Concours "des mots pour voir"
session 2004
Textes en français langue maternelle catégorie B ( plus de 16 ans et demi) SERIE 2 /2
Textes reçus après le 11/ 3 / 2004 De
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461. Degas L'absinthe orsay 14
Sur la rue des Batignolles se trouvait un café:le café
Gerbois.Là se trouvait une femme assise,les bras ballants.Elle semblait abattue
et n'osait pas regarder devant elle.Cette jeune femme s'appelait Jeanne.Ce
jour-là,elle portait une longue jupe noire,un chemisier en dentelle,elle avait
les cheveux attachés d'où quelques mèches châtain s'échappait;pour finir elle
portait un chapeau en tissus où il y avait des fleurs ne recouvrant que le haut
de sa tete.
Le café était joliment décoré.C'était une vaste pièce avec de longs miroirs
tout en largeur collés aux murs.Les bancs étaient faits en bois lisses.Enfin il
y avait des rideaux blancs fleuris.L'accueil était chaleureux mais Jeanne ne
voulait pas regarder les regards probablement tournés vers elle,des regards
certainement plein de pitié.A Côté d'elle sur la table était servie dans une
bouteille d'alcool,elle s'en était servie dans un verre,son alcool préféré
l'absinthe.C'était un alcool joli à regarder d'une couleur verte.Aujourd'hui le
café n'était pas aussi rempli que d'habitude,il y avait de ça,delà quelques
hommes et quelques couples;puis au fond à la droite de Jeanne,un groupe animé
d'hommes qui critiquaient l'école des Beaux-arts.Excepté les murmures des voix
et le bruit des verres,le café était assez calme.Malgré tous les efforts que
Jeanne faisait,elle n'arrivait pas à oublier l'affreuse scène de tout à
l'heure.Cet après-midi Jeanne était venue prendre un verre au café a
vec son mari.Elle n'était pas d'accord pour aller au café mais à cause de
la brutalité de son mari elle avait été obligé de le suivre.Son mari,George
était assez gros,il portait un costume noirs,une chemise blanche,il était
barbu avec des cheveux longs noirs et gras.Dans cet accoutrement,il paraissait
vraiment négligé.George avait un nez rouge et portait un chapeau.George était
entré dans le café avec sa femme,il avait choisi une place près de la fenêtre
d'entrée,il avait choisi l'endroit où ils étaient le plus exposé au
monde.Ensuite George commanda de l'absinthe pour sa femme et lui.Au début tout
paraissait bien se passer,mais,Jeanne avait pris l'habitude de se méfier des
changements d'humeurs de son mari;son mari avait bu beaucoup d'alcool.
George se leva tout d'un coup avec raideur,ensuite il se dirigea vers le centre
de la pièce et fit un véritable scandale.En titubant il accusa la France de lui
avoir fait perdre son frère.George avait perdu son frère lors de la guerre de
1871 opposant la France et l'Allemagne.Son frère avait péri,tué par une
balle.Cette guerre avait fait beaucoup de morts et pour rien car au final
l'Allemagne avait gagné l'Alsace-Lorraine au détriment de la France.ENSUITE
George renversa des tables,des chaises et des verres.IL ne se contrôlait
plus.Pour finir,il accusa la société de lui avoir fait perdre toute sa
fortune.En effet lors de la révolution industrielle,ily a dix ans,il avait
réussi à s'enrichir,c'était un riche banquier et à un moment il avait travaillé
à la société générale.George avait eu des actions dans une dans une mine de
charbons en bourse.Mais quand les cours de la bourse se sont effondrés,il a
tout perdu.Ruiné,il avait dû hypothéqué sa maison.Accompagné de sa femme il éta
it parti vivre chez ses beaux-parents.Une fois qu'il eut fini cette
scène,George retourna s'asseoir tout naturellement à côté de sa femme et fuma
sa pipe comme si rien ne s'était passé.Le bras sur la table il regardait la
fenêtre,comme pour éviter le regard plein de rage qu'aurait pu lui lancr sa
femme;Or Jeanne était absorbé par ses pensées.Elle voulait se cacher,disparaître
six pieds sous terres.Son mari comme pour l'humilier d'avantage était venu se
rasseoir àco^té d'elle;Puis elle eut honte de cette pensée car au fond son mari
avait toujours été bon pour elle,c'était juste les derniers évènements qui
l'avait changé.
Jeanne était toujours assise près de son mari qui était entrain de fumer sa
pipe et de regarder la fenêtre.Elle,le regard toujours vers le sol,ne voulait
pas lever ses paupières comme si elle portait sur son dos tout le poids du
monde,comme si tout ce qui lui était arrivé était dû^à la fatalité.Alors que
Jeanne restait immobile sur la banc,elle entendit un des hommes du groupe
parler à un de ses amis et lui dire:
"-Tu vois ce couple assis sur le banc.J'aimerais bien les peindre,
Edouard.Ce qui m'intéresse maintenant c'est de peindre des scènes de la vie.
-Et comment appellerais-tu ce tableau? dit un autre homme nommé Claude.
-Je crois que je l'intitulerais l'absinthe."
462. Les Travailleurs de la mer : Dans la brume HUGO7
Avant ta mort,on ne cessait de parler des bateaux et de la mer toi et
moi.je sais que c'était ton plus grand rêve
de te sentir flotter sur les eaux au gré du vent ou bien même de voir une
tempête,une vraie.les éléments qui se déchaînent et qui engloutissent avec eux
tous les passagers.bien sûr que tu n'aurais pas voulu que se soit réel mais
moi,est-ce un hasard,j'ai assisté à ta tempête et je l'ai dessinée.Pour toi,ma
fille.
non ,ce n'est sûrement pas un hasard car je suis parti sur la côte quand on
annonçait le temps mauvais.j'ai loué une petite maison,toute bleue,juste sur le
bord de la plage,et quand on ouvrait la porte-fenêtre,les pieds se perdaient
dans le sable.j'étais seul .seul,et il me semblait que ma vie entière ferait
ton deuil.
tous les jours qui passaient,et il furent nombreux,je les passaient assis sur
un rocher,un gros et haut rocher et je savais que ainsi je dominais l'onde
toute entière.je sentais chaque fois un peu plus le vent qui se
refroidissait,le ciel qui grisonnait et les marins qui abandonnait un à un la pêche.ces
travailleurs de la mer..
j'ai eu peur en cet instant.peur du monde, peur pour moi et peur pour
ces hommes qui allaient probablement mourir.
le bateau n'était qu'une forme noire mais on distinguait encore le mât et les
voiles qui commençait à chavirer.
mais malgré tout je souriais en dessinant cela.je souriais en regardant la mort
mais j'étais heureux car je te sentais prés de moi,juste contre mon
épaule.c'était bien ta tempête et je n'ai pensé qu'à toi en la peignant.à
travers chaque esquisse j'imaginais ton visage fasciné et tes yeux plissés et
tes traits tirés par la peur.
j'ai voulu faire ce bateau tout noir parce qu'il ne reflétait que la
tristesse,l'effondrement,la mort.autant de sentiments qu'on à envie de peindre
de sombre.il me semblait pendant un instant que j'enterrais mon chagrin avec ce
naufrage.
j'ai réalisé ton désir inexaucé et je me suis libéré.
463. Chardin L’enfant au toton louvre (22)
Mes parents connaissaient très bien la famille Chardin. Nous allions très
souvent leur rendre visite car ils étaient de très bons amis de la famille. Les
adultes aimaient beaucoup discuter entre eux et parfois je m’asseyais près
d’eux et j’écoutais leurs conversations, sans pour autant comprendre un traître
mot, mais cela m’amusait quand même. Je remarquais que Jean-Baptiste était
perpétuellement plongé dans ses pensées et qu’ il ne prêtait attention
qu’aux choses qui l’intéressaient. Il aimait beaucoup développer les idées qui
lui tenaient à cœur, en particulier la peinture qui, il faut bien l’avouer, est
sa passion et sa vie, et tout le monde l’avait depuis bien longtemps
compris puisqu’ il était devenu un des plus grands peintres de cette époque.
Nous avions cette chance de le connaître, diront certains, pas pour tout le
monde je pense, vous comprendrez pourquoi. C’était aussi un homme très
observateur, d’ailleurs moi aussi puisque je l’avais remarqué. Je vaquais
souvent
à mon activité favorite, le jeu des totons, puisqu’il n’y avait que ça à
faire dans cette grande demeure. Il n’y avait ni enfant de mon âge avec qui
m’amuser, ni encore moins d’occupation pour enfants. Je préférais m’agenouiller
et « totonner » comme disaient si bien les grands d’un air moqueur mais tendre.
Je remarquai, à plusieurs reprises, que Jean-Baptiste m’observait, tantôt d’un
air attendri tantôt d’un regard sombre et travailleur. Il disait à ses invités
ou visiteurs qu’il s’inspirait très souvent de l’intimité paisible d’intérieurs
bourgeois, que ses tableaux saisissaient les gestes de la vie domestique ou
encore des charmantes scènes de l’enfance pour peindre ses toiles. C’est pour
cela qu’il aimait tant observer les gens qui l’intriguaient plus
particulièrement ou plutôt il aimait les emprisonner dans monde étroit et
irréel. Vous comprendrez encore une fois…
Jean-Baptiste faisait souvent visiter sa pièce favorite, hérissée par des
tableaux plus spectaculaires les uns que les autres et qui inspiraient, chacun
à leur tour, apaisement et compassion. Les invités contemplaient l’une après
l’autre, avec admiration et volupté chacune des œuvres du maître peintre dont
les princes les plus illustres de l’époque se disputaient les compositions. Il
restait encore de la place sur les murs comme si d’autres tableaux étaient en
attente. Mais la suite ne serait guère réjouissante pour quelques-uns d’entre
nous car comment aurions-nous pu savoir que notre propre destin s’achèverait
ici même ?
Je remarquai également, là-bas, au fond de la pièce, dans un coin sombre, une
grande porte qui passait totalement inaperçue puisque la présence des tableaux
et la faible clarté atténuaient fortement sa présence. Jean-Baptiste avait
interdit à quiconque d’y pénétrer, cela m’intriguait encore plus car j’aimais
les choses interdites et mystérieuses. Chaque réception, suivie d’une visite
des tableaux, avait lieu le samedi au soir et la soirée se poursuivait presque
jusque tard dans la nuit. Un jour, je remarquai qu’au moins à chaque réception
une personne entrait dans la pièce aux tableaux et pénétrait dans la pièce
interdite. Il était comme hypnotisé et séduit par la porte ou la pièce. Quelque
chose attirait toutes ces personnes mais quoi ? Les soirées se suivaient toutes
semblables, toujours avec le même doute et la même énigme et moi, j’étais là,
observant la scène avec toutes ces questions en tête et sans aucune explication
rationnelle. Une chose encore plus étrange, c’est qu
e ces différentes personnes ne venaient plus chez les Chardin et on ne
les revit plus. Je ne prêtai plus attention à ce phénomène au bout d’un certain
temps puisque je n’étais qu’un enfant et je me fis à l’idée que cela était
peut-être normal après tout. Je continuais donc de me distraire sans aucune
lassitude avec mes totons qui m’amusaient tant, tandis que les adultes
discutaient de choses et d’autres et encore incompréhensibles pour mon âge. Je
n’avait que sept ans à ce moment-là, j’ai bien vieilli depuis mais je suis
condamné à ce corps d’enfant désormais et ce à jamais.
Un jour, alors que je folâtrais gaiement au jeu des totons, j’entendis
une musique douce, fine, enivrante. D’où naissait- elle ? Une telle mélodie
pouvait-elle exister ? Je me laissai guider sans trop savoir où j’allais et où
j’étais. Cette sensation charnelle et harmonieuse m’avait enrobé et me faisait
oublier tout autour de moi. J’entrai dans la pièce au tableaux, j’avançai
lentement, pas à pas. J’arrivai bientôt devant l’immense porte « interdite »,
je savais qu’ elle l’était mais l’attirance était telle qu’inconsciemment je
l’ouvris. Je fis un pas puis un deuxième, la porte se referma mais mon
attention ne fut attirée à aucun moment par elle, j’étais comme dans un rêve.
Comment aurais-je pu savoir que ce serait le contraire ? Là, devant moi, un
gros livre sur une table et sur ce gros livre un toton tournoyait sans cesse,
voilà d’où naissait la douce musique, soudain un flash, encore une fois je n’y
prêtai aucunement attention. J’ouvris le gros livre, chaque page était i
llustrée par un visage familier déjà vu et correspondait à chacun des
tableaux de Jean-Baptiste. A la fin du livre, à la dernière page, un tableau que
je n’avais encore jamais vu, pourtant il me semblait plus familier que les
autres, je me rapprochai pour mieux voir, c’était un jeune garçon jouant avec
un toton posé sur un gros livre, le titre en bas de page: L’enfant au
toton.
464. Rik Wouters, La dame en bleu devant la glace (détail), 1914 Wouters_bleu
-Arrange un peu cette mèche là, elle ne tient pas.
-Oui, oui comme cela ?
-C’est bien mieux, soit présentable : ce n’est pas tous les jours que l’on fait
ton portrait !
-Dis-moi, mon petit reflet, il est toujours là ?
-Le peintre ?
-Bien sûr, M. Wouters est-il toujours là ?
-Mais oui, il l’est, mon Dieu qu’il est concentré ! C’est assez amusant, si tu
voyais les couleurs de sa palette, non ne te retourne pas surtout ! Il ne faut
pas bouger, tu vas encore tout gâcher : Ton portrait et le mien ! En plus ce
n’est pas tous les jours qu’un reflet est ainsi mis en valeur !
-Alors vite, décris-moi cette palette..
-Eh bien voyons : Les couleurs vives se superposent et s’emmêlent, la palette à
elle seule est une œuvre d’art. Tu as bien fait de mettre cette robe bleue, il
doit s’amuser avec les couleurs, je crois que c’est un impressionniste !
-Merveilleux, j’imagine déjà le tableau : lumineux, éclatant, mystérieux car il
te donnera une ame mon petit reflet et il rapportera les paroles de nos
regards…mais je me demande pourquoi ce bouquet ?
-Peut être voulait-il concilier nature morte et portrait, pour être complet ou
pour mettre en valeur ta jolie robe.
-Sais tu que c’est à cause d’elle qu’il a proposé de me peindre ? Il m’a dit
qu’elle lui faisait penser aux peintures de
Cézanne, au bleu de cobalt si particulier de ses toiles.
-C’est vrai il procède par touches pour capter la lumière il applique les
couleurs et donne vie à la toile.
-Que c’est beau ! Peut être suggère-il plus nos formes qu’il ne nous décrit ?
C’est mieux comme cela chacun sera libre de nous imaginer en poésie.
- M. Wouters a bien du courage de jeter ses couleurs dans la vie moderne. La
situation politique ne porte pourtant pas à sourire, … cette guerre je sens
que…
-Je t’en prie mon petit reflet n’en dit pas davantage. Ce tableau va nous
rendre l’espoir, je t’assure l’art est là pour chauffer nos cœurs.
-Regarde il t’appelle, son travail est fini, va voir le résultat et ne lui pose
pas de stupides questions je t’en conjure !
-Allons, sois tranquille mon petit reflet, …à bientôt.
465. Photographies de Constance Griffon Du Bellay constance(8)
Seule sur un plateau et dans mon coeur,je regardais une
photo.Le paysage était banal et sec comme le sable et la chaleur.
C'est une belle journée, j'adore passer mon temps au soleil.Je m'appelle Zoé et
je vais avoir vingt cinq ans le dix neuf août, j'aime la vie et je
profite de chaque instant.
C'est pourquoi j'aime me retrouver seule sur ce plateau même si je connais le
paysage par coeur.
Tous les dimanches,avec grand mère,on vient ici et on a l'habitude de prendre
des photos.
A chaque fois que je viens ici,je me souviens de grand mère:
-Viens ma Zoé,on va sur notre falaise!me disait-elle
C'est ce plateau que grand mère appelait "notre falaise"
-Regarde cet arbre ,gand mère!Comme il est beau!
-Oui Zoé,veux-tu que je te raconte son histoire?
-Mais grand mère je la connais déjà!
Grand mère semblait triste par ma réponse:
-Mais je veux la réecouter!
Je m'asseyais sur les rochers et je contemplais cet arbre avec
admiration.L'histoire de grand mère ne m'intêressait guère,je préférais admirer
l'arbre:Cette forme si ample et ce feuillage qui semble toucher le ciel,on
dirait qu'il s'élève...
Papa dit toujours que j'ai une imagination trop débordante,mais avec grand
mère,on adore imaginer des histoires.
Moi ,je me sens bien avec grand mère.
J'ai perdu ma maman quand j'avais deux ans et c'est papa at grand mère qui m'on
élevaient donc grand mère pour moi c'est un peu comme ma deuxième maman!
-Grand mère ,cet arbre semble magique!
-Magique!Comment ça?
-Oui regardes ces branches,comme elles paraissent fragiles et fortes à la
fois!
-Sais-tu que cet arbre puise son énergie du sol,du soleil mais aussi de
notre amour!
-Notre amour?Mais voyons grand mère c'est un arbre!
Grand mère me caressa les cheveux et me sourit:
-Zoé cet arbre à une âme!Et comme toute âme,elle a besoin d'amour!
Je en comprenais pas ce que grand mère me disait,mais elle me fit comprendre
que j'étais trop jeune pour le comprendre.
Cet arbre ,je l'adore tout comme ce paysage.
Ensuite avec grand mère,on rentrait à la maison pour se mettre au coin du feu
et puis là on ne disait rien,le dimanche se finissait et je retournais chez moi
l'esprit remplit de souvenirs.
Ces dimanches furent les plus beaux jours de ma vie,excepté le premier dimanche
du mois d'octobre.
Grand mère et moi ,comme tous les dimanches sommes allées sur "notre
falaise".Ce fut la première fois où je lui posa cette question:
-Grand mère!Pourrais-je te poser une question?
-Bien sur Zoé!
-Pourquoi n'as-tu jamais pris cet arbre en photo?
-Comprends-tu mon ange, si nous prenons cet arbre en photo,nous allons
capturé son âme à jamais!
-Mais grand mère...
-Non mon ange,ce n'est pas une bonne idée...du moins pas pour le
moment!me dit-elle avec un sourire.
Soudain grand mère porta sa main à la poitrine,et s'effondra sur le sol.
Je m'approcha de grand mère:
-Grand mère!Que se passe-t-il?
-...Constance...
-Mais qui est constance?
Grand mère regarda l'arbre,et me regarda avec ses yeux pleins de larmes.
Lorsque je regarde cet arbre,c'est ma grand mère que je vois!
-Grand mère!
Elle ne ventilait plus,je mis mon manteau sur grand mère,je me mis à pleurer en
la serrant de toutes mes forces.
Je comprend pourquoi grand mère me disait que cet arbre avait une âme,mais en
avait -il assez pour m'enlever ma grand mère?
Grand mère a donné tout son amour à cet arbre,jusqu'à lui donner un
prénom:Constance.
C'est à ce moment là que je comprend que grand mère est morte.
En sa mémoire,je suis devenue photographe.
J'ai pris l'âme de constance, mais ce n'est rien comparé à grand mère.
Je suis sûre que de l'endroit où se trouve grand mère, elle y est heureuse!
Constance s'embellit d'années en années et pourtant grand mère est partie!
466. Rops_attrapade
J’avais enfin obtenu ce que je voulais depuis si longtemps : une reconnaissance
pour mon travail. J’avais même réussi à me faire de nouvelles relations dont
une en particulier avec Charles De Coster, qui, lui, était écrivain. C’est
grâce à lui que j’ai pu rentrer dans ce cercle quasi fermé de l’art sous toutes
ses formes. Lorsque mon père décéda, j’ai pu hériter d’une somme qui me faisait
vivre convenablement. Après avoir pris connaissance de mon héritage, je pus voir
qu’il m’avait laissé un gros tas de tissus froissés et posés négligemment dans
un coin sombre de son atelier. Je me demandais bien ce que je pouvais en faire
mais aucune idée ne vint frapper mon humble esprit d’artiste en herbe. Enfin,
grâce, encore une fois, à Charles, j’ai pu mettre en place un projet de croquis
de mode et plus précisément, des robes de soirée. Lorsque mes croquis furent
achevés , je les envoyai à la Maison Duluc, qui était chargée de les mettre en
forme. Une fois ce
long et minutieux travail accompli, je me devais d’exposer au regard de
tous ces oeuvres aussi réussies qu’un poème de Paul Verlaine. Un bal fut donc
organisé en cette occasion, toutes les femmes étaient invitées à venir porter
ces robes de teintes opposées, certaines étaient bleu de mer, d’autres bleu
Pacifique, vertes, jaunes, rouges, noires, violettes. Toutes mes connaissances,
même les plus brèves, étaient conviées. Ce bal se déroulait à Namur, C’était
par une nuit tiède et étoilée, le genre de soir ou l’on aimerait bien trouver
une jeune femme à embrasser. Tout le monde était arrivé, enfin presque, il ne
manquait plus qu’elle, la jeune femme qui devait porter la robe rose à reflets
beiges, la plus belle de toutes. Je n’avais jamais eu l’occasion de la voir sur
quelqu’un, ce fut ma première fois et quelle sensation! La voilà, elle est
splendide, encore mieux que celle que j’avais imaginée, cela dépassait mes
espérances, mais tant mieux, tout le monde ne regardait plus qu
’elle. C’était la plus belle robe que j’ avais jamais vue , de plus
la jeune demoiselle qui la portait la rendait deux fois plus belle. Ses cheveux
étaient à moitié attachés, le reste retombait d’une manière élégante et
raffinée sur ses petites épaules, sa poitrine faisait ressortir quelques
détails, dont une broche qu’elle avait mise pour l’occasion. Elle descendait
les marches avec tant de grâce que mon cœur a presque cessé de battre, mes
convives la regardaient d’une manière extraordinaire, ils avaient tous une
petite étoile au fond des yeux, je crois que comme moi, ils ont cru voir une
vraie princesse descendre, mais non. Elle était fière, cela se voyait
clairement, les traits de son visage étaient détendus, son sourire était
radieux, son maquillage, parfait. Ma mémoire fit un arrêt sur image lorsqu’elle
tourna enfin la tête pour pouvoir donner encore un peu plus d’aristocratie à
son allure. Mes invités, eux, l’avaient déjà oubliée, d’ailleurs cela ne
m’étonne pas, sur
tout de la part de Claude, mais après avoir repris mes esprits, je vis
derrière cette jeune femme le poète que je rêvais de rencontrer depuis si
longtemps déjà, Paul Verlaine. Je laissai mes rêveries de côté et allai enfin à
la rencontre de cet homme encore mystérieux à mes yeux. Adieu, ô femme de mes
tendres rêves.
Mais comment oublier?
Je m'en souviens encore! En fait comment l'oublier?
C'était le jour de mon anniversaire, depuis une date avancée, mon père m'avait
promis de m'emmener en mer, c'était une passion que lui et moi partagions
depuis plusieurs années.Mon père était un homme robuste, et sous son visage
brut se cachait un homme très tendre.Ce jour là donc, malgrè la tempête prévue,
mon père m'avais conduit en mer.Au début de la journée, la mer etait d'un calme
plat et tout laissait à croire que les prévisions étaient érronées. Un peu plus
tard mon père m'avait permis de tenir la barre, mais très vite il l'avait
reprise car la mer avait commencé à se mettre en colère, la tempête avait
évolué de manière spectaculaire; désormais trop éloignés la côte il nous était
impossible de revenir. Le visage de mon père se crispait, je lisais
l'inquiétude sur son visage. Mon père et moi n'échangions plus un mot; en fait,
on ne se regardait même plus, son regard était fixé sur la barre. A maintes
reprises, j'aurais voulu croiser son regard, juste au moment ou je m'a
pprètais à l'appeler une énorme vague s'était abattue sur le bateau
étouffant mon cri et m'éloignant définitivement; puis plus rien. Je me souviens
m'être réveillé dans un lit, ma mère assise à mon chevet; le reste de mon
enfance je l'avais passer à fuir les enfants de mon âge qui m'avaient donné
pour surnom: "le rescapé". Depuis le naufrage, chaque année, pour mon
anniversaire,je partais au bord de la mer jetter des fleurs fraîchement
cueillies dans le jardin, mais je n'étais toujours pas remonté sur un bateau.
Bien des années plus tard j'avais quitté mon petit village pour aller rejoindre
l'académie de Bruxelles où j'ai appris à peindre dans le style prisé de
l'époque, avec une technique à grands traits, une manière picturale riche et
une palette variée mais comptant de nombreuses couleurs sombres. Depuis la
disparition de mon père j'avais remplacé ma passionpour la mer par la peinture,
c'est donc ainsi qu'en 1882 j'avais réuni mes deux passions au cours d'un
voyage au Mar
oc, trés vite je m'étais mis à peindre toutes les contrées maritimes que
je traversais. En 1887 j'avais expérimenté la technique, la lumière, les
couleurs impressionnistes dans mes marines, mais rapidement je me tournais vers
le pointillisme.
C'est lors d'un de mes nombreux voyages au Maroc, alors que le souvenir de mon
père m'avait encore hanté pendant la nuit que l'idée me vint de peindre la
dernière image de lui qu'il me restait en tête. C'est ainsi que je m'étais
installé à l'anant du bateau et que je redonnais vie à un souvenir très ancien.
Je pensais que de revoir mon père dans son parka bleu, le regard fixé sur la
barre et son air anxieux, m'aiderait à l'oublier, mais au fur et à mesure que
j'avançais dans la création de mon tableau certains évènement dont jusque là je
n'avais aucun souvenir me revinrent à l'esprit j'étais rentré en quelques
sortes en transe, je me revoyais emporté par la vague, me projetant ainsi dans
une eau glaciale; je me retrouvai ainsi seul avec l'océan à perte de vue mais
un bateau nommé l'intercepteur m'avait aperçu; très vite je m'étais retrouvé
entouré de matelots qui cherchaient à me faire dire quelques informations sur
moi, mais je n'avais pu laisser échapper seulement "Théodore
Van Rysselberberghe, où est mon père?"
Quand je revins à moi accroupi devant mon tableau n'attendant que quelques
retouches pour être fini, je pris conscience que jamais je ne pourrais oublier:
c'était ancré en moi on dit qu'avec le temps, même un coeur brisé peut
être réparé; ce n'est pas vrai: une fois cassé il ne sera jamais plus comme
avant.
468. Fernand Khnopff, Portrait de marguerite Khnopff, khnopff_marguerite
Combien de fois
Marguerite était elle passée devant moi ?... Mais ce jour là, Fernand décida de
la peindre dans sa belle robe de soie blanche…
Sûrement pour immortaliser le passage de la vie de jeune fille à celle de la
vie de femme mariée.
Marguerite et Fernand ont toujours étaient très proches l’un de l’autre. Il a
d’ailleurs déclaré que sa sœur a toujours était son meilleur modèle.
Je me souviens lorsqu’ils étaient encore des enfants, ils se courraient après
en évitant tout de même de crier trop fort sous peine de réveiller Georges, le
frère cadet. Je les entendais supplier leur mère d’aller jouer le long du canal
dans cette ville quelque peu assoupie et décadente que les êtres humains
surnommaient « la Venise du nord ». C’est certainement dû à cette décadence que
Fernand a horreur du plein air et se consacre aux luminosités intérieures.
Et ce jour là, Marguerite se tenait droite à l’intérieur face à la fenêtre qui
laissait passer un rayon de soleil qui illuminait son buste.
Il avait sans doute voulu la peindre devant moi pour faire ressortir l’aspect
de l’inconnu qui se trouvait derrière moi. J’étais la séparation entre deux
mondes, celui des souvenirs de l’enfance, de la vie au sein de la famille… Mais
aussi celui qui se trouvait derrière moi,… adoption et fondation d’une famille,
nouveau mode de vie,… Pour tout cela Marguerite serait désormais seule… Et
lorsqu’elle tournera ma poignée, Marguerite fera sa vie et cela Fernand le
savait bien…
469. Les Travailleurs de la mer : "Tempête - Barque fuyant sous le vent" Plume, pinceau, encre brune et lavis,HUGO4
Un jour où le soleil brillait de tous ses éclats, Victor Hugo
se promenait sur le quai du port du Havre : les marins chargeaient les bateaux,
les mouettes hurlaient, les recommandations des capitaines étaient respectées à
la lettre...
Bref, tout se passait comme d'ordinaire. Le regard de Victor Hugo fut attiré par
un navire, les rayons du soleil se reflétant dans la mer donnaient une couleur
bleuâtre à sa voile, ce qui était très agréable à regarder. Il observa
également l'équipage, il y avait des vieux loups de mer comme sur chaque
bâtiment mais le regard de Victor Hugo s'arrêta sur un jeune marin qui
chargeait le bateau. Il se rapprocha :
- "Bonjour, jeune marin."
- "Bonjour Monsieur."
- "Quel est ton nom ?"
- "François, et vous ?"
- "Victor Hugo. Où va ce..."
Victor Hugo fut interrompu par une voix grasse et grave :
- "François dépêche-toi, tu traînes comme d'habitude."
- "Oui, capitaine, je me dépêche."
Le jeune marin se retourna vers Victor Hugo :
- "Désolé Monsieur, mais je n'ai pas le temps de parler."
Alors que le poète disait au revoir à François, celui-ci avait déjà repris
l'embarquement des caisses, sacs et autres.
Six jours plus tard, Victor Hugo flânait à nouveau dans le port du Havre. Il
entendit parler deux vieux marins :
- "Il y a une tempête qui arrive.", dit l'un d'eux.
- "J'attendrai qu'elle passe pour prendre le large."
La tempête passa au large du Havre. Quelques heures après l'intempérie, on vit
arriver un navire. Sa voile était déchirée mais le visage des hommes sur le
bateau était bien pire encore, on voyait le malheur qui venait de les frapper :
des marins avaient été engloutis par la mer.
Victor Hugo était assis au fond d'une taverne. Soudain, il vit entrer François
et quatre autres marins qui faisaient partie de l'équipage du navire à la voile
bleuâtre. Ils commandèrent à boire, chaque marin avait un verre de rhum devant
lui.
- "Ces cinq hommes ont bien des mines déconfites", pensa-t-il.
Quatre hommes quittèrent rapidement la taverne mais François resta assis,
songeur, devant son verre qu'il n'avait pas touché. Le poète s'installa à côté
de lui :
- "Que se passe-t-il François ?"
- "Des équipiers de mon bateau sont morts."
- "Comment ?"
- "Les vagues étaient immenses ..."
- "Aussi hautes qu'une cathédrale ?"
- "La couleur du ciel était noire..."
- "Noir comme le plumage d'un corbeau ?"
- "Du bateau, la mer était à peine visible."
- "C'était vraiment une énorme tempête.", conclut Hugo.
Les deux hommes restèrent un moment sans parler, puis ils entrechoquèrent leurs
verres.
"J'ai perdu trois de mes amis, j'ai perdu trois de mes amis.", répéta
le jeune marin.
La peine de François émut Victor Hugo et entraîna ses pensées dans une esquisse
d'un lavis pour y traduire ses sentiments. Il y mettrait la torpeur des marins,
la colère de la mer, le noir de la mort, le gris de la pluie et le bleu
invincible de cette voilure qui reviendra coûte que coûte au port. Il y
mettrait toute cette lutte quotidienne qui oppose des hommes à la nature parce
qu'ils doivent vivre ou plutôt survivre ! Il y mettrait cette voile, ce carré
bleu qui symbolise la vie qui, malgré tout, prend le pas sur l'ombre et les
ténèbres.
Fatigué de cette dure lutte en mer, le petit mousse tomba endormi sur la table
et Victor Hugo termina son verre de rhum, rempli de sa vision de l'implacable
destin des hommes de la mer.
470. Série Palestine © Véronique Vercheval V15
C'etait la guerre en Palestine. Je me promenais avec mon
appareil photo pour seule compagnie. J'allai,ici et là,à travers la ville de
Jérusalem quand,soudain,cette école m'interpella. Ces gravures minutieuses sur
les murs,cette couleur si blanche qui semblait illuminer le bâtiment,tout était
si beau...
C'est alors que tout un groupe de jeunes écolières,en uniforme,sortit en
courant de sa salle de classe pour venir vers moi. Elles étaient toutes aussi
jolies les unes que les autres avec leur robe rayée,leur col blanc.
Leurs yeux laissaient paraître une lueur d'inquiétude,de peur mais aussi de
joie et d'enthousiasme a l'idée de voir enfin une touriste malgré la situation
du pays.
Toutes les écolières me faisaient le signe de la paix sauf une,arrivée en
retard.J'ai donc décidé d'immortaliser ce moment et de les prendre en photo.
Mon séjour s'est bien terminé et,depuis ce voyage,quand je regarde mon
album-photo,je revois encore ces petites filles avec leur merveilleux
sourire.Cette image restera,pour moi,inoubliable.
471. Les Travailleurs de la mer : "Figures que font les paysans quand ils voient les sarregousets" encre brune et lavis HUGO1
Ce soir là, ils devaient partir en mer pour pêcher l'un de
ces "rares" poissons qu'à l'aube on se dispute sur le port : c'est à
qui vendra le plus beau poisson de la sortie nocturne. Les travailleurs de la
mer emmenaient un drôle de personnage avec eux : il peint et s'intéresse à eux.
Curieux, cet homme voulait assister à la pêche nocturne et n'allait pas être déçu
! Sa volonté était de joindre à son oeuvre littéraire, intitulée "Les
Travailleurs de la Mer", les dessins qu'il allait faire lors de son séjour
à Guernesey. Les marins se prirent au jeu. Ils quittèrent le petit port de
l'île et se jetèrent dans l'immense étendue de la Manche. C'était l'une de ses
soirées d'été où la chaleur s'apaisait et laissait place à de nombreux nuages
ternes. Les rayons de couleurs toniques du coucher de soleil se dégradaient en
des teintes maussades qui tiraient sur le bleu foncé. Tout d'un coup, on ne vit
plus le soleil, il avait disparu. Les marins effarés levèren
t la tête. La mer prenait une cadence que les navigateurs n'avaient
encore jamais rencontrée. Ils avaient baptisé leur navire une semaine plus tôt
seulement, et éspéraient ne pas déjà rencontrer une tempête, mais tel était le
risque du métier. La mer se déchaînait. Le plus costaud des marins n'arrivait
plus à tenir la barre. La houle était plus puissante. Les tumultes des vagues
formèrent des tourbillons. La rage de la tempête persista. Une rafale emporta
le malheureux bateau au fond de la mer. Où ? Les marins ne savaient plus quoi
faire. Le mystère régnait. Dans leurs têtes, ils se disaient que la mort
approchait, ils étaient perdus. L'angoisse se fit sentir, sur tous les visages.
Aucun d'entre eux n'essaya de bouger. Tout d'un coup, une nuée apparut. Les
yeux fixaient cette apparition. Ils virent d'étranges hommes avec des ailes.
Ils se crurent au paradis. Au loin, on pouvait entendre l'orage qui tonnait.
L'un des marins, étonné, fronça des yeux et poussa un cri. L'homme
d iscret qu'ils avaient embarqué, caché, en profita pour dessiner ces
visages dont la grimace était remarquable. Des frottements répétitifs émettant
des bruits aigus et pénibles se distinguèrent de l'agitation de la mer. C'était
la plume de l'homme, hésitante, qui crissait sur le papier comme une craie sur
un tableau. Les légers aplats d'encre assombrissaient le dessin. A travers
l'encre brune, on pouvait retrouver le déchaînement de la mer. Son dessin prenait
une dimension réaliste. Il insista sur les traits apeurés que représentaient
les marins. Chaque trait prolongé exprimait l'inquiétude et la stupeur des
marins. L'homme arrêta de gribouiller sur son dessin et admira la scène. Des
regards s'échangèrent entre les marins et les étranges êtres qui volaient dans
la pénombre. D'un seul coup, les travailleurs de la mer, pris d'un mécanisme,
se mirent à leurs places habituelles pour piloter le navire. Le bateau pivota
sur lui-même et la querelle entre l'océan et l'ouragan s'estompa. Ces êtres
maléfiques venus du rouge des nuées disparurent. Après de telles péripéties,
les visages se décrispèrent, et ils reprirent le chemin pour débarquer à l'aube
au port. Ils ne savaient pas quelles merveilles ils avaient rencontrées et qui
les avait sauvés. Ils arrivaient au port, l'air gai comme si cette nuit avait
été paisible. Lors de la publication des trente-six dessins sélectionnés, seuls
ces marins pourront peut-être se reconnaître. Les travailleurs de la mer
savaient maintenant que la mer et le ciel avaient une âme. C'est seulement lors
des grandes tempêtes que l'on ne pouvait les voir et compter sur eux. Le
mystère de la mer reste pour les marins un grand secret...
472. Miniature de Jean FOUQUET fouq-bnf4
Le monde est calme et paisible mais
l’homme veut le développer à sa manière; cela entraîne la mort, la violence.
Cette miniature en est le reflet.
Dans le ciel, le temps est calme, beau, agréable. Il est d’un magnifique bleu.
Quant à la terre, elle est splendide sa couleur verte est éclatante. Mais à
l’opposé de ce paysage divin, on trouve au premier plan la haine, la violence,
le sang .
La bataille fait rage et je suis impressionné par la charge implacable
des chevaliers sur leurs ennemis. Ils sont tous majestueux mais cette fierté
est entachée par de nombreux cadavres qui jonchent le sol
. Reconnaissable à sa couronne Charlemagne, enfonce sa lance dans l’armure de
son ennemi. Cela est possible grâce à la haine que le chevalier a pour lui. De
même tous ses compatriotes l’imitent dans ce mouvement de gloire qui va leur
mener à la victoire. Cette bataille n’est pas comme n’ importe quelle bataille;
cette miniature est comparable à une bibliothèque. Les lances sont obliques et
s’apprêtent à décharger leur violence sur les cavaliers qui n’ont pas peur de
la mort.
D’autre part , nous voyons des lances horizontales qui sont bien différentes
car elles mettent en valeur leurs chefs. Celles-ci sont qualifiées de
meurtrières car elles ravagent leur ennemi sans pitié. Et toutes personnes
qui y touchent le regrettent. Cette miniature est comparable à une famille qui
possède des défauts et des qualités mais où tout le monde est à sa place . Le
château, les arbres, eux attendent sereinement la fin de la bataille comme s’il
savaient qu’après le combat , la vie renaîtra.
Je ne peux m’empêcher d’ être touché par ces guerriers qui dans ce
paysage de paradis sont obligés de s’entretués dans un dernier effort pour la
gloire.
473. Félix Nadar Charles Baudelaire au fauteuil 1855 ORSAY1
La pièce est mal éclairée. Le développement de cette photo
ne se déroule pas comme je le désire, ce qui me contrarie fortement à l’idée de
décevoir l’homme qui a accepté de poser pour l’exécution de mon œuvre. La rue
St Lazare est calme a cette heure ci, très sombre ce qui lui donne un air
lugubre contrairement a son image de rue animée. Je compose la lettre destinée
à ce même homme qui a posé pour lui dire que sa photo est prête, mais, je pense
qu’il sera déçu. Ayant peur de représailles et de conflits avec cet homme, je
jette la lettre à la corbeille à papier.
La photographie est toute ma vie, c’est pourquoi je ne peux m’en passer… En
songeant à faire quelques portraits d’une personnalité, je me souviens alors de
mon merveilleux ami Charles Baudelaire. Bien que celui ci rejette l’idée que la
photographie soit utilisée à des fins artistiques, nous sommes restés très liés
depuis notre rencontre quinze ans auparavant, dans les années 1840. Je ne peux
penser que ce dernier sera facile à convaincre, malgré son point de vue sur le
sujet… Mais il comprend très bien que la photographie est pratiquement
indispensable pour la recherche scientifique, mais uniquement dans ce but
précis.
Il me reste alors à trouver un argument convaincant pour le faire venir à mon
atelier certes vétuste mais largement suffisant vu mon métier. Je réfléchis,
pensant aux évènements derniers susceptibles d’attirer son attention, mais mon
esprit reste insatisfait…
Mais bien sûr !!! Mon ami pense que la photographie ne doit être utilisée qu’à
des fins scientifiques. Je pourrai l’inviter à discuter sur ce sujet sérieux.
Je me mets à l’œuvre, sors une feuille de papier de mon bureau et écris
quelques mots très convaincants pouvant certainement faire venir Charles.
J’envoie cette lettre en espérant fortement qu’il accepte cette invitation
devenue quelque peu banale entre nous.
L’atelier doit être parfaitement organisé et ordonné pour son arrivée.
Aussi ne range-je pas mon atelier comme je ne l’ai jamais fait
auparavant, signe de l’importance de ce rendez-vous.
Chaque outil d’exécution photographique doit être à sa place respective, bien
que je manque de place dans ce petit atelier, rue St Lazare.
Aussi me fallait-il un argument convenable, en rapport avec la science, pour
que mon ami accepte de poser devant mon objectif, l’objet étant si impatient
d’effectuer ce cliché que je veux unique…
Alors je me rends chez un ami qui en connaît beaucoup sur la science du corps
humain. Je lui explique ma situation et il me dit : «alors comme ça tu veux
photographier Charles ? Bon je vais t’aider. Tu pourras lui dire que ce cliché
sera pour moi et qu’il me sera utile pour observer le comportement du visage
humain pendant le flash de l’appareil à photographier. Ca devrait fonctionner »
Je le remercie et cours à mon atelier finir de l’ordonner.
Un message me parvient, et Charles en est l’émetteur. Il est écrit qu’il
accepte volontiers et qu’il sera chez moi le lendemain matin. La nuit sera
longue…
N’ayant pas très bien dormi à cause de l’excitation si intense qui me parcourt,
je ne suis pas très en forme et c’est pour cela que je bois un café fort pour
me détendre et me réveiller.
Tout à coup, j’entends quelqu’un frapper à la porte ; c’est mon ami Charles qui
vient discuter sur la photographie scientifique. Je l’accueille chaleureusement,
le prie de s’installer dans un des fauteuils de ma modeste habitation et
l’invite à prendre un café. Nous « débattons » sur ce sujet un peu tabou chez
mon ami si réservé sur les emplois de la photographie à des fins artistiques.
Ce dernier croit que la photographie ne doit être utiliser que pour faire
avancer la science mais en aucun cas « faire de l’ombre » à la peinture, le
vrai art selon lui…
Moi, je pense que c’est l’inverse, la photographie a de l’avenir dans le
contexte artistique et que d’effectuer le portrait d’une personnalité est le
meilleur moyen de la représenter telle qu’elle est, sans artifices… Nous
discutons longuement sur ce sujet conflictuel, mais néanmoins intéressant.
Vient le moment de la révélation du cliché attendu. Je lui dis : « Tiens donc
Charles, j’ai un ami qui désire en savoir plus sur la réaction du visage humain
face à la lumière intense d’un flash d’appareil à photographier, j’ai alors
pensé à toi pour faire l’excellent modèle, comme tu es très naturel sur les photographies
et c’est exactement l’attitude qu’il faut adopter pour que l’expérience se
déroule normalement… » A cet instant, je le vois réfléchir, très profondément
sur la question. Ne se demande-t-il pas pourquoi je le lui demande seulement
aujourd’hui ? Cette réflexion angoissante dans le sens où mon ami peut refuser
ce cliché que je veux unique dure depuis maintenant deux mi
nutes et toujours pas de réponse. Enfin il se décide : « C’est d’accord
mon cher Félix, mais promets moi que ce cliché ne servira qu’à faire avancer la
science et non à ce que tu sais ! » Evidemment je lui promets et nous partons
alors directement dans l’atelier, ce dernier ayant été rangé la veille de son
arrivée pour qu’il trouve mon travail parfait. Pendant qu’il s’assoit dans le fauteuil
que je lui ai désigné, je réfléchis à la position que mon ami devra adopter
pour qu’il croit vraiment que le cliché sert à des fins scientifiques… Je me
souviens alors de cette phrase que je lui ai dite il y a quelques heures de
cela : il faut être le plus naturel possible. Je le dis alors à Charles qui,
immédiatement, prend une pause magnifique voulant très certainement faire de
son mieux pour faire avancer la science qu’il prend très à cœur, au moins
autant que l’art. Mais la science n’est-elle pas de l’art ? Je le félicite et
le remercie de son engagement. Vient le moment de la prise
du cliché, ma préparation est plus longue car comme je l’ai dit plusieurs
fois je veux que cette photographie soit unique en son genre et personne
d’autre ne pourrait avoir un portrait aussi magnifique de Charles Baudelaire,
si opposé à la photographie !
Je me lance et lui demande de rester dans sa position pendant que l’appareil
effectue son cliché. La photo prise, je sens en moi monter une joie profonde
que j’essaie bien évidemment de cacher pour ne pas attirer l’attention de mon
cher ami qui je l’ai bien compris est fier du devoir accompli…
Nous passons alors plusieurs heures ensembles, à discuter du devenir de la
photo, des techniques de développement (ce qui m’étonne beaucoup de la part
d’un homme qui est si opposé à la photographie artistique…) Cinq heures après
son arrivée, il repart, ayant rendez-vous chez un autre ami pour discuter cette
fois ci de la peinture…
Je me précipite alors à l’atelier pour terminer le développement du cliché, si
important à mes yeux ! Le développement achevé, je reste en extase au moins
deux minutes devant cette merveille, et une question me vient alors à l’esprit
: pourquoi a-t-il choisi cette posture, sa tête reposant sur une main, son
regard brouillé, saisi d’une rêverie profonde ? Ma question reste sans réponse,
peut-être était-il tracassé à l’idée qu’on prenne une photo de lui ? Peut-être
ne me faisait-il pas confiance ? Je ne le saurai probablement jamais, toujours
est-il que j’ai en ma possession un tirage unique du très célèbre Charles
Baudelaire, adoptant une posture rêveuse et mystérieuse…
474. Mellery automne
Extrait du journal intime de Xavier Mellery
21/10/1893
J’aime me promener dans la nature.
A toute période de l’année, à tout moment de la journée. Chaque instant que j’y
passe m’emplit d’une profonde sérénité, je me sens libre et invulnérable.
Cette émotion, j’essaye de la reproduire dans mes tableaux. Les lumières, les
ombres, les courbes, les droites, les couleurs, tout est minutieusement étudié
et noté sur des croquis.
Hier encore, j’arpentais le sentier d’un sous-bois ; la lumière était d’une
extraordinaire clarté, faisant contraste avec les teintes ocre et brunes du
paysage. Les arbres sombres se tenaient immenses et droits.
Sonné par cette longue promenade, je m’allongeai un instant sur l’herbe, la
tête vers le ciel. Tout à coup, trois feuilles mortes se détachèrent d’un
arbre ; elles glissaient lentement dans ce début de pénombre. C’est de ces
instants où la nuit tombe et où l’ambiance devient fantastique. Telles des
danseuses, les défuntes recroquevillées exécutaient des mouvements amples et
précis. Avec une grâce, une légèreté, une fragilité qui me rappelait la
féminité. Une toile d’araignée immense se dressait sur leur passage ; une
première feuille passa à travers les mailles du filet. Une deuxième qui
s’apprêtait à
faire la même chose fut retenue par la troisième qui s’était accrochée à la
toile grise. L’espace d’un instant, je crut voire trois femmes en robe sombre tombant
sur moi. L’une d’elle, d’un geste de survie s’agrippait, retenant son amie
promise à une mort certaine. L’autre vacillait. Puis l’obscurité tomba soudain
me laissant cette image. Encore subjugué par l’étrangeté de la scène, je
rentrai chez moi en courant. Je sortis une toile, des pinceaux, des tubes de
peinture et je me mis à peindre, sans réfléchir. Au bout de deux heures
d’acharnement je reculai pour admirer mon œuvre. Satisfait et éreinté, je pris
le chemin de ma chambre.
475. Jean-Baptiste Siméon Chardin Autoportrait aux bésicles louvre13
Je pense être un peintre de talent mais, comparé aux autres artistes, je suis
quelqu’un de mystérieux. Ce que j’aime avant tout, c’est faire apparaître et
dévoiler à travers mon portrait mes mystères, mes secrets les plus intimes.
J’ai maintenant soixante-douze ans, je ne suis plus tout jeune, les symptômes
de la vieillesse commencent à me toucher durement, mes pauvres yeux
faiblissent, mon visage s’amaigrit, mais je garde pourtant la tête haute, le
regard fier et direct pour poser, pour ne pas me dire que l’âge me rattrape.
Je me suis néanmoins représenté avec une douce ironie pour égayer mon visage,
pour avoir l’air moins sérieux, pour avoir une belle image de moi du haut de
mes soixante-douze années. Utiliser du pastel est plus une contrainte qu’un
choix : ce matériau est plus facile à travailler que la peinture à l’huile,
certes, mais la raison majeure est que ma vue est de plus en plus faible.
Si je me suis représenté, c’est pour laisser une trace de moi et de ma
personnalité. J’appréhende, je redoute la mort, je voudrais vivre encore et
continuer ce qui me plaît, continuer à peindre, mon seul plaisir. La peinture
est pour moi une nécessité, j’aime ce que je fais, j’aime faire passer ce que
je ressens à travers mes peintures.
Sur ce portrait que j’ai intitulé l’ « Autoportrait aux bésicles », je me suis
vêtue de façon peu ordinaire, sur la tête, un chiffon noué par un bandeau bleu,
un foulard autour du cou et mes indispensables bésicles : c’est moi, en fait,
dans mon quotidien, ma vie qui m’échappe petit à petit.
On dit de moi que je suis discret, que ma personnalité est mystérieuse, et je
trouve cela plutôt juste, car je ne me peins pas pour m’exhiber comme certains
et j’en suis très fier. Dans un sens, s’il fallait me caractériser, je dirais
que je suis une nature silencieuse.
476. wappers _ révolution
La première chose qui frappe l’œil est l’entassement des
corps comme si tout était en désordre, comme si l’esprit était festif .
Cela fait peut-être penser à une prise de pouvoir de la part d’un groupe de
révolutionnaires .
L’entassement des corps n’est pourtant pas autant en désordre que l’on pourrait
le penser.
Il y a de nombreuses lignes de force comme celle débutant par la tête du chien
inclinée vers le haut qui elle-même est dans la continuité du bras rouge qui à
son tour, rejoint le bras d’un autre homme semblant être le leader. Tout cela
est complété par le drapeau qui pour un français est symbole de liberté. La
tête de ce leader est le point d’or de l’image qui est mis en valeur par la
luminosité à l’arrière plan.
Le côté sombre qui environne le tableau me fait penser à une menace chasser de
l’autre côté de la lumière là ou la lumière revient comme si celle-ci était le
renouveau, un changement par rapport à des révolutionnaires arriver à leur but,
comme si cette image allait-être importante pour le pays. Il y a quelques
couleurs vives sur l’ensemble du tableau comme du rouge.
Le drapeau de la Belgique imposant tout en haut prouve que cet événement est
politique.
On devine un bâtiment très lumineux à l’arrière-plan comme si cela était
important, comme si le bâtiment faisait partie de la scène de façon éloigner.
Cela rend l’événement plus fort.
On voit sur le tableau un élan vers la droite qui peut faire penser à un
progrès ou à une victoire.
477. ORIENT10 Ernest BeneckeCrocodile mort sur une cange sur le Nil (no 75)1852 ORIENT10
Ernest
BENECKE
Mardi 19 mai 1852
12.134 Poste Du Nil
à Samantha BENECKE
Oujda
Egypte
Chère Samanta,
Tu me manques profondément, j’espère que tu n’as pas oublié ton père, même si
cela fait longtemps. Ma petite chérie préférée, je rentre bientôt, dans deux
mois, mon expédition sur le Nil se déroule fabuleusement bien. Pendant ces
quatre mois, j’ai embarqué sur une cange, ma petite, c’est un bateau à voile du
Nil étroit et léger. Sur cette merveilleuse embarcation, il m’est arrivé
plusieurs choses extraordinaires mais une seule m’a vraiment marqué, je te
raconte cette journée là avec un cadeau inattendu à la suite de cette lettre.
C’est une photographie d’un crocodile mort sur la cange, dans le Nil, tu
avais encore raison mon poussin comme d’habitude, j’ai bien fait de prendre mon
appareil photo qui est trop encombrant mais ce n’est pas grave, car grâce à toi
je prends ce grand plaisir à photographier.
Pour l’évènement qui s’est passé le samedi 16 mai, je me souviens de tout ce
que j’ai fait dans la journée. Déjà dés le matin, j’étais sur le pont du
bateau, en train de boire mon café et de regarder les animaux. Il y avait un
groupe de crocodiles qui tournait autour du navire comme une meute en rage. Ils
nous ont suivi toute la matinée, donc le capitaine a eu peur, a décidé qu’il
fallait les attaquer pour les éloigner avant qu’ils nous attaquent eux-mêmes. Tous
prirent leur distance et disparurent petit à petit mais un seul est resté à
côté de nous. Je me suis rendu compte qu’il ne nageait pas mais flottait
plutôt, toi aussi tu l’aurais remarqué ma biche, il était accroché au bateau.
Ensuite comme tu sais que je suis curieux, j’avais demandé au capitaine de ne
pas détacher la bête mais de la monter à bord, il hésita avant d’accepter. Tu
dois sûrement deviner les conditions, c’était moi qui devais aller dans l’eau
pour attacher avec une corde le crocodile mort, ce qui nous a
permis de le monter sur le pont. Je suis allé avec la peur au ventre mais
sans risque, ses camarades n’étaient plus là, ne t’inquiète pas, je ne
recommencerai plus. Puis vint la photographie, c’était un casse-tête avec tous
les réglages à faire : la lumière, l’appareil photo lui-même, sa poudre, la
taille de la plaque et la position de l’animal. J’ai essayé de lui donner un
côté vivant comme si il venait d’entrer dans le bateau. Tu peux le voir sur la
photographie : le bout de sa queue sort du navire. Il y a aussi la tête qui est
surélevée par un bout de bois cela fait partie aussi de mon idée et c’était ma
volonté de ne mettre personne sur la photographie, on pourra penser que le
crocodile a mangé tout l’équipage, c’est merveilleux n’est-ce pas ?
Maintenant que tu connais l’histoire de mon chef d’œuvre, je te fais de très
gros bisous.
Ton papa chéri qui revient
Bientôt.
478. Gustave Caillebotte les raboteurs de parquet. ORSAY3
Un jour le peintre Gustave Caillebotte m’avait
appelé pour que je lui envoie quelques hommes pour raboter son parquet, j’avais
donc décide de lui envoyer les quatre raboteurs qui travaillent pour moi. Quand
on est arrivé les quatre on commencé leur travail pendant que moi je les
regardais. Soudain Gustave est apparu en personne, m’a salué avec la main et
m’a raconté qu’il avait de la compassion pour ces gens-là et qu’en voyant ce
travail si pénible qu’ils étaient obligés de réaliser pour donner à manger à leurs
familles il allait donc faire une peinture pour montrer aux gens riches que
pour pouvoir marcher sur ce parquet, il y a eu des gens qui ont dû suer.
Le peintre est allé chercher un chevalet et une
feuille et a commencé à peindre ce qui allait devenir une des peintures les
plus belles et les plus connues de lui. Tout d’abord les hommes ont commence
leur travail dans cette chaleur infernale, la sueur tombait de leur front et
Gustave peignait avec un air d’inspiration incroyable, son bras bougeait sur
son oeuvre l’huile teintait de manière très belle ce morceau de toile.
Pendant des heures ce magnifique peintre a travaillé à sa peinture pendant que
les raboteurs travaillaient. Ils avaient l’air fatigué et toussaient à cause de
la sciure qui rentrait dans leurs poumons.
Leurs travail était presque fini et celui
de l’artiste aussi. Soudain un des raboteurs tomba au sol mort de
fatigue, « ce sont les conséquences de l’abus du travail ; il était vieux
et devait travailler pour nourrir sa famille et maintenant il a laissé
une pauvre femme sans travail et quatre enfants dans la misère » dit le peintre
en pleurant après avoir assisté à cet horrible événement. Les hommes enfin
finirent leur travail et le peintre regarda sa création où il avait peint
quatre hommes qui travaillaient donc il brûla son image et la refit en ne
représentant que trois travailleurs pour donner un peut de respect à ce pauvre
homme qui venait de mourir en faisant un service si dur pour lui. Et comme ça
il y a des milliers de gens vivant la même situation. En pensant à tout ça
l’auteur s’est rendu compte qu’il vivait dans un monde de rêves où il n’était
pas conscient de la réalité, il vivait dans un monde totalement protégé où la
souffrance était inexistante.
479. Germain Eblé,sans titre, septembre 1932 Papier au gélatino bromure d’argent EBLE
Le 8 juillet 1833, après la mort de mon frère Joseph Nicéphore Niepce, un
modeste inventeur, le propriétaire de l’atelier est venu me prévenir qu’il
fallait déménager les lieux au plus vite.
Pendant que je débarrassais l’atelier de mon frère, je découvris une
photographie de ma famille que Joseph avait prise pour expérimenter son
invention.
Quand je vis cette photo, je fus très étonné et très ému, car mon frère m’avait
affirmé que l’héliographie n’avait pas fonctionné. Depuis beaucoup de choses
ont changé, les enfants ont grandi, ma femme Marie est décédée en mettant au
monde notre dernier fils qui se prénomme Théophile. Ceci me rappela
d’inoubliables souvenirs, étant donné qu’elle fut prise en 1826, cela fait 8
ans. Je me souviens, ce jour-là, nous prenions le thé, quand Joseph entra
brusquement dans l’appartement, en s’exclamant qu’il avait découvert le premier
procédé de la photographie qu’il appela « héliographie ».
Pendant que Marie partit chercher nos enfants à l’école, je lui demandai de
m’expliquer ce que signifiait « héliographie » et de me faire part de son
projet. Quand Marie rentra de l’école, Joseph et moi avions préparé l’endroit
où nous allions photographier. C’était dans la plus grande pièce de
l’appartement, le salon. J’installais les deux chaises et la petite estrade,
pendant que Joseph mettait en place son matériel. Joseph demanda à Marie de
s’asseoir sur la chaise de droite, avec Bérengère sur ses genoux et de me
mettre à gauche sur l’autre chaise avec Jeanne sur mes genoux, ce sont nos deux
plus jeunes filles. Il demanda à Germaine et à Joséphine de se mettre sur la
petite estrade derrière nous. Il plaçait Jean à droite de sa mère et Claude de
mon côté. Il mit en place le dispositif et immortalisa ce moment. Voilà comment
la première photographie est née.
480. Claude Gelée effet de brume louvre54
Aujourd’hui je pense commencer la commande du roi de France.
Je rassemble mes croquis de passants, de bateaux, de palais.
Pour commencer je dessine sur la toile le palais avec ces colonnes Grecques à
droite, les murailles et ces tours qui défendent le port à gauche.
En bas du tableau, se trouve une plage avec une famille que j’avais croquée
dans un parc.
Au milieu du tableau sur la plage je représente trois personnes de haut rang en
train de saluer un voyageur sur une barque.
Cette personne doit partir avec le bateau qui au milieu du port pour un long
voyage, il me fait penser à Ulysse.
Si j’avais pu peindre pour de vrai ce personnage mythique, quel bonheur!
Mais je suis bien en Italie non en Grèce en plus en 1646.
C ‘est plus fort que moi, je pense a lui pratiquement à chaque tableau que je
fais.
Je reviens à mon tableau.
En face de la famille, il y a une barque de pêcheurs, un peu plus à gauche un
autre bateau de pêche, en face de lui les murailles.
Proches du palais, il y a deux petites barques deux petites barques, quelques
passants et deux gros bateaux amarrés.
J’ai mis deux mois pour finir ce tableau que je viens de décrire mais il me
reste une dernière chose à faire: c’est le ciel.
Comme d’ habitude je vais à l’extérieur pour le peindre.
Aujourd’hui il y a quelques nuages et un magnifique soleil comme celui de
l’été.
Mais il est en partie, masqué par l’une des tours, ce qui donne à l’ensemble du
tableau un effet de brume ce qui ma permis de trouver le titre, qui est port de
mer, effet de brume.
J’espère que se tableau plaira au roi et qu’il me fera d’autres commandes.
481. rops_tentation
Tours, le 13 mai 1877
Chère Claire
Le voile de ma vie s’est levé sur cette peinture enfin terminée. Par cette
œuvre j’ai pu exprimer le refoulement chez les saints et les pénitents. Un
soir, il y a maintenant dix mois, j’allais souper dans une auberge. Au dessus
d’une cheminée, un crucifix était suspendu. A ce moment même, une serveuse vînt
m’apporter mes œufs à la tripe à la mode de Touraine. J’eus une idée, je
demandai à cette jeune femme si elle voulait bien poser pour mon futur tableau.
Elle accepta.
Dès l’aube, je me suis mis au travail. Le sujet est facile à comprendre ; le
bon saint Antoine, poursuivi par des visions libidineuses, se précipite vers
son prie-Dieu, mais pendant ce temps-là, Satan, un drôle de moine rouge, lui
fait une farce ; il lui a ôté son christ de la croix et l’a remplacé par une belle
fille (dont le modèle était la serveuse de l’auberge). Je lui ai juste changé
les cheveux. Dans cette peinture, j’ai mis en scène des personnages ; comme les
sept péchés capitaux (la Luxure, l’Envie, l’Avarice, la Colère, la Gourmandise,
la Paresse, l’Orgueil, et une huitième plus petite : la Logique), ainsi que les
Hérésies, le cochon, le christ, Satan, saint Antoine, et la fille.
Au commencement : saint Antoine fabriquait des corbeilles en feuilles de
palmiers pour les apporter aux pasteurs, en échange d’un peu de pain. Alors
qu’il admirait une gravure de la sainte Vierge, accroché à un des murs de la
chapelle, des pensées obscènes envahirent son esprit. Tout à coup, Marie surgit
en grandeur nature crucifiée à la place de Jésus. Saint Antoine fût terrorisé
par cette vision de l’enfer. A ce même moment, il entendit une voix. Cette voix
était lugubre. Ce n’était autre que Satan qui essayait d’extraire saint Antoine
du droit chemin. A cause de ces paroles, Antoine devînt faible et refusait
d’écouter les absurdités du moine rouge, de ce fait , les sept péchés capitaux
et la Logique intervinrent avec Satan, pour soumettre saint Antoine au péché.
Puis, sur ma peinture se trouve également un cochon, ce personnage est
orgueilleux et ne pense qu’à lui. A gauche, il y a les Hérésies qui amènent des
colliers de perles précieuses.
Ma chère Claire, j’espère que tu pourras me rendre visite à Paris, dans ma
galerie où sont exposées plusieurs de mes œuvres. En espérant te revoir très
bientôt.
Ton père Félicien Rops
482. Charles Nègre Le Stryge 1853 Epreuve sur papier salé H. 0,325 ; L.0,23 Orsay 26
Je vais vous conter
comment m’est apparue une image.
Du haut d’une cathédrale, haut perché, se
dressait un grand homme mystérieux et à l’allure austère; son long chapeau noir
inspirait l’autorité et sa canne, telle l’épée de damoclèse sentait le
châtiment. Deux statues de gargouilles, taillées dans une roche grise et polie
par la pluie, accompagnaient la silhouette; les monstres accroupis comme de
fidèle chiens prêt à accomplir tout ordre. Cette ombre humaine perchée en haut
de la cathédrale, scrutait, encore et encore comme un vautour qui guette
sa proie. Un parc innocent, de petites habitations haussmanniennes avec
quelques arbres alentours, voici comment était peint ce paysage.
Le soleil avec ses rayons chaleureux
caressait le paysage tel la main de Dieu, la luminosité comme un pinceau
peignait la vie sur son tableau, malgré cela de sombres nuages laissaient
entrevoir un malheureux destin ,la forme noire était comme un apôtre de la
Légion, un apôtre qui annoncerait l’apocalypse faisant de nous des martyres
ayant succombé à leurs péchés. Qui sait, cet homme était peut-être un simple
observateur ou bien un messager ?
483. Jacques Louis David,Marat assassiné 1793 louvre(17)
Je me présente : Jacques Louis David, peintre français. J’aime peindre la
violence, les grades scènes importantes, donner une forte émotion à ceux qui
ont envie de regarder et admirer mes œuvres.
Ce mardi 06 Mai 1794, quand je suis rentré dans notre salle de bain, comme tous
jours. J’ai découvert son corps ensanglanté dans notre baignoire : triste
vision d’un homme vidé de son sang au corps pâle et à l’esprit froid.
Une mort se mit à battre fort, l’idée de m’approcher de son corps glacial me
terrifia .Une mort atroce pour un jeune homme d’une trentaine d’années,
poignardé en pleine poitrine sûrement par un lâche car Marat ne portait aucune
marque comme s’il n’avait pas vu venir son assassin.
En quelques minutes, je me suis vidé de mes larmes, je les sentais couler le
long de mes joues. Pleurant sa mort devant ce cadavre aux yeux fermés et
souriant de douleur, je ne m’arrêtais plus de pleurer. Marat n’ayant pu se
débattre s’en ait allé vers une mort certaine.
Depuis ce jour, ma vie n’a plus aucun sens sans lui, je me sens vide et
inutile. Pour immortaliser ce moment, j’ai donc décidé de peindre Marat sans le
lâcher du regard, j’ai voulu honorer sa mort en lui dédiant ce tableau.
Notre homosexualité gênait beaucoup de personne peut – être est – ce la cause
de sa mort ? Peut – être suis – je le prochain ? Je ne saurais répondre à ces
questions.
484. francois navez_autoportrait
L’homme regardait droit devant lui. Il croisa, puis laissa
tomber ses bras le long de son corps. Puis il les croisa à nouveau, oui,
décidément cela lui donnait un air sérieux, une contenance un peu insolite et
après tout, la colère ne lui allait pas si mal. La soie de sa veste crissait,
son col l’enserrait, mais ça, on ne le voyait pas. Il délivra ses mains de
l’étreinte qu’il leur avait imposée, coincées entre son torse soyeux et ses
bras un peu forts qui faisaient plisser sa veste. Non, se dit-il en frottant
doucement ses mains l’une contre l’autre pour éviter l’ankylose, non,
décidément il ne faut pas que l’on voit mes bras.
Un homme identique le fixait, en face de lui. L’œil d’acier, les sourcils
légèrement froncés, les cheveux soigneusement en bataille, il était….imposant.
Sa veste noire était parsemée de petites taches, traces du temps sur le miroir
dans lequel il s’admirait.
A nouveau il laissa tomber ses bras près de ses hanches. Grand, puissant,
l’homme avait décider de s’amputer lui-même, de se diminuer. Il n’allait tout
de même pas se peindre debout, tel un monarque…ah non, vraiment, non. Il
fallait quelque chose de plus confidentiel, oui, comme intime. On ne verrait
que son torse et son visage flamboyant de colère et de décision. Il approcha sa
main, cette main grossière d’ouvrier qui lui faisait honte, près du miroir
souillé par les années. Elle se refléta de façon étonnamment fine, grâce aux
déformations du verre, ce qui le ravit et le fascina. Il resta dans cette
position, immobile, pendant quelques minutes, puis recula, la main toujours
levée comme en appel à sa propre image. La surface usée dans laquelle il se
mirait, pensif, depuis quelque temps maintenant, avait pour contours un cadre
baroque incongru, dont la peinture dorée s’écaillait par endroits. Il passa
lentement la main sur le cadre et la laissa tomber.
Il était comme une femme, devant ce qui avait dû être la psyché d’une coquette,
oui, comme une femme, prenant des poses, faisant des mines, avançant et
reculant pour évaluer sa corpulence, son élégance, s’assurant de la bonne coupe
de son habit et repérant son meilleur profil pour les grandes occasions.
Une femme aux cheveux courts, poivre et sel, aux sourcils broussailleux et
colériques, aux bras et aux mains d’ouvrier, vêtue d’un habit noir et se
demandant si peut-être elle s’était assez bien rasée ce matin.
Ridicule.
Il se retourna, parcourut nerveusement la pièce nue et misérable dans laquelle
il se tenait. Il se passa la main dans les cheveux d’un geste spontané
qu’il retint brusquement en se souvenant du soin qu’il devait porter à sa
coiffure parfaitement échevelée, puis recommença, rageur, en oubliant ses préoccupations
capillaires. Jamais, au grand jamais, il ne réussirait à exprimer cette froide
assurance qu’il voulait afficher pour la postérité. Non, il ne serait que gêne
et maladresse, dureté mal assumée. Oh et puis tant pis, il inventerait, il
s’inventerait ! Dans un accès de colère, il jeta le miroir sur le sol. Un ou
deux morceaux de narcissisme, égarés, glissèrent sur le méchant plancher rayé.
La psyché n’était pas entièrement brisée.
L’homme resta assis sur le sol, quelques minutes, puis se releva.
Il se plaça devant le miroir et croisa les bras.
Il regardait droit devant lui.
485. Jules Schmalzigang, Portrait de Madame Nelly Hurrepbrinck , 1917 ( Bruxelles)
C’était lors d’un bal organisé par mes défunts parents. J’avais alors seize ans
et n’avais pas eu l’autorisation de me joindre à eux ce soir encore.
Je n’étais, selon Mère, qu’un rêveur qui n’avait en aucun cas sa place au beau
milieu des gens de la haute bourgeoisie. Je m’étais donc réfugié dans la
chambre d’amis et avais repris mon matériel de peinture, confisqué la veille
par Mère. C’est alors que cette Dame fit son entrée, seule, fredonnant une
mélodie angélique qui m’était, jusqu’à ce jour, parfaitement inconnue.
Assis au fond de la pièce, elle ne remarqua pas ma présence et alla doucement
s’asseoir sur le bord du lit à baldaquin.
Je n’avais, avant elle, jamais vu femme si élégante et raffinée. Elle était
vêtue d’une longue robe noire et blanche qui dansait avec le vent frais
provenant des fenêtres grandes ouvertes sur notre jardin fleuri dont les
multiples parfums venaient embaumer la chambre. Je restais là, au fond de cette
pièce étincelante de la lumière des soirs d’été, à écouter sa douce mélodie me
bercer, et mes yeux fixés sur sa délicate silhouette se dessinant à travers le
baldaquin, ne parvenaient plus à s’en détacher.
Que pouvait-elle bien attendre, isolée de tous ces gens dont les rires
raisonnaient jusqu’en ce lieu ? Je ne l’ai jamais su et m’interroge encore
aujourd’hui.
La seule certitude qui me reste de ce soir là, c’est la force intérieure qui me
poussa à peindre cette Dame dont je n’ai jamais pu distinguer le visage. Ma
main, comme transportée par sa voix mélodieuse, l’avait peinte tout en dansant
sur la toile, et, par ce geste, l’avait immortalisée pour l’éternité. Tout.
Tout avait été reproduit : les jeux de lumière dans le voile qui la séparait de
moi, la finesse de son cou, de ses jambes, et la douceur de l’atmosphère qui
m’avait envoûté.
Plus jamais ne l’ai revue, mais toujours pense à elle…
486. Photographie de Jean-michel Fauquet fauq (5)
Rien ne bouge. L’horizon est mort, comme cet arbre, immobile et froid,
au-dessus de l’eau. Sans doute fut-il un temps où il était encore verdoyant, où
au printemps ses bourgeons s’irradiaient d’or dans la lumière du levant, où le
soleil se mêlait au vent pour faire danser les branches et les feuilles. Mais
ce temps est révolu. Aujourd’hui, l’arbre est pétrifié, témoin impassible d’une
époque qui semble s’être évanouie dans une nature qui n’est plus. Sous son
ombre, une barque séculaire dort, immobile, entre deux eaux, comme entre deux
mondes, l’un encore vivant, l’autre mort. Lentement, elle semble s’enfoncer,
inévitablement. Seule trace d’une hypothétique présence humaine, elle
disparaît, dévorée par la nature.
Autrefois, un homme y péchait, peut être. Il ramenait ses prises sur le rebord
en les brandissant comme des trophées, accrochait son embarcation à l’arbre et
rentrait paisiblement chez lui, bercé par le chant de la forêt. Mais tout a
changé. Ce lac qui se ridait à chaque coup de vent est aujourd’hui placide et
terne, un horizon mort, infini, incommensurable et omniscient. Là haut, une
lumière blafarde et violente à la fois, qui irradie la surface de l’eau et
semble calciner tout ce qui pourrait rester de vie humaine et végétale.
Et cet horizon blême est encadré par cette bordure sombre, ni noire, ni grise,
de cette couleur indescriptible et floue. Pas une seule ligne droite, pas une
courbe exacte, rien que cet amas glauque et obscur qui entoure le paysage comme
une fenêtre ouverte sur le vide, sur un paysage post-apocalyptique, sur un
futur inquiétant, sur le néant, l’absolu. Le cadre lui-même est flottant, les
couleurs fluctuantes entre blanc et noir,
Jamais définies, jamais terminées, les formes sont là pour nous montrer que
rien n’est fixe, rien n’est éternel, ni le bruit du vent dans les feuilles, ni
le rire du pêcheur, ni les ondulations du lac sous la chaleur du printemps.
L’hiver est arrivé, le jour s’est consumé et rien n’est fait pour durer, pas
même ce buisson aux branches nues et cassantes.
Plus rien ici ne vivra. L’eau recouvre tout. Le pêcheur n’est plus, ni l’oiseau
qui l’accompagnait. Ni le bourgeon. Ni le vent. Ni les rides sur le lac. Ni le
jour qui se consume. La vie s’efface.
487. Degas Le Café ou L’Absinthe”.ORSAY14
Driiing!!! Driiing!!! Le réveil sonna, il était huit heures
du matin en cette fin d’année 1876 à Paris. Edgar, aux côtés de sa femme
Huguette, se leva, s’habilla puis partit comme à son habitude chercher le
journal au café Guerbois.
Arrivé au café, il ouvrit la porte et fut choqué par la situation
présente. Mais comme il aimait observer des scènes pour les reproduire ensuite
sur des toiles, il décida d’aller s’asseoir à une table et il commanda un café
ainsi que le journal.
Il y avait deux personnages, un homme et une femme, la femme portait un chapeau
, un chemisier blanc-gris tacheté d’orange, une robe brune et des chaussures
brunes et blanches. Quant à l’homme, il portait un chapeau noir, une veste
noire, une chemise blanche, un pantalon brun et des chaussures noires. La
femme avait les cheveux roux et l’homme une barbe et des cheveux noirs. Ils
avaient l’air tristes, indifférents l’un envers l’autre et perdus dans leurs
pensées.
Sur des tables grises, il y avait des bouteilles et des verres. L’ombre des personnages
se reflétait dans des glaces qui se trouvaient derrière eux. Une boisson
jaunâtre se trouvait devant la femme et une tasse grisâtre devant l’homme.
L’ambiance n’était point festive.
Edgar rentra chez lui, lut son journal, qui parlait du régime fragile de la
troisième République, le régime parlementaire. Le journal consacrait également
quelques pages aux nouvelles inventions telles que le moteur à explosion de
Nicolas Ottos et le téléphone de Alexander Graham Bell.
A midi, en mangeant, il raconta à sa femme la scène d’intérieur qu’il avait
contemplée tristement au café Guerbois. Puis il dit à sa femme qu’il
représenterait cette scène sous forme d’un tableau. Ensuite Edgar expliqua à
Huguette pourquoi les personnages du café semblaient si malheureux: il pensait
que c’était à cause de la société, des moments oppressants de la vie moderne.
Après le déjeuner, il alla dans son atelier de peinture, prit une toile et
reproduisit la scène du café avec une objectivité parfaite, dans une scène
réelle et complète. Edgar resta de très longues heures à confectionner avec
tout son cœur ce tableau, qu’il nomma “Le Café ou L’Absinthe”.
488. Camille Pissarro Gelée Blanche ». ORSAY11
En 1863, lors de son exposition au « salon des refusés », Camille
Pissarro se fait remarquer car c’est le premier artiste que l’on peut rattacher
au mouvement impressionniste.
Lors de sa première exposition impressionniste en 1874, il présente « Gelée
Blanche ». Cette dernière fait scandale et voici son histoire.
Après quelques expositions, Camille partit pour Eragny-sur-Epte, avec son ami
Paul Gauguin, à la recherche de nouvelles sources d’inspiration. Ils logèrent
dans la maison de campagne de Paul. C’était un lieu idéal pour sa vocation de
paysagiste, vu la diversité des paysages alentours.
Après une nuit calme et glaciale, dès l’aube, ils furent réveillés par la lueur
du soleil qui s’échappait des volets entrouverts et qui laissait voir une fine
couche de neige qui s’était déposée dans la nuit.
La réserve de bois étant épuisée, ils décidèrent d’aller en chercher. Pour
cela, machette à la main, ils partirent couper du bois dans la forêt
avoisinante.
Ils traversèrent de nombreux champs avant d’arriver à la forêt. Pendant deux
heures, ils coupèrent du bois et le rapportèrent. Sur le chemin du retour,
Camille était à la traîne. Il s’arrêta, sortit son porte dessin et fit
rapidement un croquis de son ami portant son fardeau de bois.
Le reste de la journée, il tenta de reproduire son croquis, pour en donner une
œuvre réelle et vivante ; en vain. Le lendemain, Camille persuada son ami Paul
Gauguin de retourner sur les lieux de l’œuvre pour finir d’améliorer les
détails. Mais hélas la neige qui était sur le croquis n’apparaissait plus d’où
le peu de neige sur le tableau.
489. wiertz_inhumation
Je m’appelle Antoine
Wiertz ; mon histoire se passe en 1854.
J’habitais alors à Bruxelles, j’avais 48 ans et je pratiquais la peinture.
C’est dans ces années-là que je me passionnais pour tout ce qui tout ce qui
concernait « l’au-delà de la mort » car mon père avait été incinéré quelques
années auparavant ; c’est pourquoi la mort m’inspirait énormément. La preuve en
est avec mes œuvres La belle Rosine et Pensées et vision d’une tête coupée.
Un jour, je vis les chambres funéraires de Bruxelles grandes ouvertes, sans
personne qui les gardait. Pris par la curiosité, je m’approchai tranquillement,
l’air triste, en pensant à mon père, et descendis les escaliers qui menaient
dans une sorte de cave. Je me retrouvai près d’un grand four, me disant que
cela devait être la pièce où l’on incinérait les cadavres. A ma gauche se
trouvait un long couloir. Je me dirigeai dans cette direction quand soudain le
couloir déboucha sur une salle où l’on entreposait tous les cercueils avant de
les porter à l’incinération. Je m’approchai d’un des cercueils et par curiosité
j’essayai de l’ouvrir doucement. Soudain le couvercle de celui-ci me glissa
d’entre les doigts et fit un bruit fracassant. Je voulus retenter ma manœuvre,
mais un bruit sourd provenait de l’intérieur du cercueil !! Par peur je reculai
et … je vis… le couvercle du cercueil s’ouvrir en face de moi et une main
vivante en sortir. Terrifié et angoissé, je pris la fuite.
Deux ou trois jours plus tard, j’étais devant une toile, je trempais mes pinceaux
dans une peinture mate de ma composition. Je commençais à mettre en place les
lignes directrices, en noir, c’est-à-dire les cercueils et la voûte d’où je
venais ; ensuite je changeai de pinceaux et commençai à charger le tableau en
couleur, avec du marron, du jaune….. Je décidai d’appeler ce tableau «
L’inhumation prématurée ». Quand j’y repense : c’était un mort vivant dans la
chambre funéraire !!!
490. Louis Gallait, Les derniers honneurs rendus aux comtes d’Egmont et de Hornes, gallait_egmont
L’hommage rendu à nos
héros
Un soir d’hiver durant l’année 1851, n’ayant aucune envie de dormir, je sortis
dans la rue malgré les risques. Je vis une église au loin qui n’avait plus de
clocher et qui avait été pillée à cause des guerres de religion qui s’était
installées dans mon pays. Un groupe de fantassins allait vers ces ruines
d’église, alors je profitai de leur passage pour bénéficier de leur protection
car la famine s’était étendue tel un fléau. Il n’était pas rare de se faire
dépouiller à chaque coin de rue.
Les gardes et moi entrâmes dans cette église et là je vis des morceaux de bois
formant une croix, comme des tombes dont les noms auraient été effacés
par le temps. Je savais que c’étaient les « tombes » de deux des héros
révolutionnaires de mon pays qui s’étaient battus honorablement pour notre
indépendance. J’appris par l’un des gardes qu’ils avaient été décapités le 5
juin 1568 à Bruxelles et que ces personnes n’avaient pas eu de funérailles
dignes de leur courage. Alors pour réparer cette injustice, je pris mon bloc à
dessin et fis un croquis ; mais à la place de ces deux « tombes », je fis un
lit sur lequel ils reposaient avec tous les fantassins autour d’eux pour leur
rendre hommage.
Je dus partir le lendemain car je fus appelé à Versailles. Là-bas, je fis une
toile immense et l’envoyai au pays pour que personne ne les oublie
jamais.
491. Nadar catacombes
Un soir de l’hiver 1888 où il était assis au coin de la
cheminée, Edouard se rappelait une histoire que son grand-père lui avait
racontée quand il était jeune. A l’époque il devait avoir aux alentours de
douze ans mais il était déjà fasciné par les récits de son grand-père. Il faut
dire que la famille Détaille a une place dans l’histoire de la guerre française
car le grand-père d’Edouard fournissait des armes pour le compte de Napoléon.
Epuisé, Edouard alla se coucher en gardant à l’esprit ce souvenir de jeunesse.
Une fois dans un sommeil profond, il se mit à imaginer et vivre ce moment.
Toute la nuit, il rêva qu’il était sur un champ de bataille avec ses
compatriotes. Ils dormaient tous d’un seul œil, prêts à bondir sur leurs armes
pour tenir leur position face à l’ennemi.
Chaque homme rêvait qu’ils sortiraient glorieux de la bataille. En effet, à la
lueur de l’aube, le ciel laissait croire que la guerre serait sans dommages et
sans pertes, car les nuages prenaient la forme d’une armée revenant du combat,
tout en laissant apparaître la vérité, représentée par le sol obscur et
sinistre.
Quand Edouard se réveilla, il n’arrivait pas à le croire : les récits de son
grand-père étaient une telle source d’inspiration ! Quand il reprit ses
esprits, il décida d’immortaliser ce moment intense, partagé entre les faits
réels et son imagination.
Il réalisa une peinture qui illustrait son rêve, se souvenant des leçons
d’Ernest Meissonnier qui lui avait appris la finesse de l’exécution et donné le
goût de l’observation précise.
Il y a sept ans, après avoir fait le panthéon Nadar, j’ai décidé d’aller aider
mon frère Adrien à monter son entreprise. Puis, j’ai découvert que celui-ci
utilisait mon pseudonyme comme signature à ses œuvres. Je me mis alors à mon
propre compte et ma carrière atteignit son apogée ; Dumas, Gautier, Rossini,
Berlioz passèrent dans mon atelier.
C’est là que je décidai de faire des choses que personne n’avait jamais osées,
comme en 1858 avec la photographie du monde vu du ciel. Deux ans plus tard, je
me lançai dans un projet aussi fou, photographier des endroits non éclairés à
l’aide d’une lumière artificielle avec des piles bunsen. C’est ainsi que je
photographiai les catacombes.
Je me rendis dans les catacombes de plusieurs villes et c’est à Paris que je
trouvai les meilleures. C’était une grande allée, les parois étaient faites de
crânes. Je plaçai le projecteur du côté gauche de l’allée. Je ne pris pas la
photographie de face, mais en perspective, de façon à faire ressortir les
crânes et à accentuer le côté lugubre de l’allée, avec le dégradé que fait la
lumière. Plus on s’éloignait, plus l’image était sombre.
C’est l’une de mes photographies préférées.
492. Degas, Le tub ORSAY7
Gustave marche pour rejoindre son ami Edgar. Gustave a treize ans, il est le
fils de M. et Mme Lyo. Depuis quelque mois, il a rencontré Edgar qui est un
artiste de cinquante-quatre ans. Edgar est né à Paris en 1834, il aime le
dessin, la musique et beaucoup d’autres choses. Il a fait de nombreux voyages
en Italie, car il aime le style des grands maîtres tels que Raphaël. Edgar
raconte ses tableaux et ses histoires au jeune Gustave.
" Ah ! Te voilà, je t’attendais. Aujourd’hui je vais te raconter
l’histoire d’un de mes tableaux qui est sans doute pour toi comme les autres
tableaux de sa série, et pourtant celui-ci est complètement différent. Il
s’agit du Tub.
- C’est vrai qu’il se confond avec les autres, mais qu’a-t-il de si différent ?
- Et bien, ce tableau je l’ai peint en 1886, il y a deux ans. C’était un soir
d’automne, j’habitais déjà à Paris, dans un petit appartement. Ma voisine de
palier s’appelait Estelle. Elle était belle, tous les hommes lui faisaient la cour.
Un soir, j’étais sorti avec des amis et en rentrant chez moi, j’entendis des
hurlements atroces. Je n’étais pas très courageux de nature, mais par
curiosité, je m’approchai discrètement des cris. Je reconnus alors Estelle. Que
faisait-elle dehors à cette heure ?
Quand je compris ce qui lui arrivait, il était trop tard pour intervenir. Je la
ramassai en pleurs et je la reconduisis chez elle. Là, elle me demanda si je
pouvais rester avec elle pour la nuit. J’acquiesçai. Je remplis une bassine
d’eau chaude et j’allai sur une chaise un peu à l’écart. A ce moment, je sortis
mon bloc sur lequel j’étudiais mes esquisses. Et je la dessinai nu, accroupie
dans le bac. Son visage exprimait tout son dégoût et sa rage. Elle était
toujours belle. En rentrant chez moi, je pris mon chevalet et je fis de
l’esquisse, le Tub. A partir de cette œuvre, je peignis une série de femmes à
leurs toilettes quotidiennes, non pour me souvenir de ce viol, mais seulement
parce que j’avais aimé la dessiner dans toute sa simplicité et j’aimais qu’elle
soit nue face à moi.
- Mais vous n’avez rien fait pour elle et elle s’est laissée dessiner ?
- Je t’ai dit que je n’avais rien pu faire et elle était tellement désemparée
qu’elle ne voyait pas que je la dessinais.
- Je vous remercie pour cette histoire. Je reviendrai demain, car il est déjà
dix-sept heures et qu’il faut que je rentre avant la nuit.
- D’accord. Bonne soirée mon petit.
- Merci, vous aussi M. Degas.
493. J.L David Marat assassiné louvre (17)
Les gens hurlaient à perdre haleine, certains même pleuraient ou chantaient,
d'autres ne disaient rien, les rues de la ville étaient boueuses en hiver,
poussiéreuses en été, l'hygiène était précaire ; voilà l’ambiance dans laquelle
je vivais. Ma vie n’était qu’illusion, j’était très malheureux. Je vivais seul,
recroquevillé sur moi-même en attendant que la vie me prenne.
Le seul rayon de soleil qui a sut transpercer ma vie sombre
est Charlotte. Comme chaque matin, l’allais chercher le nécessaire pour vivre.
Mais ce matin-là, je l’ai rencontrée alors que je marchais tranquillement. Au
moment où nous nous sommes croisés, nous nous sommes mutuellement dévorés des
yeux. Je l’ai observé longuement. Elle avait les cheveux ors et les yeux si
bleus, si profonds en émotions qu’elle me fit rougir un instant. Je crois que
l’on peut dire que j’avais eut le coup de foudre ! C’est alors que je me suis
mis à la suivre pour ne pas mourir de solitude, il fallait que je la
conquérisse. J’ai donc décider de l’aborder, ce que j’ai fait. Quelques jours
plus tard alors que nous avions fait plus amples connaissances, je l’ai invitée
à prendre le thé chez moi. Après avoir longuement discuté de choses et
d’autres, nous avons fait l’amour comme jamais je ne l’avais fait auparavant.
Malheureusement après ce rayon de soleil, est arrivé
l’orage. Alors que je menais la révolution, je fus emprisonné car j’avais voté
la mort de Louis XVI, ainsi qu’invité le peuple à se révolter à travers le
journal que j'avais créé : « L’homme du peuple ». Cette lettre que vous lisez
en ce moment, j’ai commencé à l’écrire en prison. Dans cet endroit lugubre, je
suis retombé dans l’hombre de la solitude, je me suis demander si ce n’est pas
à cause de Charlotte que j’ai croupi en prison. Je me demandais si ce n’est pas
elle qui m’a trahis. J’avais une entière confiance en elle mais elle seule
savait ce que je faisais. Après être sorti de prison, j’étais un homme fini. Je
suis allé voir un peintre de bonne renommée et je lui ai demandé de me peindre.
J’ai demandé à J.L David, le peintre, de peindre ma mort. En effet je voulais
me suicider mais je voulais qu’il reste une trace de moi dans ce monde si
cruel. Je voulais qu’il l’intitule la peinture « Marat assassiné » !! Je
n
e voulais pas que l’on sache que je me suis suicidé. Alors que la toile,
les pinceaux, les peintures et le peintre étaient prêts, je me suis installé
dans ma baignoire, j’ai relu pour la dernière fois la lettre et je me suis
suicidé. Je suppose que David a dû commencer à peindre, certainement à
contre-cœur et avec des traits de pinceaux assez tristes ou peut être ne
l’a-t-il pas fait, peut être n’a-t-il pas eut le courage de le faire. En tout
cas, ce que je sais, c’est que je ne suis plus là pour le vérifier.
Marat.
494. Nadar Charles Baudelaire au fauteuil. ORSAY1
Voilà maintenant une heure que je suis dans mon atelier, l’ennui et la
lassitude ont envahi la pièce. Le temps s’est couvert, un nuage obscure a
assombri le ciel, les premières gouttes de pluie sont tombées. Il y a quelques
années, alors que le ciel ressemblait à celui-ci, j’ai réussi à faire une
photographie exceptionnelle de mon ami Charles.
En cette période, Charles Baudelaire était
très occupé par son travail de critique d’art. Cela faisait plusieurs jours
qu’il effectuait d’épuisants trajets pour se rendre dans des galeries d’art
afin de trouver la perle rare pour ses revues critiques. Charles ne veut pas
accepter que la photographie fasse partie de l’art, pour lui, elle ne suscite
pas l’imagination que provoquent les écrits, c’est malheureusement le sujet
principal de nos malentendus. Malgré sa façon de penser, il m’a quelques fois
demandé de le photographier.
Un soir, alors que nous nous étions disputés la veille, il me donna rendez-vous
à la terrasse du café de la rue Saint-Lazare, à deux pas de mon atelier. Nous
bûmes une boisson chaude, il me regarda très sérieusement et me dit :
-Demain, je suis convié à participer à une exposition de tableaux, et je
souhaite que vous m’accompagniez.
Je restai surpris et il s’en aperçut :
-Pourquoi voulez-vous que j’aille avec vous ?
-Je veux vous montrer combien la peinture et la photographie sont différentes,
et que vous fassiez appel à votre imagination en contemplant ces œuvres d’art.
Ses mots m’ont permis de comprendre que Charles avait gardé un goût amer de
notre discussion de la veille, c’est un ami cher alors je ne pus refuser son
invitation.
Le lendemain, je me rendis avec lui dans cette galerie, la pièce était très
vaste, les tableaux recouvraient tous les murs. Charles scrutait le moindre
détail et prenait des notes tandis que je discutais avec certains peintres.
Quand il eut terminé, il revint à mes côtés et m’interrogea :
-Est-ce que cette visite vous a fait changer d’avis sur la photographie ?
-Je dois vous avouer que non, lui répondis-je, mais il est vrai que ces œuvres
ne m’ont pas laissé indifférent.
Il me sourit, il semblait être satisfait de ce qu’il venait d’entendre. Je lui
proposai de venir se détendre un instant dans mon atelier, il accepta avec
joie. En arrivant, il se dirigea directement vers le fauteuil qui se trouvait
devant la cheminée au fond de la pièce, le temps s’était gâté.
Je lui offris un café, il but et se plaça de manière confortable et à l’aise au
fond du fauteuil, il posa son coude sur le bras de celui-ci et laissa sa tête
se glisser lentement sur la paume de sa main. Il semblait être absent, il
souriait légèrement, et sans qu’il ne le remarque, je pris mon appareil
photographique, l’occasion était inespérée. Charles, pour la première fois,
depuis longtemps, se laissa aller, mon cœur battait vite, je le sentais cette
photographie serait ma perle rare. Aujourd’hui, elle reste cachée quand Charles
Baudelaire vient me rendre visite, je ne souhaite pas qu’il m’oblige à m’en
séparer.
495. Léonard de Vinci Saint Jean-Baptiste 1513-1516 Louvre (30)
Un noir épais et résistant, une obscurité presque
omniprésente qui déteint sur le Monde. Et dans cet univers sans espoir, un
homme se dresse, qui rit de l’ironie du sort. Il rit, assurément, il rit de la
vérité limpide, transparente même. Cela est simple : tout provient, dépend et
retourne à Celui qui aime tous ses sujets, Le Créateur. Mais les peuples se
détournent souvent de l'évidence pour chercher la lumière dans le noir alors
que cet homme qui sait, lui, irradie la naïveté et la complicité de l’enfance,
les clés du savoir et de la paix. Sa chevelure bouclée tombe sur un buste
dénudé qu’un unique drap suffit à habiller. Une longue croix de bois
contre le cœur, l’homme la désignant de la main droite en même temps que les
cieux, montrent la voie à suivre. C’est dans cet habit pieux que l’homme
éclairé, Saint Jean-Baptiste, enseigne une doctrine mal aimée de tous. La
lumière céleste qui l’accompagne, la grâce divine qui éclaire sa longue route,
da
ns la nuit de l’ignorance guide le prosélyte dont le labeur ne peut
éteindre la ferveur du passionné. L’obscurité environnante recule même devant
la chaleur de celui qui reflète la vie sur son visage, la bonté dans le sourire
et le bonheur dans des pommettes dignes du plus heureux des hommes :
l’incroyant éclairé !
496. Ernest Benecke Orient3
J’ai décidé de choisir une image dans la rubrique « Voyages
en Orient », titre qui, déjà, parsème la tête de beauté, de senteurs, et avant
tout de vérité. Cette photo est prise par en Nubie qui se situe au centre de
l’Afrique. Cette photo est effectuée en 1852 soit plus d’un siècle et demi en
arrière. J’ai choisi cette image dès l’instant où elle m’est apparue à
l’écran, sans hésitation, cette photo m’inspire énormément et m’emplit d’une
admiration comparable à celle des enfants qui découvrent pour la première fois
un feu d’artifice. Ce qui m’a charmée sont les teintes de la photo, un peu de
noir, de blanc et quelques couleurs très discrètes comme l’ocre viennent
apporter une touche de chaleur bien que l’image même représente un symbole
d’amour et de chaleur à mes yeux.
Ce qui m’a frappé lorsque j’ai vu cette image c’est avant tout la simplicité et
la vérité qu’elle dégage, je ne saurais l’expliquer mais je me retrouve totalement
dans cette image.
Au premier plan, on aperçoit deux femmes africaines, l’une est petite, un peu
courbée, elle tient un enfant dans ses bras, elle le tient avec protection et
bienveillance, à côté d’elle, une autre femme, plus grande, elle est pourvue de
toute la splendeur africaine, elle doit être la fille de l’autre femme et la
mère de l’enfant que celle-ci porte. Les deux femmes sont habillées de longues
robes ou de long tissus qu’elles mettent sur la tête car le soleil est plus
fort que tout dans les pays chauds d’Afrique.
La grande femme tient a l’aide d’une de ses mains, une énorme panière qui a
l’air beaucoup plus lourd qu’une panière. Peut-être est-ce de l’eau ou bien des
récoltes de minerais, récoltes agricoles ou autre. Cette femme semble avoir un
courage et une force subliminale, c’est elle qui, selon moi domine la photo,
elle est l’Afrique et ses cultures perpétuées depuis des siècles et des
siècles. La femme qui se trouve à côté d’elle, qui semble être sa mère apparaît
à mes yeux comme le symbole même de la « maman » serrant fort son enfant dans
ses bras, elle me rappelle une chanson sur les mères d’Afrique, elles sont
aussi féroces que les lionnes lorsqu’on s’en prend à leurs enfants mais elles
sont des reines, usines de sagesse, déesse de patience, de corvées …
Un détail m a interpellée également : ces deux femmes sont pieds nus, sous le
soleil de plomb, probablement en plein désert de Nubie, elles marchent tantôt
sur du sable bouillonnant tantôt sur des pierres rocailleuses tantôt dans l’eau,
ses pieds nus traversant terres et mers pour vivre, pour assouvir une faim qui
peut-être est insoutenable, ses pieds nus poursuivant un à un les pas lourds
d’une longue marche sous les rayons de feux du soleil, sont pour moi un symbole
très important, capital je dirai même, ils représente pour moi tout le courage
qu’une femme peut avoir pour les siens.
Pour moi cette photographie est un reflet de noblesse, d’humilité et d’amour.
Il respire la vérité, l’authenticité. Les femmes sont naturelles, elles ne sourient
pas mais elle ne paraissent pas vraiment malheureuses à mes yeux, ces femmes là
ne peuvent vivre ailleurs qu’en Afrique sous quoi ce continent perdrait une de
ses plus grandes richesses, une des ses plus grandes forces.
J’ai choisi ce tableau également car la leçon de vie qu’il dégage est celle que
ma propre mère s’est efforcée de m’inculquer depuis le jour de ma naissance,
elle m’apprit l’humilité, l’amour, la persévérance, le courage, tant de notions
qui ont bourdonné dans ma tête à le vue de cette belle photo.
Certaines personnes liront sur ce tableau une vie de misère et de pauvreté dans
un pays où rien n’est accessible mais j’ai voulu voir plus loin et j’ai
décrypté un message de noblesse et de beauté. J’aime la bonté de leurs visages
qui semble dire que rien n’est nécessaire à la vie pour être heureux.
497. Photographie de Jean-michel Fauquet. Fauq (10)
Au mois d’avril, l’an dernier, nous sommes allées avec mes
parents dans un musée, dans le sud du pays. Le jour où nous y sommes allées, il
y avait une exposition sur le peintre
Je faisais le tour des photos, je les regardais les unes après les autres. A ce
moment précis, je m’arrêtais sur cette photographie.
Au premier coup d’œil elle me parut chaotique. Cette mer et ce ciel si
confondus ! Ces nuages si sombres et belliqueux ! Cette mer si agitée ! Si
remuée, qu’on dirait presque qu’elle était en colère.
Au milieu de tout cela, brandissant, ces trois tours de pierre, montrant une
certaines importance dans la photo. Au milieu de tout, elles dominent. Reliant
ciel et mer, elles font œuvre de liaisons entre ces deux mondes. Les seuls
survivants d’un cataclysme.
Au fond, quand on étudie bien cette photographie, on dirait une représentation
d’une fin du monde.
498. Quentin MetsysLe Prêteur et sa femme 1514 (louvre) 44
Je me revois assise aux côtés de mon mari. Moi, plongée, oui j’ai bien dit
plongée dans la Bible. Ma dévotion religieuse a échappé à cette époque, celle
qui a lancé l’idée de vouloir posséder de plus en plus d’argent. Ce moyen
d’échange a détruit la piété. Regardez, sur cette peinture, mon mari est assis
et que fait-il ? Il compte son argent, celui qu’il peut gagner en faisant des
prêts. Hors, cela étai interdit quelques années avant. Et cette légalisation a
tué la pensée de l’être humain.
Nos vêtements traduisaient aussi notre état d’esprit. Mon mari touché par le
pouvoir dévastateur de l’argent et moi femme qui en subit les conséquences tout
en ayant gardé la foi en Dieu.
Pourquoi, pourquoi n’ai-je pas compris plus tôt que mon mari faisait de ces
gens qui donnaient une image néfaste de la religion ? Pourquoi n’ai-je pas vu
qu’il ne se souciait plus de moi ? Toutes ces questions que je ne m’étais
jamais posée effleurent aujourd’hui mes pensées. Les balades le long des
sentiers de notre village, les discussions avec les gens de notre milieu. Voilà
ce qui constituait notre vie d’avant. Cette vie remplie de bonheur : c’est ce
que le miroir reflète.
Malheureusement, cette joie de vivre s’est transformée en cauchemar lorsque
l’argent a rendu mon mari insensible. En voyant ce portrait, on peut lire mon
scepticisme sur mon visage. Sceptique sur quoi? Sur mon futur. Ce futur rempli
de personnes attirées par la richesse et non pas de valeurs de l’autre.
Me rendais-je compte de toutes ces choses ? Non, je viens seulement de me
réveiller. Malheureusement trop tard car mon couple est déjà détruit. Et moi je
suis en train de mourir à petit feu. Car malgré cette vie démolie j’aimais mon
mari.
Voilà ce que je retire aujourd’hui lorsque je revois cette peinture, où nous
figurons mon mari et moi. Et je me demande combien d’êtres humains vont encore
souffrir à cause du vulgaire métal jaune.
499. J. Martin, Maori salutations, Sans date (début XXe siécle) Tirage noir et blanc sur papier, viré sépia.JMartin
L'émouvant salut de
deux ennemies...
En Nouvelle-Zélande,dans un quartier Maori,près de Wellington,une tribu
d'origine polynésienne sortait du temple où ils effectuaient leurs prières et
leurs rituels.Katarina,une jeune fille de 12 ans à fort caractère,sortit avec
ses parents de ce temple.Tout à coup,elle se retrouva en face de sa pire
ennemie,Urculia,une fille de sa classe,depuis leur pus jeune age.En voyant
Urculia,son coeur se mis à battre très fortement,elle ressentit une telle
colère qu'elle en devint rouge écarlate!Le problème c'était que ses parents
étaient très bons amis avec les parents d'Urculia.En se voyant ils se
fient le traditionel salut Maori,qui consiste à se prendre la main et se
frotter nez contre nez...Les parents ne se sont jamais doutés que leurs deux
filles se détestaient,pour faire bien devant eux les deux jeunes filles se
sentirent obligées de se dire bonjour.En voyant cette scène,que je trouvée à la
fois étonnante et magnifique,je demandit aux filles si je pouvais les prendre
en photo e
n faisant ce salut.Les deux couples de parents trouvaient cette idée
géniale,mais je voyais bien que cela génait les deux fillettes,je les ai prises
en photographie et les remercia très sincèrement.Katarina m'explica toute
l'histoire dans l'oreille pour que personne n'entendent.Je m'excusa de l'avoir
fait refaire cette scène alors que c'était presque insuportable pour elle,mais
c'était tellement beau que je ne pu m'en empécher,surtout devant ce temple qui
était magnifique.Je lui conseilla d'en parler à ses parents pour que le
problème soit réglé,nos route se quittèrent...Je sius encore toute émue de voir
cette photo,et j'espere qu'elle se sont expliquées et qui c'est?peut etre
devenues meilleures amies...
500. Série Palestine © Véronique Vercheval V14
Le 28 juin 2002, à Bruxelles
Ma chère amie,
Voila déjà deux mois que je suis revenue de Beit Jala dont les images des
maisons détruites, des rues défoncées et des murs éventrés sont toujours dans
ma mémoire.
Je t’écris aujourd’hui pour te faire parvenir cette photo qui te fera tellement
plaisir.
Te voila, ici, toujours aussi souriante même dans les moments les plus durs de
la vie. Tu es là, dans les bras de ta belle sœur, Samira lors d’un couvre feu,
qui, comme tous les autres est toujours aussi émouvant car il permet des
retrouvailles.
Je me souviens encore de la joie que vous partagiez pendant ces cours instants
de bonheur, toujours les mêmes douleurs quand il fallait se séparer. Le seul
endroit où vous pouviez vous retrouver, c’est ici, à l’Inad Théâtre, ton
théâtre. Tu y risquais à chaque couvre feu, ta vie pour celle des enfants. Leur
seul moment de bonheur pendant la guerre était la culture, c’était la seule
chose qui t’importait. Tu mettais tout ton cœur pour les sortir de cette
misère. Je me souviens de ce jour, c’était le 30 avril 2002 lors d’un de ces
couvre feu où tu y retrouvais Samira ; dernières embrassades avant se terrible
drame. Il a fallu une seule seconde d’insouciance pour que ta vie change… Tout
le sens d’une vie effondré en un instant.
A ce moment là, j’ai pu voir toute la fierté d’un peuple humilié mais heureux
de combattre pour défendre le peu de chose qui lui reste.
C’est grâce à cette solidarité que la ville résiste peu à peu dans la
poussière.
En regardant cette photo j’espère que tu réaliseras tout l’amour que te portais
ta belle sœur quand elle t’encourageait à réaliser tes plus grands souhaits.
Je ne te remercierai jamais assez pour ton hospitalité et l’accueil que tu m’as
offert durant ce court séjour.
Dans l’espoir de te revoir, ta grande amie Véronique.
501. David La mort de Marat Louvre (17)
Aveu
J'étais là, devant cette baignoire où je venais de commettre un crime. Moi
Charlotte Corday, jeune royaliste, je l'avais tué.
Devant cet homme, je ne pouvais plus bouger, aucun bruit n'envahissait la
pièce, j'étais seule désormais face à la mort.
Les mains tachées de sang, encore tremblante, je m'avançai en sa direction, et
posai le couteau au pied de la baignoire, pour que tout le monde sache que
Marat, ce « grand homme », avait été tué par ce si petit objet.
J'observai ce corps si parfait et remarquai comme le fond très sobre accentuait
le drame de la scène. La lumière focalisait mon attention sur l'essentiel,
m'attirant vers ma victime.
Son visage était éclairé par une douce lueur stellaire; celle qui, sans doute,
était en train de l'appeler à elle. Son sang si pur, si rouge, coulait le long
de sa poitrine comme les larmes qui coulaient le long de mes joues en
observant, désorientée, la beauté de cette scène.
Mes mains ne tremblaient plus, je souriais, tout en étant fascinée par ce
spectacle. Attendrie par cette scène magnifique, comme dans un rêve, je lui mis
alors dans la main droite une plume, puis, dans la gauche, la lettre que je lui
avais tendue quelques secondes auparavant. Je fis cela afin que tout le monde
se rappelle que l'homme du peuple ne s'était pas fait corrompre, mais
assassiner par une femme. Par moi. Charlotte.
C'est alors que, brutalement, je me rendis compte de mon effroyable crime
et réalisai que j'avais fait de cet homme un martyr.
502. Série Palestine © Véronique Vercheval V14
Paris, 20h45…
Ce matin, j’ai cassé la tasse préférée de ma sœur. Nous nous sommes disputées.
- Cassée ! Tu l’as cassée !
J’ai tout ce que je veux, mais j’ai aussi une sœur. Fille unique…ç’aurait été
le bonheur. Mais j’ai une sœur odieuse et capricieuse…alors c’est toujours des
pleurs.
- On va la recoller ta tasse !
- Non ! C’est trop tard ! Elle est cassée ! Tu l’as cassée.
Elle fait pourtant partie de ma vie. Je n’y peux rien.
Cet après-midi, j’étais dans ma chambre. Je m’ennuyais. Je pensais. Je
déprimais. Mais évidemment, impossible d’être tranquille avec une sœur dans sa
maison. Caprices, éclats de voix, portes claquées, pleurs…famille en douleur.
Il faudrait qu’elle parte de la maison, qu’elle comprenne que c’est moi la
préférée. Je resterais seule ; comme une vraie fille unique. Mais bien sûr,
elle est trop égoïste pour penser à moi. A chaque dispute, elle demande pardon
aux parents ! Et moi ? A moi aussi elle devrait en faire des excuses. La
moindre des choses serait de me demander si sa présence ne me pose aucun
problème. Parce qu’à vrai dire, elle m’en pose un. Je ne veux pas avoir de sœur
!
Ce soir, il a fallu manger en face d’elle. Toujours elle. Comme à chaque repas,
pas un mot. Silence total. Heureusement, nous avons une télévision. Rien de tel
pour couvrir les bruits crispants des couverts qui grincent sur les plats.
Vingt heures. J’ai horreur des informations, horreur de cette succession
d’images négatives, de faits divers complètement inintéressants, horreur de
cette violence, si loin de moi. Comme tous les soirs, j’ai regardé les images
sans réellement s’intéresser à leur contenu. Des morts, des blessés, des
pleurs…
« …Cet après-midi en Palestine, un attentat à la voiture piégée a fait
trois morts et huit blessés. Les violences ont continué plus tard dans
l’après-midi faisant de nouvelles victimes. Reportage, Martin Périot et Yvette
Hisard…».
Coup d’œil distrait à l’écran. Bâtiment détruits, pleurs, corps à demi cachés
par des draps tachés de sang. J’ai quitté le téléviseur des yeux quelques
instants. J’ai horreur de voir des morts à la télévision.
Des jours endeuillés, noircis par des attentats devenus banals, voilà ce qu’ils
montrent toujours. Le quotidien, la vie, c’est ce qu’ils oublient. Ils filment
la mort et la violence qui plongent les âmes dans la douleur, mais ils ignorent
la vie. Il leur faut des « images chocs », du « sensationnel » ; ce sont
leurs mots. Les sourires, l’espoir n’entrent pas dans leur conception du sensationnel.
Et pourtant un sourire…
Il n’y a pas si longtemps, dans un magazine, ils ont publié un dossier spécial
Palestine : la Palestine vue par huit photographes. Pas de mort, pas de sang,
pas de scoop, mais des images combien plus bouleversantes ! Des images
d’enfants, des sourires touchants, des visages magnifiques et puis des
check-points, des rues désertées par une population à la vie troublée et
déterminée par des couvre-feu parfois trop aléatoires, parfois trop rigoureux,
des bâtiments résistant péniblement à un écroulement pourtant inévitable, des
immeubles aux fenêtres manquantes ou en partie brisées… D’ailleurs, tout là-bas
semble brisé, tout sauf peut-être une certaine humanité, une humanité que la
population aurait soigneusement préservée de la violence et de son venin
assassin.
C’est précisément cette humanité qu’ils avaient réussi à saisir dans leurs
clichés, et tout particulièrement cette photographe belge, Véronique Vercheval.
Avec toute la sensibilité qu’une femme peut avoir, elle avait réussi à capter
un zeste de bonheur à quelques mètres seulement de la destruction et du chaos.
Deux femmes aux sourires tendres et sincères étaient enlacées devant un
bâtiment éventré. Retrouvailles ? Réconfort ? Soulagement ? La légende en bas
de page le disait, mais elle était inutile et presque de trop. L’image se
suffisait à elle-même. Ces deux femmes s’aimaient comme des sœurs et la
sincérité de leur étreinte teintait cette photographie d’une telle force et
d’une telle sérénité qu’on pouvait facilement frissonner en la regardant.
La plupart des gens n’ont aucune idée de ce que peut-être une journée en
Palestine. Et ils ne le sauront probablement jamais. « C’est si loin de moi »
disait cette jeune parisienne devant sa télévision. Mais c’est tout le contraire.
C’est si près.
Beit Jala, 20h45…
Ce matin, une bombe a démoli notre immeuble. Nous nous sommes enlacées.
- Vivantes ! Nous sommes vivantes !
Je n’ai plus rien, mais j’ai une sœur. Je donnerais tout pour l’avoir toujours
près de moi. Je voudrais tant qu’elle soit heureuse. Enfin heureuse !
- On reconstruira tout, tu verras. On se reconstruira. Je te le promets.
- On a la vie devant nous pour essayer. Toute une vie.
Jamais je n’aurais eu la force de continuer sans ma sœur. Elle est tout pour
moi. Elle est douce, forte et rassurante. Ma sœur, c’est un ange. Mon ange
gardien.
Cet après-midi, en ville il y a eu beaucoup de violence. Trop de violence.
D’ailleurs, la violence est toujours de trop dans le cœur des hommes.
Nous avons marché un long moment. Par où sommes-nous passées ? Je ne sais plus.
Je me souviens seulement que nous voulions nous éloigner de notre immeuble en
ruine, nous éloigner de la cruauté. Quelle illusion ! Chercher à fuir la
barbarie humaine dans un monde comme le nôtre !
Cet après-midi, j’ai compris le mot « douleur ». J’ai vu des choses pour
lesquelles il n’y a pas de mot ; ou plutôt pour lesquelles il y en a trop.
Souffrance, haine, rancœur, violence, cruauté, atrocités : j’ai vu ce qu’était
l’inhumanité.
Des gens étaient couverts de sang et de poussière, d’autres avaient eu moins de
chance et reposaient, à même le sol, cachés par des linceuls de fortune. Une
femme, les yeux dans le vague, criait d’une voix rauque et pleine de sanglots ;
son enfant était passé à côté de cette fichue voiture au mauvais moment. Elle
tenait son petit amour dans les bras et le berçait, comme pour l’endormir, pour
qu’il ne souffre plus. A certains moments, elle arrêtait de se balancer et
essayait de le faire revenir à lui. Mais il était déjà parti. Ambulanciers,
policiers, militaires, civils, tous s’occupaient des blessés ou des morts,
couraient et criaient, des femmes se lamentaient, des enfants jetaient des
pierres…Des coups de feu ainsi que les sirènes plaintives et stridentes des
ambulances venaient se joindre aux cris et aux pleurs, rendant la scène encore
plus malsaine.
Ma sœur, m’a pressé la main me faisant comprendre qu’elle ne pouvait plus
rester là, elle était tout aussi bouleversée que moi. Aujourd’hui, ni l’une ni
l’autre n’avions la force de voir une telle scène. Ce qui est arrivé après ? Le
chaos. Tout est flou et confus dans mon esprit. Nous étions en train de nous
éloigner quand une nouvelle explosion s’est faite entendre. Nous avons commencé
à courir, ma sœur me tenait toujours la main. Il y avait beaucoup de bruit
autour de nous, beaucoup de gens aussi. Un homme est passé près de ma sœur en
courant ; j’ai entendu plusieurs coups de feu, trois ou quatre peut-être et
j’ai vu l’homme tomber, le sang couler de sa tête et sa chemise trouée se
teinter peu à peu. J’ai vu rouge. Rouge sang. J’ai poussé un cri. Ma sœur non.
J’ai senti sa main lâcher la mienne. J’ai d’abord cru qu’elle avait mis sa main
sur la bouche pour ne pas crier, ou sur les yeux pour ne pas voir cet homme
mourir. Mais en me tournant pour voir si elle pleurait, j’ai
vu rouge. Rouge sang. Après, je ne sais plus. Je ne sais plus ce que j’ai
fait. J’ai pleuré, j’ai hurlé, j’ai tremblé. Je ne sais plus.
Ce soir, je suis dans un endroit sûr, m’a-t-on dit. Où ? Je ne sais pas
vraiment. Un centre d’accueil ? Une maison ? Je ne sais plus. Puis cela n’a
aucune importance. Ma sœur n’est pas là. Elle n’est plus là. Elle ne sera plus
là. Mon ange gardien s’est envolé pour toujours. Il fait nuit maintenant et
j’ai froid. Ses ailes ne sont plus là pour me réchauffer. Elle en avait besoin
pour s’envoler vers un autre monde. Un monde meilleur j’espère. J’aimerais tant
qu’elle soit heureuse. Enfin heureuse !
503. Les Travailleurs de la mer : Dans la brume Plume, encre brune et lavis HUGO7
Tu m'avais hanté tous les jours même la nuit, tu étais un
rêve devenu réalité.Suis-je mort?
Oui, j'en suis sûr.
Ce n'est pas possible la rencontre m'a rendu fou. La sensation que j'ai
ressentie à cet instant ne peut-être que pour un homme à quelques secondes de
la fin.
J'étais résigné à ta vue, plus rien ne comptait au point où j'en étais. Je me
dirigeais que dans un sens, mon but ultime, celui auquel j'ai donné tant
d'importance depuis si longtemps. J'étais sûr que la fin serait proche. Le jour
a vraiment existé. J'ai pu m'en convaincre, tout était faux, mais j'étais
destiné, tu m'attirais à mon insu vers ce destin.
La force,tu que tu dégageais sortait de l'imaginaire, il a fallu le feindre
pour retranscrire ce qui a pénétré en moi à ta vue. Cette forme, tu étais le
noyau d'un tourbillon. Ce n'est pas possible, j'ai rêvé, mais c'était si vrai.
Chaque pas me provoquait d'horribles douleurs à l'estomac, j'avais le mal de
mer à chaque fois que mon pied touchait terre. Mais rien, n'était comparable
face à l'horreur que je voyais paradoxalement, c'était beau;
Aucune larme ne tombait de mon visage, car pour moi c'était la fin, c'est tout!
Ce fut comme un homme qui se noie dans une mer déchaînée, et peu à peu coule,
et se sent attiré vers le fond, il a juste le temps de contempler la surface
qui s'éloigne et de trouver cela beau.
Je ne peux expliquer la rencontre avec la tâche noire aperçue de loin.
Mais de près celle-ci, semblait-être une femme, plus en détail elle aurait pu
être ATHENA, la déesse de la guerre, elle m'a étonné dans un autre monde, je ne
peux vous le décrire car vous me prendriez pour un fou.
504. Photographie de Jean-Michel Fauquet fauq (6)
Libre Prison
Je voudrais connaître ma prison.
Savoir ce qu'elle est ou tout du moins comprendre ce qu'elle semble être.
En lieu et place de tout cela, elle ne me laissera sans doute jamais que
l'entr'apercevoir.
Je suis assis, je ne le suis plus. Je passe ma main sur la surface polie mais
mystérieuse telle le papier de soie. Les faux rebonds des ombres semblent
tourbillonner... Le feuillage d'un arbre s'y imprime, je me retourne, je
ne le vois. Arbre en un tel lieu ? Qui eut cru cela ? Cette façade se joue de
moi, elle se sait échelle de la peur et barreaux des réponses à mes émois.
Son indifférence me gifle, alors égratignons là. Quelques petites balafres
m'indiquent que d'autres le firent comme cela. Elle sait qu'elle l'emporte sur
ma raison, qu'elle demeure plus grande que moi. Est ce donc cependant raison
suffisant pour me narguer de ses sévères colonnes rieuses de lumière en éclats
?
La lumière... je m'accroupis et penche doucement la tête à l'Est. Là ! Une
ouverture ! Fine et triangulaire, peut être plus obtue que mon esprit au moment
où je songe à disparaître sous terre. Nul ne pourrait s'enfuir par cette porte,
beaucoup trop grande pour mon esprit et trop indiscrète en ce paysage.
Disparaître sous terre, donc. Suivre ce fantôme serpentant entre les fragments
de terre et les os fertiles, barrant la route à ces piliers qu'il ne put jamais
escalader. Ophis, attend-moi donc, toi qui par la brèche ou par ailleurs peut
bien courir.
Cette brèche ? Ne serait-elle point flèche ? Trait de mon esprit décoché par
l'arc des voûtes, levons donc les yeux sur ces dernières. D'églises, elles
entendraient mes prières. De château, elles m'indiqueraient l'ouverture de
pierre. Albâtres et dignes, elles préfèrent cependant me voir la tête à
l'envers.
Les yeux en haut, je les sentais, ce dragon peint au soleil levant, ces ombres
furtives pour l'occident... Oui, je les sentais ces signes de liberté
illusoires.
Les mains en bas, je m'appuie sur la dernière vision que je puisse en avoir :
Une mer houleuse gardée par le Leviathan, au loin parmi les barreaux suintants.
Cette prison serait-elle donc sans issue ? Suis-je en dehors ou suis-je dedans
?
La voûte, celle des cieux, demeurant aussi obscure que les autres, c'est là que
je le vois.
Un œil.
Un globe oculaire au-dessus de l'arcade du milieu à défaut de l'être en dessous
d'une sourcilière.
Une pupille grand ouverte sur ma réflexion, qui la sent et la touche du doigt.
Une iris de marbre loin de me laisser froid.
Le voilà qui se trouble, fantasque devant l'au-delà de la frontière qu'enfin je
conçois.
Je suis le contour de ces lignes, je ne suis enfin certain que d'une chose.
La prison est moi.
505. Jean-François Millet Le Printemps 1868-1873 ORSAY19
Je suis complètement fasciné : le spectacle qui se déroule
devant moi mériterait d'être peint car à cet instant l'aspect de mon jardin est
unique. L'orage qui fut si bref et si violent, est maintenant transpercé par la
lumière éclatante du soleil qui inonde le jardin de clarté. De l'association
entre la colère de la nature et son apaisement est né un arc-en-ciel dont
les couleurs contrastent vivement par rapport au ciel gris-noir. A l'abri sous
un pommier, je suis aux premières loges pour assister à la renaissance de mon
jardin : les rayons de lumière font revivre mes arbres et mes légumes que
l'obscurité du ciel avaient rendus sinistres.
De ma ferme au loin, jaillit l'arc-en-ciel comme si d'elle provenait le bonheur
et il est vrai que je suis heureux : je suis entouré du jardin qui est le fruit
de mon travail et je vis dans une ferme que j'ai construite moi-même.
Je ressens alors l'envie de conserver cette image, celle de la nature qui
peut-être à la fois domestiquée comme mon potager, et incontrôlable comme
l'orage...
Je décidai de retourner chez moi afin de peindre et ainsi de garder en mémoire
cette représentation artistique de mon jardin. On pense toujours que la beauté
de la nature est ailleurs et éloignée (dans les pays exotiques par
exemple.) alors qu'elle peut être présente sous nos yeux, il faut "
savoir" la contempler.
506. Jean-François Millet Le Printemps 1868-1873 ORSAY19
Je me rappellerais toujours cette journée où je devais
retrouver mon ami sous le grand châtaignier. Le ciel venait de pleurer une fois
de plus sur la terre. Grise était sa colère, ce jour-là, mais comme pour se
faire pardonner, le ciel offrait aux yeux des Hommes, un arc-en-ciel, lien
éphémère entre le ciel et la terre. Et de nouveau surgissait le bleu de la
nuée, avec comme cadeau d'Hélios, un rayon de soleil. Les oiseaux volaient haut
dasn le ciel comme ces petits nuages blancs, même gris pâle, qui commencent à
supplanter les mastodontes sombres, signe que la nature est redevenue paisible.
Le chemin sur lequel nous étions gardait jalousement les larmes du ciel dans
ses ornières. Déjà des fleurs avaient trouvé refuge sur le chemin conduisant à
la maison. Le printemps me semblait toujours en avance ici. Les arbres
portaient déjà leur ramure verte parsemée de fleurs roses et rouges. Ce paysage
magnifique est l'oeuvre de la nature, mais aussi du travail de mon ami
qui, à en juger par ce monticule de branches mortes, s'est encore occupé de son
jardin cet hiver. Je vis alors mon ami sous le grand châtaignier, il
m'attendait.
"_ Vivian, mon ami, enfin je te retrouve; mon voyage fut long et pénible
depuis Paris, mais mon coeur se réjouit à la simple idée d'être ici avec toi.
_Je suis aussi très heureux de te revoir Baptiste. tu as de la chance, tu sais,
le soleil est de retour depuis peu.
_Il est vrai que je suis chanceux. Toute cette lumière qui se reflète sur les
feuilles me donne l'impression que Midas les a changées en or.
_Je te rassure, ce n'est qu'un reflet, mais il est vrai que depuis la fin de
l'orage, le paysage a gagné en couleurs, même la forêt au loin, là-haut sur la
butte. Veux-tu que nous allions chez moi?
_Eh bien, j'avoue que j'ai eu du mal à retrouver ta maison parmi les arbres,
mais j'ai suivi du regard l'arc-enb-ciel et ta maison m'est apparue à son pied,
comme le chaudron d'or de la légende!"
507. Jean-François Millet Le Printemps 1868-1873 ORSAY19
Je me trouvais au musée d'Orsay à Paris et regardais le
Printemps de Millet en m'imaginant comment pourrait être la vie à l'intérieur.
Mes pensées devinrent réalité: je me retrouvais dans le tableau.
Il venait de pleuvoir: les nuages et le sol détrempés en étaient les témoins.
Sur ma gauche, on avait cultivé un potager. Il ne restait que des salades bien
vertes. Un arbre venait d'être taillé, ses branches gisaient sur le sol.
Derrière cet arbre, fleurissait un pmmier; les goutelettes sur les pétales
brillaint à la lumière du soleil. Après le potager, on apercevait au loin une
maison au pied de deux arcs-en-ciel. La légende veut qu'il y ait là un trésor.
Peut-être que cette maison abritait quelque chose de magique...
Sur ma droite, un vieux cerisier était aussi en fleurs. Au bout du
chemin,j'aperçus un vieil homme qui se tenait debout sous un chêne. J'allais à
sa rencontre, je marchais le long du chemin, plus j'avançais, plus la lumière
m'éblouissait; le soleil avait fait une percée dans les nuages. Il éclairait le
potager et la prairie, d'une couleur vert-doré.
Je me trouvais enfin devant le vieil homme. Il ne semblait pas surpris de me
voir.
"_ Enfin une éclaircie !" me dit-il " je vais pouvoir finir de
tailler mes arbres, et après j'irais bien chasser dans le petit bois. Vous
aimez la chasse ?
_ Non je n'aime pas tellement la chasse " lui répondis-je.
"_ Soit, mais vous ne refuseriez pas un bon café? Ma maison n'est pas loin
d'ici.
_ J'en serais ravi."
Pour aller chez lui, nous marchâmes le long d'une clôture blanche.
Mais au moment où je franchissais le seuil, quelque chose me fit revenir à moi
: c'était le gardien qui me donnait une tape sur l'épaule, " On ferme
Mademoiselle ! ".
508. Jean-François Millet Le Printemps 1868-1873 ORSAY19
Lorsque j'étais enfant, mes parents m'emmenaient en vacances
dans l'endroit le plus merveilleux du monde. Là, la nature était si féconde et
si belle qu'aujourd'hui, je regrette les temps anciens.
Lorsque je vis ce tableau, le Printemops de Millet, pour la première fois, de
nombreux souvenirs se bousculèrent dans mon esprit. En effet,cette scène me
donnait une impression de "déjà-vu". Tout était semblable : Je me
souviens de cet été de 1990 où ma soeur et moi battions la campagne. Une petite
allée, à quelques pas de notre lieu de vacances, nous fit alors découvrir un
paysage inédit.
Sur la gauche, la lumière rendait le potager si merveilleux que sa beauté nous
figea sur place. Ce jardin était pourtant tout ce qu'il y a de plus ordinaire,
avec ses rangées de laitues, ses arbres fruitiers et ses herbes folles. Sur les
pommiers, les fleurs étaient très belles et très colorées. Cette lumière
un peu étrange provenait d'un orage à peine terminé et qui fit apparaître deux
sublimes arcs-en-ciel. Au bout du chemin, quelques rayons de soleil éclairaient
une partie de la forêt qui était dense et régulière.
Notre regard s'arrêta sur un vieux chêne qui devait être plus que centenaire.
cet alors, qu'avec surprise, nous vîmes un homme dessous. Nous décidâmes
d'aller lui parler. Il s'appelait Lucien, c'était un vieil homme qui habitait
depuis toujours la maison cachée par les arbres.
C'est ainsi que tous les étés avec ma soeur, nous le revoyons; son expérience
et sa connaissance de la nature nous ont permis de nous épanouir en apprenant
ses secrets.
509. Canaletto L’Entrée du Grand canal et l’église de la Salute Italie (7)
Venise, juin 1737,
La mer verte berçait doucement les petites embarcations. Le ciel était d’un
bleu pâle, entaché de quelques nuages blancs et le soeil brillait de sa douce
lumière. Comme toujours à Venise, le temps semblait s’être arrêté, on se serait
cru dans un tableau de Canaletto. Une brise fraîche soufflait du sud, allégeant
la chaleur de cet après-midi de juin. Touristes et habitants se croisaient, une
foule tumultueuse qui n’avait rien de mieux à faire en ce dimanche que
d’admirer le paysage. Car de la gare au bassin de St-Marc, le Grand Canal était
le grand pôle d’attraction de la capitale italienne. Avec ses cheveux remontés
en un chignon simple, cachés sous un petit bonnet, sa robe paysanne, longue et
ordinaire, taillée en étoffe du pays et sa démarche lente, Cassandra se perdait
dans la foule. C’était parfait, tout ce qu’elle désirait. Avec toutes les
préoccupations qu’elle avait à l’esprit, attirer l’attention aurait bien été la
fin du monde, de son monde.
Fille d’un riche cultivateur d’oliviers italien, Cassandra Del Piero n’avait
jamais connu la misère. Du plus loin qu’elle se rappelait, son père, même avec
ses défauts, avait toujours subvenu aux besoins de sa famille. Mais les temps,
lentement, avaient changé. D’un homme riche et respecté, Antonio Del Piero
était graduellement devenu pauvre et pointé du doigt. Personne ne l’avouait
haut et fort, mais tous murmuraient que par sa passion du jeu, il avait mené sa
famille à la ruine. Les bénéficiaires étaient pour la plupart des touristes de
passage, des inconnus. Avec le temps, les pertes financières étaient devenues
supérieures et on avait commencé à mumurer le mot “faillite” chaque fois qu’en
membre de la famille apparaissait en public. Puis, l’inévitable s’était
produit. Les nombreux créanciers exigeaient tous un remboursement immédiat.
Incapable de pourvoir à ses responsabilités, Antonio avait fait ce qu’il
faisait le mieux : il les avait fuies. Cassandra tressaillit en re
pensant à son père, qu’elle avait trouvé pendant au bout d’une corde. Son
corps était déjà froid. Dans ses poches trônaient ses dernière volontés, un
testament que le notaire avait confirmé valide. Dans un dernier accès de
générosité, il avait légué à sa fille unique tous ses biens : des dettes
qu’elle n’aurait assez d’une vie pour rembourser.
Les événements s’étaient enchaînés à une vitesse intolérable depuis la mort de
son père. Les funérailles, sa pauvre mère dévastée, la vente des olivieraies,
tous ces souvenirs étaient entourés d’un épais brouillard. Très vite après la
vente, Cassandra avait conclu qu’elle n’aurait jamais suffisamment d’argent
pour réparer les fautes de son père. Les créanciers lui donnaient deux mois
supplémentaires. Après deux semaines d’épouvantes, les nuits blanches succédant
sans grande différence les journées passées parmi les chiffres, Cassandra en
était venu à la conclusion qu’elle avait deux choix : vivre ou mourir. Et le
premier signifiait fuir. Avec le soutien d’un viel ami, elle avait donc
planifié sa disparaition. Maintenant, à neuf jours de l’échéancier final, la
jeune fille s’apprêtait à partir pour toujours. Elle regardait d’un regard
brûlant tout ce qui l’entourait, buvant une dernière fois tous les souvenirs de
son enfance. Elle avait le coeur triste, mais elle savait qu’ell
e agissait pour le mieux. À seize ans, elle était trop jeune pour mourir,
et surtout pas pour les erreurs d’un père qu’elle ne parvenait toujours pas à
détester.
Levant les yeux, Cassandra posa son regard sur l’église Santa Maria della
Salute. Elle avait toujours adoré ce bâtiment, trouvant qu’avec son cachet
baroque, elle dominait merveilleusement bien le Grand Canal. Et son histoire
était si romantique et intriguante! On disait que l’église avait été construite
en 1631 par un certain Longhena, Boldassare de son prénom à la suite de son
voeu pour que cesse la terrible épidémie de peste de l’époque. Cassandra était
néanmoins scpetique quant à la croyance d’un tel homme ; sans doute parce que
sa foi avait été trop fortement ébranlée par ses récentes pertes. Depuis son
plus jeune âge, Cassandra avait passé un nombre incalculable d’heures dans
cette église, à prier, à rêver... Comme sa mère l’avait souhaité avant elle,
elle avait imaginer devenir une autre mariée de la salute. Symbole de santé et
de foi inébranlable ce monument solide construit sur un sol instable, sa haute
coupole s’imposant telle une mêre veillant sur ses nombreuses
ouailles, ses idéaux comme il avait représenté ceux des architectes de la
renaissance.
Cassandra regardait autour d’elle une dernière fois. Elle percevait le monde
alentour comme si elle n’y avait pas été. Le Grand Canal, le plus large de
Venise, réflétait une eau presque verte en cet après-midi ensoleillé. Et tout
autour, ces somptueux palais, ces impressionnants bâtiments de tous genres où
vivaient les riches patriciens de la république. Les palais semblaient
s’étendre jusqu’à l’infini, ne formant plus à l’horizon qu’une ligne
incertaine. Toujours debout sur la plate-forme qui donnait accès à l’église,
Cassandra ne remarqua pas tout de suite le petit canot qui se dirigeait vers
elle. Elle ne parvenait toujours pas à croire qu’elle s’apprètait à quitter
pour toujours Venise et sa centaine d’îles. La vie était trop injuste! Et
qu’est-ce qui l’attendant maintenant au bout du canal? La gare représentait
l’inconnu, une aventure qu’elle n’avait pas le goût de mener. Mais avait-elle
le choix? Malgré tout, elle avait eu de la chance d’avoir Ricardo. Ricardo
était un
vieil ami de la famille qui la courtisait depuis quelques années. Il était
pret à faire n’importe quoi pour elle; c’est pourquoi il avait accepté avec
empressement son invitation à fuir avec elle. La gare les emmènerait donc dans
une petite ville dont elle avait oublié le nom où ils se marieraient, n’ayant
comme seul témoin le cousin de Ricardo. Ils passeraient ensuite la nuit dans
une petite auberge pour repartir au matin. Jusqu’où, elle ne savait pas. Son
fiancé avait pris les choses en main, lui avait dit de ne pas s’inquiéter.
C’était bon de ne plus avoir à faire face toute seule aux problèmes majeurs. La
vie serait certes ennuyante avec lui, mais Cassandra savait qu’elle ne
manquerait jamais de rien. Ricardo serait un bon mari, elle n’en avait aucun
doute, c’est seulement qu’elle aurait aimé tomber amoureuse juste une fois
avant de se passer l’anneau au doigt.
Elle regarda une dernière fois le monde qui l’environnait, toutes ces couleurs
vivantes faisant l’effet d’une trahison à son coeur déchiré. Plus que quelques
pas et elle tournerait le dos à tout ce qu’elle avait aimé. Et ce soir, elle
perdrait son nom de jeune fille pour devenir Madame Cassandra Petriello. Ce
l’ancienne Cassandra Del Piero il ne resterait plus que le doux bruits
des vagues résonnant à ses oreilles et ce Canaletto gravé en son coeur comme un
dernier souvenir de son pays. Et jamais elle ne pourrait effacer de son esprit
la luminosité de cette peinture. Ces personnages captifs dans le milieu d’une
action que jamais il ne finirait et pourtant surpris à paresser. Mais toujours
germerait en elle le regret qu’Antonio Canal, d’un dernier coup de pinceau,
n’ait fait pleurer la pluie et crier le vent, ne serait-ce que pour alléger la
trahison que la jeune fille ressentait devant tant de gaieté en un jour aussi
sombre...
510. DEGAS La Famille Belleli ORSAY17
Mardi vingt-neuf novembre mille huit cent cinquante six,
j’étais à l’étranger, en vacances, je voulais profiter de mes journées libres,
qui pour la première fois étaient longues. Ma chef après avoir travaillé cinq
ans sous ses ordres m’avait dit que j’avais besoin de me reposer, mais cette
grande noblesse venait d’une vente que j’avais obtenue au-près d’une des plus
grandes entreprises allemandes du pays.
J’avais pris mon carrosse et je l’avais rempli de
choses inutiles, mais aussi de cadeaux pour passer Noël chez ma tante, oú tous
les ans se réunissaient ceux qui avaient une relation quelconque avec elle. Ma
mère était entrain de déménager et à cause du désordre, elle avait demandé à un
de ses frères s’il pouvait m’accueillir, pour m’éviter l’incommodité, selon
elle. Mais moi en réalité, je préférais rester avec elle. Mais enfin, je devais
accepter la situation, même si je n’avais jamais eu une bonne relation avec mon
oncle : il était strict et avait un air fâché. Mais cela venait de la mort de
sa femme. Je crois qu’il vivait dans une dépression éternelle. Il avait deux
filles, elles avaient plus ou moins dix et douze ans, donc par la grande
différence d’âge, je n’avais rien en commun avec elles. Mais depuis la perte de
leur mère, leur père avait engagé une nourrice qui vivait avec eux. Elle était
surnommée Nounou, tout le monde dans la famille l’appelait comme ça, elle
faisait déjà partie de la famille. Elle était veuve depuis au moins dix
ans, mais elle continuait à se vêtir en noir. J’avais aussi emmené mes affaires
pour peindre, c’était ce que j’avais toujours aimé, ce que j’avais étudié à
l’université.
J’aimais plus peindre par plaisir et non pas par
obligation, j’aimais beaucoup la peinture réaliste en vogue a cette
époque. Un jour, en me reposant au jardin, l’inspiration me vînt. Je suis
rentré à la maison pour chercher mes affaires, quand je me suis rendu compte
que tous étaient réunis dans la chambre de mon oncle. Nounou était débout à
côté de la porte et en face d’elle une des filles, également débout et sur une
chaise, un peu d’un côté l’autre petite, les deux vêtues de la même robe. Je ne
sais pas pourquoi cette scène m’a ému, et m’a inspiré, comme je ne l’avais
jamais été. Je suis reparti au jardin et j’ai sorti toutes mes affaires, rapidement.
J’ai pris un crayon à papier et j’ai dessiné. Quinze minutes après, j’avais
déjà fini, jamais je n’avis été aussi rapide. J’ai décidé de peindre d’abord le
fond et la cheminée et j’ai poursuivi mon oncle, qui était du côté
gauche, dans un coin, assis et de dos. Exactement de cette façon je me
rappelais de la scène. J’a
i décidé de laisser l’œuvre à sécher, mais une des petites l’a vue
et elle m’a incité à la finir. Au bout de deux jours je l’avais déjà achevée.
C’était la meilleure œuvre que j’avais faite. Mon oncle l’a beaucoup aimée et
il a décidé de me l’acheter pour la garder en souvenir.
Pour la suite, j’ai beaucoup regretté de la lui avoir
vendue car elle me semble toujours être l’œuvre la plus aboutie de ma carrière
de peintre. Est-ce a cause de la lumière, des enfants, de mon état d’âme ce
jour-là ? Je ne saurais le dire, mais je crois avoir parfaitement capté et
représenté les personnages, leurs relations et l’ambiance particulière de cette
maison et de cette famille.
511. Photographie de Constance Griffon Du Bellay Constance 10
Beaucoup de choses
dans la photographie de Constance Griffon Du Bellay nous avaient intrigués.
D'abord que pouvaient bien être ces boules ? Etaient-elle exposées en
permanence ou faisaient-elles partie d'une exposition provisoire ? Après une
brève investigation, nous avons su qu'il s'agissait d'une oeuvre d'un certain
Skoda et qu'elles étaient exposées à côté des colonnes de Buren. Lorsque nous
nous sommes attachés à décrire cette photographie, Thomas ne pouvait détacher
son regard du sol. Là où tout le monde voyait la conséquence d'un reflet du
soleil sur des boules metalliques, lui pensait que les boules baignaient dans
un filet d'eau. C'est à ce moment-là, je crois, que le professeur de Lettres a
eu une illumination :
" Cocoon ", le film ! s'est-il écrié. CONSTERNATION ! Mais cette
intervention surprenante nous a donné une idée. Nous voulions écrire un texte
drôle, absurde et merveilleux, expliquant la présence de ces boules. Et voilà
le résultat :
... Y a des matins comme ça où rien ne va...
Là, à un mètre de ma tasse de thé, agression du matin, agression du réveil :
une lettre ! Ouvrir les yeux pour poser mon regard sur ce bout de papier,
s'engager dans un incroyable effort... pour lire ! Tel était la terrible
mission du matin. Je n'ai d'abord pas prété attention puis dans un sursaut,
crachant mon thé comme une irruption de geyser, j'ai relu cette phrase que je
considérais comme un canular malsain : HUMAINS ! VOUS VIVEZ VOS DERNIERES
HEURES !
Moi qui prenais la mort très au sérieux, non pas par peur de mourir mais afin
de ne pas la banaliser, j'avais du mal à trouver ce petit jeu amusant.
A midi, nous devions nous retrouver, pour fêter notre baccalauréat et je me
souviens que tout le monde avait apporté sa lettre et que chacun s'était écrié
: " c'est vraiment pas malin ! " Et après un silence : " C'est
toi ? " " Non, c'est toi ! " " Arrête ça ne peut être que
toi ? " " Mais je te dis que ce n'est pas moi c'est toi ? "
" Et puis rends-moi ça ! " " Tu permets celle-là c'est la mienne
! " " Tu plaisantes c'est la mienne ! " " Mais alors ma
lettre c'est laquelle ? " " Celle-là ! "
INVRAISEMBLABLE !
Nous étions encore en train de nous disputer lorsqu'est tombé du ciel cette
pluie de boules métalliques ressemblant à une nuée de Pokemons. Alors nous
sommes tous partis dans un grand éclat de rire. Mais nous avons déchanté très
vite : une espace de sifflement strident s'est fait entendre et puis nous avons
vu senti une force, et puis nous avons vu le décor bouger, se déformer. Alors
nous avons compris que les boules nous aspiraient, elles aspiraient les murs,
la terre, le vent, elles nous aspiraient, elles aspiraient aussi les mots et le
langage
512. Claude Gelée Port de mer LOUVRE(54)
J’ai peint en 1646, dans l’espoir de refléter le départ
d’Ulysse de sa ville natale, Ithaque, comme dans l’Odyssée d’Homère.
Depuis ma plus tendre enfance j’étais très attirée par les aventures
extraordinaires d’Ulysse. Ayant perdu mes parents très jeune, je fus
élevée par ma grand-mère qui me contait souvent les exploits du héros. Alors
que j’étais en train de peindre Port de mer, l’une de ces histoires me revint
en mémoire.
Ce jour-là, la brume régnait encore sur le port. Ulysse était là, accompagné de
sa femme Pénélope, de son fils Télémaque, et de quelques amis. Après
avoir vérifié son bateau et ses provisions, le voilà parti pour de multiples
aventures. Il partait pour la guerre de Troie qui dura dix ans. On peut
imaginer tout le courage, toute la patience qu’il lui fallut pour qu’il ne
perde pas espoir.
Ma grand-mère me conta que cette guerre avait commencé le jour où Pâris, un
jeune prince troyen, enleva la femme du roi de Sparte, Hélène. Ulysse et bien
d’autres pour traversèrent alors la mer pour détruire la ville de Troie et
reprendre la bien-aimée, Hélène.
Plus les couleurs s’harmonisaient sur ma toile, plus je pensais à l’une des
histoires qui était arrivée lors du voyage de retour d’Ulysse et que m’avait
contée ma grand-mère. Après cette guerre, tous les héros de la grande guerre,
échappant au combat et à la mer, étaient rentrés chez eux. Mais le divin
Ulysse, seul loin de son pays et de sa femme, était prisonnier de la nymphe
Calypso qui brûlait d’en faire son époux. Dans son royaume, à Ithaque,
personne, ne croyait plus au retour du héros depuis tant d’années parti sur son
navire arqué pour la maudite Troie ! Les jeunes seigneurs du pays s’étaient
installés dans son palais et passaient le temps à dévorer les biens d’Ulysse.
Ces misérables assaillaient Pénélope, la suppliant de choisir l’un des deux
pour en faire le nouveau roi d’Ithaque. La Reine se refusait, espérant le
retour de son bel Ulysse ; comme excuse elle trouva l’invention de la toile
pour les faire patienter et les prétendants cédèrent. Le jour Pénélope tissait
et la nuit elle venait défaire sa toile jusqu’au jour où une servante
trahit son secret.
Elle allait bientôt être forcée à ce décider. Pendant ce temps Ulysse endurait
de cruelles souffrances dans l’île où la nymphe Calypso le retenait. Voyant
cela, Zeus décréta le retour d’Ulysse dans sa partie et envoya son fils Hermès
le messager des dieux trouver la nymphe aux cheveux bouclés apporter son
message. Hermès plongea donc du ciel s’élança sur la mer comme une mouette
rasant les flots innombrables. Quant il arriva à l’île lointaine, il alla
jusqu’à la vaste grotte ou la nymphe habitait, la trouva chantant d’une belle
voix, tissant une toile avec des lisérés d’or. Calypso le reconnut, Hermès
parla et la déesse écouta Zeus. Elle laissa donc Ulysse partir, mais sur un
radeau avec du pain de l’eau et du vin noir pour satisfaire sa faim. Alors elle
fit souffler un vent bon et doux pour qu’il trouve sans souci le pays phéacien.
Mais Poséidon n’était pas de cet avis et sa colère éclata. Il déchaîna tous les
vents couvrit de nuages la mer et la terre. Ulysse le malheureux sentit son
cœur se briser et se lamenta. Son radeau se brisa, il fut obligé de nager
jusqu’à la terre promise pendant des jours et des nuits étant surveillé par
Athéna fille de Zeus. Arrivé sur la terre, Ulysse s’allongea et Athéna répandit
le sommeil sur ses yeux et ferma ses paupières.
Voilà lors de ma création Port de brume à quoi je pensais qu’elle était
ma source d’inspiration. J’ai toujours voulu faire un tableau d’une des
aventures d’Ulysse.
513. Albert Goupil Deux modèles sur une terrasse (pl. 1)1868 ORIENT9
Ma vision est
trouble. Où suis-je ? Je regarde autour de moi. Personne. Attendez…je crois
distinguer des formes au loin, qui deviennent de plus en plus nettes au fur et à
mesure que je m’approche d’elles. Oui… il se dessine peu à peu deux
silhouettes… Je rêve.
Dans un coin isolé, assises sur le sol et adossées à un mur de pierre blanc et
froid, deux femmes se sont réfugiées à l’ombre d’un arbre. Fatiguée par la
chaleur, elles se reposent après avoir rempli de mangues leur panier. Elles
dévoilent sans pudeur toute leur féminité. Elles ne portent qu’une simple toile
légère à la taille ou sur les épaules. Les bras le long du corps, les mains
gracieusement posées l’une dans l’autre. Une brise vient caresser leur peau
couleur chocolat. Leurs cous sont ornés de nombreux colliers de perles de
couleurs. Un turban enveloppe leurs cheveux, laissant échapper quelques mèches
rebelles ou une boucle d’oreilles.
Elles savourent pleinement ce moment de détente. Les muscles se relâchent.
Leurs paupières s’alourdissent, elles sont peu à peu gagnées par le sommeil.
L’une d’elle a les yeux fermés, elle rêve déjà …L’autre tente de résister, on
peut voir ses cils bougés discrètement, elle veut rester éveillée.
Je les ai longtemps observées. Elles dégagent une grande beauté et une certaine
majesté. Les mots me manquent tellement elles me bouleversent. Intimidée par
leur présence, j’ai encore aujourd’hui le cœur qui s’élève, j’ai le sentiment
qu’il a cessé de battre…
J’aurai aimé les rejoindre et m’asseoir à leurs côtés. Je serais restée
silencieuse. Je n’aurais pas osé interrompre la tranquillité qui régnait même
si ce monde de l’illusion me le permettait. La crainte du retour à la réalité
m’en empêchait. Non, aucune parole. Juste des regards et des gestes auraient
suffi pour se comprendre. Je voyais en elles des sœurs attentionnées ou encore
des mères protectrices. Je me serais assoupie. Ma tête posée sur l’épaule d’une
des jeunes femmes. J’aurais senti les mouvements de sa poitrine et la douceur
de sa peau. Si elles m’aVaient proposé un fruit, j’aurais acquiescé pour les
remercier de leur générosité et nous nous serions échangées un sourire.
C’est un de ces rares moments, insaisissables, où l’on devient vulnérable …on
aimerait à jamais les revivre, les immortaliser dans la mémoire, les figer sur
une photo…
514. Pierre Petit, Ministère des finances après la commune, 1871 ministerefinance
Sans connaître le contexte historique, cette photo me fit
immédiatement penser à un dramatique événement durant lequel, il y eut usage
d’armes de destruction massives. Cependant , ce batiment en ruine, semble avoir
été le seul bombardé, car les constructions l’entourant me semblent intacts,
seulement usées par le temps.
Cette avenue bordée de ces longs édifices est déserte , ici et là tacheté de
salissures probablement dues à la circulation des citadins.
Sur la droite est installé un lampadaire, qui doit cacher de ses semblables,
ceci du à l’angle de prise de vue. De plus, entre chaussée et trottoir, est
installé un appareil photo, typique d’une époque révolue.
Ici, le photographe, par des procédés artistiques consistant a donner à la
photo des ombrages mauves, met en évidence la tristesse et la gravité des
faits. De plus, cet encadrement noir fait ressortir un amas de pierres.
Au premier abord, cet amoncellement de débris, ne laisse imaginer le batiment
avant sa destruction. Puis, en lisant les références de cette prise, on
apprend qu’il s’agissait du ministère de France. Donc , la seule hypothèse
plausible est que le contexte historique devait comprendre des problème
politique avec d’autre pays, pendant une période relativement lointaine !
515. Ernest Benecke Crocodile mort sur une cange sur le Nil ORIENT 10
Collez votre texte ici :: Au premier plan, nous pouvons voir un crocodile
étendu sur une embarcation. Nous savons qu'il s'agit d'une cange naviguant sur
le Nil, le titre nous indique aussi que le crocodile est mort. Nous pouvons
déduire (par rapport à sa taille) qu'il n'a pas atteint sa taille adulte. Cette
photographie à été prise au Proche-Orient, plus précisément en Egypte puisque
c'est sur le Nil que la scène se déroule: il est possible qu'il s'agisse de
braconnage, la chasse au crocodile étant interdite. La peau de l'animal va
probablement être utilisée, pour fabriquer divers objets comme des sacs à main
ou des ceintures.
On peut ressentir de la peur en regardant ce crocodile, mais aussi de la
compassion en apprenant ce qui l'attend très prochainement.
Le photographe a pris le crocodile de profil en plongée pour rabaisser le
crocodile et sur un plan large pour montrer l'action qui se passe sur une
cange. Les extrémités de la photo sont floues, ce qui met en évidence le
premier plan. On constate aussi des lignes de forces verticales derrière le
crocodile, ce qui ralentit le regard, et sous l'animal des lignes horizontales
qui montrent l'immortalité du crocodile. Le point de fuite se trouve à l'
intérieur du cadre de l' image, cela traduit le fait qu'il soit prisonnier,
bloqué, sans aucune issue. Le museau du crocodile levé en pointe montre la
puissance, l'agressivité (qu'il avait sans doute avant sa mort). Les éléments
de bois du second plan disposés en triangle indiquent aussi le danger.
Nous pouvons donc dire que même si cet animal est mort, il garde toute son
agressivité et sa splendeur qu'il avait de son vivant.
Attention !
les textes qui suivent ont une numérotation qui ne suit pas la
précédente
596 Jean-François Millet Le Printemps 1868-1873 ORSAY19
En cette matinée de Mars 1860, je partis travailler mon
jardin comme je le faisais tous les jours depuis cinquante ans. J'empruntais le
chemin central qui coupe mon jardin en deux et qui est quelque peu envahi par
les mauvaises herbes.En arrivant sur les lieux, je fus surpris par
l"ambiance qui régnait: l'atmosphère, ce matin-là, était paradisiaque. Un
arc-en-ciel transperçait un ciel gris-noir d'où sortait une lumière vive et
claire qui illuminait le jardin. Je n'avais jamais vu cela.
A gauche, il y avait un petit potager que j'avais semé trois semaines
auparavant. Les salades étaient bien vertes et semblaient profiter de cette
lumière. A côté, il y avait des fruitiers, un pommier d'une vingtaine d'années
et un petit prunier. Ils étaient en fleurs et brillaient sous cette lumière
intense. A droite, il y avait un terrain en friches que je ne cultivais plus
depuis à peu près cinq ans. Sur cet espace s'entrelaçaient herbes folles,
branches mortes et divers autres végétaux. Plus loin, sous le châtaigner,
Pierre, mon fils, prenait le relais de l'entretien du jardin. Derrière lui, le
grand bois s'élevait comme une montagne et on apercevait plus à gauche la
demeure d'un ami.
Ce jardin que j'avais façonné de mes propres mains, je savais que je ne
le reverrais probablement plus jamais ainsi, c'est pourquoi je profitais le
plus possible de ce magnifique spectacle.
597 Eric Hector Architectures photo-numériques PHN (17)
Le réel se voile dans un recul de la souffrance;
La distorsion de la violence fait jaillir un sang opaque et noir;
Refus d'un modernisme intransigeant =
- Cause : microscopie qui en révèle toute l'amplitude d'une animalité dont la cruauté est plaquée à la chaux vive le long d'un quantum d'instinct; de l'analyse suinte une animosité verdâtre;
- Conséquence : désir d'entraîner cette "stricte réalité législativement correcte" vers une rupture anèvrique dont le point névralgique se situerait à l'endroit de sa totale néantisation;
une animosité verdâtre qui se présente comme une futurologie délirante.
599 . Jean-François Millet Le Printemps
1868-1873 ORSAY19
La fin de l'orage fut annoncée par cet éclair dans le ciel
qui laissait place au soleil.Celui-ci illuminait les nuées et faisait
apparaître deux arcs de couleurs avec, aussi, dans le ciel, les premiers
oiseaux qui prenaient leur envol. Un homme était là, abrité sous un arbre; il
contemplait la nature qui se laissait embellir de lumière et de couleurs par le
soleil.
Un chemin de pierres qui traversait le jardin nous guida à l'orée de la forêt
qui cachait une demeure; elle se trouvait au pied de l'arc-en-ciel et attirait
notre regard vers le ciel encore grisonnant de la tempête. Au loin, la forêt
nous laissait voir un relief qui formait un plateau boisé encore dans le gris
de l'orage. Ainsi un merveilleux contraste entre les pommiers qui
reflétaient le soleil et cette sombre forêt noircie par l'orage venait nous
éblouir.
Tous les éléments de ce paysage laissaient apparaître le merveilleux de la
nature grâ ce à son éveil et ces contrastes.