morte, elle ne put aller là où elle croyait aller, les enfants purent ! Tous ces gens qui montèrent en un rien de temps  n’étaient que les parents de ces pauvres enfants. Moi, je les voyais, eux, non. Et encore une fois, je ne pouvais rien faire. La fille me déposa en bas de mes escaliers, heureux d’être bien vivant et sachant après ces quelques années ce qu il s’était passé.
Si Xavier voulut me peindre ici, c’est bien pour une raison.  Je resterai là, à regarder mes marches, voir ma tendre concierge et entendre ces enfants  heureux d’être libres. Il est vrai que cette histoire vous paraît peut-être un peu étrange. Pour moi aussi, je vous rassure.
Mais vous, vous ne voyez qu’une peinture accrochée au mur, mais savez-vous vraiment ce qu’elle veut dire après mon histoire ? Je ne suis qu’un figurant peint par Mellery. La colombe, qui est-elle ? Ces enfants qui sont-ils ? Et votre ami qui se trouve près de vous, que vous voyez tous les jours comme vous pouvez me regarder sur ce tableau, qui est là aussi pour une raison…la connaissez-vous vraiment ?        Alors…répondez

95.    Jacques-Louis David Marat Assassiné  louvre (17)

 

   Je m’appelle Martin Caro, je suis né en 1750 à Rome. Le récit que vous allez connaître maintenant est une partie de ma vie, ou plutôt……
                                                        J’aime beaucoup la peinture, en particulier les tableaux du célèbre peintre Jacques-Louis David. J’exerce d’ailleurs cet art  mais seulement dans le but de passer des instants de détente. La première fois que j’en ai entendu parler, ça doit être en 1774, après qu’il soit venu habiter à Rome durant 6 ans, où il y gagna justement le prix de la ville. 
                                                         Pour le moment, je travaille sur un projet, mais je ne trouve pas l’inspiration. J’ai la gorge sèche tellement je passe du temps devant ce tableau. Parfois, je me lève et pars me désaltérer. Cette histoire commence alors que j’étais occupé à boire un verre d’eau quand soudain…
                                                         J’entends un bruit venant de la boite aux lettres. Qui cela peut-il bien être si tard ? Le facteur n’a pas l’habitude de passer à cette heure ! Je cours voir, mais je ne vois personne. Donc la seule chose qui me reste à faire est forcément de voir ce qui se trouve à l’intérieur de la boite. Une fois ouverte, j’y trouve une lettre où il est écrit « A notre très cher Martin Caro » d’une belle écriture à l’encre de chine, d’une plume fine et légère ; par contre, sortant le papier de l’enveloppe, je sens une odeur désagréable et des traces de doigts au bas de la feuille, cependant il n’y avait pas de signature. La lettre disait « Bonjour, je vous signale que vous avez été invité à notre grande exposition. J.L David, ce soir à 20h, nous vous y attendons avec impatience. Il n’y aura pas beaucoup de monde, venez seul, une surprise vous y attend.»  Sur le moment, la joie m’envahit d’un coup, mais en raison du caractère informel
  de cet envoi, je ne sais pas comment réagir. Moi ! Je suis invité à une exposition de Jacques-Louis David ! C’est génial, mais pourquoi dois-je y aller seul? Cela m’intriguait, mais bon, cette interrogation ne me retient pas pour autant, et d’ailleurs, pour ne pas perdre de temps, je vais partir tout de suite m’acheter un costume pour dire d’être présentable.
                                                          C’est fait, que je suis beau dans ce costume spécialement acheté pour l’occasion. Je n’attendais plus qu’une chose : être plus vieux de quelques heures et que le soir tombe ! Les minutes passent et me semblent interminables. Enfin, l’heure approche, je vais me mettre en route pour ne pas être en retard ! J’arrive tout doucement devant la porte d’entrée. Un parc à traverser puis, une maison imposante au bout de l’allée qui allait changer le cours de ma vie. Je vois au loin un homme habillé en noir attendant quelque chose ou quelqu’un ! Qui sait, peut-être moi ! Je suppose que c’est le garde ! J’arrive en face de la grille et l’homme me fait signe d’entrer et de le suivre sans dire un mot. Nous passons dans des petits chemins lugubres et arrivons en face du bâtiment. Il y avait une grande enseigne « Jacques-Louis David » Nous entrons !! Il y a beaucoup de lumière partout, les tableaux sont accrochés à la suite l’un de l’
 autre dans un alignement parfait. Il y en a dans d’autres pièces qui semblent différentes. Nous passons environ dix minutes en face de chaque tableau pour bien examiner les détails, l’homme en noir m’explique deux ou trois choses. Quand je pense que je suis occupé de passer des moments inoubliables ! Dommage qu’il ne soit pas possible de prendre des notes et de faire quelques croquis en souvenir, mais mon accompagnateur m’a dit que c’était interdit.
                                                               Je remarque que les tableaux représentent un peu des souvenirs de ma vie, ce que je n’avais jamais remarqué avant de venir ici. Plus j’avance et plus ces peintures me donnent des frissons !
  En fait, je voulais voir en réalité un tableau qui m’inspire incroyablement.  Celui de Marat Assassiné.
  Jacques-Louis David l’a peint lorsque son meilleur ami, Marat, a été trouvé mort. Certains disent qu’il aurait été assassiné. On dit même qu’il y aurait une lettre adressée à Jaques-Louis. C’est lui même qui l’a d’ailleurs retrouvé baignant dans son sang, nu, comme s’il se lavait. Le choc était tellement fort pour le maître qu’il en a fait une peinture. Soudain, alors que je suis dans mes pensées aussi jolies qu’étranges, je me rends compte que je suis le seul visiteur ! Bizarre ! Même pas d’autres âmes qui vivent dans la pièce de l’exposition. Après plus d’1h30 de visite, j’arrive devant une porte noire. L’homme de maison était toujours là ! Le mur autour de la porte est d’un blanc éclatant, ce qui  donne un contraste impressionnant. La position de l’homme en noir me fait penser qu’apparemment je dois franchir cette porte et entrer  dans cette pièce. Pourquoi ? Je ne sais pas ! N’ayant manifestement pas d’autre alternative, j’ouvre la porte et entre dans l’espace qui se tr
 ouvait derrière. Je n’ai pas le temps de dire ouf que l’homme referme la porte d’une vitesse incroyable, me laissant complètement seul. Pourquoi réagit-il comme cela ? Tout est confus dans ma tête ! La peur m’envahit, mes mains sont moites. Je me retourne et vois au loin une lumière pas comme les autres. C’est juste la lueur d’une bougie, elle éclaire une peinture, je ne peux pas distinguer le visage qui apparaît faiblement tant-il est à peine visible. Je m’approche lentement, je fixe ce visage à moitié éclairé. Plus je me rapproche, plus j’en distingue les traits, je remarque alors qu’il fait froid. Cette pièce me fait plus penser à un couloir par ces murs étroits et sa profondeur. Il n’y a pas de fenêtre ! Rien qui puisse rendre cette pièce aussi froide et pourtant. Je suis maintenant à moins d’un mètre et regarde avec insistance. Je vois ce que je n’aurais jamais pu imaginer. Mon visage, sur le tableau de MARAT ASSASSINE. Mon cœur s’emballe et se met à battre si vite que
 je ressens très fort les palpitations et ce froid qui me pénètre !
                                                        Il y a une feuille à côté de la bougie. Un message ? Vais-je enfin savoir ce qui se passe ? Une explication sur le mystère de ce tableau ? Je saisis la missive et lis. C’est la même écriture que sur mon invitation, toujours à l’encre de chine, écrit d’une fine plume « Ceci est l’image de votre mort » Je relève la tête, un coup de vent jaillit et me glace, la bougie s’éteint. Le noir, l’obscurité, je sens l’intérieur de mon corps se geler. Les os se détacher. Je m’envole, je sens que je me vide ou plutôt que je me détache. Je ne peux pas luter ! Je ne sais pas où je suis !
                                                        Seule la personne qui pourra savoir ce qu’il m’est arrivé est celle qui rentrera la prochaine dans cette pièce qui est……Le couloir de la mort.
                                                         Bienvenue…..

 

96.    Fernand Khnopff, La bruyère rose khnopff_bruyère


 Et la vie s'ouvre à moi…
Dans ce tableau, je vois la vie, avec tous ses choix, celui d'aimer ou de haïr, de prendre ou de laisser, de vivre ou de mourir; tous ces choix feront que nous prendrons des chemins différents selon notre décision qui sera peut-être la mauvaise ou pas…
La vie est pleine de clarté, de coins magnifiquement paisibles, comme celui-ci, d'étendues interminables qui nous font ressentir que nous ne sommes qu'un être parmi tant d'autres qui ont l'occasion de contempler un spectacle aussi merveilleux que celui que nous offre la nature, comme sur ce magnifique tableau.
Chaque mystère a sa clé mais encore faut-il la trouver. La vie est un mystère qui nous mène à sa solution, son secret est bien gardé et seul le destin connaît la vérité. Il se joue de nous et de notre vulnérabilité liée à nos sentiments qui peuvent nous élever très loin ou nous enfoncer très bas. Devant nous, la vie est immense et, une fois arrivé au bout, beaucoup se disent: "je recommence".
Les couleurs chaudes et lumineuses de cette œuvre me font penser à l'été dont on profite au maximum avant que l'automne n'arrive, c'est un peu comme la vie dont on ne profite jamais assez.
Ce chemin au beau milieu de la nature mène assurément quelque part mais où? Peut-être nous conduit-il à cette vie polluée, noircie par tous ces gens qui ont choisi des chemins en pensant uniquement à leur bien-être. La ville est probablement au bout, avec ses couleurs tristes de l'hiver, ses grands bâtiments, ses gens pressés, ses animaux perturbés, ses routes. Toutes ces choses qui rassurent l'être humain et qui font naturellement moins peur que cette grande étendue inconnue. Ce petit confort s'offre à eux, pourquoi le rejeter? Pourquoi ne pas en profiter? De toute façon, dans moins de cent ans, ils ne seront plus là pour constater les dégâts. Alors pourquoi se priver? La vie s'ouvre à moi, j'en profite.
Au bout du chemin, il y a la ville où tout le monde est pareil et où personne ne remarque personne, cette vie où personne ne sera là pour vous dire… que la mort était là.

 

97.    Albert Goupil Deux modèles sur une terrasse ORIENT 9

 

     J’étais parti avec Gérôme pour sa troisième expédition en Orient. Je me demandais comment vivaient les populations de ces lointaines contrées avec lesquelles nous avons longtemps commercé. J’avais envie de découvrir leur culture, leur coutume, et un profond désir d’évasion m’envahissait. Voilà ce qui je crois me convainc de partir à l’aventure avec mon beau-frère Gérôme, Famars Testas, Paul Lenoir, et quatre autres. Nous bouclâmes notre itinéraire en cinq mois, nous étions partis d’Alexandrie pour nous rendre à Beyrouth. Ce fut fort épuisant mais extrêmement enrichissant. Une anecdote m’a profondément marqué, nous étions arrivés dans un petit village autochtone où nous comptions passer la nuit et nous fûmes surpris par l’accueil chaleureux qui nous avait été réservé.
  En effet, un jeune homme et sa femme nous invitèrent dans leur humble demeure. Tout se déroulait à la perfection, nous avions discuté jusque tard dans la nuit, on s’instruit bien plus en dialoguant qu’en se battant comme nos ancêtres. Chacun d’entre nous s’occupait différemment, Famars rédigeait un journal de voyage, Paul un livre. Enfin au lever du jour lorsque nous sortîmes tous de la maison, je fus fort surpris. En effet quelle ne fut pas notre surprise de voir au coin d’un mur sur la route du marché, deux jeunes femmes, assises à même le sol, près d’une corbeille, les seins nus, le regard hagard.
       Je compris à ce moment la misère dans laquelle vivait une partie de la population orientale. Alors je pris une photo pour montrer à l’Occident que contrairement à l’idée que l’on s’en faisait, l’Orient n'incarnait pas la prospérité, loin de là. En effet avec le commerce des épices et autres, les gens pensaient que les populations étaient assez fortunées. Mais la majeure partie de la population était réduite à une vie très précaire.

 

98.    Xavier Mellery La chute des dernières feuilles d'automne mellery_automne


La toile peinte par Xavier Mellery représente trois femmes tombant d'un arbre et tentant de se raccrocher à une toile d'araignée.
L'illustration, dans sa composition, dans sa couleur, dans sa légèreté, dans sa féminité voilée, évoque déjà l'esprit Art Déco, pourtant apparu une vingtaine d'années plus tard. Peut-être est-ce la raison pour laquelle elle paraîtrait aujourd'hui tout à fait intégrée dans tout intérieur décoré selon cette vogue, très prisée actuellement. Il faut souligner également un autre aspect de la peinture, qui la place dans un genre actuellement prisé: ces camaïeux de couleurs sombres, cet effet de clair-obscur.
L'intérêt premier de l'œuvre réside dans la représentation de la femme: elle est le symbole d'amour, de légèreté et de tendresse.
La particularité du choix des couleurs me frappe. Elles s'assombrissent, ou plutôt, s'approfondissent, prennent des tons foncés, ceux du rêve et du silence. Il y a un rapport ainsi qu'un contraste entre l'ombre et la lumière.
En s'imprégnant de l'image, on ressent une certaine opposition entre la volupté et la sensualité de la femme d'une part, et une impression de mort, d'autre part.
Le peintre illustre la fin de l'automne par la clarté qui disparaît et laisse place aux couleurs sobres et sombres, les couleurs de la mort.
La toile d'araignée en arrière-plan, ouvrage élaboré de tisserand, beauté architecturale, évoque cependant un emprisonnement, une certaine "mise à mort". On descend dans les tons de camaïeu, du plus clair au plus foncé.
Jetons ensuite un coup d'œil à cet ensemble de formes noires dans le coin inférieur droit: est-ce une forêt lointaine et sombre, empreinte de noirceur, ou un château maléfique?
Sur le visage de ces femmes, apparaissent la tristesse et la peur, la certitude d'une fin imminente. Les femmes plissées, brunâtres, qui se meurent en virevoltant dans l'air.
Elles tentent désespérément de se raccrocher à la toile. Mais elles ne peuvent échapper à leur destin, fin d'une saison, d'une époque, fin d'une ère.

 

99.    Georges Lemmen, La plage d’Heist lemmen_ plage

 

 J’étais sur la plage. C’était un dimanche, une fin d’après-midi comme il en existe tant d’autres ! Je ne me trouvais pas là par hasard, je venais souvent peindre des portraits à cet endroit. La magie des lieux m’inspirait.
Je venais de rassembler mon attirail de peinture, il était l’heure de rentrer. D’ailleurs, je me sentais fatigué, vidé. J’avais bien travaillé mais le calme de la plage me pesa tout à coup. Je jetai un regard à droite, puis à gauche ; je regardai derrière moi, il n’y avait pratiquement plus personne sur le sable. C’était étrange, l’atmosphère me sembla soudain bien lourde, j’étais mal à l’aise. Ce n’était tout compte fait pas un dimanche comme les autres !
Je me levai, chargeai le chevalet sur mon dos, attrapai le sac qui contenait mes indispensables pinceaux et tubes de peintures, fis un pas puis deux avant de me raviser, attiré par l’horizon dont je ne parvenais plus à détacher mon regard.
Que se passait-il donc ? Les couleurs changeaient rapidement. Tout, autour de moi, devenait magique. Je m’assis quelques instants… puis m’allongeai. Les yeux écarquillés, je regardais le ciel. Comme c’était beau ! On aurait dit que la couleur dorée du sable s’y reflétait, que les nuages étaient des voiles aux reflets nacrés !
Vite, il fallait que je m’arrache de cette torpeur qui m’envahissait. Je devais immortaliser l’événement ! Oh, ce n’était bien sûr pas le premier coucher de soleil auquel j’assistais, ce n’était pas davantage pas le dernier mais celui-ci avait quelque chose d’indéfinissable, de particulier.
Je déballai à nouveau mon matériel. Il fallait que j’aille vite, j’avais l’impression que tout allait disparaître dans l’instant. Mais au fait, n’étais-je pas en train de rêver ? Et si non, allais-je pouvoir rendre les couleurs telles que je les percevais ?
Je me mis au travail. Mes yeux photographiaient en même temps que je peignais. Tout était si calme, si léger, si délicat!
J’étais heureux. S’ils revenaient maintenant, je remercierais tous ces gens partis quelques minutes auparavant de m’avoir laissé seul profiter d’un tel spectacle.
Les minutes filaient, les couleurs, au lieu de pâlir, s’intensifiaient. J’avais de plus en plus l’impression de me trouver dans un autre monde. D’ailleurs, étais-je toujours bien vivant ? Je finissais par en douter ! Je me pinçai, il fallait que j’en aie le cœur net. Et puis d’ailleurs, ce voilier échoué à quelques centaines de mètres de moi, que faisait-il là ? D’où venait-il ? Je ne l’avais pas encore remarqué. M’avait-il emmené dans cet autre monde ? Etait-il possible qu’il m’ait échappé ? Avais-je tout à coup perdu ce don d’observation qui caractérise les peintres ?
Mais non, j’étais bien vivant ! La mer, le sable, le ciel et les nuages étaient effectivement mon univers du moment. Pour le bateau, c’était autre chose ! Je dus me rendre à l’évidence, il n’existait effectivement pas ! Je l’avais ajouté, d’instinct, sans doute pour marquer un contraste ou pour rendre davantage mon impression de solitude.
Et puis ce fut le noir ! La nuit venait de tomber, brusquement. Je n’y voyais plus rien. Il ne me restait plus qu’à rentrer.
Je pris à peine le temps de manger, je voulais tout de suite me remettre au travail. Voir ce que je venais de réaliser et que je savais devoir améliorer.
Le trajet du retour m’avait permis de réfléchir. J’allais utiliser une technique capable d’exprimer ce que j’avais un moment ressenti. Ce paysage magique, j’allais le réaliser sur du bois grâce à la technique du pointillisme. Je devais me surpasser. Peu importait le temps que j’allais y passer.
Aujourd’hui, alors que la plage d’Heist est définitivement marquée de mon sceau, je me dis que je n’ai pas dû mal réussir à faire passer mon émotion. Certains de mes proches ont déjà vu le tableau et leur réaction est pour moi la plus belle récompense : ils restent là, figés, bouche bée. Quand ils reprennent leurs esprits, ils me remercient de les avoir aidés à s’échapper quelques instants de leur quotidien. Le rêve les a envahis comme il le fait à chaque fois que je regarde cette peinture.
Je ne sais plus me promener sur la plage sans penser aux couleurs perçues cet après-midi-là ! Rien n’est désormais plus pareil. La nostalgie m’envahit fréquemment. Je donnerais cher pour revivre un tel moment mais après tout, ce qui fait qu’un moment est précieux c’est sa rareté ! Et peut-être est-ce mieux ainsi !
Ce n’était décidément pas un dimanche comme les autres !

100.   Photographie de Véronique Vercheval V15



J’étais arrivée en Palestine le treize octobre 2003. A peine avais-je posé le pied sur le territoire que l’atmosphère m’avait semblé insupportable. Au loin, mais si proche de moi cependant – j’allais très vite m’en rendre compte – on entendait, à tire-larigot, des cris et des fusillades.
Je venais de franchir la ligne fatidique, la ligne imaginaire entre le Liban Nord et la Palestine, je me trouvais projetée dans un autre monde, un univers où sévissait la violence gratuite, stupide. Des frissons me parcouraient le dos, je sentais les gouttes perler sur mon front. La peur m’envahissait : où étais-je encore venue me fourrer ? Dans quelle galère allais-je vivre les jours à venir ? J’étais incorrigible. C’est à cet instant que j’eus une pensée pour mon père, Georges Vercheval. Il avait toujours secrètement voulu que je sois une photographe de renom, active sur le terrain, présente là où l’actualité nécessitait un reportage. Et bien cette fois encore je n’allais pas le décevoir.
Plus jeune, lorsque je m’offusquais des photographies dont il était l’auteur et que je trouvais horribles tant elles reflétaient une vérité que tout être civilisé (sans doute encore un peu fleur bleue dans mon cas) aurait voulu occulter à jamais, il me disait qu’elles étaient un mal nécessaire, qu’elles étaient la mémoire du temps, témoignages éternels de véritables combats auxquels se livraient les hommes dans certaines contrées (ô combien lointaines pour moi !) pour un bout de terre, une mauvaise parole, une fonction à occuper, une idée, un Dieu …
Il me trouvait « nunuche », se moquait gentiment de moi lorsque je refusais de regarder les photos de guerre qui jonchaient sa table de bureau. « Tu verras, me disait-il, un jour, comme moi, tu ressentiras le besoin de montrer le monde tel qu’il est, avec ses joies et ses peines, ses beautés, ses atrocités, ses absurdités ! ». Comme il avait raison, mon père !
Me voici donc, quelques années plus tard, foulant le sol d’un pays en guerre. La peur au ventre, certes, mais investie d’une mission : ramener à mon tour ces fameux témoignages dont j’entendais tant parler enfant.
Sac au dos, mon appareil photos en bandoulière, j’avançais dans cette ville hors du commun, déserte en apparence.
Le bruit des coups de feu m’impressionnait. Je regardais partout, je m’attendais à voir surgir un homme, civil ou soldat, poursuivant un malheureux, le mitraillant, s’acharnant sur sa dépouille une fois le crime commis.
Les maisons n’étaient que ruines. Ici et là des carcasses de voitures traînaient. Au loin, une ombre, puis une autre : des femmes, entièrement cachées dans des vêtements noirs, traversaient la route. J’aurais voulu les interpeller, leur parler mais je savais que cela était impossible. D’ailleurs, elles avaient déjà pratiquement disparu. Je ne voulais pas les perdre de vue, j’allais les suivre. Je sentais que cela pouvait être intéressant.
Et je devins moi aussi une ombre parmi les ombres. Je longeais les murs ou du moins ce qu’il en restait, j’enjambais les obstacles qui se présentaient à moi. Je filais de rue en rue, le plus discrètement possible. Je ne perdais cependant aucun détail de ce que je voyais : mon œil exercé de photographe était à l’affût de tout ce qui pouvait se révéler être un scoop.
Je tendais l’oreille, il me semblait entendre des cris d’enfants. La joie que je soupçonnais dans leurs babillages ne cadrait pas avec l’atmosphère. Etait-il possible que dans ce décor d’horreur des enfants puissent rire ?
Au détour d’un chemin, alors que je venais de perdre définitivement de vue mes guides fantomatiques, je me heurtai à un mur d’enceinte. On aurait dit qu’il avait été posé là par hasard. Il ne cadrait pas non plus dans le décor.
Etonnant ! Une porte bien visible (trop peut-être !) se présentait à moi. Je m’avançais, décidée à la franchir lorsque des militaires par dizaines apparurent comme par enchantement. D’où venaient-ils ? Décidément, bien des choses étaient bizarres depuis quelques minutes !
Photographe avant tout, j’enlevai mon appareil de sa gaine de protection. Quelques secondes me suffirent pour caler le bon objectif. Il fallait que je fixe sur la pellicule ce que je voyais. Les soldats avançaient sur moi, je n’étais pas trop rassurée.
Je pris une photo, puis deux. Je m’apprêtais à appuyer une nouvelle fois quand je sentis les uniformes me frôler. Allait-on m’arrêter ? Me jeter en prison ? Allais-je pouvoir me défendre, expliquer la raison de ma présence en Palestine ?
Et les militaires passèrent sans me marquer la moindre attention. Je me retournai, tendis le bras sans trop réfléchir aux conséquences possibles de mon geste. Je voulais toucher l’un d’eux, me rendre compte qu’ils existaient vraiment car je commençais à en douter. Un comble pour une photographe qui se vantait de pouvoir ramener des preuves !
Je ne sentis rien mais j’entendais distinctement le bruit des bottes et le cliquetis des boucles des ceintures. Et puis, je les voyais !
Les cris des enfants me firent tourner la tête. Ils étaient de plus en plus audibles et semblaient venir de derrière la porte. Qu’est-ce que tout ceci signifiait ?
La colonne de soldats fit encore quelques pas puis les hommes se déployèrent. Quelques minutes passèrent et ils étaient déjà figés devant la muraille. Ils la protégeaient manifestement mais de quoi ? De qui ? De moi ? Comme ils ne semblaient toujours pas faire attention à moi, je me décidai à avancer.
La poignée de la porte était immense, démesurée. Je la tournai et poussai la lourde masse.
De l’autre côté, je ne vis d’abord rien mais les cris me guidaient. Sous mes pieds, le sol changeait, ce n’était plus gravillons et poussières mais herbe grasse et verte. Un rêve. J’étais dans un rêve ! Je me laissais guider par les chants et les rires. Je sentais la présence des enfants mais je ne les voyais nulle part. Tout était si étrange ! Je m’arrêtai quelques instants pour respirer un peu d’air frais. Et dire qu’en venant ici je m’attendais à voir des cadavres à chaque coin de rue, à respirer la pourriture, la sueur et l’odeur de sang séché !
C’est à ce moment précis que je les vis ! Elles étaient cinq, dix, vingt… je ne parvenais pas à les compter tant elles étaient nombreuses. Elles couraient vers moi en riant, tendaient leurs bras, leurs mains, me racontaient des histoires que je ne comprenais pas – ah ! la barrière de la langue, comme je la maudissais !

Je saisis rapidement mon appareil, je voulais immortaliser l’événement. Je pris des clichés, puis d’autres. Les fillettes étaient de plus en plus pressantes, leur visage était si proche de l’objectif que je devais reculer. J’essayais de les contenir, de les calmer mais rien n’y faisait.
Leur joie faisait plaisir à voir. Elles touchaient tout ce qu’elles pouvaient, me déstabilisaient, me poussaient. Il en arrivait toujours plus, elles avaient mis leur robe du dimanche, elles étaient belles et propres.
La dernière pellicule était finie depuis longtemps maintenant mais je ne me décidais pas à partir. Les petites filles étaient toujours là mais ne semblaient plus faire attention à moi. Elles jouaient à la marelle, là, à quelques mètres. Les traces de craie, sur le sol, apportaient de bien agréables touches de couleurs. Je m’étais assise sur un petit banc et je les observais. Elles faisaient plaisir à voir. Une bouffée d’oxygène dans ce pays maudit. L’était-il d’ailleurs ?
Je me levai, il fallait que je retrouve la chambre d’hôtel réservée quelques heures plus tôt.
Les enfants ne me virent même pas partir. Je repassai la porte de la muraille. Il n’y avait plus de soldats mais le spectacle qui s’offrit à moi me fit reculer. J’étais cette fois bel et bien confrontée à la réalité, un attentat venait d’être commis, une voiture venait d’exploser quelques mètres plus loin. Les femmes hurlaient, certaines priaient ; les hommes couraient d’un coin à l’autre de la rue, ils aidaient les victimes à se sortir des décombres occasionnés par la bombe.
Je lançai un regard derrière moi. Plus rien, il n’y avait plus rien. Plus d’enfants, plus de rires ni de chants. Tout me semblait gris et sale.
Je courus sans me retourner, bousculai des confrères photographes accourus et prêts pour le scoop. J’allais sans doute passer à côté d’un reportage de première importance mais il fallait que je trouve refuge, que je m’isole pour penser à ce que je venais de vivre. J’aurais voulu prolonger la magie des beaux moments, j’aurais voulu que l’attentat ne vienne pas tout gâcher.
J’entrai dans la chambre d’hôtel et me jetai sur le lit en pleurant. Mon sac s’ouvrit et les pellicules roulèrent par terre. Je les ramassai, les rangeai précieusement et décidai d’écourter mon séjour en Palestine. Je n’avais qu’une envie, vite développer les photographies.


Lorsqu’ aujourd’hui je regarde cette photo, je sais que je n’ai pas rêvé. Je ne comprends toujours pas ce qui m’est arrivé, ni comment ni pourquoi ces enfants se trouvaient là, ni d’ailleurs où était exactement situé l’endroit. Ce que je sais, par contre, c’est qu’ils symbolisaient l’espoir d’un peuple.
Et devinez… le scoop, et bien je l’ai eu !
 

101.  Photographie de Véronique Vercheval V6

 

 L’aube vient à peine de se lever… J’entends distinctement chanter le coq du voisin. J’ai bien du mal à me tirer de ma torpeur. J’écoute la pluie tomber. La journée ne me semble pas engageante. « Il faut vivre maintenant » me répète-t-on sans cesse. Vivre ! Ce mot n’a plus grande signification pour moi aujourd’hui !
Quelqu’un frappe à la porte. Qui peut venir me déranger à cette heure ? J’hésite mais finis par me lever d’autant que les coups se font de plus en plus fort.
J’enfile un peignoir et je descends l’escalier quatre à quatre. Je m’apprête à faire sèchement remarquer à mon visiteur qu’il est bien grossier d’une part de se présenter, sans rendez-vous, si tôt à mon domicile et d’autre part d’insister de la sorte. C’est sans compter sur la surprise de découvrir, là, sur le seuil, un petit homme, noir de peau, presque nu, une hache sur l’épaule. « Toi prendre photo de moi » me dit-il aussitôt !
Qui est-il ? Que veut-il ? Comment se trouve-t-il là, devant moi ? Les questions s’accumulent dans ma tête mais je suis incapable de les lui poser. Je suis comme paralysée par cette vision on ne peut plus surréaliste !
L’homme fait un pas en avant. Je recule. Il entre dans la maison. Je le laisse faire. Mais que m’arrive-t-il ? Il n’a pas l’air méchant mais la hache qu’il ne lâche pas m’impressionne. On m’a toujours dit que je lisais trop de romans policiers, je suis soudain tentée de le croire car je me vois déjà coupée en tranches dans une mare de sang. Que me veut-il vraiment ? Je ne peux pas croire qu’il ne soit ici que pour une photo. Je me secoue un peu, j’essaie de me ressaisir.
L’inconnu m’a saisi la main. Il m’attire vers la pièce dans laquelle je reçois les gens qui posent pour moi. On dirait qu’il connaît l’endroit. Je suis troublée et ma passivité me fait peur.
Sans cesse, il répète « Toi prendre photo de moi ! ».
Je fais signe à mon visiteur d’aller se placer devant la toile de fond, là, dans un coin de la pièce. Comme un automate, je me dirige vers la table sur laquelle sont posés les objectifs. Au passage, je saisis l’appareil photos. Je suis surprise du calme qui règne dans la pièce. Je me retourne… plus rien ou plutôt plus personne. Le petit homme a disparu et je suis là, debout, les doigts crispés sur l’appareil.

Cette histoire n’est pas la mienne mais est le récit du rêve que fit très souvent l’une de mes amies, photographe elle aussi. La première fois qu’elle me l’a raconté, je dois dire que j’ai eu envie de rire mais je me suis retenue, par pudeur, parce que je savais qu’elle était fort marquée par la perte d’un ami cher, grand reporter, décédé dans l’exercice de ses fonctions au cœur d’un village reculé d’Afrique marqué par une sanglante guerre de tribus.
Mais revenons à ce qui vous intéresse, les circonstances qui m’ont amenée à prendre cette photo que vous admirez, paraît-il. Je me suis moi-même rendue au cœur de l’Afrique, il y a peu. Je voulais aller au contact des habitants, j’avais besoin de me ressourcer, de trouver d’autres formes d’inspiration. Et je l’ai vu ! Il se tenait à l’écart des autres, juste vêtu d’un pagne, une hache sur l’épaule. Il m’observait, inquiet.
Je me suis approchée. L’obstacle de la langue était bien réel mais une traductrice m’accompagnait. C’est elle qui figure là, sur la photo. Il a accepté de poser, elle aussi.
Je la tenais mon idée. Contraste de la couleur de peau, de l’habillement, de l’attitude. Deux mondes, l’un moderne et l’autre primitif… à moins que ce ne soit le contraire.
Il était fier, elle était impressionnée… par lui. Leur pose coulait de source. Il allait être le guerrier qui la protégerait, elle allait s’en remettre à lui. Et elle s’est accroupie, comme par instinct. Elle a levé les yeux vers lui, tirant du même coup la tête en arrière. Je leur ai demandé de ne plus bouger et j’ai immortalisé le moment.
Je ne savais alors pas ce qui m’avait poussé à prendre cette photo. Le développement du film m’a éclairé. J’avais réalisé ce qui aurait pu être la suite du rêve de mon amie.
Je lui ai offert la photo originale. Elle trône maintenant sur un meuble de son salon. « La boucle est bouclée ! » me dit-elle souvent comme soulagée d’un fardeau. Il est vrai que depuis, le petit homme noir n’apparaît plus dans ses rêves !

 

 

102.  Pierre Puvis de Chavannes (1823-1898) Jeunes filles au bord de la mer 1887 ORSAY22

 

Comme chaque jour depuis près de deux ans à la saison chaude, je me promène le long de la plage, mon carnet de croquis en poche. Je ne m’en sépare jamais. L’inspiration peut à tout moment me surprendre.
Là, à quelques mètres de moi, des fillettes jouent : elles construisent des châteaux de sable. Je souris en les voyant si bien s’amuser. 
J’ai un peu de temps devant moi, je décide de m’asseoir sur un rocher tout proche et de les observer.
Je sens mon regard se vider, mes pensées courir. Les cris des enfants semblent s’éloigner. Je secoue la tête pour me concentrer à nouveau mais à ma grande surprise, ce ne sont plus des petites filles que j’ai devant moi, ce sont des femmes, jeunes et belles, le torse nu. L’une d’elle, face à la mer, coiffe sa très longue chevelure, la deuxième est assise vers l’arrière, elle repose sur ses coudes et semble bien pensive. La troisième l’est encore bien davantage, elle est triste, cela se voit. Elle se tient à l’écart, est appuyée sur un imposant rocher et tourne le dos à la mer.
Je ne mets qu’un bref moment pour revenir de ma surprise. La transformation de ces enfants en jeunes femmes ne me paraît bizarrement pas anormale. Je trouve cela intéressant, au contraire. J’enfonce ma main gauche dans ma poche, mes doigts agrippent le carnet, je vais les croquer, ces demoiselles !
Quelques coups rapides, le crayon vole sur le feuillet, je prends des notes, couche les formes, marque les détails que je juge important. C’est là un travail préliminaire de grande importance ! La suite du travail se fera calmement à l’atelier.
Je suis impressionné par la prestance des jeunes femmes, on dirait des déesses. Je m’approche jusqu’à les toucher mais elles ne semblent pas faire attention à moi. Je les appelle doucement pour commencer puis plus fort mais sans résultat ! A croire que je suis invisible.
Que faisaient-elles là ? D’où venaient-elles ? Qui étaient-elles ? Le drapé du tissu qui entourait leur taille et couvrait leurs jambes flottait au gré du vent. Je me rends compte que des fleurs poussent sur le sable. Est-ce normal ? Je ne sais plus.
Un cri, des rires… les fillettes jouent toujours. Elles se sont rapprochées de l’eau et s’éclaboussent. Où sont passées les jeunes dames ? Je ferme brusquement le carnet, je suis maintenant pressé de rentrer.
En chemin, j’en viens à me poser des questions. A quel moment ai-je rêvé ? Qui des petites filles ou des demoiselles étaient réelles ? Je suis perdu, je transpire. Je m’appuie contre un mur, sort le carnet de la poche où je viens de le ranger et l’ouvre délicatement comme pour ne rien laisser échapper. Pas d’enfants sur les feuillets !
Je m’imagine devoir raconter mon aventure. Personne ne me croira, personne ne comprendra. J’entends déjà les ricanements, je sens les murmures dans mon dos : « Pierre Puvis de Chavannes est fou ! Vraiment fou ! Il a des visions ! ».
Je ne dois pas essayer de comprendre, tout à l’heure tout me semblait normal, autant continuer.
Je me décide à rejoindre mon logement. Un travail m’attend. Je vais la représenter cette vision. Et puis d’ailleurs, qui pourra affirmer que ce n’est pas la réalité ?

 

103. François-Joseph Navez, La Famille de Hemptinne  navez_hemptinne

 

Je me nomme François-Joseph Navez, je suis un « Carolo » pur souche comme on dit chez nous ! J’ai vingt-neuf ans et on me prédit déjà un véritable talent de portraitiste.
C’est vrai que j’ai depuis longtemps la passion des portraits, je suis doué, paraît-il !
Bien sûr, quand il s’agit de peindre des amis, c’est d’autant plus facile !
L’idée de coucher sur la toile mon meilleur ami, Auguste-Donat de Hemptinne, le cofondateur de l'Ecole de Pharmacie attachée à l'Université Libre de Bruxelles – rien de moins ! -et sa famille m’est venue quelque temps plus tôt, au cours d’un repas.
Tout a commencé par une boutade, Auguste m’a lancé un défi. J’étais leur invité et l’amour que cet homme porte à sa femme et à sa fille m’a toujours impressionné.
Au départ ; il était question de croquer la petite fille… encore fallait-il la faire tenir en place plus d’un instant ! Mission bien difficile car le petit ange est un peu capricieuse !
Auguste a beaucoup ri en me voyant d’abord essayer de l’attraper alors que sa fille courait autour des chaises et refusait de se laisser tirer le portrait !
Madame de Hemptinne s’est alors mêlée au jeu du chat et de la souris. La bonne humeur régnait dans la pièce.
Quant au bout d’un quart d’heure la fillette s’est laissée prendre dans nos filets, le tableau qu’elle formait avec sa mère m’a tout de suite donné l’idée du tableau que je vous présente aujourd’hui. Ce n’était pas le portrait de l’enfant que j’allais réaliser mais bien celui de cette famille unie dont les membres montraient tant de bonheur à vivre ensemble.
J’ai fait asseoir la femme de mon ami dans le fauteuil tout proche. Elle tenait l’enfant dans ses bras. J’ai demandé à Auguste de se joindre à elles. D’abord réticent, il a vite cédé sous la pression féminine. Il tenait un livre à la main, il l’a gardé. Il trouvait que ça lui donnait une contenance ! Il n’en avait pas besoin, en fait ! Le regard qu’il posait sur « ses princesses », comme il se plaisait à les appeler, avait pour moi bien plus de valeur.
Spontanément, la petite Julie a tendu la main vers son papa. Le tableau était idyllique. Il ne fallait plus bouger ! Il fallait que je mémorise rapidement mais correctement les détails du décor et des vêtements, les expressions des visages.
J’ai réalisé un croquis sur un bout de papier qui traînait, là près de moi. Madame de Hemptinne souriait, elle me faisait confiance, elle savait que j’allais prendre le plus grand soin à reproduire la réalité, leur réalité quotidienne. J’ai souhaité que cet instant dure toujours. Ils étaient si proches, comme indissociables !
Il m’arrive souvent de réaliser des portraits d’enfants – je m’exerce en effet à devenir « Quelqu’un » dans le domaine de la peinture – et je me plais à observer petits et grands lors de mes longues balades dans le parc, à les représenter dans leurs gestes les plus courants mais cette fois, j’ai senti que je tenais un sujet, un vrai.
J’ai promis à Auguste et à sa femme que le tableau serait un chef-d’œuvre. Je m’y suis engagé, je me devais de m’y tenir. La fillette voulait qu’il soit grand, bien grand … enfin, plus grand qu’elle ! Cela nous avait fait sourire. Mais j’ai tenu parole. Voyez aujourd’hui le résultat !
La famille de Hemptinne est souvent venue me voir pendant la réalisation de la toile. Au début, je voulais leur réserver la surprise mais la déception de l’enfant a eu raison de moi. Je la vois encore sautiller au milieu de mes croquis, de mes esquisses, de mes toiles et de mes tubes de peinture alors que les formes prenaient vie. Il était impossible de la calmer. Elle est si attachante, cette enfant, qu’il fallait que je lui fasse plaisir.
La toile est désormais terminée, elle est là, posée sur mon chevalet. Je vous vois la regarder, l’admirer et je suis content. Le résultat est encore meilleur que ce à quoi je m’attendais. Sans doute est-ce dû à la magie d’une vraie famille unie et aux valeurs que cela véhicule.

 

104. ThéodoreVan Rysselberghe, L’homme de barre, 1892  van_rysselberghe_pêcheur

 

 Année 1892 : mon rêve est encore de voyager, d’embarquer à bord d’un bateau, de partir loin, de traverser mers et océans, de m’évader tout simplement.
Je me présente, je m’appelle Théodore Van Rysselberghe et je suis membre de l’Académie de Bruxelles. Ce que j’y ai appris avec Jean-François Portaels, ce peintre reconnu que l’on considère déjà comme le fondateur de l’école orientaliste belge, je ne le renie pas, c’est d’ailleurs grâce à lui que j’ai déjà effectué deux voyages au Maroc, sources d’une merveilleuse inspiration.
Voilà six ans, j’ai rencontré Monet et Renoir au cours d’une exposition. Ce sont des impressionnistes et leur travail m’intéresse. Nous, Belges, travaillons le sombre et ils privilégient les tons clairs. Il y a aussi Georges Seurat ! J’ai vu son œuvre intitulée « Un dimanche après-midi à la Grande Jatte ». Quelle technique intéressante que celle du pointillisme ! Et puis, il y a surtout Paul Signac, mon ami, dont la passion pour la mer est à ce point contagieuse qu’il influence pas mal de mes travaux.
Quelle chance de les avoir tous un jour rencontrés ! La manière dont j’approche désormais mes toiles a décidément bien changé. J’ai ainsi réalisé de nombreux paysages et des marines. Les couleurs y sont désormais claires et j’attache un soin particulier à la lumière.
Mais revenons à mon envie de voyages. Hier encore j’ai fait un rêve, le même que les jours précédents. Je me vois embarquer sur un grand et beau bateau, être accueilli par un capitaine au visage balafré, un singe sur l’épaule (bien que j’aurais préféré un perroquet comme celui que j’imagine accompagner les vrais capitaines pirates !) Je me vois voguer au gré des mers et  obéir aux pirates sous les ordres desquels je travaille depuis peu. Je m’imagine être l’un des maîtres des océans, récupérer le butin que nous cèdent plus ou moins facilement les bateaux ennemis. Je suis riche et puissant lorsque je me réveille en sursaut et que tout mon univers d’aventurier peu fréquentable des mers s’écroule.
Je dois naviguer ! Ne pas vivre pleinement ma passion devient insupportable. C’est donc sans hésiter que je viens d’accepter d’accompagner Signac,  de Toulon à Bordeaux à bord de son joujou du moment, son yacht, « L’ Olympia ». Nous traverserons le canal du midi, au gré du vent et des tempêtes que nous rêverons très probablement. J’emmènerai mon matériel de peinture, je ne voudrais pas oublier le moindre détail de cette traversée. Je suis certain de vivre une nouvelle et bien riche expérience !
Je sens que ce petit voyage va être une magnifique source d’inspiration ! Le maniement de la voile reste en effet  pour moi bien mystérieux. Rien n’égale la magie de l’endroit, le bonheur ressenti au beau milieu de cette étendue d’eau, tantôt bleue, tantôt verte, bercé (voire bien secoué, je l’avoue !) par le roulis des vagues.
Mais il faut que je me prépare. Si le tableau est réussi, je l’offrirai à Paul, en souvenir.
 

105. Ernest BeneckeCrocodile mort sur une cange sur le Nil Orient 10

 

Comment en suis-je arrivé là ? Pourquoi donc ai-je grimpé sur cette cange ? Je ne me méfiais pas. L’odeur du sang de gazelle m’avait attiré et je n’avais pas vu ces hommes cachés au bout de la barque. Avant même que j’aie compris ce qui se passait, l’un d’eux avait bondi, braqué sur moi un long objet… La foudre m’avait alors transpercé, allumant un brasier qui m’avait brûlé, me brûle encore les entrailles. En même temps, un tonnerre dont l’écho résonne au tréfonds de mon être avait éclaté à mes oreilles.
Horus ! Un poison s’est infusé en moi et me consume lentement de l’intérieur. Ma carapace d’écailles ne me protège plus désormais. Le mal est en moi.

Comment en suis-je arrivé là ? Je ne comprends pas…
Je suis ou, du moins, j’étais le dieu Sobek, le dieu crocodile, maître du Nil, craint et respecté depuis l’aube des temps.
Dans les civilisations précolombiennes, j’étais le Créateur, celui qui avait fait surgir le monde de la mer originelle, celui par qui la vie arrive, celui aussi qui, des grains jetés par les hommes dans la terre noire et stérile, faisait naître des plantes bienfaisantes et bonnes à manger, apportant aux humains la force et la santé.
Les Cambodgiens me vénéraient au titre de souverain du Royaume de l’ombre. Lorsque l’un d’eux quittait la vie, on brandissait ma bannière en tête de la procession funéraire afin que je guide son âme vers le Monde des morts.
Bien d’autres civilisations me vénérèrent ainsi. Cependant je reste avant tout le dieu du Nil et les Egyptiens furent mes plus fidèles serviteurs. De nombreux temples furent élevés à ma gloire. Là, mieux que nulle part ailleurs, j’étais dieu. L’odeur âcre de l’encens se mêlait aux senteurs suaves du jasmin ; au son des flûtes et des lyres, des danseuses tournoyaient gracieusement, faisant tinter à chacun de leurs mouvements les lourds bracelets qui emprisonnaient leurs chevilles et leurs bras. Leurs fines tuniques de lin s’envolaient avec légèreté, laissant transparaître leurs corps sensuels de jeunes filles. Les prêtres psalmodiaient des chants graves et longs qui pénétraient chacun au plus profond de son être. Alors, tous se mêlaient à la prière, la musique s’intensifiait, les danses s’accéléraient, la passion brillait dans les yeux couleur nuit soulignés de khôl avec autant d’éclat que les perles accrochées aux chevelures d’ébène. Des cœurs de tous, prêtres, danseuses, mus
 iciens, spectateurs, s’élevait vers moi une intense prière. J’étais dieu. Totalement. Incontestablement. Oui, j’étais immortel, et pourtant je me meurs !

Comment ai-je pu en arriver là ? Je suis étendu sur une vieille cange, la chair labourée. Je me vide de mon sang. J’ai en moi cette douleur lancinante qui m’empêche de faire le moindre mouvement. De toute façon, que pourrais-je faire à présent ? L’air me parvient de plus en plus difficilement. C’en est fini de moi ! Horus, j’ai peur ! Je souffre trop ! Ne m’abandonne pas, ô toi mon éternel compagnon, toi avec qui on m’a si souvent vénéré. Toi, qu’es-tu devenu ? Pourrais-tu m’expliquer ce qui m’arrive ? Les hommes ont changé. Ils m’aimaient et me craignaient et voilà qu’ils viennent de m’infliger la plus atroce des douleurs…
Que sont devenus mes fidèles ? Cet homme qui s’approche a un teint pâle qui ne ressemble en rien à celui de mes serviteurs dont la peau avait l’éclat de l’or. Que fait-il ? Il pose devant moi une étrange chose qui repose sur trois pattes grêles et dont l’unique œil rond est braqué sur moi. Que me veulent-ils ?
Horus ! Je souffre trop ! Viens à moi ! Ma vue se brouille, je n’ai plus d’air…
Un bruit sec éclate à mes oreilles et une lumière blanche m’aveugle…
— Horus… est-ce toi ? Suis-je enfin mort ?

 

106. Félicien Rops : "Dimanche à Bougival" rops_bougival


A l'avant-plan se trouvent un rocher, une barque et un arbre. Rops a décidé de ne pas nous mettre en face à face direct avec les personnages de la toile mais de nous présenter, avant tout, le cadre apaisant d'un bord de Seine, ce qui crée, en plus, une atmosphère intime et nous donne aussi un sentiment de voyeurisme car le spectateur est comme caché derrière cet arbre.

Au beau milieu de la peinture, sur le rocher, au centre, est assise Léontine Duluc, une compagne de Rops, elle se déshabille hâtivement pour aller se baigner dans le lac situé à sa gauche. Léontine nous dévoile son sein droit, elle est peu habillée et notre regard s'attarde sur ses belles courbes. Face à elle se trouve Aurélie Duluc, sa sœur, couturière comme Léontine. Nous voyons son dos, ses doigts de pieds trempent déjà dans l'eau. Elle porte un petit chapeau en osier tressé. Toutes deux ont un chignon dont quelques mèches retombent sensuellement sur leur nuque dénudée. Aurélie porte un maillot noir qui met ses courbes en valeur. Léontine est en train de retirer ses bas. Leurs vêtements sont éparpillés sur le rocher. A gauche du tableau, un homme les observe, caché derrière quelques arbres. Son corps est légèrement recroquevillé, il porte un pantalon clair et un veston foncé.

Il y a une comparaison flagrante entre cette oeuvre d'art et un passage d'une oeuvre littéraire. En effet, je pense que Félicien Rops a très bien représenté le moment où, dans "Au Bonheur des Dames" d'Émile Zola, Denise passe un dimanche avec son amie Pauline à Joinville, bien qu'elles ne se soient pas baignées lors de leur après-midi. Les sentiments qu'éprouvent ces quatre femmes sont totalement identiques : elles ont eu une semaine difficile, elles ont dû faire face à la pression infligée par leurs premières et les clientes. Ce qu'elles éprouvent, c'est l'euphorie et la joie d'être libres, au moins un après-midi. Ce moment-là, personne ne leur volera et pourtant, ici, un homme les observe tout comme dans "Au Bonheur des Dames", l'amant de Pauline est présent.

Au troisième plan nous nous évadons réellement vers la lumière, en un mélange pastel, de bleu et de rose, notre esprit peut se relaxer, laisser libre cours à notre imagination. Nous n'avons pas à regarder ce ciel merveilleux car c'est lui qui nous pénètre et nous envahit totalement, à peine nous posons les yeux sur cette peinture.

Enfin, on en oublie tout ce qui a bien pu se passer ce lointain lundi, ce triste mercredi, ce jeudi morose et ce long samedi pour ne penser qu'à ce doux et merveilleux "Dimanche à Bougival".

 

107. Fernand Khnopff, Bruges khnopff_bruges

 

 « Quand j’ai peint ce tableau, je voulais qu’il ait l’air d’une photographie mais avec le changement de vision que j’avais.
Pourquoi elle ?
Parce que ça faisait longtemps que je ne l’avais plus vue et qu’elle me manquait horriblement. Je voulais qu’elle ait l’air d’un songe, qu’elle soit mélancolique, comme je l’étais quand je l’ai quittée.
C’est pour cela que je l’ai ensevelie sous une brume brune.
Cela lui donnait en même temps un aspect inquiétant, spectral… On dirait qu’elle n’a pas d’âme et on se demande même ce qui pourrait troubler sa solitude, son calme.
Peu m’importait quelle partie d’elle je peignais car je l’aimais sous tous ses angles. Mais je voulus mettre à ses pieds une étendue d’eau, même s’il n’y en eut jamais.
Cette nappe mouvante devait représenter ma tristesse, toutes les larmes que j’ai versées en pensant à elle. Je ne dis pas que je n’ai aimé qu’elle et que les autres me répugnent. J’en ai aimé des tas d’autres mais c’était ma préférée… »
C’était Fernand Khnopff interviewé par A.Van Been, du journal "Bruxelles capitale". Il parlait de la ville de Bruges, héroïne de son tableau "Une ville abandonnée".

 

108. La bruyère rose de F.Khnopff khnopff_bruyère


La bruyère rose, ce nom vous évoque-t-il quelque chose ? Je l’ai découverte sur le Net , le plus grand musée de notre siècle. Dans la galerie Khnopff, je me suis arrêtée pour contempler cette toile colorée. Du peintre, je ne connaissais rien si ce n’est le symbolisme de ses dessins. A mi-chemin entre la terre et les cieux, cette peinture fut un régal pour mes yeux.

D’un point de vue divin, je surplombais le paysage. Je me sentis transportée par cette nature d’où émanait la sérénité. Cette aquarelle me semblait sans limite. Le tableau ne fixait pas le paysage, il le laissait s’étendre au-delà de la ligne d’horizon.
Un arc-en-ciel se diluait sur le sol, ses couleurs se fondaient doucement. Du vert au rouge, du rouge au vert, mon regard chavira. L’écarlate délavé était tacheté d’espérance et l’émeraude souillée de sang : quel curieux mélange ! Deux couleurs que la vie oppose unissaient leurs teintes. A l’horizon, elles s’éclaircissaient. Le rouge tendait au rose et le vert engendrait le bleu.
Cette immensité était partagée par un sentier de lumière. Un rayon solaire s’était abattu sur le plateau. Sinueux, il se perdait en des confins lointains. Une tache rouge accentuait le premier virage du chemin. J’imaginais que jadis un bain de sang avait dû troubler cet endroit paisible et était resté gravé à jamais dans les reflets des bruyères et des genêts.
Le ciel, dernier élément de cet infini, était embué de nuages gris clair qui devaient dissimuler un soleil lointain. Le fond céleste était un mélange de bleu pastel et de blanc, couleurs virginales. La froideur de cette combinaison s’opposait à la dominante chaude du sol.

Quel génie de la composition, ce Khnopff !
Cette aquarelle est une pure merveille qu’il serait dommage de ne pas contempler…

 

109. Canaletto Le Pont du Rialto Italie (8) 

 

 Un jour de blues, j’ai décidé de partir pour Venise, la Sérénissime   République aux XVe-XVIe siècles, dans l’espoir d’y retrouver ma propre sérénité.   J’ai donc préparé mon sac à dos et pris le train de nuit pour arriver aux  premières lueurs de l’aube qui rendent cette ville très attirante et paisible. 

 A peine arrivée, je me suis installée à la terrasse d’un café situé au bord   d’un canal où j’avais tout à loisir d’admirer les plans successifs soit : les gondoles,   la petite place, le pont du Rialto et enfin l’horizon.

Au fil des heures qui passaient,   la ville se réveillait.

Au fur et à mesure, le canal s’agitait avec l’arrivée de   plusieurs gondoles ; le pont du Rialto qui prenait vie avec les premiers passants,   émerveillait ma vue. Le soleil réchauffait les façades des maisons en les teintant   de couleurs chaudes tellement accueillantes, variant de l’ocre au brun orangé. Le   reflet du ciel bleu dans l’eau du canal lui donnait par endroit des couleurs froides,   allant du bleu au vert, et se mêlant aux reflets rosés des maisons. Le soleil qui   s’infiltrait sous la voûte du pont, en précisait la courbe et accentuait sa grâce   majestueuse. Mon regard se tourna un instant du côté de la petite place qui   s’animait gentiment, les  touristes s’y amassaient,voulant prendre une gondole pour une   romantique balade sur les canaux, souvenir inoubliable de Venise, ville des amoureux. 

 Pendant que je savourais mon « ristretto », mon esprit quitta un instant la   magie dans laquelle je me trouvais pour s’envoler au musée du Louvre   à Paris, où j’avais eu l’occasion d’admirer une peinture qui m’avait fascinée et   dont le peintre était Canaletto. J’ai alors pu retracé les différentes lignes de   construction qui rendaient réel ce tableau dans ma mémoire.  De retour à la réalité et après m’être imprégnée de ce merveilleux paysage,   j’ai décidé de continuer ma balade à l’intérieur de Venise, ville m’apportant   bien-être et réconfort.  Lorsque j’ai des moments de blues, je repense à ce périple qui reste à   jamais gravé dans ma mémoire et qui me redonne force et courage.   

 

110. Eugène Delacroix Etude d’une esclave égorgée louvre(7)



Cette étude d’une esclave égorgée d’Eugène Delacroix est un dessin préparatoire pour le célèbre tableau « La Mort de Sardanapale » qui fit scandale à l’époque. C’était  le début du Romantisme .Dans cette étude,au sujet figuratif et profane, Delacroix a représenté une femme nue avec juste un voile tombant au niveau de son genou. L’artiste nous transmet le sentiment d’impuissance face à la mort, à travers cette esclave tombant inéluctablement.             
On aborde l’ image par un angle en contre plongée, comme si la femme s’écroulait vers le spectateur. Cela ne nous empêche pas de voir son corps dans son intégralité.
Ce travail sur l’esclave égorgée ne comporte qu’un seul plan -la femme- et nous fait deviner deux hors-champs. Celui où elle va tomber (vers le spectateur) et celui d’où elle part (d’où elle a reçu le coup qui la projette vers nous). La femme est en train de tomber. Malgré cela, il y a une certaine harmonie dans l’œuvre, peut-être due à la rondeur des traits. Si l’on prête attention, on observe que le bras et le reste du corps, en partant de l’épaule jusqu’aux pieds, forment un ovale dirigé vers le haut de l’image. Beaucoup de lignes sont en diagonales tels que l’avant bras ou le buste, le cou et la tête ou encore les pieds et tout cela va en direction du coin supérieur de droite du tableau. Tout les traits de sanguine et de pastel ont étés donnés dans le même sens et restent apparents, cela nous oriente toujours dans la même direction. C’est à dire vers le centre visuel de l’œuvre qui est évidemment le corps de la femme, mais en particulier  sa tête qui ressort (clair entour
 é de foncé). Ce qui dirige aussi notre regards vers la tête, ce sont les traits et les lignes de construction de l’œuvre.
La facture  semble lisse et régulière, bien que l’artiste ait exprès laissé les touches de pastel apparentes.
L’effet créé par la lumière et par les ombres nous donne l’impression de profondeur. La lumière, elle, semble provenir d’où on regarde l’image. Comme si la lumière du monde réel allait éclairer à l’intérieur de l’étude. C’est une sorte de troisième hors-champ, car la lumière arrive de l’endroit où se situe le spectateur. L’éclairage est tamisé, presque artificiel. Étonnamment, l’ombre n’est pas noire, mais bleue. D’ailleurs, la gamme des couleurs se limite au bleu, au beige et à un tout petit peu de rouge. Les cheveux sont bleus et la peau est beige, bordée de rouge et agrémentée de reflets bleus. Cet ensemble nous renvoie aux couleurs froides. Cela donne un effet de pâleur, de lividité. Eugène Delacroix suggère ainsi une impression d’agonie, de froideur mortelle. Je pense que les lignes des contours sont dessinées en rouge par souci de faire ressortir le corps bleuté de l’esclave, parmi les bleus du reste de l’image. Le fait de mettre du bleu sur le corps de la femme, nous r
 appelle la froideur d’un corps en train de mourir. La mort de cette esclave est tragique, le femme baigne dans un climat de violence et de sensualité. Tous ces mouvements sont calmes, nobles, posés et lents. Tellement lents que l’on dirait qu’elle est suspendue dans le temps.
C’est une image belle dans le tragique, noble dans l’ignoble de la mort et qui laisse à réfléchir sur la condition humaine face à la brutalité d’un meurtre.

111. Léonard de Vinci Tête de jeune femme louvre(31)


Le regard noyé dans les larmes
Plus rien n’a de charme
La vie n’a plu de sens
Quand elle laisse place à l’indifférence

Pleurer n’a jamais rien arrangé
Mais s’en priver ne ferait qu’aggraver
Les instants de détresse
Que chaque être humain traverse

Son visage paraît s’être figé
Sa bouche semble ne plus retrouver
Ce sourire qui l’animait
Et qui lui donnait un air si parfait

Pire que l’absence
Le manque s’octroie une place importante
Dans le cœur des survivants

La tristesse ne peut être retenue
Malgré des efforts soutenus
Mais mieux vaut craquer
Que de se laisser aller à sombrer

Le souvenir de bons moments passés
Pourra certainement atténuer
Ce sentiment de solitude
Afin de le transformer en sensation de plénitude

Comment réussir à compenser
Ce besoin d’affection
Qui n’arrive à s’effacer
Suite à cette tragique disparition

Car rien n’est plus insurmontable
Que la perte d’un être cher
Qui se trouve être son père

 

112. Georges Lemmen : Plage d’Heist lemmen_ plage


Il y a longtemps, quand le diable avait encore des culottes courtes, enfin…. Une fin d’après midi de l’été 1891, me promenant sur le rivage de la plage Belge de Heist, j’aperçus, tel un flash, une image que je me souvenais avoir vu quelque part. Cherchant avec insistance dans ma mémoire j’eus soudain une illumination : je l’avais vu dans mes rêves ce paysage paradisiaque ! Courant jusqu’à mon domicile, d’une vitesse qu’aujourd’hui je ne pourrais plus imiter, je partis chercher mon outillage de peintre, passe-temps dont j’essayais de vivre, bien que mon métier de décorateur me fût indispensable pour subvenir à mes besoins.
Arrivé au lieu de mon émerveillement, je déballais mes affaires et m’installai dans les plus brefs délais.
Je fus enfin paré.
Je choisis finalement de privilégier les couleurs et utilisai alors la technique du pointillisme afin de matérialiser mon rêve. Je faisais défiler mes couleurs et choisis des couleurs chaudes et accueillantes. Ainsi le ravissant coucher de soleil qui ornait le ciel se transformait en ciel multicolore et son nuage à la forme originale, tel un peigne coiffant la simplicité du ciel. Le sable quant à lui se confondait à la mer par sa brillance et ses reflets, mais se différenciait de par sa couleur dominante jaune d’or. Et la mer coulait dans le ciel avec un dégradé progressif partant du bleu au jaune orangé. Je réussis alors à créer une unité au sein du tableau à l’aide de traits confondus.
La technique pointilliste donnait à mon œuvre une brillance qui me semblait appropriée à cette endroit magique.

 

113. Daguerréotype, anonyme, sans date  daguerreotype



Me voilà maintenant seul dans cette pièce, livré à moi-même, avec pour seule arme mon crayon et mon papier. Ils m'ont dit de ne dessiner que la forme, ils feront le reste. Quelle idée ! Un artiste fait tout ou rien. Ce n'est pas chacun sa partie, chacun son boulot. L'oeuvre est l'artiste, ils sont indisscociables, on reconnaît l'artiste dans un objet d'art, c'est ce qui fait son attraction, sa beauté, son style. C'est son caractère, sa profondeur. Un tableau est une personne, c'est ça qu'ils refusent d'accepter. Et cette personne n'a qu'un père, naturellement. Si plusieurs personnes y concourent, ce n'est qu'un amoncellement d'idées de tout bords, rien de beau, de vivant, pas une création, juste une fabrication.
Quels barbares ! Ils osent s'appeller cultivés et amis des arts. Ce ne sont que des aveugles. Que croient-ils ? Il suffit de m'enfermer dans cette pièce, me promettant la vie si je leur "dessine" quelque chose à leur goût, et la mort si mon oeuvre, celle d'un artiste indépendant comme moi, leur déplaît ? Ce ne sont que des ignares, ils n'ont compris à l'art que leur propre vision des choses. Je vais prostituer mon pinceau, mon trait, ma ligne, ma courbe, mon intégrité de créateur pour satisfaire ce désir de pseudo-mécènes ? Si je réponds à leur cahier des charges, ils salueront mon génie pour une oeuvre que je detesterai moi-même, et j'en mourerai. Autant mourir tout de suite alors, de ma propre volonté. Je vais au suicide en créant, c'est drôle. Mais il ne sera pas dit que je me suis vendu.
Mais, je vous le demande, commet créer quelque chose de convenable avec ce matériel ? Quel sujet ! Une femme ! Que faire de ça ? Je veux une pomme, une chaise, un mur, ou bien même rien du tout, mais quelque chose d'expressif. Que peut-on faire d'un tel modèle ? La nature n'a fait pas fait les femmes pittoresques, elle les a faites pinaillantes, piégeuses, pire que les hommes. Cette créature n'a de femme que le nom, pour moi ce n'est pas une personne, elle fait partie du décor, comme tous les autres objets l'entourant.
Mais cette femme-là a quelque chose de spécial. D'étrange, d'attirant, de décalé. Pourquoi pose-t-elle son sein en dehors de son vêtement ? Elle croit me séduire, moi, qui n'ait pour amour que l'art ! Pourtant elle m'envoûte, me fait un effet bizarre. Je sens que sous son charme mon crayon se dresse tout seul, et obéit à un ordre naturel, sans que je n'ai besoin de lui ordonner, il laisse couler l'encre et le plaisir m'envahit en créant.
J'ai compris ! Quelle prétention de se prétendre artiste, peintre, dessinateur du monde. Quelle idée d'observer par une paire d'organes déficients, la beauté se trouve en nous. Le Beau ne doit pas venir à nous, c'est nous qui le trouvons en nous, réprésenté dans l'oeuvre. C'est notre idée du Beau qui rend l'oeuvre magnifique. Il suffit de montrer, de reproduire la nature, seul le vrai esthète pourra comprendre où se trouve l'interêt de la chose. Comprendre la beauté, pas la trouver. Je n'ai qu'à mettre en valeur ce qui fait la beauté de notre monde, tout en redonnant exactement la même image que nous offre la réalité. Ils comprendront, j'en suis sûr. Il faut juste qu'ils voient où se trouve la perfection, il faut qu'ils sentent, qu'ils observent, qu'ils soient pénétrés par l'oeuvre, et non qu'ils cherchent à pénétrer eux-même le tableau. Alors ils auront devant eux la chose la plus aboutie jamais créée. Et pourquoi mettre un cadre ? Ce ne serait que détourner le regard du "!
 lecteur" du tableau. Je demanderais à ce qu'on le laisse nu. Ils m'obéiront, ils ne pourront rien me refuser après avoir vu ce que j'aurais fait. Me voilà artiste accompli. Je voyagerai, adulé, mes oeuvres se vendront partout, à tel prix qu'elles feront couler le marché de la culture. Mon nom sera connu partout, et jamais oublié !