Concours "des mots pour voir"
session 2004
Textes en français langue maternelle
catégorie A (de 14 à 16 ans et demi)
PREMIERE SERIE
1 à 113 Textes reçus avant le 5/3 /2004
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1. Georges de La Tour La Madeleine à la veilleuse -louvre (27)
LA VIE
La tristesse que reflète cette image provient du regard de cette jeune femme.
Enfouie dans ses pensées, isolée, elle songe.
Quel est le problème qui la tourmente et quelles solutions cherche-t-elle ?
Tant de questions doivent s’enchaîner dans sa tête ! Tant de questions qu’on se
pose à soi-même.
Cette jeune femme a l’air d’être enceinte, son ventre est rond, et sa main
posée sur un crâne humain nous indique bien l’éternelle question de la mort et
de la vie, dont nous craignons tant la réponse.
Doit-elle abandonner son enfant ? est-elle trop jeune ? son entourage la
condamne-t-elle ? son compagnon la renie-t-il ? La vie ou la mort, tant de
questions obscurcissent son esprit.
C’est comme si « La Madeleine à la veilleuse » a la mort dans l’âme. Quelle
lourdeur dans son regard ! Comme si son âme était épuisée.
Elle est source de vie, pourtant la mort la guette. Les deux opposés sont
présents. C’est de là que naît cette sorte de neutralité où mort et vie
s’enlacent sans se combattre. C’est pourquoi la jeune femme ne sombre pas et
c’est pourquoi elle est là et ne peut rien faire d’autre que de veiller.
Elle qui pourtant devrait respirer la jeunesse, la beauté, l’envie de vivre,
n’est malheureusement rien de cela. Tout au contraire, elle est symbole de la
femme muette, celle qui ressent tout, mais retient ses sentiments en son cœur,
se montre toujours sereine, car,elle le sait bien, la Mort est là qui commande.
La gamme de couleurs est très restreinte : blanc, blanc cassé, brun, brun foncé
et clair, beige et rouge.
« Le blanc est comme le symbole d’un monde où toutes les couleurs se sont
évanouies, le blanc sur notre âme agit comme le silence absolu, la totale
neutralité », comme la paix que Madeleine voudrait qu’on lui accorde.
Le rouge est une couleur essentiellement chaude qui agit intérieurement comme
une couleur débordante d’une vie ardente et agitée sans tout ce qu’elle
voudrait ressentir.
Le brun foncé qui vire au noir, la tristesse, la haine, le noir est la couleur
du deuil, de l’affliction, le symbole de la mort, tout ce qui l’entoure, qui la
fait sombrer, mais il y a là au fond une lueur d’espoir qui la fait tenir.
Le titre : « La Madeleine à la veilleuse » nous révèle encore une fois la
tristesse, celle qui tous les soirs s’isole pour pleurer, qui veille à ce que
tous les soirs se reproduise cette même tristesse.
Pourquoi le peintre avait-il tant de mélancolie en lui ? Peut-être qu’il venait
encore une fois de perdre un enfant, et qu’il lui dédiait ce tableau ? Cela,
personne ne peut le savoir, pas même les grands spécialistes, car jamais nous
ne pourrons savoir ce qui se passe dans le cœur ou dans la pensée d’un être
humain, même si à la base nous sommes tous pareils.
J’ai choisi cette magnifique œuvre, car elle donne énormément, et décrit un
moment de la vie de chacun. Chaque personne, qu’elle soit riche ou pauvre,
malade ou en bonne santé, populaire ou non, a son moment de joie, de bonheur,
de colère.
J’ai choisi cette image, parce que je trouve qu’elle me décrit. Quand je
l’observe, j’ai l’impression de me voir. Les soirs où je me retrouve dans ma
chambre en ces moments où j’ai le temps de réfléchir, de m’isoler, je suis
plutôt triste, triste de ma journée, triste pour les enfants malades qui n’ont
pas encore connu le bonheur, triste pour ces grandes stars qui sont obligés
d’être ce qu’ils ne sont pas pour plaire aux publics, triste pour ces riches
personnes qui ont toujours tout eu car jamais ils ne connaîtront la fatigue d’une
longue journée de travail et la joie de retrouver sa femme et ses enfants.
C’est donc ces soirs-là que je me sens concernée par les problèmes des autres
personnes sans pouvoir les aider car, comme « La Madeleine à la veilleuse », la
neutralité doit régner.
Comme si toutes les deux, nous étions dans un énorme tunnel tout sombre
avec des lumières aux extrémités nous permettant de tenir le coup,
mais, toujours, sans pouvoir avancer.
2. Edgar
Degas Le défilé, dit aussi Chevaux de courses devant les tribunes - Orsay 10
Lorsque je regarde cette peinture, je ressens d’abord l’adrénaline monter petit
à petit dans mon esprit ; je sens l’excitation de ma monture sous la selle de
cuir brillant. Des murmures dans le public se font entendre plus le départ est
proche. Mais, étonnamment, il règne aussi beaucoup de sérénité dans cette
scène, comme si le calme et le silence en faisaient partie.
En effet, les chevaux sont représentés presque au repos. Les montures, exceptée
celle située au centre du tableau qui, elle, s’emballe, ne nous laissent
percevoir qu’un léger dandinement, subtilement suggéré par l’artiste.
Celui-ci accentue les ombres sur le haut des postérieurs alors que les jambes
paraissent statiques, c’est ce contraste qui donne à la fois cette impression
de mouvement et d’immobilité. À ce propos, le titre du tableau, « Chevaux de
course», peut surprendre. En effet, des chevaux de course devraient être
représentés en pleine action. Or, Edgar Degas s’est montré très original en
peignant ses montures au pas. Aussi le titre « Le défilé » convient-il
beaucoup mieux à l’allure des chevaux et aux impressions suggérées.
Il est peu commun que les principaux éléments d’un tableau soient représentés
de dos. L’artiste veut ainsi nous faire entrer dans sa peinture et participer à
l’action. En effet le spectateur, placé en contre-plongée, est attiré par la
perspective ascendante de la scène et souhaite s’y intégrer. Il s’imagine alors
participer au défilé en tant que prochain cavalier. La piste s’ouvre devant lui
dans une longue perspective rectiligne, son œil est conduit en direction du
seul cheval en réel mouvement. Cette figure centrale ne peut que l’attirer, le
reste de l’image représentant des figures statiques.
Le tableau est réalisé majoritairement dans les tons beiges ; le ciel est
constitué de tendances grises et bleuâtres, les ombres des chevaux
accentuent le caractère voilé, plutôt sombre de l’atmosphère générale. Les
seules taches de couleur apparaissent dans le public et sur les tuniques des
jockeys. Après l’excitation du premier moment, le spectateur ressent
alors une certaine mélancolie. Celle-ci est due à l’opposition de deux températures
de couleurs : chaudes et froides. Cet effet de contrastes suscite chez le
spectateur des sentiments contraires, mêlant mélancolie et enthousiasme
et favorisant un long moment de rêverie devant l’oeuvre.
3. Félicien Rops, Plage de Heyst, 1886 - Rops_plage
Mon image
Un jour de plein hiver, je décidai d'aller à Namur contempler le musée d'art de
Félicien Rops pour ramener des idées fraîches et claires de cette saison
glaciale. Au début de cette visite, j'étais presque déçue de toutes ces
peintures étranges et froides…
Puis, soudain, au fond du couloir, je vis une peinture qui attira mon regard :
C'est un paysage de la plage de Heyst qui semble s'étendre à l'infini. Le long des
cabanons, le regard file jusqu'au loin. Le point de vue est un angle naturel,
mais légèrement en contre plongée puisque l'horizon se profile vers le haut. Au
centre de l'image, se trouve une femme dont le visage n'est pas visible. Vêtue
de noir et d'un vêtement de drap bleu, elle porte une ombrelle. Protège-t-elle
ses yeux des picotements du sable? Fait-il froid dans ce petit vent de fin
d'après-midi au déclin de l'été qui fait s’envoler sa robe? Est-ce cette même
brise qui efface les traces de pas ou bien la marée descendante? Le ciel touché
de jaune, s'emplit-il de grains de sable éparpillés par le vent?
Cette femme a l'air fatiguée d'avoir marché tout le long de cette plage
interminable. Elle capte mon regard et me donne envie de rentrer dans le tableau,
d'observer de l'intérieur le paysage qui m'entoure. A ma droite, se trouve une
rangée de petites cabanes de couleur brune, bleue, et rouge. Plus loin, à
gauche de la femme, il y a une barque qui semble vaciller. Son vieux bois est
couvert d'une peinture bleue qui paraît s'effriter sous le grattement du vent
granuleux. Plus loin, d'autres personnes, minuscules silhouettes, s'amusent, se
promènent ou, peut-être, pêchent à marée basse. Une toute petite colline
d'herbe dévale derrière les maisonnettes pour disparaître dans la mer et
l'horizon infini.
Le bleu céleste se pose sur le miroir de l’eau et, comme par ricochets, rejoint
la barque, la femme, les cabanons pour s’étendre en soupirs plus profonds, dans
les ombres qui se couchent, bercées par la lumière de l'air. Et voilà qu'il se
marie au jaune du sable, au rouge et brun des maisonnettes, au monde terrestre.
Je ressens un bien-être paisible et chaleureux. L'atmosphère est légère et
douce. J'ai l'impression d'être poussée par ce petit vent qui m'entraîne et
m'invite à voyager dans le monde entier. J'ai réellement été touchée, au cœur
de ce paysage qui a éclairci mes idées et m'a donné l'envie de prendre de
longues vacances!
4. Série Palestine photographie de Véronique Vercheval V15
Je suis journaliste et plus exactement photo-journaliste
belge. Je ne cherche ni le « scoop », ni « l’image extraordinaire ». Je ne suis
qu’un témoin qui montre à sa façon la vie de ceux qui sont différents, rejetés
ou même oubliés. On dit que je suis renommée, mais faut-il montrer la vérité
pour être regardée ou pour être reconnue ?
Ainsi dans mon carnet de route, la photographie la plus marquante que j’aie pu
faire en Palestine est, pour moi, celle de ces petites filles, à peine âgées de
10 ans, de l’école du camp de réfugiés d’Al-Amary. Cette école a été mise en
place par l’UNWRA (organisation s’occupant des réfugiés) et compte mille
étudiantes. Elles sont réparties en deux groupes et ces dernières ont cours
soit le matin, soit l’après-midi.
J’arrivais sur cette cour d’école terreuse et rougeâtre, la chaleur pesante me
faisait transpirait à grosses gouttes. J’eus juste le temps de placer mon
matériel pour prendre une image imprenable avec mon objectif braqué sur les
portes de l’établissement.
La cloche sonna et elles sortirent toutes en courant au milieu de la
cour. Lorsqu’elles s’aperçurent de ma présence, elles accoururent toutes
vers moi. Avec leurs mains levées vers le ciel montrant le signe de la
victoire. Elles ressemblaient toutes à des petites filles modèles avec leur
uniforme et leur col Claudine. Des petits anges tombés du ciel, purs et joyeux.
Mais ce signe m’a choquée à tout jamais. C’était comme si, à la place de ce « V
», elles tenaient des armes à feu, comme on le voit si souvent par ici. On se
rend compte qu’elles sont en fait conditionnées par cette soit disant école
…Les adultes qui mènent leur guerre les font participer en leur faisant croire
à leurs idées. Pendant un instant, j’hésitais de prendre la photo car ce fut un
vrai traumatisme pour moi. Mais je voulais montrer ce qu’il y avait sur le
terrain et surtout la vie d’une population qui essaie de vivre avec tous ces
malheurs.
Entre six et dix ans est-on déjà apte à dire si le fait d’entreprendre ces
nombreuses guerres est pour la Palestine une sorte de victoire commune ? je ne
le pense pas. Ces filles sont persuadées d’être invincibles ! Ou devrais-je
dire qu’on les en a persuadé
…
5. GhirlandajoPortrait d'un vieillard et d'un jeune garçon Italie24
Voilà maintenant soixante ans que grand-père
Francesco est parti me laissant pour seul souvenir ce tableau peint par son
grand ami Domenico, le 24 mai 1490.
Je m’en souviens comme si c’était hier. Grand-père comme chaque mercredi
m’emmenait au parc près de la place Saint-Pierre à Rome, il me laissait jouer,
il me souriait, une immense joie brillait dans ses yeux. Son regard posé
sur moi lui procurait un grand bonheur.
Soudain le ciel bleu de la capitale s’assombrit et à cet instant il me prit par
la main et me glissa a l’oreille :
« Suis moi Théo, je voudrais te faire partager mon rêve. ».
Quel était ce rêve qui lui apportait tant de liesse ? Pourquoi voulait-il me le
faire partager ?
Grand-père arrêta une calèche et ordonna au cocher de se rendre à Florence, la
ville voisine.
Après avoir traverser la ville a pied, nous nous arrêtâmes devant une
maison de couleur blanche. Un homme d’une soixantaine d’années ouvrit la porte,
nous invita à entrer. Je n’avais jamais rencontré cette personne auparavant
mais apparemment Grand-père, lui, la connaissait depuis des années.
C’st alors qu’a l’aube du crépuscule, Grand-père me sourit avec plein de bonté
et me dit :
« Ecoute Théo, comme tu le sais, je n’ai plus longtemps à vivre avec cette
maladie le rhinophyma, mais avant de passer de l’autre côté je désire que
Domenico peigne nos portraits ».
Tout s’enchaîna, Grand-père revêtit sa tenue de patricien florentin et sous les
conseils de son ami, nous nous plaçâmes devant la grande fenêtre du salon. Nos
regards exprimaient le tendresse, l’amour que nous avions l’un pour l’autre,
dans les bras de Grand-père je me sentais confiant, en sécurité, malgré ce nez
déformé mais si beau si on le regarde avec attention.
Le portrait terminé, Domenico nous appela pour nous montrer le résultat.
Ce tableau était magnifique, l’ami de Grand-père avait su refléter nos
sentiments, nos émotions l’un envers l’autre, c’était formidable.
Aujourd’hui je contemple encore ce tableau sur mon lit de mort, je n’ai qu’une
seule envie, que cette peinture montre à tout jamais la grandeur de l’âme de
mon grand-père qui restera dans mon cœur comme l’être le plus merveilleux du
monde.
6. Parmesan Portrait de jeune homme italie 12
Il y a bien longtemps que cette histoire s’est déroulée, tellement
longtemps que, je l’avais presque oubliée. Il a suffi d’un parfum d’orange pour
me rappeler l’odeur du marché où cette histoire commence.
Mais laissez- moi me présenter , je suis Francesco Parmesand, à cette époque,
en 1524, je me rendais chez un ami et devais pour cela traverser le marché de
Piazzo .Et c’est là que nos chemins se sont croisés, pour la première et la
dernière fois. J ‘ai rencontré Luiggi , alors qu’il était en, comment dire,
très mauvaise posture. En effet, il était sur le point de se faire lapider pour
un vol. Luiggi était un voleur , un enfant des rues qui pour vivre avait besoin
de voler. Mais cette fois , l’acrobate avait été attrapé , la main sur un étal,
une pomme dans la main. Petit vol me direz- vous, mais pas pour lui . Pas pour
eux non plus. Mais avant que la situation ne se détériore je suggère une
solution. Je propose au marchand de lui racheter sa marchandise en échange de
quoi il laissait repartir le petit.
De près, c’était un enfant d’une beauté certaine mais cachée, comme ces
tableaux que la misère ou le temps cache mais qu’un œil pur n’aura aucun mal à
déceler. Et c’est précisément pour cela que j’ai décidé de le peindre , en
écolier, comme n’importe quel petit garçon. Pour que plus tard le monde le voit
comme il était vraiment et non comme la société l’avait
transformé.
7. Fernand Khnopff, Étude de femme, khnopff_etude
De l'autre côté du miroir
Gracieuse, splendide, harmonieuse ,sensible ,indéchiffrable, ésotérique et
occulte. C’était ces quelques mots qui définissaient m sœur Malicia KHNOPFF
; Je l’admirais beaucoup, elle était loin de ressembler à ces personnes à
l’esprit torturé. Son comportement laissait entrevoir à quel point elle
conjuguait le verbe vivre. Mais seules ses pensées m’échappaient et
j’aurais donné tout pour les connaître . Son regard semblait
attiré par un objet inaccessible. Elle donnait l’impression à tout le monde de
vivre sur terre mais au fond d’elle même, elle accordait plus d’importance à la
suprématie de la pensée et de l’imagination.
Je n’étais qu’au
début de mes surprises. Un soir en rentrant d’une réunion je l’aperçus devant
son miroir comme d’habitude. Je serais bien parti dans ma chambre comme j’avais
coutume mais cette fois-ci, je sentis quelque chose d’anormal, bien des
changements s’étaient opérés.
Le miroir ne
semblait plus être un outil lui servant à se contempler mais une barrière à
franchir pour se rendre vers l’au-delà.
Le regard de Malicia semblait s’y rendre parce qu’elle était dans un état
second. Je découvris une autre facette de ma sœur.
Pour la première
fois de ma vie, le doute m’envahit, la connaissais-je vraiment ? Mes soupçons
sur ses pensées seraient-ils fondés ? Qui regardait-elle dans ce miroir ..?
Je ne pus
m’empêcher d’immortaliser ce moment-là. Je pris mon matériel de dessin, mes
fusains et je fixai ce moment. Je la représentai et j’imaginai à qui était
lancés ses regards amoureux . Je dessinai un reflet de son image mais avec
quelques modifications : il avait les yeux fermés, je voulus montrer qu’elle
était morte de l’intérieur, cela était relié à mes hypothèses : celle où
elle exprimait sa tristesse et son amertume à travers le miroir. Je
rajoutai à son reflet une mâchoire lourde pour lui donner une ambiguïté
androgyne.
Puis, je me rendis compte que j’étais jaloux, de qui ? de quoi ? jaloux d’un
personnage imaginaire, en fait j’aimais trop ma sœur, c’était plus que de
l’amour, Cela semblait de la passion et cette trop grande passion me conduisit
à la folie, mais l’inceste était quelque chose de banni dans ma pensée, je
l’aimais un point c’est tout.
8. Canaletto L’Entrée du Grand canal et l’église de la Salute Italie(7)
Ana Cottle, richissime anglaise de son époque, bâti sa
fortune grâce aux nombreuses relations sentimentales qu’elle avait eu avec
d’illustres personnages de la haute bourgeoisie. Cependant, elle n’éprouvait
que de sophistiques sentiments avec eux et de ce fait, la solitude regagnait
chaque homme après qu’elle les eut délaissé.
Elle s’adonnait volontiers aux voyages et parcourait le Vieux Continents dans
ses moindre faubourgs. Bien qu’elle connaissait la plupart des pays, elle
ignorait encore la célèbre Vénétie.
Elle arriva à Venise, et déjà, elle déambulait dans la ville. Elle était
émerveillée en apercevant les sublimes monuments.
Elle parvenait sur la place de l’Eglise Santa Maria della Salute, admirait la
Piazzetta…Quand elles se retourna, elle découvrit l’Entrée du Grand Canal, et à
proximité de celui-ci, un peintre, pinceau dans une main et tablette dans
l’autre. Comme elle appréciait les beaux arts, elle n’hésita pas à aborder
l’homme ; et elle se présenta :
« Good-morning, Sir, what are you painting ? »
L’artiste, subjugué par ses salutations angéliques, lui répondit en s’étonnant
qu’elle ne le connaissait pas, lui, l’unique initiateur de la Vedute, célèbre
pour ses vues de Venise, ville qu’il aimait tant et dont il était natif…C’était
Canaletto.
Canaletto, appréciant la femme, lui proposa de lui peindre un tableau. Elle
accepta et il effectua son œuvre. Il peignait magnifiquement bien, sa brosse
glissant sur la toile telle la plume d’un poète entre les vers. Une nouvelle
scène de Venise paraissait alors ; on apercevait les gondoliers sur la lagune
qui entourait la ville ; on entendait les cloches de l’Eglise de la Salute
sonner et on devinait soudain l’amour naissant entre l’Anglaise et le Vénitien.
On pensait que l’amour durerait éternellement, mais en vain…Elle quitta
l’artiste comme elle avait délaissé les autres.
9. Photographie Jean-Michel Fauquet fauq (3)
Au jour consumé.
Elle se réveilla en sursaut, des gouttes de sueur
ruisselaient sur son corps, elle quitta la douce chaleur de son lit et se
dirigea vers la salle de bains, où elle s’aspergea le visage, puis elle revint
s’allonger. Elle avait encore fait ce rêve étrange : elle apercevait, dans un
décor sombre, une gare et deux grands arbres lui faisant face, cette vision
était à la fois inquiétante et apaisante. Ce n’était pas la première fois
qu’elle faisait ce genre de rêves et tout s’était révélé prémonitoire, mais
cela avait commencé le jour où elle avait rencontré un jeune homme, qui se
disait photographe ; il lui plaisait énormément. Il fallait qu’elle lui raconte
son songe, peut-être l’aiderait-il à l’éclaircir ?
Et elle s’endormit sur cette décision.
Le lendemain, il était prévu qu’ils se retrouvent au Café de Flore, dans le
VI°, aux environs de neuf heures, il avait une surprise pour elle. Ils
arrivèrent en même temps au rendez-vous, le jeune homme l’entraîna jusqu’à son
appartement. Lorsqu’elle y pénétra, elle s’étonna de l’extrême propreté de la
pièce, elle remarqua ensuite, au fond de la salle, un tout petit atelier,
insolite. D’étranges matériaux jonchaient le sol. Lorsqu’elle s’en approcha,
elle fut étonnée de constater qu’une maquette miniature avait matérialisé son
rêve, elle remarqua aussi que des dizaines de photos la représentaient.
Soudain, elle eut une vision et se vit en robe blanche, tenant un bouquet de
chrysanthèmes, elle se trouvait devant la gare et il lui semblait que son corps
était diaphane, un triste sourire ornait son visage… Une peur indescriptible
s’empara d’elle et elle regarda avec effroi cet homme qui lui fit l’effet d’un
inconnu. Qui était-il ? Que lui voulait-il ? Pourquoi ces rêves
étranges ? Ses pensées devinrent de plus en plus noires… Une atmosphère
obscure envahit la pièce…
10. Xavier Mellery, Chute des dernières feuilles d’automne, mellery_automne
Les lumières des réverbères disparaissaient peu à peu . La
ville de Bruxelles se réveillait lentement. L’incendie du matin se levait à
l’horizon, éclairant la capitale belge de son or .
C’était un spectacle qui généralement m’éblouissait, me fascinait .
Mais depuis bien des jours, cela m’était totalement indifférent .Mon cœur était
aussi triste qu’un ciel d’orage, un cœur aussi froid que la brise du matin .
Ma seule raison de vivre à présent, était d’achever ce tableau, qui
représentait toute mon histoire, aussi étrange qu’elle soit.
C’était au début du mois d’automne, je me rendais comme à mon habitude, à mon
travail .
Mais qui aurait pu se douter que j’allais rencontrer, ce matin-là, cette
mystérieuse jeune femme?.
Je pensais que c’était un don du ciel, ou encore, qu’elle était la
réincarnation même de la déesse Aphrodite, des cheveux plus noirs que l’ébène
et des yeux aussi profonds qu’un abysse. Ses pupilles brillaient comme des
étoiles, elle avait un nez aquilin et un cou de cygne.
Elle s’appelait Émilie . Nous nous sommes revus plus d’une fois ensuite.
C’était une femme qui m’envoûtait, j’était fou d’elle, je l’aimais à en mourir,
elle représentait tout mes désirs, comme toutes mes craintes, elle était ma
lumière et ma drogue, mes jours comme mes nuits.
Et voilà!, le mois d’automne bientôt achevé, la relation entre Émilie et moi était
a son apogée.
Mais, j’appris par pur hasard qu’elle fréquentait déjà un autre homme et qui
plus est, était un de mes amis.
On disait d’Émilie que c’était une femme à homme. Ce fut comme un couteau en
plein cœur. Elle m’avait trahis, c’était une félonne, une briseuse de cœur .
Je me rendis à sa demeure, un lieu qu’elle n’avait jamais voulu me montrer, ni
à personne d’ailleurs.
Sa maison était cachée par un grand arbre, avec de fines branches, tels des
doigts prêts à attraper leur proie.
C’est à la vue de ce bras géant que je devins amnésique.
Mon seul souvenir est ma captivité dans ce grand arbre tendu d’une toile
gigantesque . Émilie quant à elle, telle une araignée géante, était suspendue
dans les airs. Moi, j’était sa proie. C’était mon ami qui vint à mon secours.
Et pourtant, j’essayais de me suspendre à la toile comme si mon seul souhait
était de rester enfermé.
Je me demande toujours si cette scène était réelle ou si elle était le seul
fruit de mon imagination.
Émilie était une croqueuse d’homme, prisonnière de l’envie de séduire, moi même
libéré, j’en était toujours prisonnier; mes pensées je les enfermais à mon
tour, elles mêmes retenaient prisonniers mes souvenirs.
Une impression de vide me saisissait, une chute interminable, une chute sans
personne pour me rattraper.
A! Automne, tu symbolises la fin, tu symbolises la mort.
Il ne me reste alors que la chute de tes dernières feuilles, sur une toile
maudite.
11. Fernand
Khnopff, Étude de femme, 1887 khnopff_etude
Comment as tu fait ? Dis moi, dis moi… depuis tout ce temps…
depuis tout ce temps j’avais réussi, enfin, à t’enfermer, à cacher ton cadavre,
ton fantôme, dans un coffre dont moi seule possédait la clef… depuis tout ce
temps, j’avais réussi, enfin, à ne te faire revivre que dans des songes de
nuit, mais je sens et je sais qu’à présent… le passé redevient présent et moi
j’aimerais tant le dépasser… alors dis moi… comment… pourquoi… je te vois à
présent sur ce tableau ?
Je ne sais plus, je ne sais plus rien, je suis dans un tel trouble tu ne peux
pas t’imaginer… « Etude de femme », cela s’appelle, « Etude de femme », cela
devrait plutôt s’appeler « Tue cette femme », oui je voudrais la tuer cette
femme, cette fille, ce double, cette sœur, je voudrais la poignarder, lui
fracasser la tête au sol, la lancer au dessus d’un pont, comment, pourquoi,
dans quel but, de quel droit te permet tu de réapparaître à la surface,
d’immerger du lac dans lequel je t’avais soigneusement, méthodiquement fait
couler ?
…
Puisque tu es là… regarde, regarde plus attentivement… tu vois cet orange, ce
flou, on dirait… un labyrinthe, le labyrinthe dans lequel nous nous sommes
perdues un jour de lune pleine, c’était, cela avait été, et ce sera toujours…
nébuleux ; je ne saurais dire laquelle tu es, laquelle je suis, regarde sur le
tableau cet œil, fixe, qui regarde ailleurs, regarde ce sourcil bien dessiné,
légèrement froncé, cette mâchoire, ce menton, cette bouche androgyne, puisque
les anges n’ont pas de sexe, puisque la légende dit qu’un androgyne c’est l’un,
et son double ; quant à l’autre, le reflet, il semble s’épuiser, tomber,
mourir, s’user d’amour… on dirait un miroir, une forme évanescente, qui
n’aspire qu’à la beauté, à la pureté, quitte à s’enfermer, quitte à devenir… un
rien qui aspire au tout, une simple ombre façonnée, un simple reflet désabusé,
car le corps de l’un a été offert à la postérité de l’autre, pour ne former
qu’une seule et même personne… à moins que… je ne sais plus… à !
moins qu’elles aient toujours été une seule et même personne ;
Peut-être… peut-être que nous avons tour à tour, joué le rôle de la femme et du
double, ce double trouble qui souffre, qui souffre de la voir regarder
ailleurs, vers le monde, au delà des formes incertaines, obscures, et célestes
qui les entourent, elle ose… elle se permet, sans retenue, sans culpabilité,
sans la moindre culpabilité, de regarder au delà, au delà d’elles, au delà
d’elle-même, de son monde intérieur, de sa planète lunaire, mais dis moi…
pourquoi ce tableau m’émeut-il, m’effraye-t-il tant ? C’est peut-être tout
simplement, comme les choses peuvent parfois s’éclaircir, peut-être tout
simplement une femme qui face au miroir, détourne la tête, lassée ou apeurée
d’elle même, ou indifférente, tout simplement, tout simplement… Mais je
sens bien la fausseté de ce sentiment, et retrouver mon gouffre passé de
sombres pensées m’insupporte !
Ce tableau…à force de trop regarder vers l’extérieur…sans pourtant l’expliquer
–les fous n’ont pas à s’expliquer- tu t’es déchirée, je me suis séparée, tu as
souffert, et j’ai pleuré, pleuré d’avoir osé découdre, taillader, éventrer,
celle qui était plus moi que moi même, à moins que ce fusse toi, qui m’a
poignardée, qui m’a fracassé la tête contre le sol, qui m’a jeté du haut d’un
pont, soudainement, sans même que je crie, que j’ai le temps de crier, oui,
c’est sang doute toi, puisque je n’avais pas… je n’avais pas su voir au delà du
miroir étonnement angélique… que tu étais le mâle incarné ;
Et si je n’ose pas tendre ma main vers ce miroir limpide… translucide , c’est
que j’ai si peur, à présent, sans trembler cependant, car seuls les faibles
tremblent, mais je ne veux plus jouer les rôles chaotiques de l’une et de
l’autre, de la première et la seconde, de l’une et de l’une, de l’une, tout
simplement, et ce miroir d’opale me gêne, me plaît, me trouble, comme s’il
était le chatoiement où je verrais impuissante ma vie s’effondrer, ma mort
s’écouler, tout cela au nom d’un être, d’un être sans corps, puisque le corps,
le cadavre, je le porte dans mes bras, après avoir scellé mon tombeau, alors je
t’en prie, je t’en prie dis moi ce qu’il y’a de mieux à faire, maintenant que
tu es revenue.. que tu es revenue ? Je dis n’importe quoi. Tu as toujours été
là, puisque tu es moi, à moins que je ne sois toi, à jamais, et ce tableau…
cette femme dans le miroir, ce tableau, ce peintre… sont la révélation de cette
ineffable et horrible vérité…
Ainsi adieu,
tue toi et je mourrais ;
12. Peinture de Thierry-Loïc Boussard BO-F7
Je respirais ton corps comme j’humais
l’odeur des fleurs au cimetière où celui que tu avais tant aimé se reposait et
je savais que rien ne pourrait plus nous rapprocher désormais. En quittant
notre monde, il avait brisé le dernier lien qui te retenait à moi ; tandis que
j’obtenais ce dont j’avais tant rêvé depuis mes plus jeunes années, une vie qui
n’appartiendrait qu’à nous, je me rendais compte que lui seul avait stimulé mon
amour, qu’en disparaissant il avait découvert l’unique moyen de m’arracher à
toi. Sans doute se moquait-t-il bien de nous ; à passer tant de temps mort, il
fanait les fleurs sur sa tombe. Il avait voulu des ballons à son enterrement,
ce que j’avais toujours pris pour une marque de son indifférence vis à vis de
la vie, le rêve arrogant de lui être plus fort. Je me trompais. De nouveau, tu
lui appartenais pleinement, tes pleurs lui étaient destinés comme lorsque tu
l’aimais, il y a si longtemps ; tu devais réapprendre à vivre et!
son absence si lourde n’était rien d’autre qu’une accumulation de
déchirures, la neige sur la verdure, le prétexte à toutes nos faiblesses, à
notre amour depuis si longtemps parti sans même que nous nous étions aperçus.
Un peu d’intimité, souhaitions-nous. Trop, c’était trop.
J’allais te quitter, j’allais le quitter, tout oublier. Tu avais été ma vie, tu
allais être ma mort car je considérais encore l’amour comme un don de soi à
part entière, un libre esclavage ; je m’étais abandonné à toi, je t’avais
permis de régir mes humeurs, il fallait aller jusqu’au bout, jusqu’au bout des
choses, plus loin que l’amour quand l’amour n’était plus là. Et je me rappelle
toutes ces heures passées les doigts tapant sur le clavier, les yeux mi-clos
devant l’écran et la feuille blanche virtuelle que rien ne savait noircir,
juste le café déversé dans un dernier appel au secours lancé gauchement par mon
esprit, par l’espoir inébranlable de pouvoir recommencer à zéro notre histoire.
Sans lui. Aurions-nous duré, sans lui ? Si tu avais eu la force de m’attendre…
Des mots, des mots, des mots qui en vain essayaient de te crier mon cœur comme
pour écrire un nouveau Roméo et Juliette et, soudain, une main, la mienne,
dérapait sur la touche delete que j’en venais à haïr ; p!
as de droit à la lassitude par souci du devoir à accomplir, juste la
lutte contre la fatigue, le dernier combat d’un extrémiste de l’âme.
Je vous connaissais par cœur, lui aussi bien que moi ; et tes yeux qui me
suppliaient chaque nuit de t’enlever afin que je te donne l’excuse qui te
garderait à jamais près de moi, ces mêmes yeux implorants que tu posais
sur lui pour qu’il nous sépare, qu’il te réprimande et t’assassine sous une
perverse culpabilité. Tu étais si faible ! Je t’en voulais de te morfondre
ainsi, de nous tirailler à travers ton incapacité à te décider, à choisir entre
ma délivrance et sa pénitence, la peur de me perdre et la peur de te
désaccoutumer, cruel dilemme qui nous priva de vie. Je te martyrisais au lieu
de t’accepter telle que tu étais, au lieu de te croire quand tu disais que tu
m’avais toujours aimé car je me bornais à ma propre souffrance quand bien même
là-bas, je te savais assise sur le carrelage froid à verser des larmes
impuissantes devant le feu passionné qui les attisait. Alors je n’avais pas
encore compris, piètre romantique que j’étais.
C’était au printemps 2004, lorsque les bourgeons naissaient sur les arbres
comme pour se moquer de la neige qui baignait obstinément à leurs pieds, comme
pour mettre en évidence la bêtise de l’immuabilité de ton deuil qui n’en
finissait plus. Tu avais absolument voulu lui souhaiter son anniversaire de
mort et, une fois de plus, je t’avais suivie, aussi lâche que toi, finalement,
à partir. J’avais froid ; tes bras ne me réchauffaient pas puisque je sentais
toujours sa présence entre nous, et la quiétude du cimetière me donnaient ces
frissons que seules les grandes choses, le silence, peuvent apporter tout en
donnant envie de fuir, de se cacher à la lumière du soleil là où aucune pensée
obscure ne peut survivre. Aussi les fleurs, quelquefois naturelles et jolies,
me rassuraient et t’empêchaient de lire mon malaise, quand bien même il me
privait une énième fois de toi dans ce moment de solitude binomiale. Je… Je
n’ai pas à m’expliquer sur la pulsion qui m’a alors poussé à faire!
ce que j’ai fait, ce manque de respect, cette souillure, ce viol pour
reprendre tes paroles, mais saches que jamais je n’ai voulu commettre un
quelconque crime, encore moins profaner sa mort. Tout est relatif, tu me
répétais sans cesse, tout.
Maintenant, la fleur jaune est devant moi, prête à faner dans son vase
ténébreux, au milieu de celles en plastique que tu m’avais offertes en symbole
synonyme de notre amour, soi-disant éternel. Tu sais, c’est bien elle la plus
belle, elle que je n’avais pas arrachée, seulement cueillie ; c’est elle qui,
là, m’inspire et m’aide à aligner les lettres aisément, elle encore dont la
vénusté mériterait d’être immortalisée dans le plus illustre des musées. Pour
elle, j’ai décidé une dernière fois de croire en l’amour, de suivre mes
principes sans doute obsolètes ; ensuite jamais plus, tu entends, jamais plus
je ne t’embêterais, jamais plus je ne dérangerais sa mort, enfin vous vivrez
tous deux tranquillement car plus une goutte d’eau ne fera déborder le vase où
l’excès d’artifice a pendant trop de temps dérangé la véritable beauté. Alors,
quand j’aurai peint la fleur jaune sur le fond rouge de notre passion souillée
par l’impureté, quand j’aurai jeté les autres pour qu’elles te br!
isent le crâne comme une seule aura brisé mon cœur, quand il ne restera
de nous que le noir de ses étamines, le sang sur ses pétales, tu pourras le
rejoindre, et je m’en irai, libéré.
13. Photographie de Jean-Michel Fauquet fauq (7)
Destinée
Dès le premier
regard, pas même toute la force de ma volonté ne peut m'empêcher de river mon
regard vers ce centre flashant, ce blanc qui illumine cette photo, pourtant
toute obscurcie par cette terrifiante ombre, due à l'heure tardive, le réglage
de l'appareil ou le révelateur utilisé. Le contraste, tout est là. C'est lui
l'objet de la photo. C'est lui qui fait la photo. J'oserais même que c'est la
photo, le motif n'est rien. Tout est blanc ou noir. Il n'y a pas de nuance. Pas
de juste mileu, c'est le Bien et le Mal. La Pureté et la Haine. Tous les
extrêmes réunis en deux couleurs parfaitement contraires et qui pourtant
forment l'essence de la nature. Ces deux couleurs sont la réalité, les autres
ne sont que des artifices destinées à masquer la vérité. Tout est proposé dans
cette oeuvre, tout est séparé en deux paroxysmes. Un centre blanc. Une auréole
noire. Deux côtés éblouis par la blancheur, un plafond et un sol sombres. C'est
l'égalité, l'équilibre suprême, l'harmonie.!
Même les dalles n'échappent pas à ce sort. Les unes auront droit au
lait, les autres au chocolat.
Pourquoi pas de consensus ? Pourquoi m'impose-t-on deux choses aussi éloignées
l'une de l'autre que le Pôle nord et le Pôle sud ? Et pourquoi ces deux
escaliers qui partent chacun d'un côté ? Je ne peux pas aller tout droit, il y
a un mur. Je dois donc choisir une voie, des marches, qui me mèneront à un lieu
ou un temps, une fonction ou un état incertains. Au delà de références politiques
finalement pas si distinctes l'une de l'autre, je vois là un véritable choix,
une destinée, un avenir, un pas vers le futur, sur lequel on ne peut revenir en
arrière. Je vois une étape, une porte, un tremplin, un moyen de locomotion, une
catapulte ou un tuyau aspirant. Tout ce qui me manque est un lampadère, pour
faire un peu de lumière sur tout ça.
Que pourrait signifier cette mise en scène ? Ce lieu est inhabituel. Mediéval,
obscur, indistinct, flou, dégageant une aura de mystère. Personne ne déciderait
de se rendre dans un pareil lieu, à moins que ce soit pour effectuer quelque
rituel bizarre. Ce qui n'est pas mon cas. Je préfère savoir où je vais. Et je
me retrouve là, devant un mur, avec pour seul échappatoire deux escaliers qui
ne me disent rien qui vaillent. Dois-je prendre une décision ?A l'aube de mes
seize ans, j'ai déjà du mal à me repérer dans un monde pourtant éclairé par les
médias, les livres, les journaux. Eclairage manipulé, certes, mais qui donne au
moins une réponse, aussi fausse soit-elle. Quel choix ais-je à faire. Mon
avenir ? Je le croyais déjà tracé, je pensais qu'il s'écrivait tout seul, sans
aide. Un personnage de Sartre, Lucien Fleurier, disait qu'il faut se chercher
dans le regard des autres, non pas en soi-même. J'ai suivi son conseil, j'ai
cherché la direction dans laquelle les autres me v!
oyaient aller. Mais me voilà piégé. Seul face à mon subconscient, me
voilà forcé de décider moi même, je ne peux plus me laisser porter par le
hasard ou la chance. C'est mon ego face à mon moi. Et ces couleurs muette qui
pourtant veulent en dire beaucoup, je suppose. Dans la vie, tout est blanc ou
noir, c'est ça ? Qu'est-ce que cela pourrait vouloir dire ? Le blanc pourrait
être synonyme de pureté, de bonté, peut-être même de bonheur. Pourtant je
pensais que la meilleure façon de se priver de son bonheur était de se torturer
à force de questions. La seule façon d'être calme, c'est de ne pas savoir
pourquoi on est là. Il suffit de cultiver son jardin, comme dirait Voltaire. Et
le noir, que vient-il faire là, lui ? C'est lui le malheur, la guerre, le
crime, les morts, l'oppreseur, tout ces maux de la Terre ? Je l'imaginais plus
terrifiant. Comme quoi il peut revêtir n'importe quelle forme. "La
violence la plus pernicieuse est celle qui est cachée" écrivait Jean-Marie
Domenach!
.
Ca y est, j'ai fait mon choix. Je vais fuir ce lieu. Je vais me retrouver à
l'air libre, là où ma volonté a tout les pouvoirs. Je vais prendre sur moi mes
choix, je vais les assumer, mais jamais je ne permettrais qu'on les pose devant
moi. Je rêverais de mon avenir, sans qu'on me force à le choisir. Et mes actes
décideront de ce que j'ai voulu.
14. Photographie de Jean-Michel Fauquet fauq (11)
A première vue, on
pourrait penser que c’est le vent. Détrompez-vous, il n’en est rien.
Ces silhouettes d’ébène, qui se détachent sur cette ligne d’horizon si trouble…
Cette étendue de sable, si vaste, dont moi seul sait que chaque grain, chaque
particule de sable correspond à toutes les vies, toutes les âmes qu’elles ont
emporté.
Qui sont-elles ? Azraël décliné au plus beau des sexes, responsables du trépas,
leur venue déclenche malheurs et torrents de larmes.
Amies fidèles des Trois Parques, elles permettent à Clothos et Lachésis
de filer et tourner le fuseau de nos vies, puis s’allient à Atropos afin que
leur appartiennent les fils coupés.
De ces fils, de ces âmes, elles sont ensuite maîtresses, et, à leur gré,
torturent ces esprits, ne leur laissant une seule minute de répit…
Ces âmes, ont-elles méritées cette souffrance éternelle ?
On pourrait penser que oui, pour justifier un tant soit peu ces actes de
cruauté, mais je sais que non, je le sais, tout comme je sais également que je
suis une des seules personnes à connaître leur existence, une des seules
personnes qui ne connaîtra jamais la quiétude, aussi bien sur Terre qu’entre
leurs mains…
Affligées de tourments éternels, ces spectres se vengent de coups immatériels
et hurlent de leurs voix aphones…
On pourrait penser que c’est le vent. Détrompez-vous, il n’en est rien.
15. E.Detaille, Le rêve ORSAY 18
Ce tableau est très symbolique. À première vue, je ne l’ai pas compris, c’est
pourquoi il m’a énormément intriguée.
J’ai observé l’œuvre plus en détails et j’ai réalisé que les personnages, des
soldats allongés sur le sol, semblent dormir. Dans le ciel, parmi les nuages,
on entrevoit des silhouettes formant une sorte d’armée et brandissant des
drapeaux. Cette scène évoque le rêve des soldats : une bataille victorieuse.
Les images dans les nuages représentent l’espoir d’une victoire qui n’a pas
lieu sur terre, celle dont rêvent ces soldats blessés par de nombreuses
défaites. Les fusils, impeccablement rangés en faisceaux sont la preuve que,
malgré tout, ils sont prêts pour la bataille,… la revanche ?
Tandis que les couleurs sombres et les tons froids semblent dominer, à
l’horizon le soleil se lève et diffuse de légers rayons très pâles qui, dans le
calme de la nuit, s’opposent à la violence du rêve guerrier et annoncent,
peut-être, un jour plus heureux.
Oui, cette peinture est surprenante car, bien qu’elle représente la guerre,
elle est bizarrement baignée de sérénité.
16. Jacques-Louis David Les Sabines Louvre (18)
Comme tout âme
errante qui se respecte, j'errais. Depuis maintenant quelques temps j'avais
pris la lugubre habitude de traîner dans des endroits plus sombres les uns que
les autres. C'était un doux soir de juillet 1794 lorsque je me décida a entrer
dans les cachots du palais du Luxembourg par la petite porte. Croyez moi j'en
ai entendu des lamentations ... mais il y a lamentations et Lamentations. Et en
l'occurrence c'est la deuxième qui m'interpella. L'homme ne disait rien ou
plutôt ne parlait pas. Car il ne fallait pas être dupe pour voir que cet homme
pleurait. Il pleurait ces larmes qui ne coulent qu'à l'intérieur de nous-même.
Emprisonné et délaissé de son aimante pour ses idées.Bon il est vrai qu'il n'y
allait pas de main morte sur les idées qui consistaient en une seule et même
chose : la mort du roi. Mais il n'empêche que cet homme avait des raisons de
souffrir.
Et c'est la que moi, Romulus , j'interviens.
Un courant d'air, une idée s'envole puis se repose sur l'épaule de ce pauvre
bougre. Aucune réaction. C'est alors que l'improbable se produit , son amante
ayant appris sa condamnation vint lui rendre une visite pour lui faire part de
ses sentiments toujours aussi fort envers lui , malgré sa fâcheuse habitude de
se mettre dans des situations impossibles. Sitôt après son départ, devinez quoi
, je réitère ma tentative , et les yeux brillants de l'homme se mettent à
scintiller.
" Mais bon sang mais c'est bien sur ! " s'écria t'il en se tapant la
paume sur le front comme si c'était l'évidence même.
Ah je vois que vous vous impatientez de mon idée. C'est simple, ayant derrière
moi des siecles d'experiences , j'ai appris que le pardon étaient la meilleure
solution a tout problème. Et quoi de plus normal pour un peintre que de faire
un tableau ? Donc nous disons du pardon et un tableau.
Voila comment naquit le projet que je n'esperais plus. Mais je crois qu'un
petit rappel historique ne vous ferait pas de mal. De mon vivant j'ai fondé
Rome (entres autres) et j'ai enlevé les jeunes filles d'une ville voisine pour
que florissent la mienne. C'est alors que , incomprehensiblement , les hommes
de la ville avorté se revoltent et viennent chercher leurs "filles".
Nos deux armées commençaient déjà a s'empoigner lorsque nos femmes ou leurs
"filles" s'interposèrent entre elles, formant ainsi une frontière
infranchissable. Ce geste est depuis resté un symbole dans l'histoire de la
paix.
De longues nuits a tanner Jacques louis David aboutirent finalement a ce thème
apaisant et symbolique de la concorde et du pardon entre frères ennemis qui
sera la note majeur de notre oeuvre futur. Si mes souvenirs sont bons ,
l'harcèlement sur les mortels n'etait pas encore passible d'un passage au
tribunal mené de main de maître par l'archange St Gabriel et ses confrères.
Alors jene me privai pas.
Le reste fut un jeu d'enfant. A sa sortie de prison, quelques années plus tard,
sous le directoire , je n'avais plus qu'a le forcer a peaufiner mes petites
fesses et le tour était joué. Il est vrai qu'avec le recul, le talent de ce
petit ex-mortel ne laisse pas indifférent. Voyez ma pose, ce levé de javelot ,
cette tenue du bouclier , ce port du casque ( qui devint obligatoire par la
suite ) ... Et ma femme n'est elle pas magnifique ? traversant le champ de
bataille comme elle traverse le temps ! Un modèle pour la femme d'aujourd'hui,
de demain et d'après demain même.
Enfin content de mon oeuvre , à mon gout un peu trop passé sous silence au
profit de Jacques louis , j'abandonnais ce dernier a son petit bonhomme de
chemin.
Quelques années mortels plus tard ( tout est relatif , voyez vous ) ce tableau
fit un grand plouf dans la mare artistique , jusqu' alors figé. Jacques louis
fut qualifié de messie et je commencai le recueil de mes mémoires. Ca me fait
penser qu'il faudra que je tire mon chapeau a mon ancien interprète mortel si
jamais je le croise un jour entre ciel et terre. Mes fesses lui doivent bien
ça.
Memoires de Romulus ,
Livre VI , Arcane 2
17. photographie de Constance Griffon Du Bellay constance(5)
Un dernier regard vers la porte de fer forgé, et les
chrysanthèmes derrière les hauts murs, les yeux me piquent, je L'ai
abandonnée...
Je Lui avais pourtant promis de L'emmener voir les rives de la Volga.
Elles sont aussi belles que celles de la Seine. C'est ce que je Lui avais dit,
en descendant de l'avion à Orly.
Tiens, la Seine, te voilà. Tu fuis, empressée de retrouver la mer, liée
à elle. C'est Elle qui a raison, il est si fort, ce lien! Qu'est ce qui peut
l'altérer ? Rien... Si peut-être, il y a une chose qui peut me la faire perdre,
me rendre orpheline.
56, 57, rue Mademoiselle... Où suis-je? Je ne peux pas être déjà là! Je
viens à peine de la quitter, Elle est restée la-bas, je referme la porte que
j'avais ouverte, machinalement, inconsciemment, quelques secondes plus tôt,
l'appareil cogne contre la clenche.
Un rapide demi tour, je cours à perdre haleine, de grosses larmes
coulent de mes yeux. Je regrette, je veux Lui dire adieu, je veux Lui dire que
je L'aime, que la Seine est plus belle que la Volga parce qu'Elle est là, parce
qu'Elle était là, et que pour moi, je La verrai toujours lumineuse dans les
reflets de l'eau, sur le miroir accidenté que présente la surface trouble du
fleuve...
Un éclair de lumière jaillit, j'entends le déclic qui informe que la
pellicule s'enroule : la photo est prise. Des petites vagues nées du passage de
la péniche, Maman, blanche, lumineuse, dans les reflets ,figées sur le chlorure
d'argent.
Je reprends ma course, l'enterrement va bientôt se terminer...
18. Caspar-David Friedrich L’Arbre aux corbeaux Louvre (24)
J’y suis encore. Comme toujours. Ce même arbre, cette même
branche. Je suis né dessus, j’y mourrai probablement.
Cet arbre est comme mon arbre généalogique, à chaque branche, un membre de ma
famille.
Mon frère y est aussi, sur le rameau voisin.
Nous sommes des corbeaux sur un arbre, cela a toujours été et sera toujours
ainsi.
Nous l’aimons notre arbre avec ses longs doigts frêles, il donne l’impression
d’essayer vainement de s’accrocher au peu de vie qui lui reste.
Une aube orangée caresse l’horizon en commençant à répandre une douce chaleur
estivale.
C’est alors que je le vis : un point noir à l’horizon s’avançant vers nous.
Je ne voulais pas le voir venir, s’approcher et déplier son chevalet, venant
aussi troubler notre solitude.
Mais c’est peut-être ce qu’il cherche, la solitude.
Pourtant, il ne peint pas, il regarde, il observe, il analyse.
Cette présence humaine, venue pour ne rien faire, trouble la plupart d’entre
nous.
D’ailleurs ils ne sont plus là, ils ont déjà pris leur envol vers un autre
arbre plus reculé, plus tranquille.
Je me sens triste, car je sais qu’ils ne reviendront pas.
Voilà que je me mets à détester Caspar David Friedrich, ce peintre qui ne peint
pas et qui nous chasse sans le savoir.
Mais pourtant je ne m’en vais pas, je reste sur ma branche et je le regarde.
Je veux voir ce qu’il va faire.
D’autres sont restés, le scrutant de leurs yeux noirs. Enfin, il prend un
pinceau, de la couleur et il peint, et moi, je le regarde. Le bruit du pinceau
qui glisse sur la toile me donne des frissons.
Il peint, il peint. Je hais cette attente interminable, je n’en puis plus. Je
bats des ailes, je veux voir et je vois.
Je vois ma colère, ma tristesse et mon attente, je vois cela sur le tableau,
sur la toile, sur l’œuvre. Quand je vois un tel talent, une telle beauté je
m’envole loin, loin. Je veux oublier que j’ai détesté cet homme, cet artiste.
Oui je regrette…
19. Vincent Van Gogh 1853-1890 La Méridienne ou La Sieste (d'après Millet) ORSAY23
Un jour nouveau se lève sur Saint-Rémy, encore plus beau que
les précédents.
J’ai eu des difficultés à trouver le sommeil cette nuit car beaucoup d’idées
m’ont traversé l’esprit.
Hier, j’ai été fasciné par la qualité de la lumière et l’ardente beauté des
paysages que j’ai découverts en me promenant dans la campagne environnante.
Assis sur mon lit, je contemple sur ce mur une des toiles de Jean-François
Millet. J’aime le naturalisme de ce tableau. Millet est un de mes
modèles. J’aimerais beaucoup peindre comme lui et plus les jours
avancent, plus je me sens inspiré et la joie m’envahit!
C’est moi qui ai désiré venir dans cet hôpital, et je me sens bien ici.
C’est cet endroit que je recherchais depuis toujours. Le personnel et les
religieuses sont très agréables.
Mon inspiration renaît depuis mon arrivée, je trouve une ambiance
sereine, tout ce qu’il me fallait !!!
Aujourd’hui est une magnifique journée.
Il faut que je sorte… Que mes yeux captent la lumière de ce soleil si
rayonnant, que mon corps s’imprègne de cette vie paisible des gens de la
campagne. Je prend mon chevalet, mes couleurs et je pars me promener.
Cette admiration pour ce décor baigné de soleil et de chaleur ne fait
qu’augmenter, cette journée promet d’être longue.
Heureusement, j’ai emporté mon chapeau de paille car le soleil sera d’autant
plus présent.
J’ai enfin trouvé mon endroit.
Je me suis installé non loin d’un champ, à l’ombre, et j’ai vu ce qu’avait si
bien dessiné Millet, je trouve la même inspiration que lui.
Pas un seul nuage dans ce ciel si bleu, un homme et une femme dorment côte à
côte, adossés à une meule de foin, profitant de ce beau temps pour faire une
pause et abandonner leurs faucilles.
L’homme a le visage couvert de son chapeau pour se protéger de la luminosité;
quant à la femme, elle porte un foulard. Tous deux portent des vêtements
de toile bleu-violet. La chaleur est toujours aussi accablante. Au loin,
une charrette attend d’être chargée. Un bœuf au pelage clair broute dans
le champ.
Le travail est loin d’être terminé, l’autre partie du champ doit être
fauchée. A la vue de cet endroit magnifique, je comprends la quiétude qui
règne ici et je sais que j’aurai bien d’autres moments de ma vie à figer sur
des toiles. Je n’ai plus de temps à perdre, j’ai donc décidé de
reproduire cette scène en exprimant par des couleurs fortes le bleu du ciel
avec le jaune âcre des meules de foin… Le résultat est époustouflant et
donne naissance à une de mes nouvelles œuvres, La méridienne.
20. Edouard Manet Olympia ORSAY9
En 1863, Manet exposa son célèbre Déjeuner sur l’herbe au salon des refusés,
nouveau lieu d’exploitation inauguré par Napoléon III et accueillant, à
la demande des artistes, les œuvres rejetées au salon officiel. La toile de
Manet, qui représente une jeune femme nue assise entourée de deux hommes en
costume dans un décor champêtre, attira immédiatement l’attention du public.
Mais elle fut violemment attaquée par les critiques.
Lui, le dandy sensible, raffiné, fut traité de révolté et de peintre des
immondices.
Il ne comprend pas et désespère. C’ est alors qu’il s’inspire de la Vénus
d’Urbino de Tiken pour peindre L’Olympia. Il me choisit, moi, comme
modèle.
Me voila à nouveau dans l’atelier de mon peintre. Je vais pouvoir encore
laisser libre cours à mes pensées. C’est fou ce que l’immobilité que Manet
m’impose est propice à laisser vagabonder mon esprit. C’est flatteur d’être
choisie par un peintre qui suscite autant l’intérêt du public.
Qu’on aime ou que l’on déteste, la peinture de Manet ne laisse pas indifférent.
Les critiques vont s’emballer… et l’on parlera aussi de moi.
Je me demande ce chat noir, qui symbolise l’infidélité, est-ce une bonne idée ?
Est-ce que cela n’accentue pas plus le côté immoral du sujet ? Et le sujet,
c’est moi ! Que vont penser les gens de moi ? Bien sûr, ils vont me
reconnaître. Vont-ils alors m’assimiler au personnage du tableau ? Ma
réputation n’est-elle pas en danger ? D’un autre côté, un jour mon peintre sera
célèbre, reconnu, adulé peut-être, copié sûrement…et ce sera sans doute grâce à
ce tableau, grâce à moi…On dira « c’est sa muse », sans elle, il n’aurait pas
été célèbre, il n’aurait pas pu peindre de telles merveilles ! C’est vrai que j’adore
ce qu’il fait, mon peintre ! Regardez cette lumière, cette grâce ! Ses tableaux
vibrent, sont vivants, pleins de sensualité. Il a une façon tellement
personnelle de voir les choses, tellement sensible. Moi, je peux l’observer
durant son travail. Il a une façon très particulière de me regarder. Que
voit-il ? Voit-il un corps nu, désirable peut-être ou simplement un ense
mble de lignes et de volumes ? Suis-je une femme nue ? Suis-je simplement
un objet, un prétexte pour jouer avec des formes ? Voit-il la douceur, la
sensualité de ma peau ou suis-je un exercice subtil, une palette de couleurs ?
Je devrais lui poser la question…Un jour sans doute, le ferai-je.
La lumière change, les ombres s’allongent, mes membres s’engourdissent et j’ai
froid. C’est vrai qu’il ne fait pas chaud ici. Il est temps d’arrêter de poser.
Demain, je reviendrai et je confierai à nouveau mon corps et mon visage au
regard du maître, à la virtuosité de ses mains et à la douceur de ses pinceaux.
Une fois la peinture finie, je figure une femme nue, au ventre jaune, allongée
avec indifférence dans le luxe et dans la fraîcheur, contrastant avec le chat
noir et la servante noire qui m’apporte le bouquet de fleurs d’un de mes
admirateurs. L’ œuvre sera acceptée au salon en 1865 mais il faudra assurer en
permanence une surveillance pour préserver la toile de l’agressivité du public,
choqué par ma nudité. Je savais que cette toile allait être critiquée…
L’ académisme ne représente pas un idéal pour Manet mais il essaie de concilier
construction plastique et sensation visuelle. Pour lui, un tableau n’est pas
une reproduction fidèle et réaliste d’une scène mais l’expression d’une
sensation visuelle directe, vivante. C’est cette sensation que les gens ne
comprennent pas, ils sont choqués par la manière dont peint Manet. Moi, je le
comprends, je ressens cette sensation tout à fait nouvelle dans l’art de
peindre…
21. DAVID
La mort de Marat
louvre (17)
Bonjour je m’appelle Jean-Loup David. Eh oui ! Je suis
l’arrière-arrière-arrière-petit-fils du grand peintre Jacques-Louis David,
porté à la gloire par la révolution et Napoléon qui en a fait un de ses
peintres officiels.
Je suis metteur en scène pour le cinéma et la télévision. Aujourd’hui, nous
tournons la scène de la mort de Marat, grand révolutionnaire devant l’Eternel
et ci-devant journaliste pamphlétaire à l’Ami du peuple.
Malgré tout le respect que je lui dois, Marat avait beaucoup de sang sur les
mains, même si c’était, dit-on, pour la bonne cause ! Néanmoins, son assassinat
dans sa baignoire par cette exaltée de Charlotte Corday l’a consacré héros
martyr de la révolution.
Mon aïeul a mis en œuvre toute sa technique et son génie de peintre pour nous
amener à cette vision des choses. Le réalisme de son œuvre, mais aussi sa mise
en scène parfaite étaient à vrai dire des choses nouvelles pour l’époque : un
fait divers est ainsi transformé par la grâce du tableau et le génie de son
créateur en un instrument de propagande et de gloire posthume.
Je vais donc m’efforcer de marcher sur les pas de mon aïeul et de vous
restituer la scène dans l’ambiance qu’il a lui-même voulue.
Jean Paul Mara, mon comédien, se place dans la baignoire sabot. Il tient à la
main droite une plume d’oie, une autre de rechange est posée à côté de
l’encrier juché sur une simple caisse de bois. Une planche recouverte d’un drap
vert permet à ce bourreau de travail d’écrire ses articles enflammés appelant à
la révolution et à la terreur. Je demande que l’éclairage soit disposé de telle
façon que le visage et le buste du comédien soient éclairés au maximum, faisant
ressortir la pâleur de sa peau. Sa tête est entourée d’un bandeau blanc,
accentuant plus encore la lividité et le pathétique de son visage.
Le décor de fond est assombri pour augmenter les contrastes. La
maquilleuse a bien fait son travail : une tache de sang écarlate envahit le
haut du torse de Jean-Paul et le drap blanc qui recouvre la tête de la
baignoire, préfiguration du linceul, est éclaboussé de rouge.
L’accessoiriste pose l’instrument du crime : un long couteau maculé de sang à
l’aplomb du corps.
Jean-Paul incline son torse ensanglanté en dehors de la baignoire, laisse
pendre son bras droit avec la plume à écrire, prolongeant miraculeusement l’index.
La main gauche de cet ami du peuple tient toujours son dernier écrit qui,
gloire et revanche ultime, passera à tout jamais à la postérité.
« Jean-Paul, c’est très bien. Ne bouge pas ». - Action –
22. Eugène Delacroix Jeune orpheline au cimetière 1824 louvre (4)
Chaque nuit, je me réveillais en criant « Maman , Papa
» mais personne ne venait. Ils sont morts. Ils ont péri dans un incendie
dont on ignore la cause. Notre maison avait également brûlé. Il ne restait plus
rien, que moi et les légumes que mon père m’avait chargé d’aller chercher chez
le marchand.
Ça s’était passé deux ans auparavant. J’ai été recueillie par des nobles, très
généreux, que j’aime, mais ils ne remplaceront jamais mes parents.
Mes parents étaient bourgeois. Ils aimaient tout le monde et étaient aimés en
retour. Mon père était grand, blond aux yeux bleus. Il rendait des services à
tout le monde, c’était un pasteur. Ma mère était assez petite, mince et avait
des cheveux bruns comme ses yeux. Je lui ressemblais beaucoup. Elle s’occupait
toujours de moi avec soin, de jour comme de nuit. C’était la meilleure mère du
monde. Tout le monde les connaissait, les aimait mais les avait vite oubliés.
J’étais leur priorité, leur fille qu’ils aimaient tant et qui les aimait en
retour, pas comme de « vulgaires parents » mais comme des êtres extraordinaires
dont je ne pouvais me passer.
Malheureusement, voici deux ans aujourd’hui qu’ils sont morts.
Comme chaque semaine, je vais aller sur leur tombe leur porter des fleurs. En
entrant au cimetière, je regardais les tombes, les nouvelles tombes, les
nouveaux morts. Et je sais que je ne suis pas seule à avoir été abandonnée.
Voilà, je suis sur la tombe de mes parents, une petite tombe modeste comme
toutes les autres. Aucune fleur n’y est déposée; ça me fend le cœur. J’ai placé
les miennes et leur ai donné à boire. J’aime voir des fleurs posées sur leur
tombe. Ça prouve qu’ils sont toujours aimés, regrettés. Je me suis mise sur un
genou et j’ai prié pour qu’ils reviennent car toute ma vie me semble inutile
sans eux. J’ai 18 ans et je suis orpheline, ne suis plus aimée et je me sens
terriblement seule. Puis, j’ai à nouveau prié pour les récupérer ou pour
retourner en arrière pour les sauver, empêcher cet incendie meurtrier.
Quelques instants plus tard, une femme est entrée dans le cimetière et le temps
s’est assombri. Elle portait une longue robe noire et un chapeau noir ainsi
qu’un voile qui couvrait son visage. Elle venait dans ma direction, à petits
pas. J’ai essayé de l’ignorer mais elle m’intriguait. Elle se rapprochait ;
j’avais peur. Elle s’arrêta à côté de moi. Je la regardai avec angoisse enlever
son chapeau. Elle releva la tête et elle dit : « Maman est là ». Etait-ce bien
elle, ma mère qui est morte ? C’est impossible ; pourtant, c’est elle J’étais
paralysée. Ce moment restera immortalisé à jamais.
« Maman chérie, pourquoi m’as-tu abandonnée ? ».
A ce moment précis, je sentais que nous n’étions pas seules, ma mère et moi,
que quelqu’un nous observait depuis le début et pourtant je ne voyais personne.
Mais je ne m’en préoccupais pas trop car j’étais si heure de retrouver ma mère
et de la serrer contre moi.
Nous sommes allées chez moi pour rattraper les deux ans que nous avions perdus.
Je lui ai demandé pourquoi elle m’avait abandonnée ? Mais elle ne répondait
pas. Cela n’a pas été facile pour elle non plus !
Un an est passé et ma mère et moi ne nous somme plus jamais quittées.
Aujourd’hui, nous sommes allées passer notre après-midi au salon de 1824 à
Paris pour admirer des œuvres d’art, surtout La bataille de Scio d’un
nouvel artiste peintre, Eugène Delacroix. A notre arrivée, nous nous sommes
précipitées devant cette peinture. Elle était magnifique. On pouvait observer
chaque détail. Puis ma mère m’a interpellée pour me montrer une autre œuvre de
Delacroix.
Ma mère ne bougeait plus. Je suis donc allée voir. Je lus le titre
Jeune orpheline au cimetière , puis relevai la tête. La fille sur la peinture,
c’était moi :je suis une œuvre d’art !
23. Caspar-David Friedrich L’arbre aux corbeaux louvre (24)
Cela faisait maintenant 37 ans, oui, 37 ans que j’avais
perdu les trois personnes qui comptaient le plus pour moi, alors que je n’avais
que 11 ans. Elisabeth, Christoffer, Maria, j’espérai vous rejoindre vite car la
souffrance de ne plus vous voir m’accablait.
Cela faisait déjà plusieurs jours que j’admirais cet arbre. A chaque fois que
je revenais, un corbeau de plus s’y trouvait. Cet étrange arbre semblait
incroyablement attiré vers le sud, malgré le vent tiède qui le poussait
irrémédiablement dans l’autre direction. Ce qui me semblait un peu « surnaturel
». C’était le ciel, il était tellement sombre qu’on n’y voyait presque pas la
différence entre le jour et la nuit.
Je fus déçu ne pouvoir retourner pendant quelques jours voir cet arbre par la
faute d’un vilain rhume, alors que plus ou moins 16 corbeaux s’y trouvaient.
Lorsque j’y retournai, il y avait 17 corbeaux, comme s’ils avaient attendu mon
retour. Trois jours plus tard, alors que je me décidais à immortaliser ce
paysage, le soleil m’éblouit presque, avec de magnifiques couleurs rouge et
orange, comme si le ciel voulait être à jamais inscrit sur ma toile sous son
plus beau jour.
Après que je l’eusse peint, il redevint sombre, sans étoiles, laissant debout
cet arbre.
Le lendemain, le ciel était toujours aussi sombre et je peignis cet arbre noir
sur le ciel rouge, comme s’il cachait sous ses branches un secret qui ne devait
jamais être découvert.
Le jour suivant, alors que j’avais commencé à peindre quelques-uns des corbeaux
qui se trouvaient sur les branches, ils s’envolèrent tous vers le soleil couchant
et j’eus juste le temps d’en copier l’un ou l’autre, avant qu’ils n’aient
disparu derrière la ligne d’horizon.
Alors que j’avais laissé reposer plusieurs jours la toile chez moi, sans
parvenir à lui trouver un nom, je finis par lui donner le titre le plus évident
: « L’arbre aux corbeaux
24. Claude
Gellée, dit Le Lorrain Port de mer, effet de brume louvre54
Ca y est, c’est l’aube, un navire arrive, accoste et décharge
ses marchandises. Depuis la nuit, nous attendions l’arrivée de celui-ci. Déjà
des embarcations abordaient le navire. Sur le quai, je montai dans une de
celles-ci.
Il fallait se dépêcher, fuir cette ville.
Tout commença lorsqu’ un soir, le gardien qui s’occupait de la nourriture dans
la prison eut un malaise. Profitant de l’aubaine, un détenu, en quête de
liberté, s’empara du trousseau de clés. Ayant le sens de la fraternité, il
commença à ouvrir toutes les cellules.
C’était une véritable chance pour moi qui normalement devais rester toute ma
vie dans ce cachot.De nombreux détenus couraient comme moi vers la sortie.
A ce moment de la journée, peu de gardiens étaient de service, ce qui facilita
la fuite.
Nous atteignions la sortie quand l’alerte fut donnée. Déjà certains fuyards
furent remis à leur place.Quant à moi, je sortais de cette prison.
La seule issue pour nous, c’était de quitter la ville et le meilleur moyen,
c’était par la mer.
C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés sur les quais. Les circonstances ont
fait qu’il n’y avait pas de navire.Je me suis donc caché avec d’autres détenus.
Déjà, certains gardiens s’étaient résignés. Cependant, aucun n’avait pensé
chercher du côté du port.La nuit tombait. Malgré la fatigue, je luttais pour
rester éveillé. Cette nuit fut interminable et finalement je me suis endormi.
A l’aube, je fus réveillé par des cris.
C’est là que commence mon histoire. Avec quelques détenus rescapés, je courus
vers de petites embarcations.
Dans la ville, on n’entendait plus rien. Tous les gardiens avaient arrêté les
recherches.
Nous ramions vers le bateau.
Bientôt, nous arrivâmes aux abords du navire qui s’apprêtait à reprendre la
mer.
A son bord, les marins nous accueillirent chaleureusement. Déjà les derniers
détenus embarquaient à bord et le bateau s’éloigna.
Personne ne s’était rendu compte de rien. Il n’y avait aucune âme pour décrire
la scène...
du moins je le croyais.
Quelques années plus tard, alors que je me rendais chez un ami, je vis sur un
trottoir un peintre vendant ses œuvres.
Je fus attiré par l’une d’entre elles. Elle ressemblait étrangement à ma fuite
sur le bateau qui m’avait conduit vers la liberté.
Tout y était : les barques, le navire, je pus même m’y reconnaître.
Le peintre, un dénommé Le Larrain me dit qu’il l’avait appelé Port de Mer
Effet de Brume car, ce jour-là, s’étant levé de bonne heure pour immortaliser
le lever de soleil avec sa palette de couleurs, le port était recouvert d’un
fin et fragile manteau de brume.
25. Série les demandeurs d’asile Photographie de Véronique Vercheval V10
Sur cette photographie nous pouvons voir deux personnes : le
personnage de droite est une petite fille noire qui se trouve dans un fauteuil roulant.
Elle est handicapée, et pourtant elle est plutôt souriante. Le personnage de
gauche est une femme qui doit avoir une quarantaine d'années et qui se tient à
côté de la petite fille. Cette femme s'est agenouillée pour être au niveau de
la petite fille, elle est souriante elle aussi. Elles se trouvent toutes les
deux dans la nature, certainement dans un jardin ou dans un parc, car on peut
apercevoir de la verdure et des arbres à l'arrière-plan.
On peut constater qu'il y a un contraste de couleurs de peau, car la femme est
blanche et la petite fille est noire. On peut penser que la petite fille vient
d'Afrique et qu'elle est venue en Europe pour se faire soigner, car ce
continent a plus de moyens médicaux que celui d'où elle vient. Le photographe a
sûrement voulu dire qu'il faut venir en aide aux plus démunis qui ont dans
leurs pays des moyens médicaux et économiques faibles. C'est exactement ce qu'a
dû faire cette femme pour la petite fille.
Nous pensons que le photographe qui a pris cette photographie ressentait de la
pitié envers cette petite fille qui ne peut malheureusement plus marcher. Mais
pourtant cette petite fille garde le sourire et elle semble, malgré son
handicap, heureuse. La femme à ses côtés ressent peut-être, au plus profond
d'elle, une déchirure et se demande : pourquoi cette petite fille ? Même si
cette femme semble le cacher par son sourire.
- On peut voir que la femme est positionnée de trois quarts tandis que la
petite fille est de face.
- Il s'agit d'un plan américain.
- Le premier plan est clair, tandis que l'arrière-plan est plutôt flou.
- Le point le plus fort est le contraste entre la couleur de la peau des deux
personnages ( blanche et noire).
- Les lignes de forces sont courbes ce qui évoque la douceur, le calme et
l'harmonie.
- Le point de fuite est à l'intérieur du cadre, il est au niveau de la petite
fille, qui attire le regard en premier grâce surtout à la couleur blanche de sa
robe.
26. Image de Claude Lévêque extraite de "Appartement occupé LEV10
Sur cette photo, nous pouvons voir un
jeune garçon, seul dans la rue faisant un geste de défiance. Ce garçon se situe
au premier plan et donc attire notre regard. Cet enfant est vêtu d'un t-shirt
blanc dans une rue très sombre.
Il en résulte un contraste frappant. Il y a une autre antithèse, entre le
sourire de l'enfant et son geste, ainsi que l'inscription pas très visible sur
son t-shirt que nous pouvons deviner ("WAR"= guerre).
Nous ne pouvons pas qualifier ce geste comme un geste de violence mais un geste
pour faire le "grand" devant l'objectif.
Nous pouvons aussi dire que cet enfant en faisant cette ânerie n'est pas un
"gosse" timide, mais plutôt ouvert, nous voulons dire par là, qu'il
est prêt à tout.
Nous pensons que pour l'occasion le photographe lui a demandé de faire ce
geste, car généralement aucun jeune de son âge ne réagit comme ça devant un
appareil photo et, par hasard, il avait ce t-shirt sur lui au moment de la
prise.
L'artiste pour réaliser cette photo a utilisé un angle de face pour montrer que
le personnage s'adresse directement au spectateur, celui-ci peut se sentir
agressé. Il utilise aussi un plan rapproché qui accentue l'attitude du
personnage. La netteté de cette image est floue, ce qui diminue l'agression du
récepteur.
En nous mettant à la place du personnage, nous avons déduit une parole qui
aurait pu être dite par l'enfant:
"On dit que je suis méchant et que je fais des gestes de défiance,
mais au fond je ne le pense pas vraiment, pour moi ce geste ne veut rien dire
et ce n'est pas un doigt qui va déclarer une bagarre, une guerre, la fin du
monde ! Vous avez vu mon beau t-shirt? je l'ai mis exprès pour la photo!"
27. Photographie de Véronique Vercheval V15
Dans un premier
temps, ce qui attire notre attention c'est le sourire de la fille.
La gaieté de ces jeunes palestiniennes est communicative. Leurs visages
reflètent la joie. Les petites filles sont attirées par quelque chose ou plutôt
quelqu'un: le photographe.
Dans un deuxième temps, leurs habits ressemblent à des uniformes, nous pouvons
donc déduire qu'elles sont écolières. Les rayures de leurs vêtements font
penser à des barreaux de prison. Elles semblent condamnées, elles ne peuvent
pas fuir leur situation. Leur joie, leurs sourires nous laissent penser que le
photographe est leur image de la liberté.
Nous pouvons donc en déduire qu'elles sont enfermées dans leur quotidien
belliqueux. Le monde ne leur est donc pas ouvert.
La photo est prise en contre plongée. C'est un gros plan. Il y a beaucoup de
courbes, synonymes de l'enfance et de l'insouciance. Le point de fuite est le
spectateur lui-même. La main est le point fort, en effet elle occupe une bonne
partie de la photographie.
HISTOIRE:
A notre sortie des classes, un étranger était là, immobile, vêtu d'une façon
étrange.
Il portait à son cou un objet bizarre. Pensant qu'il s'agissait d'une arme à
feu, nous nous tenions à l'écart. Nous l'observions attentivement n'esquissant
aucun mouvement. Puis, lentement, il leva un appareil étrange au niveau de son
œil. Une lumière soudaine nous aveugla. Rassurées, persuadées que nous ne
courrions aucun danger, nous courûmes intriguées vers l'homme. Arrivées à sa
hauteur, nous voulûmes toutes prendre cet appareil extraordinaire.
28. Photographie
de Véronique Vercheval V15
On voit au premier plan une main, au second plan le visage
d'une petite fille.
En arrière plan, une petite fille court en riant et d'autres mains font le
geste de la paix.
"La scène" se passe en Palestine. On sait qu'il y a la guerre en
Palestine, si les filles font le geste de la paix, c'est donc pour monter
qu'elles la souhaitent. De plus, elles ont toutes la même tenue et sont toutes
des filles, donc on peut en déduire qu'elles portent l'uniforme de l'école.
Bien que les petites sourient, on ressent la tristesse du photographe.
Le photographe a utilisé l'angle de vue de face pour nous montrer que les filles
s'adressent directement à nous. Il a aussi utilisé le plan rapproché. Le
photographe a placé son objectif en contre-plongée, car le regard de la petite
fille est vers le haut, on a l'impression quelle veulent "s'échapper"
vers l'objectif et nous montrer leurs gestes.
Le point de fuite est devant nous au niveau des petite filles. On ne peut pas
"sortir" de l'image, on ne peut pas partir on ne voit que les petites
filles.
En voyant cette personne avec un appareil photo je me précipite vers lui avec
mes amies, pour lui montrer le signe de la paix, à laquelle je tiens tant. Mais
aussi pour lui montrer notre joie pour la fin de la guerre, tout en criant :
"Vive la paix!".
29. Image de Claude Lévêque extraite de "Appartement occupé LEV10
Cette image représente un garçon assez jeune qui fait un
geste obscène. Il y a une rue sombre derrière lui, avec des trottoirs et une
route. Le garçon porte un tee-shirt blanc avec un dessin dessus.
Il doit faire ce geste obscène car il voulait sûrement faire son
intéressant devant le photographe. Il a un rire moqueur. Le contraste de
couleur entre la rue sombre (noir) et le tee-shirt du garçon (blanc) est
frappant, ce tee-shirt met en valeur le personnage.
Le photographe a pris cette photo pour nous montrer l’insolence de ce garçon.
On peut observer que ce garçon est tout seul dans cette rue et qu’il n’a
rien à faire là. Nous pensons que ce garçon est très insolent car il se croit
peut être supérieur au photographe (en faisant ce geste). Il ne respecte pas le
photographe.
C’est un plan rapproché : accent sur le portrait du garçon, sur son
habillement.
Il est pris de face : le garçon s’adresse directement aux spectateurs
(photographe).
Le premier plan est très net (le garçon), l’arrière plan est en profondeur (la
rue).
Il est composé d’un point fort, le contraste de couleurs entre le personnage et
la rue. Le garçon a un tee-shirt blanc et la rue est sombre. La ligne d’horizon
est haute, d’horizon est ainsi bouché, étouffant, donc le personnage est mis
encore en valeur.
Le photographe a pris le garçon en hauteur pour montrer sa
faiblesse, donc le photographe est supérieur à l ‘enfant.
L’histoire :
Samedi, je me promenais dans la rue à côté de chez moi, pour aller voir mes
copains. Il n’y avait personne, à part un mec bizarre, mal habillé, avec un
appareil photo. Je ne voulais pas qu'il prenne ma photo, alors je lui ai dit
d’aller voir ailleurs. Mais il insistait, alors je lui ai fait un doigt
d’honneur et un beau sourire ! Je déteste les photos ! !
30. Photographie de Véronique Vercheval V15
- Nous apercevons des enfants qui portent un uniforme : les
enfants font le signe de la victoire (le V), le visage souriant.
- Nous en déduisons que, puisqu'ils portent l'uniforme, ils doivent être dans
une cour d'école en récréation. Et si ces enfants font le signe de la victoire,
nous pouvons supposer que le pays est en difficulté (guerre, conflits…)
- Grâce à leur sourire, nous ressentons un sentiment de joie, de liberté : le
photographe a sans doute voulu faire passer un message : malgré la peine qui
règne autour d'eux, les enfants gardent le sourire et s'amusent, se sentant
protégés par les murs de l'école.
- L'angle de vue est de trois quarts pour rendre l'image neutre, ce qui invite
juste à regarder le bonheur qui se lit sur leurs visages.
- L'échelle des plans est rapprochée, ce qui accentue l'attitude de ces
personnes. Donc ce plan met en valeur la course des enfants s'approchant du
photographe.
- La profondeur du champ nous donne une vision floue : c'est donc la petite
fille, nette sur l'image, au premier plan, qui est mise en évidence alors que
l'arrière plan est flou.
- Les points forts sont le visage de la petite fille au premier plan et les
mains s'approchant de l'objectif.
- Le mur situé au fond de la cour, en arrière plan sur l'image est la ligne de
force de cette photo.
On est
mercredi, moi, je m'appelle Mona, j'ai sept ans. Hier, la maîtresse nous a
annoncé une surprise : c'est pourquoi aujourd'hui, à la récréation, je
m'agitais dans tout les sens, me demandant ce que cette surprise pouvait-elle
être : qu'allait-il arriver ? Je savais déjà que ça allait être super ! Ça me
ferait tellement du bien de rire un peu, surtout en sachant qu'en rentrant à la
maison, tout serait encore triste. Mais, qu'est ce que je vois là-bas ? ! Tout
le monde s'attroupe ! Vite, vite ! Dépêchons-nous… Oh ! Ce sont des
journalistes français…
31. Photographie de Véronique Vercheval V14
Cette photo de la Palestine nous montre au 1er plan deux
femmes heureuses, à l'arrière plan il y a des bâtiments détruits. Nous pouvons
déduire que ces bâtiments ont du être détruits par la guerre et que ces deux
femmes se retrouvent auprès de leurs maisons.
Il y a une antithèse entre l'amour que dégagent ces femmes et les bâtiments
détruits par la guerre. Nous trouvons que cette photo dégage de l'émotion, elle
est émouvante, car nous sommes heureux de voir autant d'amour se dégager entre
ces deux femmes, malgré sûrement ce qu'elles ont enduré, par rapport à la
guerre et ses bombardements.
La photo à été prise en plongée, le photographe a essayé de s'éloigner des deux
Palestiniennes pour les laisser tranquilles en cet instant de retrouvailles
tout en les photographiant. Le point de fuite se retrouve juste au dessus de
leur tête, ce qui donne plus d'importance aux deux femmes .
32. Photographie de Véronique Vercheval V15
Nous voyons la main d’une petite fille dans une rue
palestinienne pleine d’autres enfants. On pense qu’elles brandissent le « V »
de la victoire à cause des deux doigts levés. Ce geste nous permet d’en déduire
qu’il s’agit d’un cessez-le-feu entre la Palestine et Israël. C’est une
allégorie qui nous représente la victoire. En voyant cette image, nous
ressentons des sentiments de joie, de paix et d’amour. En prenant cette photo,
le photographe a du être séduit par le regard pétillant de cette petite mais
surtout par son sourire radieux..
L’artiste a pris cette photo de façon à ce que l’on remarque en premier plan la
main. L’angle de vue est en légère plongée et la main est en gros plan. Le
premier plan nous apparaît très net , alors que le second est un peu flou.
Ainsi, le photographe réussit à capter notre regard sur cette main et sur le
visage de cette jeune fille qui sont s’ailleurs de couleur plus foncées que le
fond. Ainsi, on fait moins attention au fond. Le point fort est devant nous, à
l’intersection des deux doigts que l’artiste souhaite qu’on s’attarde. Les
lignes horizontales des murs et des costumes des fillettes contrastent avec les
doigts. Ces lignes de force, nous suggèrent l’immobilité, le calme, la
profondeur pour les horizontales tandis que les verticales des doigts bloquent
notre regard sur ce geste.
"Enfin, la paix qu’on attendait tous, la voilà ! Je suis tellement
heureuse que je descends dans la rue et là, je retrouve tous les autres. On a envie
de crier, de courir, de montrer au monde entier qu’ont est libérés. Maintenant,
on va pouvoir jouer tranquillement dans la rue sans risquer de se prendre une
balle perdue. Et quand on voit les photographes, on n’hésite pas, on fonce ! Je
sais qu’ils sauront exprimer toute notre joie par une simple photo."
33. Canaletto L’Entrée du Grand canal et l’église de la Salute Italie(7)
Venise 1740.
« Encore une petite touche de blanc ici, et ce sera parfait ».
Quand je peins un nuage, ça me rappelle toujours mon père. Il était peintre de
décors de théâtre dans la tradition baroque. La veille d’une grande
représentation dans un théâtre réputé de Venise. Il amena sa toile pour la
montrer au metteur en scène. C’était une peinture de ciel ensoleillé. J’avais
dix ans et je me souviens que le metteur en scène n’avait pas apprécié la
peinture et avait obligé mon père à la recommencer. Il trouvait les nuages trop
clairs. Ce soir-là, j’étais en train de somnoler dans ma chambre et j’entendais
mon père en bas dans l’atelier en train de pester contre le metteur en scène
car il ne voyait pas comment faire pour colorer un nuage autrement. Un peu
d’ombre par-ci, un peu de jaune par-là. L’heure tournait et la toile devait
être peinte et sèche pour la veille. C’étaient de grandes toiles de cinq mètres
sur trois. Pour pouvoir peindre à ces grandeurs, mon père avait fait construire
un petit échafaudage. Je me le rappelle très bien puisque c’est sur
cet échafaudage que j’ai joué toute mon enfance. Mon père y avait aménagé
une balançoire. Cela lui permettait de peindre tout en gardant un œil attentif
sur moi. Ma mère est morte à ma naissance ; mon père était seul avec mon frère
et moi. Revenons au problème du nuage. Mon père a toujours été un
inquiet, il resta dans l’atelier toute la nuit. Je le retrouvai le
lendemain matin endormi près de sa toile, un pinceau à la main. Ce fut un
soulagement, sa toile était terminée et tout rentra dans l’ordre. C’est dans
cette atmosphère et dans les odeurs de peinture que j’ai vécu toute mon
enfance, ce qui m’a initié à la peinture.
« Je vais ajouter une femme vêtue de rouge en l’honneur de Maria , ma
bien-aimée ».
C’est sur ces marches que je l’ai rencontrée lors de la fête de la Salute.
C’est une fête célébrée chaque année depuis le jour de la présentation de la
Vierge dans cette église. Ce jour-là , tous les Vénitiens affluent autour de
l’église pour remercier la Vierge d’avoir mis fin à l’abominable épidémie de
peste qui avait fait rage dans nos régions. J’ai eu de la chance, je suis né
après ! La fête commence par une messe extérieure sur les marches de l’église.
Ce n’est pas le moment que je préfère; écouter sans rien faire n’a jamais été
mon fort. Après la messe, un marché est organisé. On y vend toutes sortes de
choses, des statuettes de la Vierge, des images pieuses, des jouets, des
gâteaux,... J’aime bien me balader dans le marché. Je n’achète rien, je ne fais
que passer d’étalage en étalage en regardant les produits. Le meilleur moment
de la fête arrive seulement dans la soirée. Un bal y est organisé. On danse, on
parle, on chante, on boit,... Cette fois-là, je n’étais pas t
rès heureux. J’ai toujours été timide avec les femmes et je n’avais pas
de cavalière pour danser. Je buvais en regardant les autres s’amuser...
Soudain, quelqu’un tapota mon épaule. Je me retournai : à ma grande
stupéfaction, une femme superbe m’invitait à danser. Elle s’appelait Maria et
elle était comme moi passionnée par la peinture. Je ne dansais pas bien mais
elle dit qu’elle non plus. Nous nous comprenions et nous passâmes toute la
soirée ensemble. C’était comme un rêve. Après la fête, je la raccompagnai
jusque chez elle car aussi tard le soir, les rues de Venise sont très
dangereuses. Dans les sombres ruelles, je me rendis compte qu’un homme nous
suivait. Je me retournai, il avait un pistolet : il tira trois coups. Une balle
transperça mon bras droit. Alertées par les coups de feu, plusieurs personnes
dont les fenêtres donnaient sur la rue les ouvrirent pour voir ce qui se
passait. L’homme s’enfuit, je me retournai et je vis Maria couchée par terre,
sa robe blanche ro
uge de sang. Elle était morte et cette image est restée gravée dans ma
mémoire: sa robe blanche, rouge de sang.
« Où est passée la couleur verte ? »
Quand je peins les canaux de Venise, je peins l’eau « bleu verdâtre »,brillante
et transparente, ce qu’elle n’est pas en réalité. Tous les égouts de la ville y
atterrissent. Cette eau, si on peut encore appeler ça de l’eau, est verte et
opaque ; une écume jaunâtre y flotte constamment et une odeur insoutenable en
émane. L’afflux de détritus en fait un nid à rats. D’ailleurs je pense qu’il y a
plus de rats que d’hommes dans cette ville et que si les rats n’étaient pas si
petits, ils en prendraient le contrôle en nous dévorant. Je hais les rats. L’un
d’eux m’a mordu quand j’étais jeune et on a cru qu’il m’avait transmis des
maladies . On m’a donc prescrit une mixture infecte à prendre après chaque
repas. Heureusement je n’avais rien. Sale rat!
Et voilà, ma peinture est presque terminée.
Je peins des paysages de Venise, ma ville natale pour des aristocrates anglais.
Grâce à mes peintures, ils se souviennent de leurs voyages à Venise.
Mais moi, ça me fend toujours le cœur de vendre mes peintures parce que j’y
mets toute ma vie.
Canaletto.
34. Eugène
Delacroix Jeune orpheline au cimetière louvre (4)
Au moment où j’écris ces quelques lignes, je suis vieux et
mourant. Et sur mon lit de mort, je tente de tuer le temps en regardant
la bougie de suif posée sur ma table basse se consumer en libérant un peu de
fumée grisâtre et odorante. Celle-ci s’en va dans la pièce puis disparaît de
mon regard. Cette fumée me rappelle la vie, d’abord intense
puis les années passant imperceptiblement, diminuant jusqu’à
disparaître. Ce n’est qu’une fois à ce stade que l’on regrette de ne pas
avoir passé plus de temps avec les gens qui nous sont chers.
Oh, comme je me sens seul en ce moment, ta présence me manque, Charles
Henry. Depuis ton décès, je n’ai plus personne à qui me confier. Et
moi comme un égoïste, lors de ta maladie, je t’ai laissé seul, trop occupé par
mon travail. Je me suis à peine préoccupé de toi. Et pourtant tu me
demandais : « -Reste avec moi, j’ai besoin de toi » et je te répondais « -je
n’ai pas le temps, je dois finir mes tableaux pour honorer mes commandes ».
C’est seulement maintenant que je peux comprendre ce que tu ressentais, mon
cher frère !
Je rumine ces obscures pensées, quand soudain, la porte de ma chambre
s’ouvre. Nicolas Le Floch, mon fidèle compagnon, entre dans la pièce
suivi d’un grand homme vêtu de noir que je suppose être le médecin.
Nicolas me fait un sourire, il est ma seule lumière dans mon monde désormais
obscur. Il se penche chaleureusement sur moi et me glisse à l’oreille d’une
voix douce : « - Eugène, voici le médecin qui va te faire une saignée, je vous
laisse.
»
Quand Nicolas réapparaît à nouveau dans ma chambre, je le remercie de toute
l’attention qu’il me porte…
J’ai fait la connaissance de Nicolas il y a vingt ans.
Tout a commencé lors de mes débuts à Paris. Ce jour- là, je négociais
avec un marchand le prix de la peinture à l’huile nécessaire à mes
œuvres, mais que je ne pouvais acheter, car à cette époque, j’avais du
mal à joindre les deux bouts. Le ton de la discussion montait lorsqu’il
entra dans la petite échoppe et me demanda de voir l’un de mes tableaux.
Il m’expliqua qu’il était le fils d’un riche marchand et qu’il aimait beaucoup
l’art. Puis, il me posa quelques questions et s’intéressa à mes problèmes
d’argent. Très vite un lien amical nous relia et je lui proposai de venir
chez moi pour lui montrer quelques- unes de mes plus belles pièces.
Il fut tout de suite attiré par un tableau plus modeste qui était suspendu au
dessus de mon lit. Au bout de quelques minutes d’entretien, il me proposa de
devenir mon mécène. J’acceptai de suite. J’étais si content d’avoir
enfin trouvé un ami et l’argent nécessaire pour pouvoir continuer à créer, que
lorsqu’il me demanda de voir de plus près le tableau de la Jeune femme
regardant vers la gauche, je le lui offris de bon cœur.
Puis je remarque qu’il tient dans sa main gauche une nouvelle bougie pour
remplacer celle usagée. Et je repense immédiatement à ma solitude et je
le supplie de bien vouloir me consacrer un peu de son temps pour
discuter. Il me dit :
- « Ca tombe bien car j’ai depuis bien longtemps des questions sur un
sujet qui me préoccupe. Te souviens-tu du tableau que tu m’as donné le jour de
notre rencontre ?
- Oui, pose moi tes questions et j’essaierai d’y répondre.
- Qui est cette jeune femme et que regarde- t-elle ?
- Pour répondre à ta question, je vais te conter l’histoire du tableau qui est
très liée à la mienne. »
- Comme tu le sais déjà, mon père est mort quand j’avais sept ans et ma mère
est décédée l’année de mes seize ans. Ce que tu ne sais pas, c’est qu’une fois
orphelin, j’ai séjourné à Valmont, à une vingtaine de kilomètres de Fécamp, où
mes cousins Bataille possèdent une ancienne abbaye bénédictine et une petite
église où se trouvaient des tombeaux, et de grandes fenêtres gothiques à
obscurs vitraux. J'aimais beaucoup m’y promener seul, en rêvant parmi les
ruines de cette église silencieuse. Celle-ci m’a beaucoup inspiré dans
mes œuvres. Mais un matin, en me promenant aux alentours de l’église avec
mon carnet et mon fusain à la recherche de scènes à croquer, je vis Gabriella ,
la femme secrète de mon cœur qui était là, accroupie sur une tombe entrain de
regarder le ciel. Je pris mon carnet et esquissai un croquis car elle me
fascinait beaucoup. Elle resta ainsi pendant plus d’une heure puis, elle
se releva et commença à hurler comme une démente. Deux jours plus tard,
des
hommes sont venus la chercher pour l’interner dans un asile. Je ne l’ai
plus jamais revue.
Ce n’est que bien plus tard que j’ai appris, en discutant avec le
médecin, qu’elle avait perdu définitivement la raison après la disparition de
ses parents dans des conditions bien étranges. Et voilà, tu connais toute
l’histoire.
- Je comprends mieux maintenant, merci Eugène pour tes informations. Je
vais te laisser car tu dois te reposer.
- Au revoir Nicolas et encore merci pour tout ».
Une fois qu’il fut parti, j’ai soufflé la bougie et je me suis endormi.
35. photographie de Jean-michel Fauquet fauq (8)
Comme une ouverture dans le néant,l’ombre avance
entre ces batiments lugubres et rugueux.
Sur la batisse du devant,une ouverture, comme une porte,aux enfers, menant.
Me promenant dans la bise fraiche du matin,elle a su enjouer mon être et
me captiver.
De celui-ci,elle extirpe la joie qui,si profondement, s’était enfouie en
moi.
Un être sortira de ce gouffre bouillonant, de cette ombre menacante.
Quant à la belle s’ejournant dans cette tour, se penchera sur son
amant, son seul vrai amour.
La porte la renfermant dans sa prison de pierres blanches s’ouvrira-t-elle ?
Que de questions se poser devant cette œuvre à la finition si rafinée.
Cette photographie donnant libre court à l’imagination croissante.
Que d’histoires inventer dans cette ténébrosité.
Si paisible,elle m’insoufle la mort,comme un long sommeil éternel, au
méme instant
un enfant,en la voyant,se crispe, tous ces sens s’ herissent, la peur soudain
la envahit, alors que moi elle m’a endormie.
36. Camille
Corot Le Colisée, vu à travers les arcades de la basilique de Constantin louvre (48)
TRISTE FIN POUR UNE
BRIQUE CENTENAIRE.
Je fus posée et façonnée par la main d’un homme en 75 ap J-C. A ce moment-là,
je n’aurais jamais pu deviner que le Colisée (ainsi nommé depuis le Moyen –Âge)
allait devenir l’un des plus grands mouments de notre temps. Je suis une
colonne soutenant avec l’aide de mes congénères plus de 25 000 personnes ! Je
suis située près du Vomitorium, l’entrée et la sortie de l’Amphithéâtre, au 1er
étage. De là, j’avais une très bonne vue sur l’arène. La lutte entre les
gladiateurs et les bêtes étaient bien visibles. A maintes reprises, je
fus aspergée du sang d’hommes ou de bêtes et de sable lors des courses de
chars. Des foules venaient applaudir ces combats et les courses dont les chars
flamboyaient sous les rayons solaires. Les gens devant moi criaient à en
déchirer leurs cordes vocales (j’en suis presque devenue sourde!) ou jetaient
des légumes pour montrer leur mécontentement. Les luttes entre les bêtes
et les hommes étaient sauvages, chacun d’entre eux étant couvert de sang et
de lambeaux de peau. Les belles armures et boucliers des gladiateurs les
protégeaient peu de ces bêtes féroces. Combien de fois les lions ont-ils dévoré
ces braves hommes ?
L’Amphithéâtre a fonctionné pendant près de 450 ans, donc pendant près de 500
ans je fus bousculée, salie. Le calme est revenu vers 520 après le dernier
spectacle de chasse.
J’ai vécu de multiples tremblements de terre provoquant l’effondrement des
parties hautes de l’édifice. Je tenais de toutes mes forces mais je suis quand
même tombée en morceau expédiés de part et d’autre de l’édifice. Je fus éjectée
à l’extérieur.
Ainsi, je pouvais voir les pillages et ravages causés par le vol de mes
anciennes pierres voisines sans être vue. Les autres morceaux se
trouvaient dans les fondations plongés dans le noir le plus complet.
D’année en année,de siècle en siècle, je constatais l’évolution des époques, de
la technologie, de la mode... Je voyais des tonnes et des tonnes de peintres
défiler mais un seul d’entre eux m’interpella.
Il vint en 1825 avec son chevalet, sa palette et ses tubes de peinture,
sûrement de la peinture à l’huile, comme les autres. Il avait une vingtaine
voire une trentaine d’années, brun de cheveux et habillé pas vraiment
chaudement malgré que l’on soit en hiver! Il était accompagné d’un ami peintre
lui aussi et se prénommait Camille à ce que je pus entendre de la bouche de son
ami. Je n’avais d’yeux que pour lui, Camille! Quel joli et léger prénom ne
trouvez-vous pas? Dès la seconde où j’ai posé mon « regard » sur cet artiste,
celui-ci ne pouvait plus s’en détacher ! Enfin,j’entendis sa douce et
belle voix qui disait à son ami: « Je crois bien que seule l’Italie peut compléter
la formation d’un peintre de paysage ». C’était donc un peintre paysagiste
français.
Il était ébloui par cet édifice, c’est donc pour cela que je crois que c’est la
première fois qu’il vient à Rome et peut-être même en Italie car généralement
on a, « la première fois » , chez la plupart des gens,des yeux ébahis devant ce
célèbre monument. Que pourrait-on faire d’autre à part être émerveillé et
époustouflé par la grandeur et magnificence de ce monument? Rien, rien du
tout! Il commença donc sa peinture très sereinement mais aussitôt arracha
la toile et la jeta, émerveillé par ce monument mais insatisfait de cet
emplacement et c’est donc ainsi qu’il s’éloigna et vint jusqu’aux arcades de la
Basilique Constantin laissant son ami seul.
Je ne le voyais que très mal en m’efforçant de ne pas le perdre de vue et son
ami aussi commença à peindre. Oui, j’avoue qu’il avait le coup de pinceau.
J’étais jalouse de son ami qui pouvait parler à Camille, le toucher... Moi que
pouvais-je faire, à part espérer qu’il s’approche ? Quelques heures
s’écoulèrent lorsque revint mon amour près de son ami peintre.
Les deux œuvres étaient magnifiques mais celle de Camille resplendissait. Sa
peinture un peu mystique agit sur moi comme la musique sur le dilettante ; par
un moyen direct et inexpliquable, il transposait avec une telle justesse les
tonalités que perçoit son regard que l’on croit entendre dans ses tableaux le
frémissement sourd des êtres et des choses.
Ils contemplèrent encore tous les deux le Colisée et repartirent.
Les jours se succèdèrent où je ne dormais plus de peur de le manquer; à chaque
fois que je l’apercevais, je voulais lui sauter dans les bras, l’embrasser. Et
cela arriva tous les jours jusqu’en mai 1826.
Chaque jour, je scrutais l’horizon à sa recherche et je le revis en octobre à
mon grand soulagement. Il n’avait pas changé, toujours aussi beau et puis
plus rien en novembre.
Il revint en 1827, au début de l’année jusque avril. Je ne peux vous
décrire mon sentiment pour lui, je crois bien que j’en suis tombée follement
amoureuse, le coup de foudre! Cupidon m’a envoyé 50 flèches ensorcelées
mais aucune à Camille! Quelle injustice! Mais je ne me vois pas
nous marier et avoir bébés avec un corps de pierre, deux bras, deux jambes et
une tête! J’aurais tout donné pour être une femme atttirante et être avec
lui.
Il revint le 14 novembre jusqu’en décembre et donc pendant tout l’hiver
1827! Il toussait un peu et était enrhumé. Je désirais tant le
serrer dans mes bras (mais je n’en ai pas!) pour le réchauffer !
Il revint encore au printemps 1828, toujours avec ces yeux éblouis par le
Colisée. Il me surprendra toujours ! Je le voyais vieillir et puis plus
jamais de nouvelles ! En février 1875, son ami revint mais sans lui : il
était vieux, fatigué et triste. Je pus entendre ce qu’il murmurait: «Pour toi
mon ami qui adorait l’Italie, grand peintre, repose en paix ! Une larme
lui coula lentement sur les joues.»
Là, à cet instant, je compris pourquoi je ne le voyais plus ! Il était...
non je déteste ce mot mais je vais devoir accepter ce fait. Mon amour, mon
bien-aimé était mort. Pourquoi devrais-je vivre si je ne puis te voir ?
L’immortalité est cruelle, je ne saurais mourir que si on me fracasse ! Je ne
peux plus dormir, plus apprécier la lueur du soleil se levant, le rire des
enfants qui se courent après... Une vie sans toi, ce n’est pas une vie pour
moi. Vivre pour aimer, aimer pour souffrir, alors pourquoi vivre ???
Quelle fatalité ! Pourquoi Dieu a-t-il inventé l’amour si c’est pour qu’on en
souffre ? J’aimerais tellement pouvoir pleurer; l’amour est normalement
synonyme de joie, de chaleur, de dépendance, de besoin de l’autre et non de
tristesse. Le verbe aimer est le plus difficile à conjuguer, son passé
n’est jamais simple, son présent n’est qu’un indicatif et son futur est
toujours conditionnel. J’ai tout sauf toi mais rien puisque tu es tout.
Le bonheur de t’avoir con
nu ne me fera jamais oublier le malheur de t’avoir perdu. Adieu mon
amour, je t’aime.
Je fus finalement fracassée dans mon désespoir par un enfant, je ne sais plus
quand, je n’ai plus la notion du
temps.
Triste fin pour une brique centenaire !
37. Olive
Dupont TACHE
Quand mon regard a croisé cette peinture pour la première
fois, je n’ai d’abord vu qu’une tache sans intérêt,presque ridicule, rien de
très expressif, me suis-je dit. J’ai même ajouté que j’en faisais autant; mais
après plus longue observation, mon regard s’est posé sur cette forme ridicule
avec plus d'attention et j’ai reconnu dans cette tache, de nombreuses formes
familières qui m'ont fait penser à des images de tous les jours. Cette
vision s’est diversifiée car je ne me suis pas contentée de regarder cette
peinture dans le sens donné.
En la regardant telle qu’elle est proposée, j’ai vu un grand-père dans un
rocking-chair, ou un pépé dans un pousse-pousse, ou une jolie coquette qui
allonge sa gambette pour nous montrer sa basket ; à moins que ce ne soit
la radiographie d’un crâne avec l’encéphale et la moelle épinière.
Un quart de tour à droite: voici un moustachu sur une sorte de hamac; mais non
c'est sans doute une guitare électrique.
En repartant de l’image donnée, un quart de tour à gauche et voici un aspirateur.
En la retournant complètement, j’ai eu la surprise de reconnaître une tortue
avec sa carapace, son cou, sa tête et ses yeux. Mais mon imagination s'est
finalement amusée à intituler cette tache : Le suicide d’un martien car il y a
une sorte de liquide bleu qui arrive dans la scène et je trouve amusant
d’imaginer qu’un martien s’est suicidé et que cette tâche est son sang.
J'avoue que j'ai un peu peiné ... à la tâche.
38. Jacques-Louis David Marat assassiné louvre (17)
Jean-Paul Marat, fervent défenseur de la révolution
française, était lié en secret à une charmante jeune femme, Charlotte Corday.
Leur amour officiel était impossible car Charlotte était à l’opposé des idéaux
du parti de son amant. Pourtant, leur amour était immortel. Mais par une chaude
journée d’été, il fut brisé…
Alors que Marat se prélassait dans son bain, une lame glacée lui transperça la
poitrine.
Dans son élan vers la mort, il eut encore le temps de distinguer la silhouette
de son bourreau : c’était une femme, la servante, qui lui était si intime
depuis l’enfance.
Elle avait lâchement cédé à l’appât du gain, oubliant les siens et son honneur…
C’était la fin, il s’enfonça dans l’eau. Elle le releva. Elle lui glissa dans
la main, comme la dernière preuve de sa trahison, une lettre qui désignera
comme assassin, l’autre femme de la vie de son maître, la belle Charlotte.
Sur le bout de papier, soutenu par les doigts froids et durs de Marat, on
pouvait lire un message signé Brissot, encourageant Charlotte à venger enfin
les Girondins !
Bientôt, dans la salle de bain, la porte s’ouvrit. Charlotte entra, pensant
trouver son amant lui souriant comme chaque après-midi où ils se donnaient ce
genre de rendez-vous. Elle n’y trouva qu’un cadavre. Un cri glacial s’échappa
de sa bouche, qui ameuta bientôt la grande villa.
La bonne arriva la première en feignant de s’affoler. Avec machiavélisme, elle
désigna du doigt Mlle Corday au moment où tous entrèrent dans la salle de bain.
Les femmes pleuraient, les hommes criaient à la pendaison. Tous étaient
profondément touchés de n’avoir pu sauver leur maître, cet homme qui avait tant
apporté à la France en ces temps de révolution. La maréchaussée calma cette
vague d’agitation et fit sortir tout le monde. Ils agrippèrent la malheureuse
Charlotte. « Qu’on la pende, qu’on la pende !... Non ! Tranchons-lui la tête
puisqu’elle aime tant la lame… » Les cris venant de la foule à l’intérieur,
s’élevèrent également dehors où le « tout Paris » apprenait la nouvelle à la
vitesse d’un éclair.
Le peintre David arriva. Il avait de l’estime pour Marat. On le pria de
reproduire sur toile la scène macabre qu’offrait la salle de bain. A son tour,
il fit sortir hommes et femmes et même la police. Il voulait être seul. C’est
dans un silence total qu’il coucha les traits de Marat sur le tableau : les
yeux clos, la tête penchée, posée délicatement sur le rebord de la baignoire,
la plume entre les doigts, l’encrier, le papier à lettre sur lequel il avait dû
avoir l’intention d’écrire « on-ne-sait-quoi », son testament sans doute.
Tout ça, David le reproduisit avec la plus grande fidélité, croyant comme tous
à la culpabilité de Charlotte Corday et imaginant comment la lettre de Brissot
était parvenue à Marat. Mais ça n’avait plus d’importance. Il y avait une
coupable. Le peuple l’avait désignée, et sa tête serait tranchée dans quelques
jours tout au plus. Pourtant, Charlotte, enfermée à l’abbaye, après avoir tant
pleuré, n’avait plus froid au cœur.
Alors que le peuple était persuadé de rendre au diable un assassin, et David de
rendre au peuple un symbole populaire, elle, et elle seule savait que la mort
lui ferait retrouver l’homme qu’elle aimait, son amant, son amour…
39. Dessin de Victor HUGO illustration pour les travailleurs de la mer HUGO 1
LES TRAVAILLEURS DE LA
MER
Raconter l'histoire de l'image
Lorsque j'ai vu cette peinture et que j'ai lu son titre pour la première
fois,je voyais ce paysan seul ce soir-là,qui venait de terminer sa longue
journée,qui avait planté ses dernières graines. Dans la nuit,au loin,il voit
ces monstres voler dans le tremblement de l'air,ce sont les sarregousets. On
voit alors le visage du paysan,rongé par le travaille qui a peur,qui fait la
même tête que si l'on voyait,nous,aujourd'hui,une bête sortir de l'enfer.
Puis,il y a une contradiction. Alors que je crois que la personne sur la
peinture est le paysan,cette personne se trouve être en fait une sorcière dans
les Travailleurs de la Mer. Cette femme qui connaît les sarregousets et qui par
une nuit sombre a dit à un charretier qui ne trouvait pas son chemin: «
Demandez leur votre chemin;c'est des gens bien faisants,c'est des gens bien
civils à diviser le monde. ». Il n'y avait pas à douter que cette femme était
bien une sorcière!
Puis,tout en continuant mes recherches,j'observe bien la peinture et je vois un
visage froid de désespoir mais aussi un visage en colère,le visage de Victor
Hugo. Quand j'imagine le visage de l'homme lorsqu0il apprend que Léopoldine
Hugo et son mari se sont noyés dans la Seine,je vois ce même visage,froissé de
douleur et de désespoir.
Je vois toujours le visage de l'homme cette fois-ci en colère face à
Louis-Napoléon . Le décret qu'il a signé et qui a envoyé Hugo en exil sur l'île
de Guernesey. Cette île sauvage et petite ou Victor ne pouvait exprimer sa
colère qu'en écrivant.
Voilà comment à partir d'une peinture et mon imagination,j'ai vu des histoires.
40. Constantin
Meunier: Mineur Borain meunier-mineur
Un jour, alors que le froid se faisait sentir, Constantin Meunier se rendit au
Borinage, une grande mine de Belgique au XIXème siècle. Après cette surprenante
journée, de retour chez lui, Constantin était fier de représenter sur ses
oeuvres la mine qui avait rendu son pays la deuxième puissance mondiale.
Pourtant il n'était pas satisfait, il trouvait que son travail ne faisait pas
tout à fait honneur au du combat des mineurs pour la gloire de la Belgique.
Soudain, il vit au loin un pauvre mineur descendre de la mine qui portait sur
ses épaules un poids: une journée de travail.
Cet homme semblait si préoccupé, en effet avec son misérable salaire, il était
inquiet pour sa femme et ses cinq enfants qui allaient à nouveau devoir se
contenter d'un minuscule bout de pain.C'est ainsi que Constantin interpella le
pauvre mineur:
-Excusez-moi monsieur, j'ai une proposition à vous faire que vous ne pourrez
pas refuser!
-Je vous écoute mais fates vite, dit le pauvre homme.
-Je voudrais rendre hommage au courage dont vous faites preuve afin de rendre
notre vie plus confortable et, pour cela, je vous propose de vous faire un
portrait vous montrant en train de quitter la mine pour rejoindre votre
domicile.
-Je vous remercie, mais le temps que je passe avec vous, je pourrais le passer
à la mine et, de cette manière, je ramènerais à ma famille un plus gros bout de
pain.
-En effet, je sais que le temps c'est de l'argent, et qu'il est plus
indispensable pour vous que pour moi. C'est pourquoi si vous acceptez ma
proposition je vour paierais!
-Alors j'accepte et, au nom de tous les mineurs,je vous remercie pour votre
générosité.
-Je n'ai face à vous aucun mérite, je ne pourrais pas faire la moitié de ce que
vous faites et je vous respecte pour cela .
Pour cet homme dont le salaire dépendait d'un travail très dur et dangereux, se
faire payer sans travailler n'était absolument pas refusable, et c'est ainsi
que Constantin finit son travail très satisfait de lui.
41. L’arbre
aux corbeaux Gaspar David FRIEDRICH Louvre 21
L’Arbre
« Une fois, par un minuit lugubre, tandis que je
m’appesantissais, faible et fatigué, sur maint curieux et bizarre volume de
savoir oublié – tandis que je dodelinais la tête, somnolant presque : soudain
se fit un heurt, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de
ma chambre. »
(Edgar Allan Poe, « Le corbeau »)
-Gaspar !
L’homme ouvrit un oeil. Il lui sembla durant quelques instants que l’appel
venait de son rêve, pas pour le moins étrange, d’ailleurs. Il se redressa sur
son lit. La chambre était basse. Soutenant le plafond lambrissé, trois
gigantesques poutres traversaient la pièce de part en part. En face du lit, une
armoire monumentale en pin contenait toutes les affaires dont il avait besoin.
-Gaspar David ! Descends immédiatement !
Il se leva, ouvrit la porte.
La « mère Heidensh » était arrivée le jour précédent. Malgré sa maladie, elle
avait entrepris de ranger toute la maison. Il faut dire que Gaspar était
célibataire et très solitaire. Il ne s’en plaignait pas. Mais lorsqu’il avait
appris que sa mère adoptive était atteinte de la tuberculose, il lui avait
proposé de venir. Et bien sur elle était venue.
Il descendit l’escalier en colimaçon et traversa la cuisine. Comme il s’y attendait,
il trouva sa mère dans le hall.
-Combien de fois devrais-je te dire de ne pas laisser tes chaussures dans
l’entrée ?
Elle se redressa et le regarda d’un air de reproche. Gaspar lui sourit,
l’embrassa sur le front et enfila ses chaussures. Tandis qu’il ouvrait la
porte, il entendit, derrière lui, un soupir.
Il devait se rendre à l’académie. Il avait promis à Philipp de passer le voir.
Mais il n’était pas pressé par le temps. Il marchait, suivant ses pas, à
travers les rues de Dresde.
Gaspar pensait, ou plutôt se souvenait de son enfance. Le Nord lui manquait. Il
se rappelait la mer, immense étendue d’eau qui paraissait infinie, dont il
avait tant foulé les plages. Il se rappelait ce paysage enneigé auquel la mer,
en hiver, tentait de s’agripper, cherchant un creux ou une bosse pour s’y
sceller. Lorsque l’hiver tiédissait le temps d’une journée, on entendait cette
mer hurler et on voyait au loin s’éloigner une excroissance de glace, emportée
malgré elle par les courants vers le lointain océan. Les gens appelaient ça un
iceberg. Mais aux yeux de Gaspar, il s’agissait d’un enfant, arraché à ses
parents, tout comme lui avait perdu les siens très jeune. Il avait survécu,
grâce à la mère Heidensh qui l’avait recueilli et élevé comme un fils.
Gaspar était parvenu à l’orée de la ville. Dans le pré où il s’engagea, il y
avait l’Arbre. Cet Arbre qui avait frappé son regard la première fois qu’il
l’avait vu. Il était au milieu d’un bosquet de buissons, ses branches
tortueuses et nervées s’entrecroisaient, et au milieu de ce fatras
labyrinthique, de petits oiseaux prêtaient leurs voix mélodieuses qui donnaient
à l’arbre un air d’enchantement.
Gaspar s’arrêta quelques instants pour l’admirer, puis obéissant à un ordre
inconscient de son cerveau, fit demi-tour et repartit vers la ville.
Lorsqu’il ressortit de l’académie, le soleil commençait sa vertigineuse
descente vers le fond de l’horizon. Gaspar se dirigea vers la maison, un peu à
l’écart, et y pénétra. Comme à son habitude, il abandonna ses chaussures dans
l’entrée et pénétra dans la cuisine. Personne. Il grimpa à l’étage et se rendit
dans la chambre de sa mère adoptive. Elle était couchée et semblait dormir,
mais au moment où Gaspar allait refermer la porte, une quinte de toux fit
tressauter le corps de la vieille femme et un filet se sang s’échappa de sa
bouche. Elle l’essuya précipitamment et, comme prise en faute, baissa les yeux.
Gaspar s’approcha, s’assit évitant le crachat ensanglanté. Elle lui sourit,
mais son sourire était faux. Elle ferma les yeux et se rendormit.
Gaspar la veilla toute la nuit. Au petit matin, avant même que le jour ne se
lève, un autre accès de toux la réveilla. Elle ouvrit les yeux et attrapa la
main de son fils qui la serra. Il la regarda, mais ses yeux s’étaient déjà
refermés. Gaspar lâcha la main inerte de sa mère et la posa délicatement le
long de son corps.
Une larme pointa au coin de l’œil du fils, Gaspar la retint. Il éteignit la
bougie posée sur la table de nuit et sortit de la chambre. Il descendit
l’escalier en colimaçon, enfila ses chaussures toujours dans l’entrée et
sortit. Il passa dans la remise et prit ses affaires de peinture.
L’Arbre l’attendait. Au-dessus de lui, dans le ciel encore éteint, Gaspar
aperçut la constellation du corbeau, portant son message mortuaire. Il posa son
chevalet, installa sa toile. Un vol de corbeaux vint chasser les oiseaux
colorés et rieurs, changeant ainsi la voix de l’Arbre en un chant funèbre
habillé de noir. Gaspar n’avait encore jamais vu ces oiseaux à proximité de
l’Arbre. L’Être végétal semblait avoir changé : il voulait partager la douleur
du fils en deuil.
La nuit s’estompa autour de l’Arbre messager, et derrière lui, derrière l’Arbre
aux corbeaux, l’aube se leva. Majestueuse. De ces aubes que le ciel montre lors
des grand jours, une de ces aubes aux milles couleurs qui semble s’étendre
au-delà de tout, au-delà des terres enneigées, au-delà de la mer gelée, au-delà
de l’océan, au–delà du monde…
Et derrière son chevalet, dans l’air pur du matin, Gaspar dessinait cet espace,
irréel et magique, sans fin.
« La seule et véritable source pour l’art est notre cœur… »
(Gaspar David Friedrich)
Compléments :
Constellation du corbeau:
Superposition avec le tableau : la forme de l’arbre correspond à la
constellation vue de l’hémisphère nord.
42. Vincent Van Gogh 1853-1890 La Méridienne ou La Sieste (d'après Millet) Orsay.23
Raconter l'histoire d'une image
Un jour , Vincent Van Gogh se rend en Provence à St-Remy plus précisement .
Alors qu'il est
interné dans un asile , et c'est à ce moment làqu'il peint (la meridienne ou la
sieste) .
Comme à chaque fois qu'il voit son frère Théo , ils parlent tous les deux de
leurs propres points de vue sur des oeuvres , sur la façon dont la
peinture peut influençer et étant donné que Vincent se sert de la couleur plus
arbitrairement pour s'exprimer facilement qu'au lieu de chercher à rendre
exactement ce qu'il a devant les yeux , chaque tableau est une sorte de
nouvelle découverte , d'aventure pour son frère et ils partagent tous deux une
relation très complice , renforçée par leur amour de l'art . Vincent est à une
période où il imprime à sa touche un mouvement tourbillonnant , donnant une
puissance expressive , aux sujets qu'il peint . La vision de Vincent , celle
qui rayonne dans ses oeuvres est la vision d'un monde coloré , chaleureux ,
ensoleillé : il est celui qui fait rêver , qui secoue et qui encourage , trois
critères qui caractèrisent la grand maître qu'il est pour nous .
Pour Théo , Vincent représente énormement et chaque rencontre entre eux est
comme une fête , ils parlent de leur vie , de comment il voit le monde ,
et plus interessant encore , de sa façon de représenter la peinture . Au bout
d'un moment de palabres et de discussions , Théo lui demande si il n'a pas
quelque chose a lui montrer , un paysage , un portrait ou bien , tout
simplement , un croquis qu'il aurait réalisé par une soudaine inspiration .
Vincent luiexplique qu'effectivement il a avec lui un tableau qui lui tient
tout particulièrement à coeur et qu'il aimerait bien que son frère lui dise ce
qu'il en pense . Comme d'habitude , Théo après un bref coup d'oeil au tableau ,
doit indiquer à son frère ce qu'il voit objectivement sans s'investir vraiment
dans la signification du tableau . Théo lui fait remarquer tout en regardant la
toile qu'il voit que c'est l'été , qu'il y fait chaud et qu'il n'y a pas un
seul nuage , deux personnes dorment dans le foin comme si c'était un li
t. Au loin , une femme et un homme , ils ont sûrement beaucoup travailler
, car ils viennent de faucher le foin avec des faucilles . Les personnages
couchés ont le visage couvert pour se protéger de la luminosité . Vincent
remercie son frère , puis lui demande ce qu'il aime bien dans ce tableau . Théo
lui explique qu'il aime bien les couleurs de ce tableau , que le jaune
représente bien la chaleur de la bell saison , et que les personnages sont très
bien faits . Théo aime beaucoup la façon de peindre de son frère , par petites
touches pour rendre le tableau plus réaliste , comme pour le détailler
davantage . Il y a du mouvement dans ce tableau dit-il , même si c'est
l'heure de la sieste .
Puis Vincent prend la parole et met l'oeuvre entre lui et son frère et
s'apprête à expliquer la signification de son tableau . Il lui raconte tout
d'abord que la composition est reprise d'un dessin de Millet pour les +Quatre
heures de la journée+ . Il justifie sa démarche en affirmant qu'il a plutôt
essayé de traduire dans une autre langue , celle des couleurs les impressions
de clair-obscur en blanc et noir . Ensuite , il lui avoue qu'il a copié à de
nombreuses reprises des oeuvres de Millet qu'il considérait comme un peintre
plus moderne que Monet . En étant fidèle à la composition originale jusque dans
les détails de la nature morte de premier plan . Pourtant il explique
qu'il afait complètement sienne cette scène de repos qui symbolise chez Millet
la France rurale des années 1860. Il lui dit tout en affirmant que cette
retranscription personnelle se fait essntiellement par une construction
chromatique ondée sur le contraste des couleurs complémentaires bleu-violet et
ja
une-orange . Malgré le caractère apaisant du sujet, Théo lui dit avec le
sourire qu'il y retrouve bien l'intensité unique de l'art de comme il dit +son
génie+ de frère . Vincent est très ému de l'hommage de Théo et se rend compte
qu'il doit malhureusement s'en aller , Théo lui demande s'il peut conserver ce
chef-d'oeuvre .
Alors Vincent penche la tête de côté, lui explique qu'il est désolé mais qu'il
veut garder sa toile qu'il considère comme une des plus abouties de ces
nombreux tableaux et une de celles qui représente le plus pour lui également .
Théo comprend t accepte la décison , prend son frère chaleureusement dans ses
bras et le laisse filer encore tout retourné par ce qu'il vient de voir...
43. Peinture d'Olive Dupont chapeau
CLIN D'OEIL A L'ARTISTE
Monsieur Dupont,
Suite à mon séjour au festival du film policier qui se déroulait à Cognac,
votre peinture, reproduite sur l'affiche "chapeau", m'a interpellée.
C'est pourquoi, je me permets de vous écrire afin de vous faire part de mes
impressions et de mes sentiments. Bien sûr, j'admire tous vos tableaux, que ce
soit "dupon vitfait", "oliveparaplui" ou
"jardin", néanmoins, j'avoue ma préférence pour le
"chapeau". En effet, à mes yeux, il fait preuve d'une plus grande
qualité artistique. Il m'a particulièrement touché par son intensité et sa
finesse. Par ailleurs, il confronte l'observateur aux diférents personnages
d'une intrigue: le détéctive, la victime, l'accusé. De plus, il rallie tous les
facteurs d'une enquête: les symboles, les indices et le mystère. Mon
imagination m'a transportée dans la réalité d'une enquête policière. Les différents
éléments de votre toile m'ont inspiré les idées suivantes: tout d'abord, le
chapeau représentant le détéctive qui mène sa réflexion sur l'énigme, pui
s, les croix repéres par les inspecteurs comme facteurs importants,
preuves potentielles. Je me suis également interrogée sur la signification du
cigare qui sert de lettre "l" à l'inscription "révolte",
située en bas de votre peinture. Ce cigare représente peut-être un indice
trouvé sur les lieux du crime, ou bien une caractéristique du meurtrier, ou tout
simplement une ancienne habitude du détective chargé de l'enquête. J'ai même pu
percevoir les couleurs chaudes qui occupent toute l'affiche, mêlant ainsi
action, suspense, et angoisse. Le flou situé en bas de votre peinture amène
l'observateur à se positionner au coeur d'une situation dramatique, voire même
tragique. En observant les différents éléments du tableau , j'ai recherché les
liens en vue d'interpréter le sens de cette illustration. De plus, un jeu
subtil et complexe se trame avec les inscriptions. En effet, écrites à
l'envers, elles perdent de leur lisibilité et gagnent ainsi en art. Par
ailleurs, la typographie p
récise des caractères du mot "molle" en haut de votre toile
accentue la gestualité du mot manuscrit "révolte" au bas de votre
tableau. En examinant les moindres détails de votre toile, j'ai également pu
distinguer certains jeux plastiques mêlant image et illusion. J'ai en effet pu
deviner l'expression "chut !" inscrite elle aussi à l'envers,
entremêlée dans le mot "révolte" et la tache rouge-sang. Votre
peinture reste pour moi un chef d'oeuvre de l'art moderne. Le mélange des
symboles qui réunit présence et disparition, affirmation et démenti,
matérialité et illusion fait de votre tableau une page de poésie visuelle.En
vous remerciant pour le plaisir et les surprises que m'ont offerts votre
tableau, je vous prie de recevoir, Monsieur Dupont, mes sincères salutations.
44. L’Angelus de Millet ORSAY13
Le peintre s’assit à son bureau. Il réfléchit de longues heures, pensant à son
passé. Pendant qu’il rêvait, il dessinait au crayon des schémas sur une feuille
vierge, les barrait, en recommençait sans cesse. Puis l’idée lui vint en se
souvenant de son enfance, de ses travaux dans les champs, de sa grand-mère. Il
se rappela de l’Angélus, antique prière que cette dernière lui faisait réciter
trois fois par jour, alors que le clocher du village résonnait dans les champs
à des kilomètres à la ronde. L’artiste était touché, il éprouvait de la pitié
en revoyant dans son esprit l’image de son aïeule, tête baissée, priant pour
les pauvres morts, triste, même quand les récoltes étaient pourtant
fructueuses. Alors le peintre, revenu à la réalité, fit une esquisse. Son
crayon glissait à toute vitesse sur la feuille. Il dessina très grossièrement
deux personnages debout, une fourche et une brouette à terre, puis la ligne
d’horizon aux deux tiers de la feuille. Le peintre était satisfait
de son dessin, simple certes, mais qu’il désirait remplir de sentiments
profonds.
Se levant, l’artiste semblait déterminé, concentré dans sa tâche. Il prit une
toile d’un petit format, comme il en avait l’habitude, la posa inclinée sur son
chevalet en bois et s’assit. Avec son crayon, il recopiait l’esquisse dessinée
sur la feuille d’un trait plus net, plus précis, plus délicat, plus appliqué.
Il détaillait au maximum les personnages, les outils, les champs. Il passa la
nuit devant son tableau, travaillant sans relâche. Il ne se leva que pour aller
déjeuner le lendemain, une fois son travail de dessin terminé.
Après cette courte pause, il se rassit à son chevalet, un pinceau à la place de
son crayon. Au moment où le pinceau toucha la toile, le peintre sembla
ressentir l’émotion qu’il transmettait au tableau. Il paraissait triste et
troublé lorsqu’il donnait aux champs une couleur terne, rassuré quand il
peignait le ciel d’un jaune plus lumineux, puis inspirait de la pitié lorsqu’il
créait les paysans. Fatigué par son travail très rigoureux, il s’accordait de
temps à autre quelques siestes, quand il n’arrivait plus à peindre.
Une fois les finitions de l’œuvre achevées, l’artiste la regarda attentivement
avant de pouvoir apposer sa signature. Il observait aussi bien l’ambiance
générale de l’œuvre que les petits détails. Venu à la conclusion qu’un élément
manquait au tableau, le créateur lui ajouta sa touche finale, un détail d’une
grande importance qui lui donne tout son sens et qui lui rajoute même une
dimension sonore : le clocher d’une église placée au loin, sur l’horizon.
Millet put ensuite signer sa création.
45. Edgar Degas, L'Absinthe ORSAY14
C’était une sombre après-midi de décembre. Je m’étais éloigné quelques jours de
la capitale. J’étais en train de réfléchir devant une toile, quand j’entendis
frapper à la porte. C’étaient mes amis qui voulaient que je les accompagne au
bar " Le Tube ". J’étais pourtant très occupé mais je décidai d’y
aller tout de même, car je me disais que sortir un peu ne pouvait pas me faire
de mal, cela pouvait même m’aider à réfléchir.
Nous allâmes tous ensemble Anne, Pierre, Charles, Louis et moi au " Tube
". Cela faisait une heure que nous y étions, nous parlions, nous riions
ensemble. Mais notre joie retomba très vite quand nous vîmes qu’Anne et Pierre
étaient en train de boire leur deuxième verre d’absinthe. Ils étaient tout
endormis et ils ne réagissaient pas lorsque nous leur parlions. Nous décidâmes
alors de partir, il était environ dix huit heures.
Nous prîmes la route du bord de mer pour les raccompagner. Nous espérions que
l’air frais du large les remettrait sur pied, car depuis que nous étions sortis
du bar, nous devions supporter Anne et Pierre. L’air du large n’eut aucun effet
bénéfique, ce fut presque pire. Anne fut en effet bousculée par une énorme
vague qui la fit trébucher nous entraînant avec elle. Malheureusement sa tête
heurta une pierre et elle s’évanouit.
Nous dûmes alors l’emmener se faire soigner, car le choc était plus violent que
nous le pensions. C’est à ce moment-là, alors qu’Anne recevait les soins
appropriés, que j’eus l’idée de ma prochaine toile : L’Absinthe.
Elle dénoncerait les méfaits de cet alcool. Je peindrais Anne et Pierre dans un
décor semblable au bar où nous nous trouvions en cette fin de journée, à la
même table et en train de boire de l’absinthe. Ils seraient habillés de la même
façon qu’aujourd’hui, Anne aurait une grande robe entre le blanc et le rose,
Pierre, lui, serait en habit de toile, vert et assez léger. Dans cette scène,
Anne aurait les yeux perdus, le regard vide afin de montrer tous les dégâts que
provoque l’absinthe. Pierre aurait la barbe qu’il portait quand il était un
habitué des bars et un très gros buveur. J’avais raison, sortir m’avait inspiré.
Je rentrais chez moi tout seul en laissant Louis qui voulait rester auprès
d’Anne. Charles lui raccompagna Pierre chez lui. La nuit était déjà bien
avancée quand nous partîmes.
Anne se remit rapidement de sa blessure, et mon tableau eut le résultat escompté
: Anne et Pierre ont arrêté de boire de l’absinthe.
46. Camille Corot, Une matinée ORSAY 6
Après plusieurs heures de marche sans avoir trouvé le
moindre papillon, je m’écroulai de fatigue sur l’herbe fraîche. L’été arrivait
et je m’endormis à l’ombre d’un chêne majestueux bercé par la douceur de l’air.
Lorsque le soleil se mit à décliner dans le ciel, je reçus un rayon lumineux
dans les yeux qui me fit sursauter. Je clignai un œil puis l’autre sans me
décider à quitter ma place. A force de fermer et de rouvrir mes paupières, mes
yeux enregistrèrent des cercles de feux, et en même temps j’aperçus des formes
au milieu de la clairière. La tête me brûlait un peu et je me décidai à
retrouver l’ombre et à dormir encore.
Cette fois ce ne furent pas les rayons du soleil qui me réveillèrent mais une
musique légère, peut-être une flûte ou un hautbois… Je ne me lassais pas de
l’entendre et je n’étais pas pressé de partir. La nuit était encore loin. J’ouvris
simplement un œil avec précaution et ce que je vis me coupa la respiration.
D’abord j’aperçus ces formes souples que j’avais entrevues tout à l’heure mais
je distinguais plus précisément les contours maintenant. La clairière venant de
se remplir, la nature m’offrait un ballet, pour moi seul. Je m’installai sur un
coude pour mieux voir le spectacle. Je m’amusai à choisir la plus jolie, la
plus gracieuse ou la plus audacieuses des danseuses, mais j’y renonçai, car je
n’avais pas plutôt quitté une de ces rondes, qu’une autre apparut avec des
formes encore plus belles aux seins nus.
Pendant un temps, je crus apercevoir un homme assis au milieu de ces grâces et
j’éprouvai sincèrement de la jalousie. J’eus même un doute sur l’innocence de
cette scène. Est-ce que par hasard je n’avais pas affaire à une bacchanale ? Un
dieu m’avait peut-être manipulé pour faire cette sieste? Je n’osais plus du
tout bouger de ma place. Même les arbres avaient l’air d’entrer dans la danse.
Le soleil finit par disparaître, des frissons me parcoururent. J’avais
peut-être rêvé et j’allais repartir seul, avec juste cette petite musique en
tête. C’est alors que je sentis une main qui m’invitait à entrer dans la ronde.
Il était déjà tard lorsque je me décidai à prendre le chemin du retour. Arrivé
dans mon atelier, je me reposai pour essayer de me souvenir du magnifique
auquel j’avais assisté la journée. Mais les femmes, le décor… rien ne me
revenait. J’étais comme désemparé, la fatigue me gagna et je me rendormis.
Ce fut seulement quelques semaines après ma halte en forêt, que lors d’une
sieste, le paysage me revint à l’esprit. Je saisis alors une toile et un
pinceau et je me mis, sans attendre, à peindre cette splendeur.
L’amour pour les ballets me fit créer "Une matinée ; la danse des Nymphes".
47. L’Angélus, de J.-F. Millet ORSAY 13
Tout en rentrant de Perthes-en-Gâtinais où il avait passé un après-midi entier
à débattre de la politique sociale du gouvernement, Jean-François ne pouvait
s’empêcher de penser à sa défunte grand-mère paternelle, qui les faisaient
arrêter de travailler lui et ses frères alors qu’ils étaient dans les champs,
pareils à ceux qu’il voyait défiler au long du trajet, et qu’ils entendaient au
loin sonner l’Angélus.
“_ Dites-moi Grand-Mère, pour qui prions-nous ?
_ Pour les pauvres morts et Gabriel ! Allez, retire ton chapeau et priez mes
enfants. ”
Puis, arrivant à Barbizon après cette petite heure de route, Jean-François
descendit devant chez lui et croisa Théodore, son voisin et ami peintre. Ils
s’échangèrent quelques paroles succinctes sur le temps brumeux de cet automne
1856 puis Millet rentra enfin et après ce trajet nostalgique, il remit son cœur
à l’ouvrage auquel il travaillait depuis déjà un an.
Jean-François rythmait souvent ses journées par des visites à ses amis artistes
ou parfois retournait à l’ancienne propriété familiale du Cotentin, celle où
chaque été il voyait arriver tous les commis pour les récoltes puis les
regardait repartir, impuissant face à leur malheur, lorsque l’automne et
ensuite l’hiver arrivaient, réduisant à un néant relatif les charges de travail
des champs. Il invitait aussi quelquefois à quelques repas ou collations
l’évêque ou le prêtre du diocèse pour parler de morale mais aussi bien entendu
des nouvelles qualités esthétiques naissantes.
L’œuvre en cours était déjà assez avancée et seul l’arrière plan, après la
ligne d’horizon d’un flou délicat n’était pas seulement esquissé.
L’influence de Millet à Barbizon commençait à grandir. Souvent il se trouvait à
devoir juger quelques œuvres d’autres artistes du village même.
Mais ce soir, Jean-François voulait se consacrer à sa peinture. “ Il manque
quelque chose, s’exclama-t-il, il manque une dimension à ce tableau… ”
Dix-huit heures sonnèrent. L’artiste n’avait guère avancé depuis qu’il était
revenu. Il regardait fixement son œuvre, s’en emplissait.
Dix-neuf heures sonnèrent. C’était ça ! Il la lui fallait, cette vibration,
cette incitation à la prière, le son des cloches résonnant, sonnant l’Angélus
de son enfance pour ce couple figé.
Millet se mit alors à chercher un moyen d’introduire cette sonorité dans sa
toile…
Ding, rrdong, ding ; vingt-trois heures. Ça y était, le peintre venait de
trouver ! Edifier le clocher dans le prolongement de la nuque de la femme et du
haut de la tête du brave paysan ! Il fallait leur donner une allure monumentale
dans ce recueillement pieux. Nous devions reconsidérer ceux qui travaillaient
chaque jour cette terre. C’était décidé, demain il terminait ce clocher. Et il
laissa son tas de croquis qu’il venait d’effectuer, glisser aux côtés de ceux
représentant les figures et postures de paysans.
Six mois plus tard Millet donnait sa dernière touche au tableau puis signait.
Douze mois plus tard, le commanditaire versatile de la toile n’étant venu le
chercher, l’Angélus sonnait pour trente milles francs chez un collectionneur
belge…
48. Ludovico Wolfgang Hart Café arabe du Caire (no 19) ORIENT5
Cette photographie a été prise par Ludovico Wolfang Hart
entre 1863 et 1864 avec pour titre "Café arabe du Caire". Au premier
plan, nous apercevons quatre personnes, des égyptiens sans doute, fumant leur
narghilé. Ils sont habillés avec un turban et une tunique traditionnelle, et,
comme bon nombre de personnes au Proche-Orient, ils ont de la barbe. C'est une
image de la vie traditionnelle en Egypte, qui souligne la pauvreté.
Les lignes verticales du pilier soutenant le toit, ainsi que
celles des briques, n'expriment pas un obstacle, mais plutôt les limites de ce
refuge. Les personnages sont amassés autour du poteau comme s'il s'agissait du
principal soutien du café: ils veulent sans doute protéger le café qui semble
être un de leurs seuls lieux de convivialité. Les pierres carrées sur
lesquelles sont assis les protagonistes forment un ensemble de stabilité et
d'équilibre, comme si cela était la base du bâtiment, le plus solide.
Le toit paraît fébrile. Les lignes obliques des branches qui se croisent
et forment le toit ne semblent pas protéger des phénomènes météorologiques,
mais plutôt du soleil, car c'est un pays chaud et sec. Ce toit de fortune
paraît former une frontière entre le ciel et le café. Le bout des branches qui
forment le toit se finissent en pointe, montrant l'aspect agressif et
protecteur de ce toit.
Le photographe a pris la photo de face. Cela nous montre que les
personnages peuvent s'adresser à nous, et à tous ceux qui regardent cette
photo, ainsi que le photographe. Elle nous permet d'entrer un peu dans l'action
et dans le décor. C'est un plan large soulignant le lieu de l'action, qui est
café, mais aussi les quatre personnages qui sont pris des pieds à la tête (
plan moyen et décor).
A l'arrière-plan, nous pouvons observer le fond du café. Il montre
que le café est un lieu fermé et protecteur. Les formes rondes des turbans
montrent la douceur et la paix des clients de ce café. Ils n'ont pas une
attitude agressive mais plus une attitude pacifique envers les éventuels visiteurs,
mais aussi envers celui ou celle qui regarde la photo.
C'est aussi la couleur des turbans, qui sont clairs sur un fond
très sombre. Ce sont les points forts, les turbans contrastant avec le teint
mat des personnages ainsi qu'avec la barbe de celui du milieu. Il y a un autre
contraste de couleurs entre la façade du café, formée de briques claires (
comme le poteau qui est, lui aussi, clair), et le fond du café, à l'intérieur.
Le soleil que l'on imagine dehors, projette beaucoup d'ombre dans le coin du
café. Peut-être y a-t-il une certaine méfiance de ce noir, c'est pourquoi les
personnages sont à la lumière.
A travers cette lecture d'image, nous pouvons voir la beauté
présente dans chaque œuvre photographique, même les plus anodines.
HAÏKUS
Quatre égyptiens au café
Accompagnés de leur narghilé
Leur permet de s'évader
Sur un mur
Loin des villes et de ordures
La vie paraît obscure
49. Photographies publiées dans la collection "Achives de Wallonie" Les hommes en usine Véronique Vercheval V1
En observant cette photo en noir et blanc, nous pouvons voir des hommes portant
des casques et des lampes souriant dans une cage sombre. Ils sont vêtus de
vêtements de travail mal lavés et chiffonnés. Les hommes ont un air mexicain,
on peut le voir à la façon dont est coupée leur moustache.
A la façon dont ils sont vêtus et à leur environnement sombre nous pouvons en
déduire que ces hommes sont des mineurs, étant dans un monte-charge, les menant
dans un monde sombre: la mine. Il y a donc ici une antithèse entre le sombre
monde de la mine et la lumière émise par les lampes: cela trouble l'obscurité.
On notera également une seconde antithèse entre le sourire des mineur et les
barreaux du monte charge des ténèbres.
En regardant cette photographie, cela nous remplit de bonheur et nous en
sourions. En effet, les hommes allant travailler dans des conditions si
difficiles et si déplorables, ce qui nous fait penser à des soldats montant au
front remplis d'espoir.
L'artiste a pris cette photo en plan rapproché et met donc l'accent sur
l'attitude et le costume des mineurs. Il nous donne une impression de contact
direct avec les mineurs grâce à l'angle de vue de sa photo.
Les barres et les chaînes donnent l'impression de bloquer les mineurs dans la
cage d'ascenseur. Sortiront-ils vivant de la mine?
Dans leur prison noire
Des petits hommes impatients
Attendent
Dans le noir
Les hommes sont attrapés
Sans se rebeller
Dans le sombre noir
Un sourire éclair:
Une lumière…
Dans les profondeurs
Les cliquetis de chaînes
Se font entendre
Par les abysses
Les hommes sont attirés
Et plongent
50. constance (5)
Le cahier, la photo, le noir et le blanc
Le cahier est grand et noir. Le papier est épais et blanc. Les photos brillantes,
grandes, épaisses, noires et blanches. Je tourne les pages, lentement, comme
pour prendre le temps d’admirer. Mais je n’admire pas, je ne regarde même pas,
je vois. Je vois du noir, je vois du blanc et rêve silencieusement. Noir.
Blanc. Noir. Blanc. Puis mes yeux s’arrêtent, net. Pupilles écarquillées, corps
paralysé, j’admire. Comme avant, c’est noir, c’est blanc, mais là c’est
éblouissant. Le soleil, pâle, se reflète dans l’eau, froide. Et mon regard ne
veut pas s’en détacher. Pétrifié par tant de beauté, je ne peux qu’admirer.
Tout est si calme. Eau. Soleil. Noir. Blanc. C’est reposant. Reposant mais pas
mort. Si les photos figent, je suis photophobe ; mais cette photo vit, j’en
suis photophile. Je ferme les yeux. Je vois le noir, je vois le blanc, je vois
le simple, je vois le beau. Je vois la photo. Je sais, maintenant, que jamais
je ne l’oublierai. Face à un film sans couleur, un piano, un
jeu d’échecs ou un tableau noir, j’y repenserai. Je la reverrai alors.
Plus vivante qu’un vieux film, plus chantante qu’un piano, plus intelligente
qu’un jeu d’échecs et moins sévere qu’un tableau d’école. Je la reverrai. Je
l’admirerai. J’ouvre les yeux, ferme l’album et le lui rends. Sans un mot. Elle
le prend, silencieusement. C’est son album, ce sont ses photos. Je dois lui
rendre. Je devrais aussi la féliciter, n’est-elle pas la cause de tant de
beauté ? N’est-elle pas la créatrice de ce calme ? N’est-elle pas la
photographe de cette sérénité ? Mais je ne la félicite pas, je lui rends son
cahier et m’en vais. Admiratif et muet. Aujourd’hui, les mots ne veulent pas
coopérer. Demain, peut-être, je lui dirai : « C’est beau, Constance. C’est
beau, c’est noir et c’est blanc. »
51. Image
de Claude Lévêque extraite de "Appartement occupé LEV10
Nous voyons sur cette image un jeune garçon dans la rue. Il
y a, à sa gauche, un trottoir et un grillage, et à sa droite la route. Le
garçon est habillé en T-Shirt blanc imprimé, ce qui fait un contraste évident entre
le blanc et le noir. Ce garçon semble joyeux, il sourit mais lève son majeur
gauche dans un signe injurieux et provocateur. Nous voyons donc qu'il y a un
contraste dans l'attitude du garçon : le sourire et le geste injurieux sont
contradictoires. Il n' y a donc pas de sentiments hostiles de sa part, car vu
son jeune âge (environ 10 ans), il ne doit pas connaître la vraie signification
de l'injure. De plus, nous ressentons un sentiment d'agressivité dans cette
photo car le garçon est photographié de face. Le garçon est pris en plongée :
le photographe voulait donc le mettre en infériorité par rapport à lui. Il est
au premier plan, et c'est donc le garçon que l'on voit en premier. Le point de
fuite est sur le cadre de l'image juste derriè
re le garçon. On a donc envie de savoir ce qu'il y a derrière lui, comme
la guerre par exemple.
Ce garçon n'a donc pas vraiment envie ni de provoquer ni d'insulter, mais fait
plutôt ce geste pour s'amuser.
52. Photographie de Véronique Vercheval V14
Sur cette photo nous voyons deux femmes qui s'enlacent. Nous
pouvons supposer qu'elles sont très proches; elles se ressemblent, on peut
penser qu'elles sont sœurs. Elles ont le sourire aux lèvres : elles sont heureuses.
A l'arrière plan nous observons des bâtiments en ruines. Cette photo a
probablement été prise après la guerre en Palestine. Ces femmes ne semblent pas
blessées par l'événement : l'une d'elles porte une montre et une belle veste,
elles ne sortent donc pas d'un bombardement.
On peut en déduire que ces femmes ont été séparées par la guerre et, sur cette
photo, on assiste aux retrouvailles. Il y a un contraste entre l'amour et la
haine : les deux femmes s'aiment très fort; elles sont très proches, tandis que
les ruines témoignent de combats violents. Il y a aussi une antithèse entre la
guerre et la paix ou plutôt entre le bonheur de ces femmes et le malheur des
blessés durant la guerre.
L'auteur veut nous montrer que même que s'il y a eu la guerre, ces femmes sont
très heureuses de se retrouver. On ressent une grande émotion ( joie et amour
). Lorsque l'on regarde cette photo, ce n'est pas tout de suite le désastre
qu'a produit la guerre que l'on voit, mais d'abord le bonheur des
retrouvailles.
Les personnages sont pris en plan américain, de profil, et l'angle de vue est
de face. On remarque les femmes au premier plan grâce à leurs habits plus
colorés que les bâtiments. Les lignes verticales qui représentent les bâtiments
sont des obstacles à la liberté des rescapés tandis que les courbes qui
représentent les formes féminines sont la douceur et la tendresse. Cela nous
montre vraiment le bonheur qu'éprouvent ces femmes malgré la guerre. Le point
de fuite est à l'extérieur de la photo, les personnages sont libres, ce qui
nous montre bien que c'est la fin de la guerre.
53. Germain Eblé, sans titre, septembre 1932 EBLE
Pour être honnête, J’avouerai que mon idée de départ pour cette écriture
d’invention était de choisir au hasard une image et d’inventer les
pseudo-sentiments que m’aurait transmis sa vision. Je trouvais par ailleurs
cette idée rassurante car j’aurais préférée mentir plutôt que d’exposer ce qui
me touchait réellement.
En effet quoi de plus simple que de se dire émue par une peinture qui ne vous
fait aucun effet plutôt que d’admettre son émotion face à une photographie ?
Je sus que je serais contrainte
d’appliquer cette deuxième solution que je voulais tant éviter lorsque je
dénichais ce portrait de famille pris septembre 1932 par Germain Elbé.
C’est sa simplicité qui m’attira.
Cette image paisible de cette famille composée de deux adultes et de six
enfants, dont un en bas age ayant l’air de porter sa robe de baptême, bien qu’étant
celle que je rêvais d’avoir dans mon avenir, me laissait une trace de
mélancolie.
Peut être étais-ce du au simple fait que j’estimais ne jamais pouvoir atteindre
cet idéal, ou bien, plutôt,
a cause de tous ces regards rempli d’émotion. Car cette dernière impression,
sûrement dus à mon imagination, me donnait la sensation que quand mes yeux se
posaient sur cette photographie, l’esprit de cette famille était toujours
vivant.
Que cette petite fille sur les genoux de son père me regardait d’un air intrigué,
que celui-ci été stupéfait par ma présence, que tous me dévisageaient.
Cette famille me faisait aussi penser a des
fantômes. Cet effet, sûrement occasionné par le brumeux décor avait aussi une
valeur symbolique, celle du bonheur passé.
Je ne pouvais m’empêcher en admirant cette photo, et c’est sûrement une des
causes de la mélancolie qui me prit en m’arrêtant sur celle-ci, de me dire que
cet instant figé dans le temps ne se reproduirait jamais.
Le bébé a grandi, le fils est probablement marié, les autres enfants aussi et
les parents sont sûrement morts. En y réfléchissant, les parents ne sont
hélas pas les seul a être morts, car si le bébé avait un an a l’époque, il
aurait aujourd’hui 71 ans.
C’est ce paradoxe qui me rendrait triste. Comment? Cette angélique petite fille
n’existe plus que sur cette
photo?
Cette simple pensée ne devrait pourtant pas me laisser amère, après tout, je ne
las connaissait pas...
Mais voila le problème, si en réalité cette photo m’attire
c’est que c’est une de celles que l’on peut trouver dans chaque album de
photographies. Une de ces photos qu’un jour on regardera avec joie en se
remémorant cet instant de bonheur et qu’un autre jour on regardera avec
tristesse, la gorge nouée, en voyant ce père qui vous tenait sur ces
genoux et qui ne le refera plus, en voyant tous ces êtres que vous chérissez
qui sont parti et que, malgré tous les moyens possibles et inimaginables
que vous pourrez déployer, ne reverrez jamais. Le seul moyen de transport qui
peut vous ramener jusqu’a eux est ce morceau de passé et cette photographie en
est l’exemple.
Cette photographie, bien qu’anonyme, rappelle que cette famille a existé et
c’est pour cela que je lui en suis reconnaissante, car, grâce a elle, ce
bonheur passé ne sera jamais oublié.
54. Série
Palestine photographie de Véronique
Vercheval V13
C’était le 29 avril
2002 et je revenais à l’hôtel où j’étais restée pendant une semaine pour
faire un documentaire sur l’Israël. Pour arriver à l’hôtel j’ai dû passer à
côté du point de contrôle de Ramallah, 300 yards de déchets pour passer de la
ville de Ramallah à la ville de Ram.
Je pouvais sentir cette chaleur intense et particulière de la mi-journée.
Je me suis arrêtée pour observer quelque chose de très curieux. Un des soldats
qui gardait le point de contrôle était très jeune ; il était nerveux et
tremblait, il avait peur de tous les passants.
Devant le soldat, marchait une femme qui, avec son regard, montrait son
hostilité envers lui. Elle marchait d’un pas lent, fatiguée par la chaleur
qu’elle sentait avec ses vêtements (elle portait un long manteau et un foulard
qui couvrait sa tête).
En même temps, les autres personnes qui passaient à côté d’elle se dépêchaient
pour traverser le point de contrôle.
J’ai trouvé tout cela bien ironique : bien qu’il faisait chaud cette dame
n’enlevait pas son manteau, le soldat ne bougeait pas un muscle et tous les
passants marchaient silencieusement.
C’est pour cela que j’ai décidé de prendre cette photo. Pour moi cela était
très étrange et en même temps profondément triste : comment imaginer vivre sans
le minimum de liberté de mouvement ?
55. Caspar-David Friedrich L’arbre aux corbeaux louvre(24)
L’arbre aux corbeaux est un tableau peint vers 1822, huile sur toile, 59cm x
16cm.
Dans ce tableau, on peut voir au premier plan un arbre mort, sans feuilles,
entouré de vieux troncs d’arbres sur lequel plusieurs corbeaux noirs donnent
l’impression de mort, de peur.
A l’arrière plan, un monticule de terre recouvert d’herbe sombre, et beaucoup
de corbeaux volant vers l’arbre du premier plan et donc vers le spectateur.
Le ciel est d’une couleur jaunâtre car c’est la tombée du jour.
Toute la peinture donne un sentiment de peur, d’angoisse pour l’avenir, de
tristesse, de désespoir comme dans un film de terreur.
La présence des corbeaux donne l’impression que des mauvais esprits comme le
diable ou les démons sont présents dans le paysage.
Cette peinture me fait frissonner car j’imagine que le destin est inévitable,
que la fatalité peut arriver à n’importe quel moment comme un corbeau qui vole
au fur et à mesure du vent qui l’emporte. C’est pour cela que je crois qu’il
faut vivre pleinement le temps qui nous est imparti par le destin car tout peut
cesser d’un instant à l’autre.
En plus on dirait que l’arbre le plus grand et en train de protéger les autres
car il ne veut pas laisser un être vivant les atteindre.
56. Georges de La Tour La Madeleine à la veilleuse LOUVRE(27)
Aucune image n’attirait vraiment mon attention jusqu'à ce
que je vis de plus près La Madeleine à la Veilleuse de Georges de la Tour. Sur
ce tableau était peinte une femme, de profil, au visage penché et au
regard fixe (mais à la fois absent) sur la flamme que jette une veilleuse
qui est sur une table près d’elle. Cette mystérieuse femme aux cheveux longs
porte une chemise blanche qui a glissée du côté gauche laissant son épaule nue
et une longue jupe rouge. Sur la table on peut aussi voir deux gros livres, et,
à côté un fouet qui repose sur un grand crucifix. Le fond est sombre. Mais rien
ne me frappa plus que le crâne, posé sur les jambes de la Madeleine, elle le
caresse avec sa main droite.
C’est alors que je m’intéressai à l’image, je découvris que c’était une
prostituée qui s’était convertie après sa rencontre avec le Christ. La lumière
qui l’éclaire peut alors représenter l’espoir parce qu’on voit qu’elle tombe
surtout lumière est surtout sur son visage, le reste de la salle est sombre. C’elle
est une figure religieuse. Le fait qu’elle était avant une prostituée peut
expliquer la façon de s’habiller, des habits vieux et la chemise qui découvre
presque la poitrine. Elle a un gros ventre rond mais ses bras et ses mains sont
fins on peut donc penser qu’elle est enceinte et je pense qu’ici le crâne sert
a faire le contraste entre la vie et la mort. C’était sûrement le crâne de
quelqu’un qu’elle aimait pour qu’elle le tien sur ses jambes, qu’elle le
caresse, c’est quelqu’un qui lui manque beaucoup. Le crucifix représente
alors sa foie et son amour pour Dieux. On sait qu’avant sa crucifixion Jésus a
été battu avec un fouet et on retrouve dans le tableau ce même f
ouet sur un crucifix.
Face à tout ça la Madeleine semble pensive, elle est dans un état du quel dont
elle ne peut pas sortir. Ce tableau m’impressionne, elle semble si calme en
tenant un crâne sur ses jambes, dans le noir…
57. Série Palestine photographie de Véronique Vercheval V14
Il y a quelques mois j’ai voyagé à Ramallah, une ville où la situation
politique est devenue insupportable. Tous les habitants ont peur de sortir de
chez eux, les rires des enfants joyeux jouant dans la rue ont disparu. Les
routes sont devenues complètement désertes, on ne voit plus une âme. Tous les
jours les coups de canon, plusieurs familles séparées à cause du conflit
Israélo-palestinien que vivent les gens à Ramallah, c’est une situation
dramatique d’où ils ne peuvent échapper. Les soldats israéliens ne font
pas attention aux cris de désespoir que poussent les gens chaque fois qu’ils
voient qu’un membre de leur famille leur est arraché. Ils ne savent pas comment
l’éviter, c’est leur destin de mourir à cause de cette guerre. La seule chose
qu’ils peuvent faire c’est de ne pas penser qu’il est déjà mort mais de prier
pour qu’un jour elle leur revienne.
Je suis photographe et depuis quelques années, je cherche à prendre la
meilleure photo qui n’ait jamais été prise. Cette fois-ci, j’ai parcouru tout
Ramallah avec l’espoir de la trouver parmi la souffrance de tous ces gens. J’ai
pris plusieurs photos qui montrent la ville dévastée par une guerre qui n’a pas
de fin. Le dernier jour de ma visite j’ai cherché partout, une scène qui
montrerait une lueur d’espoir dans ce monde de destruction. Et voila que j’ai
trouvé dans toute cette ombre, une lumière dans la vie, deux sœurs qui se sont
retrouvées après beaucoup de lutte pour se revoir, pouvoir
s’embrasser et ne plus se séparer. Les soldats casqués, les maisons
détruites, une ville qui a été réduite en poussière, la haine des deux peuples,
on les a oubliés pendant quelque minutes grâce à cette rencontre où l’on voyait
l’immense sourire des deux jeunes au moment de se voir et avec cela on peut
apprend que l’espoir est le dernier sentiment à mourir après notre mort.
58. Xavier Mellery, Chute des dernières feuilles d’automne, mellery_automne
Une nuit assis à mon bureau,
en attendant l’inspiration, je m’endormis. Dans la confusion de mon rêve
j’entendis l’étrange voix d’une femme me dire :
« Mon bon père, le temps nous a finalement atteint, aujourd’hui
nous avons vieilli, nos corps ne sont plus les mêmes, nous n’avons plus
la force ni cette nuance de vie que nous avions auparavant. C’est pour nous
enfin le temps. On attend le moment de partir. Certains t’ont déjà laissé,
elles n’ont rien dit, tout simplement quand le soleil se montra, elles
avaient disparu.
C’est la nuit qui nous fait vieillir je le sens elle porte avec elle ce vent
froid qui veut nous séparer de toi, il nous tire il veut nous arracher la vie.
Je ne sais pas où je serai emmené. Cette fois quand la nuit viendra je ne
pourrai plus le supporter.
Le soleil se cache ; je pense ne pas attendre la nuit, ne pas attendre le
vent qui semble vouloir m’emmener loin d’ici, il vaut mieux me laisser tomber
pour rester près de toi.
Vivrai-je après m’être séparé de toi ? Est ce que la vie nous laissera ?
Le temps arrive… »
Dans mon rêve je me sentais comme faisant partie de cette histoire, je
connaissais ces femmes mon amour pour elles était immense…Je ne voulais pas les
laisser partir mais dans mon rêve elles partirent cette nuit et je fus
malheureux…
Le lendemain je m’éveillai avec le souvenir de mon étrange rêve mais aussi avec
une grande tristesse comme si quelqu’un était mort sauf qu’il n’y avait
personne. C’était à cause de mon rêve ; j’aimais trop ces femmes ! Je les
voyais encore lorsque je fermais mes yeux mais pourtant je ne les connaissais
pas. Je pensai donc que l’inspiration finalement ne m’avait trouvé
qu’endormi. C’est comme ça que je décidai faire une peinture de mon rêve.
Je voulais faire quelque chose de fantastique, d’imaginaire donc j’essayai
de me rappeler de chaque détail de mon rêve. L’étrange femme m’avait appelé «
père », elles avaient vieilli pourtant j’étais encore vivant puis c’était le
vent qui les tirait et qui voulait les séparer de moi. Lorsque je pensais à
cela j’eus l’idée de peindre quelque chose de fantastique : un arbre, je
serais leur père, les belles femmes seraient les dernières feuilles qui tombent
vers la fin de l’automne. Moitié feuilles mortes et sèches, moitié femmes
belles et innocentes, ces femmes seraient le centre de ma peinture. J’étais
content de pouvoir créer a nouveau une peinture en quelque sorte surréaliste.
Sauf que dans mon rêve je fus malheureux donc j’ajoutai un denier détail, une
toile d’araignée qui les tenait dans l’air pour ne pas les laisser partir enfin
elles auraient parties mais je les aurais près de moi pour toujours…
Finalement je fus heureux pas dans mon rêve mais dans la peinture de mon rêve !
59. Mellery,
les heures
mellery_heures
L´éternité et la mort
(Les heures)
Mes heures arrivèrent
Pendant que les tiennes passèrent
J’entendais tout autour de mon corps
Les angoissants soupirs de la mort……
C’était en 1921, une nuit lourde, sombre
Et séduisante recouvrait Laeken, ma ville natale,
Là, ou l’ange sans ombre
Me chasse en galopant sur son cheval.
Mes heures, mes minutes, mes secondes,
Marquées par cette douce brise
Qui, vers les champs de l’éternité m’emporte,
Là où l’ange noir pleure sans heures fixes.
C’était la brise de l’immémoriale mort
Qui avec son invincible faux,
Arracha m’on âme à la vitesse d’un éclaire
Et quoi ? J’avais déjà gagné le prix de Rome.
Le rouge envahit le ciel
Et je laissai mon maître PORTELS
Le sol s’ouvrit comme un coffre
Et j’abandonnai mon élève KNOPFF,
En dessous de moi, de grands escaliers en colimaçon
Que je descendis très lentement
Car la seule chose que je savais….
C’est, que j’avais toute l’éternité.
Enfin, je donnai le dernier pas
Puis, je trouvai du papier, des peintures et un compas
Alors je me mis à dessiner
Ce que mon destin m’indiquait :
C’était ce vieil ange,
Entouré par ses heures,
Qui, comme un rêveur,
Cherchait á échapper á ce jeu étrange
Elle pleurait, la mort, de fatigue
Elle pleurait des larmes de sang
Que les heures prirent avec intrigue
Pour pouvoir danser en rigolant.
Malgré ses grands ailes noires déployées vers le haut
De même que sa faux,
N’empêchait pas qu’elle serait destinée
À vivre entouré par l’éternité.
60. Caspar-David Friedrich L’Arbre aux corbeaux Louvre (24)
Vous pensez certainement que ceci est juste un paysage. Vous
pouvez même penser que ce n’est pas le paysage le plus beau pour être peint.
Mais vous vous trompez, ceci n’est pas seulement un paysage. Vous avez
sous vos yeux l’endroit même où quelque chose d’horrible s’est produit. Oubliez
l’ordinaire, la nature, elle aussi commet des crimes. N’avez-vous pas
l’impression que le paysage vous regarde? Ce n‘est pas un hasard, il vous regarde
bien. Il connaît, lui. Il sait. De quoi je parle? Vous allez voir…
C’était un samedi matin. Je venais d’avoir une dispute avec ma belle
Caroline et je décidai donc de sortir marcher un peu. Si j’ai vraiment appris
quelque chose pendant mes années à Copenhague, c’est de ne jamais sortir sans
une feuille et un crayon. Très rapidement, j’arrivai à un endroit complètement
isolé, me demandant comment j’étais arrivé jusque là. C’était un très joli
paysage. Au premier plan, un arbre, plein de feuilles vertes qui exprimaient la
joie avec ses formes et ses couleurs, et derrière, une vallée couverte d’herbe
si verte que je ne l’aurais pas cru si je ne l’avais pas vu. Le ciel était d’un
bleu très clair avec quelques petits nuages de part en part. Je décidai de m’asseoir
et faire un brouillon de la scène que je peindrais correctement plus tard.
Tout à coup, j’aperçus un paysan qui marchait le long de la vallée et je pensai
qu’il avait quelque chose d’étrange dans sa façon de se comporter : il semblait
avoir peur, peur de l’endroit, peur de l´herbe sur laquelle il marchait, comme
si quelque chose l’effrayait mais que je ne pouvais pas distinguer. Trois
secondes plus tard, le paysan commença à hurler : « Je suis ici ! Prends-moi si
tu veux ! Fais-moi ton roi et apporte-moi loin d’ici ! Je n’ai plus envie
d’être ! Prends-moi, te dis-je, vallée infernale ! ». Puis, bien que ceci
puisse vous paraître impossible ou ridicule, la vallée commença à aspirer le
paysan pendant qu’il poussait les hurlements les plus forts que je n’ai jamais
entendu. Il avait l’air effrayé, mort de peur. Mais il ne pouvait plus rien
faire, c’était trop tard. Quelques secondes plus tard, il fut entièrement
absorbé par cette vallée où se trouvait maintenant une petite montagne.
À la suite de cet incident, les feuilles de l’arbre qui était là tombèrent et
il ne resta plus que les branches. Le ciel devint obscur, comme si le soleil
était en train de tomber, alors qu’il n’était même pas midi et une vingtaine de
corbeaux se précipitèrent vers la petite montagne qui venait de naître.
Je restai paralysé pendant un moment, rempli de peur, incrédule, mais ma
curiosité fut plus grande. J’essayai donc de me rapprocher un peu mais dès que
j’arrivai près de l’arbre, plein de troncs et plusieurs arbres décharnés
sortirent de terre et formèrent une espèce de muraille autour de la montagne,
comme pour protéger le corps du paysan, comme si ça appartenait à la vallée.
Elle savait que quelqu’un se rapprochait, et elle ne voulait pas qu’on la
dérange…
Arrivé chez moi, j’étais encore impressionné et envahi par la terreur que
m’avait causée ce que je venais de vivre. Je décidai donc que la seule façon
d’oublier cet incident était de peindre le paysage pour le sortir de mon
esprit…
61. Edouard
Detaille (1848-1912) Le Rêve orsay 18
La nuit s’est terminée, le soleil timide se lève dans
l’horizon très lointain. Je peux à peine voir ses rayons éclairant le ciel mêlé
de nuages, c’est un des plus bel aurore que je n’ai jamais vu dans ma vie.
Le froid intense gèle mes pieds en me réveillant dans une scène qui m’envahit
d’un sentiment d’espoir et de victoire lorsque tous mes amis soldats dorment
encore lourdement dans leur sommeil passif, je vois dans le ciel, mêlée aux
nuages, une image pas très claire, je pense que c’est seulement un produit de
mon imagination. Je ne cesse pas de la regarder fixement pour me convaincre de
ma vision imaginaire, mais l’image dans sa grandeur montre une envolée de
figures, de silhouettes nostalgiques et de drapeaux triomphants, C’est une
bataille victorieuse rose et bleue comme l’aurore en un jour de printemps.
C’est quand j’ai vu tous ses soldats, joyeux dans leur victoire, rentrant chez
eux à cheval, que je me suis rendu compte que cette image représente notre
rêve, leur rêve, qui n’est autre que celui d’une nation blessée par la «
débâcle ». Nous sommes déjà très fatigués nous n’avons pas encore la victoire
dans cette bataille contre les Prussiens. Nous voulons déjà rentrer chez nous,
notre désir est évident de retourner triomphants.
Les Prussiens nous ont déjà blessés, notre corps n’a plus d’énergie pour
pouvoir les combattre, nos efforts sont déjà absurdes, l’espoir vif encore dans
nos cœurs comme la flamme qui est capable de vaincre tout obstacle, mais la
fatigue et le sommeil nous envahissent. Pourtant au ciel notre désir se déploie
comme les nuages évanescents.
Lorsque je regarde le ciel beaucoup de sentiments occupent mon cœur qui palpite
très fortement.
C’est alors qu’avec mes peintures, je peins ces nuages pleins d’espoir sur une
toile que je porte dans mes affaires depuis que je suis petit. Peu à peu
apparaissent des nuages qui reflètent l’espoir de ma patrie, de la France.
Puis en dessous de cet espoir se dessinent mes compagnons de guerre, ceux qui
se battent pour la France et leur désir de liberté.
62. DAVID La mort de Marat louvre (17)
Assis à mon bureau, plume à la main, je contemplais ma toile, accrochée au mur
de ma chambre. Devant moi, mon cahier bordeaux, gravé de trois lettres dorées
sur la couverture: J.L.D.
J'ouvris mon journal. Ma plume glissa alors sur le papier froissé.
"Jean-Paul Marat est un héros qui a donné sa vie à la cause du peuple.
C'est une des raisons pour lesquelles j'ai voulu perpétuer sa mémoire par la
peinture. Il est mort en martyre et j'ai peint son cadavre, gisant dans sa
baignoire. J'ai symbolisé la souffrance de Marat par son sang encore rouge sur
la toile. J'ai représenté ses instruments d'écriture, ses mains tenant encore
plume et feuille de papier, pour témoigner de son activité de brillant
journaliste, fondateur du journal "l'ami du peuple". J'ai placé la
lumière au centre du tableau afin de metre en valeur le visage de Marat , et de
focaliser l'attention du spectateur sur l'essentiel. J'ai choisi une couleur
sombre pour le fond du tableau, sans doute pour accentuer la dramatisation de
la scène. Ma mise en scène présente Marat seul face au spectateur. J'ai choisi
de déposer l'arme du crime juste au pied de la baignoire-sabot; pour que d'une
certaine manière, le spectateur se place dans la position de l'assassin. Celle
qui l'a tué, cette royaliste, je la hais, comme tous ceux de son
espèce."
Plus tard dans la nuit, je m'étais assoupi à la lueur de la bougie.
"La Charlotte Corday, royaliste au caractère hautain, qui attendait son
jugement à la conciergerie ces derniers jours, comparait aujourd'hui au Tribunal
Révolutionnaire, accusée d'avoir assassiné Jean-Paul Marat le 13 juillet
1793. M. Gustave Doulat n'étant pas présent ce jour, je demanderai à
Chauveau-Lagarde de prendre la défense de l'accusée"
Fouquier-Tinville paraissait hautain et désagréable. Il donna la parole à
l'avocat.
"Charlotte Corday s'est toujours interessée à la politique"
commença Chauveau-Lagarde.
"N'oublions pas que c'est une lointaine descendante de ce grand poète
Corneille! Indignée des outrances de Marat, elle lui reprochait surtout de
pousser à la guerre civile pour devenir dictateur. Elle a rendu visite aux
députés girondins proscrits, et s'est enthousiasmée pour l'ardeur des Caenhais
qi s'enrholent pour aller délivrer Paris des anarchistes. Les déclarations de
Marat telles que"Je ne croirais à la république que lorsque la tete de
Louis XVI ne sera plus sur ses épaules" exaspéraient Charlotte. Elle
apprend quelque temps plus tard le supplice de l'abbé Grombault qui avait donné
l'extrème-onction à Madame Corday D'armont, sa mère. Marat était un fou
sanguinaire! Et..."
"Non!" s'exlama quelqu'un dans la salle, d'une voix rauque et sèche.
Une vieille femme s'étais alors levée soudainement et son regard était rempli
de haine. Elle s'écria:
"Marat était un homme bon! Toute sa vie il a mené son combat politique
contre le Roi, puis contre les girondins! Lui, l'ami du peuple, un fou
sanguinaire? Pourquoi l'accuser d'un meurtre dont il est la victime!? C'est moi
qui l'ai trouvé, assassiné dans sa baignoire, son corps nu ensanglanté m'est
resté gravé, j'en rève, j'en pleure la nuit! Je lui avais préparé un bain comme
à l'habitude, pour soigner son eczéma. Alors qu'il est dans la salle de bain,
une femme frappe à sa porte. je lui ouvre et préviens Marat de son arrivée. Il
accepte alors de la recevoir et me dit de la faire entrer dans la salle de
bain. Alors je le fais... et.. et ils discutent.. pendant dix bonnes minutes
et..."
Des larmes coulaient de long des joues de la vieille femme et lui empèchaient
de poursuivre son récit.
"Ne voyez-vous pas que cette pauvre femme veut vous apitoyer sur le sort
de son protégé! Mais Marat était dangereux!" s'exlama Chauveau-Lagarde.
Fouquier-Tinville ignora cette déclaration et posa de nombreuses questions à
l'accusée elle-mème.
Charlotte y répondit de façon exacte, sans jamais chercher à minimiser les
faits. Elle va mème jusqu'à confirmer les déclarations des témoins à charge ,
et notamment celles de la vieille femme:
"Nous avons en effet discuté Marat et moi le soir du 13 juillet dans sa
salle de bain. Je lui ai donné des nouvelles du Calvados, ainsi que les noms
des députés présents à Caen. Il m'a alors dit qu'ils seraient tous guillotinés
et je suis alors entrée dans une colère terrible..."
Fouquier-Tinville coupa la parole à l'accusée:
"J'en déduis que c'est vous qui avez assassiné Jean-Paul Marat en lui
plongeant un couteau dans la gorge."
Il fit une pause puis reprit:
"A l'issue des débats, je demande la tete de Charlotte Corday."
La lueur du jour éblouissait mes yeux. J'avais du dormir trois ou quatre heures
car je sentais une grande fatigue envahissant tout mon corps. Mes yeux
qui s'ouvraient doucement aperçurent alors le tableau accroché au mur. Mais ce
n'est pas Marat que je vis: une femme me regardait, encerclée de barreaux de
fer.
Je compris alors que ce tableau représentait Charlotte Corday emprisonnée à la
conciergerie. Je ne pus m'empecher alors d'entrer dans une colère folle. Je
décrochais le tableau du mur et mes mains tremblantes lachèrent la toile sur le
sol poussiéreux. Charlotte Corday gisait sur le sol en mille morceaux.
J'espérais l'avoir anéantie à jamais.
63. L’Angelus de Millet ORSAY13
Je suis dans mon atelier, je l’observe, je m’ennuie.
Des toiles partout. Beaucoup représentent la vie et le travail des paysans. Il
est vrai que ce sujet m’est cher. Une toile me revient en mémoire. Oui, il faut
que je la retrouve. La voici, oui je crois que c’est celle-ci, cette toile
roulée et enserrée par un ruban. Cela fait déjà deux ans qu’elle est abandonnée
dans un coin de mon atelier. Je l’avais pourtant terminée durant 1857 et ma
toile avait été commandée par un riche Américain… Comment s’appelait-il déjà ?
Ah oui ! il se nommait Thomas G. Appleton et malgré mes nombreuses lettres,
il ne vint jamais chercher le tableau. Je l’ai donc laissé de côté jusqu’à
aujourd’hui. Nous approchons de la fin de l’année 1859 et mon tableau est
toujours là. Pourtant, il n’est pas si mauvais. Ce couple de paysans qui se
retrouve dans l’immobilité qui accompagne l’Angélus, cette prière qui rythme la
pauvre vie rurale trois fois par jour, rend cette image sol
ennelle, éternelle, immuable. Ils ont abandonné leurs outils, l’homme a
ôté son béret, la femme est voûtée , ils prient. J’ai essayé d’ajouter une note
romantique à cette œuvre en y peignant un immense paysage crépusculaire et un
grand ciel mélancolique. Je note d’ailleurs que l’habituelle ligne d’horizon
est dans toutes mes toiles placée au premier tiers supérieur du tableau. Les
scènes champêtres que j’ai peintes sont toutes empreintes de la douceur de ces
fins d’après-midi propres aux plaines de la Brie. Je rend hommage aux vertus du
travail des champs. J’ai décidé de ne pas laisser ce tableau dans l’oubli. Je
vais d’ailleurs changer son titre initial : « Prière pour la récolte des
pommes de terre » et le renommer « L ‘Angélus » en ajoutant à ma toile un
clocher qui, en sonnant l’Angélus du soir sacralisera le temps et l’espace. Je
vais peindre à l’arrière-plan le clocher de Gréville, mon village natal. Ce
clocher est un souvenir de mon enfance. Je vais emporter cette t
oile à Paris, chez mon ami Diaz, elle a bien besoin d’un cadre.
J’essayerai ensuite de la vendre ; avec un peu de chance cette image de «
l’éternel paysan » restera dans les mémoires…
64. Camille Corot (1796-1875) Une matinée. La danse des nymphes ORSAY 6
Dans le pré
fleurissant, un homme se promenait à pas lents, le nez en l’air, les mains dans
le dos. Les yeux dans le vague, c’est à peine s’il regardait où il marchait. Ce
chemin, il le connaissait : il le parcourait chaque matin avec ce même air
songeur. Comme ébahi, il posa ses yeux sur la clairière près du sentier :
c’était son endroit préféré… Il la voyait encore danser là…
Sa femme était danseuse, il l’avait rencontrée au théâtre, près de son
appartement à Paris. La première fois qu’il la vit, c’était lors d’un ballet,
il adorait les ballets… Dès la première représentation, il l’avait remarquée,
et n’avait déjà d’yeux que pour elle, si rose qu’elle se confondait à son
costume de ballerine, si fine que sa grâce en était d’autant plus exquise… Il
était revenu chaque soir, pour chaque représentation. L’avait-elle remarqué
elle aussi ? Il n’aurait su le dire, et cette question le rongeait, l’obsédait
tant il l’aimait déjà. Après chaque représentation, il faisait déposer dans sa
loge par le gardien, moyennant finance, une simple rose rouge accompagnée d’un
billet doux signé « un admirateur inconnu ».
Et c’est alors qu’un soir, il se décida enfin à agir : après le spectacle, il
avait réussi à se faufiler jusqu’à sa loge et à entrer. Là, il l’avait regardée
dans le miroir devant lequel elle se maquillait ; elle aussi l’avait vu, mais
n’avait pas bougé. Elle le regardait intensivement, à la fois farouche, et
curieuse. Alors il s’était avancé et avait sorti la même rose rouge, que cette
fois il offrit de main propre, révélant ainsi son visage.
Le coup de foudre, ça n’arrive qu’une fois dans une vie ! Elle l’avait choisi
cette danseuse étoile, parmi tous ceux qui l’admiraient, voire l’adulaient,
c’était lui qu’elle avait aimé pendant des années. Ils avaient connu le bonheur
tous les deux… Ils s’étaient aimés. Une belle maison aux volets lavande au
milieu d’un grand terrain sauvage, c’était tout ce dont elle rêvait. Et il le
lui avait donné. Chaque jour, elle venait danser dans cette clairière entourée
d’arbres et de broussailles, très tôt le matin, à l’aube, pour ne pas être vue.
Mais ce qu’elle ne savait pas, c’est qu’il la suivait toujours à pas feutrés,
pour la contempler, caché dans les hautes herbes : sa nymphe, l’appelait-il en
secret.
Puis, la maladie vint… Une terrible maladie…et elle mourut, le laissant
derrière elle. Depuis ce jour il revenait chaque matin, à l’aube devant cette
clairière, se rappelant le temps où elle y dansait encore.
Ce jour-là, il s’assit sur le gros rocher qui borde le sentier, et resta plus
longtemps que d’ordinaire, se rappelant les plus belles années de sa vies,
celles qu’il avait passées avec elle. Et il soupirait, cette époque lui
paraissait si lointaine, inaccessible, révolue…
Soudain, il eut une idée : les danseuses-étoiles ! Elles redonnaient un
spectacle au théâtre ce soir. S’il allait les voir, après la représentation ?
Il irait leur demander de danser dans la clairière pour lui, pour lui rappeler
sa femme. Les danseuses le connaissaient bien : après leur mariage, sa femme
les avait souvent invitées à la maison pour répéter. Il leur apportait toujours
à boire après chaque répétition, si elles se souvenaient de lui, elles ne lui
refuseraient pas cette faveur.
Le soir même, cela était fait, elles avaient accepté, et s’étaient même
remémoré quelques anecdotes du temps où elles étaient encore toutes réunies. Et
le lendemain, même lieu, même heure, elles dansaient dans leurs habits fins et
leurs ballerines sur l’herbe fraîche des eaux de la rosée. Lui, installé avec
son chevalet dans les mêmes hautes herbes qu’il y a quelques années, saisit son
fusain et commença son œuvre. Ce tableau, il savait comment il l’appellerait :
Hommage à ma tendre épouse,
« Un matin, la danse des nymphes. »
65. Fernand Khnopff, Portrait de marguerite Khnopff khnopff_marguerite
Je suis dans mon atelier. Assis, immobile dans le grand
cercle doré tracé dans la mosaïque blanche au centre de la pièce. Isolé du
monde extérieur pour puiser dans mon fort intérieur l’inspiration qui me
manque.
Je n’ai que moi…
Une seule image me vient à l’esprit, celle de ma douce sœur,
Marguerite, ma moitié, ma vie, mon modèle favori…
Je regarde une des nombreuses photographies que j’ai prises
d’elle et je m’extasie, je laisse mon esprit guider mes mains, je peins.
Elle se tient debout, sanglée dans une robe à haut col
blanc, dans une pièce du château de Grembergen-lez-Termonde, berceau de notre
enfance.
Son beau visage grave, ses yeux clairs autrefois si
intrépides me rappellent les joies inoubliables d’une enfance prospère et
heureuse.
Ma toile prend forme peu à peu et je me réjouis de le voir
ainsi évoluer gracieusement, j’en suis fier, Klimt en serait impressionné.
Soudain, bien au-delà de mon enfance, cette toile évoque
grâce aux nuances dont je fais usage pour peindre le robe de ma jeune sœur, ma
rencontre avec Gustave Moreau dans un café parisien en 1877, il avait coutume
de mettre un nuage de lait dans son thé. Et la teinte de ce nuage de lait fait
revivre moi, à cet instant, le tournant que fut cette rencontre. Moreau eut une
grande influence sur ma personne et mon œuvre, je l’admire.
La salle est silencieuse, j’écoute la douce mélodie du
silence dont je m’imprègne. Après une semaine de quarentaine dans mon temple,
je me lève enfin. Je suis ravi, fier, heureux…néanmoins sujet à cette anxiété
qui envahit l’artiste devant son œuvre.
Je n’ai que moi…
66. Photographie de Jean michel FAUQUET, fauq 3
« Vite ! Vite ! Il faut que je les sème ! Oh mon Dieu, ils me rattrapent !
».
« FLASH »
Je prends une photographie de ma gare (j’avais pris l’habitude d’en prendre
dans différentes situations comme souvenirs…)
« Ouf, sauvé ! Je les ai dépassés ! ». Je pose l’appareil photo par terre
et m’assoie.
Mes parents, mon frère et moi avions immigré en France alors que j’avais 14
ans. Puis ils m’avaient lâchement abandonné, ne gardant avec eux que mon petit
frère faute d’argent pour payer le billet vers la Yougoslavie. Cette rupture
avait commencé à me détruire. Depuis ce jour, je m’abritais dans une gare, ma
gare, où parfois venaient se réfugier des SDF. Cette gare demeurait
désaffectée, seule une pancarte vétuste, souillée et rouillée était encore
debout avec gravé « DESTIN ».
Même les rails avaient été enlevés et les arbres déracinés, sauf un qui donnait
un peu de vie à l’endroit mort. Heureusement, quelques personnes vivaient près
de mon refuge, mais elles restaient totalement indifférentes à ma vue.
Qu’est-ce qu’un vulgaire adolescent de dix-sept ans comme moi, mal vêtu et obscène
pouvait bien leur apporter ? Je dois avouer que j’avais sombré dans la
prostitution, mon appareil photo polaroïd (que je gardais toujours sur moi)
était le fruit de mon travail. Cette activité méprisable ainsi que le vol
constituaient mon gagne-pain.
Un soir, affamé, je me rendis chez le boulanger, je cassai sa porte vitrée et
m’emparai de deux pains et d’une petite confiserie toute rouge. Déjà à
plusieurs reprises, l’homme avait dû payer les réparations des dégâts que
j’avais causés.
Je le vis s’élancer en compagnie du charcutier à une heure pourtant tardive,
sûrement alarmé par le bruit des éclats de verre. Les deux hommes devaient être
tous deux exténués par mes « visites » dévastatrices. On aurait dit
qu’ils avaient prévu mon passage. Ils me pourchassèrent jusqu’à ma gare. C’est
dans ces conditions que je pris cette fameuse photo qui immortalisait « le
début de la fin ». Je croyais être sauvé, mais en levant la tête je me
retrouvai nez à nez avec eux. Ils me soulevèrent, me rouèrent de coups et me
lièrent à l’aide d’ une corde à la pancarte « DESTIN » et se volatilisèrent. Je
me trouvais assis, sur un parterre plein de pierres et dans un froid glacial.
Ma peau saignait, je grelottais… Je pensais à mes parents, à ma vie ; vie que
j’aurais aimé échanger avec celle d’un des jeunes de mon âge qui ont tout ce
qu’ils désirent, qui vivent dans une maison bien au chaud avec leur famille… Le
ciel était gris et couvert de nuages, la campagne, déserte, pas un ho
mme, pas un chat… Je pleurais, « Mon Dieu, aidez-moi, pitié ».
Je viens de passer quatre jours sans manger. Je me sens partir peu à peu,
doucement, mes yeux se ferment.
J’espère que quelqu’un trouvera un jour cet écrit ainsi que la photo qui
l’illustre et comprendra mon histoire. L’histoire de l’abandon, de la solitude
et du destin. Je ne sais encore dans quel monde je m’évade, n’ayez ne serait-ce
qu’une pensée, une seule, pour ma triste vie et ma solitude...
67. Photographie de Constance Griffon Du Bellay constance(1)
Ingrid, jeune
pêcheuse scandinave, se levait maintenant depuis plusieurs années en été aux
aurores, pour s’ adonner à sa grande passion : la pêche.
Elle adorait la sensation que lui procurait la pêche, la brise légère
sur son visage et sa peau au contact de l’ eau. Cela faisait déjà deux heures
qu’ elle pêchait et toujours rien quand tout à coup, elle entendit des cris de
bébé qui provenaient d’ un petit voilier. Sa curiosité fut piquée au vif, elle
décida d’ aller jeter un coup d’ œil et découvrit dans l’ embarcation une femme
allongée à côté d’ un bébé emmitouflé dans de grandes couvertures.
Cette femme avait une peau halée, certainement elle et son enfant avaient
quitté le Mexique ou un de ces pays sud-américains pour tenter d’ atteindre les
fjords scandinaves, et pendant le voyage ils avaient sûrement rencontré une
tempête, la mère s’ était servie de son corps pour protéger son enfant mais en
était morte.
Ingrid était touchée par la frimousse de ce petit être, par sa peau
douce et son joli sourire. Elle décida de le recueillir car elle ne voulait pas
qu’ il connaisse une enfance d’ orphelin comme elle l’ avait connue. En y
regardant de plus près elle vit que c’ était une fille, elle décida à ce
moment-là de l’ élever avec beaucoup d’ amour et de lui enseigner tout ce qu’
elle savait sur son véritable passé et la baptisa Jamela.
18 ans ont déjà passé et à présent c’ est Jamela qui pêche à la place d’
Ingrid. Une histoire aussi triste émut énormément Constance GRIFFON du BELLAY
qui décida d’immortaliser en la photographiant.
La position de Jamela n’est pas sans importance, au contraire, elle a
énormément de symbolisme. En effet Jamela tend les bras vers la haute mer comme
si elle voulait s’évader pour retourner à ses origines, sa famille, sa vraie
famille.
68. Jacques-Louis David « Marat assassiné »1793 louvre (17)
Nous sommes le
treize juillet mille sept cent quatre vingt treize, et comme chaque matin, je
travaille dans mon atelier. Mais aujourd’hui c’est un jour particulier car je
dois faire l’inventaire de mes peintures.
Je m’appelle Jacques Louis David, je suis un peintre reconnu et j’aime
peindre ma grande amie, le modèle : Marguerite Corday. C’est une magnifique
femme que j’apprécie beaucoup et qui travaille comme couturière dans une
boutique fréquentée par la noblesse et la bourgeoisie.
Les nouvelles du jour sont toujours les mêmes : l’insurrection
fédéraliste est toujours présente, et les républicains sont toujours divisés.
C’est ce qui crée des conflits entre les révolutionnaires et les
contre-révolutionnaires. Parmi les contre-révolutionnaires, il y a la sœur de
Marguerite, Charlotte Corday qui je l’avoue est une femme que je n’apprécie
guère. Mais malgré cela c’est une belle jeune fille blonde venue du Calvados.
Elle emmène souvent mon amie dans des salons où la politique est le sujet de
conversation principal.
Ce soir-là, Marguerite me rends visite, en pleurs. Elle m’annonçe
qu’elle s’est disputée avec sa sœur. Charlotte avait dit à Marguerite qu’elle
considérait le révolutionnaire Marat comme l’ennemi du genre humain, et à la
suite de ses propos une grande dispute éclata. J’avais l’habitude de voir ces
deux sœurs se disputer, mais là j’avais un mauvais pressentiment.
Le lendemain en allant vers mon atelier, Marguerite et moi apprenons par
la presse, l’assassinat de Marat dans sa baignoire par… par CHARLOTTE CORDAY.
Quand Marguerite apprit la nouvelle, elle éclata en sanglots ne sachant plus
que dire, ne sachant plus que faire, avec la peur de perdre sa sœur cadette.
Etant choqué moi aussi, nous rentrâmes à la maison pour analyser cette soudaine
révélation. En rentrant, je fus convoqué par la Convention sans aucune raison.
Quand je me rendis sur place, les dirigeants de la Convention me commandèrent
un tableau : la scène du crime.
J’eus donc l’idée de représenter une figure symbolique : Marat en christ.
Cela consistait à évoquer le martyr sans le représenter. Pour modèle, je pris
le tableau «La Mise au tombeau » peint par Raphaël. L’isolement de la victime
et l’exclusion de Charlotte Corday, serait la meilleure méthode pour réussir ce
tableau. Tout cela n’enchantait pas mon amie qui était effondrée. C’est pour
cela que j’exclus Charlotte du tableau, par respect pour Marguerite.
C’est ainsi que le tableau « Marat assassiné » est né en mille sept cent
quatre vingt treize, peint par moi-même.
69. « L’arbre aux corbeaux » de Caspar David Friedrich (1822) LOUVRE 24
« Le peintre ne doit pas peindre seulement ce qu’il voit en face de lui, mais
aussi ce qu’il voit en lui. » Telle était la devise de Caspar David Friedrich,
peintre et grand Romantique du siècle. Nous étions en 1822 et il s’était établi
à Dresde.
Il recevait souvent la visite de personnalités telles Goethe, Schtege, Fieckle
ou Novalis, qui à chaque séjour, lui faisaient part de leurs découvertes,
voyages et pensées philosophiques. Il y avait sept ans de cela, Goethe lui
avait conté l’histoire de la Bataille de Waterloo et de la défaite de Napoléon
Bonaparte, et depuis ce jour, il avait peint des œuvres patriotiques, obsédé
par ce thème. Friedrich était à la recherche d’un modèle de paysage qui
pourrait représenter le 18 juin 1815 : jour de la défaite de la France et de
son Empereur. Il déambulait aux alentours de la ville depuis des heures
et n’avait toujours rien trouvé qui aurait fait l’affaire. Tandis qu’il errait,
le temps passait et la nuit se faisait proche. Le peintre commençait à perdre
espoir. Il finit par s’arrêter et remarqua qu’il était rendu plus loin qu’il ne
l’aurait cru. Le soleil à présent se couchait. Il se posa au sommet du plateau
qui surmontait la vallée et d’où on apercevait la ville et ses alen
tours.
Les rayons du soleil venaient terminer leur course folle sur son visage,
l’éblouissant et teintant le ciel orangé de nuances mauves. Il scrutait
au loin le paysage quand son regard se posa sur un arbre, un seul arbre. Il
était le seul survivant. En effet, tout autour de lui gisaient des troncs
coupés, déracinés et des branches cassées. Cet arbre nu portait, en guise de
feuilles, des corbeaux qui croassaient, volaient tout en le dévisageant. Il
était l’intrus.
Décidément ce paysage n’était pas rassurant. L’ambiance était glauque,
sinistre, effrayante. Pourtant ce ne fut pas ainsi qu’il le ressentit. Les
couleurs du ciel telles des traces de haches et de coups évoquaient le souvenir
d’un massacre, celui des arbres, d’une forêt, celui d’une guerre : évocation de
sang et de mort.
Mais il y avait cet arbre, seul survivant, seul espoir, attaqué de toute part
mais qui se dressait majestueux. Il symbolisait la grandeur, le pouvoir et le
renouveau : il était à l’image de la France qui n’était pas totalement vaincue,
elle avait perdu cette bataille … pas la guerre.
70. Caspar-David Friedrich L’arbre aux corbeaux louvre(24)
Le jour agonise. Les douces couleurs du jour s’atténuent,
vite remplacées par les funèbres carnations de la nuit. Là, face à la radieuse
île de Rügen, face aux flots meurtriers de la mer Baltique qui a englouti mon
frère, mon passé me rattrape soudain. Un arbre, véritable barrière, m’empêche
de rejoindre la vie éternelle et lumineuse, me laissant dans l’adversité. Les
corbeaux, tels les compagnons de Wotan, témoins et messagers de tout ce qui se
passe sur Terre, psychopompes, semblent conduire l’âme du jour vers le large,
comme Hermès conduisant les âmes des trépassés jusqu’au Styx, fleuve des
enfers.
La brise marine emporte les dernières feuilles, corps séchés inertes, en les
faisant virevolter comme dans une ultime danse macabre.
J’ai froid. Ce chêne, dénudé, devient subitement plus menaçant que jamais. Ses
branches, tourmentées, ainsi que son tronc puissant, courbé et vertical
ressemblent au corps d’un mourant torturé par d’atroces douleurs, crispé,
convulsé, suppliant le ciel de lui venir en aide tout en sachant qu’il n’y a
plus d’espoir. La cime de cette yeuse, chenue depuis longtemps, semble
atteindre le firmament et les racines imposantes, ancrées profondément dans les
entrailles de la Terre définitivement enterrées comme les corps des hommes
attirés par la Grande Faucheuse, exprime la bataille entre les deux extrêmes du
Cosmos. C’est beau, au loin les chaudes couleurs de la mort du jour
m’interpellent, j’arriverai à oublier mes démons.
Maintenant, je me noie dans les méandres de cette scène, magnifique, calme,
sombre…
71. Eugène Delacroix Jeune orpheline au cimetière 1824 louvre (4)
Nous sommes vendredi seize Février 1824 et moi, Ferdinand-Victor-Eugène
Delacroix, je me retrouve là, au beau milieu de la nuit en train de cogiter sur
mon tableau représentant les scènes de ce massacre de Scio que j’avais peintes
en 1822. Il y avait quelque chose qui m’intriguait, me tracassait. Mais quoi ?
Alors je me laissai emporter par mes souvenirs et partis dans mes pensées… Je
revis toute la scène défiler comme si c’était hier. Il y avait ces grecs qui
tentaient de se défendre, de se débattre contre les Turcs qui ravageaient l’île
de Chios. Ce massacre dont on parle maintenant avait été perpétré par eux.
C’était un combat terrible, tandis que les adultes tentaient de se révolter, on
voyait des enfants qui couraient, criaient, pleuraient. Mais tout cela les
mènerai où ?à la mort ? Qui sait ? Moi, j’étais un simple observateur, et je me
rappelle d’un moment précis.
Sur le chemin du retour, tout en passant prés du cimetière, j’étais tombé en
admiration devant cette jeune fille. Elle se trouvait là, accroupie, à bout de
force. Si mes souvenirs sont bons elle était brune, coiffée d’une sorte de
chignon dont les mèches folles couraient le long de sa nuque. Son regard vers
l’infini était noir et profond, elle avait la bouche entrouverte. Elle me
semblait pleine de douleur mais cette douleur la rendait encore plus belle et
faisait ressortir ses traits. Le ciel était obscurci par de nombreux nuages et
des nuances jaune orange éclairaient l’horizon.
J’éprouvais de la peine pour cette jeune fille qui regardait avec attention sa
ville ainsi que son passé brûler. Probablement sa famille avait-elle disparu ?
Avait-elle pris la décision de s’enfuir ?
Je me sens aujourd’hui proche d’elle et c’est un hommage que je
souhaitais lui rendre en peignant cette toile la représentant telle que je
l’avais observée. Je pense que les pires victimes des guerres sont les
survivants et je trouve injuste de massacrer des parents innocents car nombreux
sont ceux qui laissent derrière eux des enfants comme cette jeune orpheline
désormais. Ce que j’ai donc trouvé de mieux à faire était de la peindre sur
cette toile si sombre qui aura le nom de « jeune orpheline au cimetière. »
72. Jean Auguste Dominique Ingres Œdipe explique l'énigme du Sphinx louvre (25)
L’œuvre que j’ai choisie est « Œdipe explique l’énigme du
Sphinx » de Jean Auguste Dominique Ingres, exposée au musée du Louvre.
La chose qui m’a marquée en premier lieu dans ce tableau est le mystère qui y
règne. Je crois que c’est dû au fait que couleurs sont assez ternes, l’œuvre
plutôt sombre : on dit que les ténèbres favorisent l’imagination…
La lumière qui plane au-dessus de la ville, en arrière-plan, semble brouiller
le paysage, comme si une ombre menaçait. Les couleurs, d’ailleurs, – le vert et
le jaune – me font penser à une vapeur malsaine, un peu comme une malédiction.
Ça doit être une représentation de la peste qui ravagea jadis la ville.
Le Sphinx, en hauteur par rapport à l’homme, est un animal mythique et favorise
d’autant plus cette impression poignante de curiosité. C’est un symbole de
sagesse, de force et de beauté, mais avant un symbole funéraire. Il reste dans
l’ombre, énigmatique. Selon la légende, il serait un fléau envoyé par un dieu –
lequel ? les opinions divergent –, monstre féminin posté sur un rocher, il
hurle d’une voix formidable des paroles incompréhensibles et dévore, après
l’avoir possédé sexuellement, tout être vivant qui passe près de lui et qui
ignore la réponse à la question qui lui pose. Le cadavre à ses pieds a donc
subi ce sort… Sur la peinture, le monstre est étrangement petit, alors que
c’est censé être une bête énorme.
Oedipe, lui, est nu. Il porte des lances, symboles du feu et de l’esprit, et
une cape rouge. En donnant la réponse à la question posée, il vaincra le Sphinx
et sera responsable de son suicide. Le pied gauche du héros est surélevé, posé
sur une pierre où est gravée ce qui pourrait être une énigme. Sans doute, ce
pied est-il en hauteur pour donner une impression d’importance, de puissance
face à la créature, et montrer ainsi qu’Œdipe est sûr de lui.
Les lieux sont, eux aussi, impressionnants grâce à leur taille et au fait que
les rochers se rejoignent au sommet, créant ainsi une ombre pour le moins
saisissante sur l’objet de la peinture : le Sphinx, ce qui accentue encore le
mystère. Il est impossible de pouvoir le détailler complètement ; on éprouve
ainsi le sentiment qu’on ne sait pas tout sur l’œuvre, comme si elle avait
encore bien des choses à nous révéler.
L’homme qui accourt derrière, l’air effrayé, augmente encore cette sensation
d’étrangeté. Pourquoi vient-il ? Doit-il prévenir Œdipe d’un quelconque danger
qu’il aurait appris en ville ? Il est vêtu des mêmes habits que lui, mais il a
une barbe. Est-ce un signe ? Son père peut-être ? Père qu’il a d’ailleurs tué,
d’après la légende. Ou est-ce une vision de lui dans le futur, quand il
s’enfuit de la ville après avoir compris son crime ? Ou tout simplement au
autre homme…
Le Sphinx et ses dernières victimes inspirent un sentiment de malaise, comme si
on ne savait pas vraiment pourquoi on est attiré vers cette peinture, et qu’on
n’arrivait pas à en saisir totalement le sens. C’est comme si la peinture
essayait de nous parler, sans qu’on puisse en saisir la signification ni le
langage. Comme si, au-delà de cette scène, on ne peut plus connue de la
mythologie grecque, se cachait autre chose de beaucoup plus profond et subtil
que le sens premier. Comme si l’œuvre voulait nous cacher quelque chose, en
nous laissant toutefois une porte d’ouverture vers son sens réel.
Je n’en saisis pas la signification ni la raison… je ne sais rien de ce qui a
poussé l’artiste à peindre cette œuvre. Peut-être le sentiment que l’histoire
était incomplète, un désir d’y ajouter sa propre réalité, sa propre façon de
voir les choses. Une envie poignante de montrer autre chose. Pourtant, rien
d’original au premier abord. Non, rien au premier, ça vient ensuite, si on
s’attarde. L’histoire elle-même se base sur le mystère mais on y a ajouté ici
un ingrédient. Un sentiment d’insuffisance ou une envie de s’exprimer a-t-il
guidé le pinceau du peintre au moment où il traçait ses premières esquisses ?
Certainement…
73. Photographie de Véronique Vercheval V5
Véronique, photographe professionnelle, passait par Malaga
lors de son voyage en Espagne.
Les gens autour d’elle ne cessaient de parler de cette danseuse de flamenco qui
irradiait le public de douleur. Il semblait que la beauté de la danse se mêlait
à sa peine, due à la mort de Luis, son fiancé et ancien musicien de la troupe ;
et depuis, elle endeuillait son amour, chaque jour plus profond malgré son
absence.
Ainsi Véronique, qui nourrissait une passion particulière pour la danse, promit
de se rendre à une représentation de cette fabuleuse malheureuse danseuse, le
soir même.
Une douche de lumière blanche s’alluma sur la scène, des accords de guitares
andalouses résonnèrent : Ana apparut. Elle dansait tel un aigle, les bras
déployés comme des ailes, lentement elle tournoyait, on percevait des sons
semblables à des battements d’ailes : l’oiseau s’était posé sur son cœur. Ana,
le visage plein de tristesse voulait s’envoler. S’envoler pour rejoindre
l’amour de sa vie pour qui elle ne pouvait arrêter cette frénétique danse. Où
luis était-il parti ? Pourquoi ne pouvait-elle pas le rejoindre ? Sa robe noire
virevoltait, elle enchaînait des retirés et des ports de bras légers, comme
portée par le vent, un vent glacé.
Véronique gardait toujours son appareil photo auprès d’elle, et les larmes aux
yeux, décida d’immortaliser cet oiseau exécutant la danse de la mort, la mort
de celui qu’elle aimait et ne pouvait oublier, la mort de Luis.
Elle, cette faiseuse de pluie, de merveille, quitta la scène et laissant quatre
plumes de couleur de la nuit et une larme aux spectateurs, elle les laissa
seuls, seules avec le chagrin qu’elle venait de transmettre.
74. Photographie de Constance Griffon Du Bellay Constance (5)
C’était un dimanche après-midi, j’étais plongée dans
un livre de photos anciennes que mes grands-parents gardaient précieusement.
Elles étaient toutes en noir et blanc et prises pas des photographes tels
Doisneau, Eugène Atget et Constance Griffon Du Bellay.
L’une des photos attira particulièrement mon attention. Elle représentait de
l’eau, éclairée par une douce lumière. De petites vagues scintillaient. Rien de
plus simple que de l’eau et un rayon de soleil captés par un objectif. Et
pourtant, je fus subjuguée par tant de beauté. Dans ma tête tout se bousculait,
et des bribes de souvenirs jaillissaient.
En fermant les yeux je fus propulsée dans le passé. La chaise sur laquelle
j’étais assise, se transforma en rocher. Le soleil chauffait délicatement ma
peau. Le paysage de la photographie avait pris place sous mes yeux. L’odeur
salée de la mer chatouillait mes narines, le doux clapotis des vagues s’étalant
sur le sable chaud puis se retirant, parvenait à mes oreilles. Le chant des
mouettes et des goélands se confondait avec les cris joyeux des enfants.
Je me trouvais au bord de l’eau, en Bretagne, dans le lieu de mes rêves, celui
où je passais toutes mes vacances depuis mes dix ans. Je venais de quitter ce
lieu, il y a à peine quinze jours pour aller en cours.
Ma fascination pour les spectacles fabuleux que m’offrait la nature, ne cessait
de me surprendre. Il n’existait rien de plus majestueux qu’un endroit comme
celui-ci, parmi l’eau, la végétation et les animaux, pour me rendre heureuse.
La mer pouvait à la fois m’envoûter, et me procurer la sérénité.
Une brise légère effleura mon visage. On était en été et pourtant le vent
se levait vite. Une voile blanche apparaissait au loin. Qu’il était bon de
pouvoir contempler cette étendue infinie. Je sentais mon esprit s’apaiser. Je
fermais les yeux, profitant de ce moment magique.
Quelques minutes après, les rouvrant, je découvris un autre paysage. J’étais
dans un lagon, des montagnes vêtues d’arbres, s’élevaient de part et d’autres
du lac. Cette fois-ci je m’imprégnais de l’odeur des pins. Je remarquais que
devant moi, se trouvait une barque de pêcheurs, en bois. Un homme relevait ses
filets. Une fois de plus, l’eau était calme. Le soleil était déjà haut dans le
ciel. Une lumière rosée éclairait le lac. C’était magnifique.
Après une longue réflexion, je me souvins enfin de l’endroit où je me trouvais.
Ces montagnes, ce lac, ce pêcheur, toutes ces images faisaient partie des îles
de l’Indonésie, pays que je découvris lors d’un voyage. Je devais avoir huit
ans à cette époque et le souvenir de cet après-midi ensoleillé restait gravé
dans ma mémoire.
Le ciel devint rouge-orangé et le pêcheur de plus en plus flou. Au fil de mes
pensées, de lointains souvenirs faisaient surface dans mon esprit. Le paysage
et l’atmosphère reposants qui régnaient, s’estompèrent progressivement sous mes
yeux pour être remplacés par un lieu venteux et inondé du soleil couchant.
Je reconnus directement l’endroit. Il y avait un champ où broutaient
paisiblement des brebis, une immenses falaise et le bruit fracassant des vagues
se jetant contre les rochers, formant une écume aussi blanche que les nuages
dans le ciel.
J’étais à Port-Coton, à Belle-île en mer. Je fus tellement émue de revoir l’île
où j’avais passé mes neufs premières années, qu’une larme suivie de plusieurs
coulèrent sur mes joues avant de rouler sur le sol. La mer, dans toute sa
splendeur, s’offrait à mes yeux. Celle que j’avais connue bébé, et celle qui a
vu mes premières joies comme mes premiers pleurs. Tout était comme avant. Les
mêmes brebis, le même phare, la même vue qui m’a toujours séduite. Il m’était
impossible de décrire ce que je ressentais. Après tant d’années, retrouver la
mer qui a bercé par le doux clapotis de ses vagues, mes rêves d’enfants, me
réchauffait le cœur d’un rayon de bonheur.
Le soleil se couchait lentement. Les gouttes projetées dans les airs par la
force des vagues fracassant les rochers, brillaient de tous leurs éclats.
C’était magique, fantastique, incroyable de me trouver là. En me retournant
j’espérais voir mes arrière-grands-parents, eux qui m’ont donné avec cette île
et la mer, tant d’amour. Malheureusement ils n’étaient pas là. La mort ne
ramène pas ses détenus. Qui aurait jamais pu croire que mes pensées pouvaient
me ramener si loin dans mon passé.
Soudain quelqu’un m’appela. Je sursautai et vis ma mère. Tout était revenu à sa
place. Je tenais le livre dans mes mains. C’est ainsi que, grâce à cette photo
de Constance Griffon Du Bellay, je pus faire un bond dans le passé. J’étais
heureuse et à la fois mélancolique. Je caressais du bout des doigts la photo
avant de refermer le volume. Je tournais une page dans mon histoire en
comprenant qu’il fallait aller de l’avant car le passé est le passé. On ne peut
revenir sur ses pas.
75. Fernand Khnopff, Portrait de marguerite Khnopff, Khnopff-marguerite
Béatrice et Marguerite
Depuis quinze ans Béatrice travaillait en tant qu’organisatrice d’expositions
d’oeuvres d’art. C’était un métier qu’elle adorait car l’art représentait tout
pour elle. Mais malheureusement, cela n’avait pas toujours été ainsi.
Enfant, elle habitait avec sa famille très nombreuse dans la banlieue
bruxelloise. Ses parents étaient très stricts et jugeaient très mal les oeuvres
d’art. Ils prétendaient que visiter un musée était une grande perte de temps,
et traitaient de fous les peintres.
Jamais Béatrice, suite au comportement de ses parents, ne se serait doutée
qu’un musée n’était pas du tout ennuyant, au contraire.
Mais elle dut attendre ses quinze ans pour le comprendre. Lors d’un cours de
français, le professeur lui demanda quel était son tableau préféré. Elle lui
repondit que jamais elle n’avait vraiment regardé un tableau.
Son professeur en resta bouche-bée. Il était très surpris que jusqu’à ce jour
Béatrice n’aie jamais mis les pieds dans un musée. Il réfléchit longuement au
comment pouvoir briser cette ignorance. Un jour il vit qu’une exposition d’un
peintre belge, Fernand Khnopff, avait lieu au musée des Beaux-Arts de
Bruxelles. Il decida donc d’y emmener toute la classe.
Le professeur dut convaincre les parents de Béatrice pendant toute une semaine
afin qu’ils la laissent aller visiter l’exposition.
Le jour de l’excursion, Béatrice ne tenait plus en place. Lorsqu’elle franchit
les portes du musée, des larmes de joie coulèrent sur ses joues. Elle en
voulait à ses parents de ne l’avoir jamais emmenée visiter un si bel endroit.
Elle aimait beaucoup l’odeur de bois et de peinture, l’ambiance silencieuse qui
y régnait et le résonnement de ses pas sur le magnifique sol du musée.
L’exposition comptait énormement d’oeuvres, répartis en trois salles. Béatrice
trouvait que tous étaient de très jolis tableaux, mais un la captiva.
C’était le portrait de Marguerite Khnoppf.
Béatrice était hypnotisée par la beauté mystérieuse de cette Marguerite.
C’était son expression mélancolique qui la rendait si belle. Et ces couleurs !
Des couleurs si pures et à la fois si tristes. Béatrice trouvait que ces
couleurs mélancoliques étaient en harmonie avec l’expression de Marguerite.
Comme elle aurait voulu voir plus de détails ! Car Marguerite semblait être
bien loin d’elle. Mais, elle devait se contenter de la voir comme elle était :
ni trop grande, ni trop petite.
C’était à elle, Béatrice, de s’approcher de l’image de la jeune femme.
Grâce à son sens de l’observation, elle put remarquer que le peintre avait tout
disposé de manière très précise et verticale. Elle en déduit qu’il devait avoir
un certain sens de la géométrie, branche qui, elle, ne la passionnait pas
vraiment…
Il n’avait fallu que quelques minutes pour qu’elle tombe «amoureuse» de ce
tableau.
Elle se reconnaissait entièrement en Marguerite ; mélancolique, sérieuse,
généreuse et réservée. Béatrice était sûre que Marguerite avait été une jeune
fille avec un grand coeur qui aimait aider son prochain.
Depuis cette fabuleuse « rencontre » Béatrice avait trouvé sa nouvelle passion
; flâner de musée en musée. Elle continua régulièrement à aller observer son
tableau préféré et son amour pour lui ne cessait de croître. Son entourage la
croyait folle jusqu’au jour où elle fit la « une » des journaux spécialisés en
art. Elle avait gagné un prestigieux concours qui se déroulait à Florence. Le
concours consistait à dessiner son tableau préféré. Bien sûr, il fallait
connaître le tableau par coeur car les participants n’avaient pas le droit à un
repère.
Bien qu’elle ait un grand talent pour le dessin, elle n’envisageait pas de
faire carrière en tant que peintre. Ce qu’elle désirait c’était de pouvoir
travailler dans un musée, ou organiser des expositions.
Rêve qu’elle réalisa puisqu’elle fut engagée par la mairie en tant
qu’organisatrice d’expositions culturelles.
C’était en quelque sorte grâce à Marguerite que Béatrice en était là et ça elle
ne pouvait pas l’oublier, c’est pourquoi elle se rendait tous les jours au
musée pour « rendre visite » à son amie
76. Jean-Baptiste Siméon Chardin L'Enfant au toton louvre(22)
A la recherche d’un tableau
Il y a plusieurs années en arrière, je me suis rendue à une vente organisée par
l’école de ma cousine. Je cherchais un joli tableau ni trop petit, ni trop
grand, pas très cher pour pouvoir le mettre dans mon salon, car il y a un mur
qui fait un peu vide par rapport aux trois autres. Arrivée sur place, je me mis
à chercher furtivement un tableau assez ancien, pas trop lumineux, pour qu’il
puisse correspondre à l’atmosphère de la pièce et à mes meubles. J’étais en
train de contempler de la porcelaine que vendait une femme assez âgée, tous ces
pots, ces tasses qu’elle avait faits elle-même de ses propres mains, quand,
tout à coup, mon regard croisa un tableau, je me précipitai afin de l’inspecter
de plus près. C’était exactement ce que je cherchais! Il était assez sombre,
parfait pour mon salon. Il représentait un garçonnet aux allures de petit
prince contemplant un livre, avec sa plume et du papier, le tout posé sur un
bureau à l’ancienne. Le regard de cet enfant m’intriguait e
t m’attirait énormément, il avait l’air à la fois serein, calme et
attentif, face à l’envie qu’il éprouvait d’écrire. Je trouvais ce tableau
magnifique, il dégageait à mes yeux, une sensation que je n’avais encore jamais
connue en regardant un tableau. C’était pour moi quelque chose d’inhabituel. Je
demandais au vendeur combien il en voulait. Sa réponse me heurta de plein
fouet, non pas parce qu’il était cher, mais parce qu’il coûtait seulement 45
francs ! A vrai dire j’étais assez surprise parce que ce tableau avait été
peint par Jean-Baptiste Siméon Chardin, en 1738. Un CHARDIN ! ! ! ! ! C’était
un immense peintre français, auteur de natures mortes et de scènes de genre (le
Bénédicité, la Pourvoyeuse). J’appréciais beaucoup ses œuvres ! Cet homme
devait sûrement être inconscient, parce que cette œuvre valait une fortune.
Bien entendu, je me suis gardée de tout commentaire. Au moment où j’allais
payer, surgit une femme, qui devait avoir dans la trentaine ; avec des allures
de grande dame, elle proposa au vendeur de lui offrir 100 francs pour
l’œuvre qu’il tenait encore dans ses mains. Évidemment, l’homme était fort
intéressé par cette proposition. Je décidai de ne pas me laisser faire
par cette bonne femme, et proposai 150 francs. Le marchandage continua jusqu’à
300 francs. Mais ce fut moi qui gardai le tableau, car ma pauvre « rivale »,
n’avait pas plus de 250 francs dans son porte-monnaie ! Elle voulut courir vers
son mari pour lui demander un peu d’argent, mais le vendeur en avait assez : il
refusa. Ainsi, il me laissa le Chardin pour 300 francs tout rond. J’étais très
contente de moi !
Mon tableau sous le bras, je retournai à la voiture. J’étais pressée de rentrer
à la maison afin de pouvoir accrocher mon acquisition au mur. Arrivée à la
maison, j’installai l’œuvre et la contemplai attentivement de tous les côtés.
J’avais déjà un tableau de Chardin dans ma chambre. Il s’appelait « Le
Bénédicité », il représentait une femme et ses deux filles, autour d’une table,
s’apprêtant à dire le bénédicité. Je ne l’avais pas acheté car cela valait très
cher. Il avait appartenu à mon arrière-grand-mère.
En revenant à ma trouvaille, j’essayai de reconnaître quelques détails.
Je pris une feuille et un stylo dans mon bureau et un stylo et essayai de
dresser une fiche descriptive : peint par Jean-Baptiste Siméon Chardin en
1738, ce tableau a pour titre « L’Enfant au toton », c’est une huile sur de la
toile mesurant 67x76 cm.
Puis j’observai attentivement l’œuvre en essayant d’écrire mon regard
dirigé par la couleur blanche, passant du parchemin, aux mains, à la chemise,
au visage, puis aux cheveux de l’enfant, comme sur un chemin éclairé par des
lueurs d’espoir. Tout est d’un grand calme, le regard et le corps du petit
garçon structure l’image, répondant à la courbe du parchemin, de la plume et du
livre.
Depuis, je le contemple chaque jour et ne cesse de me répéter que je peux être
fière d’avoir trouvé un tableau aussi magnifique malgré ses couleurs sombres !
Car, en général, je préfère les tableaux lumineux. Mais, ici, c’est le visage
du petit garçon qui est illuminé, cela d’autant plus qu’il contraste avec
l’arrière-plan sombre et la veste foncée. Les couleurs sont chaudes et
profondes. Tout baigne dans une atmosphère calme, silencieuse, intime,
éveillant un sentiment de détente.
La coiffure du jeune garçon ressemble à celle de Louis XVI. Ses gestes
sont délicats. Ses mains, fragiles et sensibles, sont gracieusement posées sur
le bureau. Quand on le regarde, on sait déjà ce qu’il va faire, ce qu’il
éprouve, ce qu’il veut. Entre ce tableau et moi, il y a quelque chose
d’inexplicable que je suis la seule à comprendre…….
77. Claude Gellée « PORT DE MER, EFFET DE BRUME » louvre(54)
Ce tableau a été peint par Claude Gellée en 1646. Claude Gellée a passé presque
toute son existence à Rome, pendant la période du classicisme. Il peint des
ports imaginaires, mais, dans ses tableaux, les éléments architecturaux sont
réels. Il innove la représentation des ports de mer : étendue d’eau se
prolongeant jusqu’à l’horizon situé au centre du tableau, bâtiments imposants
de chaque côté, bateaux et foules au premier plan. Il met en valeur
l’importance du paysage et donne une vision idéale de la nature. Il possède une
très grande maîtrise de la perspective.
Ce tableau représente un port de mer brumeux, apparemment celui de Troie, avec
un lever de soleil peu éblouissant. Sur les tableaux de ce peintre, le soleil
représenté à gauche signifie qu’il s’agit du matin.
Les paysages ne sont pas forcément clairs à la lecture de l’œuvre, mais le
titre précise de quel événement il s’agit.
Ce peintre peignait généralement sur commande, mais l’identité du destinataire
de ce tableau peint « pour Paris » n’est pas précisée dans le « Liber Veritatis
» (Livre de vérité) que Claude Gellée tenait à jour.
Le tableau est à contre-jour (effet de lumière, soleil représenté de face). Sur
le navire où se portent les regards, l’on procède à l’embarquement. Ce navire
est au mouillage, il a les voiles rangées, Il est protégé des tumultes de la
mer par la digue de l’entrée du port. Des barques se pressent autour de lui pour
charger sa cargaison et ses passagers, afin qu’il puisse partir.
La composition s’enfonce en diagonale et toutes les lignes de force se dirigent
sur ce bateau. Les personnages du centre, au premier plan, habillés noblement,
sont les plus importants. Il semble s’agir d’Ulysse ou d’Enée, Iule et Achate,
qui est le deuxième titre du tableau. Enée s’enfuit de Troie après sa
destruction avec son père Anchise, son fils Iule, aussi appelé Ascagne, et des
compagnons dont Achate ; ils partent vers les Hespérides. Ils sont le sujet
principal du tableau. Aucune ligne de force ne les met en valeur, mais la
lumière du soleil les éclaire plus que les autres détails du tableau. Le ciel
est dégagé, mais laisse apparaître quelques nuages et des montagnes à gauche.
Les formes sont en trois dimensions, crées par la lumière (ex : colonnes). On
sait qu’il y a du vent par les drapeaux flottants.
Le bâtiment de droite laisse penser à une architecture gréco-romaine, par ses
colonnes ioniques et ses statues dansantes sur le toit. La ville, se trouvant à
gauche, est entourée de grands remparts qui plongent directement dans l’eau, la
rendant quasiment imprenable par voie maritime. Surplombant celle-ci, le phare
est éteint ; d’après la clarté qu’annonce la journée et le peu de brume
présente, les navires en approche n’auront nullement besoin de signaux lumineux
pour les guider.
Un grand navire est amarré à quai, mais on ne peut pas distinguer s’il va
partir ou s’il est à peine arrivé. Le petit voilier de gauche touche le fond,
car nous voyons son pont penché. Nous comprenons donc que les gros bateaux
restent à l’entrée du port où l’eau est plus profonde.
L’ambiance à terre est tranquille. Une famille se repose, des pêcheurs
rentrent, d’autres personnes, assises, attendent. Nous entendrions presque le
bruit des mouettes qui volent haut dans le ciel.
78. Les heures : l’éternité et la mort, de Xavier Mellery (Mellery-heures)
En analysant le titre, la mort est représentée par l’homme avec des ailes
noires et une faux dans la main. L’éternité, elle, est représentée par les
femmes tout autour. Elles forment un cercle et je remarque qu’elles ont toutes
un contact entre elles. Comme le cercle est un symbole d’éternité, le peintre
les a placées ainsi pour que l’on puisse le reconnaître. Dans le titre, nous
retrouvons le mot « mort », « éternité » mais aussi « heures ». Ces dernières
sont aussi représentées par les femmes. En effet, si on regarde bien, il y a
trois femmes sur chacun des deux côtés, trois devant et on peut supposer qu’il
y en a trois derrière, cela fait douze, les douze heures d’une journée. Si les
femmes représentent deux « sujets » c’est parce que l’éternité et les heures
ont un lien entre elles. En effet, le temps est éternel, le temps ne s’arrête
jamais, et c’est d’ailleurs pour cette raison que les montres (ou les horloges)
sont en cercle et non en ligne. Ce tableau est en fait une
grande horloge.
Je pense que si la mort se trouve au milieu du cercle, c’est parce que
l’éternité est plus puissante que la mort. C’est pour cette raison que la «
mort » a l’air si abattue, voir même désespérée.
Par contre, les heures elles, ne peuvent rien contre la mort car, le seul
obstacle qu’elles rencontrent, c’est justement celle-ci. Et encore, la
mort fait obstacle aux heures d’une personne, d’une personnalité (d’où
l’expression « c’est ta dernière heure »). La mort (en temps que personnage) de
chacun « coupe » le cercle des heures avec sa faux, afin d’arrêter sa longue
marche et arrêter ainsi la vie. La mort est en fait un des plus grand mystères
de la vie. Que signifie la mort ? Que signifie la vie, le temps ? Toutes ces
questions abordées par cette peinture.
Les femmes ont toutes un contact entre elles car, comme elles personnalisent
les heures et que les heures ne sont jamais séparées les unes des autres, il
fallait les représenter ainsi. Les heures n’ont jamais de séparation entre
elles, car entre elles il y a les minutes et entre les minutes, il y a les
secondes, etc.
Si on regarde bien, on remarque que les femmes sont en mouvement. Leurs jambes,
on le voit bien, se meuvent et plissent les tissues des habits. En fait, les
femmes tournent avec le temps.
Les couleurs qui ont été utilisées pour cette peinture sont l’orange et le
noir. Ces couleurs mises ensembles devraient donner un ensemble chaleureux, car
ces deux couleurs sont dites chaudes. Pourtant, lorsqu’on regarde cette
peinture, on y ressent tout le contraire. En effet, le peu de nuances de ces
couleurs donnent un effet plutôt sobre. L’orange y est très foncé sur les côtés
du tableau et s’éclaircit légèrement vers le centre. C’est cet éclaircissement
qui fait bien ressortir les ailes noires de la mort qu’on aperçoit tout de
suite. Ce peu de lumière donne un effet grave à l’œuvre, on s’attendrait
presque à des formes pénibles, à la déchéance. Pourtant, les personnages
représentés ont plutôt l’air en bonne santé d’ailleurs, les femmes sont assez
rondes et on voit des corps plutôt robustes. Les quelques nuances de couleurs
provoquent aussi un effet de silence, d’une longue attente.
Le regard de toutes les femmes est dirigé vers « la mort ». Ces regards ajoutés
aux dégradé d’orange incitent notre oeil à se diriger vers le centre du
tableau, c’est-à-dire, vers la « mort ».
Par contre, une chose m’intrigue . en regardant bien, on aperçoit qu’une seule
femme n’a pas le regard dirigé vers le centre, son regard va plus loin que la
limite du tableau. Où, vers qui se dirige-t-il donc ?.
Toutes ces femmes se ressemblent comme deux gouttes d’eau : elles ont la même
robe, la même coiffure. Les heures, elles, sont portant toutes différentes.
Quand on vit ces heures, on ne les vit jamais de la même manière, tout les
instants que nous passons à vivre sont différents, alors qu’ici, les heures
sont représentées toutes identiques. En fait, c’est « l’aspect physique » des
heures qui est pareil : chaque heure contient soixante minutes, chaque minute
contient soixante secondes.. . Et c’est « l’aspect intérieur » des heures qui
change : c’est la manière dont on vit ces moment qui est différente. Et c’est
qu’aucune fem pourquoi aucune femme représentée n’a la même position ou ne
tient de la même manière celles qui sont à ses côtés. Toutes se ressemblent,
aucune n’a le même comportement.
79. Van Gogh La Méridienne ou La Sieste
C’est une chaude journée d’été, le ciel bleu, sans nuages contraste avec la
paille jaune-orangé fraîchement coupée.
Un homme et une femme, épuisés par la canicule et le labeur font la sieste,
devant nous, se cachant du soleil près d’un tas de paille.
Les yeux dissimulés sous un chapeau, l’homme a posé ses sabots à côté de leurs
deux faucilles.
Celles-ci reposent bien alignées, presque rangées sur le sol, tout comme eux,
couchés côte à côte, montrant l’harmonie de leur vie.
Leurs vêtements, bleus comme le ciel, rafraîchissent l’atmosphère étouffante de
la scène.
La paille piquante semble s’onduler et s’adoucir pour accueillir les
moissonneurs et leur offrir un endroit douillet et confortable, parfait pour le
repos après un long et dur travail sous le soleil brûlant de midi.
Plus loin, les bêtes dételées cherchent à se rafraîchir près de la charrette
couleur ciel, à l’ombre d’une meule de paille.
Bientôt, il faudra se remettre au travail, mais pour l’instant tout est
paisible, calme, presque immobile. Seule la respiration lente et sereine des
personnages à la peau mate, brûlée par le soleil, et le bétail sont en
mouvement. On peut entendre le bruissement de la paille agitée par les
mulots.
Même le vent est endormi et laisse la campagne sous la chaleur de l’été.
Van Gogh peignait des tableau, comme celui ci, d’après Millet. Il écrit dans
une lettre à son frère Théo qu’il cherche en faisant cela quelque chose pour se
consoler et pour se réjouir. N’est-ce pas aussi pour nous un réconfort de chaleur
et de gaieté dans le monde qui est parfois gris?
En contemplant cette image, on vient s’allonger nous aussi dans la chaleur et
le calme de la scène pour, un instant, ne penser plus à rien.
80. Georges
de La Tour Saint Joseph charpentier louvre(28)
Nous sommes un jeudi, le ciel est noir, avec de gros nuages qui étouffent
l’atmosphère, les gens sont pressés, cela fait un moment que je l’ai remarqué,
plus personne ne prend le temps de vivre, moi j’ai congé, et je décide de me
faire plaisir. Je parcours le musée du Louvre, à petits pas, observant autour
de moi, les œuvres exposées. Cherchant du regard celle qui m’apporterait de
l’émotion. Mes yeux voyagent, se posant tantôt à gauche, tantôt à droite.
Tout à coup, ils se posent sur un tableau, le cadre est rectangulaire, de
taille moyenne. En lisant la notice descriptive, j’apprends qu’il se nomme «
Saint Joseph Charpentier » et qu’il a été réalisé par un certain Georges de La
Tour. C’est une huile sur toile qui date d’environ 1640, donc du 17ème siècle
rattaché au style caravagesque.
Puis, je regarde l’image de plus près. Il s’agit de Joseph, père adoptif de
Jésus exécutant son dur labeur. Et il y a un enfant à ses côtés, serait-ce
Jésus ? C’est donc bien un sujet religieux, à cause du titre de la toile. Mais
si on regardait ce tableau sans en connaître le titre, on pourrait penser à un
sujet profane, une scène de la vie de tous les jours, car il n’y a ni auréole,
ni tout autre objet nous faisant penser à un thème religieux. La bougie que
tient l’enfant lui illuminant le visage, est le point d’impact, tout se joue
autour de cet objet. Toutes les ombres, les jeux de lumière sont créés avec
cette unique bougie. Notre regard se pose immédiatement sur le visage de
l’enfant, à cause de la lumière qui provient de la bougie. C’est aussi le seul
endroit entièrement éclairé de la scène.
Ce tableau m’intrigue pour une raison inconnue, je veux tout observer, le point
de vue, le cadrage, je note sur un papier tous ces renseignements. L’angle est
naturel, le plan est moyen, car l’on voit les personnages en entier. Il y a un
seul plan avec l’enfant et Joseph. Je ne distingue pas de hors-champ. Les
couleurs sont principalement le rouge, le brun, le noir, l’ocre, l’orangé. Ce
sont des couleurs chaudes et pâles, reflétant sûrement l’atmosphère, la chaleur
de la bougie, le labeur. La lumière provient de la bougie, elle est donc
naturelle, elle éclaire le visage de l’enfant et l’objet avec lequel travaille
Joseph. Le jeu avec la bougie est tellement réaliste que l’on voit même la
lumière « traverser » la main de l’enfant.
Cela fait bientôt une heure et demie que je regarde le tableau, mais ma soif de
tout savoir sur cette œuvre m’empêche de laisser tomber mon crayon.
Je m’attaque à l’espace. L’œuvre est représentée dans un espace
tridimensionnel. L’impression de profondeur est crées par la lumière et les
couleurs. L’artiste a beaucoup joué avec cette bougie, elle est vraiment
l’objet-clé du tableau. Je voudrais bien toucher le tableau pour tout savoir de
sa texture. Mais les barrières protégeant les œuvres m’en empêche, je me fie
donc à mon instinct. La texture paraît lisse et régulière, on ne voit pas de
traces d’outils, ni du geste de l’artiste, on croirait même à une photographie.
Cette œuvre est emplie d’un sentiment de croyance à la fois intime, simple et
profond ; c’est vrai qu’il s’agit d’un sujet religieux.
J’ai déjà rempli presque trois pages d’analyse, je veux finir avec mon
impression personnelle.
Je trouve cette œuvre magnifique, le jeu avec la lumière de la bougie est
fantastique, malgré tout, toute l’image est très sobre. Elle représente une
scène de la vie de tous les jours, même si elle est religieuse. J’admire aussi
les personnages qui sont on ne peut plus réalistes.
J’ai maintenant une crampe à la main à force d’écrire, mais je trouve mon
travail satisfaisant. Le musée doit fermer ses portes et un garde me guide
jusqu’à la sortie. De retour dans mon appartement, je sais qu’il me manque
quelque chose, pour compléter mon travail. J’allume donc mon ordinateur,
je « surfe » sur le web et trouve de la documentation sur Georges de La Tour,
que j’agrafe en annexe à mon petit dossier. Maintenant, je suis entièrement
satisfait, je m’endors donc en relisant mes notes et me dis que je pourrais
bien présenter ce travail pour un concours…
81. Antoine Wiertz, L’inhumation précipitée wiertz_inhumation
L’INHUMATION PRECIPITEE
On m’avait demandé de rencontrer un peintre : celui qui me faisait ressentir
beaucoup d’émotions ou de compassions ou même encore du dégoût.
Un jour, je vis un article de 1824 dans mes affaires personnelles (il était
très ancien mais mes parents gardaient tous les quotidiens, sachant que je
voulais devenir journaliste). Il parlait d’un certain Antoine Wiertz, il avait
peint « Tête de mort » et ceci fit scandale car comme le titre l’indique, son
tableau représentait une tête de mort posée sur quelques livres et elle se
trouvait à côté d’une bouteille de vin. Je constatai alors l’imagination de cet
artiste, il ne manquait pas d’audace pour peindre des chefs d’œuvre aussi
explicites que ses pensées… Alors, je décidai de le choisir.
C’était un soir d’hiver 1854, il était à peine 17 heures et il faisait déjà
nuit. J’avais décidé de me rendre chez Antoine Wiertz, pour lui demander de
m’expliquer sa technique pour imaginer de pareilles choses. Malheureusement, il
refusa de me rencontrer, mais je ne perdis pas espoir. J’attendis devant sa
maison en espérant qu’il sortirait, ce qui fut le cas.
Sa demeure se trouvait près de la Grand-Place. Je le suivis de loin à
pied. Certaines de mes sources m’avaient dit qu’il recherchait justement à
créer un tableau, ce qui m’arrangeait !
Il n’arrêtait pas de tourner en rond, je ne savais pas ce qu’il
cherchait, j’avais l’impression qu’il espérait trouver quelqu’un. Finalement il
rentra dans un magasin de peinture et en ressortit avec plusieurs choses telles
qu’une toile, des pinceaux, des colorants sûrement pour faire ses propres
couleurs... Il retourna chez lui, indubitablement pour la soirée mais je le vis
ressortir peu de temps après. J’étais étonné de voir un homme d’une soixantaine
d’années sortir vers 19 heures. Cependant, je continuais encore à le suivre,
espérant trouver une piste pour savoir quel serait le sujet de son prochain
tableau. Puis, après une longue surveillance qui ne me servit pas, je rentrai
chez moi, sans avoir avancé. J’en étais toujours au même stade…
Le lendemain matin, vexé de n’avoir rien trouvé, je me rendis une seconde fois
chez lui, avec l’intention qu’il me reçoive.
Je me trouvais devant sa maison, son portail était ouvert, comme s’il
allait recevoir quelqu’un. J’en profitai pour aller toquer à sa porte. Une
femme me reçut et me dit : « Il vous attend à son bureau », elle me montra où
il se situait, j’y allais apeuré mais d’un pas déterminé
« Je savais que vous alliez revenir, on ne vous a pas appris la discrétion, mon
cher, dit Antoine Wiertz.
— Excusez moi, je ne voulais en aucun cas vous offusquer, c’est qu’hier
vous n’avez pas voulu me recevoir. Savez-vous qui je suis ?
— Ne vous inquiétez pas, vous êtes un jeune journaliste, qui débute une
carrière et qui veut commencer avec moi ! Je vous permets de me suivre dans mes
recherches et d’être mon modèle, mais en aucun cas de me dire ce que vous en
pensez avant la fin de ma création. Cela vous arrange et moi aussi. Soyez devant
chez moi à 17 heures précises, sinon je partirai sans vous, à ce soir, cher ami
! »
Ce fut clair et net, mais j’étais content de participer avec lui à une telle
aventure, fier d’avoir été choisi comme modèle. Je supposais que je poserais,
qu’il ferait une esquisse et mettrait le visage de quelqu’un d’autre.
J’arrivais à 16 heures 50, il me vit, descendit et me dit « Ponctuel, c’est
déjà un bon point venant d’un jeune homme ».
Comme nous allions très certainement marcher toute la soirée, je lui
demandai ce qu’il recherchait la veille. Il m’expliqua qu’il s’efforçait
d’apercevoir quelqu’un pour participer à son œuvre mais qu’exceptionnellement,
il n’y avait pas de sans abris. Une personne seule pour l’aider à créer son
tableau. Il lui aurait offert un dîner et un lit pour le remercier.
Une fois ce sujet clos, je regardai la direction que nous prenions, il me
fit comprendre avant même que je pose ma question, que l’endroit où nous nous
rendions, était un lieu rempli de souvenirs émouvants, quand nous avons perdu
quelqu’un de proche : un cimetière.
Je commençais à comprendre ce qu’il voulait que je fasse mais j’eus un
sentiment de répugnance. Je lui expliquai que je ne voulais pas profaner une
sépulture en m’allongeant dessus. Il fut surprit que je pense cela de lui.
Finalement, il m’amena dans un caveau qui recueillait des cercueils vides, ils
avaient une particularité, sur le couvercle, une grande croix avait été
sculptée.
Enfin je compris ce qu’il espérait de moi, s’il avait choisi une personne sans
défense, cette dernière serait partie une fois qu’elle aurait compris ce qu’il
voulait.
Cet individu n’a que sa vie mais cela est suffisant pour ne pas vouloir
poser dans de telles conditions sans savoir ce qui va se passer.
Quand il me révéla le titre de son futur tableau, je compris la position qu’il
fallait adopter…
82. Caspar Friedrich, L’arbre aux corbeaux louvre(24)
C’était l’automne,
lors d’un voyage scolaire, nous visitions le musée du Louvre à Paris. Ce lieu
magnifique où sont rassemblées les plus grandes œuvres de tous les temps et de
toutes les tendances confondues.
Mon regard se dirigeait dans tous les sens et ne savait pas où s’arrêter…
quand, soudain, mes yeux se figèrent sur un tableau du peintre allemand, Caspar
Friedrich, L’arbre aux corbeaux. Ce peintre, génie du romantisme, dont les
œuvres ont été découvertes au XXe siècle, a développé un art très personnel du
paysage, marqué par la précision et le sens de l’observation. Chacun de ses
tableaux possède de nombreuses significations symboliques qui, dans un monde
semblant irréel, donnent l’impression d’immensité et de solitude.
Cette œuvre nous montre un paysage sombre, une végétation morte, un arbre
solitaire. Au loin, nous pouvons apercevoir une colline, un ciel de couleur
ambrée, où volent quelques corbeaux.
En me laissant emporter par ce tableau, un étrange sentiment m’envahit, celui
d’être prisonnière d’une nature hostile et négative, d’un espace infini et
pauvre. Tout y paraît si froid, si triste, … mort ! Seul signe de vie : des
corbeaux qui volent à proximité de l’arbre. Certains d’entre eux s’y arrêtent
un court instant, sur les branches, le temps de faire une pause, mais ils
repartent aussi vite.
L’impression étrange de me trouver dans un endroit qui a l’air si insécurisant
me donnait la chair de poule. Toujours sous l’emprise du chef-d’œuvre, mon
imagination s’emballa et je frissonnai.
Soudainement, j’entendis des cris de plus en plus proches. Je tentai de
répondre mais je me figeai ; j’étais incapable de répondre à cette voix qui
m’appelait par mon nom et me semblait familière. Une dizaine de secondes plus
tard, je sentis une main m’attraper l’épaule ; je sursautai, me retournai. Là
je reconnus ma camarade de classe qui me prévenait du départ.
83. Félix Nadar 1820-1910 Charles Baudelaire au fauteuil 1855 ORSAY1
J’arrivai à l‘heure convenue au rendez-vous .C’était un après-midi pluvieux et
la pièce était très sombre. Près du mur, au fond de la pièce, trônait un grand
fauteuil qui semblait porter les stigmates d’un lourd passé chargé d’histoire .
Il avait appartenu, d’après Félix, à une vieille famille issue de la noblesse
espagnole. Celui-ci me demanda de prendre place dans ce fauteuil et pendant
qu’il s’affairait auprès d’un étrange appareil, mon regard s’arrêta sur une
photographie accrochée au mur en face de moi.
C’était une photo aérienne, prise à bord d’un ballon dirigeable, et qui
représentait un paquebot quittant le port pour s’en aller vers une destination
inconnue. Quand je vis cette photo une multitude d’images envahirent mon
esprit. Je revis mon embarquement sur le Paquebot-des-mers-du-sud, et je
songeais avec mélancolie aux paysages, aux odeurs et aux couleurs que je
découvris durant mon séjour dans l’île Bourbon . Puis, le visage de Jeanne,
éclairé d’un léger sourire sensuel s’imposa à mon esprit, et je revis sa longue
chevelure noire agrémentée d’une fleur d’hibiscus d’un rouge profond .
Soudain, un violent éclair, accompagné d’un bruit semblable à un coup de feu me
ramena brutalement à la réalité et la raison de ma présence ici me revint
aussitôt .
Tout à commencé lors d’une exposition d’œuvres d’art à laquelle j’avais été
convié afin d’en faire la critique. De nombreux tableaux avaient été exposés
ainsi que plusieurs statues auxquelles je ne portai qu’un petit coup d’œil dans
le but de la critique. Je commençai à parler à des petits groupes de personnes
pour entendre leurs avis sur les objets exposés , mais ceux-ci ne parlaient que
d’une chose : la photographie .
Je levai la tête pour apercevoir les images en question et je vis une petite
foule qui formait un demi-cercle devant un mur. Je me frayai un chemin
parmi celle-ci et j’entrevis alors l’objet qui attirait tant l’attention : une
photo. Elle était accrochée au mur, puis je me rendis compte qu’il y en
avait plusieurs, toutes du même auteur, dont le nom était inscrit en
lettres italiques sous chaque photo : Nadar. Etonné par l’affront
qu’osait faire cet homme en exposant ainsi ce qu’il pensait être des œuvres
,furieux contre son audace de vouloir remplacer la peinture par quelque chose
qui lui avait prit moins d’une heure , alors qu’un peintre
passait un trimestre, voire un semestre à faire son tableau, je partis à sa
recherche dans cette salle bondée . Je le trouvai assez facilement entouré d’un
petit groupe de personnes qui semblaient tout à fait en accord avec lui :
« -La photo ,disait une jeune femme , quelle révolution ! quels détails ! ».
Une fois le petit groupe parti, je décidai à m’intéresser à l’auteur de cette
photo. Il m’apprit alors qu’il n’était pas comme je l’imaginais .
C’était un touche à tout qui, en plus d’être photographe, étais aussi aéronaute
, dessinateur et écrivain . Son vrai nom était Félix Tournachon mais il
préférait emprunter un pseudonyme pour signer ses photos .Il me proposa alors
de me faire mon portrait .
« C’est moderne, me dit-il, tous les grands hommes veulent que je les prenne en
photo ! Et un écrivain comme vous ne pourrait refuser cette offre ! ». C’est
ainsi que j’acceptai de venir, à contre cœur mais curieux de voir mon portrait
réalisé par un appareil auquel je ne portais pas la moindre affection .
84. DAVID Marat Assassiné Louvre (17)
Guirault m´avait fait appeler par un de ses messagers dès qu’il avait reçu la
terrible nouvelle. Il me disait d´accourir le plus vite possible chez Marat
avec mon nécessaire pour peindre, car une chose terrible s’y était passée.
Obéissant au doigt et à l’œil, je montai dans une calèche et me rendit aussitôt
chez mon cher ami et compatriote.
Lorsque je descendis devant la maison de Jean-Paul, j’aperçus immédiatement
Guirault. Il était dans un état lamentable : les cheveux en broussaille, les
joues rouges, il criait à tort et à travers sur toutes les personnes qui
passaient à sa portée. Je m’approchai lentement de lui puis lui demandai :
« Que s’est-il passé ? »
Il était tout rouge, avec les cheveux en bataille et l´air très fatigué.
« Viens avec moi, dit-il subitement, une chose terrible est arrivée… ».
Il entra dans la maison et me demanda de le suivre. Il se dirigea vers la
chambre de Marat, ouvrit la porte et me demanda lentement d´entrer. Marat était
là, dans son bain, mort, poignardé au côté droit.
« Tu as transmis à la postérité l’image de Lepelletier, mourant pour la Patrie,
il te reste un tableau à faire ! me dit Guirault d’un ton grave ».
Il fit apporter mon nécessaire à peinture, s’en alla et ferma la porte derrière
lui. Pendant quelque minutes, je restai là sans bouger, je n’arrivais pas à y
croire : Marat était mort, quelqu’un l’avait tué !!! Quand le choc fut passé et
quand j’eus retrouvé mes esprits, je me mis au travail.
Le bain était encore chaud. Je pouvais voir des traînées de vapeur s’élever
lentement de la baignoire. Je n’arrivais pas à y croire… Mon ami était là,
mort… Quelqu’un l’avait assassiné sans scrupules, alors qu’il était là, sans
défense, en train de prendre un bain pour soigner son eczéma. On l’avait tué
comme un loup tue un agneau…
Son sang coulait toujours, petit à petit, et la tache de sang qui se formait
sur le linge ne cessait de s’agrandir. Au fur et à mesure que je peignais la
funeste scène, une haine envers les Girondins naissait en moi et devenait de
plus en plus forte. C’était l’un d’eux qui l’avait tué, j’en étais sûr… Marat
les avait combattus pendant des années. Ils l’avaient accusé trois mois auparavant
et il avait été emprisonné mais il avait été acquitté par le tribunal.
La nuit commençait à tomber lorsque je me mis à peindre les détails. Son bain
était froid maintenant et son sang avait coagulé. Je peignis la plume et le
morceau de papier qu’il avait encore à la main, l’encrier posé sur un cube de
bois qui lui servait de table, les linges posés sur les rebords de la baignoire
et le couteau, le maudit couteau qui avait arraché la vie à cet homme si dévoué
à la République, si bon envers le peuple français... Il avait une sorte de
grimace aux lèvres : une sorte de sourire et de souffrance se mêlaient à ce
visage auparavant si paisible. Je pensai alors à sa maladie, l’eczéma, qui
l’avait tellement tourmenté pendant ces derniers mois. Je pensai alors que
cette mort pouvait, en quelque sorte, l’avoir «soulagé» de cette souffrance…
Des larmes coulaient sur mes joues : ils avaient tué mon ami alors qu’il était
sans défense, alors qu’il prenait un bain. Ils avaient tué Marat, « l’ami du
peuple »…
Avant de m’en aller, je peignis une dernière chose, une condamnation envers les
Girondins de la part de Marat, mon cher ami :
« N’ayant pu me corrompre, ils m’ont assassiné »…
Puis je rangeai mon nécessaire, me levai et me dirigeai vers la porte de la
chambre. Avant de refermer la porte derrière moi, je jetai un dernier regard à
mon ami et compatriote : « l’ami du peuple ».
85. Claude Gellée, dit Le Lorrain. Port de mer,effet de brumelouvre54
Un jour, en cherchant par hasard dans un coffre, j'ai
retrouvé une lettre écrite par un ami du peintre Claude Gellée, dit Le Lorrain.
Cette lettre a été écrite au moment de la réalisation du magnifique tableau
intitulé Port de mer,effet de brume, peint en 1646.
16 juin 1646,
"J'ai été invité par Claude, mon ami, lorsqu'il a décidé de peindre
ce chef d'oeuvre, aux couleurs resplendissantes. Claude est un très grand
artiste qui a une maîtrise incroyable des jeux de lumière et des ombres. Ce
tableau, commandé par un riche peintre italien (comme tant d'autres), ornera
les murs d'un somptueux palais à Rome. Il représente un port de mer. Les ports
de mer, les palais, l'eau, l'antiquité inspirent énormément Claude. De plus, on
devine toujours la présence de Rome et de ses environs, dans ses tableaux.
Cette fois-ci, Rome est présente à travers le palais, situé à droite de la
toile. Le port et la mer occupent une place majeure dans ce tableau.
je suis toujours admiratif, quand il peint, c'est un dessinateur
exceptionnel. Il a sens inné des proportions, de l'utilisation des couleurs,
pour mettre en valeur ses toiles.
Les couchers de soleil, sur ses tableaux, leur donnent un côté poétique.
L'opposition des couleurs chaudes (terre, bâtiments) et des couleurs froides
(mer, ciel) donne un aspect chaleureux à la scène. J'éprouve toujours un grand
bonheur en regardant ses toiles, elles sont toutes plus belles les une que les
autres. Mais "Port de mer, effet de brume" est sans aucun doute celle
que je préfère, parmi tous ses tableaux déjà réalisés. C'est une toile très
réaliste, très proche d'une scène quotidienne sur un port.
Quand je regarde ce tableau, j'ai l'impression de m'évader, de fuir le
monde dans lequel je vis. J'éprouve un sentiment de liberté, de paix, d'intense
bonheur. Je m'échappe quelques instants du quotidien, quelques fois ennuyeux,
des rituels habituels, des histoires qui finissent mal. Je rêve d'un monde
meilleur, paisible comme dans ce tableau, d'un monde sans guerres, sans misère
où tout le monde vit dans la quiétude et la fraternité."
Agostino TASSI
86. Titien La jeune fille aux miroirs. louvre(35)
Tôt ce matin là, je
dus quitter la demeure de mon mari, qui est l'un des fils du grand peintre
Titien. Je dus passer devant chacune des boutiques de Venise. J'eus le plaisir de
rencontrer de jeunes marquises coiffées d'un chignon, d'un chapeau voilant
leurs yeux, vêtues d'une robe aux couleurs éclatantes et de petits talons
amincissants les traits de leurs corps. Je courus le long de la rivière sous un
soleil éclatant.
Ce jour-là, je devais aller voir Titien, pour que nous puissions
contempler l'oeuvre pour laquelle j'ai posé durant au moins cinq mois et qui
devrait s'intituler "La jeune fille aux miroirs".
Lorsque je suis arrivée sur le pas de la maison, trois jeunes filles
jouaient avec un ballon nleu. Elles vinrent toutes trois me dire bonjour et
Titien arriva et je le suivis.
Nous nous saluâmes, il déposa un léger baiser sur ma main et me
demanda de le suivre dans son atelier, où le tableau était recouvert d'un drap
blanc. Tout dans la pièce avait était rangé dans chacun de ses coins. Seul, au
milieu de tout, se tenait le chevalet retenant la toile.
Nous entrâmes dans l'atelier. Titien referma la porte derrière moi
et marcha d'un pas lent vers la toile qu'il dévêtit de son drap. Je découvris
alors la splendeur de son oeuvre.
La jeune fille de la toile avait été cadrée assez bas dans le
milieu de l'oeuvre. Le thème représenté aurait pu être celui de la vanité ou
celui de la "bella". On pouvait aussi comprendre qu'il s'agissait du
thème pétrarquiste, car le poème de Pétrarque intitulé "mon ennemi"
place le miroir en rival de l'amant. Il raconte plus particuliérement, la
complainte d'un homme jaloux d'un miroir. Ici, il était exclu du champs de vision
de la belle. Celle-ci était uniquement occupée à se contempler dans deux
miroirs qui l'encadraient. Dans la toile, on pouvait remarquer que la
composition comporte une série d'ovales ( miroirs, tempe, flacon ). Les
couleurs froides étaient associées à la jeune fille tandis que les couleurs
chaudes à l'amant, avec de plus, l'éclairage de l'ombre par les couleurs
chaudes. Je fus très satisfaite que l'interprétation du tableau fût aussi
réussie.
Lorsque mon mari arriva, nous prîmes le tableau que Titien nous
avait offert pour notre union au sein de leur famille.
Lorsque nous rentrâmes, ce soir-là, les rues étaient déserte et le
murmure de la rivière chantonnait.
Nous arrivâmes à la maison, où nous enlevâmes le drap qui
protégeait cette oeuvre merveilleuse et nous la plaçâmes dans une des pièces,
la plus importante de notre demeure. Nous la regardâmes quelques instants et je
me rappelle encore que c'est devant cette toile, cette nuit-là, cette soirée de
pleine lune, remplie de scintillements d'étoiles que nous conçûmes notre
premier enfant que neuf mois plus tard nous appelâmes Marccio.
87. Photographie
de Veronique Vercheval V15
Ce matin je vais à l’école, comme tous les matins. C’est
l’école du camp des réfugiés Al-Amary, elle compte mille étudiantes.
Ici, c’est la guerre, tout est détruit autour de moi, même les champs
d’oliviers ou d’orangers ont été arrachés. Tous les jours, c’est la même
angoisse qui règne sur la Palestine.
Mais moi, j’ai confiance en l’avenir, même si je sais que souvent, ce ne sera
pas facile et que les femmes ont un univers très limité ici, je me
battrai pour avoir une vie meilleure que celle que mène ma mère aujourd’hui.
En route pour l’école je vois des tanks, des militaires avec des armes. Mais je
vois aussi les marchés, les cafés et des autres enfants qui me rejoignent en
jouant à la balle. Quand j’arrive à l’école, je me dis que j’ai beaucoup de
chance de pouvoir y aller et de pouvoir m’amuser avec mes amies car tous les
enfants de Palestine n’ont pas cette opportunité. En plus, dans cette école je
me sens en sécurité. La maîtresse nous accueille et nous dit qu’aujourd’hui
nous allons faire du théâtre. Bien sûr, moi et mes amies nous sautons de joie,
tellement heureuses... Elle nous dit aussi que des vrais comédiens sont venus
pour nous aider à nous exprimer, ils vont aussi jouer une petite pièce de
théâtre rien que pour nous! Je monte la première sur scène, c’est en fait
quelques planches de bois posées les unes sur les autres mais qu’importe..,
pour moi c’est quand même une scène comme au théâtre... Je raconte ce jour où
j’ai eu la plus grande peur de ma vie: Je marchais dans la rue, je
rentrais à la maison lorsque, tout à coup j’ai vu un tank surgir d’une
autre rue en face de moi, un homme en est sorti et m’a emmené très brutalement
dans son tank. Il m’a dit que je n’avais rien à faire ici, et que s’il me
voyait encore une fois, il me tuerait. J’étais terrorisée et je n’ai pas dit un
mot. Il m’a posé à terre un peu plus loin et je crois que je suis restée là
quelques heures en me demandant si je n’avais pas rêvé...
Après avoir fini mon récit, un comédien me dit d’aller me rasseoir. Je vois
passer l’une après l’autre chacune de mes amies, racontant leurs histoires avec
cette même tristesse dans les yeux.
Un peu après, la maîtresse nous dit que c’est la pause, que nous pouvons aller
nous amuser devant l’école, dans la cour. Nous décidons de jouer à nous attraper
et c’est moi qui me fait prendre la première. Au fond de la cour, je vois une
femme avec un appareil photo dans les mains. Je vais vers elle et elle
m’explique qu’elle est ici pour photographier la vie des Palestiniens. Ensuite,
des autres filles me rejoignent et nous sommes toutes intriguées par cette
femme. Elle nous demande si elle peut jouer avec nous et je suis très contente
qu’elle soit là. Elle nous propose d’essayer de l’attraper.
A cet instant, nous nous précipitons toutes sur elle en riant. Elle immortalise
pour toujours ce moment en prenant une photographie. Elle nous dit
qu’elle reviendra nous voir bientôt avec une photo pour chacune de nous. En
racontant cette histoire je voulais vous montrer que même si tout est triste
autour de nous, nous pouvons quand même avoir des moments d’intense bonheur,
c’est pourquoi j’ai confiance en l’avenir...
88. Chardin L’enfant au toton louvre(22)
«L’enfant au toton» représente Auguste Gabriel, garçon de
treize ans issus de la haute bourgeoisie parisienne. A l’époque, on habillait
les jeunes garçons de robes jusque leur dixième année ; Ils étaient
ensuite vêtus exactement comme des adultes. Cet enfant est le fils d’un
riche banquier, ses vêtements sont pourtant d’une grande simplicité pour
l’époque : ni dentelles, ni broderies, ni couleurs vives. La vie de
cet enfant ne devait pas être extraordinaire, même triste et monotone.
Son père était souvent absent par son travail, donc l’enfant se sentait souvent
seul. Il pourrait avoir tout ce donc il désire avec la richesse de ses
parents, mais cela ne l’intéresse pas. Il est rejeté par les autres
enfants de son âge qui le trouve trop bourgeois. Un jour, sur le chemin
du retour, il va remarquer un enfant à l’apparence très pauvre, mais avec un
sourire sans pareil, cet enfant joue au toton, il a l’air tellement heureux
qu’Auguste Gabriel aimerait partager son bonheur. Il s’approche alors de
lui, tout timide, car il a peur de se faire à nouveau rejeter. Mais
l’enfant, au contraire, l’invite à jouer avec lui, Auguste est comblé, il a
enfin un amis et il a découvert un jeu passionnant. Le lendemain, il est
déjà tout content à l’idée de revoir son nouvel ami. A sa grande surprise,
il n’est plus là, mais cependant, il aperçoit le toton. Il s’approche,
regarde autour de lui, et prend le jouet. Il revient chez lui en pensant
qu’il gardera le souvenir de son ami avec le toton. Il n’a plus le cœur à
travailler, plus rien ne semble l’intéresser, à part son toton ; tous les
soirs, au lieu d’étudier, il joue avec son précieux trésor, il est hypnotisé,
il le regarde sous toutes les coutures, captivé par ses mouvements. Lors
d’une soirée, ses parents invitent Chardin, le peintre, pour un dîner d’affaire.
Auguste n’est pas intéressé par la conversation et monte alors dans sa chambre
retrouver son jouet. Quelques in stants plus tard, Chardin,
qui visitait la maison, ouvre la porte ou se trouvait l’enfant, il est subjugué
: devant lui se dessine un tableau : tout est calme, rangé et immobile, même le
garçon, seule la toupie semble bouger ! Cette vision lui rappelle la
solitude qu’il a toujours connue dans le silence nécessaire dans
l’épanouissement de son art inimitable. Chardin va vouloir représenter
cet épisode modeste de la vie courante d’un enfant de l’époque car celui-ci
manifestait curiosité et application devant la réalité. C’est grâce à ce
moment que le peintre va donner naissance à cette œuvre d’art : « L’enfant au
toton ». Son œuvre d’art exprime la réalité de la vie des enfants de
riches. Il va mettre l’accent sur l’enfant et les objets ; pour cela, il
utilisera un fond unis et éclairera les éléments importants. Il aimait
peindre les scènes de la vie quotidienne et il était en possession d’un force
de vérité et de raffinement. Ses œuvres, dont celle-ci, sont caractérisé
s par des couleurs sobres et un éclairage doux, et s’employaient à
célébrer la beauté des choses, créant une atmosphère tout à la fois d’humanité,
d’intimité et de noblesse. Le petit Auguste Gabriel se retrouve
immortalisé par le talent du peintre qui émerge d’une rencontre magique.
89. Canaletto
Le Pont du Rialto entre 1735 et 1740 Italie(8)
Vous qui êtes en train de regarder cette toile, vous trouvez
peut être comme moi que cette œuvre est magnifique. Vous ne vous
doutez sûrement pas de mon histoire car elle est unique.
Ne me cherchez pas, vous ne me verrez pas, mais c’est pourtant bien moi et
Antonio qui avons fait ce tableau.
Antonio Canal dit Canaletto est né en 1697 à Venise dans une famille de
décorateurs de théâtre où il commence à travailler avec son père. Grâce à
l’une de ses plus grandes passions, c’est-à-dire la peinture, Antonio et moi
nous sommes rencontrés et ne nous sommes plus jamais quittés.
Grâce aux leçons du védutiste Luca Carlevaris, nous avons pu nous exercer à la
mise en place harmonieuse des architectures en perspectives dont nous jouerons
plus tard en virtuose.
L‘étape décisive de notre formation est en 1719 ; un premier séjour à Rome où
nous avons débuté comme scénographes en réalisant notamment des décors pour les
opéras de Scarlatti, où nous avons rencontré des peintres néerlandais qui nous
ont communiqué le goût de la précision et de l’observation de la vie
quotidienne.
C‘est aussi ainsi que nous avons connu l’œuvre de Pannini qui nous a orientés
définitivement et exclusivement vers une carrière de védutiste.
De retour à Venise en 1720, nous nous sommes consacrés à la description
de Venise (ses canaux, fêtes et monuments) et très vite nous avons eu des
amateurs assidus surtout parmi les étrangers.
Ensuite, nous avons été admis à la guilde des peintres de Venise où nous avons
poursuivi notre formation auprès de Luca Carlevaris et de Marco Ricci : neveu
du créateur de la peinture décorative, lumineuse et animée qui influencera
toute l’Europe au début du XVIIIe s.
Nos premières vues ont été peintes sur le motif « méthode » que nous
abandonnerons par la suite pour revenir à des peintures réalisées d’après des
dessins détaillés.
Pendant longtemps, nous nous sommes amusés tous les deux avec nos peintures
pour les faire ressembler de plus en plus à de vraies œuvres d’art.
Vers 1730, nous avons abandonné les effets de clair obscur et les vues
idéalisées pour des représentations fidèles de Venise.
Notre touche devient alors curviligne, nos coloris éclatants et la couleur
vibrante.
C’est aussi dans ces années-là que par un beau jour d’été en nous promenant
dans cette si belle ville qu'est Venise, nous avons trouvé que le paysage était
trop magnifique pour que nous ne puissions l’immortaliser sur une toile.
Nous nous sommes installés de manière à avoir devant nous le Grand Canal à la
majestueuse sinuosité, qui divise Venise en deux ensembles distincts et le très
célèbre Ponte Rialto datant de la fin du XVIe s. A eux deux, ils
formaient déjà un très beau tableau mais en ayant en plus quelques gondoliers
qui passaient et les bâtiments qu’il y avait à proximité, c'était vraiment beau
à voir. Antonio et moi avons alors peint cette sublime huile sur toile
qui, d'après moi, est l'une des plus belles que nous ayons faites. En
plus de cela, le temps était avec nous puisque le soleil rayonnait très fort,
mais pourtant pas assez pour nous « aveugler » dans ce que nous faisions.
Entre 1746 et 1754, nous avons beaucoup voyagé ensemble en Angleterre ainsi
nous avons peint de nombreuses vues de Londres et encore plein d'autres villes
de ce beau pays.
En 1763, Antonio est reçu à l’académie de Venise où il exerce une influence
considérable sur les peintres dans l’art de traiter le paysage en aidant
à instaurer la représentation de vues réelles par opposition aux paysages
imaginaires.
Malheureusement en 1768, il y eut tout à coup un brusque vide : Antonio décéda.
Ce cher compagnon que j’ai connu tant d’années était parti pour toujours, cette
personne avec qui j'avais tant voyagé pour rechercher des villes nouvelles à
peindre…..
Peut être vous demandez-vous : mais qui donc est cette personne qui
connaissait si bien Canaletto?
Hé bien à vrai dire moi aussi, comme tout le monde, j’ai vieilli mais pas de la
même façon car en réalité la personne avec qui Canaletto a tant voyagé, celui
qui l’a accompagné partout n ' était pas une personne….mais bien un objet.
J’étais tout simplement son pinceau ; celui qu' Antonio avait reçu quand il
était enfant et qu’il a trempé dans toutes ces jolies couleurs au fil des
jours, des années.
J'étais peut-être un pinceau mas sans moi, toutes ces belles toiles n’auraient
pas existé et jamais je ne vous aurais raconté tout cela ! !
Peut-être que lorsque vous visitez des musées ou voyez des tableaux de
personnes connues ou non connues, vous les observez mais est-ce que vous vous
imaginez une seconde quelle est leur histoire ? Pourquoi le peintre a
immortalisé cette œuvre ?
Hé bien moi je viens de vous raconter une de ces histoires, alors essayez à
votre tour ! !
90. Edgar Degas Dans un café ou L'Absinthe 1876 ORSAY14
Cette journée commençait comme bien d’autres, le temps était
assez gris et un brouillard épais flottait sur le port. Un vieux couple venait
d’arriver. Ils s’assirent sur moi de manière lymphatique. Cela devait être une
mauvaise journée pour eux. Je le ressentis à leur voix lorsque le garçon vint
prendre leur commande. Ils ne parlèrent guère durant le temps qu’ils passèrent
à boire. Ils restèrent inertes tout au long de la journée. En face de ceux-ci,
un peintre, dénommé Edgar Degas d’une bonne cinquantaine d’années. Il venait
aussi assez régulièrement pour boire un café. Ce dernier était toujours à
l’affût de la moindre petite inspiration pour peindre de nouvelles toiles aussi
réalistes et émouvantes que les autres. Le soir venu, ils s’en retournèrent
chez eux. Le lendemain, je fus surpris de les revoir toujours aussi maussades,
ne faisant que boire leurs verres. Et ce fut la même chose tous les jours
suivants. Ils ne faisaient que reproduire cette p erpétuelle habitude.
Curieusement, je me plongeais dans une série de questions qui furent rapidement
résolues. Ce fut un soir comme tant d’autres. Ce couple terminait sa boisson
avant de s’en retourner chez eux. Je pensais que c’était la fin de cette douce
journée lorsque deux vieilles femmes vinrent se déposer sur moi. A peine
s’étaient-elles installées, qu’elles se mirent à bavarder des petits cancans
qui circulaient dans notre doux village côtier. Je n’avais jamais entendu de
pareilles pipelettes ! Je n’écoutais que d’une oreille jusqu’au moment où
celles-ci se mirent à parler de ce couple abattu par la tristesse. L’une des
femmes commença à en dire plus : « Leur mélancolie est apparue voici trois
semaines. Leur fils était parti en Amérique depuis plus d’un mois. Ils
s’étaient quittés ici même dans ce café. Au début, ses parents n’étaient pas
inquiets de rester sans nouvelle puisque ce voyage durait assez longtemps. Mais
un jour, ils eurent écho d’une catastrophe maritime
. Au départ, personne n’y croyait. Quelle stupide rumeur, disait-on.
Jusqu’au jour où une femme reçut une lettre, d’une couleur assez étrange, qui
lui annonçait le décès de son mari. Quelle tristesse pour cette jeune femme qui
venait de se marier ! Chaque jour durant deux semaines, les gens recevaient
cette maudite lettre leur annonçant tel ou tel décès. Le vieux couple ne reçut
pas la même lettre que tout le monde. La leur annonçait la disparition du corps
de leur fils. Depuis ce jour, ils restèrent assis dans ce café espérant que
leur fils reviendrait là où ils se sont quittés. » Et c’est sur ces derniers
mots qu’elle termina cette histoire. Si j’avais été un être humain, j’en aurais
eu les larmes aux yeux. Ce fut en silence que ces deux dames finirent leur
verre et s’en allèrent me laissant en pleine réflexion sur cette histoire. Le
jour se leva et déjà ce couple arriva, cela devint une habitude pour eux ainsi
que pour ce peintre .Mais ce jour serait différent de tous les autres,
car, alors qu’il commandait son café, son attention fut captivée par ce couple
attablé. Je le vis aussitôt sortir quelques feuilles et son crayon,
probablement pour dessiner quelques croquis de ceux-ci. Les années passèrent et
ce couple était toujours là, assis espérant inlassablement son retour. Et ce
fut la même chose chaque jour pendant des années et des années…
91. Charles Nègre (1820-1880) Le joueur d'orgue de barbarie et deux enfants qui l'écoutent ORSAY2
Je m’appelle Holly,
je suis né le 3 mars 1833 dans un vieil atelier tout délabré dans la rue
Montmartre n°3. Mon père s’appelle Patrick, j’aime chanter pour lui et pour les
gens qui passent dans la rue et s’arrêtent pour m’écouter. Je l’aide à gagner
de l’argent car il devient de plus en plus pauvre. Mais je n’en gagne pas assez
pour le sauver de la ruine ; alors le 14 mars 1834, il a dû me vendre aux
enchères pour trop peu d’argent, mais j’espère que cet argent pourra le sortir
de la ruine.
J’ai été vendu à Jeff David qui au début était heureux de m’avoir, il
m’emmenait partout où il allait, puis il s’est lassé et m’a laissé périr
pendant plus ou moins deux ans dans une très petite chambre de sa grande
maison. Le jour de son déménagement, il m’a revu et a évoqué quelques souvenirs
émouvants, puis un homme de forte carrure l’a aidé à me sortir de la maison et
ils m’ont laissé dehors dans la rue. Je suis resté là pendant près d’un an puis
un garçon de 10 ans, passant par-là, m’a vu et m’a emmené chez lui. Quand son père
m’a aperçu, il ne m’a pas apprécié mais petit à petit il a appris à me
connaître et à m’accepter : nous arpentions les rues ensemble en chantant et en
réveillant les habitants de la ville pour nous amuser et gagner de l’argent.
Quand il est mort, j’étais triste mais j’ai trouvé du réconfort auprès de son
fils, Oscar. Lui et moi avons fait des tas de choses ensemble, comme prendre le
bateau jusqu’en Belgique et y vivre. Là-bas, il a cherché du travail durant une
année entière. Pendant ce temps, nous avons dormi sous les ponts, dans le froid
glacial et les averses de la nuit. Quand il a trouvé un travail, c’est en tant
que garçon de café au « Café Des Délices ».
Un jour qu’il travaillait, une belle femme est entrée pour répondre à une offre
d’emploi, mais comme le patron n’était pas là, elle a dû revenir à un autre
moment. Dès que le patron la vit, il l’accepta en tant que serveuse. Alors
Oscar et elle ont appris à se connaître. Deux an après leur rencontre, ils
étaient mariés, trois ans après leur mariage, ils avaient un premier enfant
prénommé Philippe.
Après la naissance de Philippe, leur couple allait de moins en moins bien, mais
un heureux événement arriva cinq ans après : un deuxième enfant appelé
Elisabeth est né.
Quatre ans plus tard, un jour de beau temps, Oscar, Philippe, Elisabeth et moi
étions en train de nous promener lorsqu’un photographe, appelé Charles Nègre,
nous a demandé de poser pour lui, Oscar accepta. Nous nous sommes arrêtés à
l’intersection de deux rues sombres, près de deux tonneaux superposés, mon père
s’est mis à chanter avec Elisabeth, Philippe et moi, puis Charles Nègre a pris
la photo qui nous a rendus célèbre dans notre quartier car elle fut exposée à
tous les coins de rue. Charles Nègre vient de New-York mais est de nationalité
française, il a commencé dans la vie en tant que peintre et ensuite a été
initié à la photographie par Gustave Le Gray.
Des années plus tard, Oscar mourut et je devins la propriété de la famille
durant moins d’un siècle. Pendant ce temps je vécus plein d’autres événements,
heureux et malheureux, avec cette famille qui jamais ne me laissa tomber.
Dès que la guerre éclata, je fus touché en plein cœur et ce fut la fin de
l’orgue de barbarie.
92. Watteau l' Indifférent... louvre (37)
Beaucoup de gens
s'interrogent sur ma peinture! Beaucoup m'ont demandé sa signification . Je ne
répondais pas!
Aujourd'hui, alors que
je suis cloué au lit par la maladie et que je sens la mort approchée ; je vais
vous parler de ce jeune
homme:
l' Indifférent...
Ce garçon , je l'ai
rencontré bien avant la conception de la toile . Et pourtant au moment de le
peindre , je me rappelais parfaitement de lui, son visage était gravé dans ma
mémoire.
Je l'avais rencontré pour la première fois à l'opéra : alors que le spectacle
avait déjà bien commencé , il entra bruyamment dans la salle, accompagné d'une
jeune femme vulgaire accrochée à son cou. Tout le monde se tourna vers lui .
Nullement gêné , il alla s'asseoir dans le fond de la salle . Les gens étaient
choqués par ce jeune homme ! Moi-même je n'arrivais pas à être attentif aux
chanteurs pourtant magnifiques qui étaient sur scène, mon regard se tournait
toujours vers lui . Une question se formait dans ma tête: Qui était donc ce
jeune homme perturbant la salle? Une fois le spectacle terminé , je n'arrivais
toujours pas à détacher mes yeux de lui et je le suivis jusque dans la rue.
Puis je le perdis de vue! Un mois plus tard , je parlai pour la première fois
avec lui. C'était dans une soirée mondaine, il arriva encore en se
faisant remarquer , une nouvelle fille à son bras et une bouteille de
champagne sous l'autre. Ma timidité m'empêchait d'aller à sa rencontre malgré
mon envie de lui parler. Il me vit le regarder et à un moment ou j'étais
seul , il s ' approcha de moi. Il ne parla pas pendant cinq minutes, peut- être
réfléchissait-il à ce qu'il allait me dire , pensai-je. Mais j' appris vite qu
' il ne réfléchissait jamais à ce qu'il disait. Il commença ainsi :
- « Pourquoi ne cessez-vous de me regarder? Je vous choque? »
Je ne sus quoi répondre, moi qui avais toujours réponse à tout.
- « Oui ça doit être ça ,je vous choque. Vous vous dites que
fais ce charmant gentleman parmi ces petits bourgeois » ? Il partit d'un rire
bon enfant et je ne pus m'empêcher d'esquisser un sourire. Il redevint sérieux
un moment pour me demander :
- « vous êtes venu seul à cette soirée »?
- « Non ,dis-je, je suis avec mon ami Crozat . En vérité, je loge
chez lui ,il est un peu comme mon protecteur si vous voulez ». On parla ainsi
de tout et de rien pendant des heures. Plus il parlait et plus il m'intriguait.
Ce garçon était exceptionnel tant pour ses idées que pour son comportement. Je
réalisai que je l'admirais pour ses idées modernes et libres, pour sa
joie de vivre mais surtout pour son indifférence. Son indifférence envers le
regard de la société, il ne s'intéressait pas à ce que les gens pensaient de
lui. Il était lui tout simplement.
On se revit souvent
après cette soirée, mais toujours dans des endroits discrets. On allait se
promener dans les champs ,dans les bois,... Il était passionné par la nature ,
il pouvait se promener pendant des heures en parlant du temps ou des femmes. Un
jour, il me confia qu'il était amoureux. Au début je ne le croyais pas vraiment
amoureux, je croyais plutôt à une petite amourette comme il lui arrivait
une à deux fois par semaine. Mais non, la douceur avec laquelle il me parlait
de cette femme je sus qu' il était réellement amoureux. Mais malgré toutes mes
questions, il ne voulut jamais me dire qui elle était!
Un soir, Crozat
entra dans ma chambre un verre à la main. Il s'assit en face de moi et dit d'un
air malheureux forcé:
- « Le jeune homme que nous avons vu plusieurs fois, ce garçon mal élevé avec
qui vous aviez parlé à une soirée... »
- « Oui »,dis-je calmement.
- « Il est mort ». Je blêmis, mort ? Était ce possible , mon pauvre ami!
- « Comment cela s'est-il passé? » arrivai-je à articuler.
- « Il a été tué dans un duel » dit-il mais cette fois il éclata de rire amusé
par ce nouveau potin.
- « Ce gamin convolait avec une femme mariée! Le mari a vite découvert le pot
aux roses, il n'a pas supporté et l'a affronté en duel mais vous pensez bien
,ce gamin ne savait même pas tenir une arme, son sort était joué. Pensez à
l'humiliation de cet homme; se faire voler sa femme par un gamin ». Il éclata
d'un gros rire moqueur. Je ne tins plus et lui dit :
- « Pierre ,malgré le respect que je vous dois et malgré la gentillesse que
vous m'avez témoigné par votre protection et votre gîte, je ne supporte pas la
manière dont vous parlez de ce jeune homme! A vous entendre on ne dirait pas
que vous parlez d'un mort mais plutôt d'un bouffon » Des larmes me brouillèrent
la vue et je sortis de la maison et marchai dans la rue pour m'éclaircir les
idées, pour laisser la peine envahir mon esprit. En marchant , je ne pensais
plus à rien et je me rendis compte que mes pas me conduisaient vers l'orée du
bois où nous avions l'habitude de parler. Je laissai éclater ma peine! Mon
pauvre ami qui par sa mort et ses actes était la risée de tous, mais comme
durant sa vie , il en aurait été indifférent car la façon dont il me
parlait de cette femme , je sus qu'il ne regrettait rien et que son caractère
frivole, ses gestes déplacés vis-à-vis des femmes n'étaient qu'une
couverture cachant un cœur voulant aimer et voulant être aimé. Oui, il était
ind
ifférent à beaucoup de choses mais pas à cette femme mariée qui avait su
apprivoiser son coeur!
Voici donc l'histoire de
ma peinture , comment en le peignant j'ai voulu lui rendre hommage! Voici
l'histoire du meilleur ami que j'aie jamais eu! Je pense encore souvent à lui
et depuis que je suis malade et que je reste toute la journée au lit, j'ai bien
le temps de penser. C'est pourquoi j' écris cette histoire.
Je sens la
mort s' approcher doucement. Tant mieux car je souffre physiquement et
moralement! Enfin le repos... peut-être reverrai-je mon cher ami, cet homme si
indifférent qui avait bouleversé ma vie et bousculé les convenances. Ça y est,
je me meurs ! Et je finis mon histoire à temps! A toi sont mes dernières
pensées et mon dernier souffle, cher indifférent!!!
A.Watteau.
93. Jacques-Louis David Marat Assassiné louvre (17)
La première fois que Charlotte Corday m’a pris dans ses
mains, je m’en souviens encore comme si c’était hier. Elle avait les mains si
douces et à la fois si fermes. Elle me murmura quelques mots qui seulement
aujourd’hui prennent tout leur sens. Elle me dit d’une voix calme et précise
que j’aurais un grand destin, un destin que tous les Girondins m’envieraient.
Au début, je ne comprenais pas, je ne savais pas qui étaient les Girondins, ni
ce qu’elle attendait de moi. Mais petit à petit, dès qu’elle était seule, elle
me parlait d’eux. Ils avaient été les victimes de ce qu’on appelle aujourd’hui
les massacres de septembre. L’instigateur de ces massacres était un homme, elle
refusait de me dire son nom. A chaque discussion autour de cet homme et de ses
actes, son visage était triste puis, quelques secondes plus tard, il
s’illuminait de bonheur et généralement un petit rire un peu forcé sortait de
sa bouche. Elle savait qu’elle allait mettre fin à sa vie
. Charlotte était une femme pas vraiment jolie, je penserais même le
contraire mais ses mains si douces et son caractère si particulier faisaient
son charme. Elle me cachait dans une petite boite noire dont l’intérieur était
fait de velours rouge et doux. Cette boite, elle la mettait dans un grand
coffre brun tout en dessous de ses vêtements. Ce grand coffre était presque au
milieu de sa chambre, au pied de son lit. Elle ne parlait jamais de moi à
quiconque, c’était notre secret, la peur aussi que son plan n’échoue à cause
d’un esprit mal intentionné. Un jour, elle arriva dans la chambre, me sortit
doucement de ma boite et me répéta plusieurs fois que le lendemain ce serait le
grand jour. Elle décida de m’expliquer ce qu’elle allait faire de moi et avec
qui elle et moi avions rendez-vous. Pour la première fois, elle avait
pris un air soucieux, elle accepta enfin de me dire son nom. Il s’appelait
Jean-Paul Marat. C’était un homme politique français né à Boudry dans le canton
de Neuchâtel. Elle me donna quelques détails de son enfance, comme par
exemple que son père ne voyait en lui qu’un scientifique et aussi que sa mère
lui avait inculqué sa sensibilité, l’amour des autres et de la nature.
Que depuis qu’il était tout petit, il était ambitieux mais la mort de sa mère
lui avait fait un choc énorme et c’était pour cela qu’il avait rompu toute
attache avec sa famille. Il était parti dès ses quinze ans, convaincu de sa
valeur. Il avait voyagé un peu partout, en France, en Angleterre où il avait
entrepris des études de médecine. Charlotte me parla de la personnalité
préférée de Marat qui n’était autre que Montesquieu, pour lui le plus grand
homme qu’avait produit le siècle et un grand écrivain français. Mon destin se
précisait de plus en plus, je savais que demain ce serait le dernier jour que
nous nous verrions, la dernière fois qu’elle me prendrait dans ses mains si
douces. Cette nuit-là, elle ne mit pas dans le coffre mais sous son oreiller.
Cha
rlotte eut du mal à s’endormir. Le lendemain matin, vers huit heures,
elle était déjà levée, prête à effectuer ce pourquoi elle croyait être née.
Corday avait rendez-vous pour quatorze heures avec Jean-Paul Marat. Elle
prépara ses plus beaux habits. Une longue robe blanche avec son chapeau rose
pour cette après-midi. Elle prit son petit sac noir dans lequel se trouvait un
mouchoir en tissu blanc avec un bord rose qui m’entourait, au-dessus son
portemonnaie. Elle nettoya ma lame trois ou quatre fois avec un petit chiffon.
A midi, Charlotte s’habilla, prit son sac et partit. Les gardes nous laissèrent
rentrer sans problème car on la connaissait déjà depuis plusieurs moi qu’elle
était sa maîtresse. Jean-Paul Marat était dans son bain à cause d’une maladie
qui lui rongeait la peau. Charlotte Corday lui dit quelques mots avant de me
sortir avec ma lame aiguisée ; comme il était retourné, elle l’appela. Il se
retourna et n’eut le temps de pousser qu’un petit cri d’horreur avant qu
e je ne rentre dans sa chair. Un liquide rouge et chaud en sortit, venant
troubler la clarté de l’eau. Elle me ressortit du corps de cet homme pour me
faire rentrer encore une fois plus loin, d’un coup plus fort, pour l’empêcher
de pousser ses cris de douleur et d’appel à l’aide. Maintenant son corps est
inerte et l’eau claire du bain est devenue une grosse baignoire remplie
de ce liquide rouge. Un homme avec une arme en main arriva et attrapa Charlotte
qui me lâcha. J’arrivai sur le sol avec un fracas que personne n’entendit, trop
préoccupés à regarder cet homme qui se vidait de son sang. Corday était
fière d’avoir accompli sa destinée et moi, je restai à même le sol. Je
remarquai un homme qui fixait le corps dans l’eau, il ne me vit pas. Il s’en
alla comme il était venu, sans se faire remarquer. J’appris bien plus tard
qu’il s’appelait J-L David. Il était peintre et ce tableau l’inspira. Mais
comme il était resté près de la porte et qu’il ne me vit pas, il ne m’a pas mis
sur la toile. Je suis donc resté inconnu de tous. Charlotte fut
emprisonnée à la prison du Luxembourg. Plus jamais je ne revis les mains si
douces de Charlotte. Voilà toute mon histoire, mon histoire à moi, le poignard
qui tua l’homme le plus détesté des girondins...
94. Xavier Mellery, L’escalier mellery_escalier
Nous sommes vers l’an
1897, j ai été créé par Xavier, un jeune garçon belge très doué dans la
peinture, puisqu’il m a fait ! Ce jour-là, je m’en souviens très bien.
C’était juste avant l’histoire que je vais vous raconter. Je n’aurais
jamais pensé qu’un jour, il y aurait eu un homme qui serait venu pour me
peindre. Il est arrivé avec tout son matériel, s’est installé en face de
moi et commença à peindre dans le silence le plus complet. Le silence est
une des choses que je préfère ! Maintenant, je ne suis plus qu’un simple pot
mais aussi une peinture très célèbre car j’ai été exposé au 6eme salon de la
Rose Croix . Et bien d’autres encore. Il adore faire ça…peindre des choses
qui me ressemblent, elles sont soit plus moches ou plus belles, cela dépend des
goûts, mais la plus importante à mes yeux, si je peux me permettre…c’est MOI !
Bon d’accord, je ne vais pas laisser tomber mes escaliers, je dis « mes » car
on nous appelle « L’escalier au pot
blanc… », c’est assez joli non ? Enfin soit. C’est pour en venir à dire
que Xavier m’a placé à l’endroit le plus mystérieux que je connaisse (normal, j
y ai vécu toute ma vie) mais je dis mystérieux, parce que j’entendais des
choses se passer en haut de mes marches. Je me souviens, quand j’étais
plus jeune, je voyais toujours une femme passer avec une sorte d’aube noire, un
petit chignon et un objet indéfinissable. Quand elle montait, j’entendais des
enfants pleurer, des portes claquer sans cesse et puis…d’un coup…plus rien…le
silence ! Et là, la femme redescendait comme si de rien n’était. La chose la
plus bizarre dans cette histoire, c’est que je n’avais jamais vu d’enfants
monter. Et je ne savais pas résoudre cette énigme à ce moment-là.
Tous les mardis, la concierge venait nettoyer, je l’adorais car elle me
chatouillait et me lavait. J’étais blanc comme la colombe qui venait souvent se
mettre à la fenêtre d’en face; elle aussi avait peur des cris qu’elle
entendait, mais la différence avec moi, c’est qu’elle pouvait prendre son envol
et partir, moi jamais ! Quelques années plus tard, je n’en pouvais plus
d’entendre ces bruits en haut et sans pouvoir rien faire ! Un matin la femme ne
vint plus ! Je fus très étonné et me demandai ce qu’il s’était ou allait se
passer…
Une fillette descendit alors tout doucement les marches qui la conduisaient
vers la lumière qu’elle cherchait depuis toujours. Si je le sais, c’est parce
que c’est elle qui me l’a dit, pourquoi ? je ne sais pas, peut-être n’avait-elle
personne à qui parler ? Ou préférait elle se confier à un simple pot de mon
genre ? Elle avait dans sa main cet objet inconnu, elle le jeta par la fenêtre
et cria « maintenant que nous sommes tous là où tu voulais, ne reviens jamais !
» Puis elle disparut. D’un coup un tas de personnes montèrent en même temps, me
bousculèrent et me cassèrent ! J’ai cru mourir. Mais ce fut le plus beau jour
de ma vie, car la fillette vint me chercher pour me recoller. Et donc me fit
monter !
J’ai vu…j’ai vu tous ces enfants morts mais bien vivants si vous voyez ce que
je veux dire…C’était la vieille dame qui les avait tous tués. Mais quand elle
fut morte, elle ne put aller là où elle croyait aller, les enfants purent !
Tous ces gens qui montèrent en un rien de temps n’étaient que les parents
de ces pauvres enfants. Moi, je les voyais, eux, non. Et encore une fois, je ne
pouvais rien faire. La fille me déposa en bas de mes escaliers, heureux d’être
bien vivant et sachant après ces quelques années ce qu il s’était passé.
Si Xavier voulut me peindre ici, c’est bien pour une raison. Je resterai
là, à regarder mes marches, voir ma tendre concierge et entendre ces
enfants heureux d’être libres. Il est vrai que cette histoire vous paraît
peut-être un peu étrange. Pour moi aussi, je vous rassure.
Mais vous, vous ne voyez qu’une peinture accrochée au mur, mais savez-vous
vraiment ce qu’elle veut dire après mon histoire ? Je ne suis qu’un figurant
peint par Mellery. La colombe, qui est-elle ? Ces enfants qui sont-ils ? Et votre
ami qui se trouve près de vous, que vous voyez tous les jours comme vous pouvez
me regarder sur ce tableau, qui est là aussi pour une raison…la connaissez-vous
vraiment ? Alors…répondez
95. Jacques-Louis David Marat Assassiné louvre (17)
Je m’appelle Martin Caro, je suis né en 1750 à
Rome. Le récit que vous allez connaître maintenant est une partie de ma vie, ou
plutôt……
J’aime beaucoup la peinture, en particulier les tableaux du célèbre peintre
Jacques-Louis David. J’exerce d’ailleurs cet art mais seulement dans le
but de passer des instants de détente. La première fois que j’en ai entendu
parler, ça doit être en 1774, après qu’il soit venu habiter à Rome durant 6
ans, où il y gagna justement le prix de la ville.
Pour le moment, je travaille sur un projet, mais je ne trouve pas
l’inspiration. J’ai la gorge sèche tellement je passe du temps devant ce
tableau. Parfois, je me lève et pars me désaltérer. Cette histoire commence
alors que j’étais occupé à boire un verre d’eau quand soudain…
J’entends un bruit venant de la boite aux lettres. Qui cela peut-il bien être
si tard ? Le facteur n’a pas l’habitude de passer à cette heure ! Je cours
voir, mais je ne vois personne. Donc la seule chose qui me reste à faire est
forcément de voir ce qui se trouve à l’intérieur de la boite. Une fois ouverte,
j’y trouve une lettre où il est écrit « A notre très cher Martin Caro » d’une
belle écriture à l’encre de chine, d’une plume fine et légère ; par contre,
sortant le papier de l’enveloppe, je sens une odeur désagréable et des traces
de doigts au bas de la feuille, cependant il n’y avait pas de signature. La
lettre disait « Bonjour, je vous signale que vous avez été invité à notre
grande exposition. J.L David, ce soir à 20h, nous vous y attendons avec
impatience. Il n’y aura pas beaucoup de monde, venez seul, une surprise vous y
attend.» Sur le moment, la joie m’envahit d’un coup, mais en raison du
caractère informel
de cet envoi, je ne sais pas comment réagir. Moi ! Je suis invité à une
exposition de Jacques-Louis David ! C’est génial, mais pourquoi dois-je y aller
seul? Cela m’intriguait, mais bon, cette interrogation ne me retient pas pour
autant, et d’ailleurs, pour ne pas perdre de temps, je vais partir tout de
suite m’acheter un costume pour dire d’être présentable.
C’est fait, que je suis beau dans ce costume spécialement acheté pour
l’occasion. Je n’attendais plus qu’une chose : être plus vieux de quelques
heures et que le soir tombe ! Les minutes passent et me semblent interminables.
Enfin, l’heure approche, je vais me mettre en route pour ne pas être en retard
! J’arrive tout doucement devant la porte d’entrée. Un parc à traverser puis,
une maison imposante au bout de l’allée qui allait changer le cours de ma vie.
Je vois au loin un homme habillé en noir attendant quelque chose ou quelqu’un !
Qui sait, peut-être moi ! Je suppose que c’est le garde ! J’arrive en face de
la grille et l’homme me fait signe d’entrer et de le suivre sans dire un mot.
Nous passons dans des petits chemins lugubres et arrivons en face du bâtiment.
Il y avait une grande enseigne « Jacques-Louis David » Nous entrons !! Il y a
beaucoup de lumière partout, les tableaux sont accrochés à la suite l’un de l’
autre dans un alignement parfait. Il y en a dans d’autres pièces qui
semblent différentes. Nous passons environ dix minutes en face de chaque
tableau pour bien examiner les détails, l’homme en noir m’explique deux ou
trois choses. Quand je pense que je suis occupé de passer des moments inoubliables
! Dommage qu’il ne soit pas possible de prendre des notes et de faire quelques
croquis en souvenir, mais mon accompagnateur m’a dit que c’était interdit.
Je remarque que les tableaux représentent un peu des souvenirs de ma vie, ce
que je n’avais jamais remarqué avant de venir ici. Plus j’avance et plus ces
peintures me donnent des frissons !
En fait, je voulais voir en réalité un tableau qui m’inspire
incroyablement. Celui de Marat Assassiné.
Jacques-Louis David l’a peint lorsque son meilleur ami, Marat, a été
trouvé mort. Certains disent qu’il aurait été assassiné. On dit même qu’il y
aurait une lettre adressée à Jaques-Louis. C’est lui même qui l’a d’ailleurs
retrouvé baignant dans son sang, nu, comme s’il se lavait. Le choc était
tellement fort pour le maître qu’il en a fait une peinture. Soudain, alors que
je suis dans mes pensées aussi jolies qu’étranges, je me rends compte que je
suis le seul visiteur ! Bizarre ! Même pas d’autres âmes qui vivent dans la
pièce de l’exposition. Après plus d’1h30 de visite, j’arrive devant une porte
noire. L’homme de maison était toujours là ! Le mur autour de la porte est d’un
blanc éclatant, ce qui donne un contraste impressionnant. La position de
l’homme en noir me fait penser qu’apparemment je dois franchir cette porte et
entrer dans cette pièce. Pourquoi ? Je ne sais pas ! N’ayant
manifestement pas d’autre alternative, j’ouvre la porte et entre dans l’espace
qui se tr
ouvait derrière. Je n’ai pas le temps de dire ouf que l’homme referme la
porte d’une vitesse incroyable, me laissant complètement seul. Pourquoi
réagit-il comme cela ? Tout est confus dans ma tête ! La peur m’envahit, mes
mains sont moites. Je me retourne et vois au loin une lumière pas comme les
autres. C’est juste la lueur d’une bougie, elle éclaire une peinture, je ne
peux pas distinguer le visage qui apparaît faiblement tant-il est à peine
visible. Je m’approche lentement, je fixe ce visage à moitié éclairé. Plus je
me rapproche, plus j’en distingue les traits, je remarque alors qu’il fait
froid. Cette pièce me fait plus penser à un couloir par ces murs étroits et sa
profondeur. Il n’y a pas de fenêtre ! Rien qui puisse rendre cette pièce aussi
froide et pourtant. Je suis maintenant à moins d’un mètre et regarde avec
insistance. Je vois ce que je n’aurais jamais pu imaginer. Mon visage, sur le
tableau de MARAT ASSASSINE. Mon cœur s’emballe et se met à battre si vite que
je ressens très fort les palpitations et ce froid qui me pénètre !
Il y a une feuille à côté de la bougie. Un message ? Vais-je enfin savoir ce
qui se passe ? Une explication sur le mystère de ce tableau ? Je saisis la
missive et lis. C’est la même écriture que sur mon invitation, toujours à
l’encre de chine, écrit d’une fine plume « Ceci est l’image de votre mort » Je
relève la tête, un coup de vent jaillit et me glace, la bougie s’éteint. Le
noir, l’obscurité, je sens l’intérieur de mon corps se geler. Les os se
détacher. Je m’envole, je sens que je me vide ou plutôt que je me détache. Je
ne peux pas luter ! Je ne sais pas où je suis !
Seule la personne qui pourra savoir ce qu’il m’est arrivé est celle qui
rentrera la prochaine dans cette pièce qui est……Le couloir de la mort.
Bienvenue…..
96. Fernand Khnopff, La bruyère rose khnopff_bruyère
Et la vie s'ouvre à moi…
Dans ce tableau, je vois la vie, avec tous ses choix, celui d'aimer ou de haïr,
de prendre ou de laisser, de vivre ou de mourir; tous ces choix feront que nous
prendrons des chemins différents selon notre décision qui sera peut-être la
mauvaise ou pas…
La vie est pleine de clarté, de coins magnifiquement paisibles, comme celui-ci,
d'étendues interminables qui nous font ressentir que nous ne sommes qu'un être
parmi tant d'autres qui ont l'occasion de contempler un spectacle aussi
merveilleux que celui que nous offre la nature, comme sur ce magnifique
tableau.
Chaque mystère a sa clé mais encore faut-il la trouver. La vie est un mystère
qui nous mène à sa solution, son secret est bien gardé et seul le destin
connaît la vérité. Il se joue de nous et de notre vulnérabilité liée à nos
sentiments qui peuvent nous élever très loin ou nous enfoncer très bas. Devant
nous, la vie est immense et, une fois arrivé au bout, beaucoup se disent:
"je recommence".
Les couleurs chaudes et lumineuses de cette œuvre me font penser à l'été dont
on profite au maximum avant que l'automne n'arrive, c'est un peu comme la vie
dont on ne profite jamais assez.
Ce chemin au beau milieu de la nature mène assurément quelque part mais où?
Peut-être nous conduit-il à cette vie polluée, noircie par tous ces gens qui
ont choisi des chemins en pensant uniquement à leur bien-être. La ville est
probablement au bout, avec ses couleurs tristes de l'hiver, ses grands
bâtiments, ses gens pressés, ses animaux perturbés, ses routes. Toutes ces
choses qui rassurent l'être humain et qui font naturellement moins peur que
cette grande étendue inconnue. Ce petit confort s'offre à eux, pourquoi le
rejeter? Pourquoi ne pas en profiter? De toute façon, dans moins de cent ans,
ils ne seront plus là pour constater les dégâts. Alors pourquoi se priver? La
vie s'ouvre à moi, j'en profite.
Au bout du chemin, il y a la ville où tout le monde est pareil et où personne
ne remarque personne, cette vie où personne ne sera là pour vous dire… que la
mort était là.
97. Albert Goupil Deux modèles sur une terrasse ORIENT 9
J’étais parti avec Gérôme pour sa
troisième expédition en Orient. Je me demandais comment vivaient les
populations de ces lointaines contrées avec lesquelles nous avons longtemps
commercé. J’avais envie de découvrir leur culture, leur coutume, et un profond
désir d’évasion m’envahissait. Voilà ce qui je crois me convainc de partir à
l’aventure avec mon beau-frère Gérôme, Famars Testas, Paul Lenoir, et quatre
autres. Nous bouclâmes notre itinéraire en cinq mois, nous étions partis
d’Alexandrie pour nous rendre à Beyrouth. Ce fut fort épuisant mais extrêmement
enrichissant. Une anecdote m’a profondément marqué, nous étions arrivés dans un
petit village autochtone où nous comptions passer la nuit et nous fûmes surpris
par l’accueil chaleureux qui nous avait été réservé.
En effet, un jeune homme et sa femme nous invitèrent dans leur humble
demeure. Tout se déroulait à la perfection, nous avions discuté jusque tard
dans la nuit, on s’instruit bien plus en dialoguant qu’en se battant comme nos
ancêtres. Chacun d’entre nous s’occupait différemment, Famars rédigeait un
journal de voyage, Paul un livre. Enfin au lever du jour lorsque nous sortîmes
tous de la maison, je fus fort surpris. En effet quelle ne fut pas notre
surprise de voir au coin d’un mur sur la route du marché, deux jeunes femmes,
assises à même le sol, près d’une corbeille, les seins nus, le regard hagard.
Je compris à ce moment la misère dans
laquelle vivait une partie de la population orientale. Alors je pris une photo
pour montrer à l’Occident que contrairement à l’idée que l’on s’en faisait,
l’Orient n'incarnait pas la prospérité, loin de là. En effet avec le commerce
des épices et autres, les gens pensaient que les populations étaient assez
fortunées. Mais la majeure partie de la population était réduite à une vie très
précaire.
98. Xavier Mellery La chute des dernières feuilles d'automne mellery_automne
La toile peinte par Xavier Mellery représente trois femmes tombant d'un arbre
et tentant de se raccrocher à une toile d'araignée.
L'illustration, dans sa composition, dans sa couleur, dans sa légèreté, dans sa
féminité voilée, évoque déjà l'esprit Art Déco, pourtant apparu une vingtaine
d'années plus tard. Peut-être est-ce la raison pour laquelle elle paraîtrait
aujourd'hui tout à fait intégrée dans tout intérieur décoré selon cette vogue,
très prisée actuellement. Il faut souligner également un autre aspect de la
peinture, qui la place dans un genre actuellement prisé: ces camaïeux de
couleurs sombres, cet effet de clair-obscur.
L'intérêt premier de l'œuvre réside dans la représentation de la femme: elle
est le symbole d'amour, de légèreté et de tendresse.
La particularité du choix des couleurs me frappe. Elles s'assombrissent, ou
plutôt, s'approfondissent, prennent des tons foncés, ceux du rêve et du
silence. Il y a un rapport ainsi qu'un contraste entre l'ombre et la lumière.
En s'imprégnant de l'image, on ressent une certaine opposition entre la volupté
et la sensualité de la femme d'une part, et une impression de mort, d'autre
part.
Le peintre illustre la fin de l'automne par la clarté qui disparaît et laisse
place aux couleurs sobres et sombres, les couleurs de la mort.
La toile d'araignée en arrière-plan, ouvrage élaboré de tisserand, beauté
architecturale, évoque cependant un emprisonnement, une certaine "mise à
mort". On descend dans les tons de camaïeu, du plus clair au plus foncé.
Jetons ensuite un coup d'œil à cet ensemble de formes noires dans le coin
inférieur droit: est-ce une forêt lointaine et sombre, empreinte de noirceur, ou
un château maléfique?
Sur le visage de ces femmes, apparaissent la tristesse et la peur, la certitude
d'une fin imminente. Les femmes plissées, brunâtres, qui se meurent en
virevoltant dans l'air.
Elles tentent désespérément de se raccrocher à la toile. Mais elles ne peuvent
échapper à leur destin, fin d'une saison, d'une époque, fin d'une ère.
99. Georges Lemmen, La plage d’Heist lemmen_ plage
J’étais sur la plage.
C’était un dimanche, une fin d’après-midi comme il en existe tant d’autres ! Je
ne me trouvais pas là par hasard, je venais souvent peindre des portraits à cet
endroit. La magie des lieux m’inspirait.
Je venais de rassembler mon attirail de peinture, il était l’heure de rentrer.
D’ailleurs, je me sentais fatigué, vidé. J’avais bien travaillé mais le calme
de la plage me pesa tout à coup. Je jetai un regard à droite, puis à gauche ;
je regardai derrière moi, il n’y avait pratiquement plus personne sur le sable.
C’était étrange, l’atmosphère me sembla soudain bien lourde, j’étais mal à
l’aise. Ce n’était tout compte fait pas un dimanche comme les autres !
Je me levai, chargeai le chevalet sur mon dos, attrapai le sac qui contenait
mes indispensables pinceaux et tubes de peintures, fis un pas puis deux avant
de me raviser, attiré par l’horizon dont je ne parvenais plus à détacher mon
regard.
Que se passait-il donc ? Les couleurs changeaient rapidement. Tout, autour de
moi, devenait magique. Je m’assis quelques instants… puis m’allongeai. Les yeux
écarquillés, je regardais le ciel. Comme c’était beau ! On aurait dit que la
couleur dorée du sable s’y reflétait, que les nuages étaient des voiles aux
reflets nacrés !
Vite, il fallait que je m’arrache de cette torpeur qui m’envahissait. Je devais
immortaliser l’événement ! Oh, ce n’était bien sûr pas le premier coucher de
soleil auquel j’assistais, ce n’était pas davantage pas le dernier mais
celui-ci avait quelque chose d’indéfinissable, de particulier.
Je déballai à nouveau mon matériel. Il fallait que j’aille vite, j’avais
l’impression que tout allait disparaître dans l’instant. Mais au fait,
n’étais-je pas en train de rêver ? Et si non, allais-je pouvoir rendre les
couleurs telles que je les percevais ?
Je me mis au travail. Mes yeux photographiaient en même temps que je peignais.
Tout était si calme, si léger, si délicat!
J’étais heureux. S’ils revenaient maintenant, je remercierais tous ces gens
partis quelques minutes auparavant de m’avoir laissé seul profiter d’un tel
spectacle.
Les minutes filaient, les couleurs, au lieu de pâlir, s’intensifiaient. J’avais
de plus en plus l’impression de me trouver dans un autre monde. D’ailleurs, étais-je
toujours bien vivant ? Je finissais par en douter ! Je me pinçai, il fallait
que j’en aie le cœur net. Et puis d’ailleurs, ce voilier échoué à quelques
centaines de mètres de moi, que faisait-il là ? D’où venait-il ? Je ne l’avais
pas encore remarqué. M’avait-il emmené dans cet autre monde ? Etait-il possible
qu’il m’ait échappé ? Avais-je tout à coup perdu ce don d’observation qui
caractérise les peintres ?
Mais non, j’étais bien vivant ! La mer, le sable, le ciel et les nuages étaient
effectivement mon univers du moment. Pour le bateau, c’était autre chose ! Je
dus me rendre à l’évidence, il n’existait effectivement pas ! Je l’avais
ajouté, d’instinct, sans doute pour marquer un contraste ou pour rendre
davantage mon impression de solitude.
Et puis ce fut le noir ! La nuit venait de tomber, brusquement. Je n’y voyais
plus rien. Il ne me restait plus qu’à rentrer.
Je pris à peine le temps de manger, je voulais tout de suite me remettre au
travail. Voir ce que je venais de réaliser et que je savais devoir améliorer.
Le trajet du retour m’avait permis de réfléchir. J’allais utiliser une
technique capable d’exprimer ce que j’avais un moment ressenti. Ce paysage
magique, j’allais le réaliser sur du bois grâce à la technique du pointillisme.
Je devais me surpasser. Peu importait le temps que j’allais y passer.
Aujourd’hui, alors que la plage d’Heist est définitivement marquée de mon
sceau, je me dis que je n’ai pas dû mal réussir à faire passer mon émotion.
Certains de mes proches ont déjà vu le tableau et leur réaction est pour moi la
plus belle récompense : ils restent là, figés, bouche bée. Quand ils reprennent
leurs esprits, ils me remercient de les avoir aidés à s’échapper quelques
instants de leur quotidien. Le rêve les a envahis comme il le fait à chaque
fois que je regarde cette peinture.
Je ne sais plus me promener sur la plage sans penser aux couleurs perçues cet
après-midi-là ! Rien n’est désormais plus pareil. La nostalgie m’envahit
fréquemment. Je donnerais cher pour revivre un tel moment mais après tout, ce
qui fait qu’un moment est précieux c’est sa rareté ! Et peut-être est-ce mieux
ainsi !
Ce n’était décidément pas un dimanche comme les autres !
100. Photographie de Véronique Vercheval V15
J’étais arrivée en Palestine le treize octobre 2003. A peine
avais-je posé le pied sur le territoire que l’atmosphère m’avait semblé insupportable.
Au loin, mais si proche de moi cependant – j’allais très vite m’en rendre
compte – on entendait, à tire-larigot, des cris et des fusillades.
Je venais de franchir la ligne fatidique, la ligne imaginaire entre le Liban
Nord et la Palestine, je me trouvais projetée dans un autre monde, un univers
où sévissait la violence gratuite, stupide. Des frissons me parcouraient le
dos, je sentais les gouttes perler sur mon front. La peur m’envahissait : où
étais-je encore venue me fourrer ? Dans quelle galère allais-je vivre les jours
à venir ? J’étais incorrigible. C’est à cet instant que j’eus une pensée pour
mon père, Georges Vercheval. Il avait toujours secrètement voulu que je sois
une photographe de renom, active sur le terrain, présente là où l’actualité
nécessitait un reportage. Et bien cette fois encore je n’allais pas le
décevoir.
Plus jeune, lorsque je m’offusquais des photographies dont il était l’auteur et
que je trouvais horribles tant elles reflétaient une vérité que tout être
civilisé (sans doute encore un peu fleur bleue dans mon cas) aurait voulu
occulter à jamais, il me disait qu’elles étaient un mal nécessaire, qu’elles
étaient la mémoire du temps, témoignages éternels de véritables combats
auxquels se livraient les hommes dans certaines contrées (ô combien lointaines
pour moi !) pour un bout de terre, une mauvaise parole, une fonction à occuper,
une idée, un Dieu …
Il me trouvait « nunuche », se moquait gentiment de moi lorsque je refusais de
regarder les photos de guerre qui jonchaient sa table de bureau. « Tu verras,
me disait-il, un jour, comme moi, tu ressentiras le besoin de montrer le monde
tel qu’il est, avec ses joies et ses peines, ses beautés, ses atrocités, ses
absurdités ! ». Comme il avait raison, mon père !
Me voici donc, quelques années plus tard, foulant le sol d’un pays en guerre.
La peur au ventre, certes, mais investie d’une mission : ramener à mon tour ces
fameux témoignages dont j’entendais tant parler enfant.
Sac au dos, mon appareil photos en bandoulière, j’avançais dans cette ville
hors du commun, déserte en apparence.
Le bruit des coups de feu m’impressionnait. Je regardais partout, je
m’attendais à voir surgir un homme, civil ou soldat, poursuivant un malheureux,
le mitraillant, s’acharnant sur sa dépouille une fois le crime commis.
Les maisons n’étaient que ruines. Ici et là des carcasses de voitures
traînaient. Au loin, une ombre, puis une autre : des femmes, entièrement
cachées dans des vêtements noirs, traversaient la route. J’aurais voulu les
interpeller, leur parler mais je savais que cela était impossible. D’ailleurs,
elles avaient déjà pratiquement disparu. Je ne voulais pas les perdre de vue,
j’allais les suivre. Je sentais que cela pouvait être intéressant.
Et je devins moi aussi une ombre parmi les ombres. Je longeais les murs ou du
moins ce qu’il en restait, j’enjambais les obstacles qui se présentaient à moi.
Je filais de rue en rue, le plus discrètement possible. Je ne perdais cependant
aucun détail de ce que je voyais : mon œil exercé de photographe était à
l’affût de tout ce qui pouvait se révéler être un scoop.
Je tendais l’oreille, il me semblait entendre des cris d’enfants. La joie que
je soupçonnais dans leurs babillages ne cadrait pas avec l’atmosphère. Etait-il
possible que dans ce décor d’horreur des enfants puissent rire ?
Au détour d’un chemin, alors que je venais de perdre définitivement de vue mes
guides fantomatiques, je me heurtai à un mur d’enceinte. On aurait dit qu’il
avait été posé là par hasard. Il ne cadrait pas non plus dans le décor.
Etonnant ! Une porte bien visible (trop peut-être !) se présentait à moi. Je
m’avançais, décidée à la franchir lorsque des militaires par dizaines
apparurent comme par enchantement. D’où venaient-ils ? Décidément, bien des
choses étaient bizarres depuis quelques minutes !
Photographe avant tout, j’enlevai mon appareil de sa gaine de protection.
Quelques secondes me suffirent pour caler le bon objectif. Il fallait que je
fixe sur la pellicule ce que je voyais. Les soldats avançaient sur moi, je
n’étais pas trop rassurée.
Je pris une photo, puis deux. Je m’apprêtais à appuyer une nouvelle fois quand
je sentis les uniformes me frôler. Allait-on m’arrêter ? Me jeter en prison ?
Allais-je pouvoir me défendre, expliquer la raison de ma présence en Palestine
?
Et les militaires passèrent sans me marquer la moindre attention. Je me
retournai, tendis le bras sans trop réfléchir aux conséquences possibles de mon
geste. Je voulais toucher l’un d’eux, me rendre compte qu’ils existaient
vraiment car je commençais à en douter. Un comble pour une photographe qui se
vantait de pouvoir ramener des preuves !
Je ne sentis rien mais j’entendais distinctement le bruit des bottes et le
cliquetis des boucles des ceintures. Et puis, je les voyais !
Les cris des enfants me firent tourner la tête. Ils étaient de plus en plus
audibles et semblaient venir de derrière la porte. Qu’est-ce que tout ceci
signifiait ?
La colonne de soldats fit encore quelques pas puis les hommes se déployèrent.
Quelques minutes passèrent et ils étaient déjà figés devant la muraille. Ils la
protégeaient manifestement mais de quoi ? De qui ? De moi ? Comme ils ne
semblaient toujours pas faire attention à moi, je me décidai à avancer.
La poignée de la porte était immense, démesurée. Je la tournai et poussai la
lourde masse.
De l’autre côté, je ne vis d’abord rien mais les cris me guidaient. Sous mes
pieds, le sol changeait, ce n’était plus gravillons et poussières mais herbe
grasse et verte. Un rêve. J’étais dans un rêve ! Je me laissais guider par les
chants et les rires. Je sentais la présence des enfants mais je ne les voyais
nulle part. Tout était si étrange ! Je m’arrêtai quelques instants pour
respirer un peu d’air frais. Et dire qu’en venant ici je m’attendais à voir des
cadavres à chaque coin de rue, à respirer la pourriture, la sueur et l’odeur de
sang séché !
C’est à ce moment précis que je les vis ! Elles étaient cinq, dix, vingt… je ne
parvenais pas à les compter tant elles étaient nombreuses. Elles couraient vers
moi en riant, tendaient leurs bras, leurs mains, me racontaient des histoires
que je ne comprenais pas – ah ! la barrière de la langue, comme je la
maudissais !
Je saisis rapidement mon appareil, je voulais immortaliser l’événement. Je pris
des clichés, puis d’autres. Les fillettes étaient de plus en plus pressantes,
leur visage était si proche de l’objectif que je devais reculer. J’essayais de
les contenir, de les calmer mais rien n’y faisait.
Leur joie faisait plaisir à voir. Elles touchaient tout ce qu’elles pouvaient,
me déstabilisaient, me poussaient. Il en arrivait toujours plus, elles avaient
mis leur robe du dimanche, elles étaient belles et propres.
La dernière pellicule était finie depuis longtemps maintenant mais je ne me
décidais pas à partir. Les petites filles étaient toujours là mais ne
semblaient plus faire attention à moi. Elles jouaient à la marelle, là, à
quelques mètres. Les traces de craie, sur le sol, apportaient de bien agréables
touches de couleurs. Je m’étais assise sur un petit banc et je les observais.
Elles faisaient plaisir à voir. Une bouffée d’oxygène dans ce pays maudit.
L’était-il d’ailleurs ?
Je me levai, il fallait que je retrouve la chambre d’hôtel réservée quelques
heures plus tôt.
Les enfants ne me virent même pas partir. Je repassai la porte de la muraille.
Il n’y avait plus de soldats mais le spectacle qui s’offrit à moi me fit
reculer. J’étais cette fois bel et bien confrontée à la réalité, un attentat
venait d’être commis, une voiture venait d’exploser quelques mètres plus loin.
Les femmes hurlaient, certaines priaient ; les hommes couraient d’un coin à
l’autre de la rue, ils aidaient les victimes à se sortir des décombres
occasionnés par la bombe.
Je lançai un regard derrière moi. Plus rien, il n’y avait plus rien. Plus
d’enfants, plus de rires ni de chants. Tout me semblait gris et sale.
Je courus sans me retourner, bousculai des confrères photographes accourus et
prêts pour le scoop. J’allais sans doute passer à côté d’un reportage de
première importance mais il fallait que je trouve refuge, que je m’isole pour
penser à ce que je venais de vivre. J’aurais voulu prolonger la magie des beaux
moments, j’aurais voulu que l’attentat ne vienne pas tout gâcher.
J’entrai dans la chambre d’hôtel et me jetai sur le lit en pleurant. Mon sac
s’ouvrit et les pellicules roulèrent par terre. Je les ramassai, les rangeai
précieusement et décidai d’écourter mon séjour en Palestine. Je n’avais qu’une
envie, vite développer les photographies.
Lorsqu’ aujourd’hui je regarde cette photo, je sais que je n’ai pas rêvé. Je ne
comprends toujours pas ce qui m’est arrivé, ni comment ni pourquoi ces enfants
se trouvaient là, ni d’ailleurs où était exactement situé l’endroit. Ce que je
sais, par contre, c’est qu’ils symbolisaient l’espoir d’un peuple.
Et devinez… le scoop, et bien je l’ai eu !
101. Photographie de Véronique Vercheval V6
L’aube vient à peine
de se lever… J’entends distinctement chanter le coq du voisin. J’ai bien du mal
à me tirer de ma torpeur. J’écoute la pluie tomber. La journée ne me semble pas
engageante. « Il faut vivre maintenant » me répète-t-on sans cesse. Vivre ! Ce
mot n’a plus grande signification pour moi aujourd’hui !
Quelqu’un frappe à la porte. Qui peut venir me déranger à cette heure ?
J’hésite mais finis par me lever d’autant que les coups se font de plus en plus
fort.
J’enfile un peignoir et je descends l’escalier quatre à quatre. Je m’apprête à
faire sèchement remarquer à mon visiteur qu’il est bien grossier d’une part de
se présenter, sans rendez-vous, si tôt à mon domicile et d’autre part
d’insister de la sorte. C’est sans compter sur la surprise de découvrir, là,
sur le seuil, un petit homme, noir de peau, presque nu, une hache sur l’épaule.
« Toi prendre photo de moi » me dit-il aussitôt !
Qui est-il ? Que veut-il ? Comment se trouve-t-il là, devant moi ? Les
questions s’accumulent dans ma tête mais je suis incapable de les lui poser. Je
suis comme paralysée par cette vision on ne peut plus surréaliste !
L’homme fait un pas en avant. Je recule. Il entre dans la maison. Je le laisse
faire. Mais que m’arrive-t-il ? Il n’a pas l’air méchant mais la hache qu’il ne
lâche pas m’impressionne. On m’a toujours dit que je lisais trop de romans
policiers, je suis soudain tentée de le croire car je me vois déjà coupée en
tranches dans une mare de sang. Que me veut-il vraiment ? Je ne peux pas croire
qu’il ne soit ici que pour une photo. Je me secoue un peu, j’essaie de me
ressaisir.
L’inconnu m’a saisi la main. Il m’attire vers la pièce dans laquelle je reçois
les gens qui posent pour moi. On dirait qu’il connaît l’endroit. Je suis
troublée et ma passivité me fait peur.
Sans cesse, il répète « Toi prendre photo de moi ! ».
Je fais signe à mon visiteur d’aller se placer devant la toile de fond, là,
dans un coin de la pièce. Comme un automate, je me dirige vers la table sur
laquelle sont posés les objectifs. Au passage, je saisis l’appareil photos. Je
suis surprise du calme qui règne dans la pièce. Je me retourne… plus rien ou
plutôt plus personne. Le petit homme a disparu et je suis là, debout, les
doigts crispés sur l’appareil.
Cette histoire n’est pas la mienne mais est le récit du rêve que fit très
souvent l’une de mes amies, photographe elle aussi. La première fois qu’elle me
l’a raconté, je dois dire que j’ai eu envie de rire mais je me suis retenue,
par pudeur, parce que je savais qu’elle était fort marquée par la perte d’un
ami cher, grand reporter, décédé dans l’exercice de ses fonctions au cœur d’un
village reculé d’Afrique marqué par une sanglante guerre de tribus.
Mais revenons à ce qui vous intéresse, les circonstances qui m’ont amenée à
prendre cette photo que vous admirez, paraît-il. Je me suis moi-même rendue au
cœur de l’Afrique, il y a peu. Je voulais aller au contact des habitants,
j’avais besoin de me ressourcer, de trouver d’autres formes d’inspiration. Et
je l’ai vu ! Il se tenait à l’écart des autres, juste vêtu d’un pagne, une
hache sur l’épaule. Il m’observait, inquiet.
Je me suis approchée. L’obstacle de la langue était bien réel mais une
traductrice m’accompagnait. C’est elle qui figure là, sur la photo. Il a
accepté de poser, elle aussi.
Je la tenais mon idée. Contraste de la couleur de peau, de l’habillement, de
l’attitude. Deux mondes, l’un moderne et l’autre primitif… à moins que ce ne
soit le contraire.
Il était fier, elle était impressionnée… par lui. Leur pose coulait de source.
Il allait être le guerrier qui la protégerait, elle allait s’en remettre à lui.
Et elle s’est accroupie, comme par instinct. Elle a levé les yeux vers lui,
tirant du même coup la tête en arrière. Je leur ai demandé de ne plus bouger et
j’ai immortalisé le moment.
Je ne savais alors pas ce qui m’avait poussé à prendre cette photo. Le
développement du film m’a éclairé. J’avais réalisé ce qui aurait pu être la
suite du rêve de mon amie.
Je lui ai offert la photo originale. Elle trône maintenant sur un meuble de son
salon. « La boucle est bouclée ! » me dit-elle souvent comme soulagée d’un
fardeau. Il est vrai que depuis, le petit homme noir n’apparaît plus dans ses
rêves !
102. Pierre Puvis de Chavannes (1823-1898) Jeunes filles au bord de la mer 1887 ORSAY22
Comme chaque jour depuis près de deux ans à la saison chaude,
je me promène le long de la plage, mon carnet de croquis en poche. Je ne m’en
sépare jamais. L’inspiration peut à tout moment me surprendre.
Là, à quelques mètres de moi, des fillettes jouent : elles construisent des
châteaux de sable. Je souris en les voyant si bien s’amuser.
J’ai un peu de temps devant moi, je décide de m’asseoir sur un rocher tout
proche et de les observer.
Je sens mon regard se vider, mes pensées courir. Les cris des enfants semblent
s’éloigner. Je secoue la tête pour me concentrer à nouveau mais à ma grande
surprise, ce ne sont plus des petites filles que j’ai devant moi, ce sont des
femmes, jeunes et belles, le torse nu. L’une d’elle, face à la mer, coiffe sa
très longue chevelure, la deuxième est assise vers l’arrière, elle repose sur
ses coudes et semble bien pensive. La troisième l’est encore bien davantage,
elle est triste, cela se voit. Elle se tient à l’écart, est appuyée sur un
imposant rocher et tourne le dos à la mer.
Je ne mets qu’un bref moment pour revenir de ma surprise. La transformation de
ces enfants en jeunes femmes ne me paraît bizarrement pas anormale. Je trouve
cela intéressant, au contraire. J’enfonce ma main gauche dans ma poche, mes
doigts agrippent le carnet, je vais les croquer, ces demoiselles !
Quelques coups rapides, le crayon vole sur le feuillet, je prends des notes,
couche les formes, marque les détails que je juge important. C’est là un
travail préliminaire de grande importance ! La suite du travail se fera
calmement à l’atelier.
Je suis impressionné par la prestance des jeunes femmes, on dirait des déesses.
Je m’approche jusqu’à les toucher mais elles ne semblent pas faire attention à
moi. Je les appelle doucement pour commencer puis plus fort mais sans résultat
! A croire que je suis invisible.
Que faisaient-elles là ? D’où venaient-elles ? Qui étaient-elles ? Le drapé du
tissu qui entourait leur taille et couvrait leurs jambes flottait au gré du
vent. Je me rends compte que des fleurs poussent sur le sable. Est-ce normal ?
Je ne sais plus.
Un cri, des rires… les fillettes jouent toujours. Elles se sont rapprochées de
l’eau et s’éclaboussent. Où sont passées les jeunes dames ? Je ferme
brusquement le carnet, je suis maintenant pressé de rentrer.
En chemin, j’en viens à me poser des questions. A quel moment ai-je rêvé ? Qui
des petites filles ou des demoiselles étaient réelles ? Je suis perdu, je
transpire. Je m’appuie contre un mur, sort le carnet de la poche où je viens de
le ranger et l’ouvre délicatement comme pour ne rien laisser échapper. Pas d’enfants
sur les feuillets !
Je m’imagine devoir raconter mon aventure. Personne ne me croira, personne ne
comprendra. J’entends déjà les ricanements, je sens les murmures dans mon dos :
« Pierre Puvis de Chavannes est fou ! Vraiment fou ! Il a des visions ! ».
Je ne dois pas essayer de comprendre, tout à l’heure tout me semblait normal,
autant continuer.
Je me décide à rejoindre mon logement. Un travail m’attend. Je vais la
représenter cette vision. Et puis d’ailleurs, qui pourra affirmer que ce n’est
pas la réalité ?
103. François-Joseph Navez, La Famille de Hemptinne navez_hemptinne
Je me nomme François-Joseph Navez, je suis un « Carolo » pur
souche comme on dit chez nous ! J’ai vingt-neuf ans et on me prédit déjà un
véritable talent de portraitiste.
C’est vrai que j’ai depuis longtemps la passion des portraits, je suis doué,
paraît-il !
Bien sûr, quand il s’agit de peindre des amis, c’est d’autant plus facile !
L’idée de coucher sur la toile mon meilleur ami, Auguste-Donat de Hemptinne, le
cofondateur de l'Ecole de Pharmacie attachée à l'Université Libre de Bruxelles
– rien de moins ! -et sa famille m’est venue quelque temps plus tôt, au cours
d’un repas.
Tout a commencé par une boutade, Auguste m’a lancé un défi. J’étais leur invité
et l’amour que cet homme porte à sa femme et à sa fille m’a toujours
impressionné.
Au départ ; il était question de croquer la petite fille… encore fallait-il la
faire tenir en place plus d’un instant ! Mission bien difficile car le petit
ange est un peu capricieuse !
Auguste a beaucoup ri en me voyant d’abord essayer de l’attraper alors que sa
fille courait autour des chaises et refusait de se laisser tirer le portrait !
Madame de Hemptinne s’est alors mêlée au jeu du chat et de la souris. La bonne
humeur régnait dans la pièce.
Quant au bout d’un quart d’heure la fillette s’est laissée prendre dans nos
filets, le tableau qu’elle formait avec sa mère m’a tout de suite donné l’idée
du tableau que je vous présente aujourd’hui. Ce n’était pas le portrait de
l’enfant que j’allais réaliser mais bien celui de cette famille unie dont les
membres montraient tant de bonheur à vivre ensemble.
J’ai fait asseoir la femme de mon ami dans le fauteuil tout proche. Elle tenait
l’enfant dans ses bras. J’ai demandé à Auguste de se joindre à elles. D’abord
réticent, il a vite cédé sous la pression féminine. Il tenait un livre à la
main, il l’a gardé. Il trouvait que ça lui donnait une contenance ! Il n’en
avait pas besoin, en fait ! Le regard qu’il posait sur « ses princesses »,
comme il se plaisait à les appeler, avait pour moi bien plus de valeur.
Spontanément, la petite Julie a tendu la main vers son papa. Le tableau était
idyllique. Il ne fallait plus bouger ! Il fallait que je mémorise rapidement
mais correctement les détails du décor et des vêtements, les expressions des
visages.
J’ai réalisé un croquis sur un bout de papier qui traînait, là près de moi.
Madame de Hemptinne souriait, elle me faisait confiance, elle savait que
j’allais prendre le plus grand soin à reproduire la réalité, leur réalité
quotidienne. J’ai souhaité que cet instant dure toujours. Ils étaient si
proches, comme indissociables !
Il m’arrive souvent de réaliser des portraits d’enfants – je m’exerce en effet
à devenir « Quelqu’un » dans le domaine de la peinture – et je me plais à
observer petits et grands lors de mes longues balades dans le parc, à les
représenter dans leurs gestes les plus courants mais cette fois, j’ai senti que
je tenais un sujet, un vrai.
J’ai promis à Auguste et à sa femme que le tableau serait un chef-d’œuvre. Je
m’y suis engagé, je me devais de m’y tenir. La fillette voulait qu’il soit
grand, bien grand … enfin, plus grand qu’elle ! Cela nous avait fait sourire.
Mais j’ai tenu parole. Voyez aujourd’hui le résultat !
La famille de Hemptinne est souvent venue me voir pendant la réalisation de la
toile. Au début, je voulais leur réserver la surprise mais la déception de
l’enfant a eu raison de moi. Je la vois encore sautiller au milieu de mes
croquis, de mes esquisses, de mes toiles et de mes tubes de peinture alors que
les formes prenaient vie. Il était impossible de la calmer. Elle est si
attachante, cette enfant, qu’il fallait que je lui fasse plaisir.
La toile est désormais terminée, elle est là, posée sur mon chevalet. Je vous
vois la regarder, l’admirer et je suis content. Le résultat est encore meilleur
que ce à quoi je m’attendais. Sans doute est-ce dû à la magie d’une vraie
famille unie et aux valeurs que cela véhicule.
104. ThéodoreVan Rysselberghe, L’homme de barre, 1892 van_rysselberghe_pêcheur
Année 1892 : mon rêve
est encore de voyager, d’embarquer à bord d’un bateau, de partir loin, de
traverser mers et océans, de m’évader tout simplement.
Je me présente, je m’appelle Théodore Van Rysselberghe et je suis membre de
l’Académie de Bruxelles. Ce que j’y ai appris avec Jean-François Portaels, ce
peintre reconnu que l’on considère déjà comme le fondateur de l’école
orientaliste belge, je ne le renie pas, c’est d’ailleurs grâce à lui que j’ai
déjà effectué deux voyages au Maroc, sources d’une merveilleuse inspiration.
Voilà six ans, j’ai rencontré Monet et Renoir au cours d’une exposition. Ce
sont des impressionnistes et leur travail m’intéresse. Nous, Belges,
travaillons le sombre et ils privilégient les tons clairs. Il y a aussi Georges
Seurat ! J’ai vu son œuvre intitulée « Un dimanche après-midi à la Grande Jatte
». Quelle technique intéressante que celle du pointillisme ! Et puis, il y a
surtout Paul Signac, mon ami, dont la passion pour la mer est à ce point
contagieuse qu’il influence pas mal de mes travaux.
Quelle chance de les avoir tous un jour rencontrés ! La manière dont j’approche
désormais mes toiles a décidément bien changé. J’ai ainsi réalisé de nombreux
paysages et des marines. Les couleurs y sont désormais claires et j’attache un
soin particulier à la lumière.
Mais revenons à mon envie de voyages. Hier encore j’ai fait un rêve, le même
que les jours précédents. Je me vois embarquer sur un grand et beau bateau,
être accueilli par un capitaine au visage balafré, un singe sur l’épaule (bien
que j’aurais préféré un perroquet comme celui que j’imagine accompagner les vrais
capitaines pirates !) Je me vois voguer au gré des mers et obéir aux
pirates sous les ordres desquels je travaille depuis peu. Je m’imagine être
l’un des maîtres des océans, récupérer le butin que nous cèdent plus ou moins
facilement les bateaux ennemis. Je suis riche et puissant lorsque je me
réveille en sursaut et que tout mon univers d’aventurier peu fréquentable des
mers s’écroule.
Je dois naviguer ! Ne pas vivre pleinement ma passion devient insupportable.
C’est donc sans hésiter que je viens d’accepter d’accompagner Signac, de
Toulon à Bordeaux à bord de son joujou du moment, son yacht, « L’ Olympia ».
Nous traverserons le canal du midi, au gré du vent et des tempêtes que nous
rêverons très probablement. J’emmènerai mon matériel de peinture, je ne
voudrais pas oublier le moindre détail de cette traversée. Je suis certain de
vivre une nouvelle et bien riche expérience !
Je sens que ce petit voyage va être une magnifique source d’inspiration ! Le
maniement de la voile reste en effet pour moi bien mystérieux. Rien
n’égale la magie de l’endroit, le bonheur ressenti au beau milieu de cette
étendue d’eau, tantôt bleue, tantôt verte, bercé (voire bien secoué, je l’avoue
!) par le roulis des vagues.
Mais il faut que je me prépare. Si le tableau est réussi, je l’offrirai à Paul,
en souvenir.
105. Ernest BeneckeCrocodile mort sur une cange sur le Nil Orient 10
Comment en suis-je arrivé là ? Pourquoi donc ai-je grimpé
sur cette cange ? Je ne me méfiais pas. L’odeur du sang de gazelle m’avait
attiré et je n’avais pas vu ces hommes cachés au bout de la barque. Avant même
que j’aie compris ce qui se passait, l’un d’eux avait bondi, braqué sur moi un
long objet… La foudre m’avait alors transpercé, allumant un brasier qui m’avait
brûlé, me brûle encore les entrailles. En même temps, un tonnerre dont l’écho
résonne au tréfonds de mon être avait éclaté à mes oreilles.
Horus ! Un poison s’est infusé en moi et me consume lentement de l’intérieur. Ma
carapace d’écailles ne me protège plus désormais. Le mal est en moi.
Comment en suis-je arrivé là ? Je ne comprends pas…
Je suis ou, du moins, j’étais le dieu Sobek, le dieu crocodile, maître du Nil,
craint et respecté depuis l’aube des temps.
Dans les civilisations précolombiennes, j’étais le Créateur, celui qui avait
fait surgir le monde de la mer originelle, celui par qui la vie arrive, celui
aussi qui, des grains jetés par les hommes dans la terre noire et stérile,
faisait naître des plantes bienfaisantes et bonnes à manger, apportant aux
humains la force et la santé.
Les Cambodgiens me vénéraient au titre de souverain du Royaume de l’ombre.
Lorsque l’un d’eux quittait la vie, on brandissait ma bannière en tête de la
procession funéraire afin que je guide son âme vers le Monde des morts.
Bien d’autres civilisations me vénérèrent ainsi. Cependant je reste avant tout
le dieu du Nil et les Egyptiens furent mes plus fidèles serviteurs. De nombreux
temples furent élevés à ma gloire. Là, mieux que nulle part ailleurs, j’étais
dieu. L’odeur âcre de l’encens se mêlait aux senteurs suaves du jasmin ; au son
des flûtes et des lyres, des danseuses tournoyaient gracieusement, faisant
tinter à chacun de leurs mouvements les lourds bracelets qui emprisonnaient leurs
chevilles et leurs bras. Leurs fines tuniques de lin s’envolaient avec
légèreté, laissant transparaître leurs corps sensuels de jeunes filles. Les
prêtres psalmodiaient des chants graves et longs qui pénétraient chacun au plus
profond de son être. Alors, tous se mêlaient à la prière, la musique
s’intensifiait, les danses s’accéléraient, la passion brillait dans les yeux
couleur nuit soulignés de khôl avec autant d’éclat que les perles accrochées
aux chevelures d’ébène. Des cœurs de tous, prêtres, danseuses, mus
iciens, spectateurs, s’élevait vers moi une intense prière. J’étais dieu.
Totalement. Incontestablement. Oui, j’étais immortel, et pourtant je me meurs !
Comment ai-je pu en arriver là ? Je suis étendu sur une vieille cange, la chair
labourée. Je me vide de mon sang. J’ai en moi cette douleur lancinante qui
m’empêche de faire le moindre mouvement. De toute façon, que pourrais-je faire
à présent ? L’air me parvient de plus en plus difficilement. C’en est fini de
moi ! Horus, j’ai peur ! Je souffre trop ! Ne m’abandonne pas, ô toi mon
éternel compagnon, toi avec qui on m’a si souvent vénéré. Toi, qu’es-tu devenu
? Pourrais-tu m’expliquer ce qui m’arrive ? Les hommes ont changé. Ils
m’aimaient et me craignaient et voilà qu’ils viennent de m’infliger la plus
atroce des douleurs…
Que sont devenus mes fidèles ? Cet homme qui s’approche a un teint pâle qui ne
ressemble en rien à celui de mes serviteurs dont la peau avait l’éclat de l’or.
Que fait-il ? Il pose devant moi une étrange chose qui repose sur trois pattes
grêles et dont l’unique œil rond est braqué sur moi. Que me veulent-ils ?
Horus ! Je souffre trop ! Viens à moi ! Ma vue se brouille, je n’ai plus d’air…
Un bruit sec éclate à mes oreilles et une lumière blanche m’aveugle…
— Horus… est-ce toi ? Suis-je enfin mort ?
106. Félicien Rops : "Dimanche à Bougival" rops_bougival
A l'avant-plan se trouvent un rocher, une barque et un arbre. Rops a décidé de
ne pas nous mettre en face à face direct avec les personnages de la toile mais
de nous présenter, avant tout, le cadre apaisant d'un bord de Seine, ce qui
crée, en plus, une atmosphère intime et nous donne aussi un sentiment de
voyeurisme car le spectateur est comme caché derrière cet arbre.
Au beau milieu de la peinture, sur le rocher, au centre, est assise Léontine
Duluc, une compagne de Rops, elle se déshabille hâtivement pour aller se
baigner dans le lac situé à sa gauche. Léontine nous dévoile son sein droit,
elle est peu habillée et notre regard s'attarde sur ses belles courbes. Face à
elle se trouve Aurélie Duluc, sa sœur, couturière comme Léontine. Nous voyons
son dos, ses doigts de pieds trempent déjà dans l'eau. Elle porte un petit
chapeau en osier tressé. Toutes deux ont un chignon dont quelques mèches
retombent sensuellement sur leur nuque dénudée. Aurélie porte un maillot noir
qui met ses courbes en valeur. Léontine est en train de retirer ses bas. Leurs
vêtements sont éparpillés sur le rocher. A gauche du tableau, un homme les
observe, caché derrière quelques arbres. Son corps est légèrement
recroquevillé, il porte un pantalon clair et un veston foncé.
Il y a une comparaison flagrante entre cette oeuvre d'art et un passage d'une
oeuvre littéraire. En effet, je pense que Félicien Rops a très bien représenté
le moment où, dans "Au Bonheur des Dames" d'Émile Zola, Denise passe
un dimanche avec son amie Pauline à Joinville, bien qu'elles ne se soient pas
baignées lors de leur après-midi. Les sentiments qu'éprouvent ces quatre femmes
sont totalement identiques : elles ont eu une semaine difficile, elles ont dû
faire face à la pression infligée par leurs premières et les clientes. Ce
qu'elles éprouvent, c'est l'euphorie et la joie d'être libres, au moins un
après-midi. Ce moment-là, personne ne leur volera et pourtant, ici, un homme
les observe tout comme dans "Au Bonheur des Dames", l'amant de
Pauline est présent.
Au troisième plan nous nous évadons réellement vers la lumière, en un mélange
pastel, de bleu et de rose, notre esprit peut se relaxer, laisser libre cours à
notre imagination. Nous n'avons pas à regarder ce ciel merveilleux car c'est
lui qui nous pénètre et nous envahit totalement, à peine nous posons les yeux
sur cette peinture.
Enfin, on en oublie tout ce qui a bien pu se passer ce lointain lundi, ce
triste mercredi, ce jeudi morose et ce long samedi pour ne penser qu'à ce doux
et merveilleux "Dimanche à Bougival".
107. Fernand Khnopff, Bruges khnopff_bruges
« Quand j’ai peint ce
tableau, je voulais qu’il ait l’air d’une photographie mais avec le changement
de vision que j’avais.
Pourquoi elle ?
Parce que ça faisait longtemps que je ne l’avais plus vue et qu’elle me
manquait horriblement. Je voulais qu’elle ait l’air d’un songe, qu’elle soit
mélancolique, comme je l’étais quand je l’ai quittée.
C’est pour cela que je l’ai ensevelie sous une brume brune.
Cela lui donnait en même temps un aspect inquiétant, spectral… On dirait qu’elle
n’a pas d’âme et on se demande même ce qui pourrait troubler sa solitude, son
calme.
Peu m’importait quelle partie d’elle je peignais car je l’aimais sous tous ses
angles. Mais je voulus mettre à ses pieds une étendue d’eau, même s’il n’y en
eut jamais.
Cette nappe mouvante devait représenter ma tristesse, toutes les larmes que
j’ai versées en pensant à elle. Je ne dis pas que je n’ai aimé qu’elle et que
les autres me répugnent. J’en ai aimé des tas d’autres mais c’était ma
préférée… »
C’était Fernand Khnopff interviewé par A.Van Been, du journal "Bruxelles
capitale". Il parlait de la ville de Bruges, héroïne de son tableau
"Une ville abandonnée".
108. La bruyère rose de F.Khnopff khnopff_bruyère
La bruyère rose, ce nom vous évoque-t-il quelque chose ? Je l’ai découverte sur
le Net , le plus grand musée de notre siècle. Dans la galerie Khnopff, je me
suis arrêtée pour contempler cette toile colorée. Du peintre, je ne connaissais
rien si ce n’est le symbolisme de ses dessins. A mi-chemin entre la terre et
les cieux, cette peinture fut un régal pour mes yeux.
D’un point de vue divin, je surplombais le paysage. Je me sentis transportée
par cette nature d’où émanait la sérénité. Cette aquarelle me semblait sans
limite. Le tableau ne fixait pas le paysage, il le laissait s’étendre au-delà
de la ligne d’horizon.
Un arc-en-ciel se diluait sur le sol, ses couleurs se fondaient doucement. Du
vert au rouge, du rouge au vert, mon regard chavira. L’écarlate délavé était
tacheté d’espérance et l’émeraude souillée de sang : quel curieux mélange !
Deux couleurs que la vie oppose unissaient leurs teintes. A l’horizon, elles
s’éclaircissaient. Le rouge tendait au rose et le vert engendrait le bleu.
Cette immensité était partagée par un sentier de lumière. Un rayon solaire
s’était abattu sur le plateau. Sinueux, il se perdait en des confins lointains.
Une tache rouge accentuait le premier virage du chemin. J’imaginais que jadis
un bain de sang avait dû troubler cet endroit paisible et était resté gravé à
jamais dans les reflets des bruyères et des genêts.
Le ciel, dernier élément de cet infini, était embué de nuages gris clair qui
devaient dissimuler un soleil lointain. Le fond céleste était un mélange de
bleu pastel et de blanc, couleurs virginales. La froideur de cette combinaison
s’opposait à la dominante chaude du sol.
Quel génie de la composition, ce Khnopff !
Cette aquarelle est une pure merveille qu’il serait dommage de ne pas
contempler…
109. Canaletto Le Pont du Rialto Italie (8)
Un jour de blues, j’ai décidé de partir pour Venise, la Sérénissime République aux XVe-XVIe siècles, dans l’espoir d’y retrouver ma propre sérénité. J’ai donc préparé mon sac à dos et pris le train de nuit pour arriver aux premières lueurs de l’aube qui rendent cette ville très attirante et paisible.
A peine arrivée, je me suis installée à la terrasse d’un café situé au bord d’un canal où j’avais tout à loisir d’admirer les plans successifs soit : les gondoles, la petite place, le pont du Rialto et enfin l’horizon.
Au fil des heures qui passaient, la ville se réveillait.
Au fur et à mesure, le canal s’agitait avec l’arrivée de plusieurs gondoles ; le pont du Rialto qui prenait vie avec les premiers passants, émerveillait ma vue. Le soleil réchauffait les façades des maisons en les teintant de couleurs chaudes tellement accueillantes, variant de l’ocre au brun orangé. Le reflet du ciel bleu dans l’eau du canal lui donnait par endroit des couleurs froides, allant du bleu au vert, et se mêlant aux reflets rosés des maisons. Le soleil qui s’infiltrait sous la voûte du pont, en précisait la courbe et accentuait sa grâce majestueuse. Mon regard se tourna un instant du côté de la petite place qui s’animait gentiment, les touristes s’y amassaient,voulant prendre une gondole pour une romantique balade sur les canaux, souvenir inoubliable de Venise, ville des amoureux.
Pendant que je savourais mon « ristretto », mon esprit quitta un instant la magie dans laquelle je me trouvais pour s’envoler au musée du Louvre à Paris, où j’avais eu l’occasion d’admirer une peinture qui m’avait fascinée et dont le peintre était Canaletto. J’ai alors pu retracé les différentes lignes de construction qui rendaient réel ce tableau dans ma mémoire. De retour à la réalité et après m’être imprégnée de ce merveilleux paysage, j’ai décidé de continuer ma balade à l’intérieur de Venise, ville m’apportant bien-être et réconfort. Lorsque j’ai des moments de blues, je repense à ce périple qui reste à jamais gravé dans ma mémoire et qui me redonne force et courage.
110. Eugène Delacroix Etude d’une esclave égorgée louvre(7)
Cette étude d’une esclave égorgée d’Eugène Delacroix est un dessin préparatoire
pour le célèbre tableau « La Mort de Sardanapale » qui fit scandale à l’époque.
C’était le début du Romantisme .Dans cette étude,au sujet figuratif et
profane, Delacroix a représenté une femme nue avec juste un voile tombant au
niveau de son genou. L’artiste nous transmet le sentiment d’impuissance face à
la mort, à travers cette esclave tombant
inéluctablement.
On aborde l’ image par un angle en contre plongée, comme si la femme
s’écroulait vers le spectateur. Cela ne nous empêche pas de voir son corps dans
son intégralité.
Ce travail sur l’esclave égorgée ne comporte qu’un seul plan -la femme- et nous
fait deviner deux hors-champs. Celui où elle va tomber (vers le spectateur) et
celui d’où elle part (d’où elle a reçu le coup qui la projette vers nous). La
femme est en train de tomber. Malgré cela, il y a une certaine harmonie dans
l’œuvre, peut-être due à la rondeur des traits. Si l’on prête attention, on
observe que le bras et le reste du corps, en partant de l’épaule jusqu’aux
pieds, forment un ovale dirigé vers le haut de l’image. Beaucoup de lignes sont
en diagonales tels que l’avant bras ou le buste, le cou et la tête ou encore
les pieds et tout cela va en direction du coin supérieur de droite du tableau.
Tout les traits de sanguine et de pastel ont étés donnés dans le même sens et
restent apparents, cela nous oriente toujours dans la même direction. C’est à
dire vers le centre visuel de l’œuvre qui est évidemment le corps de la femme,
mais en particulier sa tête qui ressort (clair entour
é de foncé). Ce qui dirige aussi notre regards vers la tête, ce sont les
traits et les lignes de construction de l’œuvre.
La facture semble lisse et régulière, bien que l’artiste ait exprès
laissé les touches de pastel apparentes.
L’effet créé par la lumière et par les ombres nous donne l’impression de
profondeur. La lumière, elle, semble provenir d’où on regarde l’image. Comme si
la lumière du monde réel allait éclairer à l’intérieur de l’étude. C’est une
sorte de troisième hors-champ, car la lumière arrive de l’endroit où se situe
le spectateur. L’éclairage est tamisé, presque artificiel. Étonnamment, l’ombre
n’est pas noire, mais bleue. D’ailleurs, la gamme des couleurs se limite au
bleu, au beige et à un tout petit peu de rouge. Les cheveux sont bleus et la
peau est beige, bordée de rouge et agrémentée de reflets bleus. Cet ensemble
nous renvoie aux couleurs froides. Cela donne un effet de pâleur, de lividité.
Eugène Delacroix suggère ainsi une impression d’agonie, de froideur mortelle.
Je pense que les lignes des contours sont dessinées en rouge par souci de faire
ressortir le corps bleuté de l’esclave, parmi les bleus du reste de l’image. Le
fait de mettre du bleu sur le corps de la femme, nous r
appelle la froideur d’un corps en train de mourir. La mort de cette
esclave est tragique, le femme baigne dans un climat de violence et de
sensualité. Tous ces mouvements sont calmes, nobles, posés et lents. Tellement
lents que l’on dirait qu’elle est suspendue dans le temps.
C’est une image belle dans le tragique, noble dans l’ignoble de la mort et qui
laisse à réfléchir sur la condition humaine face à la brutalité d’un meurtre.
111. Léonard de
Vinci Tête de jeune femme louvre(31)
Le regard noyé dans les larmes
Plus rien n’a de charme
La vie n’a plu de sens
Quand elle laisse place à l’indifférence
Pleurer n’a jamais rien arrangé
Mais s’en priver ne ferait qu’aggraver
Les instants de détresse
Que chaque être humain traverse
Son visage paraît s’être figé
Sa bouche semble ne plus retrouver
Ce sourire qui l’animait
Et qui lui donnait un air si parfait
Pire que l’absence
Le manque s’octroie une place importante
Dans le cœur des survivants
La tristesse ne peut être retenue
Malgré des efforts soutenus
Mais mieux vaut craquer
Que de se laisser aller à sombrer
Le souvenir de bons moments passés
Pourra certainement atténuer
Ce sentiment de solitude
Afin de le transformer en sensation de plénitude
Comment réussir à compenser
Ce besoin d’affection
Qui n’arrive à s’effacer
Suite à cette tragique disparition
Car rien n’est plus insurmontable
Que la perte d’un être cher
Qui se trouve être son père
112. Georges Lemmen : Plage d’Heist lemmen_ plage
Il y a longtemps, quand le diable avait encore des culottes courtes, enfin….
Une fin d’après midi de l’été 1891, me promenant sur le rivage de la plage
Belge de Heist, j’aperçus, tel un flash, une image que je me souvenais avoir vu
quelque part. Cherchant avec insistance dans ma mémoire j’eus soudain une
illumination : je l’avais vu dans mes rêves ce paysage paradisiaque ! Courant
jusqu’à mon domicile, d’une vitesse qu’aujourd’hui je ne pourrais plus imiter,
je partis chercher mon outillage de peintre, passe-temps dont j’essayais de
vivre, bien que mon métier de décorateur me fût indispensable pour subvenir à
mes besoins.
Arrivé au lieu de mon émerveillement, je déballais mes affaires et m’installai
dans les plus brefs délais.
Je fus enfin paré.
Je choisis finalement de privilégier les couleurs et utilisai alors la
technique du pointillisme afin de matérialiser mon rêve. Je faisais défiler mes
couleurs et choisis des couleurs chaudes et accueillantes. Ainsi le ravissant
coucher de soleil qui ornait le ciel se transformait en ciel multicolore et son
nuage à la forme originale, tel un peigne coiffant la simplicité du ciel. Le
sable quant à lui se confondait à la mer par sa brillance et ses reflets, mais
se différenciait de par sa couleur dominante jaune d’or. Et la mer coulait dans
le ciel avec un dégradé progressif partant du bleu au jaune orangé. Je réussis
alors à créer une unité au sein du tableau à l’aide de traits confondus.
La technique pointilliste donnait à mon œuvre une brillance qui me semblait
appropriée à cette endroit magique.
113. Daguerréotype, anonyme, sans date daguerreotype
Me voilà maintenant seul dans cette pièce, livré à moi-même, avec pour seule
arme mon crayon et mon papier. Ils m'ont dit de ne dessiner que la forme, ils
feront le reste. Quelle idée ! Un artiste fait tout ou rien. Ce n'est pas
chacun sa partie, chacun son boulot. L'oeuvre est l'artiste, ils sont
indisscociables, on reconnaît l'artiste dans un objet d'art, c'est ce qui fait
son attraction, sa beauté, son style. C'est son caractère, sa profondeur. Un
tableau est une personne, c'est ça qu'ils refusent d'accepter. Et cette
personne n'a qu'un père, naturellement. Si plusieurs personnes y concourent, ce
n'est qu'un amoncellement d'idées de tout bords, rien de beau, de vivant, pas
une création, juste une fabrication.
Quels barbares ! Ils osent s'appeller cultivés et amis des arts. Ce ne sont que
des aveugles. Que croient-ils ? Il suffit de m'enfermer dans cette pièce, me
promettant la vie si je leur "dessine" quelque chose à leur goût, et
la mort si mon oeuvre, celle d'un artiste indépendant comme moi, leur déplaît ?
Ce ne sont que des ignares, ils n'ont compris à l'art que leur propre vision
des choses. Je vais prostituer mon pinceau, mon trait, ma ligne, ma courbe, mon
intégrité de créateur pour satisfaire ce désir de pseudo-mécènes ? Si je
réponds à leur cahier des charges, ils salueront mon génie pour une oeuvre que
je detesterai moi-même, et j'en mourerai. Autant mourir tout de suite alors, de
ma propre volonté. Je vais au suicide en créant, c'est drôle. Mais il ne sera
pas dit que je me suis vendu.
Mais, je vous le demande, commet créer quelque chose de convenable avec ce
matériel ? Quel sujet ! Une femme ! Que faire de ça ? Je veux une pomme, une
chaise, un mur, ou bien même rien du tout, mais quelque chose d'expressif. Que
peut-on faire d'un tel modèle ? La nature n'a fait pas fait les femmes
pittoresques, elle les a faites pinaillantes, piégeuses, pire que les hommes.
Cette créature n'a de femme que le nom, pour moi ce n'est pas une personne,
elle fait partie du décor, comme tous les autres objets l'entourant.
Mais cette femme-là a quelque chose de spécial. D'étrange, d'attirant, de
décalé. Pourquoi pose-t-elle son sein en dehors de son vêtement ? Elle croit me
séduire, moi, qui n'ait pour amour que l'art ! Pourtant elle m'envoûte, me fait
un effet bizarre. Je sens que sous son charme mon crayon se dresse tout seul,
et obéit à un ordre naturel, sans que je n'ai besoin de lui ordonner, il laisse
couler l'encre et le plaisir m'envahit en créant.
J'ai compris ! Quelle prétention de se prétendre artiste, peintre, dessinateur
du monde. Quelle idée d'observer par une paire d'organes déficients, la beauté
se trouve en nous. Le Beau ne doit pas venir à nous, c'est nous qui le trouvons
en nous, réprésenté dans l'oeuvre. C'est notre idée du Beau qui rend l'oeuvre
magnifique. Il suffit de montrer, de reproduire la nature, seul le vrai esthète
pourra comprendre où se trouve l'interêt de la chose. Comprendre la beauté, pas
la trouver. Je n'ai qu'à mettre en valeur ce qui fait la beauté de notre monde,
tout en redonnant exactement la même image que nous offre la réalité. Ils
comprendront, j'en suis sûr. Il faut juste qu'ils voient où se trouve la
perfection, il faut qu'ils sentent, qu'ils observent, qu'ils soient pénétrés
par l'oeuvre, et non qu'ils cherchent à pénétrer eux-même le tableau. Alors ils
auront devant eux la chose la plus aboutie jamais créée. Et pourquoi mettre un
cadre ? Ce ne serait que détourner le regard du "!
lecteur" du tableau. Je demanderais à ce qu'on le laisse nu. Ils
m'obéiront, ils ne pourront rien me refuser après avoir vu ce que j'aurais
fait. Me voilà artiste accompli. Je voyagerai, adulé, mes oeuvres se vendront
partout, à tel prix qu'elles feront couler le marché de la culture. Mon nom
sera connu partout, et jamais oublié !