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Concours "des mots pour voir" session 2004

 

Textes en français langue maternelle catégorie A (de 14 à 16 ans et demi)  PREMIERE SERIE

  1 à 113 Textes reçus avant le 5/3 /2004

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1.       Georges de La Tour La Madeleine à la veilleuse -louvre (27)  

                   
LA VIE

La tristesse que reflète cette image provient du regard de cette jeune femme.
Enfouie dans ses pensées, isolée, elle songe.
Quel est le problème qui la tourmente et quelles solutions cherche-t-elle ?
Tant de questions doivent s’enchaîner dans sa tête ! Tant de questions qu’on se pose à soi-même.
Cette jeune femme a l’air d’être enceinte, son ventre est rond, et sa main posée sur un crâne humain nous indique bien l’éternelle question de la mort et de la vie, dont nous craignons tant la réponse.
Doit-elle abandonner son enfant ? est-elle trop jeune ? son entourage la condamne-t-elle ? son compagnon la renie-t-il ? La vie ou la mort, tant de questions obscurcissent son esprit.
C’est comme si « La Madeleine à la veilleuse » a la mort dans l’âme. Quelle lourdeur dans son regard ! Comme si son âme était épuisée.
Elle est source de vie, pourtant la mort la guette. Les deux opposés sont présents. C’est de là que naît cette sorte de neutralité où mort et vie s’enlacent sans se combattre. C’est pourquoi la jeune femme ne sombre pas et c’est pourquoi elle est là et ne peut rien faire d’autre que de veiller.
Elle qui pourtant devrait respirer la jeunesse, la beauté, l’envie de vivre, n’est malheureusement rien de cela. Tout au contraire, elle est symbole de la femme muette, celle qui ressent tout, mais retient ses sentiments en son cœur, se montre toujours sereine, car,elle le sait bien, la Mort est là qui commande.
La gamme de couleurs est très restreinte : blanc, blanc cassé, brun, brun foncé et clair, beige et rouge.
« Le blanc est comme le symbole d’un monde où toutes les couleurs se sont évanouies, le blanc sur notre âme agit comme le silence absolu, la totale neutralité », comme la paix que Madeleine voudrait qu’on lui accorde.
Le rouge est une couleur essentiellement chaude qui agit intérieurement comme une couleur débordante d’une vie ardente et agitée sans tout ce qu’elle voudrait ressentir.
Le brun foncé qui vire au noir, la tristesse, la haine, le noir est la couleur du deuil, de l’affliction, le symbole de la mort, tout ce qui l’entoure, qui la fait sombrer, mais il y a là au fond une lueur d’espoir qui la fait tenir.
Le titre : « La Madeleine à la veilleuse » nous révèle encore une fois la tristesse, celle qui tous les soirs s’isole pour pleurer, qui veille à ce que tous les soirs se reproduise cette même tristesse.
Pourquoi le peintre avait-il tant de mélancolie en lui ? Peut-être qu’il venait encore une fois de perdre un enfant, et qu’il lui dédiait ce tableau ? Cela, personne ne peut le savoir, pas même les grands spécialistes, car jamais nous ne pourrons savoir ce qui se passe dans le cœur ou dans la pensée d’un être humain, même si à la base nous sommes tous pareils.
J’ai choisi cette magnifique œuvre, car elle donne énormément, et décrit un moment de la vie de chacun. Chaque personne, qu’elle soit riche ou pauvre, malade ou en bonne santé, populaire ou non, a son moment de joie, de bonheur, de colère.
J’ai choisi cette image, parce que je trouve qu’elle me décrit. Quand je l’observe, j’ai l’impression de me voir. Les soirs où je me retrouve dans ma chambre en ces moments où j’ai le temps de réfléchir, de m’isoler, je suis plutôt triste, triste de ma journée, triste pour les enfants malades qui n’ont pas encore connu le bonheur, triste pour ces grandes stars qui sont obligés d’être ce qu’ils ne sont pas pour plaire aux publics, triste pour ces riches personnes qui ont toujours tout eu car jamais ils ne connaîtront la fatigue d’une longue journée de travail et la joie de retrouver sa femme et ses enfants.
C’est donc ces soirs-là que je me sens concernée par les problèmes des autres personnes sans pouvoir les aider car, comme « La Madeleine à la veilleuse », la neutralité doit régner.
Comme si toutes les deux, nous étions dans un énorme tunnel tout sombre avec   des lumières aux extrémités nous permettant de tenir le coup, mais, toujours, sans pouvoir avancer.

 

2.       Edgar Degas Le défilé, dit aussi Chevaux de courses devant les tribunes -  Orsay 10



Lorsque je regarde cette peinture, je ressens d’abord l’adrénaline monter petit à petit dans mon esprit ; je sens l’excitation de ma monture sous la selle de cuir brillant. Des murmures dans le public se font entendre plus le départ est proche. Mais, étonnamment, il règne aussi beaucoup de sérénité dans cette scène, comme si le calme et le silence en faisaient partie.
En effet, les chevaux sont représentés presque au repos. Les montures, exceptée celle située au centre du tableau qui, elle, s’emballe, ne nous laissent percevoir qu’un léger dandinement, subtilement suggéré par l’artiste.  Celui-ci accentue les ombres sur le haut des postérieurs alors que les jambes paraissent statiques, c’est ce contraste qui donne à la fois cette impression de mouvement et d’immobilité. À ce propos, le titre du tableau, « Chevaux de course», peut surprendre. En effet, des chevaux de course devraient être représentés en pleine action. Or, Edgar Degas s’est montré très original en peignant ses montures au pas. Aussi le titre «  Le défilé » convient-il beaucoup mieux à l’allure des chevaux et aux impressions suggérées.
Il est peu commun que les principaux éléments d’un tableau soient représentés de dos. L’artiste veut ainsi nous faire entrer dans sa peinture et participer à l’action. En effet le spectateur, placé en contre-plongée, est attiré par la perspective ascendante de la scène et souhaite s’y intégrer. Il s’imagine alors participer au défilé en tant que prochain cavalier. La piste s’ouvre devant lui dans une longue perspective rectiligne, son œil est conduit en direction du seul cheval en réel mouvement. Cette figure centrale ne peut que l’attirer, le reste de l’image représentant des figures statiques.
Le tableau est réalisé majoritairement dans les tons beiges ; le ciel est constitué de tendances grises et bleuâtres, les ombres des chevaux  accentuent le caractère voilé, plutôt sombre de l’atmosphère générale. Les seules taches de couleur apparaissent dans le public et sur les tuniques des jockeys. Après l’excitation du premier moment, le spectateur  ressent alors une certaine mélancolie. Celle-ci est due à l’opposition de deux températures de couleurs : chaudes et froides. Cet effet de contrastes suscite chez le spectateur des sentiments contraires, mêlant  mélancolie et enthousiasme et favorisant un long moment de rêverie devant l’oeuvre.

3.       Félicien Rops, Plage de Heyst, 1886 -  Rops_plage

Mon image

Un jour de plein hiver, je décidai d'aller à Namur contempler le musée d'art de Félicien Rops pour ramener des idées fraîches et claires de cette saison glaciale. Au début de cette visite, j'étais presque déçue de toutes ces peintures étranges et froides…
Puis, soudain, au fond du couloir, je vis une peinture qui attira mon regard :

C'est un paysage de la plage de Heyst qui semble s'étendre à l'infini. Le long des cabanons, le regard file jusqu'au loin. Le point de vue est un angle naturel, mais légèrement en contre plongée puisque l'horizon se profile vers le haut. Au centre de l'image, se trouve une femme dont le visage n'est pas visible. Vêtue de noir et d'un vêtement de drap bleu, elle porte une ombrelle. Protège-t-elle ses yeux des picotements du sable? Fait-il froid dans ce petit vent de fin d'après-midi au déclin de l'été qui fait s’envoler sa robe? Est-ce cette même brise qui efface les traces de pas ou bien la marée descendante? Le ciel touché de jaune, s'emplit-il de grains de sable éparpillés par le vent?
Cette femme a l'air fatiguée d'avoir marché tout le long de cette plage interminable. Elle capte mon regard et me donne envie de rentrer dans le tableau, d'observer de l'intérieur le paysage qui m'entoure. A ma droite, se trouve une rangée de petites cabanes de couleur brune, bleue, et rouge. Plus loin, à gauche de la femme, il y a une barque qui semble vaciller. Son vieux bois est couvert d'une peinture bleue qui paraît s'effriter sous le grattement du vent granuleux. Plus loin, d'autres personnes, minuscules silhouettes, s'amusent, se promènent ou, peut-être, pêchent à marée basse. Une toute petite colline d'herbe dévale derrière les maisonnettes pour disparaître dans la mer et l'horizon infini.

Le bleu céleste se pose sur le miroir de l’eau et, comme par ricochets, rejoint la barque, la femme, les cabanons pour s’étendre en soupirs plus profonds, dans les ombres qui se couchent, bercées par la lumière de l'air. Et voilà qu'il se marie au jaune du sable, au rouge et brun des maisonnettes, au monde terrestre.

Je ressens un bien-être paisible et chaleureux. L'atmosphère est légère et douce. J'ai l'impression d'être poussée par ce petit vent qui m'entraîne et m'invite à voyager dans le monde entier. J'ai réellement été touchée, au cœur de ce paysage qui a éclairci mes idées et m'a donné l'envie de prendre de longues vacances!


4.       Série Palestine photographie de  Véronique Vercheval  V15

Je suis journaliste et plus exactement photo-journaliste belge. Je ne cherche ni le « scoop », ni « l’image extraordinaire ». Je ne suis qu’un témoin qui montre à sa façon la vie de ceux qui sont différents, rejetés ou même oubliés. On dit que je suis renommée, mais faut-il montrer la vérité pour être regardée ou pour être reconnue ?
Ainsi dans mon carnet de route, la photographie la plus marquante que j’aie pu faire en Palestine est, pour moi, celle de ces petites filles, à peine âgées de 10 ans, de l’école du camp de réfugiés d’Al-Amary. Cette école a été mise en place par l’UNWRA (organisation s’occupant des réfugiés) et compte mille étudiantes. Elles sont réparties en deux groupes et ces dernières ont cours soit le matin, soit l’après-midi.
J’arrivais sur cette cour d’école terreuse et rougeâtre, la chaleur pesante me faisait transpirait à grosses gouttes. J’eus juste le temps de placer mon matériel pour prendre une image imprenable avec mon objectif braqué sur les portes de l’établissement.
La cloche sonna et elles sortirent toutes en courant au milieu de la cour.  Lorsqu’elles s’aperçurent de ma présence, elles accoururent toutes vers moi. Avec leurs mains levées vers le ciel montrant le signe de la victoire. Elles ressemblaient toutes à des petites filles modèles avec leur uniforme et leur col Claudine. Des petits anges tombés du ciel, purs et joyeux.
Mais ce signe m’a choquée à tout jamais. C’était comme si, à la place de ce « V », elles tenaient des armes à feu, comme on le voit si souvent par ici. On se rend compte qu’elles sont en fait conditionnées par cette soit disant école …Les adultes qui mènent leur guerre les font participer en leur faisant croire à leurs idées. Pendant un instant, j’hésitais de prendre la photo car ce fut un vrai traumatisme pour moi. Mais je voulais montrer ce qu’il y avait sur le terrain et surtout la vie d’une population qui essaie de vivre avec tous ces malheurs. 
Entre six et dix ans est-on déjà apte à dire si le fait d’entreprendre ces nombreuses guerres est pour la Palestine une sorte de victoire commune ? je ne le pense pas. Ces filles sont persuadées d’être invincibles ! Ou devrais-je dire qu’on les en a persuadé

… 

5.       GhirlandajoPortrait d'un vieillard et d'un jeune garçon  Italie24


 Voilà maintenant soixante ans que grand-père Francesco est parti me laissant pour seul souvenir ce tableau peint par son grand ami Domenico, le 24 mai 1490.

Je m’en souviens comme si c’était hier. Grand-père comme chaque mercredi m’emmenait au parc près de la place Saint-Pierre à Rome, il me laissait jouer, il me souriait, une immense joie brillait dans  ses yeux. Son regard posé sur moi lui procurait un grand bonheur.
Soudain le ciel bleu de la capitale s’assombrit et à cet instant il me prit par la main et me glissa a l’oreille :
« Suis moi Théo, je voudrais te faire partager mon rêve. ».
Quel était ce rêve qui lui apportait tant de liesse ? Pourquoi voulait-il me le faire partager ?

Grand-père arrêta une calèche et ordonna au cocher de se rendre à Florence, la ville voisine.
Après avoir traverser la ville a  pied, nous nous arrêtâmes devant une maison de couleur blanche. Un homme d’une soixantaine d’années ouvrit la porte, nous invita à entrer. Je n’avais jamais rencontré cette personne auparavant mais apparemment Grand-père, lui, la connaissait depuis des années.

C’st alors qu’a l’aube du crépuscule, Grand-père me sourit avec plein de bonté et me dit :
« Ecoute Théo, comme tu le sais, je n’ai plus longtemps à vivre avec cette maladie le rhinophyma, mais avant de passer de l’autre côté je désire que Domenico peigne nos portraits ».

Tout s’enchaîna, Grand-père revêtit sa tenue de patricien florentin et sous les conseils de son ami, nous nous plaçâmes devant la grande fenêtre du salon. Nos regards exprimaient le tendresse, l’amour que nous avions l’un pour l’autre, dans les bras de Grand-père je me sentais confiant, en sécurité, malgré ce nez déformé mais si beau si on le regarde avec attention.
Le portrait terminé, Domenico nous appela  pour nous montrer le résultat. Ce tableau était magnifique, l’ami de Grand-père avait su refléter nos sentiments, nos émotions l’un envers l’autre, c’était formidable.

Aujourd’hui je contemple encore ce tableau sur mon lit de mort, je n’ai qu’une seule envie, que cette peinture montre à tout jamais la grandeur de l’âme de mon grand-père qui restera dans mon cœur comme l’être le plus merveilleux du monde.

6.       Parmesan Portrait de jeune homme italie 12


Il  y a bien longtemps que cette histoire s’est déroulée, tellement longtemps que, je l’avais presque oubliée. Il a suffi d’un parfum d’orange pour me rappeler l’odeur du marché où cette histoire commence.
Mais laissez- moi me présenter , je suis Francesco Parmesand, à cette époque, en 1524, je me rendais chez un ami et devais pour cela traverser le marché de Piazzo .Et c’est là que nos chemins se sont croisés, pour la première et la dernière fois. J ‘ai rencontré Luiggi , alors qu’il était en, comment dire, très mauvaise posture. En effet, il était sur le point de se faire lapider pour un vol. Luiggi était un voleur , un enfant des rues qui pour vivre avait besoin de voler. Mais cette fois , l’acrobate avait été attrapé , la main sur un étal, une pomme dans la main. Petit vol me direz- vous, mais pas pour lui . Pas pour eux non plus. Mais avant que la situation ne se détériore je suggère une solution. Je propose au marchand de lui racheter sa marchandise en échange de quoi il laissait repartir le petit.
De près, c’était un enfant d’une beauté certaine mais cachée, comme ces tableaux que la misère ou le temps cache mais qu’un œil pur n’aura aucun mal à déceler. Et c’est précisément pour cela que j’ai décidé de le peindre , en écolier, comme n’importe quel petit garçon. Pour que plus tard le monde le voit comme il était vraiment et non comme la société l’avait transformé.   

 

7.       Fernand Khnopff, Étude de femme,  khnopff_etude

De l'autre côté du miroir
Gracieuse, splendide, harmonieuse ,sensible ,indéchiffrable, ésotérique et occulte. C’était ces quelques mots qui définissaient m sœur Malicia  KHNOPFF ; Je l’admirais beaucoup, elle était loin de ressembler à ces personnes à l’esprit torturé. Son comportement laissait entrevoir à quel point elle conjuguait  le verbe vivre. Mais seules ses pensées m’échappaient et j’aurais  donné  tout  pour les connaître . Son regard semblait attiré par un objet inaccessible. Elle donnait l’impression à tout le monde de vivre sur terre mais au fond d’elle même, elle accordait plus d’importance à la suprématie de la pensée et de l’imagination.
           Je n’étais qu’au début de mes surprises. Un soir en rentrant d’une réunion je l’aperçus devant son miroir comme d’habitude. Je serais bien parti dans ma chambre comme j’avais coutume mais cette fois-ci, je sentis quelque chose d’anormal, bien des changements s’étaient opérés.
           Le miroir ne semblait plus être un outil lui servant à se contempler mais une barrière à franchir pour se rendre vers l’au-delà.
Le regard de Malicia semblait s’y rendre parce qu’elle était dans un état second. Je découvris une autre facette de ma sœur.
           Pour la première fois de ma vie, le doute m’envahit, la connaissais-je vraiment ? Mes soupçons sur ses pensées seraient-ils fondés ? Qui regardait-elle dans ce miroir ..?

           Je ne pus m’empêcher d’immortaliser ce moment-là. Je pris mon matériel de dessin, mes fusains et je fixai ce moment. Je la représentai et j’imaginai à qui était lancés ses regards amoureux . Je dessinai un reflet de son image mais avec quelques modifications : il avait les yeux fermés, je voulus montrer qu’elle était morte de l’intérieur, cela était relié à mes hypothèses : celle où  elle exprimait sa tristesse et son amertume  à travers le miroir. Je rajoutai à son reflet une mâchoire lourde pour lui donner une ambiguïté androgyne.
Puis, je me rendis compte que j’étais jaloux, de qui ? de quoi ? jaloux d’un personnage imaginaire, en fait j’aimais trop ma sœur, c’était plus que  de l’amour, Cela semblait de la passion et cette trop grande passion me conduisit à la folie, mais l’inceste était quelque chose de banni dans ma pensée, je l’aimais un point c’est tout.

 

8.       Canaletto L’Entrée du Grand canal et l’église de la Salute Italie(7)

Ana Cottle, richissime anglaise de son époque, bâti sa fortune grâce aux nombreuses relations sentimentales qu’elle avait eu avec d’illustres personnages de la haute bourgeoisie. Cependant, elle n’éprouvait que de sophistiques sentiments avec eux et de ce fait, la solitude regagnait chaque homme après qu’elle les eut délaissé.
Elle s’adonnait volontiers aux voyages et parcourait le Vieux Continents dans ses moindre faubourgs. Bien qu’elle connaissait la plupart des pays, elle ignorait encore la célèbre Vénétie.
Elle arriva à Venise, et déjà, elle déambulait dans la ville. Elle était émerveillée en apercevant les sublimes monuments.
Elle parvenait sur la place de l’Eglise Santa Maria della Salute, admirait la Piazzetta…Quand elles se retourna, elle découvrit l’Entrée du Grand Canal, et à proximité de celui-ci, un peintre, pinceau dans une main et tablette dans l’autre. Comme elle appréciait les beaux arts, elle n’hésita pas à aborder l’homme ; et elle se présenta :
« Good-morning, Sir, what are you painting ? »
L’artiste, subjugué par ses salutations angéliques, lui répondit en s’étonnant qu’elle ne le connaissait pas, lui, l’unique initiateur de la Vedute, célèbre pour ses vues de Venise, ville qu’il aimait tant et dont il était natif…C’était Canaletto.
Canaletto, appréciant la femme, lui proposa de lui peindre un tableau. Elle accepta et il effectua son œuvre. Il peignait magnifiquement bien, sa brosse glissant sur la toile telle la plume d’un poète entre les vers. Une nouvelle scène de Venise paraissait alors ; on apercevait les gondoliers sur la lagune qui entourait la ville ; on entendait les cloches de l’Eglise de la Salute sonner et on devinait soudain l’amour naissant entre l’Anglaise et le Vénitien.
On pensait que l’amour durerait éternellement, mais  en vain…Elle quitta l’artiste comme elle avait délaissé les autres.

 

9.       Photographie Jean-Michel Fauquet  fauq (3)

Au jour consumé.

    Elle se réveilla en sursaut, des gouttes de sueur ruisselaient sur son corps, elle quitta la douce chaleur de son lit et se dirigea vers la salle de bains, où elle s’aspergea le visage, puis elle revint s’allonger. Elle avait encore fait ce rêve étrange : elle apercevait, dans un décor sombre, une gare et deux grands arbres lui faisant face, cette vision était à la fois inquiétante et apaisante. Ce n’était pas la première fois qu’elle faisait ce genre de rêves et tout s’était révélé prémonitoire, mais cela avait commencé le jour où elle avait rencontré un jeune homme, qui se disait photographe ; il lui plaisait énormément. Il fallait qu’elle lui raconte son songe, peut-être l’aiderait-il à l’éclaircir ?
Et elle s’endormit sur cette décision.
Le lendemain, il était prévu qu’ils se retrouvent au Café de Flore, dans le VI°, aux environs de neuf heures, il avait une surprise pour elle. Ils arrivèrent en même temps au rendez-vous, le jeune homme l’entraîna jusqu’à son appartement. Lorsqu’elle y pénétra, elle s’étonna de l’extrême propreté de la pièce, elle remarqua ensuite, au fond de la salle, un tout petit atelier, insolite. D’étranges matériaux jonchaient le sol. Lorsqu’elle s’en approcha, elle fut étonnée de constater qu’une maquette miniature avait matérialisé son rêve, elle remarqua aussi que des dizaines de photos la représentaient.
Soudain, elle eut une vision et se vit en robe blanche, tenant un bouquet de chrysanthèmes, elle se trouvait devant la gare et il lui semblait que son corps était diaphane, un triste sourire ornait son visage… Une peur indescriptible s’empara d’elle et elle regarda avec effroi cet homme qui lui fit l’effet d’un inconnu. Qui était-il ?  Que lui voulait-il ?  Pourquoi ces rêves étranges ?  Ses pensées devinrent de plus en plus noires… Une atmosphère obscure envahit la pièce…

 

10.    Xavier Mellery, Chute des dernières feuilles d’automne,  mellery_automne

Les lumières des réverbères disparaissaient peu à peu . La ville de Bruxelles se réveillait lentement. L’incendie du matin se levait à l’horizon, éclairant la capitale belge de son or .
C’était un spectacle qui généralement m’éblouissait, me fascinait .
Mais depuis bien des jours, cela m’était totalement indifférent .Mon cœur était aussi triste qu’un ciel d’orage, un cœur aussi froid que la brise du matin .
Ma seule raison de vivre à présent, était d’achever ce tableau, qui représentait toute mon histoire, aussi étrange qu’elle soit.
C’était au début du mois d’automne, je me rendais comme à mon habitude, à mon travail .
Mais qui aurait pu se douter que j’allais rencontrer, ce matin-là, cette mystérieuse jeune femme?.
Je pensais que c’était un don du ciel, ou encore, qu’elle était la réincarnation même de la déesse Aphrodite, des cheveux plus noirs que l’ébène et des yeux aussi profonds qu’un abysse. Ses pupilles brillaient comme des étoiles, elle avait un nez aquilin et un cou de cygne.
Elle s’appelait Émilie . Nous nous sommes revus plus d’une fois ensuite. C’était une femme qui m’envoûtait, j’était fou d’elle, je l’aimais à en mourir, elle représentait tout mes désirs, comme toutes mes craintes, elle était ma lumière et ma drogue, mes jours comme mes nuits.
Et voilà!, le mois d’automne bientôt achevé, la relation entre Émilie et moi était a son apogée.
Mais, j’appris par pur hasard qu’elle fréquentait déjà un autre homme et qui plus est, était un de mes amis.
On disait d’Émilie que c’était une femme à homme. Ce fut comme un couteau en plein cœur. Elle m’avait trahis, c’était une félonne, une briseuse de cœur .
Je me rendis à sa demeure, un lieu qu’elle n’avait jamais voulu me montrer, ni à personne d’ailleurs.
Sa maison était cachée par un grand arbre, avec de fines branches, tels des doigts prêts à attraper leur proie.
C’est à la vue de ce bras géant que je devins amnésique.
Mon seul souvenir est ma captivité dans ce grand arbre tendu d’une toile gigantesque . Émilie quant à elle, telle une araignée géante, était suspendue dans les airs. Moi, j’était sa proie. C’était mon ami qui vint à mon secours. Et pourtant, j’essayais de me suspendre à la toile comme si mon seul souhait était de rester enfermé.
Je me demande toujours si cette scène était réelle ou si elle était le seul fruit de mon imagination.
Émilie était une croqueuse d’homme, prisonnière de l’envie de séduire, moi même libéré, j’en était toujours prisonnier; mes pensées je les enfermais à mon tour, elles mêmes retenaient prisonniers mes souvenirs.
Une impression de vide me saisissait, une chute interminable, une chute sans personne pour me rattraper.
A! Automne, tu symbolises la fin, tu symbolises la mort.
Il ne me reste alors que la chute de tes dernières feuilles, sur une toile maudite. 

11.    Fernand Khnopff, Étude de femme, 1887 khnopff_etude

Comment as tu fait ? Dis moi, dis moi… depuis tout ce temps… depuis tout ce temps j’avais réussi, enfin, à t’enfermer, à cacher ton cadavre, ton fantôme, dans un coffre dont moi seule possédait la clef… depuis tout ce temps, j’avais réussi, enfin, à ne te faire revivre que dans des songes de nuit, mais je sens et je sais qu’à présent… le passé redevient présent et moi j’aimerais tant le dépasser… alors dis moi… comment… pourquoi… je te vois à présent sur ce tableau ?
Je ne sais plus, je ne sais plus rien, je suis dans un tel trouble tu ne peux pas t’imaginer… « Etude de femme », cela s’appelle, « Etude de femme », cela devrait plutôt s’appeler « Tue cette femme », oui je voudrais la tuer cette femme, cette fille, ce double, cette sœur, je voudrais la poignarder, lui fracasser la tête au sol, la lancer au dessus d’un pont, comment, pourquoi, dans quel but, de quel droit te permet tu de réapparaître à la surface, d’immerger du lac dans lequel je t’avais soigneusement, méthodiquement fait couler ?


Puisque tu es là… regarde, regarde plus attentivement… tu vois cet orange, ce flou, on dirait… un labyrinthe, le labyrinthe dans lequel nous nous sommes perdues un jour de lune pleine, c’était, cela avait été, et ce sera toujours… nébuleux ; je ne saurais dire laquelle tu es, laquelle je suis, regarde sur le tableau cet œil, fixe, qui regarde ailleurs, regarde ce sourcil bien dessiné, légèrement froncé, cette mâchoire, ce menton, cette bouche androgyne, puisque les anges n’ont pas de sexe, puisque la légende dit qu’un androgyne c’est l’un, et son double ; quant à l’autre, le reflet, il semble s’épuiser, tomber, mourir, s’user d’amour… on dirait un miroir, une forme évanescente, qui n’aspire qu’à la beauté, à la pureté, quitte à s’enfermer, quitte à devenir… un rien qui aspire au tout, une simple ombre façonnée, un simple reflet désabusé, car le corps de l’un a été offert à la postérité de l’autre, pour ne former qu’une seule et même personne… à moins que… je ne sais plus… à !
 moins qu’elles aient toujours été une seule et même personne ;

Peut-être… peut-être que nous avons tour à tour, joué le rôle de la femme et du double, ce double trouble qui souffre, qui souffre de la voir regarder ailleurs, vers le monde, au delà des formes incertaines, obscures, et célestes qui les entourent, elle ose… elle se permet, sans retenue, sans culpabilité, sans la moindre culpabilité, de regarder au delà, au delà d’elles, au delà d’elle-même, de son monde intérieur, de sa planète lunaire, mais dis moi… pourquoi ce tableau m’émeut-il, m’effraye-t-il tant ? C’est peut-être tout simplement, comme les choses peuvent parfois s’éclaircir, peut-être tout simplement une femme qui face au miroir, détourne la tête, lassée ou apeurée d’elle même, ou indifférente, tout simplement, tout simplement…  Mais je sens bien la fausseté de ce sentiment, et retrouver mon gouffre passé de sombres pensées m’insupporte !

Ce tableau…à force de trop regarder vers l’extérieur…sans pourtant l’expliquer –les fous n’ont pas à s’expliquer- tu t’es déchirée, je me suis séparée, tu as souffert, et j’ai pleuré, pleuré d’avoir osé découdre, taillader, éventrer, celle qui était plus moi que moi même, à moins que ce fusse toi, qui m’a poignardée, qui m’a fracassé la tête contre le sol, qui m’a jeté du haut d’un pont, soudainement, sans même que je crie, que j’ai le temps de crier, oui, c’est sang doute toi, puisque je n’avais pas… je n’avais pas su voir au delà du miroir étonnement angélique… que tu étais le mâle incarné ;

Et si je n’ose pas tendre ma main vers ce miroir limpide… translucide , c’est que j’ai si peur, à présent, sans trembler cependant, car seuls les faibles tremblent, mais je ne veux plus jouer les rôles chaotiques de l’une et de l’autre, de la première et la seconde, de l’une et de l’une, de l’une, tout simplement, et ce miroir d’opale me gêne, me plaît, me trouble, comme s’il était le chatoiement où je verrais impuissante ma vie s’effondrer, ma mort s’écouler, tout cela au nom d’un être, d’un être sans corps, puisque le corps, le cadavre, je le porte dans mes bras, après avoir scellé mon tombeau, alors je t’en prie, je t’en prie dis moi ce qu’il y’a de mieux à faire, maintenant que tu es revenue.. que tu es revenue ? Je dis n’importe quoi. Tu as toujours été là, puisque tu es moi, à moins que je ne sois toi, à jamais, et ce tableau… cette femme dans le miroir, ce tableau, ce peintre… sont la révélation de cette ineffable et horrible vérité…

Ainsi adieu,
tue toi et je mourrais ;

 

12.    Peinture de  Thierry-Loïc Boussard BO-F7


 Je respirais ton corps comme j’humais l’odeur des fleurs au cimetière où celui que tu avais tant aimé se reposait et je savais que rien ne pourrait plus nous rapprocher désormais. En quittant notre monde, il avait brisé le dernier lien qui te retenait à moi ; tandis que j’obtenais ce dont j’avais tant rêvé depuis mes plus jeunes années, une vie qui n’appartiendrait qu’à nous, je me rendais compte que lui seul avait stimulé mon amour, qu’en disparaissant il avait découvert l’unique moyen de m’arracher à toi. Sans doute se moquait-t-il bien de nous ; à passer tant de temps mort, il fanait les fleurs sur sa tombe. Il avait voulu des ballons à son enterrement, ce que j’avais toujours pris pour une marque de son indifférence vis à vis de la vie, le rêve arrogant de lui être plus fort. Je me trompais. De nouveau, tu lui appartenais pleinement, tes pleurs lui étaient destinés comme lorsque tu l’aimais, il y a si longtemps ; tu devais réapprendre à vivre et!
  son absence si lourde n’était rien d’autre qu’une accumulation de déchirures, la neige sur la verdure, le prétexte à toutes nos faiblesses, à notre amour depuis si longtemps parti sans même que nous nous étions aperçus. Un peu d’intimité, souhaitions-nous. Trop, c’était trop.

J’allais te quitter, j’allais le quitter, tout oublier. Tu avais été ma vie, tu allais être ma mort car je considérais encore l’amour comme un don de soi à part entière, un libre esclavage ; je m’étais abandonné à toi, je t’avais permis de régir mes humeurs, il fallait aller jusqu’au bout, jusqu’au bout des choses, plus loin que l’amour quand l’amour n’était plus là. Et je me rappelle toutes ces heures passées les doigts tapant sur le clavier, les yeux mi-clos devant l’écran et la feuille blanche virtuelle que rien ne savait noircir, juste le café déversé dans un dernier appel au secours lancé gauchement par mon esprit, par l’espoir inébranlable de pouvoir recommencer à zéro notre histoire. Sans lui. Aurions-nous duré, sans lui ? Si tu avais eu la force de m’attendre… Des mots, des mots, des mots qui en vain essayaient de te crier mon cœur comme pour écrire un nouveau Roméo et Juliette et, soudain, une main, la mienne, dérapait sur la touche delete que j’en venais à haïr ; p!
 as de droit à la lassitude par souci du devoir à accomplir, juste la lutte contre la fatigue, le dernier combat d’un extrémiste de l’âme.

Je vous connaissais par cœur, lui aussi bien que moi ; et tes yeux qui me suppliaient chaque nuit de t’enlever afin que je te donne l’excuse qui te garderait à jamais près de moi, ces mêmes yeux  implorants que tu posais sur lui pour qu’il nous sépare, qu’il te réprimande et t’assassine sous une perverse culpabilité. Tu étais si faible ! Je t’en voulais de te morfondre ainsi, de nous tirailler à travers ton incapacité à te décider, à choisir entre ma délivrance et sa pénitence, la peur de me perdre et la peur de te désaccoutumer, cruel dilemme qui nous priva de vie. Je te martyrisais au lieu de t’accepter telle que tu étais, au lieu de te croire quand tu disais que tu m’avais toujours aimé car je me bornais à ma propre souffrance quand bien même là-bas, je te savais assise sur le carrelage froid à verser des larmes impuissantes devant le feu passionné qui les attisait. Alors je n’avais pas encore compris, piètre romantique que j’étais.

C’était au printemps 2004, lorsque les bourgeons naissaient sur les arbres comme pour se moquer de la neige qui baignait obstinément à leurs pieds, comme pour mettre en évidence la bêtise de l’immuabilité de ton deuil qui n’en finissait plus. Tu avais absolument voulu lui souhaiter son anniversaire de mort et, une fois de plus, je t’avais suivie, aussi lâche que toi, finalement, à partir. J’avais froid ; tes bras ne me réchauffaient pas puisque je sentais toujours sa présence entre nous, et la quiétude du cimetière me donnaient ces frissons que seules les grandes choses, le silence, peuvent apporter tout en donnant envie de fuir, de se cacher à la lumière du soleil là où aucune pensée obscure ne peut survivre. Aussi les fleurs, quelquefois naturelles et jolies, me rassuraient et t’empêchaient de lire mon malaise, quand bien même il me privait une énième fois de toi dans ce moment de solitude binomiale. Je… Je n’ai pas à m’expliquer sur la pulsion qui m’a alors poussé à faire!
  ce que j’ai fait, ce manque de respect, cette souillure, ce viol pour reprendre tes paroles, mais saches que jamais je n’ai voulu commettre un quelconque crime, encore moins profaner sa mort. Tout est relatif, tu me répétais sans cesse, tout.

Maintenant, la fleur jaune est devant moi, prête à faner dans son vase ténébreux, au milieu de celles en plastique que tu m’avais offertes en symbole synonyme de notre amour, soi-disant éternel. Tu sais, c’est bien elle la plus belle, elle que je n’avais pas arrachée, seulement cueillie ; c’est elle qui, là, m’inspire et m’aide à aligner les lettres aisément, elle encore dont la vénusté mériterait d’être immortalisée dans le plus illustre des musées. Pour elle, j’ai décidé une dernière fois de croire en l’amour, de suivre mes principes sans doute obsolètes ; ensuite jamais plus, tu entends, jamais plus je ne t’embêterais, jamais plus je ne dérangerais sa mort, enfin vous vivrez tous deux tranquillement car plus une goutte d’eau ne fera déborder le vase où l’excès d’artifice a pendant trop de temps dérangé la véritable beauté. Alors, quand j’aurai peint la fleur jaune sur le fond rouge de notre passion souillée par l’impureté, quand j’aurai jeté les autres pour qu’elles te br!
 isent le crâne comme une seule aura brisé mon cœur, quand il ne restera de nous que le noir de ses étamines, le sang sur ses pétales, tu pourras le rejoindre, et je m’en irai, libéré.


13.    Photographie de Jean-Michel Fauquet fauq (7)


Destinée

 Dès le premier regard, pas même toute la force de ma volonté ne peut m'empêcher de river mon regard vers ce centre flashant, ce blanc qui illumine cette photo, pourtant toute obscurcie par cette terrifiante ombre, due à l'heure tardive, le réglage de l'appareil ou le révelateur utilisé. Le contraste, tout est là. C'est lui l'objet de la photo. C'est lui qui fait la photo. J'oserais même que c'est la photo, le motif n'est rien. Tout est blanc ou noir. Il n'y a pas de nuance. Pas de juste mileu, c'est le Bien et le Mal. La Pureté et la Haine. Tous les extrêmes réunis en deux couleurs parfaitement contraires et qui pourtant forment l'essence de la nature. Ces deux couleurs sont la réalité, les autres ne sont que des artifices destinées à masquer la vérité. Tout est proposé dans cette oeuvre, tout est séparé en deux paroxysmes. Un centre blanc. Une auréole noire. Deux côtés éblouis par la blancheur, un plafond et un sol sombres. C'est l'égalité, l'équilibre suprême, l'harmonie.!
  Même les dalles n'échappent pas à ce sort. Les unes auront droit au lait, les autres au chocolat.

Pourquoi pas de consensus ? Pourquoi m'impose-t-on deux choses aussi éloignées l'une de l'autre que le Pôle nord et le Pôle sud ? Et pourquoi ces deux escaliers qui partent chacun d'un côté ? Je ne peux pas aller tout droit, il y a un mur. Je dois donc choisir une voie, des marches, qui me mèneront à un lieu ou un temps, une fonction ou un état incertains. Au delà de références politiques finalement pas si distinctes l'une de l'autre, je vois là un véritable choix, une destinée, un avenir, un pas vers le futur, sur lequel on ne peut revenir en arrière. Je vois une étape, une porte, un tremplin, un moyen de locomotion, une catapulte ou un tuyau aspirant. Tout ce qui me manque est un lampadère, pour faire un peu de lumière sur tout ça.

Que pourrait signifier cette mise en scène ? Ce lieu est inhabituel. Mediéval, obscur, indistinct, flou, dégageant une aura de mystère. Personne ne déciderait de se rendre dans un pareil lieu, à moins que ce soit pour effectuer quelque rituel bizarre. Ce qui n'est pas mon cas. Je préfère savoir où je vais. Et je me retrouve là, devant un mur, avec pour seul échappatoire deux escaliers qui ne me disent rien qui vaillent. Dois-je prendre une décision ?A l'aube de mes seize ans, j'ai déjà du mal à me repérer dans un monde pourtant éclairé par les médias, les livres, les journaux. Eclairage manipulé, certes, mais qui donne au moins une réponse, aussi fausse soit-elle. Quel choix ais-je à faire. Mon avenir ? Je le croyais déjà tracé, je pensais qu'il s'écrivait tout seul, sans aide. Un personnage de Sartre, Lucien Fleurier, disait qu'il faut se chercher dans le regard des autres, non pas en soi-même. J'ai suivi son conseil, j'ai cherché la direction dans laquelle les autres me v!
 oyaient aller. Mais me voilà piégé. Seul face à mon subconscient, me voilà forcé de décider moi même, je ne peux plus me laisser porter par le hasard ou la chance. C'est mon ego face à mon moi. Et ces couleurs muette qui pourtant veulent en dire beaucoup, je suppose. Dans la vie, tout est blanc ou noir, c'est ça ? Qu'est-ce que cela pourrait vouloir dire ? Le blanc pourrait être synonyme de pureté, de bonté, peut-être même de bonheur. Pourtant je pensais que la meilleure façon de se priver de son bonheur était de se torturer à force de questions. La seule façon d'être calme, c'est de ne pas savoir pourquoi on est là. Il suffit de cultiver son jardin, comme dirait Voltaire. Et le noir, que vient-il faire là, lui ? C'est lui le malheur, la guerre, le crime, les morts, l'oppreseur, tout ces maux de la Terre ? Je l'imaginais plus terrifiant. Comme quoi il peut revêtir n'importe quelle forme. "La violence la plus pernicieuse est celle qui est cachée" écrivait Jean-Marie Domenach!
 .
Ca y est, j'ai fait mon choix. Je vais fuir ce lieu. Je vais me retrouver à l'air libre, là où ma volonté a tout les pouvoirs. Je vais prendre sur moi mes choix, je vais les assumer, mais jamais je ne permettrais qu'on les pose devant moi. Je rêverais de mon avenir, sans qu'on me force à le choisir. Et mes actes décideront de ce que j'ai voulu.

 

14.    Photographie de Jean-Michel Fauquet  fauq (11)

 

 A première vue, on pourrait penser que c’est le vent. Détrompez-vous, il n’en est rien.
Ces silhouettes d’ébène, qui se détachent sur cette ligne d’horizon si trouble…
Cette étendue de sable, si vaste, dont moi seul sait que chaque grain, chaque particule de sable correspond à toutes les vies, toutes les âmes qu’elles ont emporté.
Qui sont-elles ? Azraël décliné au plus beau des sexes, responsables du trépas, leur venue déclenche malheurs et torrents de larmes.
Amies fidèles des Trois Parques, elles permettent à  Clothos et Lachésis de filer et tourner le fuseau de nos vies, puis s’allient à Atropos afin que leur appartiennent les fils coupés.
De ces fils, de ces âmes, elles sont ensuite maîtresses, et, à leur gré, torturent ces esprits, ne leur laissant une seule minute de répit…
Ces âmes, ont-elles méritées cette souffrance éternelle ?
On pourrait penser que oui, pour justifier un tant soit peu ces actes de cruauté, mais je sais que non, je le sais, tout comme je sais également que je suis une des seules personnes à connaître leur existence, une des seules personnes qui ne connaîtra jamais la quiétude, aussi bien sur Terre qu’entre leurs mains…
Affligées de tourments éternels, ces spectres se vengent de coups immatériels et hurlent de leurs voix aphones…
On pourrait penser que c’est le vent. Détrompez-vous, il n’en est rien.

15.    E.Detaille, Le rêve ORSAY 18


Ce tableau est très symbolique. À première vue, je ne l’ai pas compris, c’est pourquoi il m’a énormément intriguée.
J’ai observé l’œuvre plus en détails et j’ai réalisé que les personnages, des soldats allongés sur le sol, semblent dormir. Dans le ciel, parmi les nuages, on entrevoit des silhouettes formant une sorte d’armée et brandissant des drapeaux. Cette scène évoque le rêve des soldats : une bataille victorieuse. Les images dans les nuages représentent l’espoir d’une victoire qui n’a pas lieu sur terre, celle dont rêvent ces soldats blessés par de nombreuses défaites. Les fusils, impeccablement rangés en faisceaux sont la preuve que, malgré tout, ils sont prêts pour la bataille,… la revanche ?
Tandis que les couleurs sombres et les tons froids semblent dominer, à l’horizon le soleil se lève et diffuse de légers rayons très pâles qui, dans le calme de la nuit, s’opposent à la violence du rêve guerrier et annoncent, peut-être, un jour plus heureux.
Oui, cette peinture est surprenante car, bien qu’elle représente la guerre, elle est bizarrement baignée de sérénité.

 

16.    Jacques-Louis David Les Sabines Louvre (18)

 Comme tout âme errante qui se respecte, j'errais. Depuis maintenant quelques temps j'avais pris la lugubre habitude de traîner dans des endroits plus sombres les uns que les autres. C'était un doux soir de juillet 1794 lorsque je me décida a entrer dans les cachots du palais du Luxembourg par la petite porte. Croyez moi j'en ai entendu des lamentations ... mais il y a lamentations et Lamentations. Et en l'occurrence c'est la deuxième qui m'interpella. L'homme ne disait rien ou plutôt ne parlait pas. Car il ne fallait pas être dupe pour voir que cet homme pleurait. Il pleurait ces larmes qui ne coulent qu'à l'intérieur de nous-même. Emprisonné et délaissé de son aimante pour ses idées.Bon il est vrai qu'il n'y allait pas de main morte sur les idées qui consistaient en une seule et même chose : la mort du roi. Mais il n'empêche que cet homme avait des raisons de souffrir.
Et c'est la que moi, Romulus , j'interviens.
Un courant d'air, une idée s'envole puis se repose sur l'épaule de ce pauvre bougre. Aucune réaction. C'est alors que l'improbable se produit , son amante ayant appris sa condamnation vint lui rendre une visite pour lui faire part de ses sentiments toujours aussi fort envers lui , malgré sa fâcheuse habitude de se mettre dans des situations impossibles. Sitôt après son départ, devinez quoi , je réitère ma tentative , et les yeux brillants de l'homme se mettent à scintiller.
" Mais bon sang mais c'est bien sur ! " s'écria t'il en se tapant la paume sur le front comme si c'était l'évidence même.
Ah je vois que vous vous impatientez de mon idée. C'est simple, ayant derrière moi des siecles d'experiences , j'ai appris que le pardon étaient la meilleure solution a tout problème. Et quoi de plus normal pour un peintre que de faire un tableau ? Donc nous disons du pardon et un tableau.
Voila comment naquit le projet que je n'esperais plus. Mais je crois qu'un petit rappel historique ne vous ferait pas de mal. De mon vivant j'ai fondé Rome (entres autres) et j'ai enlevé les jeunes filles d'une ville voisine pour que florissent la mienne. C'est alors que , incomprehensiblement , les hommes de la ville avorté se revoltent et viennent chercher leurs "filles". Nos deux armées commençaient déjà a s'empoigner lorsque nos femmes ou leurs "filles" s'interposèrent entre elles, formant ainsi une frontière infranchissable. Ce geste est depuis resté un symbole dans l'histoire de la paix.
De longues nuits a tanner Jacques louis David aboutirent finalement a ce thème apaisant et symbolique de la concorde et du pardon entre frères ennemis qui sera la note majeur de notre oeuvre futur. Si mes souvenirs sont bons , l'harcèlement sur les mortels n'etait pas encore passible d'un passage au tribunal mené de main de maître par l'archange St Gabriel et ses confrères. Alors jene me privai pas.
Le reste fut un jeu d'enfant. A sa sortie de prison, quelques années plus tard, sous le directoire , je n'avais plus qu'a le forcer a peaufiner mes petites fesses et le tour était joué. Il est vrai qu'avec le recul, le talent de ce petit ex-mortel ne laisse pas indifférent. Voyez ma pose, ce levé de javelot , cette tenue du bouclier , ce port du casque ( qui devint obligatoire par la suite ) ... Et ma femme n'est elle pas magnifique ? traversant le champ de bataille comme elle traverse le temps ! Un modèle pour la femme d'aujourd'hui, de demain et d'après demain même.
Enfin content de mon oeuvre , à mon gout un peu trop passé sous silence au profit de Jacques louis , j'abandonnais ce dernier a son petit bonhomme de chemin.
Quelques années mortels plus tard ( tout est relatif , voyez vous ) ce tableau fit un grand plouf dans la mare artistique , jusqu' alors figé. Jacques louis fut qualifié de messie et je commencai le recueil de mes mémoires. Ca me fait penser qu'il faudra que je tire mon chapeau a mon ancien interprète mortel si jamais je le croise un jour entre ciel et terre. Mes fesses lui doivent bien ça.
                                                                                                         Memoires de Romulus ,
                                                                                                         Livre VI , Arcane 2

 

17.    photographie de Constance Griffon Du Bellay constance(5)

Un dernier regard vers la porte de fer forgé, et les chrysanthèmes derrière les hauts murs, les yeux me piquent, je L'ai abandonnée...
 Je Lui avais pourtant promis de L'emmener voir les rives de la Volga. Elles sont aussi belles que celles de la Seine. C'est ce que je Lui avais dit, en descendant de l'avion à Orly.
  Tiens, la Seine, te voilà. Tu fuis, empressée de retrouver la mer, liée à elle. C'est Elle qui a raison, il est si fort, ce lien! Qu'est ce qui peut l'altérer ? Rien... Si peut-être, il y a une chose qui peut me la faire perdre, me rendre orpheline.
  56, 57, rue Mademoiselle... Où suis-je? Je ne peux pas être déjà là! Je viens à peine de la quitter, Elle est restée la-bas, je referme la porte que j'avais ouverte, machinalement, inconsciemment, quelques secondes plus tôt, l'appareil cogne contre la clenche.
   Un rapide demi tour, je cours à perdre haleine, de grosses larmes coulent de mes yeux. Je regrette, je veux Lui dire adieu, je veux Lui dire que je L'aime, que la Seine est plus belle que la Volga parce qu'Elle est là, parce qu'Elle était là, et que pour moi, je La verrai toujours lumineuse dans les reflets de l'eau, sur le miroir accidenté que présente la surface trouble du fleuve...
 Un éclair de lumière jaillit, j'entends le déclic qui informe que la pellicule s'enroule : la photo est prise. Des petites vagues nées du passage de la péniche, Maman, blanche, lumineuse, dans les reflets ,figées sur le chlorure d'argent.
 Je reprends ma course, l'enterrement va bientôt se terminer...


18.    Caspar-David Friedrich L’Arbre aux corbeaux Louvre (24)

 

J’y suis encore. Comme toujours. Ce même arbre, cette même branche. Je suis né dessus, j’y mourrai probablement.
Cet arbre est comme mon arbre généalogique, à chaque branche, un membre de ma famille.
Mon frère y est aussi, sur le rameau voisin.
Nous sommes des corbeaux sur un arbre, cela a toujours été et sera toujours ainsi.
Nous l’aimons notre arbre avec ses longs doigts frêles, il donne l’impression d’essayer vainement de s’accrocher au peu de vie qui lui reste.
Une aube orangée caresse l’horizon en commençant à répandre une douce chaleur estivale.
C’est alors que je le vis : un point noir à l’horizon s’avançant vers nous.
Je ne voulais pas le voir venir, s’approcher et déplier son chevalet, venant aussi troubler notre solitude.
Mais c’est peut-être ce qu’il cherche, la solitude.
Pourtant, il ne peint pas, il regarde, il observe, il analyse.
Cette présence humaine, venue pour ne rien faire, trouble la plupart d’entre nous.
D’ailleurs ils ne sont plus là, ils ont déjà pris leur envol vers un autre arbre plus reculé, plus tranquille.
Je me sens triste, car je sais qu’ils ne reviendront pas.
Voilà que je me mets à détester Caspar David Friedrich, ce peintre qui ne peint pas et qui nous chasse sans le savoir.
Mais pourtant je ne m’en vais pas, je reste sur ma branche et je le regarde.
Je veux voir ce qu’il va faire.
D’autres sont restés, le scrutant de leurs yeux noirs. Enfin, il prend un pinceau, de la couleur et il peint, et moi, je le regarde. Le bruit du pinceau qui glisse sur la toile me donne des frissons.
Il peint, il peint. Je hais cette attente interminable, je n’en puis plus. Je bats des ailes, je veux voir et je vois.
Je vois ma colère, ma tristesse et mon attente, je vois cela sur le tableau, sur la toile, sur l’œuvre. Quand je vois un tel talent, une telle beauté je m’envole loin, loin. Je veux oublier que j’ai détesté cet homme, cet artiste.
Oui je regrette…

 

19.     Vincent Van Gogh 1853-1890 La Méridienne ou La Sieste (d'après Millet) ORSAY23

Un jour nouveau se lève sur Saint-Rémy, encore plus beau que les précédents.
J’ai eu des difficultés à trouver le sommeil cette nuit car beaucoup d’idées m’ont traversé l’esprit.
Hier, j’ai été fasciné par la qualité de la lumière et l’ardente beauté des paysages que j’ai découverts en me promenant dans la campagne environnante.
Assis sur mon lit, je contemple sur ce mur une des toiles de Jean-François Millet.  J’aime le naturalisme de ce tableau.  Millet est un de mes modèles.  J’aimerais beaucoup peindre comme lui et plus les jours avancent, plus je me sens inspiré et la joie m’envahit!
C’est moi qui ai désiré venir dans cet hôpital, et je me sens bien ici.
C’est cet endroit que je recherchais depuis toujours. Le personnel et les religieuses sont très agréables.
 Mon inspiration renaît depuis mon arrivée, je trouve une ambiance sereine, tout ce qu’il me fallait !!!
Aujourd’hui est une magnifique journée.
 Il faut que je sorte… Que mes yeux captent la lumière de ce soleil si rayonnant, que mon corps s’imprègne de cette vie paisible des gens de la campagne. Je prend mon chevalet, mes couleurs et je pars me promener.
Cette admiration pour ce décor baigné de soleil et de chaleur ne fait qu’augmenter, cette journée promet d’être longue.
Heureusement, j’ai emporté mon chapeau de paille car le soleil sera d’autant plus présent.
J’ai enfin trouvé mon endroit.
Je me suis installé non loin d’un champ, à l’ombre, et j’ai vu ce qu’avait si bien dessiné Millet, je trouve la même inspiration que lui.
Pas un seul nuage dans ce ciel si bleu, un homme et une femme dorment côte à côte, adossés à une meule de foin, profitant de ce beau temps pour faire une pause et abandonner leurs faucilles.
L’homme a le visage couvert de son chapeau pour se protéger de la luminosité; quant à la femme, elle porte un foulard.  Tous deux portent des vêtements de toile bleu-violet. La chaleur est toujours aussi accablante.  Au loin, une charrette attend d’être chargée.  Un bœuf au pelage clair broute dans le champ.
Le travail est loin d’être terminé, l’autre partie du champ doit être fauchée.  A la vue de cet endroit magnifique, je comprends la quiétude qui règne ici et je sais que j’aurai bien d’autres moments de ma vie à figer sur des toiles.  Je n’ai plus de temps à perdre, j’ai donc décidé de reproduire cette scène en exprimant par des couleurs fortes le bleu du ciel avec le jaune âcre des meules de foin…  Le résultat est époustouflant et donne naissance à une de mes nouvelles œuvres, La méridienne.

 

20.    Edouard Manet Olympia ORSAY9


En 1863, Manet exposa son célèbre Déjeuner sur l’herbe au salon des refusés, nouveau lieu  d’exploitation inauguré par Napoléon III et accueillant, à la demande des artistes, les œuvres rejetées au salon officiel. La toile de Manet, qui représente une jeune femme nue assise entourée de deux hommes en costume dans un décor champêtre, attira immédiatement l’attention du public. Mais elle fut  violemment attaquée par les critiques.
Lui, le dandy sensible, raffiné, fut traité de révolté et de peintre des immondices.
Il ne comprend pas et désespère. C’ est alors qu’il s’inspire de la Vénus d’Urbino de Tiken  pour peindre L’Olympia. Il me choisit, moi,  comme modèle.
Me voila à nouveau dans l’atelier de mon peintre. Je vais pouvoir encore laisser libre cours à mes pensées. C’est fou ce que l’immobilité que Manet m’impose est propice à laisser vagabonder mon esprit. C’est flatteur d’être choisie par un peintre qui suscite autant l’intérêt du public.
Qu’on aime ou que l’on déteste, la peinture de Manet ne laisse pas indifférent. Les critiques vont s’emballer… et l’on parlera aussi de moi.
Je me demande ce chat noir, qui symbolise l’infidélité, est-ce une bonne idée ? Est-ce que cela n’accentue pas plus le côté immoral du sujet ? Et le sujet, c’est moi ! Que vont penser les gens de moi ? Bien sûr, ils vont me reconnaître. Vont-ils alors m’assimiler au personnage du tableau ? Ma réputation n’est-elle pas en danger ? D’un autre côté, un jour mon peintre sera célèbre, reconnu, adulé peut-être, copié sûrement…et ce sera sans doute grâce à ce tableau, grâce à moi…On dira « c’est sa muse », sans elle, il n’aurait pas été célèbre, il n’aurait pas pu peindre de telles merveilles ! C’est vrai que j’adore ce qu’il fait, mon peintre ! Regardez cette lumière, cette grâce ! Ses tableaux vibrent, sont vivants, pleins de sensualité. Il  a une façon tellement personnelle de voir les choses, tellement sensible. Moi, je peux l’observer durant son travail. Il a une façon très particulière de me regarder. Que voit-il ? Voit-il un corps nu, désirable peut-être ou simplement un ense
 mble de lignes et de volumes ? Suis-je une femme nue ? Suis-je simplement un objet, un prétexte pour jouer avec des formes ? Voit-il la douceur, la sensualité de ma peau ou suis-je un exercice subtil, une palette de couleurs ? Je devrais lui poser la question…Un jour sans doute, le ferai-je.
La lumière change, les ombres s’allongent, mes membres s’engourdissent et j’ai froid. C’est vrai qu’il ne fait pas chaud ici. Il est temps d’arrêter de poser.
Demain, je reviendrai et je confierai à nouveau mon corps et mon visage au regard du maître, à la virtuosité de ses mains et à la douceur de ses pinceaux.
Une fois la peinture finie, je figure une femme nue, au ventre jaune, allongée avec indifférence dans le luxe et dans la fraîcheur, contrastant avec le chat noir et la servante noire qui m’apporte le bouquet de fleurs d’un de mes admirateurs. L’ œuvre sera acceptée au salon en 1865 mais il faudra assurer en permanence une surveillance pour préserver la toile de l’agressivité du public, choqué par ma nudité. Je savais que cette toile allait être critiquée…
L’ académisme ne représente pas un idéal pour Manet mais il essaie de concilier construction plastique et sensation visuelle. Pour lui, un tableau n’est pas une reproduction fidèle et réaliste d’une scène mais l’expression d’une sensation visuelle directe, vivante. C’est cette sensation que les gens ne comprennent pas, ils sont choqués par la manière dont peint Manet. Moi, je le comprends, je ressens cette sensation tout à fait nouvelle dans l’art de peindre… 


21.    DAVID La mort de Marat louvre (17)


Bonjour je m’appelle Jean-Loup David. Eh oui ! Je suis l’arrière-arrière-arrière-petit-fils du grand peintre Jacques-Louis David, porté à la gloire par la révolution et Napoléon qui en a fait un de ses peintres officiels.
Je suis metteur en scène pour le cinéma et la télévision. Aujourd’hui, nous tournons la scène de la mort de Marat, grand révolutionnaire devant l’Eternel et ci-devant journaliste pamphlétaire à  l’Ami du peuple.
Malgré tout le respect que je lui dois, Marat avait beaucoup de sang sur les mains, même si c’était, dit-on, pour la bonne cause ! Néanmoins, son assassinat dans sa baignoire par cette exaltée de Charlotte Corday l’a consacré héros martyr de la révolution.
Mon aïeul a mis en œuvre toute sa technique et son génie de peintre pour nous amener à cette vision des choses. Le réalisme de son œuvre, mais aussi sa mise en scène parfaite étaient à vrai dire des choses nouvelles pour l’époque : un fait divers est ainsi transformé par la grâce du tableau et le génie de son créateur en un instrument de propagande et de gloire posthume.
Je vais donc m’efforcer de marcher sur les pas de mon aïeul et de vous restituer la scène dans l’ambiance qu’il a lui-même voulue.
Jean Paul Mara, mon comédien, se place dans la baignoire sabot. Il tient à la main droite une plume d’oie, une autre de rechange est posée à côté de l’encrier juché sur une simple caisse de bois. Une planche recouverte d’un drap vert permet à ce bourreau de travail d’écrire ses articles enflammés appelant à la révolution et à la terreur. Je demande que l’éclairage soit disposé de telle façon que le visage et le buste du comédien soient éclairés au maximum, faisant ressortir la pâleur de sa peau. Sa tête est entourée d’un bandeau blanc, accentuant plus encore la lividité et le pathétique de son visage.
Le décor de fond est  assombri  pour augmenter les contrastes. La maquilleuse a bien fait son travail : une tache de sang écarlate envahit le haut du torse de Jean-Paul et le drap blanc qui recouvre la tête de la baignoire, préfiguration du linceul, est éclaboussé de rouge.
L’accessoiriste pose l’instrument du crime : un long couteau maculé de sang à l’aplomb du corps.
Jean-Paul incline son torse ensanglanté en dehors de la baignoire, laisse pendre son bras droit avec la plume à écrire, prolongeant miraculeusement l’index. La main gauche de cet ami du peuple tient toujours son dernier écrit qui, gloire et revanche ultime, passera à tout jamais à la postérité.
« Jean-Paul, c’est très bien. Ne bouge pas ». -  Action –


22.    Eugène Delacroix Jeune orpheline au cimetière 1824 louvre (4)

 

Chaque nuit, je me réveillais en criant « Maman , Papa »  mais personne ne venait. Ils sont morts. Ils ont péri dans un incendie dont on ignore la cause. Notre maison avait également brûlé. Il ne restait plus rien, que moi et les légumes que mon père m’avait chargé d’aller chercher chez le marchand.
Ça s’était passé deux ans auparavant. J’ai été recueillie par des nobles, très généreux, que j’aime, mais ils ne remplaceront jamais mes parents.
Mes parents étaient bourgeois. Ils aimaient tout le monde et étaient aimés en retour. Mon père était grand, blond aux yeux bleus. Il rendait des services à tout le monde, c’était un pasteur. Ma mère était assez petite, mince et avait des cheveux bruns comme ses yeux. Je lui ressemblais beaucoup. Elle s’occupait toujours de moi avec soin, de jour comme de nuit. C’était la meilleure mère du monde. Tout le monde les connaissait, les aimait mais les avait vite oubliés. J’étais leur priorité, leur fille qu’ils aimaient tant et qui les aimait en retour, pas comme de « vulgaires parents » mais comme des êtres extraordinaires dont je ne pouvais me passer.
Malheureusement, voici deux ans aujourd’hui qu’ils sont morts.
Comme chaque semaine, je vais aller sur leur tombe leur porter des fleurs. En entrant au cimetière, je regardais les tombes, les nouvelles tombes, les nouveaux morts. Et je sais que je ne suis pas seule à avoir été abandonnée.
Voilà, je suis sur la tombe de mes parents, une petite tombe modeste comme toutes les autres. Aucune fleur n’y est déposée; ça me fend le cœur. J’ai placé les miennes et leur ai donné à boire. J’aime voir des fleurs posées sur leur tombe. Ça prouve qu’ils sont toujours aimés, regrettés. Je me suis mise sur un genou et j’ai prié pour qu’ils reviennent car toute ma vie me semble inutile sans eux. J’ai 18 ans et je suis orpheline, ne suis plus aimée et je me sens terriblement seule. Puis, j’ai à nouveau prié pour les récupérer ou pour retourner en arrière pour les sauver, empêcher cet incendie meurtrier.
Quelques instants plus tard, une femme est entrée dans le cimetière et le temps s’est assombri. Elle portait une longue robe noire et un chapeau noir ainsi qu’un voile qui couvrait son visage. Elle venait dans ma direction, à petits pas. J’ai essayé de l’ignorer mais elle m’intriguait. Elle se rapprochait ; j’avais peur. Elle s’arrêta à côté de moi. Je la regardai avec angoisse enlever son chapeau. Elle releva la tête et elle dit : « Maman est là ». Etait-ce bien elle, ma mère qui est morte ? C’est impossible ; pourtant, c’est elle J’étais paralysée. Ce moment restera immortalisé à jamais.
« Maman chérie, pourquoi m’as-tu abandonnée ? ».
A ce moment précis, je sentais que nous n’étions pas seules, ma mère et moi, que quelqu’un nous observait depuis le début et pourtant je ne voyais personne. Mais je ne m’en préoccupais pas trop car j’étais si heure de retrouver ma mère et de la serrer contre moi.
Nous sommes allées chez moi pour rattraper les deux ans que nous avions perdus. Je lui ai demandé pourquoi elle m’avait abandonnée ? Mais elle ne répondait pas. Cela n’a pas été facile pour elle non plus !
Un an est passé et ma mère et moi ne nous somme plus jamais quittées. Aujourd’hui, nous sommes allées passer notre après-midi au salon de 1824 à Paris pour admirer des œuvres d’art, surtout La bataille de Scio  d’un nouvel artiste peintre, Eugène Delacroix. A notre arrivée, nous nous sommes précipitées devant cette peinture. Elle était magnifique. On pouvait observer chaque détail. Puis ma mère m’a interpellée pour me montrer une autre œuvre de Delacroix.
Ma mère ne bougeait plus. Je suis donc allée voir. Je lus le titre   Jeune orpheline au cimetière , puis relevai la tête. La fille sur la peinture, c’était moi :je suis une œuvre d’art !


23.    Caspar-David Friedrich L’arbre aux corbeaux  louvre (24)

 

Cela faisait maintenant 37 ans, oui, 37 ans que j’avais perdu les trois personnes qui comptaient le plus pour moi, alors que je n’avais que 11 ans. Elisabeth, Christoffer, Maria, j’espérai vous rejoindre vite car la souffrance de ne plus vous voir m’accablait.

Cela faisait déjà plusieurs jours que j’admirais cet arbre. A chaque fois que je revenais, un corbeau de plus s’y trouvait. Cet étrange arbre semblait incroyablement attiré vers le sud, malgré le vent tiède qui le poussait irrémédiablement dans l’autre direction. Ce qui me semblait un peu « surnaturel ». C’était le ciel, il était tellement sombre qu’on n’y voyait presque pas la différence entre le jour et la nuit.

Je fus déçu ne pouvoir retourner pendant quelques jours voir cet arbre par la faute d’un vilain rhume, alors que plus ou moins 16 corbeaux s’y trouvaient. Lorsque j’y retournai, il y avait 17 corbeaux, comme s’ils avaient attendu mon retour. Trois jours plus tard, alors que je me décidais à immortaliser ce paysage, le soleil m’éblouit presque, avec de magnifiques couleurs rouge et orange, comme si le ciel voulait être à jamais inscrit sur ma toile sous son plus beau jour.

Après que je l’eusse peint, il redevint sombre, sans étoiles, laissant debout cet arbre.

Le lendemain, le ciel était toujours aussi sombre et je peignis cet arbre noir sur le ciel rouge, comme s’il cachait sous ses branches un secret qui ne devait jamais être découvert.

Le jour suivant, alors que j’avais commencé à peindre quelques-uns des corbeaux qui se trouvaient sur les branches, ils s’envolèrent tous vers le soleil couchant et j’eus juste le temps d’en copier l’un ou l’autre, avant qu’ils n’aient disparu derrière la ligne d’horizon.

Alors que j’avais laissé reposer plusieurs jours la toile chez moi, sans parvenir à lui trouver un nom, je finis par lui donner le titre le plus évident : « L’arbre aux corbeaux

 

24.    Claude Gellée, dit Le Lorrain Port de mer, effet de brume louvre54

Ca y est, c’est l’aube, un navire arrive, accoste et décharge ses marchandises. Depuis la nuit, nous attendions l’arrivée de celui-ci. Déjà des embarcations abordaient le navire. Sur le quai, je montai  dans une de celles-ci.
Il fallait se dépêcher, fuir cette ville.

Tout commença lorsqu’ un soir, le gardien qui s’occupait de la nourriture dans la prison eut un malaise. Profitant de l’aubaine, un détenu, en quête de liberté, s’empara du trousseau de clés. Ayant le sens de la fraternité, il commença à ouvrir toutes les cellules.
C’était une véritable chance pour moi qui normalement devais rester toute ma vie dans ce cachot.De nombreux détenus couraient comme moi vers la sortie.

A ce moment de la journée, peu de gardiens étaient de service, ce qui facilita la fuite.
Nous atteignions la sortie quand l’alerte fut donnée. Déjà certains fuyards furent remis à leur place.Quant à moi, je sortais de cette prison.
La seule issue pour nous, c’était de quitter la ville et le meilleur moyen, c’était par la mer.
C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés sur les quais. Les circonstances ont fait qu’il n’y avait pas de navire.Je me suis donc caché avec d’autres détenus.
Déjà, certains gardiens s’étaient résignés. Cependant, aucun n’avait pensé chercher du côté du port.La nuit tombait. Malgré la fatigue, je luttais pour rester éveillé. Cette nuit fut interminable et finalement je me suis endormi.
A l’aube, je fus réveillé par des cris.

C’est là que commence mon histoire. Avec quelques détenus rescapés, je courus vers de petites embarcations.
Dans la ville, on n’entendait plus rien. Tous les gardiens avaient arrêté les recherches.
Nous ramions vers le bateau.

Bientôt, nous arrivâmes aux abords du navire qui s’apprêtait à reprendre la mer.
A son bord, les marins nous accueillirent chaleureusement. Déjà les derniers détenus embarquaient à bord et le bateau s’éloigna.

Personne ne s’était rendu compte de rien. Il n’y avait aucune âme pour décrire la scène... 
du moins je le croyais.
Quelques années plus tard, alors que je me rendais chez un ami, je vis sur un trottoir un peintre vendant ses œuvres.
Je fus attiré par l’une d’entre elles. Elle ressemblait étrangement à ma fuite sur le bateau qui m’avait conduit vers la liberté.
Tout y était : les barques, le navire, je pus même m’y reconnaître.
Le peintre,  un dénommé Le Larrain me dit qu’il l’avait appelé Port de Mer Effet de Brume car, ce jour-là, s’étant levé de bonne heure pour immortaliser le lever de soleil avec sa palette de couleurs, le port était recouvert d’un fin et fragile manteau de brume.
 

25.    Série les demandeurs d’asile Photographie de  Véronique Vercheval V10

 

Sur cette photographie nous pouvons voir deux personnes : le personnage de droite est une petite fille noire qui se trouve dans un fauteuil roulant. Elle est handicapée, et pourtant elle est plutôt souriante. Le personnage de gauche est une femme qui doit avoir une quarantaine d'années et qui se tient à côté de la petite fille. Cette femme s'est agenouillée pour être au niveau de la petite fille, elle est souriante elle aussi. Elles se trouvent toutes les deux dans la nature, certainement dans un jardin ou dans un parc, car on peut apercevoir de la verdure et des arbres à l'arrière-plan.
On peut constater qu'il y a un contraste de couleurs de peau, car la femme est blanche et la petite fille est noire. On peut penser que la petite fille vient d'Afrique et qu'elle est venue en Europe pour se faire soigner, car ce continent a plus de moyens médicaux que celui d'où elle vient. Le photographe a sûrement voulu dire qu'il faut venir en aide aux plus démunis qui ont dans leurs pays des moyens médicaux et économiques faibles. C'est exactement ce qu'a dû faire cette femme pour la petite fille.
Nous pensons que le photographe qui a pris cette photographie ressentait de la pitié envers cette petite fille qui ne peut malheureusement plus marcher. Mais pourtant cette petite fille garde le sourire et elle semble, malgré son handicap, heureuse. La femme à ses côtés ressent peut-être, au plus profond d'elle, une déchirure et se demande : pourquoi cette petite fille ? Même si cette femme semble le cacher par son sourire.
- On peut voir que la femme est positionnée de trois quarts tandis que la petite fille est de face.
- Il s'agit d'un plan américain.
- Le premier plan est clair, tandis que l'arrière-plan est plutôt flou.
- Le point le plus fort est le contraste entre la couleur de la peau des deux personnages ( blanche et noire).
- Les lignes de forces sont courbes ce qui évoque la douceur, le calme et l'harmonie.
- Le point de fuite est à l'intérieur du cadre, il est au niveau de la petite fille, qui attire le regard en premier grâce surtout à la couleur blanche de sa robe.  

26.    Image de Claude Lévêque extraite de "Appartement occupé LEV10


 Sur cette photo, nous pouvons voir un jeune garçon, seul dans la rue faisant un geste de défiance. Ce garçon se situe au premier plan et donc attire notre regard. Cet enfant est vêtu d'un t-shirt blanc dans une rue très sombre.
Il en résulte un contraste frappant. Il y a une autre antithèse, entre le sourire de l'enfant et son geste, ainsi que l'inscription pas très visible sur son t-shirt que nous pouvons deviner ("WAR"= guerre).
Nous ne pouvons pas qualifier ce geste comme un geste de violence mais un geste pour faire le "grand" devant l'objectif.
Nous pouvons aussi dire que cet enfant en faisant cette ânerie n'est pas un "gosse" timide, mais plutôt ouvert, nous voulons dire par là, qu'il est prêt à tout.
Nous pensons que pour l'occasion le photographe lui a demandé de faire ce geste, car généralement aucun jeune de son âge ne réagit comme ça devant un appareil photo et, par hasard, il avait ce t-shirt sur lui au moment de la prise.
L'artiste pour réaliser cette photo a utilisé un angle de face pour montrer que le personnage s'adresse directement au spectateur, celui-ci peut se sentir agressé. Il utilise aussi un plan rapproché qui accentue l'attitude du personnage. La netteté de cette image est floue, ce qui diminue l'agression du récepteur.

En nous mettant à la place du personnage, nous avons déduit une parole qui aurait pu être dite par l'enfant:
 "On dit que je suis méchant et que je fais des gestes de défiance, mais au fond je ne le pense pas vraiment, pour moi ce geste ne veut rien dire et ce n'est pas un doigt qui va déclarer une bagarre, une guerre, la fin du monde ! Vous avez vu mon beau t-shirt? je l'ai mis exprès pour la photo!"


27.    Photographie de  Véronique Vercheval V15

 Dans un premier temps, ce qui attire notre attention c'est le sourire de la fille.
La gaieté de ces jeunes palestiniennes est communicative. Leurs visages reflètent la joie. Les petites filles sont attirées par quelque chose ou plutôt quelqu'un: le photographe.
Dans un deuxième temps, leurs habits ressemblent à des uniformes, nous pouvons donc déduire qu'elles sont écolières. Les rayures de leurs vêtements font penser à des barreaux de prison. Elles semblent condamnées, elles ne peuvent pas fuir leur situation. Leur joie, leurs sourires nous laissent penser que le photographe est leur image de la liberté.
Nous pouvons donc en déduire qu'elles sont enfermées dans leur quotidien belliqueux. Le monde ne leur est donc pas ouvert.
La photo est prise en contre plongée. C'est un gros plan. Il y a beaucoup de courbes, synonymes de l'enfance et de l'insouciance. Le point de fuite est le spectateur lui-même. La main est le point fort, en effet elle occupe une bonne partie de la photographie.
HISTOIRE:
A notre sortie des classes, un étranger était là, immobile, vêtu d'une façon étrange.
Il portait à son cou un objet bizarre. Pensant qu'il s'agissait d'une arme à feu, nous nous tenions à l'écart. Nous l'observions attentivement n'esquissant aucun mouvement. Puis, lentement, il leva un appareil étrange au niveau de son œil. Une lumière soudaine nous aveugla. Rassurées, persuadées que nous ne courrions aucun danger, nous courûmes intriguées vers l'homme. Arrivées à sa hauteur, nous voulûmes toutes prendre cet appareil extraordinaire.

 

28.    Photographie de  Véronique Vercheval V15


On voit au premier plan une main, au second plan le visage d'une petite fille.
En arrière plan, une petite fille court en riant et d'autres mains font le geste de la paix.

"La scène" se passe en Palestine. On sait qu'il y a la guerre en Palestine, si les filles font le geste de la paix, c'est donc pour monter qu'elles la souhaitent. De plus, elles ont toutes la même tenue et sont toutes des filles, donc on peut en déduire qu'elles portent l'uniforme de l'école.
Bien que les petites sourient, on ressent la tristesse du photographe.

Le photographe a utilisé l'angle de vue de face pour nous montrer que les filles s'adressent directement à nous. Il a aussi utilisé le plan rapproché. Le photographe a placé son objectif en contre-plongée, car le regard de la petite fille est vers le haut, on a l'impression quelle veulent "s'échapper" vers l'objectif et nous montrer leurs gestes.
Le point de fuite est devant nous au niveau des petite filles. On ne peut pas "sortir" de l'image, on ne peut pas partir on ne voit que les petites filles.

En voyant cette personne avec un appareil photo je me précipite vers lui avec mes amies, pour lui montrer le signe de la paix, à laquelle je tiens tant. Mais aussi pour lui montrer notre joie pour la fin de la guerre, tout en criant : "Vive la paix!".

 

29.    Image de Claude Lévêque extraite de "Appartement occupé LEV10

Cette image représente un garçon assez jeune qui fait un geste obscène. Il y a une rue sombre derrière lui, avec des trottoirs et une route. Le garçon porte un tee-shirt  blanc avec un dessin dessus.
Il doit faire ce geste obscène car il  voulait sûrement faire son intéressant devant le photographe. Il a un rire moqueur. Le contraste de couleur entre la rue sombre (noir) et le tee-shirt du garçon (blanc) est frappant, ce tee-shirt met en valeur le personnage.
Le photographe a pris cette photo pour nous montrer l’insolence de ce garçon. On peut observer que ce garçon est  tout seul dans cette rue et qu’il n’a rien à faire là. Nous pensons que ce garçon est très insolent car il se croit peut être supérieur au photographe (en faisant ce geste). Il ne respecte pas le photographe.
C’est un plan rapproché : accent sur le portrait du garçon, sur son habillement.
Il est pris de face : le garçon s’adresse directement aux spectateurs (photographe).
Le premier plan est très net (le garçon), l’arrière plan est en profondeur (la rue).
Il est composé d’un point fort, le contraste de couleurs entre le personnage et la rue. Le garçon a un tee-shirt blanc et la rue est sombre. La ligne d’horizon est haute, d’horizon est ainsi bouché, étouffant, donc le personnage est mis encore en valeur.
Le photographe a pris le garçon en hauteur  pour montrer sa faiblesse,  donc le photographe est supérieur à l ‘enfant.

L’histoire :
Samedi, je me promenais dans la rue à côté de chez moi, pour aller voir mes copains. Il n’y avait personne, à part un mec bizarre, mal habillé, avec un appareil photo. Je ne voulais pas qu'il prenne ma photo, alors je lui ai dit d’aller voir ailleurs. Mais il insistait, alors je lui ai fait un doigt d’honneur et un beau sourire ! Je déteste les photos ! !

30.    Photographie de  Véronique Vercheval V15

 

- Nous apercevons des enfants qui portent un uniforme : les enfants font le signe de la victoire (le V), le visage souriant.
- Nous en déduisons que, puisqu'ils portent l'uniforme, ils doivent être dans une cour d'école en récréation. Et si ces enfants font le signe de la victoire, nous pouvons supposer que le pays est en difficulté (guerre, conflits…)
- Grâce à leur sourire, nous ressentons un sentiment de joie, de liberté : le photographe a sans doute voulu faire passer un message : malgré la peine qui règne autour d'eux, les enfants gardent le sourire et s'amusent, se sentant protégés par les murs de l'école.
- L'angle de vue est de trois quarts pour rendre l'image neutre, ce qui invite juste à regarder le bonheur qui se lit sur leurs visages.
- L'échelle des plans est rapprochée, ce qui accentue l'attitude de ces personnes. Donc ce plan met en valeur la course des enfants s'approchant du photographe.
- La profondeur du champ nous donne une vision floue : c'est donc la petite fille, nette sur l'image, au premier plan, qui est mise en évidence alors que l'arrière plan est flou.
- Les points forts sont le visage de la petite fille au premier plan et les mains s'approchant de l'objectif.
- Le mur situé au fond de la cour, en arrière plan sur l'image est la ligne de force de cette photo.
            On est mercredi, moi, je m'appelle Mona, j'ai sept ans. Hier, la maîtresse nous a annoncé une surprise : c'est pourquoi aujourd'hui, à la récréation, je m'agitais dans tout les sens, me demandant ce que cette surprise pouvait-elle être : qu'allait-il arriver ? Je savais déjà que ça allait être super ! Ça me ferait tellement du bien de rire un peu, surtout en sachant qu'en rentrant à la maison, tout serait encore triste. Mais, qu'est ce que je vois là-bas ? ! Tout le monde s'attroupe ! Vite, vite ! Dépêchons-nous… Oh ! Ce sont des journalistes français…

 

31.    Photographie de  Véronique Vercheval V14

 

Cette photo de la Palestine nous montre au 1er plan deux femmes heureuses, à l'arrière plan il y a des bâtiments détruits. Nous pouvons déduire que ces bâtiments ont du être détruits par la guerre et que ces deux femmes se retrouvent  auprès de leurs maisons.
Il y a une antithèse entre l'amour que dégagent ces femmes et les bâtiments détruits par la guerre. Nous trouvons que cette photo dégage de l'émotion, elle est émouvante, car nous sommes heureux de voir autant d'amour se dégager entre ces deux femmes, malgré sûrement ce qu'elles ont enduré, par rapport à la guerre et ses bombardements.
La photo à été prise en plongée, le photographe a essayé de s'éloigner des deux Palestiniennes pour les laisser tranquilles en cet instant de retrouvailles tout en les photographiant. Le point de fuite se retrouve juste au dessus de leur tête, ce qui donne plus d'importance aux deux femmes .

 

32.    Photographie de  Véronique Vercheval V15

Nous voyons la main d’une petite fille dans une rue palestinienne pleine d’autres enfants. On pense qu’elles brandissent le « V » de la victoire à cause des deux doigts levés. Ce geste nous permet d’en déduire qu’il s’agit d’un cessez-le-feu entre la Palestine et Israël. C’est une allégorie qui nous représente la victoire. En voyant cette image, nous ressentons des sentiments de joie, de paix et d’amour. En prenant cette photo, le photographe a du être séduit par le regard pétillant de cette petite mais surtout par son sourire radieux..
L’artiste a pris cette photo de façon à ce que l’on remarque en premier plan la main. L’angle de vue est en légère plongée et la main est en gros plan. Le premier plan nous apparaît très net , alors que le second est un peu flou. Ainsi, le photographe réussit à capter notre regard sur cette main et sur le visage de cette jeune fille qui sont s’ailleurs de couleur plus foncées que le fond. Ainsi, on fait moins attention au fond. Le point fort est devant nous, à l’intersection des deux doigts que l’artiste souhaite qu’on s’attarde. Les lignes horizontales des murs et des costumes des fillettes contrastent avec les doigts. Ces lignes de force, nous suggèrent l’immobilité, le calme, la profondeur pour les horizontales tandis que les verticales des doigts bloquent notre regard sur ce geste.
"Enfin, la paix qu’on attendait tous, la voilà ! Je suis tellement heureuse que je descends dans la rue et là, je retrouve tous les autres. On a envie de crier, de courir, de montrer au monde entier qu’ont est libérés. Maintenant, on va pouvoir jouer tranquillement dans la rue sans risquer de se prendre une balle perdue. Et quand on voit les photographes, on n’hésite pas, on fonce ! Je sais qu’ils sauront exprimer toute notre joie par une simple photo."


33.    Canaletto L’Entrée du Grand canal et l’église de la Salute Italie(7)

Venise 1740.

« Encore une petite touche de blanc ici,  et ce sera parfait ».
Quand je peins un nuage, ça me rappelle toujours mon père. Il était peintre de décors de théâtre dans la tradition baroque. La veille d’une grande représentation dans un théâtre réputé de Venise. Il amena sa toile pour la montrer au metteur en scène. C’était une peinture de ciel ensoleillé. J’avais dix ans et je me souviens que le metteur en scène n’avait pas apprécié la peinture et avait obligé mon père à la recommencer. Il trouvait les nuages trop clairs. Ce soir-là, j’étais en train de somnoler dans ma chambre et j’entendais mon père en bas dans l’atelier en train de pester contre le metteur en scène car il ne voyait pas comment faire pour colorer un nuage autrement. Un peu d’ombre par-ci, un peu de jaune par-là. L’heure tournait et la toile devait être peinte et sèche pour la veille. C’étaient de grandes toiles de cinq mètres sur trois. Pour pouvoir peindre à ces grandeurs, mon père avait fait construire un petit échafaudage. Je me le rappelle très bien puisque c’est sur
 cet échafaudage que j’ai joué toute mon enfance. Mon père y avait aménagé une balançoire. Cela lui permettait de peindre tout en gardant un œil attentif sur moi. Ma mère est morte à ma naissance ; mon père était seul avec mon frère et moi. Revenons au problème du nuage.  Mon père a toujours été un inquiet, il resta dans l’atelier toute la nuit.  Je le retrouvai le lendemain matin endormi près de sa toile, un pinceau à la main.  Ce fut un soulagement, sa toile était terminée et tout rentra dans l’ordre. C’est dans cette atmosphère et dans les odeurs de peinture que j’ai vécu toute mon enfance, ce qui m’a initié à la peinture.
« Je vais ajouter une femme vêtue de rouge en l’honneur de Maria , ma bien-aimée ».
C’est sur ces marches que je l’ai rencontrée lors de la fête de la Salute. C’est une fête célébrée chaque année depuis le jour de la présentation de la Vierge dans cette église. Ce jour-là , tous les Vénitiens affluent autour de l’église pour remercier la Vierge d’avoir mis fin à l’abominable épidémie de peste qui avait fait rage dans nos régions. J’ai eu de la chance, je suis né après ! La fête commence par une messe extérieure sur les marches de l’église. Ce n’est pas le moment que je préfère; écouter sans rien faire n’a jamais été mon fort. Après la messe, un marché est organisé. On y vend toutes sortes de choses, des statuettes de la Vierge, des images pieuses, des jouets, des gâteaux,... J’aime bien me balader dans le marché. Je n’achète rien, je ne fais que passer d’étalage en étalage en regardant les produits. Le meilleur moment de la fête arrive seulement dans la soirée. Un bal y est organisé. On danse, on parle, on chante, on boit,... Cette fois-là,  je n’étais pas t
 rès heureux. J’ai toujours été timide avec les femmes et je n’avais pas de cavalière pour danser. Je buvais en regardant les autres s’amuser... Soudain, quelqu’un tapota mon épaule. Je me retournai : à ma grande stupéfaction, une femme superbe m’invitait à danser. Elle s’appelait Maria et elle était comme moi passionnée par la peinture. Je ne dansais pas bien mais elle dit qu’elle non plus. Nous nous comprenions et nous passâmes toute la soirée ensemble. C’était comme un rêve. Après la fête, je la raccompagnai jusque chez elle car aussi tard le soir, les rues de Venise sont très dangereuses. Dans les sombres ruelles, je me rendis compte qu’un homme nous suivait. Je me retournai, il avait un pistolet : il tira trois coups. Une balle transperça mon bras droit. Alertées par les coups de feu, plusieurs personnes dont les fenêtres donnaient sur la rue les ouvrirent pour voir ce qui se passait. L’homme s’enfuit, je me retournai et je vis Maria couchée par terre, sa robe blanche ro
 uge de sang. Elle était morte et cette image est restée gravée dans ma mémoire: sa robe blanche,  rouge de sang.

« Où est passée la couleur verte ? »
Quand je peins les canaux de Venise, je peins l’eau « bleu verdâtre »,brillante et transparente, ce qu’elle n’est pas en réalité. Tous les égouts de la ville y atterrissent. Cette eau, si on peut encore appeler ça de l’eau, est verte et opaque ; une écume jaunâtre y flotte constamment et une odeur insoutenable en émane. L’afflux de détritus en fait un nid à rats. D’ailleurs je pense qu’il y a plus de rats que d’hommes dans cette ville et que si les rats n’étaient pas si petits, ils en prendraient le contrôle en nous dévorant. Je hais les rats. L’un d’eux m’a mordu quand j’étais jeune et on a cru qu’il m’avait transmis des maladies . On m’a donc prescrit une mixture infecte à prendre après chaque repas. Heureusement je n’avais rien. Sale rat!

Et voilà, ma peinture est presque terminée.
Je peins des paysages de Venise, ma ville natale pour des aristocrates anglais. Grâce à mes peintures, ils se souviennent de leurs voyages à Venise.
Mais moi, ça me fend toujours le cœur de vendre mes peintures parce que j’y mets toute ma vie.

Canaletto.  

34.    Eugène Delacroix Jeune orpheline au cimetière louvre (4)

 

Au moment où j’écris ces quelques lignes, je suis vieux et mourant. Et sur mon lit de mort, je tente de tuer le temps en  regardant la bougie de suif posée sur ma table basse se consumer en libérant un peu de fumée grisâtre et odorante. Celle-ci s’en va dans la pièce puis disparaît de mon  regard.  Cette fumée me rappelle la vie, d’abord intense  puis les années passant  imperceptiblement,  diminuant jusqu’à disparaître. Ce  n’est qu’une fois à ce stade que l’on regrette de ne pas avoir passé plus de temps  avec les gens qui nous sont chers. 

Oh, comme je me sens seul en ce moment, ta présence  me manque, Charles Henry.  Depuis ton décès, je n’ai plus personne à qui me confier.  Et moi comme un égoïste, lors de ta maladie, je t’ai laissé seul, trop occupé par mon travail.  Je me suis à peine préoccupé de toi. Et  pourtant tu me demandais : « -Reste avec moi, j’ai besoin de toi » et je te répondais « -je n’ai pas le temps, je dois finir mes tableaux pour honorer mes commandes ». C’est seulement maintenant que je peux comprendre ce que tu ressentais, mon cher frère !
 Je rumine ces obscures pensées, quand soudain, la porte de ma chambre s’ouvre.  Nicolas Le Floch, mon fidèle compagnon, entre dans la pièce suivi d’un grand homme vêtu de noir que je suppose être le médecin.  Nicolas me fait un sourire, il est ma seule lumière dans mon monde désormais obscur.  Il se penche chaleureusement sur moi et me glisse à l’oreille d’une voix douce : « - Eugène, voici le médecin qui va te faire une saignée, je vous laisse. »                   
Quand Nicolas réapparaît à nouveau dans ma chambre, je le remercie de toute l’attention qu’il me porte… 

J’ai fait la connaissance de Nicolas il y a  vingt ans.
Tout a commencé lors de mes débuts à Paris.  Ce jour- là, je négociais avec un marchand le prix de la peinture à l’huile nécessaire à mes œuvres,  mais que je ne pouvais acheter, car à cette époque, j’avais du mal à joindre les deux bouts.  Le ton de la discussion montait lorsqu’il entra dans la petite échoppe et me demanda de voir l’un de mes tableaux.
Il m’expliqua qu’il était le fils d’un riche marchand et qu’il aimait beaucoup l’art.  Puis, il me posa quelques questions et s’intéressa à mes problèmes d’argent.  Très vite un lien amical nous relia et je lui proposai de venir chez moi pour lui montrer quelques- unes  de mes plus belles pièces.  Il fut tout de suite attiré par un tableau plus modeste qui était suspendu au dessus de mon lit. Au bout de quelques minutes d’entretien, il me proposa de devenir mon mécène.  J’acceptai de suite.  J’étais si content d’avoir enfin trouvé un ami et l’argent nécessaire pour pouvoir continuer à créer, que lorsqu’il me demanda de voir de plus près le tableau de la Jeune  femme regardant vers la gauche, je le lui offris de bon cœur.

Puis je remarque qu’il tient dans sa main gauche une nouvelle bougie pour remplacer celle usagée. Et je repense immédiatement  à ma solitude et je le supplie de bien vouloir me consacrer un peu de son temps pour discuter.  Il me dit : 
- « Ca tombe bien  car j’ai depuis bien longtemps des questions sur un sujet qui me préoccupe. Te souviens-tu du tableau que tu m’as donné le jour de notre rencontre ?
- Oui, pose moi tes questions et j’essaierai d’y répondre.
- Qui est cette jeune femme et que regarde- t-elle ?
- Pour répondre à ta question, je vais te conter l’histoire du tableau qui est très liée à la mienne. »
- Comme tu le sais déjà, mon père est mort quand j’avais sept ans et ma mère est décédée l’année de mes seize ans. Ce que tu ne sais pas, c’est qu’une fois orphelin, j’ai séjourné à Valmont, à une vingtaine de kilomètres de Fécamp, où mes cousins Bataille possèdent une ancienne abbaye bénédictine et une petite église où se trouvaient des tombeaux, et de grandes fenêtres gothiques à obscurs vitraux.  J'aimais beaucoup m’y promener seul, en rêvant parmi les ruines de cette église silencieuse. Celle-ci m’a beaucoup inspiré  dans mes œuvres.  Mais un matin, en me promenant aux alentours de l’église avec mon carnet et mon fusain à la recherche de scènes à croquer, je vis Gabriella , la femme secrète de mon cœur qui était là, accroupie sur une tombe entrain de regarder le ciel.  Je pris mon carnet et esquissai un croquis car elle me fascinait beaucoup.  Elle resta ainsi pendant plus d’une heure puis, elle se releva et commença à hurler comme une démente.  Deux jours plus tard, des
 hommes sont venus la chercher pour l’interner dans un asile. Je ne l’ai plus jamais revue.

 Ce n’est que bien plus tard que j’ai appris, en discutant avec le médecin, qu’elle avait perdu définitivement la raison après la disparition de ses parents dans des conditions bien étranges. Et voilà, tu connais toute l’histoire.

- Je comprends mieux maintenant, merci Eugène pour tes informations.  Je vais te laisser car tu dois te reposer.
-  Au revoir Nicolas et encore merci pour tout ».
Une fois qu’il fut parti, j’ai soufflé la bougie et je me suis endormi.

 

35.     photographie de Jean-michel Fauquet fauq (8)

 

Comme une  ouverture dans le néant,l’ombre avance entre  ces batiments lugubres et rugueux.
Sur la batisse du devant,une ouverture, comme une porte,aux enfers, menant.
Me promenant dans  la bise fraiche du matin,elle a su enjouer mon être et me captiver.
De celui-ci,elle extirpe la joie qui,si profondement, s’était  enfouie en moi.
Un être  sortira de ce gouffre bouillonant, de cette ombre menacante. Quant à la belle s’ejournant dans cette tour, se  penchera sur son  amant, son seul vrai amour.
La porte la renfermant dans sa prison de pierres blanches s’ouvrira-t-elle ?
Que de questions se poser devant cette œuvre à  la finition si rafinée.
Cette  photographie donnant  libre court à l’imagination croissante.
Que d’histoires inventer dans cette ténébrosité.
Si paisible,elle m’insoufle la mort,comme un  long sommeil éternel, au méme instant
un enfant,en la voyant,se crispe, tous ces sens s’ herissent, la peur soudain la envahit, alors que  moi elle m’a endormie.

 

36.    Camille Corot Le Colisée, vu à travers les arcades de la basilique de Constantin  louvre (48)


 TRISTE FIN POUR UNE BRIQUE CENTENAIRE.

Je fus posée et façonnée par la main d’un homme en 75 ap J-C. A ce moment-là, je n’aurais jamais pu deviner que le Colisée (ainsi nommé depuis le Moyen –Âge) allait devenir l’un des plus grands mouments de notre temps. Je suis une colonne soutenant avec l’aide de mes congénères plus de 25 000 personnes ! Je suis située près du Vomitorium, l’entrée et la sortie de l’Amphithéâtre, au 1er étage. De là, j’avais une très bonne vue sur l’arène. La lutte entre  les gladiateurs et les bêtes étaient bien visibles.  A maintes reprises, je fus aspergée du sang d’hommes ou de bêtes et de sable lors des courses de chars. Des foules venaient applaudir ces combats et les courses dont les chars flamboyaient sous les rayons solaires.  Les gens devant moi criaient à en déchirer leurs cordes vocales (j’en suis presque devenue sourde!) ou jetaient des légumes pour montrer leur mécontentement.  Les luttes entre les bêtes et les hommes étaient sauvages, chacun d’entre eux étant couvert de sang et
 de lambeaux de peau. Les belles armures et boucliers des gladiateurs les protégeaient peu de ces bêtes féroces. Combien de fois les lions ont-ils dévoré ces braves hommes ?
L’Amphithéâtre a fonctionné pendant près de 450 ans, donc pendant près de 500 ans je fus bousculée, salie. Le calme est revenu vers 520 après le dernier spectacle de chasse.
J’ai vécu de multiples tremblements de terre provoquant l’effondrement des parties hautes de l’édifice. Je tenais de toutes mes forces mais je suis quand même tombée en morceau expédiés de part et d’autre de l’édifice. Je fus éjectée à l’extérieur.
Ainsi, je pouvais voir les pillages et ravages causés par le vol de mes anciennes pierres voisines sans être vue.  Les autres morceaux se trouvaient dans les fondations plongés dans le noir le plus complet.
D’année en année,de siècle en siècle, je constatais l’évolution des époques, de la technologie, de la mode... Je voyais des tonnes et des tonnes de peintres défiler mais un seul d’entre eux m’interpella.
Il vint en 1825 avec son chevalet, sa palette et ses tubes de peinture, sûrement de la peinture à l’huile, comme les autres. Il avait une vingtaine voire une trentaine d’années, brun de cheveux et habillé pas vraiment chaudement malgré que l’on soit en hiver! Il était accompagné d’un ami peintre lui aussi et se prénommait Camille à ce que je pus entendre de la bouche de son ami. Je n’avais d’yeux que pour lui, Camille! Quel joli et léger prénom ne trouvez-vous pas? Dès la seconde où j’ai posé mon « regard » sur cet artiste, celui-ci ne pouvait plus s’en détacher !  Enfin,j’entendis sa douce et belle voix qui disait à son ami: « Je crois bien que seule l’Italie peut compléter la formation d’un peintre de paysage ». C’était donc un peintre paysagiste français.
Il était ébloui par cet édifice, c’est donc pour cela que je crois que c’est la première fois qu’il vient à Rome et peut-être même en Italie car généralement on a, « la première fois » , chez la plupart des gens,des yeux ébahis devant ce célèbre monument. Que pourrait-on faire d’autre à part être émerveillé et époustouflé par la grandeur et magnificence de ce monument? Rien, rien du tout!  Il commença donc sa peinture très sereinement mais aussitôt arracha la toile et la jeta, émerveillé par ce monument mais insatisfait de cet emplacement et c’est donc ainsi qu’il s’éloigna et vint jusqu’aux arcades de la Basilique Constantin laissant son ami seul.
Je ne le voyais que très mal en m’efforçant de ne pas le perdre de vue et son ami aussi commença à peindre. Oui, j’avoue qu’il avait le coup de pinceau. J’étais jalouse de son ami qui pouvait parler à Camille, le toucher... Moi que pouvais-je faire, à part espérer qu’il s’approche ?  Quelques heures s’écoulèrent lorsque revint mon amour près de son ami peintre.
Les deux œuvres étaient magnifiques mais celle de Camille resplendissait. Sa peinture un peu mystique agit sur moi comme la musique sur le dilettante ; par un moyen direct et inexpliquable, il transposait avec une telle justesse les tonalités que perçoit son regard que l’on croit entendre dans ses tableaux le frémissement sourd des êtres et des choses.
Ils contemplèrent encore tous les deux le Colisée et repartirent.
Les jours se succèdèrent où je ne dormais plus de peur de le manquer; à chaque fois que je l’apercevais, je voulais lui sauter dans les bras, l’embrasser. Et cela arriva tous les jours jusqu’en mai 1826.
Chaque jour, je scrutais l’horizon à sa recherche et je le revis en octobre à mon grand soulagement.  Il n’avait pas changé, toujours aussi beau et puis plus rien en novembre.
Il revint en 1827, au début de l’année jusque avril.  Je ne peux vous décrire mon sentiment pour lui, je crois bien que j’en suis tombée follement amoureuse, le coup de foudre!  Cupidon m’a envoyé 50 flèches ensorcelées mais aucune à Camille!  Quelle injustice!  Mais je ne me vois pas nous marier et avoir bébés avec un corps de pierre, deux bras, deux jambes et une tête!  J’aurais tout donné pour être une femme atttirante et être avec lui.
Il revint le 14 novembre jusqu’en décembre et donc pendant tout l’hiver 1827!  Il toussait un peu et était enrhumé.  Je désirais tant le serrer dans mes bras (mais je n’en ai pas!) pour le réchauffer !
Il revint encore au printemps 1828, toujours avec ces yeux éblouis par le Colisée. Il me surprendra toujours !  Je le voyais vieillir et puis plus jamais de nouvelles !  En février 1875, son ami revint mais sans lui : il était vieux, fatigué et triste. Je pus entendre ce qu’il murmurait: «Pour toi mon ami qui adorait l’Italie, grand peintre, repose en paix !  Une larme lui coula lentement sur les joues.»

Là, à cet instant, je compris pourquoi je ne le voyais plus !  Il était... non je déteste ce mot mais je vais devoir accepter ce fait. Mon amour, mon bien-aimé était mort. Pourquoi devrais-je vivre si je ne puis te voir ? L’immortalité est cruelle, je ne saurais mourir que si on me fracasse ! Je ne peux plus dormir, plus apprécier la lueur du soleil se levant, le rire des enfants qui se courent après... Une vie sans toi, ce n’est pas une vie pour moi. Vivre pour aimer, aimer pour souffrir, alors pourquoi vivre ???  Quelle fatalité ! Pourquoi Dieu a-t-il inventé l’amour si c’est pour qu’on en souffre ?  J’aimerais tellement pouvoir pleurer; l’amour est normalement synonyme de joie, de chaleur, de dépendance, de besoin de l’autre et non de tristesse.  Le verbe aimer est le plus difficile à conjuguer, son passé n’est jamais simple, son présent n’est qu’un indicatif et son futur est toujours conditionnel.  J’ai tout sauf toi mais rien puisque tu es tout. Le bonheur de t’avoir con
 nu ne me fera jamais oublier le malheur de t’avoir perdu. Adieu mon amour, je t’aime.

Je fus finalement fracassée dans mon désespoir par un enfant, je ne sais plus quand, je n’ai plus la notion du temps.                                                    Triste fin pour une brique centenaire !

 

37.    Olive Dupont TACHE